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22 septembre 2026

Nicolas Dupont-Aignan
22/9/2026

Retrouvez mon passage dans la grande interview de Sonia Mabrouk sur BFMTV où je suis le seul à défendre la paix en Ukraine.

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Gastel Etzwane
22/9/2026

C’est exactement ainsi que se fabrique l’« ennemi intérieur ». On ne parle plus seulement d’espions ou de saboteurs, mais de citoyens dont le tort est de contester la politique du pouvoir et de refuser la guerre. Le désaccord devient suspect, puis la dissidence devient une menace qu’il faudrait faire taire.
Et tout cela au nom de la défense de la démocratie. C’est précisément là que la contradiction devient vertigineuse : prétendre défendre nos libertés contre l’autoritarisme russe tout en envisageant de les retirer à ceux qui refusent de suivre.

Natalia Routkevitch
21/9/2026


"Pourquoi je n'irai pas voter"

Je partage ce post du politiste Gleb Kuznetsov, car il est assez révélateur de la vision désabusée – plus ou moins articulée – qu'ont les Russes de l'artefact nommé "démocratie".
Dans cette vision, le droit électoral n'est ni un pouvoir ni un droit au pouvoir, mais uniquement la capacité de valider les choix faits par une minorité. Quant aux élections, elles ne seraient qu'un procédé symbolique et thérapeutique.
On aura tendance, en Occident, à s'insurger contre cette vision en disant que, pour des malheureux qui n'ont pas de "vraie démocratie", ce regard ne constitue finalement qu'une maigre consolation.
En effet, "vivre en démocratie" est une croyance fondamentale de l'homme occidental, une raison de fierté et du sentiment de supériorité, et la remettre en question relève du sacrilège.

Pourquoi je n'irai pas voter

La démocratie, en tant que système, part du principe que l'individu est en quelque sorte le cofondateur et le "co-acteur" de l'État. Il doit donc voter et, par là même, "participer". Et l'on entre alors dans l'interminable spirale des discussions : où les élections sont-elles "vraies" et où ne le sont-elles pas ? Quel "parlement" est bon, lequel est mauvais ?
Foutaises.
Car c'est partout la même chose. Un sénateur américain, un député de la Douma russe et un eurodéputé se ressemblent comme des frères jumeaux. Le mécanisme de substitution est partout le même.
Tout commence dès la première ligne. Chaque constitution désigne le peuple comme son auteur : "We the People", "Nous, peuple multinational". Le préambule de la Loi fondamentale allemande affirme que le peuple allemand, en vertu de son pouvoir constituant, s'est donné cette Loi fondamentale. Pourtant, après la guerre, on n'a jamais jugé bon de laisser les Allemands voter eux-mêmes sur leur constitution. Au XVIIIe siècle, Hume faisait remarquer que considérer qu'un homme consent au pouvoir au seul motif qu'il n'émigre pas revient à dire qu'un passager embarqué sur un bateau alors qu'il dormait a expressément reconnu l'autorité du capitaine. Après tout, il aurait pu sauter par-dessus bord.
Les élections parlementaires, dans n'importe quel État, reviennent finalement à ceci : une fois tous les cinq ans, on demande au citoyen de transmettre au pouvoir quelques bits d'information en cochant une case. Or le pouvoir reçoit chaque jour de chacun des citoyens des gigaoctets de données – transactions, requêtes, déplacements – sans qu'il soit besoin d'élections.
Les lois ne sont pas écrites par les parlements. En Russie, la majorité des textes adoptés sont déposés par le gouvernement. Au Parlement européen, le droit d'initiative législative appartient formellement à la Commission, et non au Parlement. Aux États-Unis, les textes sont élaborés par les équipes des commissions et par les lobbyistes ; puis les élus votent sur des milliers de pages qu'ils n'ont non seulement pas lues, mais qu'ils ne sont même pas en mesure de lire et d'assimiler. Quant aux électeurs, les députés ne les représentent pas davantage : la plupart des gens seraient incapables de donner le nom de leur représentant dans le Tennessee, pas plus que dans la région de Tver.
La dernière fois qu'un parlement a réellement exercé le pouvoir, c'était dans les années 1640 : le Parlement anglais a refusé à Charles Ier les fonds qu'il demandait, a défait son armée et a fini par lui trancher la tête. Après cela, les systèmes politiques se sont dotés de garde-fous. Aujourd'hui, les parlements dits démocratiques sont, partout, pratiquement incapables de changer quoi que ce soit, si ce n'est le montant des salaires de leurs membres.
La situation la plus cocasse est celle des Allemands. L'article 79, paragraphe 3, interdit à toute majorité – parlementaire comme populaire – de toucher aux "principes fondamentaux". L'article 146, lui, considère l'ensemble du texte comme provisoire : il reste en vigueur jusqu'au jour où le peuple allemand adoptera librement une constitution. En 1990, la réunification s'est faite en contournant cette disposition : la RFA a tout simplement absorbé la RDA. Les Allemands n'ont donc, formellement, jamais constitué leur État commun. "L' article éternel" 79 protège ainsi un texte qui se définit lui-même comme provisoire. (...)
Les Anglais sont plus élégants. Leur opposition porte officiellement le nom d' "Opposition loyale de Sa Majesté", et son chef reçoit un traitement payé par le Trésor pour s'opposer au gouvernement tout en restant fidèle à la Couronne. Un genre bien connu : "Votre Majesté, permettez-moi de vous le dire sans détour : vous êtes un génie."
Dans le préambule de chaque constitution, on présente l'individu comme l'un des fondateurs de l'État ; les articles qui suivent veillent ensuite à ce qu'il ne le devienne surtout pas. Schmitt l'a formulé avec plus de clarté que quiconque : dans une démocratie, le peuple ne peut que répondre "oui" à une question posée par quelqu'un d'autre.
L'expression de sa volonté est nécessaire au système pour se légitimer. Mais, pour fonder quoi que ce soit ou pour remettre le système en question, le peuple n'est pas seulement inutile : il est carrément encombrant. Le bulletin de vote fonctionne comme une signature en bas d'un registre attestant qu'on a reçu les consignes de sécurité : désormais vous ne pourrez pas prétendre que vous ne connaissiez pas les règles.
Pour autant, ne pas participer à la procédure ne doit pas devenir un acte de protestation. Bulletin nul, vote "pour n'importe qui sauf…", observateurs dans les bureaux de vote : tout cela ne fait qu'animer le rituel et transformer la visite au cimetière en champ de bataille. C'est inutile. Le vote aux élections relève aujourd'hui du domaine des loisirs, quelque part entre le théâtre et la pêche. Venir en famille, croiser ses voisins, mettre une croix dans une case : que les adultes se divertissent comme ils l'entendent.
Le vrai enjeu est ailleurs : à qui appartient la machine qui transforme les désirs de millions de personnes en décisions ? Aux données, aux plateformes, aux algorithmes de distribution. Là, personne ne proposera aux gens ordinaires de devenir "cofondateurs" et "co-décisionnaires". Là, c'est l'argent qui décide.
Gleb Kuznetsov, TG, 19/9/2026
Gabriel Nerciat
21/9/2026

L'ALLEMAGNE REND HOMMAGE AUX RITA MITSOUKO


Mais c'est la mort qui t'a assassiné, Friedrich.
C'est la mort, tu t'es consumé.
Tu t'es consumé, Friedrich.
C'est le peuple à qui tu voulais refiler un barda
Qui est en train de te tuer.
Maintenant tu es en cendres ;
La mort c'est comme une chose impossible
Et même à toi qui te croyais aussi fort que le Führer
Même à toi qui n'es que l'avorton d'un SA,
C'est la mort qui va t'emmener, Friedrich,
Loin de Berlin, très loin, et loin de Kiev aussi.

21 septembre 2026

CharbActu
13/8/2026

Asselineau 2027 : j’ai analysé le programme. Voici ce qui est applicable !

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Gastel Etzwane
24/9/2026

Sanctions sur sanctions. Puis l’étonnement feint.

Paquet après paquet, l’Union européenne a accumulé les sanctions économiques contre la Russie, avec le soutien enthousiaste de la France. On a asphyxié les échanges, poussé des entreprises françaises qui se portaient très bien sur ce marché à tout abandonner. Renault cède AvtoVAZ pour un rouble. La Société Générale quitte Rosbank au prix de milliards. Leur place est prise instantanément par des acteurs locaux.
Celles qui restaient – Auchan, l’ex-Leroy Merlin, FM Logistic – passent maintenant sous « administration temporaire ». Paris s’indigne, parle de saisie « sans justification » et demande à Moscou de reculer.
Après avoir nous-mêmes organisé l’étouffement, il ne faut pas s’étonner des conséquences. La Russie, encore une fois, a été d’une patience infinie. Et sa réponse n’est même pas violente : une mise sous tutelle. On prend vraiment les gens pour des imbéciles.

Gabriel Nerciat
21/9/2026

L'AFFAIRE CHARLES SAPIN, UN SUICIDE COLLÉGIAL


Comment expliquer calmement à tous ces ratés gratte-papiers fonctionnarisés que l'éviction forcée de Charles Sapin (un journaliste sérieux mais très modéré et parfaitement orthodoxe d'un point de vue libéral, qui a été récemment embauché à VA plutôt pour normaliser la ligne du magazine que le contraire) est pour eux une victoire à la Pyrrhus dont ils ne se relèveront pas.
Ce que démontre cet épisode de sectarisme picrocholin, c'est surtout à quel point l'intelligentsia progressiste et cultureuse contemporaine (de Bourmeau à Balasko ou Masiero en passant par Podalydès, Ernaux et Arthus-Bertrand) a adopté tous les traits de l'aristocratie finissante : morgue de privilégiés, autisme intellectuel et politique radical, impunité de caste, aveuglement définitif sur le péril qui les guette et dont ils deviennent ridiculement, sous les sarcasmes légitimes de la plèbe, le principal aliment (en 1789, lors de la convocation des États généraux à Versailles par le roi, ce sont les députés de la noblesse et du clergé qui ont allumé la flamme révolutionnaire appelée quelques années plus tard à tous les consumer).
La gauche, aujourd'hui, toutes tendances confondues, si l'on prend les chiffres des deux dernières législatives, ne dépasse pas 26 ou 28% des suffrages dans les urnes ; mais ses représentants auto-proclamés semblent croire qu'elle fait encore au moins 45 ou 50% voire plus, comme à l'époque de François Mitterrand et de Lionel Jospin.
En obtenant de la direction de France Inter la tête de Sapin, les journalistes de la radio d'État ont en réalité décidé de précipiter la leur dans le panier à son.
Ce n'est même plus la privatisation qui pointe (même Mathieu Pigasse dédaignerait de racheter les stations et chaînes incriminées) ; c'est la fermeture et le démantèlement définitif.
Ou la mise à la retraite d'office, ce qui serait encore mieux. Les aristocraties sans légitimité et sans panache ont vocation à disparaître sans laisser de traces.

20 septembre 2026

Patrick Mbeko
18/9/2026

Paix mondiale : pourquoi il faut dire merci à Poutine


Face aux gesticulations et à la posture ouvertement belliqueuse de plusieurs dirigeants européens, les responsables russes, Vladimir Poutine en tête, répètent qu’une guerre contre l’Europe, à la différence de celle menée en Ukraine, serait expédiée en peu de temps. Sergueï Lavrov l’a encore affirmé lors d’une allocution récente. « Si l’Europe attaque la Russie, la guerre sera très courte », a-t-il souligné. Une déclaration qui peut surprendre au regard de la situation en Ukraine, où "l’opération militaire spéciale" russe dure depuis maintenant quatre ans. D’ailleurs, le ministre polonais des Affaires étrangères a récemment soutenu que l’Europe, si elle décidait d’en découdre, pourrait rapidement» vaincre la Fédération de Russie dans un conflit conventionnel.
Le problème est que l’on se trompe de conflit en comparant une éventuelle guerre Russie–Europe au conflit ukrainien. Dans la vision des dirigeants russes, l’ "opération militaire spéciale" oppose en réalité deux peuples issus d’une même matrice historique, séparés et instrumentalisés par l’Occident. C’est précisément pour cette raison que Moscou s’abstient de déployer sa pleine capacité de frappe en Ukraine. Les opérations menées par l’armée russe sont volontairement "mesurées", non pour anéantir l’Ukraine, mais pour la rendre militairement inoffensive. D’où la notion de "démilitarisation". L’objectif russe est de neutraliser une "sœur" devenue, par la volonté de l’OTAN, un outil de projection militaire aux portes de la Russie.
Dans un conflit direct avec l’Europe, cette retenue disparaîtrait instantanément. Au regard de la superficie, de la démographie et des capacités militaires de certains États européens, l’issue pourrait prendre la forme d’une véritable extermination. Mais les dirigeants européens, hypnotisés par le parapluie américain, semblent incapables de mesurer cette réalité. Rien ne garantit d’ailleurs que les États-Unis accepteraient de risquer une confrontation nucléaire avec la première puissance atomique mondiale pour défendre un groupe de petits pays européens surexcités. L’article 5 de l’OTAN, brandi comme un talisman, est pourtant explicite : il n’impose pas une riposte militaire automatique.
Quant à la France, qui laisse entendre qu’elle pourrait étendre sa couverture nucléaire à d’autres États européens, prendra‑t‑elle réellement le risque d’affronter la Russie ? Malgré son arsenal nucléaire, elle demeure une puissance militaire moyenne pour risquer un duel stratégique avec Moscou.
On ne le dit pas assez, mais si le monde n’a pas encore basculé dans un conflit nucléaire, c’est en grande partie grâce au sang‑froid de Vladimir Poutine, qui refuse de céder aux provocations européennes et aux pressions des faucons russes. Le président russe sait qu’il a affaire à des dirigeants européens immatures, incapables d’appréhender la gravité de leurs actes. Mais la patience face à la connerie a des limites. À bon entendeur...
Je bois mon lait nsambarisé...
Gabriel Nerciat
20/9/2026

L'ARME DE LA DETTE, UN CRIME PAR PRÉMÉDITATION


Il est curieux que personne ne s'interroge vraiment sérieusement sur l'origine et les causes de l'explosion de la dette publique en France depuis 2017 (même si le grand dérapage commence en fait dès l'époque de Sarkozy, dix ans plus tôt, dissimulé à l'époque par la crise des subprimes, comme il le sera plus tard par l'épidémie de covid et les contraintes du despotisme sanitaire qu'elle permettra impunément de mettre en place).
Je veux dire : autrement qu'à l'aide d'une banale vision analytique adossée à une vague expertise comptable, comme à peu près tous les commentateurs libéraux, de ce vieux charlatan de François de Closets dans les années 1970 jusqu'au minable FOG aujourd'hui, en passant par tous les Bouzou et les Fiorentino de la Terre, nous en servent régulièrement depuis des lustres.
Il est quand même frappant que le premier acte politique d'Emmanuel Macron ait été le bradage d'Alstom au profit de General Electric et le dernier, si l'on peut dire, le refus obstiné de baisser la TVA sur le prix de l'essence en raison de l'augmentation des taux d'intérêts sur les titres à dix ans de la dette obligataire française.
À croire que cet homme improbable, pure création des réseaux Attali et ancien associé de la banque Rothschild, n'a jamais eu d'autre dessein depuis son arrivée au cœur des pouvoirs exécutifs de la République que celui de conforter le bilan comptable de quelques entreprises multinationales anglo-saxonnes ou des grandes banques d'affaires institutionnelles et des fonds privés qui sont les principaux détenteurs des obligations d'État (le versement de leur tribut annuel – ce qu'on appelle le service de la dette – deviendra, quand il quittera l'Élysée, le premier poste budgétaire de l'État, ce qui ne s'est jamais produit en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale).
Non seulement, à suivre les cours de bourse, ces créanciers privés, français et internationaux, se sont enrichis aussi éhontément que la moyenne des Français eux se sont plutôt appauvris (surtout en termes de parité de pouvoir d'achat), mais – plus grave encore – les marges de manœuvre de l'État se réduisent désormais d'autant plus que son incapacité pathétique à assumer les fonctions régaliennes les plus basiques devient flagrante.
Or l'exemple de l'Italie devrait nous faire réfléchir : c'est l'importance de la dette publique italienne, jointe aux dotations exceptionnelles de la Commission von der Leyen, qui a contraint Giorgia Meloni à abandonner l'essentiel de ses promesses électorales après son entrée au palais Chigi, il y a quatre ans.
Il n'est pas impossible que le calcul de Macron et des oligarques qui le manoeuvrent soit de rendre l'État tellement paralysé par son surendettement que ses futurs dirigeants ne soient plus en mesure de refuser à Bruxelles aucun nouveau transfert de souveraineté (c'est la question de la fusion des marchés de capitaux, et celle du passage au vote à la majorité qualifiée pour les questions de diplomatie et de défense, qui sont désormais assumées publiquement par Ursula von der Leyen, si l'on en croit son dernier discours solennel prononcé mercredi à l'assemblée de Strasbourg).
Dès lors, Emmanuel Macron ne serait pas l'énarque hautain et incompétent que décrit tous les jours Pascal Praud sur C-News.
Ce serait bien plutôt un dirigeant matois, pervers, cynique et résolu qui aura accompli une oeuvre de destruction parfaitement préméditée de la souveraineté française, en parfaite continuité avec celle qu'entreprit l'ancien maréchaliste François Mitterrand au début de son second septennat.
Gastel Etzwane
20/9/2026

Le ruissellement à l’envers


On nous a longtemps expliqué que la prospérité finirait par ruisseler du sommet vers la base. Les Français l’attendent encore. En revanche, un autre ruissellement fonctionne à merveille : celui des coûts. Il commence aujourd’hui à la pompe et finira demain dans le caddie.

Le gazole vient de franchir en France un seuil que l’on aurait encore jugé extravagant il y a quelques mois : plus de 2,40 euros le litre en moyenne, nouveau record national. Mais cette moyenne dit encore mal ce que voient certains automobilistes. À Neuilly-sur-Seine, le litre a atteint 2,85 euros. Et à Ostwald, dans l’agglomération strasbourgeoise, une station Shell de la M35 affichait cette semaine le gazole ordinaire autour de 2,89 euros et le diesel premium à 2,999 euros le litre. Les trois euros, naguère chiffre presque inimaginable, sont donc désormais à un millième d’euro de la réalité.

À ce tarif, un plein de 50 litres dépasse 120 euros au prix moyen national et peut approcher 150 euros dans les stations les plus chères. Ce n’est plus une poussée passagère : c’est un changement d’échelle.

Et cette flambée tombe sur un pays qui, depuis des décennies, a méthodiquement réduit sa capacité de raffinage. La France comptait une vingtaine de raffineries dans les années 1970 ; il n’en reste plus que six en métropole. Surtout, notre outil de raffinage produit structurellement trop d’essence et pas assez de gazole. Nous avons donc organisé notre dépendance : une part considérable du diesel consommé en France doit être achetée à l’étranger.

Pendant longtemps, cela ne posait guère de problème. On achetait là où le produit était disponible. Puis est venue la guerre d’Ukraine et, avec elle, le choix européen de rompre progressivement avec les hydrocarbures russes. Les circuits se sont allongés, déplacés, compliqués. Le pétrole russe n’a d’ailleurs pas disparu du marché mondial : il a changé de route. L’Inde en a acheté massivement, l’a raffiné et a revendu des produits pétroliers vers l’Europe. L’Union européenne a fini par fermer à son tour cette voie : depuis le 21 janvier 2026, les produits raffinés dans un pays tiers à partir de brut russe sont interdits à l’importation dans l’Union.

Nous avons donc remplacé un approvisionnement relativement proche par un système plus long, plus complexe et plus vulnérable. Et lorsque plusieurs maillons cassent simultanément, la facture arrive.

C’est exactement ce qui se produit aujourd’hui. L’Ukraine a considérablement intensifié ses attaques contre les raffineries russes : selon l’Agence internationale de l’énergie, une raffinerie russe a été touchée en moyenne tous les trois jours pendant les huit premiers mois de 2026. En juin, le raffinage russe était tombé à son plus bas niveau depuis plus de vingt ans et la production de diesel avait reculé de près de 30 %. Moscou a réagi en limitant ses exportations pour préserver son marché intérieur. Or la disparition de ces volumes intervient au moment même où les exportations de diesel du Moyen-Orient s’effondrent. En août, les exportations combinées de la Russie et du Moyen-Orient étaient inférieures de 75 % à celles d’un an auparavant.

Autrement dit, les deux conflits que l’Europe regarde depuis des années comme des questions de stratégie internationale sont désormais présents dans chaque station-service française. La guerre d’Ukraine a raréfié une première source d’approvisionnement ; la guerre au Moyen-Orient en frappe une seconde. Et la France, qui ne dispose plus de l’appareil industriel lui permettant d’amortir suffisamment le choc, achète son gazole sur un marché mondial brutalement tendu.

2022, la bifurcation oubliée

C’est ici qu’il faut revenir au printemps 2022, parce que l’histoire énergétique actuelle ne commence pas en septembre 2026.

On présente souvent la poursuite de la guerre comme si elle avait été, dès les premières semaines, la seule issue imaginable. Ce n’est pas exact. Des négociations sérieuses ont eu lieu entre Russes et Ukrainiens au printemps 2022, notamment à Istanbul. Neutralité de l’Ukraine, renoncement à l’OTAN, garanties internationales de sécurité : les discussions étaient suffisamment avancées pour qu’un règlement soit alors sérieusement envisagé, même si nul ne peut savoir aujourd’hui si un accord définitif aurait finalement été signé.

C’est à ce moment que Boris Johnson se rend à Kiev et défend une ligne très différente : Poutine n’est pas un interlocuteur auquel on peut faire confiance et la guerre doit se poursuivre. Il serait impossible d’attribuer à Johnson seul l’échec de ces négociations. Mais il serait tout aussi faux de réécrire l’histoire comme si aucune alternative n’avait existé. Une voie diplomatique existait en 2022. Le choix occidental fut de ne pas construire sa politique autour d’elle et de poursuivre le soutien militaire à l’Ukraine. Quatre ans plus tard, les conséquences de cette décision ne se mesurent plus seulement en kilomètres de front, en armes livrées ou en milliards dépensés. Elles entrent désormais dans l’économie quotidienne des Européens.

Et maintenant, la facture

Car le gazole n’est pas un produit comme les autres. Il fait circuler les marchandises. Il fait rouler les camions, travailler les engins, fonctionner une partie de l’agriculture et transporter des millions de tonnes de produits alimentaires. Lorsqu’il augmente de quelques centimes, les entreprises peuvent encore absorber une partie du choc. Lorsqu’il dépasse 2,40 euros, le coût remonte nécessairement toute la chaîne.

Le transporteur répercute sur son client. L’industriel répercute sur le distributeur. Le distributeur négocie quelque temps, puis répercute à son tour. Et le consommateur finit par payer. Mais cette transmission n’est pas instantanée. Elle prend quelques semaines, parfois plusieurs mois, au rythme des contrats de transport, des commandes, des stocks et des renégociations commerciales. Ce que les Français voient aujourd’hui à la pompe n’est donc que le commencement.

Le gazole à plus de 2,40 euros est le premier étage visible du choc. Les suivants apparaîtront progressivement dans les prix des marchandises transportées, des produits agricoles, de l’alimentation et, plus largement, de tous les biens dont la fabrication ou l’acheminement dépend de l’énergie. Les produits lourds, frais ou fréquemment livrés seront particulièrement exposés : eau, lait, fruits, légumes, produits alimentaires courants. Dans quelques semaines, puis dans les mois qui viennent, une partie de la hausse aujourd’hui concentrée sur la pompe se retrouvera sur les étiquettes.

C’est précisément ce qui rend la situation actuelle trompeuse. On pourrait regarder les 2,40 euros du litre comme un problème concernant essentiellement les automobilistes. La véritable facture n’est pourtant pas encore arrivée. Lorsqu’elle aura parcouru toute la chaîne économique, elle concernera aussi celui qui roule peu, celui qui n’a pas de voiture et celui qui pense aujourd’hui pouvoir échapper à la hausse du carburant. Tous paieront, d’une manière ou d’une autre, le renchérissement du transport et de l’énergie.

C’est ici que la comparaison européenne devient particulièrement éclairante. L’Allemagne et l’Espagne ont choisi d’intervenir directement sur le prix payé par l’ensemble des automobilistes, plutôt que de réserver l’essentiel de l’effort à certaines catégories. En Allemagne, le gouvernement a décidé une baisse temporaire de la fiscalité représentant 17 centimes par litre, essence comme gazole, du 1er octobre à la fin de l’année, au bénéfice des particuliers comme des entreprises. En Espagne, le gouvernement a également choisi une réduction générale de la fiscalité sur l’essence et le gazole, avec un dispositif modulé en fonction de l’évolution des prix, tandis que les professionnels bénéficient d’aides complémentaires.

La France a fait un autre choix. Pas de ristourne générale à la pompe, mais une multiplication d’aides ciblées. Les travailleurs modestes considérés comme « grands rouleurs » peuvent recevoir 100 euros sous conditions de revenus et de kilométrage ; près de trois millions de personnes sont potentiellement concernées. Les aides destinées à plusieurs secteurs professionnels particulièrement exposés ont également été prolongées.

La différence est très concrète. En Allemagne et en Espagne, l’automobiliste voit la décision publique sur le prix du litre qu’il achète. En France, celui qui n’entre dans aucune des catégories aidées continue simplement de regarder défiler les chiffres sur la pompe : plus de 2,40 euros le litre en moyenne, et jusqu’aux portes des 3 euros dans certaines stations.

C’est une manière de traiter certaines conséquences sans toucher, pour l’ensemble de la population, au prix qui les produit. Et cette différence de choix politique devient d’autant plus sensible que le carburant irrigue toute l’économie.

Voilà finalement le seul ruissellement dont on puisse constater quotidiennement l’efficacité. Ce n’est pas celui de la richesse promise, descendant des plus prospères vers ceux qui le sont moins. C’est celui de la facture. Elle part des choix énergétiques, industriels, diplomatiques et militaires effectués depuis plusieurs années, traverse les marchés pétroliers, les raffineries, les transporteurs et les distributeurs, avant d’achever sa course là où toutes les factures finissent par arriver : dans le portefeuille des Français.

18 septembre 2026

Natalia Routkevitch


- 18/9/2026 - Lockheed Martin a annoncé pour aujourd’hui le premier vol d’un F-35 acquis par la Luftwaffe, dans une vidéo qui dure 13 secondes mais qui est tout à fait saisissante (voir ci-dessous avec l’accompagnement musical). Je ne sais pas si la pub a été créée par l'IA, dans le cas contraire ses concepteurs sont sans doute très jeunes, très disruptifs, et très américains.
Comment il disait, le Donny, le jour des élections dans la Saxe-Anhalt ? Make Germany great again ?
Eh bien, il n’y a sans doute que les dinosaures qui sont saisis, en visionnant ce spot, par le sentiment exprimé par une créature légendaire :
The world is changed. I feel it in the water. I feel it in the earth. I smell it in the air...

17 septembre 2026

Georges Kuzmanovic
17/9/2026

Ursula von der Leyen, une fuite en avant impériale ?


Ursula von der Leyen a livré sa vision d’une Europe assiégée qui devrait, pour survivre, concentrer toujours plus de pouvoirs à Bruxelles, donc entre ses mains. Derrière le discours de la soi-disant puissance se dessine surtout une fuite en avant fédérale, atlantiste et post-démocratique.

L’Union européenne contre l’Europe et contre ses peuples

Le 16 septembre 2026, dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, Ursula von der Leyen a prononcé son sixième « discours sur l’état de l’Union ». Le lieu, le cérémonial et surtout l’intitulé ont leur importance. Car l’expression elle-même est une importation américaine. Le « State of the Union » est le discours par lequel le président des États-Unis s’adresse au Congrès pour rendre compte de l’état de la fédération. L’Union européenne a adopté cette pratique en 2010, alors même qu’elle ne figure dans aucun traité.

Ce mimétisme n’est pas anecdotique, il révèle un imaginaire politique qui n'est pas le nôtre. Une Union suppose un État ; un « état de l’Union » suppose presque naturellement quelqu’un qui parle en son nom. Ursula von der Leyen ne se comporte plus seulement comme la présidente d’une Commission chargée d’exercer les compétences que les États lui ont confiées, elle parle et agit de plus en plus comme la présidente politique d’une puissance fédérale en construction sans le consentement des peuples.

C’est sous cet angle qu'il faut analyser son discours. Il faut moins écouter chacune de ses annonces prises séparément que comprendre l’architecture qu’elles dessinent.

La doctrine de la « citadelle assiégée »

Le récit est désormais parfaitement construit. L’Europe serait entourée de périls. La Russie, bien qu'au bord permanent de l'effondrement, menace militairement les États membres de l'UE et mène une guerre hybride. La Chine menace économiquement et technologiquement. Les États-Unis sont devenus un partenaire moins prévisible. Le climat menace. Les réseaux sociaux menacent nos enfants et nos démocraties. Les migrations menacent nos frontières.

Partout le danger, et, miraculeusement, à chaque danger la même solution : davantage d’Europe, davantage de compétences communes, davantage de centralisation, davantage de décisions prises à Bruxelles. C’est la doctrine de la « citadelle assiégée ».

L’Union européenne ne parvenait déjà plus à justifier son approfondissement par la prospérité qu’elle promettait autrefois. Elle le justifiera désormais par la peur et par l’urgence. Et l’urgence possède cette merveilleuse propriété politique, elle permet toujours de présenter comme indispensable aujourd’hui ce que les peuples auraient peut-être refusé hier.

Un putsch à bas bruit ?

Ursula von der Leyen ne veut plus seulement administrer les compétences de l’Union, elle entend déplacer vers Bruxelles le centre de gravité de fonctions qui appartiennent au cœur même de la souveraineté des nations.

Avec Kaja Kallas, son alter ego fanatique, elle annonce ainsi une « nouvelle stratégie européenne de sécurité ». Elle propose un « protocole de sécurité d’urgence », sorte de pendant européen de l’article 4 de l’OTAN, qui permettrait de réunir les États membres afin de coordonner une réponse commune face à des menaces situées sous le seuil de l’agression militaire. Elle veut également créer un Conseil européen de sécurité réunissant les dirigeants européens mais également le Canada, la Norvège, l’Ukraine, le Royaume-Uni et potentiellement d’autres partenaires. Soit une sorte d'Union européenne encore plus élargie.

Défense, sécurité, politique étrangère, derrière les mots rassurants de coordination et d’efficacité se poursuit la même mécanique. Ce qui relevait hier de la coopération entre États devient progressivement politique de l’Union ; ce qui relevait de la diplomatie devient stratégie commune ; ce qui relevait des souverainetés nationales doit être arbitré toujours davantage à Bruxelles.

Ce n’est évidemment pas un putsch au sens juridique du terme, c’est plus subtil ; c'est silencieux, institutionnel, onctueux, accompli par prise de compétences successives, crise après crise, au nom chaque fois de l’urgence et de l’efficacité. Et tant pis pour la démocratie et la volonté des peuples.

Qui a demandé aux peuples européens s’ils souhaitaient cette transformation ?

Le Parlement européen travaille depuis plusieurs années à l’extension de la majorité qualifiée et à la réduction du champ de l’unanimité, y compris dans des domaines régaliens. Et la mécanique est toujours la même : ce que Bruxelles appelle avec agacement un « veto » est aussi le dernier moyen dont dispose un peuple, par l’intermédiaire de son gouvernement, pour refuser une décision qu’il estime contraire à ses intérêts fondamentaux.
Dans une nation, la majorité est légitime parce qu’il existe un peuple politique acceptant de décider ensemble et de se soumettre alternativement à cette majorité. Mais où est le peuple européen unique qui aurait souverainement accepté que vingt-six nations puissent imposer à la vingt-septième sa politique étrangère, énergétique ou demain militaire ?

L’Europe ne sera utile à la France que si elle redevient un instrument au service des nations et des peuples qui la composent. Et la France peut être utile à l’Europe en proposant des coopérations renforcées aux États qui partagent avec elle une même conception de l’indépendance, par la coopération industrielle, énergétique, militaire, scientifique, diplomatique. Il faut savoir faire ensemble lorsque nos intérêts convergent, mais rester souverains lorsqu’ils divergent.

C'était très exactement la logique de l'Union européenne que voulait bâtir le Général de Gaulle, une union de nations souveraines en dernier recours. C’est exactement l’inverse de la mécanique fédérale qui transforme progressivement la coopération en subordination.

L’échec appelle toujours davantage d’Europe

Le procédé est connu depuis trente ans.
L’élargissement rend la décision difficile ? Supprimons les vetos. La monnaie unique produit des divergences ? Créons davantage de gouvernance économique. La politique énergétique échoue ? Créons davantage de politique énergétique européenne. L’Union peine à parler d’une seule voix en diplomatie ? Transférons davantage de politique étrangère à Bruxelles.

Evidemment, jamais l’échec ne conduit à restituer une compétence aux nations. Par un prodige dialectique, il démontre toujours qu’on n’en avait pas transféré assez. On croirait voir se répéter les erreurs de l'URSS, si ça ne va pas, faisons plus encore de la même chose.

Car élargissement et approfondissement fonctionnent comme les deux mâchoires d’un même étau. Plus l’Union s’élargit, plus on explique qu’elle doit se centraliser pour continuer à fonctionner. Et plus elle se centralise, plus elle devient capable de nouveaux élargissements qui justifieront demain une nouvelle centralisation.

La souveraineté disparaît par petits morceaux, toujours au nom de l’efficacité.

De la Mer Noire à l'Alaska

Mais voilà maintenant que même les frontières de cette Union deviennent encore plus élastiques.
Non contente de poursuivre l’élargissement à l’Est, Ursula von der Leyen propose de faire du Canada le premier « membre associé » de l’Union européenne.

Le Canada est un pays ami. Là n’est évidemment pas la question. La question est de savoir ce qu’est encore l’Union européenne si un pays situé sur le continent américain peut en devenir membre associé. Von der Leyen propose d’aller bien au-delà du CETA conclu il y a une décennie, et de passer à une « alliance pour l’avenir » destinée à créer un « espace commun de prospérité et de sécurité économique ». Elle annonce une alliance technologique, une coopération sur l’énergie, les minerais critiques, les batteries, l’intelligence artificielle, le quantique, la cybersécurité et, surtout, l’intégration des bases industrielles de défense.

Un espace commun donc. Il faut mesurer la portée des mots.

On avait compris depuis longtemps que l’Europe de Bruxelles n’irait plus « de l’Atlantique à l’Oural », ce qui est pourtant son espace géographique et civilisationnel naturel. Nous découvrons maintenant qu’elle pourrait aller de l'Alaska à la Mer Noire. À ce compte-là, pourquoi pas l’Australie demain ?

La géographie devient secondaire. L’Union n’est plus conçue comme l’organisation politique d’un continent façonné par une histoire, une géographie et des civilisations communes. Elle devient progressivement une communauté idéologique occidentale aux frontières conceptuelles, définie par l’adhésion aux mêmes « valeurs » et au même système stratégique.
L’Union européenne devient autre chose que l’Europe.

Et, une nouvelle fois, une question démocratique élémentaire se pose : qui a donné mandat à la présidente de la Commission pour inventer cette nouvelle catégorie politique de « membre associé » ? Plusieurs eurodéputés de gauche comme de droite ont posé la question à Ursula von der Leyen, mais rien ne l'obligea à répondre, dès lors, elle a superbement ignoré ce petit détail.

Ce statut n’existe pas aujourd’hui dans les traités. Il faudrait donc déterminer ce qu’il signifie. Quels droits ? Quelles obligations ? Quels financements ? Quel accès aux programmes européens ? Quelle participation aux dispositifs industriels et militaires ? Quelle réciprocité ? Quel contrôle des États membres ?
Ce ne sont pas des détails techniques. Ce sont des questions de souveraineté.

Ces questions appellent des réponses, d’autant plus que la défense canadienne est profondément intégrée à la défense américaine.
Il faut rappeler à quel point le Canada est intégré au dispositif militaire des États-Unis. Depuis 1958, les deux pays disposent avec le NORAD d’un commandement militaire binational unique au monde, chargé de la surveillance et de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, ainsi que de l’alerte maritime. Il ne s’agit pas d’une simple coopération entre alliés, le NORAD exerce un contrôle opérationnel sur les forces de défense aérienne au Canada, s’appuie sur des réseaux communs de radars, de satellites, de centres de commandement et de chasseurs, et son commandement est structurellement partagé – traditionnellement un général américain à sa tête et un lieutenant-général canadien comme adjoint.
Environ 320 militaires canadiens servent actuellement sous commandement binational aux États-Unis, tandis qu’Ottawa engage 38,6 milliards de dollars canadiens sur vingt ans dans la modernisation du NORAD. Les deux armées travaillent désormais à une intégration toujours plus poussée de leurs systèmes de commandement et de contrôle, jusque dans le cloud, l’intelligence artificielle et la défense antimissile. Le Canada est donc, en matière de défense continentale, profondément imbriqué dans l’architecture stratégique américaine.
Suivant cette logique, l’industrie de défense canadienne est profondément intégrée au complexe industriel nord-américain tandis que le Canada renforce simultanément ses partenariats militaires européens.
Dès lors, prétendre l’intégrer à son tour à une architecture européenne de sécurité et de défense pose une question majeure : construit-on réellement une autonomie stratégique européenne, ou étend-on progressivement à l’Europe l’espace stratégique nord-américain ?

La souveraineté selon Ursula : acheter américain

Car il existe une épreuve autrement plus cruelle pour cette rhétorique de soi-disant « puissance européenne » qui n'est qu'une chimère, à savoir, les faits.

Le 27 juillet 2025, à Turnberry, Ursula von der Leyen concluait avec Donald Trump l’accord commercial destiné à éviter une guerre commerciale transatlantique. Sous couvert « d'accord », il s'agissait en fait d'une capitulation d'États vassaux, l'Union européenne, concédant à payer un tribut à l'État suzerain, les États-Unis.

Les États-Unis conservaient un tarif plafond de 15 % sur une grande partie des produits européens tandis que l’Union s’engageait à supprimer ses droits de douane sur les produits industriels américains.
L’Europe annonçait aussi son intention d’acheter 750 milliards de dollars d’énergie américaine jusqu’en 2028, au moins 40 milliards de dollars de puces américaines destinées à l’intelligence artificielle et de favoriser 600 milliards de dollars d’investissements supplémentaires d’entreprises européennes aux États-Unis... sans oublier l’augmentation annoncée des achats d’équipements militaires américains. C'est pour le moins une drôle de conception de la souveraineté.

Nos infrastructures vieillissent, nos industries ferment, nos services publics sont à la peine, nos besoins d’investissement se comptent en centaines de milliards, mais Bruxelles célèbre la perspective de voir partir vers les États-Unis des centaines de milliards de capitaux européens.
Nous devons acheter leur énergie, leurs semi-conducteurs, leurs armes et investir chez eux. Puis Ursula von der Leyen vient expliquer aux Européens qu’ils doivent consentir de nouveaux sacrifices afin de financer leur autonomie stratégique. Il fallait oser.

L’Europe d’Ursula von der Leyen prétend ainsi simultanément s’émanciper de l’Amérique et intégrer toujours davantage son économie, son énergie et sa défense à l’espace nord-américain. Ursula von der Leyen est un prestidigitateur. Ce n’est pas de l’autonomie stratégique, c’est une redéfinition de la soumission.

Le discours de la puissance prononcé sur les ruines de la puissance

Le passage le plus accablant du discours est peut-être celui consacré à l’économie. Car Ursula von der Leyen y reconnaît elle-même une partie du désastre. « L’Europe ne pourra pas rester une puissance industrielle si les prix de l’énergie y sont structurellement trop élevés »... c'est bien de s'en rendre compte, alors pourquoi continuer les politiques qui nous plombent ?

Elle constate également l'ampleur du déficit commercial avec la Chine et la dépendance européenne envers Pékin pour nombre de matières premières critiques. Ce ne sont plus les souverainistes qui le disent, c’est la présidente de la Commission.

Mais qui a organisé pendant des décennies la concurrence interne, multiplié les normes, laissé se développer les dépendances industrielles et fait du libre-échange une religion ? Qui a construit un marché avant de construire une puissance productive ? Qui a accepté que la compétitivité industrielle européenne soit sacrifiée au nom de choix énergétiques et commerciaux dont nous découvrons maintenant le prix et pour le plus grand profit de quelques oligarques européens ?

Toujours les mêmes institutions.

Et voilà maintenant que ceux qui ont accompagné ce déclassement se présentent comme ceux qui pourraient nous en sauver. Ce serait une farce qi les conséquences n'étaient pas aussi tragiques pour les peuples. Bruxelles participe à créer une dépendance, constate la dépendance, puis réclame davantage de pouvoirs pour combattre la dépendance. Le crime est parfait.

Toujours plus de pouvoir, mais quelle responsabilité ?

Cette prétention croissante à exercer le pouvoir pose nécessairement la question de son contrôle et le problème de la corruption à Bruxelles qui semble exploser.

L’affaire des SMS échangés entre Ursula von der Leyen et Albert Bourla, PDG de Pfizer, ne peut plus être balayée comme une polémique complotiste.
Le 14 mai 2025, le Tribunal de l’Union européenne a annulé la décision par laquelle la Commission refusait au New York Times l’accès à ces messages. Les juges ont notamment considéré que la Commission n’avait pas fourni d’explication plausible permettant de comprendre pourquoi elle ne disposait pas de ces documents.
Cela n’établit évidemment pas une corruption personnelle d’Ursula von der Leyen. Mais cela établit un grave problème de transparence dans une affaire concernant des échanges directs entre la présidente de la Commission et le dirigeant d’un groupe pharmaceutique au moment où se négociaient des contrats de vaccins d’une ampleur historique.

Voilà donc une institution qui veut réglementer l’information, combattre les ingérences, protéger la démocratie, organiser notre défense, conduire notre politique industrielle et énergétique, lever de nouvelles « ressources propres » et intervenir toujours davantage dans nos vies, mais qui a dû être rappelée à l’ordre par son propre Tribunal sur une question élémentaire de transparence et qui refuse toujours de montrer ces sms. Le contraste est vertigineux.

Plus la Commission demande de pouvoirs, plus la question de sa responsabilité démocratique devient incontournable. Car Ursula von der Leyen n’est pas le chef d’un État européen élu par un peuple européen. Elle préside la Commission européenne, organe administratif de l'Union européenne, amis Ursula le voit autrement, c'est le cœur de son petit empire européen.

Les peuples ? Voilà le problème

Von der Leyen explique, de manière mielleuse, que les institutions européennes reposent sur « la quête bien intentionnée de consensus et de compromis », avant de demander si elles sont encore « adaptées à leur objectif ». La phrase paraît technocratique. Elle est profondément politique.

Dans une construction composée de nations souveraines, le consensus n’est pas une imperfection administrative, il constitue précisément la garantie qu’une décision existentielle ne pourra pas être imposée à un peuple contre sa volonté.
Tout bascule lorsque la souveraineté nationale cesse d’être considérée comme le fondement de la démocratie pour devenir un obstacle à l’efficacité du système.

Le gouvernement qui refuse une décision devient alors un « bloqueur ». Le peuple qui vote mal devient un problème de « valeurs ». L’opinion qui conteste les orientations stratégiques peut être soupçonnée d’être manipulée. Le désaccord politique devient progressivement un problème de désinformation, d’ingérence ou de respect de « l’État de droit ». Les mécanismes anti-démocratiques sont connus, la Commission et ses valets dans chaque État membre les utilise ad nauseam.

Et l’on finit par prétendre protéger la démocratie contre les décisions démocratiques des citoyens. C’est le piège d’une démocratie définie non plus d’abord par une procédure – la souveraineté du peuple – mais par l’adhésion préalable à un ensemble d’orientations déclarées conformes aux « valeurs européennes ».

Voilà comment une construction fondée initialement sur la coopération entre démocraties peut progressivement devenir post-démocratique.

On peut défendre l’Union européenne, on peut souhaiter davantage d’intégration et on peut même vouloir une fédération européenne – ce n'est pas mon cas –, mais alors il faut avoir le courage politique, au nom de ces valeurs que la Commission prétend défendre, de le dire et le courage démocratique de demander aux peuples s’ils veulent transférer à cette fédération leur politique étrangère, leur défense, leur fiscalité et les derniers attributs de leur souveraineté.
C'est-à-dire proposer des référendums clairs.

L’Union européenne contre l’Europe

Le projet européen promettait autrefois la prospérité par le marché et la paix par l’interdépendance. Ce récit s’effondre sous le poids du réel.
Alors un autre apparaît, la protection contre un ennemi fantasmé par la puissance dont on a du mal à appréhender les contours réels.

Aux promesses de prospérité succèdent désormais la sécurité, les frontières, l’armement, les sanctions, les menaces hybrides, la désinformation et l’urgence permanente... et demain la guerre.
Et chaque urgence, en particulier la guerre, appelle un pouvoir supplémentaire aux mains de la Commission. C'est ce que dit principalement Ursula von der Leyen dans ce discours du 16 septembre 2026.

L’Union européenne n’est plus seulement une immense machine économique et normative. Elle aspire désormais à devenir une puissance politique disposant progressivement de sa diplomatie, de sa politique de défense, de ses ressources propres, de sa politique industrielle, de ses instruments de contrôle et de son propre récit stratégique, autrement dit un État qui ne dit pas encore son nom.

Or l’Europe n’a pas besoin d'un nouvel empire bureaucratique pour exister dans le monde. Elle a besoin de nations capables de coopérer librement parce qu'elles sont souveraines, de nouer des alliances parce qu'elles les choisissent, de protéger leurs industries parce qu'elles en ont la volonté politique et de retrouver leur indépendance parce qu'elles refusent la vassalité.

La France, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, dotée d’une armée, d’une diplomatie mondiale et d’une histoire singulière, devrait être à l’avant-garde de cette autre conception de l’Europe. Une Europe européenne. Une Europe des nations libres. Une Europe capable de travailler avec Washington sans lui être subordonnée, avec Pékin sans lui être dépendante, avec Moscou lorsque les circonstances le permettront sans considérer toute diplomatie comme une trahison. Une Europe capable, surtout, de respecter ses propres peuples.

Ursula von der Leyen termine son discours en rappelant que l’Europe fut bâtie comme « un destin de paix et de prospérité, de démocratie et de liberté ». C’est précisément au nom de ces mots qu’il faut juger ce qu’elle propose, et c'est ni la prospérité, ni la démocratie, ni la liberté. La Présidente de la Commission européenne a, ce 16 septembre 2026, parachevé son art du discours orwellien.

Face à ce coup d'État institutionnel, nous devons marteler qu'une Europe indépendante ne peut pas être une Europe stratégiquement alignée, énergétiquement dépendante et industriellement déclassée.
Une Europe démocratique ne peut pas considérer la souveraineté de ses peuples comme un dysfonctionnement institutionnel.
Une Europe des nations ne peut pas devenir subrepticement une fédération sans que les nations aient expressément choisi de la constituer.

Et une institution qui réclame toujours davantage de pouvoir devrait commencer par accepter toujours davantage de contrôle. Le discours sur « l’état de l’Union » voulait mettre en scène une puissance qui se lève, il révèle surtout une construction qui, confrontée aux conséquences de ses propres contradictions, n’imagine qu’une seule réponse, celle de la fuite en avant.

Jusqu'à quand accepterons-nous l'affaiblissement de la France ?

Régis de Castelnau
17/9/2026

Rubrique : aveu

Formidable aveu.
Sous les acclamations des Enthoven, Goldnadel, Degois, Fourest, Naulleau, Chalghoumi, Bercoff, Aram, Bergé, Yadan, Hollande, Delgois, Dray, etc., etc., etc., etc.... et toute la cohorte française des souteneurs du génocide.
Israël n’est pas le « foyer de (tous) les juifs », non. Il n’est que l’État des Israéliens qui soutiennent et participent au génocide du peuple palestinien.
Les autres, dehors !

Dessin de Jak Umbdenstock

Gabriel Nerciat
16/9/2026

LE CRI DU PEUPLE

J'ai eu l'honneur et le plaisir d'apporter ma modeste contribution au premier numéro d'une nouvelle revue politique ("sociale et identitaire"), dont j'espère qu'elle sera appelée à perdurer longtemps au sein de la galaxie nationaliste, Le Cri du Peuple, fondée par les énergiques et entreprenants Loup Viallet et Nina Pravda, que j'ai connus par l'intermédiaire de ce réseau.
Ma signature y voisine avec celles de Renaud Camus, David Engels, Pierre-Yves Rougeyron, François Bousquet, Jean-Yves Le Gallou et bien d'autres ; même si cette excellente revue n'est peut-être pas à mettre entre toutes les mains (esprits conformistes ou trop universalistes s'abstenir), elle a le grand mérite de confronter, notamment sur les thèmes de l'immigration de masse et du déclin du libéralisme, des sensibilités et des analyses parfois divergentes ou parallèles mais dont la recension ne peut que renforcer la seule bataille spirituelle qui vaille : celle en faveur de la liberté d'analyse et d'expression.
Je ne doute pas, donc, qu'elle saura intéresser plusieurs d'entre vous.