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25 mars 2026

Bruno Lafourcade

DESCENTE DANS LA ROUMANIE DE CEAUSESCU, par Radu Portocala


Ce livre aurait pu être une enquête journalistique ou un document historique sur la Roumanie de Ceausescu. Ce serait déjà beaucoup. Or c’est bien davantage. On a l’impression de descendre un escalier, de tirer le verrou, de pousser la porte, d’entrer dans une cave – c’est-à-dire une société totalitaire dans ce qu’elle a de plus ahurissant. C’est au point que l’on ne se rappelle pas un livre récent, en dehors de la fiction, qui remue autant son lecteur. Ce que l’on voit, c’est, en huit chapitres et un avant-propos, le mécanisme d’une tyrannie. L’auteur y parvient avec des moyens en apparence très simples : on entre dans l’existence tragique des Roumains par des faits bruts, des situations concrètes, de la vie banale. On croise quelques chiffres, mais on suit surtout le citoyen cherchant à survivre, à se nourrir, à travailler. On le découvre à l’école, à l’hôpital. On le voit peu à peu isolé par la propagande, l’espionnage et la répression, poussé à se garder de tout et de tous, dépossédé de soi, atomisé, soumis à une méfiance et à une peur constantes. On y admire d’autant plus le courage et le sacrifice de dissidents promis à la prison et à la torture. Le chapitre le plus bouleversant, et le plus terrifiant, est celui que l’auteur consacre aux femmes, poussées au désespoir par un décret, celui du 1er octobre 1966, obligeant les mères de moins de quarante-cinq ans à enfanter, quand elles ont moins de quatre enfants. On laissera le lecteur découvrir de quelle façon. C’est un livre qui se trompe en croyant ne pas faire de littérature : abandonnant l’hyperbole au Conducator, il contient assez de sobriété, parfois même d’ironie glaçante, pour donner des leçons de style à tout le monde. On le referme en se disant que c’est ainsi que l’on doit écrire si l’on cherche à peindre la cave suffocante de la terreur politique.