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17 mars 2026

Trump comme l'anti-Habermas

Natalia Routkevitch
17/3/2026

Trump et tout ce qu’il représente, symboliquement et électoralement, constitue sans doute la contestation la plus radicale des intuitions et des prophéties d’Habermas. Il fait un pied de nez à ceux qui ont cru possible d’organiser la vie politique selon des principes habermassiens.

“I love poorly educated people.” La révolte incarnée par Trump est d’abord une révolte contre les talking classes, contre l’expertocratie. Et elle ne se limite évidemment pas aux États-Unis. C’est la colère des « poorly educated people », de ceux qui ont cessé de voter pour les « highly educated people » parce qu’ils ne leur font plus confiance et veulent qu’on leur propose autre chose – Trump, Georgescu, l’AfD…
Plus c’est odieux, mieux c’est.

Cette rage, qui est l’un des moteurs principaux des transformations politiques en cours qui suscitent tant d’inquiétudes, ainsi que la fracture qui sépare les classes éduquées – pleinement transnationales, sécessionnistes – des classes moins éduquées, beaucoup plus ancrées dans le local, constituent, à mon sens, une clé pour comprendre la recomposition du monde, bien mieux que la grille de la lutte des civilisations, du "monde libre" contre "l’axe du mal", ou même l’ancienne lutte des classes.

Dans une note du blog Gleb Smith écrite en mémoire du philosophe allemand, et qui présente Trump comme un anti-Habermas, on devine les raisons de cette rage et de cette déception.

« Habermas fut sans doute le dernier grand philosophe à croire que la parole pouvait triompher du pouvoir. Non pas au sens métaphorique, mais au sens littéral. Il a construit toute une théorie selon laquelle il existerait une forme particulière de communication dans laquelle l’argument l’emporte simplement parce qu’il est le meilleur - et non parce qu’il s’appuie sur l’argent, un algorithme ou une armée. Il appelait cela la rationalité communicationnelle et y a consacré cinquante ans de sa vie et plusieurs milliers de pages.

À peu près au même moment, pourtant, le monde prenait une autre direction. On a vu la montée en puissance de Goldman Sachs, de Fox News, de Donald Trump…

Trump est l’anti-Habermas à l’état pur. Le premier grand homme politique à transformer le mépris de l’argument en produit électoral.

« I love poorly educated people » : ce n’est pas un lapsus, c’est un programme.
Habermas a élaboré une théorie de l’espace public ; Trump a contribué à façonner un espace public dans lequel l’intelligence elle-même devient suspecte.

Que va-t-on garder d’Habermas ?

D’abord, qu’il a posé un diagnostic juste. Le système capitaliste tend à dévorer les espaces où les citoyens pourraient réellement délibérer sur la manière de vivre ensemble. À la place du débat, il reste le marketing ; à la place de la sphère publique, la publicité ciblée. Il l’avait vu très tôt, dès 1981, avant Internet, avant les réseaux sociaux, avant que cela ne devienne une évidence.

Quant au remède qu’il proposait, il apparaît largement illusoire. « Parlons correctement » n’est pas une réponse à la violence structurelle. C’est un peu comme conseiller à une victime de violences domestiques : « Essayez d’utiliser des phrases commençant par “je”. » Elle le voudrait peut-être bien, mais il est difficile d’articuler quand on a les dents cassées.

Habermas n’est pas Kant. Kant est mort et s’est transformé en monument à lui-même: tout le monde le cite, personne ne le lit, et cela ne lui fait que du bien, car un monument ne peut pas se tromper.
Habermas, lui, est trop vivant et trop politique pour devenir un monument : il signait des lettres sur Gaza (« Quel génocide ? Un génocide, c’est quand les méchants tuent les gentils ; quand les gentils tuent les méchants, c’est de la pure autodéfense »), il s’exprimait sur l’Ukraine dans le même esprit, il entrait dans les détails concrets – et, chaque fois, on voyait que sa rationalité communicationnelle, bien intentionnée comme tout ce qui est bourgeois-allemand, a, dans les conflits réels, à peu près la même utilité qu'un parapluie lors d'une tornade.

Il n’est pas non plus Nietzsche. Nietzsche est auteur de dizaines de formules cinglantes que certains lecteurs se feraient tatouer sur la peau. Habermas écrit des phrases de quarante mots sur la logique de la connaissance scientifique. Un jeune contestataire en quête d’un argumentaire politique ne se tournera jamais vers lui.

Il n’est pas Schmitt, qui eut le courage de dire : la politique, c’est la distinction entre l’ami et l’ennemi, et il ne sert à rien de faire semblant que cela peut être autrement. Habermas, lui, a précisément passé sa vie à faire semblant. C’est pour cela qu’on l’aimait dans les universités. Tout le monde n’est pas capable de nier avec autant de sincérité une réalité qui lui est littéralement donnée dans l’expérience sensible, tout en continuant à passer pour un homme de gauche, même s’il ne l’est pas vraiment au sens marxiste.

Pendant ce temps, la rationalité communicationnelle s’est transformée, dans la bouche de ceux qui la pratiquent, en une procédure produisant des silences convenablement réglés. Un discours dans lequel les enfants tués dans les pays avec des “mauvaises” juridictions disparaissent de la sphère publique – non parce que quelqu’un l’aurait interdit, mais parce qu’ils sont, a priori, exclus des parties qui comptent.

Le capitalisme algorithmique d’aujourd’hui n’a pas particulièrement besoin d’Habermas, mais avec Habermas il se sent mieux. Le problème n’est pas que le monde ne soit pas devenu meilleur - le monde devient rarement meilleur grâce aux livres des philosophes. Le problème est qu’au moment critique, la critique elle-même s’est rangée sous les bannières de ceux contre qui elle était censée être dirigée.

On ne peut alors que plaindre l’auteur de cette critique. Et lui souhaiter de reposer en paix."

15 mars 2026

Gabriel Nerciat
14/3/2026

CAPITAN CAPITULE

Non, mais va te faire foutre, Donald !
Maintenant, il semble qu'on ait assez ri.
À ce degré-là, ce n'est même plus Ubu roi ; c'est le Capitan de la Commedia dell'arte. Avec en plus le sixième doigt de Bibi niché dans le fond du cul, histoire de faire rire les enfants.
Certains me disaient optimiste, mais à vrai dire je ne croyais pas que la réalité viendrait confirmer mes dires aussi vite.
Moins de deux semaines après avoir lancé la guerre d'agression la plus stupide et la plus injustifiable de toute l'histoire de l'Amérique, Trump met les pouces entre deux parties de golf, reconnaît par tweet et par antiphrase sa défaite (tout en répétant qu'il est aussi génial que Napoléon, cela va sans dire) puis supplie ses vassaux européens et asiatiques de voler à son secours pour débloquer le détroit d'Ormuz sous le feu nourri des drones iraniens...
Il ne manquerait plus que ça. Il promet même de venir voir comment ça se passe, depuis son parc de Mar-a-Lago, une fois que l'opération sera enclenchée sans lui.
Qu'il aille plutôt demander à Isabelle Adjani de protéger ses navires avec le fondu de son botox ou à Abnousse Shalmani de faire la danse du ventre devant le nouveau Guide suprême, avec licence de lui baiser les pieds (elle fait ça si bien avec le débile rejeton Pahlavi, ça ne la dépayserait pas).
Mais qu'il nous foute la paix, Donald. Au propre comme au figuré.
Ce n'est pas seulement lui qu'il a suicidé, c'est le peu d'honneur et de crédit qui restait encore à la réputation impériale des États-Unis dans le reste du monde.
Une Amérique sans alliés : après tout c'est ce que voulaient ses électeurs isolationnistes. Il aura paradoxalement accompli sa promesse en les trahissant et en s'immolant sur ordre de Netanyahou dans le Golfe persique.

7 mars 2026

Radu Portocala

- 7/3/2026 - L’ascendance germanique de l’homme orange de la Maison Blanche lui fait aimer l’ordre. Il dresse des plans précis et nous les communique. Ainsi, il a annoncé que la prochaine cible de son aimable campagne de colonisation sera Cuba. À ce sujet, il a prononcé une phrase ambiguë dont il ne ressort pas clairement s’il songe à un achat de l’île ou à une conquête précédée de dévastation démocratisatrice.
Après avoir signalé qu’il lui fallait absolument s’approprier le Groenland et le Canada, ou au moins ses États les plus prospères, après avoir fait le premier pas vers l’annexion du Venezuela, après s’être lancé dans une vaste opération de soumission de l’Iran, Cuba est, en effet, un objectif indéniablement légitime. Qui lui dira le contraire ? Personne, bien entendu.
Le candidat pacifiste n’attendait sans doute que le moment où il allait devenir un président croque-mitaine brandissant menace, punition et conquête devant les yeux d’un Occident idiotisé par la peur, qui n’arrive plus à espérer autre chose que l’asservissement.
Bien entendu, on est en droit de se demander quelle sera la proie qui intéressera le frustré du Prix Nobel de la Paix après Cuba. Quand on ne sait pas à quoi occuper son temps, on fait la guerre. Ça va très bien avec cette bienveillance agressive dont il se pare pour insulter les gens. Les fantasmes glorieux dont sont faits ses discours ces derniers jours vont dans le même sens : l’agressivité comme échappatoire.
Il avait promis le bien-être aux Américains, mais a oublié de leur dire que ce bien-être passe nécessairement par la prise de l’Iran. Et eux, dépourvus de vision, ne se rendent pas compte du bonheur que cette victoire leur procurera. À condition, bien entendu, qu’il y ait victoire. Car l’infecte sonnerie du réveil pourrait – et même va – interrompre le rêve juste au moment où il était le plus beau, lorsque sur un plateau en or des vestales sublimes apportaient la couronne de laurier. Détestable traîtrise du sommeil qui s’arrête alors que le destin était à portée de songe. Celui de l’homme orange ne sera probablement pas de monter sur le trône du monde. Il lui faudra peut-être se contenter de son horrible maison de Floride.

4 mars 2026

LE SUICIDE DE TRUMP

Gabriel Nerciat


- 3/3/2026 - Dans le scénario très bien foutu que, d'après les aveux mêmes de Marco Rubio en personne, Netanyahou et l'État profond israélien ont vendu à Trump pour flatter son ego défaillant et combler ses pulsions suicidaires, normalement, aujourd'hui, on devrait en être au troisième épisode de la saison 1 : celui où des millions d'Iraniens, ivres d'extase libératrice, sortent dans les rues de toutes les grandes villes du pays pour applaudir les bombardiers américains et israéliens au péril de leur vie.
"Bombardez-nous, bombardez-nous, cela fait tellement longtemps qu'on espérait vos bombes ! Des bombes, des bombes, encore, encore ! Tant qu'il y a des bombes US, il y a de l'espoir ! Au bout du napalm, la Gay-Pride à Téhéran et les œuvres complètes de John Rawls ou de Simone de Beauvoir dans toutes les bibliothèques de la Perse antique ! Plus, plus, on en veut plus, des bombes !".
Parce que vu depuis New-York ou Paris, le bobo iranien est un peu comme le conscrit ukrainien : il est là d'abord pour offrir son bide ou sa croupe au feu des Pasdarans afin d'épargner le précieux sang yankee et le non moins aristocratique sang juif israélien (qui vont quand même couler, comme c'est malheureux).
Mais hélas, trois fois hélas, ce n'est pas du tout ce qui se passe. Les quelques vidéos à moitié trafiquées qu'on peut voir sur les réseaux sociaux et que même BFM-TV ou LCI n'osent pas diffuser à la télé n'ont rien d'une révolution en train d'émerger.
Ce que l'on voit surtout, ce sont les défilés monstrueux (vous choisissez le sens du mot que vous préférez) en soutien au régime et à la mémoire du Guide chiite assassiné. Alors même que la puissance de feu iranienne n'est absolument pas en train d'être maîtrisée, au contraire, comme en témoignent les dégâts et les cadavres qui s'accumulent à Tel-Aviv et Beersheba comme sur les bases américaines des émirats.
Peut-être tout bonnement que le bourgeois bohème iranien n'est pas aussi stupide ou aussi collabo que ses anciens compatriotes exilés à Paris ou à Londres depuis quarante ans le croient.
En Iran comme partout ailleurs, on n'accepte pas d'être frustré d'une révolution populaire avortée par l'irruption d'une agression impérialiste étrangère, et on sait très bien distinguer un traître d'un partisan.
Accessoirement, quand pleuvent les bombes, on ne pense qu'à une chose : sauver sa peau et celle des siens, parce c'est d'abord ce qui compte. Tout le monde ne peut pas être aussi héroïque que Bernard-Henri Lévy ou Caroline Fourest, que voulez-vous.
Du coup, on ne peut pas passer au quatrième épisode : celui où, estourbis et fascinés par la puissance dantesque de la "plus grande armée du monde", les Pasdarans et les dirigeants de la République iranienne capitulent en grande pompe, comme les chefs d'État major de l'armée japonaise devant MacArthur en 1945.
Il faut refaire tout le scénario de la saison 1, qui risque bien d'être la dernière.
C'est dommage pour Donald, parce qu'il n'est pas assez constant, semble-t-il, pour maîtriser le scénario d'une série de quatre ou six épisodes du début à la fin. Déjà, dans sa conférence de presse d'hier soir, il ne parlait plus de changement de régime et demandait un peu agacé aux rebelles iraniens de se bouger le cul parce que le temps presse – et que la déroute historique des Républicains aux élections de novembre approche.
Il est vrai que personne ne lui avait dit que le vrai sujet de l'histoire n'était pas l'émancipation de l'Iran mais son propre suicide.
Il l'a accompli en deux jours, encore plus vite que dans une nouvelle d'Ambrose Bierce. De ce point de vue, en effet, cela a quelque chose d'une performance historique.

25 février 2026

Marc Amblard

USA - LES DÉMOCRATES PRIS AU PIÈGE LORS DU DISCOURS "STATE OF THE UNION"

- 25/2/2026 - vous le savez probablement, hier soir au Capitole, se déroulait une événement très attendu : le discours de l'actuel président sur "l'état de l'Union". Son premier depuis sa victoire fin 2024.
Le "SOTU" est un moment crucial avant les élections de mi-mandat de novembre prochain qui permettront (ou pas) à D. J. Trump de poursuivre le réalignement politique qu'il a engagé depuis plus d'un an.
Il profita de l'occasion pour faire le bilan du début de son mandat tout en insistant sur sa volonté de protéger les frontières.
C'est alors qu'il s'est passé quelque chose d'inhabituel : il a demandé à l’assemblée de se lever pour s'assurer que tous les élus présents soutenaient l'idée selon laquelle "le premier devoir du gouvernement est de protéger les citoyens américains, pas les étrangers en situation illégale" (je cite).
Tenez-vous bien : les Républicains se sont tous levés. Les élus Démocrates sont tous restés assis.
Ces derniers ont donc implicitement admis qu'un étranger entré aux USA sans y être autorisé (un crime, faut-il le rappeler) doit avoir autant de droits qu'un citoyen respectueux des lois du pays et qui y paie régulièrement ses impôts.
À mon sens, il s'agit-là d'une faute majeure que l'Américain moyen aura du mal à pardonner, attaché qu'il est à son pays, son drapeau et ses traditions.
Trump, malin, a souri. Il venait de marquer un point et pas le moindre. Devant des millions de téléspectateurs.

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22 février 2026

LIBÉRALISME 2.0

Gabriel Nerciat
21/2/2026


Après la victoire de la gauche libérale wokiste et No Borders à Minneapolis, qui l'a contraint à renoncer à la promulgation de l'Insurrection Act, Trump est confronté aujourd'hui, un peu plus d'un an après son retour fastueux à la Maison Blanche, à sa deuxième grande défaite politique.
D'autant plus grave qu'elle lui est cette fois infligée par une Cour Suprême conservatrice qu'il croyait acquise à sa cause.
S'il cède aux lobbies pro-israéliens du Congrès et à l'État profond washingtonien qui veulent l'engager dans une guerre inutile à très hauts risques contre l'Iran, ce sera bientôt la troisième, dont il ne se relèvera pas (la promesse de ne plus initier de conflit militaire au Moyen-Orient était la plus ancienne qu'il ait faite, dès 2016, à son électorat MAGA).
Je l'ai écrit ici plusieurs fois, mais c'est l'occasion ici de le redire : la volonté des pouvoirs judiciaires non élus, qu'ils soient constitutionnels ou du siège, de s'opposer à l'expression de la souveraineté des nations, des peuples et des États constituera en Occident le principal défi politique du quart de siècle qui vient.
Ce ne sont plus des officiers supérieurs de l'armée ou des partis uniques totalitaires qui menacent désormais nos républiques, mais des chats fourrés en toges, quelle que soit l'épaisseur de leurs hermines.
On doit désormais appeler libéraux ceux qui acceptent voire justifient l'extension autoritaire du pouvoir des juges au détriment de la volonté des peuples (Trump avait un mandat clair pour instaurer des droits de douane dans un pays dont le déficit commercial a pulvérisé tous les records depuis le début de ce siècle), et illibéraux ou nationaux-populistes ceux qui entendent bien redonner aux pouvoirs exécutif et législatif leur pleine souveraineté politico-juridique.
Si Jordan Bardella ou Marine Le Pen veulent accéder à l'Élysée l'an prochain en France, ils devront assumer cette équation et ne pas la fuir ou l'évacuer.
Car réfléchissez bien : qu'est-ce qui unit Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin, Raphaël Glucksmann, Edouard Philippe, Pierre Moscovici, Bruno Retailleau, Xavier Niel, Michel-Edouard Leclerc, la plupart des ténors du capitalisme français et la quasi-totalité des éditorialistes assermentés ?
Réponse : ce matin, ils se réjouissent tous de la décision des juges constitutionnels américains.
Le reste est du baratin.

31 janvier 2026

La folie commode

Gastel Etzwane
30/1/2026

Il y a des arguments qui reviennent quand le débat se fatigue.
La « folie » en est un.
Depuis quelques semaines, on entend de nouveau, exactement comme en 2016, que Donald Trump n’aurait plus toute sa tête, et qu’il serait donc inapte à exercer la fonction de président des États-Unis. L’air est connu, la musique aussi. Elle avait déjà beaucoup tourné lors de son premier mandat.
À l’époque, une chose avait frappé : la facilité avec laquelle certains psychiatres s’étaient prêtés à l’exercice. Diagnostiquer un homme qu’ils n’avaient jamais rencontré, sans examen clinique, sans entretien, sans la moindre prudence professionnelle. Peu importait la déontologie, l’essentiel était ailleurs : le passage télévisé, la citation dans la presse, ce bref moment de lumière. Un quart d’heure de gloire, parfois assorti d’avantages plus durables.
Ces prises de parole n’avaient rien de médical. Elles relevaient du militantisme pur, maquillé en science. Le verdict précédait l’analyse, et l’analyse se contentait de justifier le verdict. Trump devait être fou. Il l’était donc. Le reste n’avait aucune importance.
Nous sommes en 2026, et le mécanisme se remet en marche, parfaitement huilé.
Il faut dire que l’argument est confortable. Déclarer un adversaire fou dispense de l’écouter. Cela évite de discuter de ses choix, de ses décisions, de leur cohérence ou de leurs effets. La pathologie remplace l’argumentation, l’anathème tient lieu de pensée.
On peut pourtant critiquer Donald Trump de mille façons : son imprévisibilité, ses revirements, son rapport brutal au pouvoir, son goût du rapport de force. Tout cela relève du débat politique. Mais affirmer qu’il serait mentalement inapte est non seulement infondé, mais intellectuellement paresseux.
Et surtout, cette accusation sonne étrangement creux à la lumière de ce que nous avons collectivement accepté quelques années plus tôt.
Pendant quatre ans, les États-Unis ont été dirigés par Joe Biden, dont les signes d’affaiblissement cognitif étaient visibles dès la campagne présidentielle. Confusions récurrentes, propos décousus, gestes adressés à des interlocuteurs inexistants, incapacité manifeste à soutenir un discours continu. Ces scènes se sont multipliées, au point de devenir un matériau quasi quotidien de plaisanterie, partout sauf dans le discours officiel.
Car il était alors strictement interdit d’en tirer la moindre conclusion politique. Toute interrogation sur la capacité réelle du président à exercer ses fonctions était immédiatement disqualifiée, ridiculisée, assimilée à une attaque indigne.
En France, François Hollande alla jusqu’à expliquer que Joe Biden était en pleine possession de ses moyens, et même l’un des plus grands présidents américains de tous les temps, une déclaration qui en disait beaucoup plus sur François Hollande que sur Joe Biden.
Pendant quatre ans, un mensonge médiatique s’est installé, protégé, entretenu, sanctuarisé. Il n’est devenu impossible à soutenir qu’au premier grand débat face à Donald Trump, lorsque la réalité, brutale et visible, s’est imposée à l’écran. À mes yeux, cela restera comme l’un des plus grands scandales médiatiques de l’après-2020.
C’est pourquoi entendre aujourd’hui les mêmes voix expliquer que Trump serait fou relève moins de l’analyse que de l’amnésie volontaire. Vous avez exigé que l’on ferme les yeux hier. Vous avez nié l’évidence quand elle était pourtant flagrante. Et vous voudriez aujourd’hui que l’on vous prenne au sérieux ?
Critiquez Donald Trump. Combattez sa politique. Analysez ses décisions.
Mais épargnez-nous cette rhétorique commode.
À force de tordre le réel pour qu’il épouse le récit, on finit par ne plus convaincre personne. Et cette perte de crédibilité, elle, ne se diagnostique pas à distance : elle se constate.

8 janvier 2026

Monique Plaza
8/1/2026

Trump : « Le Venezuela n'achètera que des produits fabriqués aux États-Unis avec l'argent provenant de notre nouvel accord pétrolier.
Ces achats incluront, entre autres, des produits agricoles américains, ainsi que des médicaments, du matériel médical et du matériel fabriqué aux États-Unis pour améliorer les réseaux électriques et les installations énergétiques du Venezuela.
En d'autres termes, le Venezuela s'engage à faire des affaires avec les États-Unis en tant que son principal partenaire – une décision sage qui est très bénéfique pour le peuple vénézuélien et américain. »
Une "décision sage" forcée par Trump qui a exigé le départ du Venezuela de tous les pays "ennemis des USA" dont Cuba, la Chine et la Russie.
Comme le dit Oleg Tsarov : « Ainsi, nous sommes revenus à un régime ouvertement colonial d'extraction de ressources. À l'époque des empires coloniaux européens, ils avaient tous une règle : les colonies ne pouvaient commercer qu'avec la métropole. Et avec personne d'autre. »

4 octobre 2025

LE WEEK-END FATAL DE DONALD TRUMP ET SON DESTIN

Gabriel Nerciat

-4/10/2025- Le plus important, dans ce qui va se passer demain ou les jours qui viennent au Levant arabe, n'est pas de savoir si Donald Trump sera ou non le prochain récipiendaire du prix Nobel de la paix, mais qui, des États-Unis ou d'Israël, est encore un État souverain capable de résister à l'hégémonie de l'autre.
En acceptant la restitution des derniers otages juifs contre la libération de plusieurs centaines de prisonniers palestiniens condamnés à la perpétuité (dont sans doute Marwan Barghouti, la figure emblématique des deux Intifadas), le Hamas renverse sur Netanyahou la pression qui depuis des mois était exercée sur lui, et d'une manière ou d'une autre va accentuer celle de l'Arabie saoudite, de l'Egypte et du Qatar sur Trump pour tordre définitivement le bras de son vassal génocidaire – lequel a déjà dû, à la Maison-Blanche, présenter des excuses publiques et humiliantes à l'émir de Doha dont il a bombardé impudemment le territoire en pure perte.
Quelque chose me dit toutefois que Donald ne doit pas être à la joie en ce moment.
Il sait qu'il risque dans cette affaire, en cas d'échec ou de refus humiliant de la part de Bibi – bien plus que dans l'affaire ukrainienne dont il a toujours estimé qu'elle lui avait été imposée par Biden et Zelensky –, une défaite diplomatique autrement plus grave que la non réception d'un hochet scandinave.
Pour trois raisons, dont on peine à distinguer laquelle serait la plus dommageable pour lui.
La première est que s'il cède à Netanyahou en l'autorisant à poursuivre sa guerre génocidaire, il reconnaît implicitement qu'il s'est révélé incapable de résister à l'emprise de l'État profond washingtonien, dont l'actuel pouvoir israélien est un rouage essentiel.
La seconde est qu'il s'aliènera durablement l'hostilité des alliés arabes ou sunnites de l'Amérique, provoquant ainsi la ruine des accords d'Abraham qui avaient été la seule grande victoire diplomatique de son premier mandat (tout en étant à l'origine de l'attaque palestinienne du 7 octobre).
La troisième est qu'il mécontentera à nouveau, après le bombardement de la centrale nucléaire iranienne de Fordo et les suites de l'affaire Epstein (auxquelles Bibi, d'après Tucker Carlson, n'est pas du tout étranger), sa base MAGA, de plus en plus massivement hostile à Israël et au sionisme comme l'avait illustré, entre autres choses, l'évolution de Charlie Kirk dans les derniers mois de sa vie.
En revanche, bien sûr, si Netanyahou cède, voire est contraint d'abandonner le pouvoir, Donald rafle la mise, qui lui rapportera bien plus qu'un prix Nobel (dont je suis persuadé qu'en réalité il se moque bien).
Car la dernière chose dont l'Amérique soit encore vraiment capable est d'imposer à ses anciens alliés, criminels ou serviles, la marque au fer rouge de son ressentiment post-impérial et isolationniste.
Le reste n'a plus grande importance, car aux États-Unis comme peut-être aussi en Israël d'après Elie Barnavi, ce sont surtout les risques de guerre civile et intérieure qui pointent désormais.

19 août 2025

Gabriel Nerciat
19/8/2025

CE QUE TRUMP ET ZELENSKY SE SONT DIT
 
- Voilà, tu piges ou pas ? C'est soit la carte et toi, soit la carte sans toi, soit toi sans la carte mais sans mes satellites et mes missiles aussi.
- Je sais pas lire une carte, président, je sais pas. Je sais planquer mon fric aux Caïmans, péter avec mon cul, lécher le vôtre, filer des armes à mes copains, mais les cartes, non, je peux pas ; ça me donne la migraine. Les cartes, c'est fasciste : dès qu'on en lit une, on se croit attaché quelque part.
- Tu n'as pas de chance. Moi c'est la carte qui m'intéresse ; toi je m'en fous. Regarde : il te reste 75% de ton pays, tu gardes Odessa, Dnipro et Kharkov que les Russes pourraient revendiquer autant que Donetsk ou Marioupol, et Poutine est même prêt à te laisser le nord du Dniepr avec Kherson et Zaporijia. Pourquoi tu veux vraiment me casser les burnes ? Qu'est-ce qu'il te faut de plus ? Tu t'en fous du Donbass, et tes patrons mafieux n'auront pas les terres rares que j'ai déjà préemptées.
- Je m'en fous de la carte, président. Ce ne sont pas vos burnes qui sont en cause, ce sont les miennes. Mes copains ukronazis vont me buter si je cède quoi que ce soit.
- Eh bien, alors, tire-toi de ce cloaque, et ne me fais plus chier. Je t'offre un casino en Cornouailles, si tu veux, avec les meilleurs gardes du corps. En prime je t'enverrai cet abruti de prince Harry pour faire croupier avec sa grue ; comme ça je fais d'une pierre deux coups. Sois sympa : dis oui !
- Aaaah, président, non. En Cornouailles il pleut, et Charles va m'inviter à herboriser tous les jours.
- Tu m'emmerdes. Je te livre à Poutine avant quinze jours si tu continues à chouiner. Des minables comme toi, j'en ai treize à la douzaine, si je veux, dans les cafés-concerts de Kiev. Si tu ne prends pas ma carte, tu iras jouer du cul chez Ursula ; ça te fera les pieds. Maintenant, j'ai faim. Ferme-la. Il faut que je donne la tétine à Macron.

14 août 2025

ALASKA, LA FONTE DES ILLUSIONS ET DES GLACIERS

Gabriel Nerciat

-14/8/2025- Il faut bien comprendre que dans l'entrevue Trump-Poutine qui aura lieu dans 24 heures en Alaska, c'est Trump qui sera redevable à Poutine de sa présence sur le sol américain (et pas l'inverse).
Sans elle, l'ultimatum lancé par Donald sur les ventes de pétrole russe – dont plus personne ne parle désormais – se serait achevé par un échec consommé de la Maison Blanche, acculée dans une confusion totale par la résistance unanime des BRICS (dont Poutine s'est entretenu au téléphone avec tous les membres exécutifs ces dernières heures avant de partir pour Anchorage).
Les imbéciles et les cocus euro-atlantistes, dépités, évoquent le souvenir de Yalta où De Gaulle n'avait pu être accepté, mais cela n'a rien à voir : dans un Yalta 2.0, Xi Jinping aurait été convié lui aussi en Alaska, et la guerre en Ukraine, au grand regret des néo-cons, n'est pas une guerre mondiale.
Simplement, et quelle que soit l'issue de ce sommet, il actera trois réalités majeures qui seront autant d'humiliations cinglantes (et bienvenues) pour les séniles dirigeants libéraux du vieux monde continental, marquant ainsi l'entrée définitive dans un nouveau siècle :
1) la fin de l'alliance transatlantique créée par Churchill et Franklin Roosevelt en 1941-1945, qui aboutit en 1949 à la création de l'OTAN ;
2) la disqualification publique et totale de l'Europe comme acteur géopolitique mondial et éventuel futur centre de puissance diplomatique ;
3) la fin du multilatéralisme onusien comme cadre incontesté de régulation diplomatique de l'ordre du monde.
Par rapport à cela, l'entité ukrainienne, avec ses militaires déconfits, ses oligarques véreux et son pétomane en chef, ne pèse pas grand chose – et c'est heureux.
Dès lors, accrochez-vous. Il n'y a pas que les glaciers en Alaska qui vont commencer à fondre demain soir.


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13 août 2025

Eber Haddad

-13/8/2025- Il a suffi que Trump menace de bombarder les cartels au Mexique pour que la présidente mexicaine, courageusement il faut le dire, fasse arrêter les 26 patrons de cartels et les livre aux États-Unis où ils seront jugés et, probablement, y finiront leur vie. Ces cartels comme ceux de Colombie, du Venezuela et autres pays d'Amérique du Sud sont souvent plus puissants militairement et financièrement que leurs propres gouvernements. En 2024 les cartels mexicains ont provoqué la mort de 265.637 personnes avec le Fentanyl et ont engrangé, pour cette année-là seulement, plus de 13 milliards de dollars. Sous l'administration Biden, qui a laissé rentrer illégalement plus de 10 millions de personnes, il y a eu chaque semaine une moyenne de 1.300 morts par consommation de cette drogue, une des plus toxiques.
Cela dit, même si ces arrestations ne règlent pas totalement et définitivement ce problème, c'est un très bon pas dans la bonne direction. Nul doute que cela sera suivi par des résultats identiques avec la plupart des trafiquants de drogues des autres pays d’Amérique du Sud dont le pire des cauchemars est de finir leurs jours dans une prison de haute sécurité aux États-Unis.
On peut aimer ou détester Trump mais il tient toutes ses promesses électorales et ce qu'il a fait en 200 jours dépasse largement ce que tous les chefs d'États que je connais ont réussi à faire, parfois en plusieurs années. En France, dans les médias, sa détestation est pathologique.

9 août 2025

Eber Haddad

-9/8/2025- Trump semble avoir réussi l’impossible, la paix entre l’Azerbaïdjan  et l’Arménie.
Après avoir obtenu une cessation des hostilités entre l’Inde et le Pakistan, le Cambodge et la Thaïlande, et la paix entre la République du Congo et le Rwanda, ce dernier accord relève du miracle. Si Trump n’obtient pas le Prix Nobel de la Paix après tout ça alors qu’Obama l’a obtenu sans aucune raison c’est que cette institution aussi a été corrompue encore plus qu’on ne le soupçonnait.
Inutile de dire que tout cela est minimisé par la presse francophone, le Quai d’Orsay et le vibrion président Macron qui n’ont même pas été capables d’obtenir la libération de Boualem Sansal !

31 juillet 2025

Kuzmanovic Georges
31/7/2025

La différence entre le bloc occidental et les BRICS résumée par un message de Trump :

Les États-Unis "punissent" l’Inde parce qu’elle commerce avec la Russie, l’Iran, la Chine et pour son appartenance aux BRICS.
Pourtant, aucun des pays des BRICS ne demande à l’Inde de cesser de commercer avec les États-Unis, malgré leurs différends avec ce pays.

Les BRICS défendent sincèrement l’échange, la coopération et un commerce mondial ouvert, malgré les éventuelles tensions entre eux.
- Les pays membres des BRICS ne s’imposent pas de sanctions mutuelles pour faire avancer leurs intérêts géopolitiques.
- Les BRICS ne prétendent pas être parfaits et n’exigent pas que les autres se conforment à leur modèle ; au contraire, ils respectent les différences, les cultures et les traditions de chacun, sans chercher à les transformer.
- Les BRICS pensent et agissent dans une perspective de temps long.

Le bloc occidental entretient un rapport paternaliste avec les anciennes colonies, ne montre aucun respect et ne peut s’empêcher d’adopter un ton moralisateur :
- Il privilégie la contrainte, les sanctions et les pressions.
- Il n’envisage les relations internationales qu’à travers le prisme de la soumission.
Dès qu’un pays refuse de se plier à ses exigences, les États-Unis organisent un coup d’État ou un changement de régime.
- Le bloc occidental se targue d’être le camp du "Bien", de la démocratie, des droits de l’homme et du commerce libre, tout en exigeant que les autres pays se conforment à son modèle.
C’est exactement ce que George W. Bush affirmait : "Vous êtes avec nous ou contre nous". Un niveau relationnel digne d’une cour de récréation.
- Tandis que le chef du bloc occidental, les États-Unis, impose un tribut à ses plus proches alliés européens — 15% de droits de douane pour les produits européens exportés vers les USA, contre 0% pour les produits américains vers l’Europe —, la Chine, première économie des BRICS, fait l’inverse avec l’Afrique :
0% de droits de douane pour les produits africains exportés vers la Chine, tandis que les produits chinois sont taxés à l’entrée des marchés africains.

Qui est réellement inclusif ?
Qui est vraiment dans la coopération et le développement harmonieux ?
D’après vous, quel modèle triomphera dans les années à venir ?

Voici maintenant la traduction du message pathétique et frustré de Trump :
"L'Inde peut bien faire ce qu'elle veut avec la Russie. Ils peuvent couler leurs économies mortes ensemble, ça m’est complètement égal. Nous avons fait très peu d’affaires avec l’Inde, leurs tarifs douaniers sont trop élevés, parmi les plus élevés au monde. De même, la Russie et les États-Unis ne font pratiquement aucun commerce ensemble. Gardons les choses ainsi. Et dites à Medvedev, l’ex-président raté de la Russie, qui croit encore qu’il est président, de faire attention à ce qu’il dit. Il entre sur un terrain très dangereux !"

19 juillet 2025

Monique Plaza

-19/7/2025- Donald Trump a déclaré que "l'alliance BRICS perd rapidement de son influence" et ne représente plus une menace pour le dollar.
Lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche organisée à l'occasion de la signature de la loi sur le stablecoin GENIUS, il a déclaré que les pays du bloc "voulaient remplacer le dollar, mais cette menace appartient désormais au passé".
Selon Trump, le moment décisif a été ses précédentes déclarations sur l'imposition éventuelle de droits de douane contre les membres des BRICS. "Dès que je leur ai montré la vérité, tout s'est évanoui", s'est vanté le dirigeant américain. Il a néanmoins ajouté : "Si les BRICS tentent de mettre en place une stratégie sérieuse, les États-Unis y mettront fin très rapidement."
Trump revendique à nouveau une victoire, s’appuyant sur ses grandes victoires passées : installations nucléaires iraniennes détruites, le Canada presque annexé, la guerre en Ukraine arrêtée rapidement, maintenant les BRICS détruits, alors que d’ici 2030, les BRICS pourraient représenter la moitié du PIB mondial.
En fait, Trump pratique essentiellement un langage performatif : ce qu’il dit est la réalité ou va le devenir.