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30 mars 2026

H16
30/3/2026

Livret A, assurance-vie, expatriation : la grande fuite silencieuse des Français

C’est officiel, les finances françaises vont mieux, l’État peut gagner un cran à sa ceinture et pousser un soupir de soulagement : Sébastien Lecornu, dans un tweet manifestement écrit par ChatGPT qui laisse traîner des tirets cadratins un peu partout, annonce avec emphase un déficit moins énormissime que prévu ; ce sera 5,1% du PIB au lieu de 5,4%, ce qui camoufle très mal le fait qu’on va devoir emprunter plus de 150 milliards d’euros sur les marchés.


En tout cas, voilà qui rassure largement les Français. Heureux et rassérénés par ces excellentes nouvelles, voilà nos concitoyens qui… sortent leur argent du livret A.

En effet, ce placement chéri des Français vient d’enregistrer une violente décollecte de 740 millions d’euros sur le seul mois de février 2026, hémorragie qui rompt violemment avec les tendances post-Covid.

Cette décollecte est poliment mise sur le dos de la baisse du taux de rémunération (1,5% seulement). Plus pragmatiquement, certains comprennent que ce désamour tient en réalité plus de la pauvreté qui s’étend ou, tout simplement, sur l’évidence que les Français choisissent d’investir massivement dans l’économie… du Luxembourg.

Eh oui, actuellement, le Luxembourg a le vent en poupe pour les Français : nos compatriotes détiennent désormais le record absolu de 98 milliards d’euros consciencieusement planqués en assurance-vie luxembourgeoise.

Ce n’est plus une fuite, c’est une évacuation sanitaire d’urgence : rien qu’en 2024, après la calamiteuse dissolution parlementaire, la collecte s’était envolée de 58%, suivie d’une autre hausse de 20% en 2025. La France est discrètement mais sûrement devenue le premier fournisseur de capitaux du Grand-Duché, représentant à elle seule 52% de sa collecte internationale.

Face au gouffre français, le contraste est cruel. Notre charge de la dette va engloutir 134,6 milliards d’euros en 2026, dépassant allègrement le budget de l’Éducation nationale, pendant que la France s’accroche à son bonnet d’âne de seul pays de la zone euro avec un déficit crânement maintenu au-dessus des 3%. En face, le voisin luxembourgeois s’affiche avec un insolent 26% de dette sur le PIB et un excédent budgétaire dodu.


Mais pourquoi diable le Luxembourg ? Tout le monde sait qu’il n’y a rien, là bas, enfin voyons !

Seraient-ce les mécanismes protecteurs que ce pays a mis en place, au contraire de l’Hexagone ?

En effet, le Luxembourg offre le fameux « Triangle de Sécurité » : vos actifs sont strictement séparés du bilan de l’assureur et déposés chez une banque indépendante, elle-même placée sous le contrôle sourcilleux du Commissariat aux Assurances de l’État luxembourgeois.

Ensuite, le « Super Privilège » vous garantit, en cas de faillite monumentale de l’assureur, d’être remboursé en priorité absolue et sans aucune limite de montant, là où le minuscule fonds de garantie français plafonne misérablement son remboursement à 70 000 euros.

Mais surtout, l’arme de séduction massive est l’immunité totale contre la loi Sapin 2 : ce texte voté en 2016 autorise Bercy à geler arbitrairement vos retraits et limiter vos arbitrages en cas de crise systémique, et n’a strictement aucune valeur juridique là-bas.

Pendant que l’État français garde jalousement la main sur votre portefeuille pour s’assurer que vous couliez en même temps que lui, le Luxembourg continue de simplifier ses règles, notamment avec sa récente circulaire 26/1 permettant de détenir directement des produits structurés, vous offrant ainsi un canot de sauvetage robuste.

En réalité, les Français pragmatiques, à commencer par ceux qui ont un minimum de patrimoine, se rendent compte du gouffre de plus en plus large qui se creuse entre les gesticulations gouvernementales pour faire croire à une reprise en main des finances du pays, et l’état réellement catastrophique de ces finances dont tout indique qu’elles vont engloutir les économies des Français. Et alors que le Luxembourg est noté AAA depuis 36 ans, la France perd des lettres de l’alphabet à chaque quinquennat, la propulsant de plus en plus vite vers BBQ.


Dès lors, s’exfiltrer hors du pays n’est pas un calcul purement fiscal, c’est devenu du simple bon sens d’ailleurs encouragé par les banques françaises elles-mêmes.

L’ironie suprême réside en effet dans l’identité de ces passeurs financiers : Cardif (pour BNP Paribas), AXA Wealth Europe, ou encore Generali, les piliers incontournables du capitalisme français, distribuent frénétiquement ces contrats transfrontaliers. Ces mêmes établissements qui financent quotidiennement la dette de l’État français par l’achat d’OAT vendent discrètement ces canots de sauvetage à leurs meilleurs clients. En somme, ces banques ne font plus vraiment dans la gestion de patrimoine, mais quasiment dans l’aide humanitaire.

Alors que le pays voit chaque année le nombre d’expatriés français gonfler de façon sensible, cette fuite des capitaux accélère un déclin qu’on ne peut plus cacher. L’expatriation explique « je m’en vais », le virement au Luxembourg annonce « je me protège » et les deux cas montrent que la confiance dans l’État est maintenant nulle.

Pourtant, devant ce constat, les autorités multiplient les âneries.

En bons pompiers-pyromanes, nos énarques de Bercy pleurnichent sur les recettes qui s’évaporent et s’improvisent taxiculteurs taxophiles, ce qui accélére encore la fuite des capitaux dans une boucle de rétroaction aussi prévisible que désastreuse. L’État prescrit consciencieusement la maladie comme traitement, persuadé que frapper plus fort sur le contribuable fera miraculeusement revenir les fuyards.

Pire encore, la loi Sapin 2 constitue un véritable revolver glissé ostensiblement dans le tiroir du banquier, prêt à être dégainée à tout moment. Cependant, laisser entendre au client qu’on peut lui bloquer arbitrairement son épargne pour sauver un système public en faillite ne fait que terroriser les derniers épargnants naïfs. Le Luxembourg, de son côté, n’a jamais eu besoin d’une telle loi anti-panique, tout simplement parce qu’il ne s’amuse pas à en provoquer tous les quatre matins.

En définitive, les Français fuient : certains par les airs, d’autres par la terre, et d’autres enfin, sur le plan financier.

C’est une sorte de plébiscite silencieux, un vote massif d’épargnants terrifiés par un pays structurellement incapable de gérer son budget depuis un demi-siècle. L’assurance-vie luxembourgeoise est ainsi devenue le Airbnb de l’épargne, offrant la possibilité aux Français de payer pour dormir chez le voisin plutôt que dans leur propre maison qui menace de s’écrouler sur leur tête.

Et quand on voit la façon particulièrement relaxe avec laquelle se réjouissent les clowns gouvernementaux lorsqu’ils se rendent compte que le déficit sera moins abominable que prévu, on ne peut pas blâmer ces Français qui sentent, au fond d’eux-mêmes, que ce pays est foutu.

https://h16free.com/2026/03/30/83849-livret-a-assurance-vie-expatriation-la-grande-fuite-silencieuse-des-francais

23 février 2026

Le Grand Pillage : l’État va transformer votre épargne en souvenir

H16

- 23/2/2026 - Ça y est, le fabuleux destin d’Amélie de Montchalin l’entraîne à la Cour des Comptes. Comme expliqué dans un précédent billet, elle arrive à point nommé pour auditer des comptes qu’elle a largement contribué à mettre dans l’état où ils se trouvent, c’est-à-dire quelque part entre le sinistre et le grotesque.

Rappelons les grandes lignes du tableau, qui tient plus du gribouillage d’enfant sous caféine que d’une peinture de grand maître : le déficit 2026 s’affiche à 5% du PIB contre les 4,7% initialement promis par le gouvernement avec l’aplomb qu’on lui connaît, la charge de la dette bondira de 65 milliards d’euros en 2025 à 74 milliards en 2026 pour filer allègrement vers les 107 milliards en 2029, dépassant désormais le budget de la Défense – 57 milliards – qui fait pourtant figure de gouffre officiel. Quant au retour sous la barre des 3% de déficit, il est remis aux calendes grecques.


Et justement, la Grèce, on y pense de plus en plus. Pas celle de 2026 évidemment, mais celle de 2010, avec la gueule de bois face à un État en faillite et des créanciers à sa porte. Le parallèle est cruel mais les chiffres, eux, ne font pas dans la diplomatie.

Car la France cumule actuellement les très mauvaises surprises.

Le dernier rapport de la Cour des comptes, publié le 19 février – soit quatre jours avant l’arrivée salvatrice d’Amélie – montre que l’État étale sa déconfiture d’un ministère à l’autre avec une application qui force le respect. Les efforts budgétaires, nous dit-on en mots feutrés, sont « largement insuffisants » et propulsent la charge de la dette bien au-delà du raisonnable. On nous recommande de ne surtout pas « relâcher les efforts ». On pourra pouffer à l’évocation même de cette idée d’efforts pour les administrations françaises, tant ceux-ci ont été jusqu’à présent largement symboliques : le gouvernement Lebiscornu s’est essentiellement contenté d’augmenter les dépenses un peu moins vite que prévu, dans une cosmétique budgétaire permettant de faire passer ça pour des « économies ». La cure d’austérité réelle, celle qui ne sera plus choisie mais subie n’arrivera probablement jamais, ou seulement une fois que plus aucun expédient ne pourra être trouvé et qu’il faudra en passer par l’épreuve grecque dans toute sa violence.

Mais outre des déficits courants de plus en plus béants et des efforts microscopiques largement insuffisants, on découvre en surcroît que les recettes battent sérieusement de l’aile.

Eh oui : la baisse marquée des recettes de TVA laisse supposer que tout ne se déroule pas exactement comme prévu par nos crânes d’œuf de Bercy. Pour la fine fleur de la finance française, c’est un mystère, ou presque. Un mystère qui, convenons-en, n’en est un que pour ceux qui ne mettent jamais les pieds hors de leurs bureaux lambrissés. Le constat n’est d’ailleurs pas neuf : en novembre dernier, la faiblesse des rentrées de TVA avait déjà déclenché de vifs questionnements au sein du gouvernement, questionnements qui laissent perplexe sur la capacité de nos dirigeants à prendre en compte une réalité pourtant limpide : sapristi, les records de faillites auraient-ils un effet délétère sur les finances publiques ? Non, vous n’y pensez pas ! Pourtant, on ne tond pas indéfiniment un mouton qu’on a fini par égorger…

Pas étonnant, dès lors, que ce petit parfum de déroute pousse les uns et les autres, à Bercy, à chercher fébrilement le moyen de réalimenter la machine en gros biftons bien frais. Et cela tombe bien : on commence à voir se dessiner quelques pistes dans la presse, avec la subtilité d’un bulldozer dans un jardin japonais.


Que diriez-vous, dans un premier temps, de désigner à la vindicte populaire une tranche de population qui va avoir bien du mal à se défendre ?

Les « riches », vous l’avez deviné, sont déjà convoqués au tribunal médiatique alors que les finances crient famine : des milliers de millionnaires échapperaient à l’impôt sur le revenu, voilà qui est scandaleux, et qui démontre surtout que l’impôt est bien plus affaire d’avocats fiscalistes que de prétendue « justice fiscale ».

Mais ne vous inquiétez pas, cette étape n’est qu’un hors-d’œuvre. L’étape suivante est déjà susurrée dans les couloirs des rédactions : il faudra aller taper dans l’épargne des Français.

Au début, bien sûr, on parlera de « flécher » – un mot doux, presque poétique, qui évoque une direction librement choisie plutôt qu’un casse organisé. Ensuite, on passera à « piocher », la novlangue fiscale ayant ceci de fascinant qu’elle possède un synonyme présentable pour chaque étape du vol. Le message est clair : votre épargne n’est plus votre propriété, mais une réserve de secours pour un État incapable de gérer son train de vie.

Il n’en reste pas moins qu’on ne pourra qu’admirer le timing absolument diabolique des derniers événements.

Le 14 janvier, Amélie de Montchalin niait « les yeux dans les yeux » devant l’Assemblée nationale qu’il puisse exister des millionnaires français ne payant pas d’impôt sur le revenu : « Il n’y a pas de document à Bercy qui le montrerait », mentait-elle effrontement. Le 17 février, on exhume commodément un rapport confirmant les dires de l’ancien ministre Lombard : 13 335 millionnaires ne paient pas un centime d’IR. Le 19 février, la Cour des comptes sort un rapport montrant à quel point l’État patine sur une très mauvaise pente. Et le 23 février, Montchalin arrive à la Cour des comptes en grandes pompes.


L’ironie institutionnelle est d’une subtilité rare : Montchalin va désormais présider l’institution qui a sorti les chiffres qu’elle disait inexistants, auditer les budgets qu’elle a elle-même pipeautés comme ministre des Comptes publics, et pointer les « risques importants » sur des objectifs qu’elle a défendus bec et ongles. En pratique, on constate ici que l’État, très mauvais gestionnaire, feint de découvrir qu’après avoir tout dépensé, il va falloir aller chercher l’argent là où il est encore, c’est-à-dire dans vos poches.

Avec la bénédiction d’une Cour des comptes dirigée par celle-là même qui niait le problème il y a cinq semaines, et dans la suite logique du grand effondrement, le grand pillage va donc commencer.


https://h16free.com/2026/02/23/83522-le-grand-pillage-letat-va-transformer-votre-epargne-en-souvenir