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24 mars 2026

Anne Mansouret
23/3/2026

Lionel Jospin est mort aujourd’hui, au lendemain de l’élection d’Emmanuel Grégoire à la mairie de Paris.
Il était visiblement très affaibli après une lourde opération subie en janvier. De façon purement intuitive, j’ai l’intime conviction qu’il a décidé de mettre fin à ses jours, à l’instar de sa propre mère (en 2002) sentant venir l’impotence et la dépendance à autrui.
Comme l’avait théorisé Dietrich Bonhoeffer, théologien, professeur et pasteur protestant dans son recueil intitulé « Éthique » (1940) :
« Lorsqu’un malade incurable constate que son état et les soins qu’il requiert entrainent la ruine matérielle et psychique de sa famille et qu’il délivre celle-ci par sa libre décision, on ne pourra le condamner. »
Quoi qu’il en soit réellement, cette décision aurait été, à mes yeux, en cohérence avec la personnalité de Lionel Jospin, parfaite incarnation de l’éthique et de la rigueur stoïque du protestantisme.
J’avais beaucoup d’estime pour l’homme et beaucoup d’admiration pour sa probité et la sincérité de ses engagements.
Toutefois et sans l’ombre d’une méchanceté, j’ai choisi, aujourd’hui, de revenir sur l’échec majeur que fut sa défaite à la présidentielle de 2002, laquelle a marqué, à mes yeux, le début de la fin du parti socialiste.
J’étais alors secrétaire nationale du parti radical de gauche et proche de Laurent Fabius, puisqu’élue en Haute-Normandie, fief politique de ce dernier.
Après cinq ans à Matignon, Lionel Jospin pouvait se targuer d’un bon bilan économique et social, quoi qu’en dise aujourd’hui la droite. En termes de marketing, « La gauche plurielle » avait été une bien jolie affiche, une façon efficace d’imprimer l’image d’une gauche plus chaleureuse, rassemblée dans un mode de gouvernance moins hégémonique qu’au cours des années Mitterrand.
Mais comme souvent en politique, la tactique a pris le pas sur la stratégie : à trop vouloir manipuler l’opinion publique, alambiquer les données du scrutin et occulter les réalités du terrain… on se prend les pieds dans le tapis.
Incroyable mais vrai : avoir un grand nombre de « petits candidats de gauche au premier tour » fut une tactique électorale mûrement réfléchie ! Je puis en attester, ayant été personnellement démarchée par le cabinet de Lionel Jospin.
Dès le début de l’hiver 2001, Matignon et Solférino avaient fortement incités les élus à parrainer la candidature de la radicale de gauche Christiane Taubira à l’élection présidentielle de 2002.
Jean-Pierre Chevènement se présentant pour incarner une gauche souverainiste et anti-Maastricht au premier tour, l’objectif était de rogner sur son score par une autre micro candidature atypique, afin de pouvoir présenter Lionel Jospin comme « le rassembleur de toute la gauche » au second tour.
Résultat : Le Pen lui est passé sous le nez avec 200.000 voix d’avance !
L’image, telle qu’elle est progressivement apparue au journal de 20h de David Pujadas, est gravée dans la mémoire collective. Pendant la nuit du 21 au 22 avril, j’ai tourné et retourné mes motifs de mauvaise conscience face à l’insupportable échec.
Inavouable, mais flagrant : les manœuvres politiciennes qui font partie de l’ADN du PS ont provoqué l'élimination de la gauche.
Un constat s’imposait : la stratégie menée par les partis bien-pensants contre Jean-Marie Le Pen était inefficace et faisait le jeu de ses partisans.
On a beaucoup observé, étudié, disséqué et analysé, au cours des vingt ans qui ont suivis ce 21 avril 2002. Des chercheurs ont cherché, des journalistes de tous bords ont produit reportages et documentaires ; des centaines de livres et d’articles ont été écrits. On a parlé de fracture sociale, environnementale, géographique, culturelle… Mais on a continué à mépriser en bloc l’électorat du FN et à considérer ses élus comme des pestiférés.
Au Conseil régional, les membres du groupe PS majoritaire n’avaient pas le droit de leur répondre en assemblée plénière ou en commission ; les saluer vous rendait suspect d’intelligence avec leurs idées.
Toute la France s’est liguée contre les 17% d’électeurs de Le Pen, mais sans tirer les conséquences du score humiliant obtenu par Jospin après cinq ans à Matignon.
Les chiffres sont là pour le démontrer : le corps électoral avait très sensiblement dérivé vers la droite, sans doute sous les effets conjugués d’un taux de croissance dynamique, d’une diminution du chômage et… ironie de la gouvernance de feu le trotskiste lambertiste Lionel Jospin :
Les 35 HEURES, qui ont lourdement contribué à la perte de compétitivité de notre pays en Europe et dans le monde…Ces 35 HEURES, conçues pour permettre une nouvelle qualité de vie au « peuple de gauche » aux ouvriers et aux employés… n’ont bénéficié qu’aux cadres !

17 mars 2026

Gabriel Nerciat

AUTOPSIE SOMMAIRE DES GAUCHES FRANÇAISES

- 17/3/2026 - Je commence vraiment à en avoir assez, d'entendre à longueur de journée (et pas seulement sur C-News, qui au moins assume sa fonction de cabanon zemmourien-Printemps républicain) des imbéciles droitards, laïcards ou sociaux-démocrates version Jules Moch-Guy Mollet 1950 qui pleurent ou bien hurlent depuis hier soir parce qu'à peu près partout en France, hormis à Paris et à Marseille où le bloc bourgeois classique mitterrandien domine encore plus ou moins le corps électoral, les candidats de la gauche libérale et apparentée (PS-EELV-PCF-RG) fusionnent leurs listes avec celles de LFI.
Que croient-ils donc ? Que les élus de gauche sont aussi stupides que ceux de la droite UMP-LR ?
Les militants et les électeurs de gauche sont souvent hypocrites voire pervers, mais ils ne sont pas stupides. Surtout pas Mélenchon, comme le démontre sa victoire de dimanche dernier (qu'on peut toujours relativiser mais certainement pas nier).
À vrai dire, je mets au défi quiconque de fournir une seule raison valable qui justifierait de refuser ce genre de fusion électorale.
La laïcité ? C'est une relique vide, et les socialistes eux-mêmes, comme les sarkozistes du reste, l'ont piétinée jusqu'à plus soif en inaugurant des mosquées ou en arrosant de subventions des associations culturelles qui étaient autant de faux nez des Frères musulmans. Et ce depuis les années 1990 au moins. Alors qu'on arrête de nous bassiner avec ça.
L'antisionisme ? Mais il serait quand même temps que les derniers soutiens d'Israël, ces piteuses loques avariées, comprennent que ce sont au contraire les avocats du sionisme, en France, qui depuis trois ans, et de plus en plus au fur et à mesure que la liste des crimes de masse de l'État sioniste augmente, sont en train de s'exclure durablement de la République, et peut-être même pour certains de la Nation !
Cette évolution au demeurant n'est pas propre à la France mais à l'ensemble des nations occidentales, et elle va de soi (indépendamment de l'importance toute relative de l'électorat musulman).
À chaque fois qu'un imbécile PS, LR ou RN accuse Mélenchon d'antisémitisme, alors même que tout le monde a sous les yeux (en dépit de la censure) ce que Tsahal est en train de faire du Liban, LFI gagne des milliers de voix. Au bas mot. Il n'y a donc personne pour le leur dire ?
J'ai écrit ici plusieurs fois qu'en appliquant à Mélenchon le même discrédit moral qu'à Jean-Marie Le Pen jadis (même s'il n'y a pas de comparaison valable entre le négationnisme implicite de ce dernier et les saillies antisionistes de l'ancien militant lambertiste), on lui fait don du même cadeau : un ticket direct pour le second tour de la présidentielle.
Dimanche prochain, quelque chose me dit que les tenants du "cordon sanitaire anti-LFI" vont avoir l'air fin - Bruno Retailleau le premier, qui est en train au demeurant d'offrir Marseille sur un plateau d'argent à la gauche.
En réalité, les choses sont assez simples à comprendre, et on peut les résumer en deux points :
1) Sans Mélenchon, la gauche en France n'existe plus, et n'est plus en mesure de s'imposer dans la plupart des grandes villes de France (hormis, encore une fois, les deux premières, exceptions très exposées qui confirment la règle).
2) La gauche unie – Front populaire si on veut, même en rajoutant les trotskistes – ne pèse guère plus de 25 ou 28% des voix au niveau national. Elle n'a donc aucune chance de conquérir à nouveau le pouvoir à brève ou moyenne échéance, et elle le sait.
Dès lors, elle doit impérativement se replier dans les villes et les régions afin tout simplement de ne pas disparaître, en attendant que les enfants des immigrés extra-européens les plus récents daignent lui apporter leurs voix dans dix ou quinze ans (lorsque les derniers boomers d'extrême-centre ou démocrates-chrétiens auront passé l'arme à gauche – sans jeu de mots).
Si les téléspectateurs de Pascal Praud et les lecteurs du Point ou de Marianne ne sont pas capables de comprendre ça, ma foi, c'est soit qu'ils sont incurablement idiots, soit qu'ils sont définitivement partis aux fraises...