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23 février 2026

Le Grand Pillage : l’État va transformer votre épargne en souvenir

H16

- 23/2/2026 - Ça y est, le fabuleux destin d’Amélie de Montchalin l’entraîne à la Cour des Comptes. Comme expliqué dans un précédent billet, elle arrive à point nommé pour auditer des comptes qu’elle a largement contribué à mettre dans l’état où ils se trouvent, c’est-à-dire quelque part entre le sinistre et le grotesque.

Rappelons les grandes lignes du tableau, qui tient plus du gribouillage d’enfant sous caféine que d’une peinture de grand maître : le déficit 2026 s’affiche à 5% du PIB contre les 4,7% initialement promis par le gouvernement avec l’aplomb qu’on lui connaît, la charge de la dette bondira de 65 milliards d’euros en 2025 à 74 milliards en 2026 pour filer allègrement vers les 107 milliards en 2029, dépassant désormais le budget de la Défense – 57 milliards – qui fait pourtant figure de gouffre officiel. Quant au retour sous la barre des 3% de déficit, il est remis aux calendes grecques.


Et justement, la Grèce, on y pense de plus en plus. Pas celle de 2026 évidemment, mais celle de 2010, avec la gueule de bois face à un État en faillite et des créanciers à sa porte. Le parallèle est cruel mais les chiffres, eux, ne font pas dans la diplomatie.

Car la France cumule actuellement les très mauvaises surprises.

Le dernier rapport de la Cour des comptes, publié le 19 février – soit quatre jours avant l’arrivée salvatrice d’Amélie – montre que l’État étale sa déconfiture d’un ministère à l’autre avec une application qui force le respect. Les efforts budgétaires, nous dit-on en mots feutrés, sont « largement insuffisants » et propulsent la charge de la dette bien au-delà du raisonnable. On nous recommande de ne surtout pas « relâcher les efforts ». On pourra pouffer à l’évocation même de cette idée d’efforts pour les administrations françaises, tant ceux-ci ont été jusqu’à présent largement symboliques : le gouvernement Lebiscornu s’est essentiellement contenté d’augmenter les dépenses un peu moins vite que prévu, dans une cosmétique budgétaire permettant de faire passer ça pour des « économies ». La cure d’austérité réelle, celle qui ne sera plus choisie mais subie n’arrivera probablement jamais, ou seulement une fois que plus aucun expédient ne pourra être trouvé et qu’il faudra en passer par l’épreuve grecque dans toute sa violence.

Mais outre des déficits courants de plus en plus béants et des efforts microscopiques largement insuffisants, on découvre en surcroît que les recettes battent sérieusement de l’aile.

Eh oui : la baisse marquée des recettes de TVA laisse supposer que tout ne se déroule pas exactement comme prévu par nos crânes d’œuf de Bercy. Pour la fine fleur de la finance française, c’est un mystère, ou presque. Un mystère qui, convenons-en, n’en est un que pour ceux qui ne mettent jamais les pieds hors de leurs bureaux lambrissés. Le constat n’est d’ailleurs pas neuf : en novembre dernier, la faiblesse des rentrées de TVA avait déjà déclenché de vifs questionnements au sein du gouvernement, questionnements qui laissent perplexe sur la capacité de nos dirigeants à prendre en compte une réalité pourtant limpide : sapristi, les records de faillites auraient-ils un effet délétère sur les finances publiques ? Non, vous n’y pensez pas ! Pourtant, on ne tond pas indéfiniment un mouton qu’on a fini par égorger…

Pas étonnant, dès lors, que ce petit parfum de déroute pousse les uns et les autres, à Bercy, à chercher fébrilement le moyen de réalimenter la machine en gros biftons bien frais. Et cela tombe bien : on commence à voir se dessiner quelques pistes dans la presse, avec la subtilité d’un bulldozer dans un jardin japonais.


Que diriez-vous, dans un premier temps, de désigner à la vindicte populaire une tranche de population qui va avoir bien du mal à se défendre ?

Les « riches », vous l’avez deviné, sont déjà convoqués au tribunal médiatique alors que les finances crient famine : des milliers de millionnaires échapperaient à l’impôt sur le revenu, voilà qui est scandaleux, et qui démontre surtout que l’impôt est bien plus affaire d’avocats fiscalistes que de prétendue « justice fiscale ».

Mais ne vous inquiétez pas, cette étape n’est qu’un hors-d’œuvre. L’étape suivante est déjà susurrée dans les couloirs des rédactions : il faudra aller taper dans l’épargne des Français.

Au début, bien sûr, on parlera de « flécher » – un mot doux, presque poétique, qui évoque une direction librement choisie plutôt qu’un casse organisé. Ensuite, on passera à « piocher », la novlangue fiscale ayant ceci de fascinant qu’elle possède un synonyme présentable pour chaque étape du vol. Le message est clair : votre épargne n’est plus votre propriété, mais une réserve de secours pour un État incapable de gérer son train de vie.

Il n’en reste pas moins qu’on ne pourra qu’admirer le timing absolument diabolique des derniers événements.

Le 14 janvier, Amélie de Montchalin niait « les yeux dans les yeux » devant l’Assemblée nationale qu’il puisse exister des millionnaires français ne payant pas d’impôt sur le revenu : « Il n’y a pas de document à Bercy qui le montrerait », mentait-elle effrontement. Le 17 février, on exhume commodément un rapport confirmant les dires de l’ancien ministre Lombard : 13 335 millionnaires ne paient pas un centime d’IR. Le 19 février, la Cour des comptes sort un rapport montrant à quel point l’État patine sur une très mauvaise pente. Et le 23 février, Montchalin arrive à la Cour des comptes en grandes pompes.


L’ironie institutionnelle est d’une subtilité rare : Montchalin va désormais présider l’institution qui a sorti les chiffres qu’elle disait inexistants, auditer les budgets qu’elle a elle-même pipeautés comme ministre des Comptes publics, et pointer les « risques importants » sur des objectifs qu’elle a défendus bec et ongles. En pratique, on constate ici que l’État, très mauvais gestionnaire, feint de découvrir qu’après avoir tout dépensé, il va falloir aller chercher l’argent là où il est encore, c’est-à-dire dans vos poches.

Avec la bénédiction d’une Cour des comptes dirigée par celle-là même qui niait le problème il y a cinq semaines, et dans la suite logique du grand effondrement, le grand pillage va donc commencer.


https://h16free.com/2026/02/23/83522-le-grand-pillage-letat-va-transformer-votre-epargne-en-souvenir

18 février 2026

Amélie de Montchalin et la Cour décomptent

H16
18/2/2026

On n’est jamais si bien servi que par soi-même, surtout lorsqu’il s’agit de confiture. C’est probablement toute l’ampleur de la réflexion qui a présidé à la prochaine nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des Comptes.


Ainsi donc, alors que l’inénarrable Pierre Moscovici quitte avec panache son poste de Président de la Cour des Comptes, Amélie va devenir la première femme à ce poste… Ah non, zut, il y a plusieurs erreurs dans la phrase précédente : on me fait savoir dans l’oreillette que la première femme à ce poste sera l’actuelle présidente faisant fonction, Carine Camby, qui assure l’intérim depuis le 1er janvier dernier (raté pour Amélie).

Et surtout, il n’y a eu aucun panache dans le départ de Pierre tant son passage dans l’institution aura laissé un goût amer au citoyen français : refus de publier un rapport critique sur l’immigration pour ne pas froisser les débats en cours, déclarations anti-austérité dès son arrivée et même des jugements tranchants sur les dépenses « hors de contrôle » alors qu’il a lui-même, en tant que ministre du budget, participé à l’accroissement irraisonnable de la dette française, on comprend mieux son exfiltration vers une autre Cour des comptes, européenne celle-là, sans doute pour donner un peu d’ampleur à la catastrophe économique française.

Montchalin va donc prendre les rênes d’une Cour des comptes sans crédibilité, sorte de balance sans fléau et qui ne risque pas d’en regagner une, tant sa nomination tient d’un véritable scandale, heureusement camouflé par le volet français de l’affaire Epstein puis, plus récemment encore, par les dérapages sanglants de la racaille gauchiste.

Et cette fois-ci, à l’exception évidente de la macronie, les protestations sont montées de tous les côtés politiques : scandale d’État pour les uns, dérive illibérale pour les autres, « aux antipodes de l’éthique » selon le sénateur LR Hugonet, et même à l’intérieur de ce qui était, jadis, une vénérable institution montent à présent des critiques.

Il faut dire que nommer à cette Cour comme juge des comptes de la nation la personne même qui les a établis, c’est peut-être un joli geste technique de professionnel de la politique politicienne pour Macron mais ça n’en reste pas moins très visible et particulièrement détestable à plusieurs titres.


Bien sûr, ce petit côté « Juge et Partie » est immédiatement ressorti des critiques de tous les bancs politiques : Amélie établit les comptes de 2025 et Montchalin les audite en 2026, dans un conflit d’intérêt aussi évident que décontracté qui ne dérange pas un Exécutif largement décomplexé de l’outrance pour l’avoir pratiquée depuis huit ans. Après tout, nommer l’artisan du déficit pour auditer la dette, c’est demander au pyromane de rédiger le manuel de sécurité incendie, et on sait à quel point la macronie aime déclencher des feux.

Mais avec cette nomination, le scandale est plus profond.

D’une part, Montchalin est une macroniste de la première heure, et s’ajoute donc aux autres grognards du Président qu’il a déjà placés pour garantir la continuité de ses méfaits dans toutes les institutions de la Vᵉ République ainsi transformée en véritable Franchise Macron (cette méthode commerciale spécifique, hein, pas ce trait de caractère dont il est complètement dépourvu). Prenant sans doute exemple sur Mitterrand qui a largement usé du même mécanisme pour garantir que sa version très spéciale de la Socialie triomphante perdurerait bien au-delà de son cancer, Macron s’assure ainsi que la destruction méthodique du pays pourra continuer sans rencontrer trop de freins. Ce n’est plus de gestion de l’État qu’il s’agit ici, mais d’occupation, de véritable colonisation politico-institutionnelle.

D’autre part, à 40 ans et à un poste qui est à peu près inamovible, les Français pourraient donc avoir 28 longues années de ce concombre peu vitaminé à la tête de la Cour des comptes. Certes, cette Cour n’a aucun pouvoir coercitif d’importance mais elle a un pouvoir narratif et ses rapports sont régulièrement utilisés pour orienter la politique du pays, ou commodément camouflés pour permettre d’y tenir l’un ou l’autre discours que ses analyses fusilleraient. Vraisemblablement, Montchalin sera encore rue Cambon quand on aura oublié le nom du dernier Premier ministre de Macron, et elle continuera donc d’empoisonner longtemps la vie politique française.

Car il ne faudrait surtout pas oublier que Montchalin était ministre de la Transformation publique pendant le scandale McKinsey (2022), dans lequel il fut établi que de très importantes dépenses avaient été engagées auprès de ce cabinet, en parfait doublon d’institutions pourtant chargées des mêmes travaux. Montchalin avait à l’époque largement défendu ce recours aux cabinets et minimisé le scandale dont les répercutions furent parfaitement nulles.

Or, par construction, la Cour des comptes est précisément celle qui contrôle ces dépenses. Voilà qui augure d’un traitement exemplaire quand des faits comparables seront mis au jour.


Enfin, on ne pourra se passer de constater le cynisme parfait de placer à la Cour des comptes celle qui a directement participé à établir un budget catastrophique, avec 5,8 % de déficit, et ce alors que la dette frise les 113 % d’un PIB qui peine franchement à croître, alourdissant à 74 milliards d’euros les charges d’intérêts qu’on pressent de plus en plus difficile à payer.

En pratique, ce qui se joue avec cette nomination dépasse largement le cas Montchalin : c’est le symptôme d’un pouvoir qui, faute d’avoir convaincu, a décidé de durer autrement, non par les urnes, mais par les organigrammes. C’est aussi une mutation des institutions pour les faire passer de la vérification à la validation. Exactement comme pendant tout son mandat, en plaçant une figure de proue de l’exécutif à la tête de l’organe censé le contrôler, Macron ne cherche plus seulement à se protéger, il cherche à abolir la notion même de responsabilité.

La dette publique finira, d’une manière ou d’une autre, par être refinancée, restructurée ou diluée par l’inflation. Mais la dette morale contractée lorsque le contrôleur et le contrôlé se confondent, elle, se paie autrement : en défiance, en abstention, en retrait civique.

Et ce passif-là ne figurera dans aucun rapport annuel.


https://h16free.com/2026/02/18/83494-amelie-de-montchalin-et-la-cour-decomptent