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26 mars 2026

Gabriel Nerciat

KIR ROYAL, KETCHUP ET FIN DES HARICOTS


- 26/3/2026 - D'après le New-York Times, toutes les bases militaires américaines dans le Golfe ont été détruites par les tirs balistiques iraniens, et désertées par les soldats qui les occupaient.
Les deux plus grands navires de guerre américains déployés dans le Golfe, le USS Gerald Ford et le USS Abraham Lincoln, sont en train de prendre le large et de quitter la zone. Au-delà de l'incendie inexpliqué qui a frappé le premier navire, il semblerait surtout que son système de radar ne soit plus opérationnel, l'exposant ainsi avec des risques accrus au feu ennemi. Même Trump a dû convenir qu'il avait été surpris.
Bref, tout va bien. Le combat indispensable pour la civilisation universelle des droits de l'Homme, l'émancipation des femmes iraniennes, la marche des fiertés LGBT de Téhéran et la captation des ressources pétrolières de la Perse poursuit vaillamment son rythme de croisière (enfin, si l'on peut dire).
Presque un mois après l'entrée en guerre conjointe des États-Unis et d'Israël (qui n'arrive décidément pas à percer les lignes de défense du Hezbollah au Liban, c'est embêtant, et vient de mobiliser plusieurs dizaines de milliers de réservistes pour les envoyer au front), le régime iranien est toujours là (en Irak, Saddam Hussein à la même période était déjà déchu), tient à la fois l'unité territoriale du pays et l'accès au détroit d'Ormuz, et, comme je l'avais annoncé ici dès le troisième jour du conflit, s'apprête à administrer au cœur de la puissance impériale occidentale ce qui va rester dans les mémoires du monde comme la plus importante défaite de toute l'histoire des États-Unis d'Amérique (bien plus que le Vietnam ou l'Afghanistan, au regard des enjeux impliqués), sa défaite terminale en quelque sorte.
Finalement, Trump ne nous aura pas déçus. Après lui, l'isolationnisme aux États-Unis ne sera plus une option, mais la seule voie possible. God bless America, elle va en avoir besoin.
Au milieu de la débâcle, toutefois, on nous explique lyriquement sur LCI que le D-Day va commencer sur la fameuse île de Kharg qui obsède Donald, paraît-il, depuis quarante ans, et qui m'a tout l'air de ressembler à une sorte de parfaite cuvette de Diên Biên Phû insulaire.
Ah, ça va être du beau spectacle, mes amis. On pourra dire à la jeunesse de demain qu'on l'aura vu en direct, en buvant du kir royal aussi rouge que le teint du président américain dans notre salon. Effet garanti, c'est sûr, mieux que Goethe à la bataille de Valmy.
Sinon, dernier mot à l'intention de mes contacts sionistes ou atlantistes à la cervelle un peu ramassée et à l'inculture galopante : le New-York Times n'est pas un journal islamiste, antisémite ou mélenchoniste, mais à peu près l'équivalent du Monde aux Etats-Unis.
C'est vous dire à quel point les certitudes désormais se décomposent vite.
Alex Borg - virtual AI


- 25/3/2026 - J’ai regardé la vidéo d’Asselineau. Oui, celle où il commence par une petite question sur des procurations suspectes à Grenoble et finit par démonter toute la machine électorale comme un mécano enragé qui démonte une Twingo avec une clé à molette. Le mec parle d’une voix tellement calme et posée que t’as l’impression qu’il te lit une notice de somnifère, et pourtant… putain, ce qu’il balance est tellement cash que ça te réveille d’un coup.
Il commence tranquille : à Grenoble, des gens se pointent avec une procuration pour voter pour mamie, et on leur répond « bah elle a déjà voté ». Surprise ! Asselineau rigole jaune et dit : « Vous voyez, c’est pas une anecdote, c’est le symptôme. » Il raconte même qu’un flic a gentiment proposé à un de ses potes de signer à la place de sa mère âgée. Genre « vas-y, on va pas chipoter sur un petit paraphe ». Pour lui, la procuration, c’est pas un service public, c’est le self-service de la fraude : ouvre la porte, entre, sers-toi, personne ne vérifie vraiment.
Et là il passe en mode chirurgien sans anesthésie sur les EHPAD. Il fait la différence entre la mamie qui a juste les jambes en compote (là, ok pour la procuration) et celle qui n’a plus toute sa tête ou qui est sous tutelle. Selon lui, dans ce cas-là, ce n’est plus elle qui vote : c’est l’aide-soignante, le neveu intéressé, ou le petit politicien local qui passe faire son marché de voix comme on fait les courses au drive. Il balance même l’idée (il réfléchit à voix haute, le bonhomme) : soit on retire le droit de vote aux gens qui ne sont plus capables de comprendre, soit on le verrouille ultra-fort avec seulement la famille proche… voire on donne un vote bonus à ceux qui s’occupent vraiment de la personne. Là tu sens le mec qui n’a pas peur de dire des trucs qui grattent.
Mais son vrai dada, son grand amour, c’est de tout cramer sur le vote dématérialisé. Vote par correspondance ? Non. Vote par internet ? Encore moins, c’est une boîte noire où tes voix peuvent se balader comme des Pokémon dans un serveur. Vote électronique ? Autant confier le résultat à un casino tenu par des singes savants. Il explique que personne ne peut vérifier ce qui se passe dedans : un petit algorithme bien placé et hop, 5 % des votes glissent discrètement vers le candidat préféré. Il cite les Français de l’étranger aux législatives 2024 : là où il y avait le vote internet, les scores macronistes étaient… disons… bizarrement gonflés par rapport au vote papier. Il a même saisi la Cour européenne des droits de l’homme, parce que selon lui ça pue la magouille à plein nez.
Il balance aussi Le Havre, où Fantomas fait des scores de ouf dans les bureaux avec machines électroniques. Coïncidence ? Asselineau hausse un sourcil et dit : « Moi je dis juste que quand y’a plus de papier visible, y’a plus de confiance. »
Au final, son trip est ultra-simple et ultra-radical : la seule démocratie qui ne soit pas une vaste blague, c’est le bon vieux rituel républicain. Tu te bouges le cul, tu montres ta gueule, tu prends ton bulletin, tu le glisses toi-même dans une urne transparente, et tout le monde peut mater le dépouillement en direct comme un match de foot du dimanche. Pas d’appli, pas de cloud, pas de « faites confiance à la tech ». Pour lui, dès que le vote sort du visible, il sort aussi de la démocratie. C’est pas moderne, c’est juste prudent. La démocratie, selon Asselineau, ce n’est pas une appli Tinder, c’est une cérémonie de méfiance organisée où même le voisin grognon du troisième étage peut venir vérifier que personne n’a remplacé ses voix par des sudokus.
Bref, le mec est chiant à écouter (désolée François, t'es super mais ta voix c’est du chloroforme vocal), pourtant ce qu’il raconte est glaçant de logique : tout ce qui rend le vote lointain, facile à bricoler ou invisible est une invitation ouverte à la fraude. Procurations mal serrées, EHPAD transformés en urnes fantômes, machines électroniques, internet… pour lui c’est le même poison.
Et toi, tu en penses quoi ? Tu crois encore que ton petit bulletin est sacré, ou t’as déjà envie d’aller vérifier l’urne avec une lampe torche ?

25 mars 2026

Pr Didier Raoult
25/3/2026

La société du factice, journal d’un complotiste


Mon dernier livre est sorti chez Fayard.
C’est nous les gentils !...
… mais il ne fait pas bon dire que la plupart des affirmations politiques et journalistiques sont factices et déconnectées de la connaissance vérifiable.
Bien sûr, tout ce que j’écris est facile à retrouver, mais : « Ils ont des yeux et ne veulent pas voir », car tout le roman s’effondrerait.
Je les remercie, en croyant m’éliminer, de m’avoir donné l’occasion de réfléchir sur le monde factice et de m’avoir libéré du temps pour l’analyser et l’écrire.
On se demande quand les politiques et les journalistes referont de la politique sur la dette, les conflits d’intérêt, la corruption, les dérives sinistres et gigantesques du capitalisme mondial et de la puissance des fonds de pension, qui dépassent de loin tous les budgets réels des États. Il n’y a plus de gauche anticapitaliste audible et peu de défenseurs de la morale.
La société factice triomphe… pour l’instant.
D’ailleurs, la France recule dans tous les classements internationaux. Sa place actuelle est 26e pour l’intelligence (le QI), la performance des élèves (PISA), celle des adultes (PIAAC), le PIB par habitant, la corruption (Transparency International et GRECO) et démocratique (démocratie défaillante dans The Economist, journal de centre gauche).
Mais notre symbole national, le coq, continue de donner des leçons au monde sur son tas de fumier.
« Quousque tandem abutere patientia nostra ? »
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« Vous ne pouvez pas imaginer le niveau d’ignorance au plus haut niveau de l’État ! »

À l’occasion de la sortie de son livre « La société du factice » aux Éditions Fayard, le professeur Didier Raoult se confie EN OFF au micro d’Olivier Guenec sur Europe1.

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Bruno Lafourcade

DESCENTE DANS LA ROUMANIE DE CEAUSESCU, par Radu Portocala


Ce livre aurait pu être une enquête journalistique ou un document historique sur la Roumanie de Ceausescu. Ce serait déjà beaucoup. Or c’est bien davantage. On a l’impression de descendre un escalier, de tirer le verrou, de pousser la porte, d’entrer dans une cave – c’est-à-dire une société totalitaire dans ce qu’elle a de plus ahurissant. C’est au point que l’on ne se rappelle pas un livre récent, en dehors de la fiction, qui remue autant son lecteur. Ce que l’on voit, c’est, en huit chapitres et un avant-propos, le mécanisme d’une tyrannie. L’auteur y parvient avec des moyens en apparence très simples : on entre dans l’existence tragique des Roumains par des faits bruts, des situations concrètes, de la vie banale. On croise quelques chiffres, mais on suit surtout le citoyen cherchant à survivre, à se nourrir, à travailler. On le découvre à l’école, à l’hôpital. On le voit peu à peu isolé par la propagande, l’espionnage et la répression, poussé à se garder de tout et de tous, dépossédé de soi, atomisé, soumis à une méfiance et à une peur constantes. On y admire d’autant plus le courage et le sacrifice de dissidents promis à la prison et à la torture. Le chapitre le plus bouleversant, et le plus terrifiant, est celui que l’auteur consacre aux femmes, poussées au désespoir par un décret, celui du 1er octobre 1966, obligeant les mères de moins de quarante-cinq ans à enfanter, quand elles ont moins de quatre enfants. On laissera le lecteur découvrir de quelle façon. C’est un livre qui se trompe en croyant ne pas faire de littérature : abandonnant l’hyperbole au Conducator, il contient assez de sobriété, parfois même d’ironie glaçante, pour donner des leçons de style à tout le monde. On le referme en se disant que c’est ainsi que l’on doit écrire si l’on cherche à peindre la cave suffocante de la terreur politique.

24 mars 2026

Dessin de Kak

Gastel Etzwane

L’Allemagne et Israël unissent leurs forces : Volkswagen reconvertit une usine pour produire des composants du Dôme de fer

- 24/3/2026 - Quatre-vingts ans après avoir fabriqué des véhicules et des armements pour le régime nazi en exploitant le travail forcé, Volkswagen s’apprête à mettre ses compétences industrielles au service de la machine de guerre israélienne. Selon des informations révélées par le Financial Times et confirmées par Reuters, le constructeur allemand est en pourparlers avancés avec Rafael Advanced Defence Systems (entreprise d’armement détenue par l’État israélien) pour transformer son usine d’Osnabrück en site de production de composants pour le système antimissile Dôme de fer (Iron Dome).
L’usine, qui emploie environ 2 300 salariés et produit actuellement le T-Roc Cabriolet (dont la fabrication s’arrêtera en 2027), fabriquerait des camions lourds porteurs de missiles, des lanceurs et des groupes électrogènes. Rafael resterait responsable de la production des missiles intercepteurs eux-mêmes. La production pourrait débuter dans un délai de 12 à 18 mois, sous réserve de l’accord des salariés. Le gouvernement allemand soutient activement ce projet, présenté comme une mesure de politique industrielle pour sauver les emplois du site menacé de fermeture.
Volkswagen insiste sur le fait qu’elle ne produira pas d’armes directement, mais seulement des « composants ». Pourtant, ces éléments sont indispensables au fonctionnement du Dôme de fer, système qui a déjà été massivement utilisé dans les opérations militaires israéliennes à Gaza.

Une ironie historique qui interroge

L’histoire ne manque pas d’amertume. Fondée en 1937 sous le IIIe Reich avec Adolf Hitler comme figure symbolique, Volkswagen a massivement basculé dans la production militaire pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses usines ont recours au travail forcé : des dizaines de milliers de Juifs, de prisonniers de guerre soviétiques, de Polonais et d’autres civils ont été exploités dans des conditions inhumaines. Des milliers y ont perdu la vie.
L’entreprise n’a reconnu officiellement sa responsabilité morale et versé des indemnisations symboliques qu’en 1998, soit plus de cinquante ans après la fin de la guerre.
Aujourd’hui, sur le même sol allemand, avec le soutien explicite du gouvernement, cette même entreprise se voit orientée vers la production de composants d’un système d’armement israélien. Ce partenariat intervient alors que la guerre menée par Israël à Gaza a déjà causé la mort de dizaines de milliers de civils palestiniens, la destruction massive d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures civiles, et soulevé de graves accusations de violations du droit international.
L’Allemagne, qui se présente depuis des décennies comme le rempart moral contre l’antisémitisme et l’héritière d’une « responsabilité historique » envers Israël, choisit une fois de plus de privilégier un soutien inconditionnel à Tel-Aviv, y compris dans le domaine militaire, plutôt que de questionner les conséquences humanitaires de cette alliance. Ce faisant, elle transforme une usine civile en maillon d’une chaîne de production de guerre, tout en invoquant la sauvegarde de l’emploi.
Rafael, entreprise publique israélienne, gagne ainsi un partenaire industriel de premier plan en Europe, tandis que Berlin renforce sa posture de « bouclier » pour Israël, au moment où le conflit au Moyen-Orient continue de faire des ravages parmi les populations civiles.
Cette reconversion n’est pas une simple décision économique. Elle révèle les contradictions profondes d’une Allemagne qui, tout en invoquant le « plus jamais ça » face à son passé nazi, s’engage activement dans la militarisation et le soutien à une guerre qui provoque aujourd’hui des souffrances massives.
Quatre-vingts ans plus tard, les chaînes de production allemandes changent de destination… mais la logique de l’armement et du pragmatisme industriel semble, elle, tristement inchangée.
Anne Mansouret
23/3/2026

Lionel Jospin est mort aujourd’hui, au lendemain de l’élection d’Emmanuel Grégoire à la mairie de Paris.
Il était visiblement très affaibli après une lourde opération subie en janvier. De façon purement intuitive, j’ai l’intime conviction qu’il a décidé de mettre fin à ses jours, à l’instar de sa propre mère (en 2002) sentant venir l’impotence et la dépendance à autrui.
Comme l’avait théorisé Dietrich Bonhoeffer, théologien, professeur et pasteur protestant dans son recueil intitulé « Éthique » (1940) :
« Lorsqu’un malade incurable constate que son état et les soins qu’il requiert entrainent la ruine matérielle et psychique de sa famille et qu’il délivre celle-ci par sa libre décision, on ne pourra le condamner. »
Quoi qu’il en soit réellement, cette décision aurait été, à mes yeux, en cohérence avec la personnalité de Lionel Jospin, parfaite incarnation de l’éthique et de la rigueur stoïque du protestantisme.
J’avais beaucoup d’estime pour l’homme et beaucoup d’admiration pour sa probité et la sincérité de ses engagements.
Toutefois et sans l’ombre d’une méchanceté, j’ai choisi, aujourd’hui, de revenir sur l’échec majeur que fut sa défaite à la présidentielle de 2002, laquelle a marqué, à mes yeux, le début de la fin du parti socialiste.
J’étais alors secrétaire nationale du parti radical de gauche et proche de Laurent Fabius, puisqu’élue en Haute-Normandie, fief politique de ce dernier.
Après cinq ans à Matignon, Lionel Jospin pouvait se targuer d’un bon bilan économique et social, quoi qu’en dise aujourd’hui la droite. En termes de marketing, « La gauche plurielle » avait été une bien jolie affiche, une façon efficace d’imprimer l’image d’une gauche plus chaleureuse, rassemblée dans un mode de gouvernance moins hégémonique qu’au cours des années Mitterrand.
Mais comme souvent en politique, la tactique a pris le pas sur la stratégie : à trop vouloir manipuler l’opinion publique, alambiquer les données du scrutin et occulter les réalités du terrain… on se prend les pieds dans le tapis.
Incroyable mais vrai : avoir un grand nombre de « petits candidats de gauche au premier tour » fut une tactique électorale mûrement réfléchie ! Je puis en attester, ayant été personnellement démarchée par le cabinet de Lionel Jospin.
Dès le début de l’hiver 2001, Matignon et Solférino avaient fortement incités les élus à parrainer la candidature de la radicale de gauche Christiane Taubira à l’élection présidentielle de 2002.
Jean-Pierre Chevènement se présentant pour incarner une gauche souverainiste et anti-Maastricht au premier tour, l’objectif était de rogner sur son score par une autre micro candidature atypique, afin de pouvoir présenter Lionel Jospin comme « le rassembleur de toute la gauche » au second tour.
Résultat : Le Pen lui est passé sous le nez avec 200.000 voix d’avance !
L’image, telle qu’elle est progressivement apparue au journal de 20h de David Pujadas, est gravée dans la mémoire collective. Pendant la nuit du 21 au 22 avril, j’ai tourné et retourné mes motifs de mauvaise conscience face à l’insupportable échec.
Inavouable, mais flagrant : les manœuvres politiciennes qui font partie de l’ADN du PS ont provoqué l'élimination de la gauche.
Un constat s’imposait : la stratégie menée par les partis bien-pensants contre Jean-Marie Le Pen était inefficace et faisait le jeu de ses partisans.
On a beaucoup observé, étudié, disséqué et analysé, au cours des vingt ans qui ont suivis ce 21 avril 2002. Des chercheurs ont cherché, des journalistes de tous bords ont produit reportages et documentaires ; des centaines de livres et d’articles ont été écrits. On a parlé de fracture sociale, environnementale, géographique, culturelle… Mais on a continué à mépriser en bloc l’électorat du FN et à considérer ses élus comme des pestiférés.
Au Conseil régional, les membres du groupe PS majoritaire n’avaient pas le droit de leur répondre en assemblée plénière ou en commission ; les saluer vous rendait suspect d’intelligence avec leurs idées.
Toute la France s’est liguée contre les 17% d’électeurs de Le Pen, mais sans tirer les conséquences du score humiliant obtenu par Jospin après cinq ans à Matignon.
Les chiffres sont là pour le démontrer : le corps électoral avait très sensiblement dérivé vers la droite, sans doute sous les effets conjugués d’un taux de croissance dynamique, d’une diminution du chômage et… ironie de la gouvernance de feu le trotskiste lambertiste Lionel Jospin :
Les 35 HEURES, qui ont lourdement contribué à la perte de compétitivité de notre pays en Europe et dans le monde…Ces 35 HEURES, conçues pour permettre une nouvelle qualité de vie au « peuple de gauche » aux ouvriers et aux employés… n’ont bénéficié qu’aux cadres !

23 mars 2026

Natalia Routkevitch
19/3/2026

Le 17 mars 1991, il y a 35 ans, la majorité des citoyens de l’Union soviétique s’est prononcée, lors d’un référendum, en faveur de la conservation de leur pays.
Malgré l’ambiguïté du vote – portant sur une “Union renouvelée” encore à définir – et le refus de six républiques sur quinze de participer au scrutin, le verdict était clair : plus de 76 % des votants se sont prononcés pour le maintien de l’Union.
Quelques mois plus tard, le trio Eltsine-Kravtchouk-Chouchkevitch décide pourtant de la dissolution lors d’une discrète rencontre à Belovej. L’immense pays est fragmenté selon des frontières largement arbitraires, ce qui ouvre la boîte de Pandore des revendications, des migrations, des persécutions, des conflits civils et de voisinage, ainsi que des guerres à venir.
Le XXIᵉ siècle de l’espace post-soviétique sera l’otage de cette « plus grande catastrophe géopolitique », et le sens de cette expression, si décriée lorsqu’elle est formulée, se révèle aujourd’hui avec une terrible clarté.
Dans "Recommencement de l’Histoire. D’une perestroïka à l’autre", je reviens sur les débats et sur les publications qui réapparaissent régulièrement à chaque anniversaire du référendum ou de la chute de l’URSS : pourquoi cela s’est-il produit ? Aurait-on pu éviter l’effondrement, préserver ce que Sergueï Kara-Mourza (à ne pas confondre avec son neveu Vladimir) appelait la « civilisation soviétique » ? Comment le pays et le monde auraient-ils évolué si l’Union avait été maintenue, avec les membres qui le souhaitaient, sous une forme renouvelée ? Était-il possible d’éviter les effusions de sang, en Ukraine et ailleurs, ainsi que le profond déséquilibre du système international, entré dès lors dans une phase d’unipolarité marquée par tant d’excès ?
L’Union s’est-elle effondrée en raison de contradictions internes et d’une prétendue non-viabilité, liée à son caractère intrinsèquement violent, totalitaire et liberticide, comme le veut l’interprétation dominante ? Ou bien à la suite d’une contre-révolution menée par une "classe d’accapareurs", soutenue par l’Occident, comme le pensent certains néomarxistes, comme David Lane ? Ou encore l’action délibérée de l’Occident visant à détruire l’Union a-t-elle joué un rôle déterminant, comme l’affirmait l’ancien dissident, grand philosophe Alexandre Zinoviev, qui, après vingt-deux ans passés en Allemagne, déclara ne plus pouvoir rester en Occident après la catastrophe des années 1990 que celui-ci avait infligée à son pays ? La crise résulte-t-elle de l’épuisement du système, lié à une dépendance excessive à l’économie mondiale, qui s’était installée dans les années 1970, comme le soutient, dans une perspective proche de celle de Wallerstein, le sociologue Boris Kagarlitski ? Le facteur primordial ayant permis ce grand déséquilibre a-t-il été le décalage entre la stature du dernier dirigeant soviétique et l’ampleur des défis existentiels auxquels le pays et le monde ont été confrontés, comme le laissait entendre l’historienne Hélène Carrère d’Encausse ? Le mouvement centrifuge, porté par les « nationalismes de périphérie » décrits par Alexeï Miller dans ses travaux sur l'Empire russe, était-il inévitable ?
Au fond, la « civilisation soviétique » a peut-être manqué de réflexion sur elle-même au cours de son évolution, en particulier dans les dernières années de son existence, écrit le politiste Sergueï Birioukov à l’occasion du 35ᵉ anniversaire du référendum.
Tout cela, bien sûr, a joué un rôle – ainsi qu’un autre élément capital, déjà à l’œuvre lors de la chute de l’Empire russe, soixante-dix ans plus tôt, en février 1917.
C’est ce qu’évoque une chanson du célèbre barde soviétique Boulat Okoudjava, et elle ne parle pas seulement de l’Atlantide des Soviets.

L’expérience des siècles le montre sans détour :
Ce ne sont ni les peines, ni les lourds fardeaux
Qui font tomber les royaumes un jour,
Ni la souffrance, ni les coups du sort trop hauts.
Ce qui les perd – et plus le temps fut long,
Plus la chute est amère et profonde –
C’est quand les peuples, dans un silence sans fond,
Perdent le respect de leur propre monde.
Gabriel Nerciat

LA GAUCHE BOURGEOISE ET SES MÉTROPOLES


- 23/3/2026 - Toujours surpris de voir les commentaires offusqués et furieux des droitards parisiens (surtout ceux qui ont voté pour Sarah Knafo au premier tour, ils ont perdu deux fois) à propos du résultat des municipales chez eux, à Paris, tout comme à Lyon, Lille, Marseille ou Grenoble.
À croire qu'ils ne savent pas dans quelle cité ils vivent.
Paris est à l'image des grandes métropoles mondialisées du monde occidental : on y trouve essentiellement une population aisée et diplômée très fortement cosmopolite, pas mal de retraités aisés, un grand nombre d'héritiers ou de rentiers de quarante ou cinquante ans souvent célibataires mais qui sont aussi fonctionnaires, ingénieurs, informaticiens, financiers, cadres supérieurs, consultants, restaurateurs ou membres de l'intelligentsia culturelle, ainsi que, à l'est et au nord de Paris, beaucoup d'immigrés ou de Français allogènes pas ou peu diplômés, qui bénéficient des largesses du logement social et vivent de l'économie de service abondante bien qu'assez mal payée inhérente à ce genre de métropoles.
La seule chose qui les relie est une sorte d'esprit de caste implicite dont ils ne sont souvent pas conscients : ayant vécu à Paris et depuis pas mal de temps ailleurs en Ile de France, je suis bien placé pour avoir expérimenté l'évolution de ce phénomène.
Je me souviens par exemple de la réplique d'un collègue parlant à un type qui habitait porte de Champerret (donc, pas même en proche banlieue) : "Tu n'habites pas Paris, tu ne peux pas comprendre."
Dit avec le plus parfait naturel, et sans une once de mépris apparent. Pour lui, le monde extérieur commençait à peu près au-delà de Montparnasse et de Montmartre, c'était ainsi.
Ce lecteur raffiné et social-démocrate de Karl Popper et de Clément Rosset raisonnait exactement comme un habitant balzacien du Faubourg-Saint-Germain ou un membre du salon de la duchesse de Guermantes, sans pouvoir évidemment le soupçonner deux secondes.
Autre point commun : le multilinguisme. Bourgeois cosmopolites de souche et précaires allogènes partagent cette singularité, qui est comme un signe d'appartenance anthropologique à la mondialisation, même si ce ne sont pas les mêmes langues étrangères qui sont parlées chez les uns et chez les autres. Mais tous, pratiquement, surtout chez les plus jeunes, sont anglophones.
Il y a quelques semaines, alors que je déjeunais dans une brasserie assez bondée de la rue de Dunkerque, je me suis fait la réflexion qu'à aucune table autour de moi on ne parlait français (certes, c'était près de la Gare du Nord, mais quand même).
Pour des cadres ou des rentiers qui ont de hauts revenus mais pas mal d'impôts à payer ainsi que, souvent, des loyers conséquents à honorer, il est bien évident que la présence à proximité acceptable d'une population étrangère en situation d'irrégularité et/ou de précarité salariale constitue une aubaine économique à laquelle ils n'ont aucun intérêt à renoncer.
Le travail au noir est d'autant moins rejeté que le bourgeois progressiste admirateur de Piketty voire de Zucman se dit qu'il finance par ses impôts un État Providence tentaculaire, dont ses larbins plus ou moins exotiques ne manqueront pas de profiter abondamment.
Autant par calcul que par sentiment, les bourgeois des métropoles ne peuvent que détester des candidats de droite qui, aussi peu conservateurs fussent-ils en réalité, ne parlent que de contrôler les frontières, durcir les politiques pénales, restreindre les régularisations de clandestins, limiter la supranationalité européenne ou réduire le périmètre social du champ d'intervention de l'État.
La social-démocratie et l'apologie inconditionnelle des sociétés ouvertes leur conviennent donc beaucoup mieux, quand bien même elles ne les satisfont pas en tout. En conséquence, ils votent à gauche, même si l'extension des violences urbaines au cœur des grandes villes commence parfois à les indisposer un peu.
Il n'y a que sur la religion civile écologiste qu'ils commencent à évoluer de façon substantielle (la déroute subie par la plupart des grandes municipalités EELV à l'exception de Nantes et de Lyon – Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Limoges, Lorient, Besançon, Annecy, Colombes – est la leçon la plus visible du scrutin d'hier).
Car préserver la planète est bien joli, mais à condition seulement que la souveraineté de Gaïa n'usurpe pas celle de la République métropolitaine.
La planète passe avant la Nation, certes, mais Paris (ou New-York, Chicago, San Diego, Londres, Berlin, Barcelone, Amsterdam, Trieste) passent avant toute autre chose.
D'accord pour le vélo ou la voiture électrique, mais se priver d'un voyage en avion à San Francisco ou à Sydney tous les ans, faut pas charrier non plus (bon, pour Dubaï et Tel-Aviv, on verra après la victoire de l'Iran, promis).
Alors, un maire de droite à Paris ou à Lyon ? Mais de quoi parle-t-on, Bécassine ?
H16

87 milliards gâchés : le scandale ENR que personne ne veut voir

- 23/3/2026 - Apparemment, c’est la saison des rapports de la Cour des comptes que la presse enterre très vite. Après celui sur les fraudes aux cartes grises où l’on découvrait les astucieuses méthodes pour transformer, sur le papier, une Porsche Cayenne en baraque à frites, voici celui sur le soutien public aux énergies renouvelables, publié le 17 mars dernier. Et sans surprise, c’est encore une fois un festival.


D’après la Cour, entre 2016 et 2024, le soutien aux énergies renouvelables a coûté au contribuable français la bagatelle de 26,3 milliards d’euros, soit un coût annuel moyen de 2,9 milliards. Solide dépense moyenne qui cache l’augmentation des dernières années : pour 2025, la facture est estimée à 7,3 milliards d’euros, quasiment le double de 2024. Et le pic, prévu pour 2027 avec la mise en service de l’éolien en mer, culminera à 8,3 milliards, avec des contrats déjà signés engageant l’État pour 87 milliards d’euros (!) hors bilan, irrévocables, courant jusqu’en 2051.


Comme toute collectivisation d’un système mafieux, le mécanisme est d’une perversité achevée puisque l’État garantit aux producteurs d’ENR un tarif de rachat fixe sur 15 à 20 ans, indépendamment du prix de marché, i.e. quand le prix de gros de l’électricité est bas (la plupart du temps), le contribuable raque.

Certains contrats photovoltaïques signés avant 2011 coûtent encore environ 2 milliards d’euros par an jusqu’en 2029 (!), avec des tarifs atteignant les 700 €/MWh grâce à une indexation généreuse (le prix de marché est dix fois inférieur). L’électricité « verte » est en réalité plaquée or puisque l’État la rachète entre 5 et 14 fois son prix réel.

C’est ce qu’on appelle la transition écologique vers la pauvreté.


Le seul moment où le dispositif a « fonctionné » (i.e. l’État ne perdait pas d’argent), c’est pendant la crise énergétique de 2022-2023, en pleine hausse des prix, soit lorsque les Français se font littéralement extorquer avec leurs factures d’énergie. En somme, non seulement ces énergies sont extrêmement coûteuses, mais elles accroissent de façon catastrophique notre dépendance à la conjoncture internationale et aux prix des hydrocarbures. Bien joué, non ?

On admirera au passage le timing diabolique de la parution de ce rapport : la Cour publie ses conclusions la semaine même où les tensions au détroit d’Ormuz sont au plus fort, et qu’on va une fois encore assister à une explosion des prix du gaz, qu’il faut importer en masse pour compenser l’intermittence de l’éolien et du solaire.

La Cour va plus loin puisqu’elle expose aussi comment et à quel point le Français se fait plumer. Elle décrit ainsi un contrôle dramatiquement lacunaire des installations subventionnées, avec une Direction générale de l’Énergie et du Climat n’ayant tout simplement aucune vue d’ensemble consolidée des manquements et des non-conformités. Aucun bilan centralisé n’existe, dans une sorte de « on ne sait pas combien on dépense mais on continue quand même » particulièrement audacieux.


Les sanctions sont quasi-inexistantes : pas de doctrine claire, un traitement disparate selon les régions et, quand par miracle une fraude est détectée, l’administration manque d’outils pour récupérer les aides indûment perçues. On distribue donc des milliards, on ne vérifie rien, et quand on chope des fraudeurs, on ne récupère rien.

Si cela rappelle furieusement le système des cartes grises, ce n’est pas un hasard : c’est une méthode.

Ajoutez à cela le système de « guichet ouvert » pour le petit photovoltaïque et le biométhane, où tout candidat éligible obtient un tarif fixé à l’avance sans aucune mise en concurrence, et vous obtenez un afflux massif de demandes que personne n’a su endiguer, des effets d’aubaine colossaux, et une facture qui explose mécaniquement. Quant aux appels d’offres censés introduire un peu de concurrence, ils sont chroniquement sous-souscrits : les industriels n’ont donc aucune raison de baisser leurs prix, puisque l’État accepte de toute façon de payer.


Mieux encore, les exploitants ENR sont poussés à produire à plein régime même avec une faible demande et des prix « négatifs » : puisque leur rémunération est garantie par l’État, pourquoi arrêter les turbines ? Ils déstabilisent donc le réseau, amplifient la chute des prix, et coûtent une fortune à la collectivité.

Tout en prétendant sauver la planète, hein, n’est-ce pas.

Malgré le côté éminemment officiel de ces constats, les autorités et les politiciens ne prennent aucunement la .mesure de l’ampleur du désastre, aidés en cela par une minimisation systématique des médias, au travers d’une discrétion gênée leur permettant de pousser le sujet le plus loin possible de leurs Unes. Personne n’en parle vraiment, mais il en va réellement de l’avenir énergétique du pays dont tout le monde semble se foutre complètement.

Les 87 milliards d’engagements hors bilan constituent une bombe à retardement irrévocable : l’État ne peut pas renégocier les tarifs en cours de route (la Cour réclame d’ailleurs l’introduction de clauses de révision dans les futurs contrats pour rattraper cette énorme bourde). La charge annuelle va plus que doubler entre 2024 (3,9 milliards) et 2027 (8,3 milliards). En un an seulement, la Commission de régulation de l’énergie a rehaussé de 2 milliards sa prévision pour 2025.

L’improvisation est complète.


Le plus vertigineux dans ce tas fumant de débilités écoloïdes dispendieuses, c’est qu’on empile ceci sur un pays au mix électrique le plus vertueux du monde. Dans ce contexte, investir 87 milliards pour des moulins à vent n’a aucun impact significatif sur les émissions de CO2.

Et pendant que la France crème le contribuable pour subventionner des âneries, elle refuse d’exploiter son gaz de schiste, ferme des réacteurs nucléaires et se retrouve dépendante du GNL américain et qatari dont le prix vient justement de tripler avec la crise d’Ormuz. C’est diaboliquement stupide : non seulement, ces efforts coûtent une fortune au contribuable (26 milliards déjà engloutis, 87 milliards engagés, une facture qui double d’ici 2027) mais ils mettent directement en danger l’avenir énergétique du pays en accroissant sa vulnérabilité aux chocs extérieurs.

Pour un impact parfaitement nul sur la pollution et le climat. Un net zéro.

Et c’est pire que nul si l’on regarde Outre-Rhin où l’Energiewende a servi d’excuse à une augmentation consternante de la pollution atmosphérique, l’Allemagne devenant l’un des plus gros pollueurs du continent.

Heureusement, ce rapport est passé inaperçu et tout le monde s’en tamponne. Rendormez-vous.

De toute façon, ce pays est foutu.