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2 avril 2026

Gastel Etzwane
2/4/2026

Accord UE-Australie : un nouveau coup de massue pour l’agriculture française, au profit des voitures allemandes


Le 24 mars 2026, à Canberra, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a signé en grande pompe l’accord de libre-échange avec l’Australie. Officiellement présenté comme une « victoire stratégique », cet accord s’ajoute à celui déjà conclu avec le Mercosur et révèle, une fois de plus, le même schéma : concessions massives sur l’agriculture européenne pour ouvrir les marchés aux exportations industrielles, essentiellement allemandes.

L’effet cumulé sur le bœuf : 130 000 tonnes de viande qui vont inonder le marché européen

• Mercosur : 99 000 tonnes de quota annuel pour la viande bovine (application provisoire dès mai 2026).
• Australie : 30 600 tonnes supplémentaires (16 830 tonnes en franchise totale pour le bœuf nourri à l’herbe + 13 770 tonnes à droits réduits).

Total cumulé : près de 130 000 tonnes de bœuf étranger qui vont arriver chaque année sur le marché européen une fois les deux accords pleinement opérationnels. Pour la France, premier producteur bovin de l’UE, c’est une pression supplémentaire intolérable sur les prix et sur les éleveurs. Cette concurrence déloyale risque d’accélérer la disparition de petites exploitations déjà fragilisées, particulièrement dans les régions d’élevage extensif.
Les agriculteurs français ne sont pas dupes : ces quotas, même présentés comme « limités », s’ajoutent aux accords existants (Nouvelle-Zélande, Canada…) et créent un effet de masse qui fait baisser les cours, asphyxie les revenus et pousse à la concentration industrielle au détriment de l’agriculture familiale.

Le seul gain véritablement visible : les voitures… surtout allemandes

Pendant que l’on sacrifie l’élevage français, le grand bénéficiaire est clair : l’industrie automobile européenne, et plus particulièrement allemande.
• Avec l’Australie, le droit de douane de 5 % sur les véhicules importés est supprimé dès l’entrée en vigueur.
• Avec le Mercosur, les droits (jusqu’à 35 %) sont progressivement levés sur 15 ans.

Résultat : Volkswagen, BMW, Mercedes, Audi et Porsche vont pouvoir inonder ces marchés à moindre coût, améliorer leurs marges et contrer la concurrence chinoise. L’agriculture paie l’addition pour que l’industrie allemande exporte ses voitures. C’est le seul « jackpot » réellement visible et chiffrable de ces accords. Le reste (minerais critiques, services) reste secondaire pour le citoyen européen.

Von der Leyen décide seule : la preuve par l’exemple que l’UE n’est pas une démocratie

À chaque fois, c’est la même personne qui signe : Ursula von der Leyen.
Pour le Mercosur, elle a décidé d’appliquer l’accord de manière provisoire dès mai 2026, sans attendre :
- la ratification complète par le Parlement européen,
- ni même les éventuels recours devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Même scénario pour l’Australie : signature en fanfare, puis ratification « à suivre ». La Commission impose, le Parlement et les États membres ratifient (ou font semblant).
Pour ceux qui auraient encore des doutes : la présidente de la Commission décide seule des grands accords commerciaux qui engagent 450 millions d’Européens. Elle choisit les gagnants (l’industrie allemande) et les perdants (l’agriculture française). Et elle applique ses décisions avant même que les institutions censées la contrôler aient donné leur feu vert.
L’Union européenne n’est pas une démocratie : c’est une technocratie où une seule personne, non élue au suffrage universel direct pour ce rôle, impose à tous les peuples européens sa vision du commerce mondial.
Les éleveurs français qui manifestent aujourd’hui ont raison de crier à la trahison. Ce n’est pas une « ouverture des marchés ». C’est un choix politique clair : sacrifier l’agriculture pour sauver l’industrie allemande. Et c’est Ursula von der Leyen qui tient le stylo.

Illustration : élevage de bœufs en Australie.

30 mars 2026

Gastel Etzwane
30/3/2026

La Russie brise le blocus énergétique de Cuba


Dans un contexte de pression maximale exercée par Washington, le tanker russe Anatoly Kolodkin, placé sous sanctions américaines, européennes et britanniques, fait route vers le port de Matanzas avec 730 000 barils de pétrole. Les forces américaines présentes dans la zone se contentent d’observer : aucun ordre d’interception n’a été donné.
Rappel des faits : en janvier 2026, Donald Trump a signé un décret d’urgence nationale autorisant des tarifs punitifs contre tout pays qui oserait livrer du pétrole à Cuba. L’objectif était clair : asphyxier l’île sur le plan énergétique en coupant les derniers flux (mexicains et vénézuéliens) pour provoquer un effondrement.
Face à la réalité d’une crise humanitaire qui s’aggrave – hôpitaux privés d’électricité, patients les plus fragiles en danger de mort, population plongée dans des blackouts répétés –, Washington vient de reculer. Le 29 mars 2026, Trump a déclaré publiquement qu’il « n’avait pas de problème » si la Russie ou n’importe quel pays livrait du carburant à Cuba.
Créer sciemment des conditions de vie impossibles pour une population entière, rendre les hôpitaux inopérants, mettre en péril les plus vulnérables, puis se retourner en disant « regardez comme la situation à Cuba est catastrophique, le régime a échoué, il faut intervenir » : voilà la stratégie. Évidemment que le régime « échoue »… il est étranglé par un embargo économique total depuis plus de soixante ans.
Avant Fidel Castro, Cuba était dirigée par le dictateur Fulgencio Batista, placé au pouvoir et soutenu par les États-Unis. C’est la révolution castriste qui l’a chassé. De la même manière, en Iran, les Américains avaient installé et armé le Shah avant que la révolution islamique ne le renverse. Dans les deux cas, Washington a cru pouvoir imposer un régime à sa botte… et dans les deux cas, le résultat a été l’exact inverse de ce qu’ils espéraient.
Aujourd’hui, la Russie vient de démontrer, une fois de plus, les limites de cette politique d’étouffement. Le tanker Anatoly Kolodkin devrait accoster à Matanzas dans les prochains jours.

29 mars 2026

Gastel Etzwane
27/3/2026

« Un rapport de 1 500 pages de l’Inspection générale des finances (IGF) recommande la dissolution de l’Ordre des médecins de Paris. L’institution, qui a pour mission de garantir la déontologie des médecins en France, est gangrenée par la corruption.
En effet, il existe des cas où l'Ordre n'a jamais engagé de procédures disciplinaires à l'encontre de médecins condamnés pour détention d’images pédopornographiques ou agressions sexuelles, alors que la justice a interdit à ces criminels d'exercer. Joël Le Scouarnec, condamné en 2025 pour 299 viols et agressions sexuelles, avait par exemple été condamné en 2005 pour détention d’images pédopornographiques, sans que l’Ordre (du Finistère) n’engage de poursuites à son encontre.
Plus encore, l'Ordre est rattrapé par l'utilisation peu scrupuleuse de ses finances : des conseillers ont cumulé des milliers d'euros de frais de taxis sans fournir le moindre justificatif, tandis que les comptes font état d'achats de vin et de champagne sans pouvoir le justifier.
Enfin, l'Ordre est accusé par certains médecins de fonctionner comme une mafia, étant donné que des professionnels sont persécutés sans raison apparente (et que d'autres ne sont pas poursuivis alors qu'ils devraient l'être). Ce fonctionnement irrégulier a été mis en lumière par l'annulation du renouvellement du conseil parisien de l'Ordre en février 2024 et en avril 2025, car des bulletins étaient déjà préremplis et cachetés, ce qui constitue une tentative de fraude.
En vertu de tous ces scandales, l'IGF réclame purement et simplement la dissolution du Conseil parisien et la mise sous tutelle du Conseil national, qui n'est pas sans reproches. Le ministre de la Santé devra en décider. L'Ordre de Paris avait par ailleurs déjà été dissous en 2007, à cause de faits similaires... »


27 mars 2026

Gastel Etzwane
27/3/2026


L’Iran verrouille le détroit d’Ormuz. Ce matin trois porte-conteneurs ont été interceptés par les Gardiens de la révolution et contraints de faire demi-tour.
Dans un communiqué direct les Gardiens ont répondu aux déclarations du président américain en affirmant que le détroit reste fermé à tout trafic non autorisé. Lloyd’s List confirme qu’un système de péage de facto est désormais en place. Les navires doivent obtenir un code d’autorisation payer jusqu’à deux millions de dollars par passage souvent en yuans et accepter un corridor escorté en eaux iraniennes. Refuser expose à la destruction visible comme ces coques calcinées qui continuent de brûler pendant des semaines.
Cette opération constitue un coup stratégique majeur pour Téhéran. Elle permet un contrôle total du goulot d’étranglement par où transite près de vingt pour cent du pétrole mondial. Elle accélère la dédollarisation via les paiements en yuans renforce l’alliance avec la Chine et transforme le détroit en outil de financement et de dissuasion à faible coût militaire. L’Iran trie les navires amis qui passent moyennant finance et les autres qui sont refoulés ou coulés.
Ce verrouillage constitue un démenti cinglant à l’optimisme de Donald Trump. Malgré ses annonces répétées que le détroit serait bientôt ouvert et que des progrès étaient en cours les faits sur le terrain montrent le contraire. Téhéran impose ses règles et démontre que la pression ou les menaces américaines ne suffisent pas à rouvrir la voie maritime.
En quelques semaines l’Iran a imposé un nouveau statu quo qui renforce sa posture régionale tout en faisant monter les prix du pétrole et en perturbant le commerce mondial. Le message est clair : le détroit n’est plus une artère libre mais un chokepoint monétisé et militarisé sous contrôle iranien.
Gastel Etzwane

Marco Rubio ment effrontément ou fait preuve d’une incompétence sidérante.


- 27/3/2026 - Ce vendredi, le secrétaire d’État américain a déclaré lors d’une intervention au G7 :
« On demande constamment aux États-Unis d’aider dans les guerres, et nous l’avons fait. Mais lorsque nous en avons eu besoin, l’OTAN n’a pas répondu favorablement. Certains dirigeants ont déclaré que l’Iran n’était pas la guerre de l’Europe. Or, l’Ukraine n’est pas notre guerre, et pourtant, nous y avons contribué plus que quiconque. »
Cette phrase est un mensonge historique ou une ignorance abyssale des faits.
L’Ukraine est profondément la guerre des États-Unis, qu’ils ont provoquée, financée et instrumentalisée depuis plus de vingt ans.
Les États-Unis ont poussé l’extension de l’OTAN jusqu’aux frontières russes malgré les promesses faites à Gorbatchev. Ils ont orchestré le changement de régime de 2014 avec le rôle central de Victoria Nuland, qui coordonnait ouvertement la formation du futur gouvernement ukrainien. John McCain et Lindsey Graham se sont rendus à Kiev pour encourager les forces anti-russes et promettre un soutien militaire massif.
Depuis des décennies, Washington poursuit un projet stratégique clair : affaiblir, encercler et démembrer l’influence russe en Europe de l’Est en transformant l’Ukraine en avant-poste anti-russe.
Les centaines de milliards de dollars injectés, l’entraînement des forces ukrainiennes, les livraisons d’armes lourdes et la transformation de l’Ukraine en champ de bataille par procuration ne sont pas de l’aide altruiste. C’est une implication décisive, causale et assumée dans le conflit.
Rubio ose prétendre le contraire au moment même où l’Iran verrouille le détroit d’Ormuz et ridiculise les déclarations optimistes de l’administration Trump.
Soit il ment sciemment pour masquer la responsabilité américaine dans l’enlisement ukrainien, soit il ignore à ce point l’histoire récente qu’il ne devrait pas occuper ce poste.
Les deux options sont également alarmantes pour la crédibilité des États-Unis.

24 mars 2026

Gastel Etzwane

L’Allemagne et Israël unissent leurs forces : Volkswagen reconvertit une usine pour produire des composants du Dôme de fer

- 24/3/2026 - Quatre-vingts ans après avoir fabriqué des véhicules et des armements pour le régime nazi en exploitant le travail forcé, Volkswagen s’apprête à mettre ses compétences industrielles au service de la machine de guerre israélienne. Selon des informations révélées par le Financial Times et confirmées par Reuters, le constructeur allemand est en pourparlers avancés avec Rafael Advanced Defence Systems (entreprise d’armement détenue par l’État israélien) pour transformer son usine d’Osnabrück en site de production de composants pour le système antimissile Dôme de fer (Iron Dome).
L’usine, qui emploie environ 2 300 salariés et produit actuellement le T-Roc Cabriolet (dont la fabrication s’arrêtera en 2027), fabriquerait des camions lourds porteurs de missiles, des lanceurs et des groupes électrogènes. Rafael resterait responsable de la production des missiles intercepteurs eux-mêmes. La production pourrait débuter dans un délai de 12 à 18 mois, sous réserve de l’accord des salariés. Le gouvernement allemand soutient activement ce projet, présenté comme une mesure de politique industrielle pour sauver les emplois du site menacé de fermeture.
Volkswagen insiste sur le fait qu’elle ne produira pas d’armes directement, mais seulement des « composants ». Pourtant, ces éléments sont indispensables au fonctionnement du Dôme de fer, système qui a déjà été massivement utilisé dans les opérations militaires israéliennes à Gaza.

Une ironie historique qui interroge

L’histoire ne manque pas d’amertume. Fondée en 1937 sous le IIIe Reich avec Adolf Hitler comme figure symbolique, Volkswagen a massivement basculé dans la production militaire pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses usines ont recours au travail forcé : des dizaines de milliers de Juifs, de prisonniers de guerre soviétiques, de Polonais et d’autres civils ont été exploités dans des conditions inhumaines. Des milliers y ont perdu la vie.
L’entreprise n’a reconnu officiellement sa responsabilité morale et versé des indemnisations symboliques qu’en 1998, soit plus de cinquante ans après la fin de la guerre.
Aujourd’hui, sur le même sol allemand, avec le soutien explicite du gouvernement, cette même entreprise se voit orientée vers la production de composants d’un système d’armement israélien. Ce partenariat intervient alors que la guerre menée par Israël à Gaza a déjà causé la mort de dizaines de milliers de civils palestiniens, la destruction massive d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures civiles, et soulevé de graves accusations de violations du droit international.
L’Allemagne, qui se présente depuis des décennies comme le rempart moral contre l’antisémitisme et l’héritière d’une « responsabilité historique » envers Israël, choisit une fois de plus de privilégier un soutien inconditionnel à Tel-Aviv, y compris dans le domaine militaire, plutôt que de questionner les conséquences humanitaires de cette alliance. Ce faisant, elle transforme une usine civile en maillon d’une chaîne de production de guerre, tout en invoquant la sauvegarde de l’emploi.
Rafael, entreprise publique israélienne, gagne ainsi un partenaire industriel de premier plan en Europe, tandis que Berlin renforce sa posture de « bouclier » pour Israël, au moment où le conflit au Moyen-Orient continue de faire des ravages parmi les populations civiles.
Cette reconversion n’est pas une simple décision économique. Elle révèle les contradictions profondes d’une Allemagne qui, tout en invoquant le « plus jamais ça » face à son passé nazi, s’engage activement dans la militarisation et le soutien à une guerre qui provoque aujourd’hui des souffrances massives.
Quatre-vingts ans plus tard, les chaînes de production allemandes changent de destination… mais la logique de l’armement et du pragmatisme industriel semble, elle, tristement inchangée.

22 mars 2026

Gastel Etzwane


- 22/3/2026 - Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur le site de l'impact de missile à Arad :
« Si vous vouliez la preuve que l'Iran met en danger le monde entier, les dernières 48 heures l'ont apportée. Au cours des dernières 48 heures, l'Iran a ciblé une zone civile. »
Cela fait plus de 30 ans que Benjamin Netanyahu nous serine que l’Iran est à deux doigts d’avoir la bombe nucléaire et va attaquer Israël d’un jour à l’autre.
En 1992 déjà, il disait « dans 3 à 5 ans ». En 2012, son petit dessin de bombe à l’ONU : « au printemps prochain, au plus tard l’été ». Et ainsi de suite, année après année. Jamais l’Iran n’a lancé d’attaque massive directe contre Israël… jusqu’à ce qu’Israël bombarde d’abord ses installations nucléaires et militaires en juin 2025, puis encore après.
La riposte iranienne ? Une défense après des frappes israéliennes (et parfois américaines) sur son sol.
Mais aujourd’hui, Netanyahu ose venir sur le site d’un impact à Arad déclarer que « l’Iran met en danger le monde entier » parce qu’il a visé une zone civile… alors que c’est son pays qui a initié l’escalade directe.
Cette rhétorique catastrophiste sur l’Iran est sa bouée de sauvetage politique depuis des décennies. Elle lui permet de rester au pouvoir, de détourner l’attention des multiples procédures judiciaires pour corruption, fraude et abus de confiance qui le poursuivent depuis des années (et qui traînent encore en 2026).
C’est un homme qui préfère lancer des bombes causant des milliers, voire des dizaines de milliers de morts civils (en Palestine, au Liban, et maintenant en Iran) plutôt que d’affronter ses responsabilités devant la justice.
Quand est-ce que cet homme sera enfin arrêté et jugé pour ses crimes ? Quand arrêtera-t-on de le laisser jouer avec la vie de millions de personnes pour sauver sa peau ?

14 mars 2026

Gastel Etzwane

Europe : spectatrice d’un conflit qu’elle subit mais qu’elle ne comprend même plus


Les informations rapportées par Axios à propos de l’échange entre Donald Trump et les dirigeants du G7 illustrent, une fois encore, l’effacement presque complet des dirigeants européens dans le jeu stratégique mondial. Officiellement, ils « demandent » au président américain de mettre fin rapidement à la guerre contre l’Iran et de rouvrir le détroit d’Ormuz ; dans les faits, ils apparaissent surtout comme de simples spectateurs d’une décision qui leur échappe entièrement. La situation est d’autant plus révélatrice que le président français lui-même a reconnu ne pas avoir été informé à l’avance d’une attaque majeure contre l’Iran, aveu extraordinaire qui mesure l’absence d’influence des capitales européennes sur les décisions américaines.
Ce contraste est d’autant plus frappant que, quelques mois plus tôt, certains de ces mêmes dirigeants prétendaient constituer une sorte de coalition morale face aux prétentions impériales de Donald Trump au Groenland. Cette posture paraît aujourd’hui bien lointaine : l’Europe ne pèse plus guère qu’en supplétif lorsque Washington le souhaite, et demeure ignorée lorsque les décisions essentielles sont prises.
Il faut ajouter que nombre de ces responsables européens ont été formés dans les réseaux internationaux de type Young Global Leaders, ce qui explique sans doute leur difficulté manifeste à penser une politique véritablement indépendante. Leur horizon stratégique demeure largement aligné sur celui des États-Unis, au point que la notion même d’intérêt national ou d’autonomie européenne semble avoir disparu de leur vocabulaire politique. Autrement dit, ils semblent incapables de se concevoir comme des dirigeants de puissances stratégiques souveraines.
Ce manque d’indépendance apparaît particulièrement absurde au moment même où la situation énergétique et géopolitique offrirait à l’Europe une occasion historique de redéfinir ses alliances. Au lieu d’explorer une normalisation stratégique avec la Russie, qui permettrait de sécuriser à nouveau l’approvisionnement énergétique du continent et d’affirmer une autonomie vis-à-vis de Washington, les dirigeants européens continuent de s’inscrire dans une logique de dépendance politique et stratégique.
L’incohérence apparaît de manière encore plus flagrante lorsque les dirigeants européens se plaignent auprès de Washington que la guerre permette à la Russie d’écouler à nouveau une partie de son pétrole. Ils reprochent au président américain d’accorder des dérogations permettant l’achat de certaines cargaisons russes, mais restent incapables d’en tirer la moindre conclusion stratégique pour eux-mêmes. Au lieu de venir se lamenter auprès de Washington comme des enfants à qui l’on refuserait quelque chose, ils pourraient tout simplement saisir l’occasion pour reprendre eux-mêmes, sans tarder, des approvisionnements énergétiques russes vers l’Europe et affirmer ainsi une véritable indépendance. Mais non : ils demeurent enfermés dans le schéma ukrainien, pourtant largement façonné par les États-Unis eux-mêmes, dont ils semblent incapables de sortir.
Dans le même temps, le discours américain apparaît lui-même de plus en plus incohérent. Un jour, Donald Trump affirme que l’Iran est « déjà vaincu » et proche de la capitulation ; le lendemain, l’administration américaine laisse entendre que la campagne pourrait durer. Les responsables américains multiplient les déclarations contradictoires, comme s’ils évoluaient dans un scénario de film ou de jeu vidéo, tandis que la réalité militaire contredit régulièrement leurs annonces : la guerre devait durer quelques jours, elle entre déjà dans sa deuxième semaine ; les défenses iraniennes continuent d’opérer ; et la situation dans le détroit d’Ormuz reste loin d’être stabilisée.
Dans ce contexte de plus en plus explosif, l’attitude des dirigeants européens apparaît non seulement impuissante, mais profondément dérisoire. Au lieu de profiter de la confusion stratégique américaine pour affirmer une véritable indépendance politique, énergétique et diplomatique, ils se contentent d’observer les événements et de formuler des requêtes sans portée réelle. L’histoire retiendra peut-être que, face à une Amérique de plus en plus imprévisible et à un monde en recomposition rapide, l’Europe aura manqué une occasion historique de redevenir un acteur souverain. Une occasion manquée de plus, et, à ce stade, une attitude qui confine désormais au pitoyable.

10 mars 2026

Gastel Etzwane
10/3/2026

Golfe Persique : une chute de 6,7 millions de barils par jour ébranle le marché pétrolier mondial


Quatre grands producteurs du Golfe, l’Arabie saoudite, l’Irak, les Émirats arabes unis et le Koweït, ont réduit leur production pétrolière combinée d’environ 6,7 millions de barils par jour, selon plusieurs informations relayées notamment par Bloomberg et reprises par divers médias internationaux. Cette réduction représente près d’un tiers de leur production habituelle et environ 6 % de l’offre mondiale de pétrole, alors que la production mondiale se situe ordinairement autour de 100 à 105 millions de barils par jour. Une contraction d’une telle ampleur est extrêmement rare et souligne la gravité des perturbations actuelles sur le marché énergétique.
Ces coupes ne résultent pas seulement des frappes militaires dans la région. La cause principale est la paralysie logistique liée au détroit d’Ormuz, par lequel transite normalement près d’un cinquième du pétrole mondial. Les menaces et attaques dans cette zone stratégique ont entraîné l’évitement massif de la route maritime par les pétroliers, tandis que les capacités de stockage se remplissent rapidement dans les pays producteurs. Faute de pouvoir exporter leurs volumes habituels, les producteurs sont contraints de ralentir l’extraction pour éviter l’arrêt brutal des installations.
Dans ce contexte, les autorités iraniennes affirment se préparer à un conflit prolongé, estimant que les perturbations énergétiques finiront par exercer une pression économique majeure sur leurs adversaires. Les marchés pétroliers ont déjà réagi par de fortes fluctuations, avec des prix ayant brièvement dépassé les 100 dollars le baril. Si la situation devait se prolonger, plusieurs analystes redoutent désormais un choc énergétique susceptible d’affecter durablement l’inflation, les chaînes d’approvisionnement et la croissance mondiale.
Gastel Etzwane
10/3/2026

« La conspiration du fédéralisme européen »


À la fin des années 1940, Michel Debré adresse au général Charles de Gaulle une mise en garde restée célèbre : celle de la « conspiration du fédéralisme européen ». Il vise alors le projet porté par Jean Monnet, largement soutenu par les États-Unis, qui consiste à construire une Europe supranationale dans laquelle les nations historiques seraient progressivement dépouillées de leur souveraineté.
Pour Debré, il ne s’agit pas d’une simple coopération entre États, mais d’une mécanique politique destinée à faire disparaître les nations au profit d’un pouvoir technocratique situé au-dessus d’elles. C’est précisément pour conjurer ce danger que de Gaulle défendra plus tard l’idée d’une Europe des nations, fondée sur l’indépendance des États et la souveraineté des peuples.
Plus de soixante-dix ans plus tard, cette orientation demeure au cœur du projet européen. Les dirigeants actuels comme Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen s’inscrivent explicitement dans l’héritage politique de Monnet : celui d’une intégration toujours plus poussée, où les décisions essentielles sont progressivement transférées à des structures supranationales.
Le symbole en est particulièrement frappant : une réédition récente des textes de Jean Monnet a été préfacée conjointement par Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen, revendiquant ainsi clairement cette filiation intellectuelle et politique.
Le récent discours d’Emmanuel Macron sur le nucléaire et la sécurité européenne en constitue une illustration supplémentaire, particulièrement ambiguë : sous couvert de protection et de sécurité, il esquisse la perspective d’une européanisation accrue des questions stratégiques, dans un contexte où l’opposition politique apparaît étonnamment faible. Même le Rassemblement National, autrefois présenté comme une force de rupture, semble désormais incapable d’incarner une véritable alternative sur ces questions fondamentales.
Dans ce contexte, la mise en avant permanente de la menace de guerre et d’un climat d’insécurité stratégique devient un levier politique puissant : la peur et l’urgence servent à justifier de nouveaux transferts de souveraineté vers des structures fédérales européennes.
Relire aujourd’hui l’avertissement de Michel Debré est frappant : ce qu’il décrivait comme un risque pour l’indépendance de la France apparaît désormais, pour beaucoup, comme la trajectoire même suivie par le projet européen contemporain.

6 mars 2026

Gastel Etzwane


- 6/3/2025 - Zelensky menace Orbán : l’Occident soudain choqué… par ce qu’il tolère depuis des années
La Commission européenne qualifie enfin d’« inacceptables » les propos de Zelensky qui a laissé entendre qu’il transmettrait l’adresse personnelle de Viktor Orbán à ses forces armées.
Imaginons la même phrase prononcée par Poutine : hurlements planétaires, sanctions immédiates, sommet d’urgence, accusations de terrorisme d’État. Là ? Un timide « on n’aime pas trop ce ton », murmuré du bout des lèvres. Deux poids, deux mesures. L’indignation sélective est devenue la règle.
Derrière le costume de héros providentiel se cache depuis longtemps un dirigeant aux méthodes brutales, aux déclarations explosives et au pouvoir de plus en plus autoritaire. L’Occident le sait. Il choisit sciemment de fermer les yeux. Tant que l’image sert la cause. Tant que le narratif tient. Mais quand le masque craque, même une seconde, la réalité éclate : cette indulgence en dit bien plus long sur nos propres hypocrisies que sur l’homme lui-même.

24 février 2026

Gastel Etzwane

La Russie “vaincue” qui fait réarmer toute l’Europe

- 24/2/2026 - On ne peut pas sérieusement parler de « désastre stratégique » quand, après quatre années de guerre contre une armée soutenue, financée, renseignée et équipée par l’ensemble du bloc occidental, la Russie contrôle toujours l’initiative militaire sur plusieurs fronts, a sécurisé un corridor terrestre vers la Crimée et a transformé la mer d’Azov en zone intérieure. Un échec stratégique se mesure à l’effondrement de l’État, de l’économie ou de l’armée. Or rien de tout cela ne s’est produit.
L’économie russe, annoncée en ruine dès 2022, s’est réorientée vers l’Asie, a contourné les sanctions, maintenu ses recettes énergétiques et augmenté sa production militaire à un niveau que les Européens sont aujourd’hui incapables d’égaler. Pendant ce temps, ce sont les pays de l’Union européenne qui réarment dans l’urgence et reconnaissent leur dépendance stratégique.
Prétendre que la Russie « ne fait plus peur » est contredit par les faits les plus visibles : explosion des budgets militaires en Europe, élargissement de l’OTAN, retour de la conscription dans plusieurs pays, discours permanent sur la menace russe. On ne réarme pas un continent entier face à une puissance devenue inoffensive.
Enfin, parler d’une « puissance moyenne » qui l’aurait mise en échec est une fiction rhétorique. L’Ukraine combat avec des milliards d’aide, des systèmes d’armes occidentaux, du renseignement satellitaire et une logistique fournie par l’OTAN. Ce conflit est une guerre d’attrition contre la Russie menée par procuration, pas un duel isolé.
Ce texte inverse donc la réalité. La Russie n’a pas disparu de la scène stratégique, elle s’y est réinstallée comme puissance militaire, énergétique et diplomatique incontournable, pendant que l’Europe découvre brutalement l’ampleur de ses propres faiblesses.

19 février 2026

Gastel Etzwane
19/2/2026

Pendant que Macron ridiculise encore et toujours la France à l’étranger et se surpasse en vulgarité pour cracher sur la liberté d’expression, notre pays s’enfonce dans la crise.


En 2025, la France a enregistré environ 68 500 défaillances d’entreprises, soit un niveau record. Les analyses économiques disponibles indiquent que l’année 2026 devrait au minimum se situer au même niveau.
Dans ce contexte :
• À Roubaix (Nord), le groupe IDKIDS (enseignes Okaïdi, Obaïbi, Oxybul) a été placé en redressement judiciaire, avec environ 2 000 emplois concernés en France.
• L’enseigne de restauration Pomme de Pain, dont le siège est en Île-de-France, a également été placée en redressement judiciaire ; le réseau compte environ 36 restaurants.
• À Aurillac (Cantal), le fabricant de couettes et d’oreillers Abeil est en procédure collective avec recherche de repreneur, ce qui concerne plusieurs dizaines d’emplois sur le site.
• Le sous-traitant télécom PCE Services, présent sur plusieurs sites en France, a été placé en liquidation judiciaire, avec environ 200 emplois supprimés.
• À Fouilloy (Somme), l’entreprise Marron Travaux Publics a été placée en redressement judiciaire ; le site non repris concerne 82 salariés.
• Le fabricant d’éoliennes Vergnet, à Orléans (Loiret), est en liquidation judiciaire avec poursuite d’activité, avec l’ensemble des emplois menacés en l’absence de repreneur.
• Le groupe Somfy, dont le siège est à Cluses (Haute-Savoie), a annoncé 550 suppressions de postes dans le monde, dont environ 350 en France.
• IBM France a engagé un projet portant sur environ 300 suppressions de postes sur ses implantations françaises, notamment en Île-de-France.
• Le groupe SeLoger – MeilleursAgents, basé à Paris, a annoncé 275 suppressions de postes.
• Chez Ubisoft, au siège de Saint-Mandé (Val-de-Marne), une procédure de départs pouvant aller jusqu’à 200 postes a été engagée.
• À Puiseux-Pontoise (Val-d’Oise), l’équipementier automobile Lisi Automotive a annoncé la fermeture du site, avec 135 emplois concernés.
• À Wintzenheim (Haut-Rhin), la société de métallurgie Bräcker a décidé la fermeture de son site, entraînant la suppression de 30 emplois.
• À Fromelennes (Ardennes), l’usine Tréfimétaux a fermé, avec 35 emplois supprimés.
• À Vire (Calvados), la société de mécanique CMI a cessé son activité, entraînant la suppression de 11 emplois.
• Le distributeur Auchan a engagé la cession de 91 supermarchés à travers la France au Groupement Mousquetaires, ce qui concerne plusieurs milliers de salariés dont l’avenir dépend des conditions de reprise.
• L’enseigne Nature & Découvertes, dont le siège est à Versailles (Yvelines), a été mise en vente, avec des emplois dépendant d’un éventuel repreneur.
• À Cholet (Maine-et-Loire) et à Vannes (Morbihan), Michelin a annoncé la fermeture de ses sites, représentant plusieurs centaines d’emplois.
• Le groupe SKF a engagé une réorganisation européenne prévoyant 1 700 suppressions de postes, dont une partie en France.
• À Allonnes (Sarthe), NTN Transmissions Europe a annoncé 158 suppressions de postes.
• À Jarrie (Isère), Arkema a annoncé 154 suppressions de postes.

14 février 2026

Gastel Etzwane

- 14/2/2026 - On a parfaitement compris la manœuvre : l’obsession du président est de verrouiller les réseaux sociaux bien avant l’échéance présidentielle de 2027. Il faut absolument que le prochain locataire de l’Élysée demeure dans la sphère macroniste la plus orthodoxe, quelqu’un de totalement compatible avec les amis milliardaires, les cercles mondialistes et l’idéologie du « toujours plus d’Union européenne ».
Et surtout, il ne faut pas que les réseaux sociaux viennent perturber le scénario en informant librement les citoyens, en laissant circuler des vérités dérangeantes ou des voix qui ne passent pas par le filtre officiel.
C’est pour cela que Le Parisien, journal structurellement déficitaire, maintenu à flot par les apports d’un milliardaire réputé proche de l’Élysée, relaie cette ligne comme s’il s’agissait d’une grande avancée sociétale.
Ces médias détenus par des milliardaires ne supportent plus que l’information existe en dehors de leur canal. Ils ne font plus du journalisme, ils assurent un relais : on leur indique l’orientation, ils publient.
Sans les réseaux sociaux, on croirait encore qu’Epstein s’est « suicidé » après avoir simplement « fréquenté » quelques adolescentes, et que toutes les interrogations autour de lui relevaient du fantasme complotiste. Autour de cette affaire, sans les réseaux pour diffuser massivement les fichiers Epstein en 2026, Jack Lang serait toujours à la tête de l’Institut du monde arabe, et quantité d’autres responsables haut placés dormiraient encore paisiblement, après des comportements qui ne seraient jamais apparus au grand jour.
Sans les réseaux, on ignorerait également que l’« ingérence russe » en Roumanie relevait d’un parti parfaitement officiel ayant joué avec le feu en propulsant un candidat provocateur, sans aucune intervention venue de Moscou.
Et c’est précisément au moment où les citoyens prennent conscience que l’information officielle accumule les contre-vérités, tandis que sur les réseaux émergent des enquêtes brutes et courageuses, que le pouvoir se crispe et entend restreindre toujours davantage l’accès à l’information indépendante. Plus le contraste devient évident entre le récit institutionnel et la parole libre, plus la tentation de la censure s’accélère.
En clair : sans les réseaux sociaux, plus d’information citoyenne, brute, parfois chaotique, souvent courageuse. Seulement un mince filet d’information contrôlée, diffusé par des rédactions dépendantes.
C’est pour cela que le verrouillage s’intensifie. Non pour « protéger les enfants », mais pour préserver un monopole sur ce qu’il est permis de penser, et pour que les affaires dérangeantes demeurent enfouies jusqu’en 2027 et au-delà.

13 février 2026

Gastel Etzwane
12/2/2026


Il y a quelque chose de profondément indécent dans la manière dont le débat est aujourd’hui déplacé.
Pendant plus de quinze ans, des victimes ont parlé dans le vide. Elles ont décrit un système, des protections, des complicités. Elles ont raconté les avions, les villas, les carnets d’adresses saturés de noms prestigieux. Elles ont expliqué les pressions, les silences achetés, les arrangements judiciaires invraisemblables. On ne les a pas crues. Pire : on les a marginalisées. Ceux qui osaient évoquer l’existence d’un réseau d’influence et de prédation sexuelle structuré étaient aussitôt disqualifiés, soupçonnés d’obsession, renvoyés au folklore complotiste.
Aujourd’hui, les pièces sortent. Les documents s’accumulent. Les confirmations se succèdent. Ce que les victimes disaient n’était ni délire ni fantasme : c’était la réalité. Il y avait bien un système. Il y avait des protections. Il y avait des complicités à des niveaux où l’on n’aime pas regarder.
Et face à cela, que trouve-t-on ? Un article qui s’alarme prioritairement… du complotisme.
Que des délires existent autour de l’affaire, personne ne le nie. Que des récupérations antisémites soient abjectes, cela va de soi. Mais faire de ces dérives le cœur du propos au moment précis où l’ampleur du scandale apparaît au grand jour relève d’un renversement pour le moins troublant. Comme si l’essentiel n’était plus la prédation organisée ni les protections dont elle a bénéficié, mais le risque rhétorique d’en parler trop fort.
Ce qui scandalise, ce n’est pas la dénonciation des fantasmes grotesques. C’est la hiérarchie implicite des priorités. Pendant des années, ceux qui alertaient ont été traités de paranoïaques. Les victimes ont été ignorées. Les lanceurs d’alerte ridiculisés. Et maintenant que les faits s’imposent, l’urgence serait de mettre en garde contre l’excès d’indignation ?
Non. Ce qui devrait nous occuper d’abord, c’est que des mineures ont été exploitées à grande échelle. Que des réseaux d’influence ont fonctionné. Que des puissants ont été protégés. Que des procédures ont été négociées d’une manière qui interroge gravement l’État de droit.
L’outrage est là. Le scandale est là. Les victimes avaient raison. Ceux qui dénonçaient un système avaient raison. Et voir le débat glisser vers une mise en garde prioritaire contre la « complotosphère » donne le sentiment qu’on cherche encore à déplacer le projecteur.
À force de redouter l’emballement, on en vient à anesthésier la vérité. Or la vérité, aujourd’hui, ne devrait pas être tempérée : elle devrait être affrontée.

7 février 2026

La France catholique s’efface

Gastel Etzwane
6/2/2026

Les églises ferment. Les clochers disparaissent. Et avec eux, une France entière.
La carte parle d’elle-même. Partout sur le territoire, des églises sont menacées, désaffectées, détruites. Ce ne sont pas seulement des bâtiments qui disparaissent, mais les communautés qui les faisaient vivre. La pratique s’effondre. Les villages se vident. Le clergé manque. La transmission est rompue. La France catholique, majoritaire et structurante, n’existe plus comme réalité sociale.
Le facteur décisif est démographique. Les Français historiquement catholiques vieillissent et disparaissent. Ils ont peu d’enfants. Très peu. La relève n’est pas assurée. Dans le même temps, la population se transforme. Les nouvelles générations, souvent issues d’autres cultures et d’autres religions, ne reprennent pas cet héritage. Même après deux, trois ou quatre générations, le catholicisme ne redevient pas un socle commun. Le remplacement n’est pas symbolique. Il est culturel et anthropologique.
Il existe des sursauts. Des jeunes. Des courants traditionnels. Des îlots de résistance. Ils sont réels. Mais ils sont minoritaires. Ils ne renversent pas la tendance. Ils ralentissent à peine la disparition.
La France change donc de visage. Lentement. Profondément. Probablement irréversiblement. Ce qui disparaît n’est pas seulement une religion, mais une civilisation ordinaire, enracinée, quotidienne. Les églises qui tombent ne sont pas une cause. Elles sont le symptôme. Et ce symptôme annonce moins une renaissance qu’un crépuscule.

Gastel Etzwane
7/2/2026

Les grands constructeurs automobiles occidentaux viennent d’admettre des pertes colossales liées au véhicule électrique. Concrètement, cela signifie qu’ils reconnaissent que des investissements massifs ne rapporteront jamais l’argent espéré : 26 milliards de dollars pour Stellantis, 20 milliards pour Ford, 7,6 milliards pour General Motors, 6 milliards pour Porsche.
Ces chiffres correspondent à des dépréciations : usines de batteries, chaînes de production et technologies développées trop vite, trop cher, et pour un marché qui ne s’est pas développé comme prévu en Europe et en Amérique du Nord. Dans certains cas, la perte de valeur est spectaculaire : Stellantis a ainsi revendu 49 % d’une usine canadienne de batteries pour seulement 100 dollars, alors que ce site était initialement valorisé à plusieurs milliards.
Pourquoi un tel échec ? Parce que le marché mondial du véhicule électrique a été largement capté par la Chine. Les constructeurs chinois produisent à moindre coût, maîtrisent les batteries et les matières premières, et bénéficient d’un fort soutien public. Face à cette concurrence, les industriels occidentaux se retrouvent avec des véhicules plus chers, moins compétitifs et plus difficiles à vendre.
En résumé, ces milliards perdus ne sont pas un simple ajustement comptable : ils traduisent un décrochage industriel réel. L’Occident a engagé une transition rapide vers l’électrique sans disposer des moyens industriels équivalents à ceux de la Chine, et il en paie aujourd’hui le prix.

31 janvier 2026

La folie commode

Gastel Etzwane
30/1/2026

Il y a des arguments qui reviennent quand le débat se fatigue.
La « folie » en est un.
Depuis quelques semaines, on entend de nouveau, exactement comme en 2016, que Donald Trump n’aurait plus toute sa tête, et qu’il serait donc inapte à exercer la fonction de président des États-Unis. L’air est connu, la musique aussi. Elle avait déjà beaucoup tourné lors de son premier mandat.
À l’époque, une chose avait frappé : la facilité avec laquelle certains psychiatres s’étaient prêtés à l’exercice. Diagnostiquer un homme qu’ils n’avaient jamais rencontré, sans examen clinique, sans entretien, sans la moindre prudence professionnelle. Peu importait la déontologie, l’essentiel était ailleurs : le passage télévisé, la citation dans la presse, ce bref moment de lumière. Un quart d’heure de gloire, parfois assorti d’avantages plus durables.
Ces prises de parole n’avaient rien de médical. Elles relevaient du militantisme pur, maquillé en science. Le verdict précédait l’analyse, et l’analyse se contentait de justifier le verdict. Trump devait être fou. Il l’était donc. Le reste n’avait aucune importance.
Nous sommes en 2026, et le mécanisme se remet en marche, parfaitement huilé.
Il faut dire que l’argument est confortable. Déclarer un adversaire fou dispense de l’écouter. Cela évite de discuter de ses choix, de ses décisions, de leur cohérence ou de leurs effets. La pathologie remplace l’argumentation, l’anathème tient lieu de pensée.
On peut pourtant critiquer Donald Trump de mille façons : son imprévisibilité, ses revirements, son rapport brutal au pouvoir, son goût du rapport de force. Tout cela relève du débat politique. Mais affirmer qu’il serait mentalement inapte est non seulement infondé, mais intellectuellement paresseux.
Et surtout, cette accusation sonne étrangement creux à la lumière de ce que nous avons collectivement accepté quelques années plus tôt.
Pendant quatre ans, les États-Unis ont été dirigés par Joe Biden, dont les signes d’affaiblissement cognitif étaient visibles dès la campagne présidentielle. Confusions récurrentes, propos décousus, gestes adressés à des interlocuteurs inexistants, incapacité manifeste à soutenir un discours continu. Ces scènes se sont multipliées, au point de devenir un matériau quasi quotidien de plaisanterie, partout sauf dans le discours officiel.
Car il était alors strictement interdit d’en tirer la moindre conclusion politique. Toute interrogation sur la capacité réelle du président à exercer ses fonctions était immédiatement disqualifiée, ridiculisée, assimilée à une attaque indigne.
En France, François Hollande alla jusqu’à expliquer que Joe Biden était en pleine possession de ses moyens, et même l’un des plus grands présidents américains de tous les temps, une déclaration qui en disait beaucoup plus sur François Hollande que sur Joe Biden.
Pendant quatre ans, un mensonge médiatique s’est installé, protégé, entretenu, sanctuarisé. Il n’est devenu impossible à soutenir qu’au premier grand débat face à Donald Trump, lorsque la réalité, brutale et visible, s’est imposée à l’écran. À mes yeux, cela restera comme l’un des plus grands scandales médiatiques de l’après-2020.
C’est pourquoi entendre aujourd’hui les mêmes voix expliquer que Trump serait fou relève moins de l’analyse que de l’amnésie volontaire. Vous avez exigé que l’on ferme les yeux hier. Vous avez nié l’évidence quand elle était pourtant flagrante. Et vous voudriez aujourd’hui que l’on vous prenne au sérieux ?
Critiquez Donald Trump. Combattez sa politique. Analysez ses décisions.
Mais épargnez-nous cette rhétorique commode.
À force de tordre le réel pour qu’il épouse le récit, on finit par ne plus convaincre personne. Et cette perte de crédibilité, elle, ne se diagnostique pas à distance : elle se constate.

29 janvier 2026

Quand le Moyen-Orient refuse d’être le champ de bataille des autres

Gastel Etzwane
29/1/2026

Le communiqué publié par le Pakistan à l’issue de l’entretien entre son Premier ministre et le président de la République islamique d’Iran pourrait, à première lecture, passer pour une déclaration diplomatique classique. On y évoque le dialogue, la coopération, la stabilité régionale et la poursuite d’échanges réguliers de haut niveau. Rien, en apparence, qui sorte des usages habituels de la diplomatie internationale.

Et pourtant, replacé dans le contexte actuel, ce message prend une tout autre portée. Il intervient au moment précis où plusieurs médias occidentaux évoquent ouvertement l’hypothèse d’une intervention militaire américaine contre l’Iran, parfois dans des délais très courts. Or, face à cette perspective, un grand État musulman doté de l’arme nucléaire choisit d’afficher publiquement trois éléments fondamentaux : son attachement au dialogue, sa proximité politique assumée avec Téhéran et sa volonté de préserver la stabilité régionale. Le Pakistan ne parle jamais à la légère lorsqu’il s’agit de sécurité. Chaque mot est pesé, chaque signal est calculé.

Sans jamais mentionner les États-Unis, Israël ou l’idée même d’une frappe militaire, le message pakistanais envoie pourtant un signal très clair. Il peut se résumer ainsi : nous ne sommes plus disposés à être l’espace où d’autres règlent leurs conflits. Cette phrase, implicite mais parfaitement lisible, marque une rupture profonde avec des décennies de fonctionnement hérité de l’ère coloniale et post-coloniale, durant lesquelles nombre d’États de la région acceptaient, parfois par dépendance sécuritaire, parfois par contrainte, de servir de bases arrière ou de zones de confrontation pour des puissances extérieures.

Concrètement, cette rupture se traduit par des refus très précis : refus de servir de plateforme militaire, refus d’ouvrir l’espace aérien et les infrastructures nationales à une guerre décidée ailleurs, refus d’assumer les représailles politiques, économiques ou sécuritaires consécutives à des choix qui ne seraient pas les leurs. Il ne s’agit pas d’un discours idéologique, mais d’une affirmation de souveraineté très pragmatique.

Le Pakistan, toutefois, n’est pas isolé. Il est simplement celui qui exprime le plus clairement une dynamique aujourd’hui largement partagée dans la région. Contrairement à une idée répandue, de nombreux États voisins de l’Iran, y compris des alliés traditionnels de Washington, ont adopté des positions beaucoup plus fermes qu’on ne le dit souvent face à l’hypothèse d’une intervention américaine.

L’Arabie saoudite, par exemple, ne se contente pas de prudence. Riyad a exprimé un désaccord explicite avec l’option militaire, a multiplié les démarches diplomatiques pour encourager la désescalade et a clairement fait savoir qu’il ne participerait pas à une opération contre l’Iran. Pour un allié historique des États-Unis, ce positionnement constitue une inflexion majeure. Il traduit la priorité désormais accordée à la stabilité régionale et aux intérêts économiques de long terme.

Les Émirats arabes unis ont, de leur côté, posé des lignes rouges très nettes : refus de l’utilisation de leur territoire, de leurs bases et de leur espace aérien pour toute frappe contre l’Iran, et préférence clairement affichée pour la diplomatie. Ce refus opérationnel a un poids considérable, car il limite concrètement les options militaires.

Le Qatar va encore plus loin. Doha a non seulement exprimé sa réticence, mais a également procédé à un retrait partiel de personnels sur certaines bases américaines et s’est engagé dans un rôle actif de médiation. Le Qatar se positionne désormais comme un acteur de stabilisation, non comme un simple relais militaire.

L’Oman, fidèle à une tradition diplomatique ancienne, affiche une opposition constante à toute intervention armée, multiplie les contacts avec Téhéran et met publiquement en garde contre les risques de chaos régional. Le Koweït, quant à lui, adopte un silence stratégique qui, dans le contexte régional, vaut refus implicite de cautionner une escalade.

La Turquie a pris une position politique claire, appelant au dialogue et rejetant toute intervention militaire étrangère susceptible d’embraser durablement la région. L’Égypte, enfin, privilégie la stabilité, consciente des répercussions qu’un conflit aurait sur la mer Rouge et le canal de Suez, et se garde bien de soutenir une option militaire.

Pris ensemble, ces positionnements dessinent une réalité difficilement contestable : il n’existe aujourd’hui aucun consensus régional en faveur d’une intervention militaire contre l’Iran, y compris parmi les partenaires traditionnels des États-Unis. Il ne s’agit pas d’un soutien au régime iranien, mais d’un refus clair de la guerre par procuration et d’une volonté affirmée de ne plus être le théâtre des affrontements décidés ailleurs.

Le communiqué pakistanais agit ainsi comme un révélateur. Il met en lumière un basculement silencieux mais profond : la fin de l’alignement automatique, la remise en cause des réflexes hérités du XXᵉ siècle et l’émergence d’États qui entendent reprendre pleinement la maîtrise de leurs choix en matière de guerre et de paix. Derrière la normalisation médiatique occidentale de l’option militaire, la réalité régionale est celle d’une désescalade recherchée et d’une souveraineté revendiquée.

Le message, au fond, est d’une grande simplicité, mais d’une portée considérable : nous ne voulons plus être le champ de bataille des autres. C’est sans doute là l’un des tournants les plus significatifs de la séquence géopolitique actuelle.

26 janvier 2026

Gastel Etzwane
26/1/2026

Le Conseil de l’Union européenne a approuvé une interdiction d’importation du gaz naturel liquéfié (GNL) russe à compter de 2027, ainsi que du gaz russe acheminé par gazoduc à partir du 30 septembre 2027.

Le Conseil de l’UE a précisé que les entreprises européennes qui contreviendraient à cette interdiction s’exposeraient à des amendes infligées par la Commission européenne pouvant atteindre 300 % du montant du contrat.
L’interdiction des importations de gaz russe à l’horizon 2027 ne met pas fin à la dépendance énergétique de l’Union européenne, elle en déplace simplement le centre de gravité. Privée d’alternatives internes abondantes et compétitives, l’UE organise une substitution de fournisseurs qui accroît mécaniquement sa dépendance à l’égard de pays tiers, au premier rang desquels les États-Unis, le Qatar, l’Algérie ou encore le Nigeria.
L’argument moral, souvent invoqué pour justifier la rupture avec la Russie, apparaît ici singulièrement fragile. On ne voit en effet pas en quoi le Qatar, monarchie autoritaire, dépourvue de libertés publiques effectives et régulièrement critiquée pour ses pratiques sociales et diplomatiques, serait intrinsèquement plus « fréquentable » que la Russie. La réalité est plus triviale : il ne s’agit pas d’un choix éthique, mais d’un alignement géopolitique, qui consiste à remplacer une dépendance par une autre jugée politiquement plus acceptable à Bruxelles, sans considération réelle pour la cohérence morale du discours tenu.
Sur le plan économique et social, les conséquences sont lourdes. Le recours accru au GNL, qatari en particulier, implique un gaz plus cher, plus volatil et soumis aux marchés mondiaux. Faute d’alternatives abondantes et bon marché, l’Union européenne sera conduite à accentuer la désindustrialisation des secteurs énergivores, déjà sous pression. Chimie, métallurgie, engrais ou matériaux de base deviennent progressivement incompatibles avec les coûts énergétiques européens, entraînant fermetures de sites et pertes de souveraineté industrielle.
Dans le même mouvement, l’UE n’aura d’autre choix que d’imposer des politiques de sobriété énergétique durables, présentées comme volontaires et vertueuses, mais relevant en réalité d’une adaptation contrainte à la pénurie. Cette sobriété ne traduit pas une montée en gamme du modèle européen, mais une réduction structurelle des capacités productives et des usages.
Enfin, une part croissante de l’ajustement sera transférée aux ménages, par le biais de prix durablement élevés, de factures énergétiques sous tension et d’un pouvoir d’achat durablement amputé. L’effort ne sera ni équitablement réparti ni démocratiquement discuté.
En définitive, il s’agit moins d’un choix stratégique que d’une adaptation forcée à la rareté, décidée au niveau européen sans consultation des citoyens. L’Union européenne agit ici contre l’intérêt matériel immédiat de ses populations, en organisant une dépendance accrue à des fournisseurs extérieurs dont la respectabilité morale est, au mieux, discutable, tout en faisant supporter le coût économique et social de cette politique aux peuples européens eux-mêmes.