David Duquesne12/10/2026
Ce qu’il y a d’extraordinaire dans l’expérience de vie que j’ai traversée, c’est que j’ai fini par comprendre une chose assez troublante concernant mon entourage proche.
Le simple fait de parler d’islam ou d’immigration, de porter un regard critique sur ces sujets, suffisait à ce que certaines personnes entreprennent de me nazifier, de faire de moi un raciste, un fasciste ou un islamophobe.
Et cela alors même que je suis d’origine algérienne par ma mère, elle-même ancienne musulmane, issue d’une famille maternelle musulmane.
Mais cette contradiction ne semblait pas les déranger outre mesure.
Non pas, selon moi, parce qu’ils croyaient réellement à ce dont ils m’accusaient, mais parce que ces accusations leur procuraient une forme de bonus social.
Je m’explique.
Beaucoup de personnes de mon entourage pensaient en réalité la même chose que moi en privé.
Mais mes prises de position étaient devenues publiques, notamment sur Internet, où nombre de mes articles étaient publiés dans Causeur, Le Figaro Vox, Tribune Juive, ou simplement sur Facebook.
Cette publicité de mes opinions a conduit mon ex-femme et sa famille à prendre leurs distances avec moi, à me regarder comme un oiseau de mauvais augure, un vilain petit canard, un paria.
Ils redoutaient que la mauvaise réputation qui pouvait éventuellement me tomber dessus ne finisse, par capillarité, par les atteindre à leur tour.
Il fallait à tout prix préserver leur bonne réputation.
On pourrait alors se dire que tout cela n’était finalement qu’une affaire de conformisme social. Qu’ils tenaient publiquement des propos assez lénifiants sur l’islam, l’immigration, l’islamisme ou le terrorisme djihadiste, tout en pensant parfois autre chose dans le secret de leurs conversations privées.
Mais les choses sont allées beaucoup plus loin.
La peur d’être associés à quelqu’un comme moi les a conduits, selon moi, à vouloir me tuer socialement, professionnellement et affectivement.
Il fallait absolument m’empêcher d’exister pour éviter que le malus social susceptible de m’être attribué ne rejaillisse sur eux.
Voilà jusqu’où les choses sont allées.
Et cela me fait penser à cette formule d’Alexandre Delval :
« Les coupeurs de langues sont les alliés objectifs des coupeurs de têtes. »
Cette réflexion rejoint également, à mes yeux, les analyses développées par Samuel Fitoussi dans son livre Pourquoi les intellectuels se trompent.
Car c’est bien cette recherche permanente du bonus social qui me semble être au cœur du problème.
L’intelligence sociale, lorsqu’elle se réduit à la volonté d’être accepté, reconnu et valorisé par son groupe d’appartenance, peut entrer en contradiction avec l’intelligence épistémique, celle qui consiste à rechercher la vérité, à examiner les faits et à construire son jugement indépendamment des récompenses ou des sanctions sociales.
Autrement dit, la recherche du bonus social peut conduire un individu à sacrifier son intelligence épistémique sur l’autel de sa réputation.