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3 octobre 2026

Dessin de Gros

Gabriel Nerciat
3/10/2026

QUESTIONS CRUCIALES AUTOUR D'UN INCENDIE
 

Sur les émeutes lycéennes et estudiantines, depuis deux jours, CNews nous explique que c'est l'œuvre de Mélenchon et du Hamas, LCI que c'est l'œuvre de Poutine et des services russes, BFMTV que c'est l'œuvre de la police factieuse qui ne sait pas garder son calme et veut déstabiliser Macron ou Nunez, ces grands républicains modérés.
Qui a dit qu'en France les idées des élites suppléaient avantageusement aux carences énergétiques ?
Moi, depuis quarante-huit heures, je me pose surtout une seule question, mais qui me paraît cruciale : que se passera-t-il, dans l'hypothèse de moins en moins invraisemblable où Marine Le Pen serait élue chef de l'État dans six mois, durant les deux semaines qui précèderont la passation de pouvoirs avec Macron au palais de l'Élysée ?
L'extrême centre libéral voué à l'exil (sans doute durable) et les gauches décoloniales en folie qui redoutent la fin prochaine du carnaval wokiste pourraient-ils agir de concert, de façon plus ou moins délibérée, afin de justifier un possible recours à l'article 16 ?
Sans être particulièrement complotiste, il est clair qu'à la lumière des événements de cette semaine, de plus en plus de gens y pensent ou en parlent explicitement – de Mathieu Bock-Côté jusqu'à Houria Bouteldja (le spectre est large).
Dans ce cas, l'insurrection présente pourrait faire office de répétition, mais le problème est qu'elle intervient beaucoup trop tôt : si l'anarchie dure encore deux semaines voire plus, c'est bien Marine Le Pen – et pas Mélenchon, que les droitards accusent grotesquement d'être à l'origine des troubles – qui en serait la principale bénéficiaire politique.
Quand bien même Mediapart révèlerait en janvier qu'elle a dansé la valse à seize ans au palais Hofburg de Vienne avec Otto Günsche, l'aide de camp d'Hitler.
D'où, sans doute, le dilemme du pouvoir macronien : laisser suffisamment d'impunité aux ilotes des lycées pour pouvoir les inciter à passer de nouveau à l'action le moment venu, mais tout en se montrant capable de les faire rentrer à la maison suffisamment vite, à six ou sept mois du scrutin, de crainte de voir la situation lui échapper (la mort d'un policier en exercice rendrait rapidement la crise définitivement immaîtrisable).
Même le recours à la pègre, comme pour les émeutes de juin 2023, s'avèrerait ici d'une efficacité très limitée, car le spectre des émeutes déborde désormais largement le cadre des banlieues des grandes métropoles mondialisées.
Si une chose en tout cas maintenant est claire, c'est que ceux qui veulent le redressement de l'État et ceux qui veulent sa destruction progressive (que ce soit au nom de l'émancipation des minorités ethniques allogènes ou au nom de celle du capital globalisé, peu importe) vont devoir tôt ou tard s'affronter face à face, parce qu'ils sont les uns comme les autres, à la lueur de cette crise plus encore que des précédentes, parfaitement identifiables et identifiés.

2 octobre 2026

Gabriel Nerciat
1/10/2026

LE REMPART VENTRU DE LA RÉPUBLIQUE
 

Gérard Larcher, vieux débris podagre du chiraquisme réélu pour la sixième fois président du Sénat dès le premier tour de scrutin, alors que son parti de notables versaillais agonisants doit représenter au mieux 6 ou 7% du corps électoral. À part ça, c'est vraiment chouette, le bicamérisme ; tout le monde nous le dit depuis le petit Monsieur Thiers.
Larcher en guise de campagne a fait savoir urbi et orbi, au milieu des ors du palais du Petit Luxembourg où il crèche et se goinfre aux frais de la princesse depuis douze ans, qu'il se poserait en rempart de l'État de droit afin d'empêcher toute modification constitutionnelle d'importance si Marine Le Pen était élue présidente de la République dans six mois. Entre deux apologies véhémentes de l'autorité et du retour à l'ordre, comme toujours chez les tartuffes LR.
Je ne sais pas vous, mais moi ça me rassure, cette réélection.
La France s'enfonce dans l'anarchie de rue, l'effondrement de l'État, les provocations estudiantines, le surendettement, la guerre territoriale des gangs de la pègre allogène, mais malgré tout, quoi qu'on en dise, la République tient.
Grâce à des hommes comme lui, essentiellement, que le régime fabrique en série au moins depuis l'époque de Jules Ferry et de Gambetta (des Larcher, on en voit plein dans les romans d'Alphonse Daudet).
Même lorsque leur tartine de confiture, comme dans la chanson des frères Jacques, tombe du mauvais côté, eux ne se tachent jamais, et ne se gênent pas pour venir lécher la nappe.
Non pas parce qu'ils seraient plus habiles ou chanceux que d'autres, mais tout simplement parce qu'ils ont été éduqués à laisser tomber ce qui chute, sans en paraître autrement affectés.
Le plus important, n'est-ce pas, c'est de conserver l'appétit. Un notable qui aurait honte de son poids, ce serait quand même ridicule, ou déplacé.
Fernand Kartheiser
2/10/2026

RUSSIE : IL EST TEMPS DE CHANGER NOTRE POLITIQUE !

J’ai publié une lettre ouverte à la Présidente du Parlement européen en réponse aux tentatives du Parlement européen d‘exercer des pressions sur moi et d’autres collègues en raison du dialogue informel que j‘ai mis en place ensemble avec la Douma d'État et qui permet à des députés intéressés d'échanger avec leurs collègues russes. Dans cette lettre, je critique la politique de confrontation stérile que l‘UE mène actuellement et demande une reprise du dialogue et une approche diplomatique.

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Jacques Cotta
2/10/2026

Un budget qui repose sur l'arnaque, le vol minutieusement organisé avec la complicité de la presse qui n'en dit mot...

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1 octobre 2026

H16
30/9/2026

Hiver 2026 : l’Europe entre l’Ours, l’Oncle Sam et le thermomètre

Joie du réchauffement climatique (un peu) et de El Niño (beaucoup) : tout indique que, cette année, avec le Pacifique qui chauffe comme rarement, le début d’hiver pourrait être doux et humide sur le Vieux Continent.

Voilà une (très rare) bonne nouvelle pour les chancelleries européennes… qui devront cependant se garder de tout optimisme béat, les prévisions météo n’excluant cependant pas un retour du froid en janvier et février, c’est-à-dire exactement au moment où les réserves de gaz sont au plus bas.

Et cette année, ils partent de bas : au 25 septembre, les stocks européens de gaz ne sont qu’à 70 % environ, une quinzaine de points sous la moyenne des cinq dernières années et ce alors que son prix sur le marché a plus que doublé en un an.

On se rappelle qu’en 2022, dans la panique, Bruxelles avait imposé 90 % de remplissage au 1er novembre, taux qu’il a fallu « assouplir » cette année avec une tolérance de dix points quand les conditions de marché sont « défavorables ». Mais voilà : la nouvelle cible de 80 % n’est même pas certaine d’être atteinte.

Rassurons-nous : la Grosse Commission a fait ce que les ministères français pratiquent avec brio depuis des lustres à chaque objectif raté, c’est-à-dire l’abaisser et a donc conclu début septembre à l’absence de « risque immédiat » pour l’approvisionnement.


Bon, soit, mais pour remplir les cuves, il faut des hydrocarbures que le Golfe ne semble pas pouvoir fournir : Aramco a prévenu les Européens qu’ils ne recevraient pas de brut sous contrat en octobre et QatarEnergy a prolongé jusqu’en novembre sa force majeure sur le GNL. Et malheureusement, l’Union qui importe 80 % de son gaz et 95 % de son pétrole n’a guère de géographie de rechange.

En pratique, il ne reste donc que deux fournisseurs de dernier recours : un à l’Ouest, l’autre à l’Est et aucun des deux enclin à faire des cadeaux.

Washington avait pourtant prévenu en novembre dernier avec la publication de la Stratégie de Sécurité Nationale : les États-Unis se recentrent sur leur hémisphère occidental, ajoutent un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe, et l’Europe est priée de retrouver sa « confiance civilisationnelle ». Cette stratégie pousse à une cessation rapide des hostilités en Ukraine et veut une « stabilité stratégique » avec Moscou.

Ceux qui n’y ont vu qu’une gesticulation de plus en seront pour leur frais : dix mois plus tard, son application se fait pièce par pièce.

Et d’ailleurs, mardi, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Trump a signé avec Copenhague et Nuuk l’accord sur le Groenland, qui est très loin d’un simple rafraîchissement de l’accord de 1951 comme l’habituel commentariat de grand chemin tente de le faire croire.


Ainsi, les États-Unis s’assurent à présent une présence militaire permanente dont même un Groenland indépendant hériterait (article XI), qu’il le veuille ou non, d’un droit de veto sur toute présence militaire non membre de l’OTAN sur le territoire polaire, ainsi que sur l’identité des acteurs autorisés à investir dans ses infrastructures et ressources stratégiques (en dehors de l’OTAN et de l’UE). Le Danemark a renoncé à son droit de regard sur le principe même de la création de nouvelles bases américaines, ne conservant que le droit de discuter des « détails de mise en œuvre » et ne peuvent plus fixer les règles régissant les déplacements des forces armées américaines sur l’île. En somme, même si à Copenhague, on prétend avoir conservé la souveraineté avec un air crispé, c’est surtout une souveraineté de brochure.

Le même jour, Trump signait la loi HR5334, qui l’autorise à frapper de droits de douane jusqu’à 100 % l’ensemble des produits des cinq plus gros acheteurs d’hydrocarbures russes. D’après les estimations qui circulent au Congrès, ce classement comprend la France, la Belgique et la Hongrie. Certes, le président peut accorder des dérogations… Ou pas.

Parallèlement, la revue de la présence militaire américaine en Europe envisage de retirer de 25.000 à 40.000 hommes tout en promettant une base permanente à la Pologne. Comme prévu, le transfert de charge est en cours, méthodique.

Enfin, pour ceux qui comptaient sur le gaz et le gazole américains pour passer l’hiver, rappelons que, face à Zelensky, Trump s’est dit favorable à une interdiction des exportations de diesel américain tout en demandant à Kiev de cesser de frapper les infrastructures énergétiques russes. Eh oui, le fournisseur de dernier recours n’est donc pas certain de fournir, et il préférerait que les raffineries russes tournent.

Pour pousser les Européens vers la table de négociation, difficile d’être plus clair.

En face, Moscou n’a guère tenu compte de la volonté de ceux qui promettaient d’asphyxier son économie en quelques trimestres et plutôt qu’isoler la Russie, les sanctions ont surtout déplacé les raffineries vers l’Inde qui a absorbé 36 % du brut russe exporté depuis fin 2022. Ses exportations pétrolières vers l’Union sont passées de 8,7 à 19,2 milliards de dollars en deux ans : le diesel « indien » arrivant à Rotterdam a les parfums de l’Oural. Et côté gaz, l’Union reste le premier client du GNL russe dont elle absorbe près de la moitié des exportations. La France se classe deuxième importatrice européenne d’énergie russe, derrière la Hongrie et son gazoduc.

Bref, Moscou produit, l’Europe consomme.

Le levier russe fonctionne jusqu’à l’intérieur de l’Union : l’oléoduc Droujba fait de Budapest et de Bratislava des verrous permanents, et la démonstration a eu lieu cette semaine : les sanctions européennes ont été renouvelées cinq minutes après minuit, au prix de la radiation des oligarques Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman de la liste des personnes sanctionnées contre la Russie. Selon plusieurs diplomates, la France elle-même a poussé pour la sortie d’Ousmanov afin d’obtenir la libération de Français détenus en Azerbaïdjan.

Cynique, la Macronie entend piloter la « coalition des volontaires » mais échange des levées de sanctions contre des prisonniers. On n’ose imaginer ce qu’elle concéderait en cas d’hiver trop frisquet.


Le calendrier se resserre : à partir de la mi-octobre, tout nouvel achat de brut russe expose les gros clients de Moscou à l’ire américaine. Si New Delhi coupe pour sauver son accès au marché américain, l’Europe perd une bonne partie de son diesel « indien », l’hiver même où l’Arabie saoudite la prive de brut. Si New Delhi tient bon, chaque cargaison indienne devient un risque bancaire. Dans les deux cas, les prix montent et le vendeur de dernier recours s’appelle Washington qui aura beau jeu d’expliquer qu’un gazole abordable s’accommode mal d’une guerre prolongée à l’Est.

Ainsi, en quatre ans, les dirigeants européens ont offert à un adversaire les leviers qu’ils croyaient lui confisquer, fait d’un protecteur un créancier, et de leur politique énergétique un bulletin météo : si El Niño tient ses promesses jusqu’en mars, Bruxelles parlera de « résilience ».

Et sinon, on négociera l’Ukraine en doudoune avec Washington d’un côté et Moscou de l’autre.


Gastel Etzwane
30/9/2026

L’Europe des frugaux : moins pour l’agriculture, et la France en position de faiblesse

L’Union européenne parle beaucoup de solidarité. Le prochain budget 2028-2034 rappelle pourtant une réalité beaucoup plus prosaïque : lorsque les intérêts nationaux divergent, chacun défend d’abord les siens, et le rapport de force décide du reste.
Friedrich Merz et cinq autres chefs de gouvernement, Pays-Bas, Suède, Danemark, Autriche et Finlande, menacent de bloquer le prochain cadre financier s’il n’est pas amputé de plusieurs centaines de milliards. Leur orientation est claire : moins pour la PAC et la cohésion, davantage pour la défense et l’industrie. Ces six pays représentent environ 40 % des recettes de l’Union. Ils disposent donc d’un poids considérable dans la négociation.
La Commission avait déjà ouvert la voie. La PAC actuelle représente 387 milliards d’euros sur sept ans. L’enveloppe proposée comme garantie aux agriculteurs tomberait à 300 milliards, soit environ 20 % de moins en euros courants et davantage encore en valeur réelle. Surtout, pour la première fois depuis 1962, la politique agricole ne disposerait plus du même fonds autonome : agriculture, cohésion et autres politiques seraient davantage mises en concurrence au sein d’enveloppes nationales.
Les pays du Nord veulent aller plus loin. Leur logique est parfaitement compréhensible du point de vue de leurs intérêts : principaux contributeurs nets, ils ont intérêt à contenir le budget européen. Les pays de l’Est veulent préserver les fonds de cohésion. D’autres États veulent protéger la PAC. Derrière les grands discours sur la solidarité européenne réapparaît donc ce que l’Union n’a jamais fait disparaître : des États qui défendent leurs intérêts et tentent d’imposer leurs priorités lorsqu’ils en ont les moyens.
Et la France se trouve aujourd’hui particulièrement mal placée dans ce rapport de force. Elle reste un contributeur majeur au budget européen tout en étant historiquement l’un des principaux bénéficiaires de la PAC. L’enveloppe agricole française garantie passerait de 66,2 à 50,9 milliards d’euros. Même en utilisant les mécanismes complémentaires envisagés, elle remonterait à peine autour de 57 milliards. Le compte n’y est toujours pas.
Le problème devient plus grave encore si Bruxelles transfère davantage de charges vers les budgets nationaux. La France devrait alors compenser elle-même une partie de ce que le budget européen ne financerait plus. Mais avec près de 3 600 milliards d’euros de dette, des intérêts qui pourraient atteindre 91 milliards en 2027, une croissance faible et des déficits persistants, Paris ne dispose plus des marges budgétaires permettant de reprendre facilement la différence.
C’est là que la crise française devient aussi une faiblesse européenne. Un État fortement endetté, politiquement paralysé et contraint budgétairement négocie nécessairement dans des conditions moins favorables face à des partenaires qui disposent de davantage de marges. Berlin n’a même pas besoin de hausser le ton : il lui suffit de défendre ses intérêts avec constance face à une France qui a beaucoup moins de cartes en main.
L’agriculture française risque d’en payer directement le prix. Pour nombre d’exploitations, les aides de la PAC ne constituent pas un supplément confortable mais une composante essentielle du revenu. Les réduire alors que l’État français n’a plus les moyens de compenser facilement, c’est accroître encore la pression sur un secteur déjà confronté aux charges, aux normes, à la concurrence internationale et au difficile renouvellement des générations.
Au fond, cette négociation budgétaire rappelle ce qu’est réellement l’Union lorsque les intérêts nationaux s’opposent. L’Allemagne et les pays du Nord veulent limiter leur contribution et réorienter les dépenses. Les pays de l’Est défendent la cohésion. Les grands pays agricoles défendent la PAC. Chacun joue sa partie.
La « solidarité européenne » trouve alors rapidement ses limites. L’Union redevient ce qu’elle est aussi : un rapport de force entre États. Les plus solides imposent davantage leurs conditions ; les plus faibles les subissent davantage. Et aujourd’hui, fait impensable il y a encore quelques années, la France compte parmi les États dont la faiblesse économique, budgétaire et politique réduit considérablement la capacité de peser.
Pour l’agriculture française, c’est peut-être cela le plus inquiétant : le prochain budget européen se négocie au moment précis où la France aurait besoin d’être forte pour défendre ses intérêts, et où elle ne l’est plus.


Tatiana Ventôse

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30 septembre 2026

Gastel Etzwane
29/9/2026


À Metz, le pape parlait de paix. Macron avait besoin de parler de guerre.
À Metz, lundi, il s’est produit quelque chose d’assez rare : deux hommes ont parlé successivement du même sujet, au même endroit, en invoquant le même Robert Schuman, pour aboutir presque exactement à la conclusion inverse.
Le premier était Léon XIV. Il était venu parler de paix et il a parlé de paix. Non pas de la paix comme formule rituelle placée entre deux annonces de réarmement, mais de ce qu’elle exige concrètement : le « dialogue patient », le « courage de la négociation », la capacité de « sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix ». Puis il a prononcé les mots que les dirigeants européens ont de moins en moins envie d’entendre : il faut se garder de « l’illusion du réarmement ». Et il a posé la question essentielle : l’Europe fait-elle encore des « efforts créateurs » pour arrêter les guerres, ou se contente-t-elle d’« endiguer l’hémorragie » tout en se préparant déjà aux suivantes ?
Quelques instants auparavant, Emmanuel Macron avait précisément expliqué qu’il fallait continuer à s’armer. Même Schuman, mêmes références à l’Europe, même invocation de la paix, mais pour aboutir au raisonnement inverse. La guerre est revenue, les empires sont de retour, la paix « ne se décrète pas » : il faut donc poursuivre notre engagement « indéfectible » aux côtés de l’Ukraine et construire « une Europe de la défense et de la paix ».
La formule résume à elle seule l’impasse dans laquelle Macron s’est enfermé. Il parle de paix pour justifier les armes, de Schuman pour justifier le réarmement, de la construction européenne née pour rendre la guerre « non seulement impensable, mais matériellement impossible » pour expliquer aujourd’hui qu’il faut se préparer à nouveau à la faire. On comprend que le mot « paix » n’est même pas un objectif, mais un mot que l’on ajoute derrière « défense » pour rendre le reste présentable.
C’est précisément ce que le discours de Léon XIV rendait intenable. Le pape n’a pas eu besoin de prononcer le nom de Macron pour le contredire. Il a repris la même histoire européenne et en a tiré la conclusion inverse. Macron invoquait Schuman pour justifier le réarmement ; Léon XIV invoquait Schuman pour mettre en garde contre « l’illusion du réarmement ». Macron expliquait que la paix exigeait de poursuivre la politique actuelle ; le pape rappelait qu’elle exigeait de négocier et même, le cas échéant, d’abandonner certaines positions.
Et chacun, finalement, était fidèle à ce qu’il est devenu. Léon XIV est dans son rôle lorsqu’il demande comment arrêter la guerre. Emmanuel Macron semble désormais incapable de parler d’autre chose que de la guerre. La France traverse pourtant une crise politique, budgétaire et sociale profonde. Mais son président paraît avoir déplacé ailleurs le centre de gravité de sa présidence. La politique intérieure semble ne plus l’intéresser qu’à la marge. L’Europe, la défense, la Russie, l’Ukraine, les menaces, les empires, le réarmement lui offrent une autre scène, plus vaste, sur laquelle il peut encore tenter d’incarner quelque chose alors que son pouvoir intérieur s’est considérablement rétréci.
On peut y voir la recherche d’une stature internationale pour une fin de règne devenue difficile en France. On peut surtout constater que la guerre occupe désormais dans sa parole une place presque dévorante. Elle lui fournit une mission, une gravité, un horizon et cette posture de chef européen que la politique française ne lui permet plus guère d’endosser. Dès lors, la fin de la guerre poserait aussi une question beaucoup plus personnelle : que resterait-il de cette présidence une fois disparue la grande scène internationale sur laquelle elle cherche désormais sa raison d’être ?
Et le plus étrange est que Macron est venu exposer cette contradiction dans une visite qui, à l’origine, n’était précisément pas la sienne. Metz avait été choisi personnellement par Léon XIV. D’autres villes lui avaient été proposées, notamment Lisieux, Lyon et Ars-sur-Formans ; il a voulu Metz pour parler de l’Europe et de la paix. Le programme officiel prévoyait la rencontre du matin puis, l’après-midi, la messe à la cathédrale. Macron devait assister au discours européen et quitter ensuite la ville. Il n’avait d’ailleurs pas assisté à la grande messe de la Concorde deux jours auparavant.
Et puis, dimanche soir, tout change. Vers 20 heures, l’Élysée prévient le maire de Metz. Il faut refaire le protocole pendant la nuit. Macron assistera finalement à la messe. Mieux : il devient la « puissance invitante » à la place du maire et raccompagnera lui-même le pape à l’aéroport, alors que cette tâche devait revenir au Premier ministre. La justification officielle est que les deux hommes souhaitent prolonger leur échange. Le Monde relève également que cette décision de dernière minute intervient alors que Léon XIV rencontre en France une popularité spectaculaire.
Il n’est pas nécessaire d’imaginer ce qui s’est dit dans les couloirs de l’Élysée. La scène publique suffit. Macron s’est ajouté au dernier moment à une partie de la visite à laquelle il ne devait pas participer, a fait bouleverser le protocole pour y occuper la première place et s’est retrouvé au premier rang devant un pape qui venait de démonter, avec une tranquillité remarquable, le cœur même de son discours. Il aurait peut-être mieux fait de respecter son programme initial.
Car le contraste est devenu intenable. Léon XIV n’avait rien à sauver, aucune coalition à maintenir, aucune posture internationale à prolonger. Il pouvait simplement dire que la guerre devait finir et rappeler que la paix commence lorsque quelqu’un accepte enfin de négocier. Macron, lui, apparaît prisonnier du récit inverse. À mesure que son pouvoir s’efface en France, la guerre lui offre encore un rôle. À mesure que la politique intérieure lui échappe, l’Europe et l’Ukraine lui fournissent une scène. Et à mesure que le réarmement devient le cœur de son discours européen, il continue pourtant de parler de « paix », comme si répéter le mot suffisait à effacer la contradiction.
C’est ce que Metz a rendu visible avec une brutalité que personne n’avait probablement prévue. D’un côté, un homme qui parle de paix parce que sa fonction lui commande d’essayer de mettre fin à la guerre. De l’autre, un président qui parle de guerre parce qu’elle est devenue l’un des derniers endroits où sa présidence peut encore essayer de se donner une grandeur.
L’un demande que l’on mette fin à la guerre. L’autre semble avoir politiquement besoin qu’elle dure.
Gabriel Nerciat
30/9/2026

TROIS REMARQUES SUR L'AFFAIRE BARDELLA


Sur l'affaire Bardella, avec laquelle on va nous pomper tels des Shadoks pendant des mois, il n'y a à mon sens que trois choses intéressantes à retenir :

1) Ce que Bardella a pu dire dans le privé à 17 ans, absolument tout le monde s'en fout, car cela n'a rigoureusement aucune importance. Surtout concernant un jeune dirigeant politique influençable et immature qui est aujourd'hui ravi d'être invité à dîner chez les Klarsfeld, même si en Israël on le traite encore en parent pauvre.

2) Ces révélations foireuses de Mediapart n'auront aucune influence sur le score de Marine Le Pen à la prochaine élection présidentielle. Il n'est même pas exclu que cela lui rapporte un ou deux points supplémentaires, car depuis l'affaire Fillon les Français en ont soupé, de ce genre d'arnaques.

3) Mediapart sans le vouloir va sans doute aider Marine Le Pen à se débarrasser de son encombrant poulain qui désormais, les juges ayant validé sa candidature et Retailleau étant dans les choux en compagnie d'Eric Zemmour, ne lui sert rigoureusement plus à rien. Ce troisième point est bien sûr le plus ironique de la séquence. Ciotti se chargera du reste.

29 septembre 2026

Monique Plaza
27/9/2026

Olivier Marleix avait dénoncé l’existence d’un pacte entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, qui avait permis à Richard Ferrand de devenir président du Conseil Constitutionnel.

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Virginie Joron
28/9/2026

Retrouvez ma tribune suite à la démission d’Hervé Maisonneuve rémunéré durant la pandémie Covid par Pfizer : « Pour la vérité, contre l’opacité »


Je n’écris pas ceci en spectateur. Depuis le début de la crise sanitaire, mon combat est simple, et il n’a jamais changé : la vérité d’abord. Pas une vérité d’État. Pas une vérité d’experts protégés. La vérité des faits, des contrats, des liens d’intérêts et des responsabilités.
Ceux qui la réclamaient ont été traités de complotistes. Ceux qui la recouvraient d’un vernis moral ont été promus.
L’affaire Maisonneuve n’est pas une anecdote. Elle est le symptôme de cette inversion.
On a nommé Hervé Maisonneuve – à ne pas confondre avec Patrick Maisonneuve, l’avocat du Parlement européen contre Marine Le Pen – référent à l’intégrité scientifique de Santé publique France, fin mars 2026, pour trois ans. Sa mission : veiller aux principes déontologiques et conseiller l’agence sur la lutte contre la désinformation.
Puis l’on a appris qu’il n’avait pas déclaré des versements de Pfizer à sa société de conseil H2MW. Le Monde a révélé, le 22 septembre 2026, plus de 100 000 euros entre 2021 et 2023. Sur Transparence Santé, Pfizer a déclaré 171 150 euros ; Hervé Maisonneuve a contesté des doublons et avancé 118 650 euros perçus, soit 98 875 euros hors taxes. Il avait aussi d’autres clients, dont Merck. Il a reconnu : « J’avais oublié ça. » Il a démissionné le 24 septembre. Santé publique France a accepté. La ministre Stéphanie Rist avait demandé d’en tirer les conséquences.
Tant mieux. Mais ce n’est pas suffisant.
Car le scandale n’est pas seulement l’oubli d’une case. C’est qu’on ait pu placer, à un poste symbole, un homme dont les liens avec le laboratoire dominant n’étaient pas mis sur la table.
Pourtant, le conflit n’était pas un secret. Verity France l’avait documenté publiquement dès le 31 août 2025, puis à nouveau en janvier et le 15 septembre 2026. BonSens.org avait, dès le 9 septembre 2025, écrit au ministre de la Santé pour demander le retrait de cette nomination – et de celles de Mathieu Molimard et Dominique Costagliola dans la mission sur la désinformation – en s’appuyant précisément sur les versements de Pfizer à H2MW. On a nommé quand même. On a feint la surprise ensuite.
Est-ce un pot-de-vin ? 100 000 euros en échange de quoi ? Combien d’autres euros ou autres cadeaux sous la table ?
Je refuse cette naïveté officielle. Quand un expert de « l’intégrité » « oublie » Pfizer, le public a le droit de soupçonner autre chose qu’un trou de mémoire.
La confiance se gagne par la transparence, pas par des communiqués.
D’ailleurs ce soupçon s’inscrit dans un dossier plus vaste, que l’on a trop vite voulu classer : le Pfizergate. En 2021, la Commission européenne a conclu avec Pfizer/BioNTech le plus gros contrat vaccinal de l’histoire de l’Union : jusqu’à 1,8 milliard de doses, pour un montant souvent estimé autour de 35 milliards d’euros. Ursula von der Leyen a négocié personnellement avec le PDG Albert Bourla, y compris par SMS. Ces messages n’ont pas été produits. La Commission a fini par indiquer qu’ils avaient disparu. La Cour des comptes européenne a dénoncé l’opacité des négociations. Le 14 mai 2025, le Tribunal de l’Union européenne a annulé le refus de communication de la Commission. Ce n’est pas une théorie. C’est un dossier institutionnel.
Des pays ont ensuite été poursuivis pour payer des doses devenues inutiles. Le marché français, comme celui de l’UE, s’est trouvé saturé par Pfizer, tandis que d’autres vaccins, dont Janssen, reculaient.
Un contrat colossal, des textos disparus, des expertises rémunérées, une parole publique qui criminalisait le doute : voilà le terrain même où naissent les suspicions.
Mon combat n’est pas de les transformer en dogme. Il est d’exiger qu’on les lève par des documents, pas par des leçons de morale.
On a demandé aux Français d’obéir au nom de la science. On leur doit donc la science complète : prix, clauses, conflits, messages, décisions. Ceux qui voulaient cette lumière ont été moqués. Ceux qui la filtraient ont été labellisés. C’est cette géométrie variable que je combats.
Je demande une règle unique. Déclarer ses intérêts. Publier les contrats. Rendre les échanges. Expliquer pourquoi un laboratoire a écrasé le marché. Dire pourquoi l’intégrité a été confiée à quelqu’un qui n’avait pas tout déclaré. Si ces exigences font de moi une « horrible complotiste », alors le mot a perdu tout sens.
En 2027, il ne s’agira pas seulement de changer d’équipe. Il s’agira de savoir si la France accepte encore qu’on gouverne la santé avec des zones d’ombre, des copains, et qu’on insulte ceux qui les nomment. La vérité n’appartient ni à Pfizer, ni à Bruxelles, ni à un référent. Elle appartient à ceux qui paient, qui se font vacciner, et qui ont le droit de tout savoir.
Natalia Routkevitch
29/9/2026

50 nuances d’antisémitisme

Il faut avouer que, pour susciter la liesse populaire, Edwy Plenel a fait plus fort que le pape.
Les représentants de l’arc républicain autoproclamé sont aux anges.
Il paraît que, lorsqu’il était à peine majeur, Jordan Bardella a posté sur quelques forums des choses pas comme il faut. Des choses an-ti-sé-mi-tes.
Il a fallu treize ans à nos infatigables reporters et enquêteurs de Mediapart pour mener leur dure et dangereuse enquête et débusquer ces phrases. Enfin, les preuves irréfutables sont là, pour être publiées pile le lendemain du sondage pas sympa qui dit que Marine Le Pen distance ses concurrents au second tour, quels qu’ils soient.
Cependant, la liesse risque à tout moment de changer de camp, car il ne faut pas oublier que les accusations d'antisémitisme sont une arme à double tranchant. Avant-hier, c’était Marine Le Pen ; hier, c’étaient Mélenchon, Rima Hassan, Houria Bouteldja ou quelque jeune prodige de Bondy ; aujourd’hui, Bardella.
À qui le tour demain ?
D’ailleurs, il n’y a aucune raison pour que seuls les "extrêmes" passent à la moulinette de l’antisémitisme.
Pourquoi ne pas s’intéresser à l’origine du slogan que l’extrême centre européen brandit depuis quelques années, glorifiant un allié dont les accointances idéologiques mériteraient mieux que la pudeur de gazelle ?
Qui sont les personnes panthéonisées par cet allié qui reçoit les accolades les plus chaleureuses et les donations les plus généreuses ? Pourquoi ne pas s’intéresser aux vies, aux œuvres et aux combats de ces héros aujourd’hui célébrés en grande pompe ? Il s’agit quand même d’un futur membre de la grande famille européenne.
Ainsi, on aura les "fifty shades" d’antisémitisme et le débat politique, en vue de l’élection, se résumera essentiellement à : "Antisémite toi-même !"
P.S. Je sais, cette image détournée, avec les têtes de nos protagonistes du jour, est devenue virale, mais je préfère l’original.

Yasmina Khadra
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28 septembre 2026

H16
28/9/2026

Ce « pouvoir d’achat qu’on vous rend » avec votre propre argent

Pour Emmanuelle Wargon, à la tête de la Commission de régulation de l’énergie, pas de doute : « plus on installe d’énergies renouvelables, plus on rend du pouvoir d’achat aux consommateurs. »

Le 9 septembre dernier, c’est en tout cas le message qu’elle a tenté de faire passer, avec tout le culot dont sont capables les cuistres et les malfaisants, lors de la présentation d’un tout premier rapport sur l’économie du système électrique français hexagonal calibré pour les gros titres, à neuf mois de la présidentielle, dans un pays où la facture d’électricité est devenue un sujet d’angoisse domestique.


Malheureusement, l’arithmétique la plus élémentaire balaye les affirmations osées de la présidente.

Le fait est que la France dispose d’un parc nucléaire largement amorti, payé par les Français sur des décennies, qui produit une électricité abondante, pilotable et décarbonée, à tel point que d’après les propres tableaux de la CRE, son coût complet s’est établi à 57,6 €/MWh en 2025, contre 152,7 €/MWh pour le mix éolien-solaire. Avec 15 % de la production, ce dernier représente 30 % des coûts complets de production du pays.

Cependant, le ménage français (au tarif aussi réglementé que salé) paye son kilowattheure autour de 19 centimes, soit environ 194 €/MWh, dont près d’un tiers de taxes. Certes, l’acheminement et le réseau de distribution coûtent mais même en étant généreux, l’écart exposé laisse songeur : on a l’impression de payer des électrons plaqués or.

Dans un marché raisonnablement libre, l’actuel parc nucléaire profiterait à ceux qui l’ont financé. Mais en France, ce n’est pas, même de loin, même sur un malentendu, un marché libre : c’est une planification déguisée, où EDF s’est vu contraint de céder son nucléaire à 42 €/MWh à des « concurrents » qui ne produisaient rien, où on a garanti aux éoliennes et aux panneaux un tarif d’achat ou un complément de rémunération, où on a indexé le prix de gros sur la centrale à gaz marginale européenne, et empilé les taxes par-dessus.

En pratique, c’est bien l’absence de marché qui finit par coûter un pognon de dingue.

D’ailleurs, lu attentivement, le rapport de la CRE raconte tout autre chose que sa présidente : comme le relève PNC-France, le modèle du régulateur attribue certes une baisse de 20 €/MWh des prix de marché aux renouvelables installés depuis 2020… mais une baisse de 32 €/MWh au retour du nucléaire après ses déboires de 2022. Sans ce retour, le prix de base aurait grimpé à près de 93 €/MWh. La CRE a donc bien identifié le principal artisan de la baisse des prix et l’a vite caché dans une figure en page 49 pendant qu’elle faisait la promotion de son concurrent subventionné.


Quant au pouvoir d’achat « rendu », il faut savoir d’où il vient.

La plupart des projets renouvelables ne sont pas rentables, l’État comblant la différence (6,2 milliards en 2025), payé essentiellement via des accise, c’est-à-dire la facture d’électricité du consommateur, le reste venant du budget de l’État, c’est-à-dire le contribuable.

Joli tableau où le consommateur paie la subvention via sa facture, le contribuable complète via ses impôts, et l’actionnaire public d’EDF encaisse la baisse de revenus d’un électricien nationalisé. Derrière chacun de ces acteurs c’est le même citoyen français qui voit son pouvoir d’achat se faire tabasser, nonobstant les hallucinations péremptoires d’Emmanuelle Wargon.

Le pire étant que ce système tourne doucement à la farce en exploitation : au premier semestre 2026, la France a connu 407 heures de prix négatifs, contre 147 sur toute l’année 2023, avec un record à -498,65 €/MWh le 1er mai : ce jour-là, produire coûtait de l’argent.

Heureusement, l’État agit (youpi !) : un arrêté de juillet étend l’arrêt obligatoire des parcs solaires et éoliens lors de ces épisodes… moyennant une compensation financière (gasp !). On paie donc pour produire, puis on paie pour ne pas produire.


Pendant ce temps, le nucléaire a dû moduler 33 TWh en 2025 pour faire de la place aux intermittents, au prix d’une usure que personne ne se presse de chiffrer, et on attend avec gourmandise les performances du solaire lors des pointes d’hiver : le 14 janvier 2025 à 9 heures, il fournissait 0,05 % de la production.

Quant à la stabilité du réseau, l’Espagne a récemment fourni un cas d’école et la conclusion, même cotonneusement enveloppée de précautions politiquement correcte, est sans appel : la multiplication des installations renouvelables fragilise énormément les réseaux électriques qui n’ont absolument pas été prévus pour leur intermittence. S’y ajoute l’indispensable considération géopolitique avec le constat de près de neuf panneaux sur dix posés en France venant essentiellement de Chine n’empêchant pourtant nullement les subventions massives à une « filière française » atone.

Et le pompon, c’est que ce rapport, jugé initialement trop favorable au consommateur, a subi un copieux massage statistique et rédactionnel. En effet, lors de sa présentation, Wargon avait prévenu : « Il y aura des interprétations très politiques de ce document », ce qui, selon Les Échos, a poussé le gouvernement à le retoucher tant que possible, la politicaillerie actuellement au pouvoir jugeant qu’il prenait trop franchement le parti du consommateur contre EDF.

L’autorité « indépendante » s’est donc plié aux injonctions gouvernementales pour éviter que le nucléaire ne soit vu favorablement, et s’embourbe maintenant dans un marigot de démentis vaseux qui ne surprendra guère lorsqu’on se rappelle le parcours de la présidente : ancienne responsable des affaires publiques de Danone, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, puis ministre déléguée au Logement, elle fut nommée à la tête de la CRE en 2022 malgré l’opposition d’une majorité de parlementaires : 48 voix contre, 43 pour (et zut, il en fallait 55 pour bloquer).

L’indépendance dans ces conditions, c’est comme une éolienne, ça tourne toujours dans le sens du vent.

C’est tellement vrai que lorsque la CRE recommandait en juin de réduire les aides à l’éolien en mer, le gouvernement lançait un appel d’offres de 10 GW. Chacun n’écoute l’autre que lorsqu’il dit ce qu’il a envie d’entendre, et à la fin, quoi qu’il arrive, le consommateur paye l’addition : en fait, le « pouvoir d’achat qu’on vous rend », c’est une petite partie de celui qu’on vous a extorqué avant.


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