Translate

9 mars 2026

H16
9/3/2026

Désindustrialisation : et si c’était un plan depuis 50 ans ?

Trump, c’est entendu, a vraiment plein de défauts. Il suffit de lire la presse de grand chemin pour en avoir une liste constamment remise à jour.

Cependant, quand il fait quelque chose, il l’annonce clairement et ne s’en cache pas. Et si cette presse n’était pas complètement obsédée par disséquer chacun de ses défauts et le dépeindre systématiquement comme un abruti, elle prendrait peut-être le temps d’analyser ce qu’il fait et non ce qu’il dit, la politique qu’il mène et non ce qu’on lui prête comme intention, et s’attarderait sans doute un peu sur les explications que lui et son administration fournissent pour qui veut écouter.


Cette presse pourrait alors tenter de comprendre et d’expliquer (au lieu de camoufler) le changement paradigmatique qui s’opère actuellement. Pour le moment, c’est raté.

Ainsi, les prises de positions régulières de Trump, Rubio ou d’autres montrent toutes que l’actuelle administration américaine entend tenir une politique générale diamétralement opposée au globalisme, et surtout adhérer autant que possible à la politique hamiltonienne.

Celle-ci, nommée d’après Alexander Hamilton, premier secrétaire au Trésor des États-Unis, repose sur la conviction qu’un État fort nécessite une économie industrielle diversifiée et une autorité fédérale centrale puissante. Hamilton prônait une alliance étroite entre le gouvernement et les intérêts financiers et industriels ainsi que l’indépendance vis-à-vis de l’Empire britannique. Son système s’appuyait alors sur un crédit solide et l’usage de tarifs douaniers protecteurs pour favoriser l’émergence des manufactures américaines face à la concurrence européenne. C’est cette politique qui a posé les bases du développement capitaliste américain en transformant les États-Unis d’une collection de colonies rurales en une puissance économique intégrée. La politique hamiltonienne considère que la liberté politique est indissociable de la puissance économique et de la stabilité financière.

Et si l’on s’en tient au récent discours du Secrétaire d’État Marc Rubio à la Conférence de Munich sur la Sécurité, c’est exactement cette doctrine que l’administration Trump met en place.

Ce discours n’est rien de moins qu’une rupture franche dans le paysage géopolitique mondial. La presse occidentale n’en a que fort peu parlé. Pourtant, Rubio y explique sans ambiguïté que ce que beaucoup considéraient comme une dérive inévitable du marché — la désindustrialisation de l’Occident — a été en réalité un « choix politique conscient » : il y a bien une volonté derrière cette désindustrialisation catastrophique occidentale. Ce n’est pas une simple rhétorique politique mais le rappel d’un plan orchestré il y a plus de 50 ans pour démanteler la souveraineté économique des nations : la pauvreté de la classe moyenne n’est pas un échec du marché, c’est une réussite politique de l’oligarchie.

Cette affirmation ne vient pas sans preuves même si ces dernières semblent n’avoir absolument pas intéressé la presse.

Essentiellement, on les trouve dans le rapport de 1977 du Council on Foreign Relations (CFR), intitulé « Alternatives to Monetary Disorder ». Dans ce document (p 55), les architectes de l’ordre mondial de l’époque appelaient explicitement à une « désintégration contrôlée de l’économie mondiale ». L’objectif était de substituer au développement industriel national un ordre économique international « modéré », plus facile à diriger par une élite financière transnationale.


Ce projet visait délibérément à briser le système américain hamiltonien : en délocalisant la production et en rendant les nations dépendantes de chaînes d’approvisionnement mondiales fragiles, les décideurs de l’époque ont sciemment appauvri la classe moyenne occidentale pour consolider le pouvoir de l’oligarchie financière. En fait de désintégration contrôlée, c’est surtout la partie désintégration qui a bien fonctionné.

Dans ce cadre, la récente Conférence de Munich a été ni plus ni moins que le théâtre d’un affrontement entre deux visions irréconciliables. D’un côté, les « globalistes » européens et les restes de l’establishment américain, prônant un « ordre fondé sur des règles » dont tout indique à présent qu’il se dirige vers une auto-destruction minutieuse. De l’autre, on trouve une administration Trump qui affirme que la souveraineté nationale est inséparable de la puissance industrielle.

Et force est de constater que le contraste est frappant entre la situation des États-Unis et celle de l’Europe : alors que Washington amorce un retour vers une forme claire de protectionnisme et un franc soutien à l’économie réelle, l’Europe, elle, semble s’enfoncer dans une crise existentielle. Les récentes déclarations de Bart de Wever, le Premier ministre belge, lors du Sommet de l’Industrie à Anvers illustrent bien ce désastre : les fermetures dans l’industrie chimique européenne ont été multipliées par six en quatre ans


Folie verte, décarbonation, immigration massive à peu près incontrôlée, autant de raisons qui ont abouti à une véritable désindustrialisation forcée du Vieux Continent. Ceci rend le contraste avec les Américains d’autant plus fort : le choix de Trump de revenir à la doctrine hamiltonienne permet de redonner de solides marges de manœuvre aux États-Unis. Il suffit de voir avec quelle vitesse ces derniers se sont lancés dans la course à l’Intelligence Artificielle pour bien mesurer l’écart, notamment dans la capacité de l’administration actuelle à faire construire et rendre opérationnels des réacteurs nucléaires en un temps record (15 mois contre plusieurs décennies auparavant).

Cela ne se limite pas aux usines et s’attaque également à l’oligarchie financière. On peut ainsi noter la volonté affichée de Trump de placer les intérêts des ménages américains avant ceux des banques internationales, par exemple en limitant sévèrement les intérêts sur les cartes de crédit, ou les attaques virulentes de l’économiste Peter Navarro, actuellement conseiller du président américain, contre Jamie Dimon (l’actuel PDG de JP Morgan), qu’il qualifie de « voleur usurier » pour les taux d’intérêt excessifs des cartes de crédit.

Enfin, cette politique hamiltonienne s’étend jusqu’à la stratégie diplomatique américaine, en rupture totale avec ce qu’on avait pu observer jusqu’à présent. C’est notamment visible dans la façon dont Steve Witkoff a été introduit par Trump à la première réunion officielle du « Conseil de la Paix », en opposant son envoyé spécial à … Henry Kissinger : contrairement à ce dernier, adepte des fuites d’informations et de la gestion des tensions permanentes, l’administration actuelle se présente comme privilégiant une approche directe et souveraine, et Witkoff représente une vision diamétralement opposée à l’ancienne norme globaliste, poussant le concept de « paix par la construction » comme le pilier central de cette nouvelle ère, notamment à travers les récents accords pour Gaza. Plutôt que des résolutions diplomatiques théoriques comme on en voit régulièrement à l’ONU, l’accent est mis sur le développement économique concret, comme la construction de 100 000 logements à Rafah.

Là encore, c’est bien une approche « hamiltonienne » de la sécurité économique, dont l’objectif final est de permettre aux nations de sortir du système globaliste actuel.

En fait, le discours de Rubio marque bien un point de bascule d’une lutte cinquantenaire : le combat actuel n’est pas simplement une opposition droite-gauche classique, mais une guerre fondamentale entre la souveraineté (le droit des nations à se développer industriellement) et « l’Empire » (i.e. le contrôle non démocratique de ces nations par une élite financière).

Alors que l’Europe reste enchaînée à un modèle suicidaire de globalisme et de décroissance énergétique, les États-Unis semblent résolument choisir de restaurer les valeurs fondamentales de la civilisation occidentale par la réindustrialisation massive.

Nul ne sait si l’administration Trump y parviendra. Cependant, elle indique en tout cas que le déclin n’est pas un accident de l’Histoire mais bien un projet conscient, et que celui-ci peut donc être renversé.


https://h16free.com/2026/03/09/83517-desindustrialisation-et-si-cetait-un-plan-depuis-50-ans

8 mars 2026

José Martin


- 7/3/2026 - La France sous influence étrangère. Olivier et Roxane, ces enfants terribles du système et surtout du « couple influenceur » de Tsahal :
le mari, de l’extérieur (porte-parole francophone de l’armée israélienne) et la femme, de l’intérieur (productrice d'émissions de télévision du service public et cinéma), co-actionnaire de StudioFact Media Group qui compte le fameux journal « Le Parisien » comme actionnaire à hauteur de 30%, le dit Parisien, propriété du groupe LVMH (famille Arnault, très intime des Macron).
On peut dire que, jusqu’à maintenant, tout est vraiment bien « ficelé »…
C’est même Mme Rafowicz qui guide un certain petit Jordan pour lui apprendre à marcher (dans les pas d’un futur président de la république).
Gilles Casanova

- 5/3/2026 - Vive crise entre la Hongrie et l'Ukraine à propos de l'approvisionnement en hydrocarbures de la Hongrie et de la Slovaquie, nouveau développement de la crise de l'Union européenne.

Cliquer sur l'image ↴

7 mars 2026

Dessin de Jak Umbdenstock

Radu Portocala

- 7/3/2026 - L’ascendance germanique de l’homme orange de la Maison Blanche lui fait aimer l’ordre. Il dresse des plans précis et nous les communique. Ainsi, il a annoncé que la prochaine cible de son aimable campagne de colonisation sera Cuba. À ce sujet, il a prononcé une phrase ambiguë dont il ne ressort pas clairement s’il songe à un achat de l’île ou à une conquête précédée de dévastation démocratisatrice.
Après avoir signalé qu’il lui fallait absolument s’approprier le Groenland et le Canada, ou au moins ses États les plus prospères, après avoir fait le premier pas vers l’annexion du Venezuela, après s’être lancé dans une vaste opération de soumission de l’Iran, Cuba est, en effet, un objectif indéniablement légitime. Qui lui dira le contraire ? Personne, bien entendu.
Le candidat pacifiste n’attendait sans doute que le moment où il allait devenir un président croque-mitaine brandissant menace, punition et conquête devant les yeux d’un Occident idiotisé par la peur, qui n’arrive plus à espérer autre chose que l’asservissement.
Bien entendu, on est en droit de se demander quelle sera la proie qui intéressera le frustré du Prix Nobel de la Paix après Cuba. Quand on ne sait pas à quoi occuper son temps, on fait la guerre. Ça va très bien avec cette bienveillance agressive dont il se pare pour insulter les gens. Les fantasmes glorieux dont sont faits ses discours ces derniers jours vont dans le même sens : l’agressivité comme échappatoire.
Il avait promis le bien-être aux Américains, mais a oublié de leur dire que ce bien-être passe nécessairement par la prise de l’Iran. Et eux, dépourvus de vision, ne se rendent pas compte du bonheur que cette victoire leur procurera. À condition, bien entendu, qu’il y ait victoire. Car l’infecte sonnerie du réveil pourrait – et même va – interrompre le rêve juste au moment où il était le plus beau, lorsque sur un plateau en or des vestales sublimes apportaient la couronne de laurier. Détestable traîtrise du sommeil qui s’arrête alors que le destin était à portée de songe. Celui de l’homme orange ne sera probablement pas de monter sur le trône du monde. Il lui faudra peut-être se contenter de son horrible maison de Floride.
Alon Mizrahi
Journaliste israélien


« Nous assistons à un moment historique. À la surprise générale, l'Iran détruit les bases américaines de manière si systématique, à une telle échelle et avec une telle détermination que le monde n'y est pas préparé. »
En quatre jours, l'Iran est parvenu à étendre sa sphère d'influence militaire dans la région. Il a détruit les bases militaires, les biens et les équipements les plus précieux et les plus coûteux au monde.
Les bases américaines au Bahreïn, au Koweït, au Qatar et en Arabie saoudite comptent parmi les plus grandes installations militaires au monde. Leur construction a coûté des milliers de milliards de dollars sur plusieurs décennies. Autrement dit, la majeure partie des dépenses militaires engagées depuis plus de 30 ans est partie en fumée.
Nous voyons des radars valant des centaines de millions de dollars chacun être détruits en un instant. Nous voyons des bases militaires entières abandonnées, incendiées, pillées et détruites. Et je vous le dis, à ma connaissance, les États-Unis n'ont jamais subi une telle destruction de toute leur histoire, exception faite peut-être de Pearl Harbor, mais il ne s'agissait que d'une seule attaque.
Jamais, dans une guerre conventionnelle, un ennemi n'a infligé un tel traitement aux forces armées américaines que celui que l'Iran leur inflige actuellement. C'est sidérant. La situation militaire est si grave que la censure bloque la quasi-totalité des nouvelles informations concernant ce conflit. Vous l'aurez sans doute remarqué, nous recevons chaque jour de moins en moins d'informations.
Il y a trente-cinq ans, pendant la première guerre d'Irak, on nous montrait sans cesse des images du conflit. À l'époque, les bombes intelligentes et les caméras étaient une nouveauté, mais chaque soir, on nous montrait des images nocturnes. Aujourd'hui, on ne voit presque plus aucune vidéo.
Comprenez bien ceci ! L’Amérique est censée être la première puissance militaire mondiale, dotée des plus importantes capacités aériennes. Or, au quatrième jour de l’offensive américaine, censée percer les défenses iraniennes, nous ne constatons aucun signe de domination américaine dans le ciel iranien. Où sont donc les enregistrements vidéo de nos avions survolant Téhéran ou toute autre partie de l’Iran ?
Les soldats américains ne peuvent même pas rêver de poser le pied sur le sol iranien. Et pour comprendre à quel point cette guerre est désespérée, il faut savoir qu'au quatrième jour, on entend déjà les propositions et les idées les plus insensées de la part de l'administration Trump. Ils proposent d'envoyer des escortes militaires pour les pétroliers quittant le golfe Persique. Mais de quoi parle-t-on ? Vous voulez envoyer des navires américains dans la zone de destruction de milliers de missiles iraniens ?
Désormais, plus personne ne peut franchir le détroit d'Ormuz.
Les Iraniens se préparent à cela depuis des décennies. Ils brandissent l'idée d'armer des milices kurdes pour envahir l'Iran. Mais de quoi parlez-vous ? Avez-vous déjà vu une carte de l'Iran ? Il semblerait que l'administration Trump n'en ait jamais vu une ! Vous rendez-vous compte de son immensité ? Qu'est-ce que cela signifie d'envahir l'Iran ? Croyez-vous qu'une milice de 10 000 hommes pourrait envahir l'Iran ? Ou même 50 000 ? Ou 100 000 ? L'Iran les engloutira.
Les États-Unis et Israël ont déjà perdu cette guerre. Ils peuvent tuer des millions de civils chez eux. Ils possèdent des bombes puissantes et peuvent détruire des bâtiments, mais ils ne gagneront pas cette guerre. L'infrastructure militaire et l'armement iraniens sont profondément enfouis sous terre dans tout le pays. Ni les Américains, ni surtout les Israéliens n'ont la moindre chance d'y accéder. Ils sont dans une situation désespérée.
Ils ont entrepris quelque chose qu'ils n'ont aucune chance de terminer. Quand tout cela sera fini, les États-Unis ne retourneront jamais au Moyen-Orient. Il n'y aura plus aucune présence américaine au Moyen-Orient. Je vous l'affirme avec certitude.

6 mars 2026

Gastel Etzwane


- 6/3/2025 - Zelensky menace Orbán : l’Occident soudain choqué… par ce qu’il tolère depuis des années
La Commission européenne qualifie enfin d’« inacceptables » les propos de Zelensky qui a laissé entendre qu’il transmettrait l’adresse personnelle de Viktor Orbán à ses forces armées.
Imaginons la même phrase prononcée par Poutine : hurlements planétaires, sanctions immédiates, sommet d’urgence, accusations de terrorisme d’État. Là ? Un timide « on n’aime pas trop ce ton », murmuré du bout des lèvres. Deux poids, deux mesures. L’indignation sélective est devenue la règle.
Derrière le costume de héros providentiel se cache depuis longtemps un dirigeant aux méthodes brutales, aux déclarations explosives et au pouvoir de plus en plus autoritaire. L’Occident le sait. Il choisit sciemment de fermer les yeux. Tant que l’image sert la cause. Tant que le narratif tient. Mais quand le masque craque, même une seconde, la réalité éclate : cette indulgence en dit bien plus long sur nos propres hypocrisies que sur l’homme lui-même.

Drones vs OTAN : on a perdu la 7ème compagnie

H16

- 6/3/2026 - L’exercice Hedgehog-2025 devait être une démonstration de force face à la menace russe. Il s’est transformé en séminaire accéléré sur l’obsolescence programmée des grandes manœuvres blindées.


En mai dernier, sur les plaines estoniennes, 16 000 soldats issus de 12 pays de l’Alliance dont une brigade britannique et des unités estoniennes ont appris à leurs dépens que l’ère des grandes manœuvres blindées est révolue. Le bilan est humiliant : face à deux bataillons mécanisés de l’OTAN, une poignée d’opérateurs ukrainiens (à peine une dizaine d’hommes) a suffi pour semer le chaos. Armés de tablettes, connectés au système de gestion du champ de bataille Delta (qui permet une détection, une analyse et une coordination des frappes en temps réel) et pilotant des essaims d’une trentaine de drones commerciaux sur une zone inférieure à 10 km², ils ont transformé une force de plusieurs milliers d’hommes en cibles statiques. En une demi-journée, 17 blindés ont été virtuellement calcinés et deux bataillons déclarés « inaptes au combat ».

Pour l’OTAN, ce constat d’échec n’est pas moins qu’« horrible », avec une mise en lumière brutale des faiblesses structurelles : lenteur de la prise de décision (plusieurs armées alliées restreignent encore l’accès à leurs informations classifiées), manque de partage en temps réel des données, et vulnérabilité des formations concentrées face à la transparence du champ de bataille moderne. Catastrophe : l’OTAN planifie la guerre de demain avec les budgets d’hier et les organigrammes d’avant-hier.


En outre, si l’armée ukrainienne est capable d’une telle prouesse, d’autres armées seront capables de faire de même, à commencer par les Russes qui ont désormais pris le tournant en matière de guerre de drones…

Le fossé industriel est tout aussi effrayant.

D’un côté, l’Europe peine à lancer ses programmes de drones qui n’arriveront qu’en 2027 comme les initiatives LEAP E5, Drone Alliance avec l’Ukraine, ou les programmes nationaux comme le britannique « Octopus » ; l’accent reste posé pour le moment sur des systèmes haut de gamme (Eurodrone, Heron) plutôt que sur la saturation par le nombre.

De l’autre, la Russie produit jusqu’à 50 000 unités par mois sur certains types de drones, signifiant par là que la production globale est plus élevée. C’est le triomphe du « Low-Tech » de masse sur la « High-Tech » de prestige : pendant que Bruxelles rédige des appels d’offres en triplicatas, Moscou commande sur Amazon avec livraison Prime.

Seuls les États-Unis semblent avoir pris la mesure de l’urgence. L’opération Epic Fury en Iran, menée fin février 2026, marque ainsi un tournant : l’utilisation massive des drones LUCAS. À 35 000 $ l’unité, ces clones du Shahed-136 iranien développés par SpektreWork ont été déployés par la Task Force Scorpion Strike pour cibler des installations clés iraniennes : centres de commandement des Gardiens de la Révolution islamique, systèmes de défense aérienne, sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que des aérodromes militaires. Ces frappes, combinées à des missiles Tomahawk lancés depuis des navires et des HIMARS de l’armée américaine, ont visé à dégrader rapidement les capacités de riposte iraniennes.

Washington a enfin compris la leçon de Kiev : pour gagner, il faut accepter de consommer du matériel comme des munitions. Le paradigme a changé : ce n’est plus la qualité du char qui compte, mais le volume de l’essaim. Il s’agit d’un virage clair vers le paradigme « cheap, fast and many » : saturer les défenses ennemies avec des systèmes qu’on peut produire et perdre en nombre, plutôt que de dépendre uniquement de munitions coûteuses et sophistiquées, démontrant ainsi une adaptation rapide aux leçons de l’Ukraine et une volonté de « retourner le manuel opératoire iranien contre lui-même ».

Face à ces réalités, il semble que l’OTAN, ou tout du moins sa partie européenne, accumule au moins une guerre en retard : nous assistons à un basculement historique comparable à l’apparition des chars en 1916, Comme la cavalerie face aux mitrailleuses, les armées conventionnelles de l’OTAN sont nues face à la « ligne des drones », pour laquelle la masse n’est plus une force mais une simple signature thermique. Si l’Alliance ne bascule pas immédiatement vers une guerre dispersée, électronique et robotisée, ses brillants blindés ne seront rien de plus que des cercueils d’acier onéreux.


La guerre en Ukraine et ces récents exercices imposent maintenant plusieurs enseignements.

La première, c’est que la guerre redevient une affaire comptable et non technologique où l’OTAN ne peut soutenir financièrement une guerre où des missiles Patriots à 3 millions de dollars pièce, voire des Stinger à 100.000 doivent intercepter des drones à 5000 dollars. La seule réponse viable n’est pas cinétique (avec des missiles), mais énergétique (usage de lasers ou de micro-ondes) voire électronique (brouillage), domaines où l’OTAN est en retard sur le déploiement tactique.

La seconde, c’est que la guerre accroît son côté psychologique. La présence permanente de ces drones crée un stress cognitif mesurable car le soldat sait qu’il est toujours observé. Le « brouillard de la guerre » s’est déplacé non pas sur le champ de bataille mais vers l’information et sa manipulation à tous les niveaux. Concrètement, cela modifie les besoins fondamentaux puisqu’on ne peut plus dormir en groupe, on ne peut plus manger chaud (du fait de la signature thermique), on ne peut plus évacuer les blessés sans risquer un drone FPV. C’est une pression psychologique qui brise le moral des troupes habituées à la supériorité aérienne.

Les prochaines guerres et les prochaines batailles utilisant massivement ces aspects imposeront le silence notamment radio. À ce titre, l’OTAN doit réapprendre à combattre en silence radio total ou à utiliser l’intelligence artificielle pour des drones totalement autonomes, qui n’ont plus besoin de lien radio, rendant donc le brouillage inutile. Le prochain cauchemar de la guerre sera probablement constitué d’essaims autonomes…

Troisièmement et pour en finir, il apparaît que ces drones (russes ou américains comme le LUCAS) utilisent des composants civils (des moteurs de modélisme, caméras de smartphones, etc.) ce qui revient à « militariser » le civil : la puissance militaire ne dépend plus seulement de Lockheed Martin ou Thales, mais de la capacité à acheter des dizaines de milliers de composants sur Alibaba ou Amazon et à les assembler dans des garages. C’est en quelque sorte une « démocratisation de la puissance de feu aérienne ».

Cependant, l’OTAN, avec ses cycles d’acquisition de 10 ans, est inadaptée à cette guerre « Do It Yourself » (DIY) ultra-rapide et doit désormais choisir : cannibaliser ses propres dogmes pour s’adapter à cette guerre « low-cost », ou accepter de devenir une armée de chevaliers regardant, impuissante, l’avènement de la poudre à canon.


https://h16free.com/2026/03/06/83647-drones-vs-otan-on-a-perdu-la-7eme-compagnie

5 mars 2026

Natalia Routkevitch


Puissance du déséquilibre et du chaos

- 2/3/2026 - Dans "Dying by the Sword: The Militarization of US Foreign Policy", les chercheuses Monica Duffy Toft et Sidita Kushi décomptent près de 400 interventions militaires internationales menées par les États-Unis depuis 1776, dont plus de la moitié après la Seconde Guerre mondiale, et 29% après la fin de la guerre froide, donc durant la période du moment unipolaire, celle de l’absence de contrepoids stratégique.
Le total est impressionnant, car la définition retenue par Duffy Toft et Kushi inclut les interventions dans des guerres civiles dès lors que les États-Unis ont utilisé la force sur le territoire d’un autre État, mais aussi les opérations contre des acteurs non étatiques - groupes armés, milices ou organisations terroristes - opérant à l’intérieur des frontières du pays cible.
Si l’on tente de distinguer quelques schémas qui se répètent à travers cette multitude d’opérations de la puissance hégémonique :
Le recours à un prétexte fallacieux mais très spectaculaire pour lancer ou soutenir en sous-main une opération militaire d’envergure : les couveuses au Koweït, le charnier de Račak, les armes biologiques irakiennes, la menace nucléaire iranienne présentée comme directe pour les citoyens américains, etc. Les objectifs réels étant l’accès aux ressources, l’affaiblissement d’un rival important, la volonté d’écarter un gouvernement jugé trop rétif, indépendant ou indésirable.
La tentative d’impliquer des « junior partners » sous bannière commune, le conflit étant régulièrement présenté comme une lutte pour la « démocratie ». Les États vassaux sont ainsi tenus à la loyauté dans ces campagnes militaires déclenchées par la puissance tutélaire. Ceux qui qui s’impliquent le plus sont ceux qui cherchent à prouver qu’ils sont les alliés les plus fiables, dans l’espoir de faveurs accrues du suzerain.
Sur le terrain, l’appui repose autant que possible sur des alliés locaux occidentalisés, hostiles aux pouvoirs nationaux. Le mécontentement est attisé et amplifié, notamment via des programmes d’influence, comme l’a théorisé Gene Sharp, et des sanctions étouffantes. Le « regime change » est devenu un véritable art de guerre, élaboré à travers fondations, formations et littérature stratégique.
Sur le plan de la communication, la complexité des rapports sociaux locaux est réduite à la protestation d’une jeunesse fatiguée du despotisme archaïque et désireuse de vivre à l’occidentale. L’objectif est de créer un fond émotionnel qui consolide, dans l’opinion publique mondiale – celle qui compte, à savoir des CSP+ - l’idée que la civilisation occidentale intervient pour le bien des opprimés qui cherchent à la rejoindre.
Le scénario triomphal recherché est celui de la guerre éclair réussie, comme l’opération Tempête dans le désert. Mais, bien souvent, on est face à un scénario - "something went wrong". Convaincue de sa supériorité et de son bon droit, souvent ignorante des réalités locales et du temps long, la puissance hégémonique sous-estime la volonté de résistance, le rapport des forces sur le terrain et la haine que ses méthodes suscitent, indépendamment de ce que l’on peut éprouver vis‑à‑vis des régimes internes, et s’enlise dans un bourbier.
Les affaires se compliquent : années de bombardements, désordre, souffrances, affrontements civils et fragmentation des États provoqués par l’intervention. Lorsqu’il devient impossible de tenir face à un adversaire trop coriace et que le coût devient excessif, l’armée de la puissance hégémonique se retire en abandonnant ses protégés locaux, de manière plus ou moins spectaculaire (Vietnam, Afghanistan), et leur imputant la responsabilité de la défaite.
Plus encore, la puissance hégémonique cherche à se repositionner en médiateur et en faiseur de paix, comme si elle n’avait rien à voir avec le déclenchement du conflit. Jusqu’à pouvoir être récompensée par un prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à une guerre qu’elle avait déclenchée ou provoquée par ses actions.
Puis elle se retire sur sa « grande île » - selon la vision de Halford Mackinder - loin du désordre déclenché, qui peut durer des décennies, en se déchargeant largement de la reconstruction des pays détruits.
Et l’on recommence dès que l’on juge nécessaire.
Pourquoi ? Parce que cela est d'autant plus facile en l’absence de tout contrepoids stratégique. Parce qu’il faut des ressources pour maintenir le niveau de vie et confirmer le statut de l’hégémon incontesté. Et parce qu’il existe toujours de nombreux soutiens qui applaudissent la « liquidation » de Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, ou Ali Khamenei, malgré le résultat très contestable des opérations en question. Interrogé quelques années après l’intervention en Libye sur son rôle de « war-monger », Bernard-Henri Lévy répondit : « Je suis ravi si j’y suis pour quelque chose. »
Les applaudissements d’une grande partie de l’opinion publique mondiale - encore une fois surtout occidentalisée et aisée - s’expliqueraient par une conviction profonde de la supériorité occidentale, et en particulier américaine. Comme l’écrivait Régis Debray : « Nous sommes tous devenus Américains », mentalement alignés. "C’est moins par servilité que par inculturation que l'on accepte aussi facilement d'être taxé, racketté, écouté, pris en otage, commandé ou décommandé in extremis, soumis au chantage, etc. Le véritable pouvoir, c’est de régner sur les imaginations, et l’américanisation de notre espace public a suivi celle de nos rêveries intimes" (L'Europe fantôme).
C’est encore plus le cas des élites littéralement formées aux États-Unis à travers des programmes variés comme « Young leaders ». Il est dès lors paradoxal de voir des dirigeants européens - artisans et gardiens d’une dépendance étroite aux États-Unis - affirmer aujourd’hui la nécessité de s’en affranchir. Qui peut croire qu’ils en sont capables ? Nos gouvernants sont complètement américanisés, et même lorsque les États-Unis prévoient d’annexer une partie du territoire européen, leurs protestations sont dérisoires. « My friend, we can do great things on Iran. But I don’t understand what you do on Greenland », aurait écrit Emmanuel Macron à son “ami” Donald Trump. On a vu la déclaration du jour du trio européen pour se faire une idée des « great things » dont l’Europe est capable vis à vis de l’Iran.
Cela ne peut que confirmer l’idée que les « rêveries intimes » de ces dirigeants seraient de continuer à appartenir au club très sélect qui se réunit dans des lieux exclusifs où se confirment ces solidarités, ou de l’intégrer, pour ceux qui cherchent à obtenir leur ticket d’entrée dans le « monde libre »…
"Dying by the sword." Il reste une question majeure : combien de temps la puissance hégémonique pourra-t-elle imposer ses volontés (qu’elle ne couvre même plus par de jolis slogans - droit, ordre, démocratie - mais exprime clairement par « je veux que ce soit ainsi parce que c’est dans mes intérêts ») avant que le contrepoids, ou des contrepoids, n’émergent et ne rétablissent une forme d’équilibre ? Et une autre question, encore plus brûlante : l’humanité sera-t-elle témoin et victime de démonstrations de force majeures visant à montrer que le franchissement des lignes rouges peut coûter très cher à ceux qui les testent sans cesse, emportés par leur hubris et convaincus de leur immunité et de leur sécurité magique ?

LE PIÈGE DE THUCYDIDE ET LE KAIROS CHINOIS

Gabriel Nerciat
5/3/2026


Vous avez dit accélérationnisme ?
Trump a perdu sa guerre contre l'Iran en trois jours (en Afghanistan, ça avait mis quand même un peu plus de temps), et au quatrième on en est déjà arrivé à la vietnamisation du conflit : les Kurdes, ces éternels mercenaires au rabais de l'impérialisme anglo-saxon, pauvres p.tains d'Orient démonétisées qui aiment tant faire le trottoir à force d'être cocues, et qui, il faut bien le dire, ont un peu perdu la main depuis l'époque où ils exterminaient les Arméniens pour le compte des Jeunes Turcs ottomans, sont envoyés une nouvelle fois à l'assaut de l'armée iranienne dans le nord-ouest de la Perse, avec quelques pétards rouillés.
Donald, enivré par le vide du gouffre abyssal que Netanyahou et cette vieille pourriture de Lindsay Graham viennent de l'inciter à ouvrir sous ses pieds, comme dans une version histrionesque et McDonald du fameux piège de Thucydide, fait semblant de découvrir depuis hier que l'US Army n'a plus assez de munitions pour bombarder l'Iran au-delà de deux mois.
C'est bête, ça, hein ? On pourrait peut-être en rapatrier d'Ukraine, tant qu'à faire ? L'envolée du prix du pétrole va sans doute accélérer les choses là-bas aussi. A toute chose, malheur est bon, dit le proverbe.
En attendant, pour ce qui me concerne, c'est moins à Poutine, Trump, Bibi ou Zelensky que je pense qu'à Xi.
Loin de moi la prétention de me mettre à la place de l'empereur communiste chinois, mais enfin si j'y étais je commencerais déjà à organiser la planification des grandes manœuvres navales en direction de Taïwan.
Maintenant que les Yankees sont "fixés", comme on dit dans le jargon militaire, autour de l'Iran pour quelque temps (la débâcle, c'est comme tout : ça demande un minimum de gestion opérationnelle), une jolie fenêtre s'ouvre devant lui face à la perle insulaire de l'Asie.
Dans le carnaval de nihilisme grotesque et sanglant à quoi commence à ressembler de plus en plus l'auto-destruction de l'Occident (qui ne fait d'ailleurs même plus semblant de se croire "judéo-chrétien", il faut avertir Michel Onfray), ce serait là une bascule définitive et salutaire qui redonnerait un peu de vigueur à ce drame lugubre et sidérant.