Georges Kuzmanovic
30/1/2026
Macron, la résistance en vitrine, la soumission en coulisses
Pendant que Macron et les médias aux ordres surjouent la « résistance » depuis Davos, la France continue à être bradée. Industries stratégiques, défense, technologies, la souveraineté est toujours sacrifiée sur l’autel de l’alignement américain. LMB, Exaion : chronique d’une trahison industrielle.

Georges Clémenceau
Résistance en carton, trahison en acte
Ils osent tout. Et c’est même à cela qu’on les reconnaît.
Depuis Davos, depuis les salons feutrés de la globalisation heureuse – quoique de moins en moins heureuse, avec le voile des illusions levé par le Premier Ministre canadien, Mark Carney –, depuis les tribunes médiatiques et européennes où l’on se gargarise de grands mots, Emmanuel Macron et sa cour rejouent la scène de la « résistance ». Résistance à Trump, résistance aux nationalismes, résistance aux vents mauvais. Une posture. Un décor. Une mise en scène. Car pendant qu’on vend aux Français le roman d’un président courageux, seul face à l’Empire, la réalité, elle, est d’une brutalité glaçante. La France continue de se livrer, morceau par morceau, aux intérêts américains.
Cette « résistance » est reprise comme un seul homme par des médias dociles, empressés, presque enthousiastes. À commencer par Radio France, qui semble avoir oublié qu’elle n’est pas une radio présidentielle du temps de l'ORTF, ni un service après-vente de l’Élysée, ni un relais des dogmes de Bruxelles, mais un bien public au service de tous les Français, dans leur pluralité politique, sociale et culturelle. À l’antenne, la dramaturgie est rodée : Macron en rempart, l’Europe en bouclier, la souveraineté en slogan. Dans les faits, c’est une liquidation. et rien ne change. On se gargarise de mots, mais on n'agit pas, voire on fait le contraire de ce qui est déclaré, car les solutions aux crises ne peuvent jamais venir de ceux qui les ont créées.
La souveraineté en discours, la soumission en pratique
Car pendant qu’on singe la résistance, Macron écrit des tweets enamourés et obséquieux à Donald Trump – . Pendant qu’on feint la fermeté, on multiplie les courbettes. Comme Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, dont la mission semble moins de défendre l’Europe que d’organiser son alignement et de bien rester dans le giron américain, quand bien même Washington traite les Européens comme un paillasson. Tout cela est grotesque. Ils parlent d’indépendance stratégique, mais ils agissent comme des intendants.
Le mot juste, celui qu’ils refusent de prononcer, c’est dépendance. Dépendance militaire, dépendance énergétique, dépendance industrielle, dépendance technologique. Et une dépendance voulue. Et cette dépendance implique, toujours et encore, la vente des fleurons français, la dépossession méthodique, la mise sous pavillon étranger de secteurs vitaux.
On ne gouverne plus un pays, on le met en pièces détachées.
Quand la trahison n’est plus une métaphore
Il arrive un moment où les mots doivent retrouver leur sens. Trahison. Ce terme n’est pas un excès de langage, ce n’est pas une figure de style. L'article 411-6 du code pénal est clair sur la trahison : « Le fait de livrer ou de rendre accessibles à une puissance étrangère, à une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents des renseignements, procédés, objets, documents, données informatisées ou fichiers dont l'exploitation, la divulgation ou la réunion est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation est puni de quinze ans de détention criminelle et de 225 000 euros d'amende. »
Quinze ans de détention criminelle.
Quinze ans.
Et que faisons-nous aujourd’hui ? Nous livrons, nous cédons, nous abandonnons, souvent en catimini, parfois sans même le cacher, des entreprises sensibles, stratégiques, cruciales. On appelle cela des « opérations économiques ». On maquille cela en « attractivité ». Mais c’est une abdication, et toujours au profit des Etats-Unis, dont Emmanuel Macron a reçu le prix de l'employé de l'année avec son « Global Citizen Award » de l'Atlantic Council remis le 24 septembre à New-York des mains mêmes de Larry Fink, PDG de BlackRock.
Prenons l’exemple d’Exaion, une filiale high-tech d’un géant public comme EDF, spécialisée dans le calcul haute performance, le cloud sécurisé, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, la blockchain. On parle là de trois supercalculateurs, d'infrastructures critiques, de données sensibles. Sur les estrades de l'Union européenne et sur les plateau télé, les dirigeants européens et spécifiquement les Français parlent « d'indépendance européenne » de « souveraineté », en particulier dans le numérique, pour « résister » au GAFAM. Et pourtant, le gouvernement Macron envisage, par le biais de la Direction générale du Trésor, d’en autoriser la vente au géant américain Mara. Voilà où nous en sommes : au moment même où l’on parle de guerre hybride, de cybermenaces, de compétition technologique mondiale, la France se dépouille elle-même. Contre l'avis de ses experts !
Ce n’est plus de l’inconscience. C’est une faute historique.
Industrie de défense, la braderie continue
Le carnage continue, au ministère de l'économie, où le ministre, Roland Lescure, est spécifiquement chargé de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique – ça c'est pour la façade officielle, dans l'arrière-cour, il autorise discrètement en décembre dernier des cessions qui défient l’entendement.
Ainsi, LMB Aerospace (ou LMB Fans & Motors) est cédé au groupe américain Loar.
C'est quoi ? LMB est une entreprise française de taille intermédiaire implantée à Malemort-sur-Corrèze depuis 1956, spécialisée dans le secteur de la défense. Elle conçoit et produit des moteurs ainsi que des systèmes de ventilation électrique destinés à des usages militaires, aéronautiques, spatiaux et liés à l’industrie des semi-conducteurs. Ses équipements sont notamment intégrés à des programmes majeurs tels que l’avion Rafale, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), les hélicoptères Tigre d’Airbus, le char Leclerc ou encore le porte-avions Charles de Gaulle... Une paille !
Quand on sait que les États-Unis font tout pour bloquer les ventes de Rafale au profil de leur fer à repasser F-35 on peut se demander s'il n'y a pas trahison. Car, demain, les États-Unis pourront exiger que le Rafale ne soit pas vendu à tel ou tel État, car... une de ses composantes est maintenant formellement « américaine ».
On sait maintenant que Roland Lescure a forcé cette vente. En effet, la DGA (Direction Générale de l'Armement) s'y opposait ! Et pour cause, le cœur industriel de notre défense, transféré avec la légèreté d’un dossier administratif.
Le gouvernement répond « garanties » oiseuses. De « cloisonnement ». De « golden share ». Mais qui peut croire une seconde à ces contes pour enfants ? La souveraineté ne se protège pas avec des promesses, mais avec la maîtrise pleine et entière des chaînes industrielles, des brevets, des savoir-faire, de l’information.
À ce niveau, l’erreur n’est pas permise. Et pourtant, elle devient système.
Macron, Lescure, et la continuité du désastre
Mais pourquoi s’étonner ? Roland Lescure ne fait que prolonger une ligne. Celle de Macron lui-même, bien avant 2017. Quand il était déjà au ministère de l’Économie, quand il a laissé partir Alstom à General Electric. Quand l’extraterritorialité du droit américain faisait plier la France. Quand un dirigeant français d'Alston, Frédéric Pierucci, était broyé par le Department of Justice et que Paris détournait le regard.
Depuis, c’est une longue liste. Une hémorragie. Une France bradée. Des centaines d’entreprises stratégiques absorbées, délocalisées, dissoutes dans des intérêts étrangers, le plus souvent américains, parfois allemands. Et toujours le même discours : modernité, Europe, compétitivité. Toujours la même réalité : dépossession.
Ils ont désindustrialisé le pays. Ils ont aggravé la dette. Ils ont sabordé la puissance de la France. Ils ont transformé une nation indépendante en marché ouvert, en terrain de chasse, en colonie économique consentante.
La caste doit tomber
Cette caste dirigeante, installée depuis trente ans, ne défend plus la France. Elle la gère comme un portefeuille. Elle ne pense plus en termes de peuple, mais en termes de flux. Elle ne sert plus l’intérêt national, mais des réseaux, des dogmes, des alliances et surtout des intérêts économiques et stratégiques américains. Cette caste a été élevée pour servir Washington, c'est son idéologie profonde que même l'annexion annoncée du Groenland ne parvient pas à faire dévier.
Ils parlent de résistance, mais ils capitulent. Ils parlent de souveraineté, mais ils vendent. Ils parlent de République, mais ils agissent contre la nation. Le constat est là, clair et net, ainsi que l'avait formulé feu le député Olivier Marleix dans son rapport parlementaire tiré de la Commission d’enquête sur les décisions de l’État en matière de politique industrielle, notamment dans les cas d’Alstom, d’Alcatel et de STX.
Il faut que cela cesse. Il faut que ce système soit politiquement balayé. Car demain, que restera-t-il ? Une armée dépendante, une industrie amputée, une technologie sous contrôle étranger, une nation réduite à la gesticulation.
La souveraineté n’est pas un slogan. C’est une ligne rouge.
Et ceux qui la franchissent devront répondre devant l’Histoire. Et peut-être, un jour, devant la loi.











