Anne-Sophie Chazaud8/4/2026
Ruse de l'Histoire ?
J'ai découvert lors d'une de mes désormais très rares prises de position publiques, découvert donc avec stupéfaction, qu'il se trouvait parmi mes lecteurs des personnes probablement sincères et de bonne foi et pas nécessairement stupides a priori, pour défendre l'armada mongoloïde engagée contre la grande Perse (pour laquelle j'ai une admiration profonde depuis fort longtemps), armada epsteinienne lancée par Trump sous pression évidente d'Israël sur fond de chantages polymorphes.
Ok. J'ai pris acte de ce soutien, et je suis certaine qu'hormis quelques bateleurs no-life s'achetant ici gratuitement une vie qu'ils n'ont pas ailleurs, et dont je me fiche ou me gausse plaisamment, il se trouve forcément des personnes qui, dans ce soutien, sont sincères et pour qui la situation est douloureuse. Je les comprends avec empathie.
Pour ma part, si j'ai été profondément choquée par les attentats du 7 octobre visant des personnes sans défense (raison pour laquelle, en ce qui me concerne, je n'appelle pas cela des actes de résistance – même si je considère qu'au titre de la liberté d'expression, chacun est libre d'en dire ce qu'il en veut – je vois mal Jean Moulin commettre des viols ou abattre des femmes et des petits enfants pour le plaisir), j'ai ensuite revu ma copie au sujet plus général d'Israël en raison de Gaza.
Pour moi, il y a un avant et un après Gaza et je porte sur cette question un regard bernanossien, celui des Grands Cimetières sous la Lune.
Les puristes de la cause palestinienne me reprocheront sans doute de ne pas remonter à la racine même de la colonisation sur laquelle est fondé cet État, dont acte, mais dans tous les cas et hormis le problème de la poule et de l'œuf, je considère qu'il y a une faille dans l'humanité entre les personnes qui ferment les yeux voire encouragent ce qui relève réellement d'une logique génocidaire, et ceux qui condamnent cela.
J'estime que le clone IA de Netanyahu peut aller se rhabiller avec Gengis Khan et que, oui, c'est le Christ – ou son signifié – qui l'emportera toujours sur le Mal et sur le cercle de la vengeance, ce que les Évangiles apportent comme sortie de la logique archaïque de l'œil pour œil dent pour dent, même si comme tout le monde j'aime beaucoup Monte Cristo.
Libre à chacun de penser autrement mais moi c'est mon opinion, et comme la loi de la honte dite loi Yadan n'est pas encore passée, et que j'espère qu'elle ne sera pas en outre rétroactive (au point où l'on en est), je dis ce que je pense, que cela plaise ou non.
Ce postulat étant posé, si je reviens sur l'armada mongoloïde qui vient de se dérouler, commençant en fanfare par le massacre de jeunes filles scolarisées (pour leur bien hein, d'ailleurs c'est ça ou l'Île d'Epstein, donc camembert), et sur laquelle je pose le regard désormais très majoritaire du peuple italien, de Francesca Albanese à Giorgia Meloni en passant par la Place Saint-Pierre, au final et aujourd'hui, que constatons-nous ?
Les uns parlent de victoire de Trump (pour des raisons parfaitement ridicules, profitons-en au passage pour dire à quel point la droite française est profondément sinistrée intellectuellement, mais bon passons, on n'en attendait pas grand chose même si on est quand même déçu...), les autres parlent de défaite écrasante (pour des raisons objectives immédiates plus évidentes).
Or, ce que l'on constate véritablement, si l'on met de côté les dingueries, grossièretés et autres choses burlesques d'une sorte d'ogre dépourvu de surmoi siégeant à la Maison Blanche au milieu d'un aréopage de cinglés, c'est quoi ? On constate que ledit personnage étrange est parvenu, est-ce consciemment, est-ce par ruse de la raison/ruse de l'Histoire, à se désolidariser désormais de la tutelle d'un Israël sanguinaire et qui a perdu tout sens moral, et qui est désormais condamné soit à arrêter sa folle fuite en avant soit à la poursuivre jusqu'à sa disparition.
Je n'ai d'ailleurs jamais compris qu'un peuple si présent dans la psychanalyse que je respecte, n'ait pointé sur le fameux "inconscient du signifiant" qui va de "gazer" à "Gaza". Les jeux de mots freudiens avaient curieusement piscine ces derniers mois...
Bref, il se pourrait bien que les USA soient désormais débarrassés de cette pesante tutelle, dont l'affaire Epstein était le symptôme radical et le noeud gordien, et j'ai la faiblesse de penser qu'absolument tout le reste relève du psychodrame et d'une mise en scène plus ou moins maîtrisée, plus ou moins délibérée, plus ou moins surjouée.
Je rappelle que se débarrasser de l'État profond était l'obsession de Trump et je doute qu'il l'ait subitement oubliée. L'indice fort qui me fait pencher vers cette analyse est le fait que Tulsi Gabbard en qui je pense l'on peut avoir une confiance totale, n'a pas démissionné durant tout ce patafoin.
Il est possible que je me trompe, il est possible que non, mais en tous les cas, si l'on considère les faits, les simples faits : Trump s'est de facto débarrassé d'un sacré boulet et c'est une erreur de croire que les USA n'auront pas les moyens de profiter économiquement de la situation (point sur lequel je diverge de Todd).
L'Histoire, pleine de ruses et avec sa grande hâche, comme disait Perec, nous le dira.