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27 mars 2026

Gastel Etzwane
27/3/2026


L’Iran verrouille le détroit d’Ormuz. Ce matin trois porte-conteneurs ont été interceptés par les Gardiens de la révolution et contraints de faire demi-tour.
Dans un communiqué direct les Gardiens ont répondu aux déclarations du président américain en affirmant que le détroit reste fermé à tout trafic non autorisé. Lloyd’s List confirme qu’un système de péage de facto est désormais en place. Les navires doivent obtenir un code d’autorisation payer jusqu’à deux millions de dollars par passage souvent en yuans et accepter un corridor escorté en eaux iraniennes. Refuser expose à la destruction visible comme ces coques calcinées qui continuent de brûler pendant des semaines.
Cette opération constitue un coup stratégique majeur pour Téhéran. Elle permet un contrôle total du goulot d’étranglement par où transite près de vingt pour cent du pétrole mondial. Elle accélère la dédollarisation via les paiements en yuans renforce l’alliance avec la Chine et transforme le détroit en outil de financement et de dissuasion à faible coût militaire. L’Iran trie les navires amis qui passent moyennant finance et les autres qui sont refoulés ou coulés.
Ce verrouillage constitue un démenti cinglant à l’optimisme de Donald Trump. Malgré ses annonces répétées que le détroit serait bientôt ouvert et que des progrès étaient en cours les faits sur le terrain montrent le contraire. Téhéran impose ses règles et démontre que la pression ou les menaces américaines ne suffisent pas à rouvrir la voie maritime.
En quelques semaines l’Iran a imposé un nouveau statu quo qui renforce sa posture régionale tout en faisant monter les prix du pétrole et en perturbant le commerce mondial. Le message est clair : le détroit n’est plus une artère libre mais un chokepoint monétisé et militarisé sous contrôle iranien.

26 mars 2026

Gabriel Nerciat

KIR ROYAL, KETCHUP ET FIN DES HARICOTS


- 26/3/2026 - D'après le New-York Times, toutes les bases militaires américaines dans le Golfe ont été détruites par les tirs balistiques iraniens, et désertées par les soldats qui les occupaient.
Les deux plus grands navires de guerre américains déployés dans le Golfe, le USS Gerald Ford et le USS Abraham Lincoln, sont en train de prendre le large et de quitter la zone. Au-delà de l'incendie inexpliqué qui a frappé le premier navire, il semblerait surtout que son système de radar ne soit plus opérationnel, l'exposant ainsi avec des risques accrus au feu ennemi. Même Trump a dû convenir qu'il avait été surpris.
Bref, tout va bien. Le combat indispensable pour la civilisation universelle des droits de l'Homme, l'émancipation des femmes iraniennes, la marche des fiertés LGBT de Téhéran et la captation des ressources pétrolières de la Perse poursuit vaillamment son rythme de croisière (enfin, si l'on peut dire).
Presque un mois après l'entrée en guerre conjointe des États-Unis et d'Israël (qui n'arrive décidément pas à percer les lignes de défense du Hezbollah au Liban, c'est embêtant, et vient de mobiliser plusieurs dizaines de milliers de réservistes pour les envoyer au front), le régime iranien est toujours là (en Irak, Saddam Hussein à la même période était déjà déchu), tient à la fois l'unité territoriale du pays et l'accès au détroit d'Ormuz, et, comme je l'avais annoncé ici dès le troisième jour du conflit, s'apprête à administrer au cœur de la puissance impériale occidentale ce qui va rester dans les mémoires du monde comme la plus importante défaite de toute l'histoire des États-Unis d'Amérique (bien plus que le Vietnam ou l'Afghanistan, au regard des enjeux impliqués), sa défaite terminale en quelque sorte.
Finalement, Trump ne nous aura pas déçus. Après lui, l'isolationnisme aux États-Unis ne sera plus une option, mais la seule voie possible. God bless America, elle va en avoir besoin.
Au milieu de la débâcle, toutefois, on nous explique lyriquement sur LCI que le D-Day va commencer sur la fameuse île de Kharg qui obsède Donald, paraît-il, depuis quarante ans, et qui m'a tout l'air de ressembler à une sorte de parfaite cuvette de Diên Biên Phû insulaire.
Ah, ça va être du beau spectacle, mes amis. On pourra dire à la jeunesse de demain qu'on l'aura vu en direct, en buvant du kir royal aussi rouge que le teint du président américain dans notre salon. Effet garanti, c'est sûr, mieux que Goethe à la bataille de Valmy.
Sinon, dernier mot à l'intention de mes contacts sionistes ou atlantistes à la cervelle un peu ramassée et à l'inculture galopante : le New-York Times n'est pas un journal islamiste, antisémite ou mélenchoniste, mais à peu près l'équivalent du Monde aux Etats-Unis.
C'est vous dire à quel point les certitudes désormais se décomposent vite.

22 mars 2026

Paul Zeppenfeld
20/3/2026

Pourquoi tant de duplicités face à l’intervention militaire en Iran ?


Analyse de l’opposition systématique à l'intervention en Iran, en fonction des opinions et des clivages politiques. Ou comment l’art de l’indignation sélective et du confort moral atteint parfois des sommets.

Depuis 47 ans et hormis la guerre des Douze Jours de juin 2025, l’Iran n’avait subi aucune attaque armée d’Etats qu’il désignait comme ses ennemis, alors qu’on peut lui imputer une centaine d’attaques terroristes à travers le monde, dont les actions meurtrières contre la France au Liban en 1983 et sur le sol français en 1985-86, mais aussi contre des intérêts américains et israéliens, que ce soit directement ou par le biais de ses proxies.
Du point de vue israélien, l’Iran constitue une menace existentielle puisqu’il n’a jamais reconnu l’Etat hébreu, qu’il nomme « entité sioniste » tout en appelant à sa destruction. Passant d’une guerre de l’ombre à une guerre ouverte, la légitimité de l'opération militaire israélienne est donc incontestable. Pour les États-Unis, la menace est moins tangible même si les mollahs appellent aussi à la destruction du « grand Satan ». Néanmoins, les Américains gardent un souvenir douloureux de la prise d’otages de leur ambassade à Téhéran (novembre 1979 à janvier 1981) et de l’attaque d’un camion suicide commanditée par l’Iran qui tue 241 militaires américains à Beyrouth en 1983. En revanche, la volonté irréfutable de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire et les preuves d’enrichissement de l’uranium représentent une menace directe pour les Américains et leurs alliés qui pourrait justifier une attaque préventive.
L’Iran des mollahs est donc un Etat terroriste qui menace ses ennemis de destruction, tout en cherchant à se doter de l’arme nucléaire. De surcroît, ce régime tyrannique écrase dans le sang toute contestation populaire. Nonobstant, en France, les réactions à l’intervention armée sont le plus souvent timorées voire réprobatrices : les uns, plutôt à gauche, usent d’une myriade de prétextes dictés par l’idéologie ; les autres adoptent une posture plus souverainiste, teintée d’esprit munichois.
A gauche, on retrouve le refus de toute ingérence lorsqu’un régime arabo-musulman est sur la sellette. Par travestissement de l’anticolonialisme, par racialisme et avant tout par électoralisme, les représentants de cette gauche Terra Nova se font aussi discrets qu’ils sont tonitruants quand un de ces régimes subit les assauts d’une démocratie occidentale ou d’Israël. L’assassinat de plus de 30.000 jeunes iraniens innocents en deux jours n’a pas provoqué chez eux le moindre bougé, comme c’était déjà le cas à chaque fois qu’une répression ou un massacre fut perpétré par un Etat musulman. Il est vrai que la théocratie iranienne est la matrice de l’idéologie islamo-gauchiste à laquelle s’est soumise à des degrés divers la gauche occidentale. Ce soutien tacite au régime iranien n’a donc rien d’étonnant pour qui se souvient qu’elle se rangea avec ferveur du côté des régimes totalitaires tout au long du XXe siècle. Aujourd’hui l’aveuglement volontaire du camp du Bien le conduit à abandonner son étendard humaniste – un de ses mantras favoris – et son attitude est révoltante devant le massacre d’une jeunesse sans défense.
Par médias interposés, cette gauche s’efforce de monter en épingle le bombardement accidentel ayant entraîné la mort de 175 jeunes filles dans une école. Pourtant on ne les entendait pas lorsque des adolescentes iraniennes étaient battues à mort pour ne pas avoir correctement couvert leurs cheveux. On voit ces derniers jours des forces de sécurité prendre place dans des cours d’école et des drones tirés à partir de zones civiles densément peuplées. Les Gardiens de la révolution cherchent-t-il à gagner à leur cause les marchands de la cause palestinienne ?
Moins honteuse et plus véhémente est l’invocation du droit international par ceux qui, dans un double jeu, revendiquent son application en sachant parfaitement qu’aucune résolution du Conseil de sécurité de l’ONU ne serait votée à cause du veto chinois et russe, tout en clamant pour faire bonne figure leur opposition au régime des ayatollahs. Il s’agit pourtant du même droit international, si éloigné des standards de la politique étrangère iranienne depuis un demi-siècle. S’arc-bouter sur ces règles de droit au profit d’un Etat qui les viole avec autant de constance relève de la duplicité chez ceux qui avaient approuvé l’intervention militaire de l’OTAN en Serbie sans demander l’avis du Conseil de sécurité ainsi que le veto à la résolution du Conseil condamnant cette intervention ! Autres temps, autres mœurs, à la fin du siècle dernier la gauche avait popularisé le droit d’ingérence, d’abord humanitaire puis militaire avec le R2P (Responsabilité de protéger) lorsque des crimes étaient commis contre une population.
Plus rares sont ceux qui, en toute mauvaise foi, prétendent que l'Iran était sur le point d'accepter un accord lors des négociations d’Oman, alors qu'il avait exclu trois des quatre points clés imposés par Donald Trump : le programme de missiles balistiques, la question des proxies et la situation des droits de l’homme. Sur le dossier nucléaire, l’Iran usait comme à son habitude de procédés dilatoires visant à simuler une ouverture diplomatique et à diviser l’opinion publique américaine.
Sur l’autre bord de l’échiquier politique, c’est d’abord le principe de souveraineté des Etats qui est appelée à la rescousse. Protégée par le droit international, cette souveraineté exclut toute intervention extérieure, sauf agression et application d’un accord de défense ou vote d’une résolution de l'ONU. Dans le cas de l’Iran, ce mécanisme est donc inopérant et revient à accorder un totem d’immunité à un régime criminel qui massacre sa population sur son propre territoire.
Ces thuriféraires du statu quo s’inquiètent le plus souvent des conséquences imprévisibles d’une opération militaire. Friands de comparaisons hasardeuses, ils citent les interventions américaines qui se sont soldées par des échecs. Le Vietnam bien sûr, mais aussi l’Afghanistan et l’Irak, où le déploiement terrestre des GI’s n’a pas permis d’instaurer la démocratie, alors que le but poursuivi était avant tout la chute de l’empire soviétique et, avec les « faucons », la captation d’intérêts économiques.
Sur leur lancée, ils affirment que toute intervention extérieure provoque le chaos voire la guerre civile, deux situations qui seraient donc pires qu’une dictature sanguinaire ? L’Irak, la Syrie et la Libye sont régulièrement montrés comme exemples de renversement de régime aux conséquences désastreuses. Mais dans quel cas le régime renversé était-il préférable au nouveau ? Pour les populations, ces nouveaux régimes paraissent moins oppressifs, mais pour les Occidentaux s’ouvre une période d’instabilité et une nouvelle relation est à construire avec des dirigeants souvent hostiles. Pour ces raisons cyniques, on surprend les non-interventionnistes à regretter Saddam Hussein et Kadhafi, à préférer Bachar El Assad à El Joulani et à ne pas souhaiter d’intervention en Iran.
On entend donc que le nouveau régime pourrait être plus répressif et encore moins coopératif avec le monde libre. Dans le cas de l’Iran, on a pourtant du mal à concevoir un régime suscitant encore plus d’effroi et de défiance à l’égard de l’Occident. En outre, il n’y aurait pas d’homme providentiel, de successeur naturel plébiscité par le peuple. Reza Pahlavi, fils du dernier chah, serait l’élu de la diaspora iranienne sans expérience politique ni soutien partisan. Il possède pourtant un atout qui devrait faire taire ses détracteurs : il souhaite simplement accompagner la transition vers la démocratie et exclut de refonder une dynastie.
Les mêmes pointent aussi le risque d’embrasement régional alors qu’on ne pratique plus d’automaticité d’application des traités de défense mutuelle. Les mollahs ont-ils envisagé de globaliser le conflit en agressant les Etats voisins alliés des Etats-Unis ou mènent-ils déjà une politique de la terre brûlée en ciblant les sites énergétiques ? Seul Israël a décidé de riposter avec fermeté aux roquettes du Hezbollah lancées depuis le Liban. Les pétromonarchies font le dos rond en souhaitant ardemment que les frappes se poursuivent jusqu’à la chute de la mollarchie.
Chez les militaires, l’argument massue répété ad nauseam pour exprimer leur scepticisme est qu’on ne peut renverser un régime sans envoyer des troupes au sol. D’évidence cela semble préférable lorsque l’appareil répressif compte plusieurs centaines de milliers de gardiens de la révolution et de supplétifs bassidjis. Mais c’est oublier l’état de désespoir et la détermination inébranlable d’un peuple exsangue. C’est aussi ne pas tenir compte de l’infiltration à grande échelle des structures de l’Etat iranien par les services spéciaux israéliens et américains, ni d’une possible défection de l’armée, dont la fidélité au régime n’est pas acquise. C’est oublier encore qu’aucune intervention terrestre n’a eu lieu en Libye, ni en RDA puis dans l’ensemble des Etats du pacte de Varsovie pour faire chuter les régimes communistes. Ces régimes étaient à bout de souffle, lâchés par leurs soutiens, illégitimes et haïs de leur population, à l’instar de la république islamique. Pour sceller leur argumentation, ces officiers devenus commentateurs médiatiques se lancent parfois dans une surestimation manifeste des capacités militaires de l'Iran, quand ils ne juxtaposent pas la carte de l’Iran sur celle de L’Europe pour nous convaincre que même avec des troupes au sol, on ne prendra pas possession d’un territoire aussi vaste, peuplé de 90 millions d’habitants.
Dans le même esprit défaitiste, ils nous répètent que Donald Trump n’a pas défini de buts de guerre, empêchant ainsi par définition l’objectif d’être atteint. Mais peut-on faire mine d’ignorer que l’objectif n’a pas besoin d’être clamé à tue-tête pour exister, qu’il s’agit selon toute vraisemblance d’un changement de régime par des hommes inféodés à la politique et aux intérêts économiques américains et garantissant la sécurité d’Israël ; et dans une hypothèse basse, d’empêcher durablement l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Pete Hegseth, secrétaire américain à la Guerre, a été assez clair : « Nos ambitions sont réalistes… Détruire les missiles offensifs iraniens, détruire la production de missiles iraniens, détruire leur marine et leurs autres infrastructures de sécurité, et ils ne posséderont jamais d’armes nucléaires. »
Enfin, l’antiaméricanisme, vieille tradition du Quai d’Orsay traversant tout le spectre politique, est aussi un puissant moteur – souvent inavouable – de l’opposition à l’intervention américaine, par aversion de l’empire américain pour tout ce qu’il représente et par crainte d’une hégémonie qui rappelle en creux la grande nation que fut la France.
En France, Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères, soutenus par des personnalités qui se démarquent par leur antiaméricanisme et leur tropisme pro-arabe, s’efforcent de prôner une « troisième voie » gaullienne, visant à faire entendre l’originalité de la position française et retrouver son rang de puissance médiatrice. Mais cette manifestation apparaît bien tardivement alors que ces acteurs sont restés silencieux face aux crimes du régime des mollahs et que la France a été le dernier pays de l’UE à lever son opposition à l’inscription des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes.
Contrairement à l’invasion de l’Irak en 2003, le chef de l’Etat n’a pas été prévenu du déclenchement des opérations par le président américain, qu’il a dénoncées car étant selon lui « en dehors du droit international », mais tout en reconnaissant la responsabilité du régime iranien. La France n’aura donc qu’une mission défensive, visant à protéger ses intérêts et ceux de ses alliés régionaux. C’est une posture qui reflète finalement assez fidèlement l’hésitation des Français, qui souhaitent à 86% la chute du régime des mollahs, mais n’approuvent l’intervention militaire qu’à 51% (sondage CSA du 4 mars 2026).

21 mars 2026

Jean Mizrahi


- 21/3/2026 - Le régime iranien a récemment tiré deux missiles en direction de la base de Diego Garcia, située à environ 4 000 km de son territoire. Cela confirme que l’Iran maîtrise désormais des capacités de frappe balistique à longue distance.
Pour mémoire, la distance à vol d’oiseau entre la France et le point le plus proche du territoire iranien est inférieure à 3 000 kilomètres. Autrement dit, une partie significative du territoire européen se trouve à portée potentielle de ce type de vecteurs.
Les Européens ne semblent pas prendre pleinement la mesure de cette réalité, ou feignent de ne pas la voir. Pourtant, réduire les capacités d’un régime qui a régulièrement recours au terrorisme international relève directement de leur intérêt stratégique, en particulier si ce régime venait à consolider ou étendre sa maîtrise des technologies nucléaires.
On observe déjà que l’Iran est en mesure d’exercer une pression sur l’approvisionnement énergétique mondial, notamment via le détroit d’Ormuz, point de passage clé pour une part importante du pétrole mondial. La combinaison de cette capacité de nuisance économique avec des moyens militaires de plus en plus sophistiqués constitue un risque majeur pour l’Europe. Ce risque est nettement plus limité pour les États-Unis, en raison de leur éloignement géographique et de leur relative autosuffisance énergétique.
La prudence, voire la frilosité, affichée par les Européens traduit ainsi une difficulté à agir en tant que puissance stratégique soucieuse de la protection de ses intérêts et de son territoire. Elle peut être interprétée comme le signe d’un affaiblissement politique.
Au-delà des considérations morales liées à la situation du peuple iranien, la question centrale demeure celle de la défense de nos intérêts. Elle se pose avec d’autant plus d’acuité que l’Europe a rompu une partie de ses approvisionnements énergétiques avec la Russie, dont elle dépendait largement pour ses hydrocarbures. La pusillanimité européenne est suicidaire.

19 mars 2026

Régis de Castelnau
17/3/2026

« OK Benjamin en route, on va leur montrer qui c’est Raoul... »

Dernière nouvelle, le sommet américano-chinois prévu de longue date est reporté. Tu m’étonnes !

Face à la capitale accélération de l’Histoire, il est quand même nécessaire de se mettre à jour. Trump invente des coalitions imaginaires pour débloquer Ormuz. Les larbins de l’empire se défilent et passent en mode volée de moineaux lorsque le Donald leur demande de venir lui donner un coup de main pour se sortir de la merde. La France met soigneusement à l’abri le vieux rafiot qui lui sert de porte-avions, en lui faisant faire demi-tour. Après que notre kéké national jamais en retard d’une stupidité puérile, ait quand même montré ses muscles photoshopés. Et lancé un grand référendum national pour savoir comment s’appellera le prochain sabot dépassé qu’il tient absolument à faire construire avec des milliards d’euros que la France n’a pas. Pendant que l’intendance lui fait savoir qu’elle n’a plus de missiles, qu’ils ont tous été donnés à Zelensky, qui les a revendus avec une marge.

En mode : « vous êtes libre de sortir, mais j’ai fermé les portes à clé et mis des barreaux aux fenêtres », Hegseth le brillant « secrétaire d’État à la guerre » étatsunien assure que le détroit d’Ormuz est ouvert, mais que ce sont les Iraniens qui empêchent les pétroliers de passer. Lesquels Iraniens viennent d’en autoriser un, direction la Chine… Ils l’ont guidé sur une route tortueuse pour éviter les mines dont ils ont farci le détroit. On ne sait pas si d’autres vont essayer le passage sans autorisation, mais nul doute qu’ils auraient des problèmes. L’économie mondiale est en train de se gripper, et le pétrodollar, aliment de toutes les bulles spéculatives américaines, semble avoir pris un coup dans l’aile. Pendant que les GAFAM installées au Moyen-Orient, lassées de prendre des missiles sur la figure, commencent à plier bagages pour installer leurs datas sous des cieux plus cléments. Les Iraniens continuent à riposter sur les cibles américaines des pétromonarchies qui, c’est sûr « vont marcher beaucoup moins bien maintenant forcément ».

Israël se fait proprement défoncer toutes les nuits. Pluie de missiles, dôme de protection en fer blanc, économie à l’arrêt, infrastructures inutilisables, population obligée de vivre sous terre, hôpitaux pleins. Mais pas d’inquiétude, grâce à une censure féroce, les institutions de la seule démocratie du Proche-Orient, et les porte-paroles de l’armée la plus morale du monde vous rassurent : « même pas mal ! ». Et ceux qui en doutent sont des antisémites. Comme ceux qui oseraient se poser des questions sur l’état de santé de Benjamin Netanyahou. Aucun témoin crédible ne l’a vu depuis 10 jours, le monde entier se demande où il est passé, mais c’est pas grave. On publie des vidéos IA pourries où on le voit s’agiter avec des doigts plein les mains, ou en train de rigoler au bistro pendant que les bombes pleuvent sur sa capitale, ou encore de taper la discute avec des minettes en week-end à la campagne. C’est pas crédible, mais en attendant et en l’absence de confirmation, les bouteilles de champagne resteront pour l’instant dans les frigos.

27 février 2026, bureau ovale Washington : « OK Benjamin en route, on va leur montrer qui c’est Raoul, à ces éleveurs de chèvres. À ma pogne je veux les voir. Sûr, on va torcher l’affaire en 48 heures. »

Sûr…

17 mars 2026

Adina de Souzy
17/3/2026

L'Iran vient de faire passer un pétrolier dans le détroit d'Ormuz

La petite musique que Washington n'a pas entendue ? La cargaison a été payée en yuans chinois. Pas en dollars.
Le "Karachi", un navire parti d'Abu Dhabi avec du brut à bord, a traversé sans encombre. Premier pétrolier non iranien à passer aujourd'hui. Direction le Pakistan.
Pourquoi c'est important ? Parce que depuis les années 70, le pétrole se négocie en dollars. C'est ça, le "pétrodollar". Un des piliers de la puissance américaine. Et là, l'Iran dit : vous voulez passer ? Payez en yuans. Sinon, vous restez bloqués.
La Chine regarde ça avec un grand sourire. Pékin pousse depuis des années pour casser l'hégémonie du billet vert. Et Téhéran vient d'ouvrir une brèche. Petite, mais réelle.
Pendant que les médias parlent missiles et frappes, l'Iran joue une autre partition. Silencieuse. Efficace. Et ceux qui croyaient la plier par la guerre oublient que la guerre, ça se gagne aussi avec du commerce, des alliances et des devises.
L'Iran a un plan. Et pour l'instant, il ne passe pas par la table des négociations.

14 mars 2026

François Asselineau
14/3/2026

Révolution géopolitique en vue ?


Selon la chaîne américaine d’information en continu CNN, l'Iran pourrait rouvrir partiellement le Détroit d'Ormuz, sous condition expresse que le pétrole y transitant soit payé en yuan chinois.
Ce serait la fin de l'hégémonie du dollar et de l'hyperpuissance américaine !
https://edition.cnn.com/.../iran-war-us-israel-trump-03...

L'ascension du pétroyuan

On commence à comprendre le plan machiavélique en 6 étapes probablement conçu par l'Iran pour abattre la puissance américaine.
Non pas par les armes, mais par le pétrole et la finance, en contribuant à remplacer les "pétrodollars" par les "pétroyuans".

• 1. L’Iran bloque le détroit d'Ormuz.
FAIT

• 2. L’offre mondiale de pétrole s’effondre et le prix du pétrole s'envole. Le baril dépasse 100$ et peut-être bientôt 200$.
FAIT

• 3. En rétorsion, les États-Unis bombardent l’Iran (et notamment l'île de Kharg où sont situés 90% des stocks de pétrole iranien) pour forcer Téhéran à rouvrir le détroit.
FAIT

• 4. L’Iran propose de rouvrir le détroit, mais UNIQUEMENT en yuans.
Cette exigence satisfait grandement Pékin et n'est pas illogique puisque la Chine est de très loin le principal acheteur de brut iranien.
En outre, elle place Washington dans un embarrassant face-à-face avec Pékin.
EN COURS

• 5. Les pétromonarchies d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Qatar, du Bahreïn et du Koweït, qui ont amèrement constaté l'inexistence de la protection militaire que devaient leur fournir les États-Unis, se résignent à commencer à facturer leurs exportations en yuans pour éviter l'asphyxie économique et financière.

• 6. Le dollar perd son monopole sur la facturation du commerce mondial des hydrocarbures.
Le système des "pétrodollars" apparu avec la crise du pétrole de 1973 disparaît, et avec lui l'un des atouts essentiels de l'hyperpuissance américaine.
Et cela au profit des "pétroyuans" qui vont consacrer la Chine comme première puissance mondiale au 2e quart du XXIe siècle.

Conclusion

La guerre en Iran, lancée de façon présomptueuse et brouillonne par Trump, est en train de hâter la dédollarisation du monde et la fin de la primauté de l'empire américain, devenue de toute façon inéluctable.
Quant à l'Union européenne, structure bureaucratique tyrannique et inefficace au service de l'empire américain en chute libre, elle est complètement marginalisée dans cette évolution planétaire et condamnée à exploser sous le poids de ses innombrables contradictions.
Gastel Etzwane

Europe : spectatrice d’un conflit qu’elle subit mais qu’elle ne comprend même plus


Les informations rapportées par Axios à propos de l’échange entre Donald Trump et les dirigeants du G7 illustrent, une fois encore, l’effacement presque complet des dirigeants européens dans le jeu stratégique mondial. Officiellement, ils « demandent » au président américain de mettre fin rapidement à la guerre contre l’Iran et de rouvrir le détroit d’Ormuz ; dans les faits, ils apparaissent surtout comme de simples spectateurs d’une décision qui leur échappe entièrement. La situation est d’autant plus révélatrice que le président français lui-même a reconnu ne pas avoir été informé à l’avance d’une attaque majeure contre l’Iran, aveu extraordinaire qui mesure l’absence d’influence des capitales européennes sur les décisions américaines.
Ce contraste est d’autant plus frappant que, quelques mois plus tôt, certains de ces mêmes dirigeants prétendaient constituer une sorte de coalition morale face aux prétentions impériales de Donald Trump au Groenland. Cette posture paraît aujourd’hui bien lointaine : l’Europe ne pèse plus guère qu’en supplétif lorsque Washington le souhaite, et demeure ignorée lorsque les décisions essentielles sont prises.
Il faut ajouter que nombre de ces responsables européens ont été formés dans les réseaux internationaux de type Young Global Leaders, ce qui explique sans doute leur difficulté manifeste à penser une politique véritablement indépendante. Leur horizon stratégique demeure largement aligné sur celui des États-Unis, au point que la notion même d’intérêt national ou d’autonomie européenne semble avoir disparu de leur vocabulaire politique. Autrement dit, ils semblent incapables de se concevoir comme des dirigeants de puissances stratégiques souveraines.
Ce manque d’indépendance apparaît particulièrement absurde au moment même où la situation énergétique et géopolitique offrirait à l’Europe une occasion historique de redéfinir ses alliances. Au lieu d’explorer une normalisation stratégique avec la Russie, qui permettrait de sécuriser à nouveau l’approvisionnement énergétique du continent et d’affirmer une autonomie vis-à-vis de Washington, les dirigeants européens continuent de s’inscrire dans une logique de dépendance politique et stratégique.
L’incohérence apparaît de manière encore plus flagrante lorsque les dirigeants européens se plaignent auprès de Washington que la guerre permette à la Russie d’écouler à nouveau une partie de son pétrole. Ils reprochent au président américain d’accorder des dérogations permettant l’achat de certaines cargaisons russes, mais restent incapables d’en tirer la moindre conclusion stratégique pour eux-mêmes. Au lieu de venir se lamenter auprès de Washington comme des enfants à qui l’on refuserait quelque chose, ils pourraient tout simplement saisir l’occasion pour reprendre eux-mêmes, sans tarder, des approvisionnements énergétiques russes vers l’Europe et affirmer ainsi une véritable indépendance. Mais non : ils demeurent enfermés dans le schéma ukrainien, pourtant largement façonné par les États-Unis eux-mêmes, dont ils semblent incapables de sortir.
Dans le même temps, le discours américain apparaît lui-même de plus en plus incohérent. Un jour, Donald Trump affirme que l’Iran est « déjà vaincu » et proche de la capitulation ; le lendemain, l’administration américaine laisse entendre que la campagne pourrait durer. Les responsables américains multiplient les déclarations contradictoires, comme s’ils évoluaient dans un scénario de film ou de jeu vidéo, tandis que la réalité militaire contredit régulièrement leurs annonces : la guerre devait durer quelques jours, elle entre déjà dans sa deuxième semaine ; les défenses iraniennes continuent d’opérer ; et la situation dans le détroit d’Ormuz reste loin d’être stabilisée.
Dans ce contexte de plus en plus explosif, l’attitude des dirigeants européens apparaît non seulement impuissante, mais profondément dérisoire. Au lieu de profiter de la confusion stratégique américaine pour affirmer une véritable indépendance politique, énergétique et diplomatique, ils se contentent d’observer les événements et de formuler des requêtes sans portée réelle. L’histoire retiendra peut-être que, face à une Amérique de plus en plus imprévisible et à un monde en recomposition rapide, l’Europe aura manqué une occasion historique de redevenir un acteur souverain. Une occasion manquée de plus, et, à ce stade, une attitude qui confine désormais au pitoyable.

11 mars 2026

Natalia Routkevitch


- 10/3/2026 - Réagissant aux menaces proférées aujourd’hui par Hegseth, qui promet à Téhéran « le jour de frappes le plus intense », l’analyste militaire brésilienne Patricia Marins livre un bref diagnostic de la situation. Je la cite ici, car il est toujours intéressant de lire Marins et, plus largement, de s’abreuver à d’autres sources d’information que le débat franco-français.

"Les États-Unis et Israël semblent ne pas comprendre la nature de la guerre qu’ils mènent.
L’Iran conduit une guerre asymétrique remarquablement efficace : il encaisse les frappes, neutralise progressivement les bases militaires environnantes, détruit des radars et maintient le contrôle du détroit d’Ormuz, tout en conservant sa capacité de lancement de missiles.
Et cela alors même qu’il a perdu relativement peu de ses forces navales, de son aviation ou de son arsenal global – ce que l’on peut vérifier assez facilement à partir des preuves visuelles disponibles.
Les États-Unis et Israël se retrouvent dans une situation particulièrement délicate, car ils sont habitués à un seul mode de guerre : la destruction massive par la puissance de feu. Ils se trouvent désormais face à un Iran solidement positionné sur le plan stratégique et qui mène la guerre selon ses propres conditions et son propre calendrier.
Quelle est la stratégie iranienne ? Miser sur la résilience face aux bombardements et conserver l’essentiel de son arsenal dans de vastes installations souterraines, que les États-Unis et Israël tentent de percer au prix de quantités considérables de munitions.
Une chose mérite d’être soulignée : jusqu’à présent, l’Iran n’a montré qu’une fraction de ses capacités militaires. Il dispose notamment de plus de vingt modèles de drones navals qui n’ont même pas encore été déployés.
Washington et ses alliés ont manifestement sous-estimé l’Iran. Dans le domaine des missiles et des drones, le pays fait aujourd’hui partie des leaders mondiaux, aux côtés de la Russie et de la Chine.
Les décisions prises à Washington ont été d’une grande imprudence. En politique, il arrive que l’on puisse agir de manière inconsidérée sans en subir immédiatement les conséquences ; dans une guerre, cela ne fonctionne pas.
Tout cela s’inscrit dans une stratégie soigneusement construite qui vise, notamment à travers les mécanismes du marché mondial, à affaiblir les États-Unis plutôt que l’Iran.
Les chiffres diffusés par le CENTCOM et largement repris dans le débat public américain relèvent pour une large part de la communication de guerre. Ils ne changent en rien la réalité du terrain et ne contribuent pas davantage à affaiblir l’Iran.
L’expérience d’autres guerres asymétriques perdues par les États-Unis montre que l’on y a employé des volumes de bombes des dizaines de fois supérieurs à ceux utilisés contre l’Iran. Comme cela a déjà été souligné, ces conflits ont été peu étudiés - et il en va de même pour la guerre en Ukraine, où près de 200 000 tonnes de missiles, de bombes et de drones ont déjà été utilisées sans atteindre un résultat tangible. Le problème ne se résume donc pas à une question de bombardements.
L’Iran semble déterminé à poursuivre la guerre, ce qui crée une difficulté majeure pour Washington. Les États-Unis doivent désormais composer avec la réaction des marchés mondiaux, la pression des pays du Golfe, les tensions politiques internes, les risques inflationnistes, ainsi qu’avec la complexité croissante de leurs relations avec la Chine et la Russie.
En définitive, ce conflit oppose deux logiques très différentes : d’un côté la puissance de feu brute, de l’autre une stratégie patiemment élaborée."

10 mars 2026

Gastel Etzwane
10/3/2026

Golfe Persique : une chute de 6,7 millions de barils par jour ébranle le marché pétrolier mondial


Quatre grands producteurs du Golfe, l’Arabie saoudite, l’Irak, les Émirats arabes unis et le Koweït, ont réduit leur production pétrolière combinée d’environ 6,7 millions de barils par jour, selon plusieurs informations relayées notamment par Bloomberg et reprises par divers médias internationaux. Cette réduction représente près d’un tiers de leur production habituelle et environ 6 % de l’offre mondiale de pétrole, alors que la production mondiale se situe ordinairement autour de 100 à 105 millions de barils par jour. Une contraction d’une telle ampleur est extrêmement rare et souligne la gravité des perturbations actuelles sur le marché énergétique.
Ces coupes ne résultent pas seulement des frappes militaires dans la région. La cause principale est la paralysie logistique liée au détroit d’Ormuz, par lequel transite normalement près d’un cinquième du pétrole mondial. Les menaces et attaques dans cette zone stratégique ont entraîné l’évitement massif de la route maritime par les pétroliers, tandis que les capacités de stockage se remplissent rapidement dans les pays producteurs. Faute de pouvoir exporter leurs volumes habituels, les producteurs sont contraints de ralentir l’extraction pour éviter l’arrêt brutal des installations.
Dans ce contexte, les autorités iraniennes affirment se préparer à un conflit prolongé, estimant que les perturbations énergétiques finiront par exercer une pression économique majeure sur leurs adversaires. Les marchés pétroliers ont déjà réagi par de fortes fluctuations, avec des prix ayant brièvement dépassé les 100 dollars le baril. Si la situation devait se prolonger, plusieurs analystes redoutent désormais un choc énergétique susceptible d’affecter durablement l’inflation, les chaînes d’approvisionnement et la croissance mondiale.

7 mars 2026

Alon Mizrahi
Journaliste israélien


« Nous assistons à un moment historique. À la surprise générale, l'Iran détruit les bases américaines de manière si systématique, à une telle échelle et avec une telle détermination que le monde n'y est pas préparé. »
En quatre jours, l'Iran est parvenu à étendre sa sphère d'influence militaire dans la région. Il a détruit les bases militaires, les biens et les équipements les plus précieux et les plus coûteux au monde.
Les bases américaines au Bahreïn, au Koweït, au Qatar et en Arabie saoudite comptent parmi les plus grandes installations militaires au monde. Leur construction a coûté des milliers de milliards de dollars sur plusieurs décennies. Autrement dit, la majeure partie des dépenses militaires engagées depuis plus de 30 ans est partie en fumée.
Nous voyons des radars valant des centaines de millions de dollars chacun être détruits en un instant. Nous voyons des bases militaires entières abandonnées, incendiées, pillées et détruites. Et je vous le dis, à ma connaissance, les États-Unis n'ont jamais subi une telle destruction de toute leur histoire, exception faite peut-être de Pearl Harbor, mais il ne s'agissait que d'une seule attaque.
Jamais, dans une guerre conventionnelle, un ennemi n'a infligé un tel traitement aux forces armées américaines que celui que l'Iran leur inflige actuellement. C'est sidérant. La situation militaire est si grave que la censure bloque la quasi-totalité des nouvelles informations concernant ce conflit. Vous l'aurez sans doute remarqué, nous recevons chaque jour de moins en moins d'informations.
Il y a trente-cinq ans, pendant la première guerre d'Irak, on nous montrait sans cesse des images du conflit. À l'époque, les bombes intelligentes et les caméras étaient une nouveauté, mais chaque soir, on nous montrait des images nocturnes. Aujourd'hui, on ne voit presque plus aucune vidéo.
Comprenez bien ceci ! L’Amérique est censée être la première puissance militaire mondiale, dotée des plus importantes capacités aériennes. Or, au quatrième jour de l’offensive américaine, censée percer les défenses iraniennes, nous ne constatons aucun signe de domination américaine dans le ciel iranien. Où sont donc les enregistrements vidéo de nos avions survolant Téhéran ou toute autre partie de l’Iran ?
Les soldats américains ne peuvent même pas rêver de poser le pied sur le sol iranien. Et pour comprendre à quel point cette guerre est désespérée, il faut savoir qu'au quatrième jour, on entend déjà les propositions et les idées les plus insensées de la part de l'administration Trump. Ils proposent d'envoyer des escortes militaires pour les pétroliers quittant le golfe Persique. Mais de quoi parle-t-on ? Vous voulez envoyer des navires américains dans la zone de destruction de milliers de missiles iraniens ?
Désormais, plus personne ne peut franchir le détroit d'Ormuz.
Les Iraniens se préparent à cela depuis des décennies. Ils brandissent l'idée d'armer des milices kurdes pour envahir l'Iran. Mais de quoi parlez-vous ? Avez-vous déjà vu une carte de l'Iran ? Il semblerait que l'administration Trump n'en ait jamais vu une ! Vous rendez-vous compte de son immensité ? Qu'est-ce que cela signifie d'envahir l'Iran ? Croyez-vous qu'une milice de 10 000 hommes pourrait envahir l'Iran ? Ou même 50 000 ? Ou 100 000 ? L'Iran les engloutira.
Les États-Unis et Israël ont déjà perdu cette guerre. Ils peuvent tuer des millions de civils chez eux. Ils possèdent des bombes puissantes et peuvent détruire des bâtiments, mais ils ne gagneront pas cette guerre. L'infrastructure militaire et l'armement iraniens sont profondément enfouis sous terre dans tout le pays. Ni les Américains, ni surtout les Israéliens n'ont la moindre chance d'y accéder. Ils sont dans une situation désespérée.
Ils ont entrepris quelque chose qu'ils n'ont aucune chance de terminer. Quand tout cela sera fini, les États-Unis ne retourneront jamais au Moyen-Orient. Il n'y aura plus aucune présence américaine au Moyen-Orient. Je vous l'affirme avec certitude.

5 mars 2026

Régis de Castelnau
3/3/2026

Agression israélo-américaine : il ne sera pas possible de remettre le dentifrice dans le tube


Avantages de mon actuel décalage horaire qui me voit en avance de six heures sur celle de Paris. Je récupère donc à mon réveil les informations sur la guerre du Moyen-Orient et l’ouverture des réseaux sociaux m’envoie à la figure la stupidité du système français avec quand même ses évolutions et ses inflexions.

Concernant les affrontements, il est difficile d’échapper à deux constats : tout d’abord la violence de la réaction iranienne et les dégâts qu’elle occasionne tant sur le terrain que dans les têtes des dirigeants occidentaux. Grâce à une censure féroce, Israël arrive, comme en juin de l’année dernière, à masquer les dégâts occasionnés par les bombardements iraniens. Même si quelques vidéos passent au travers et démontrent que le tant vanté dôme de fer censé protéger Israël ne sert pas à grand-chose. En attendant, ainsi que le reconnaissent les témoins sur place, une partie significative de la population israélienne urbaine est enfermée sous terre. On saura plus tard les conséquences sur les infrastructures vitales au fonctionnement d’un État développé tel que l’est l’État hébreu. Qui avec les horreurs qu’il a fait subir à Gaza, et l’apartheid meurtrier qu’il inflige à la Cisjordanie avait déjà révélé sans fard sa terrible vérité politique. Mais va se dévoiler maintenant sa vulnérabilité stratégique, et par conséquent matérielle. Qui combinée avec le début d’exaspération d’une partie de la population américaine pour le soutien inconditionnel dont il bénéficie jusqu’à présent, va poser assez concrètement une question pourtant impensable en Occident depuis 80 ans, celle de la pérennité du projet sioniste.

Du côté des monarchies pétrolières, mises devant le fait accompli par les cinglés de Tel-Aviv et leur domestique américain, le chaos s’étend. Bases militaires, ambassades, et bases de la CIA attaquées, évacuées, voire détruites, navires bombardés et pour certains hors de combat, premiers cercueils recouverts de drapeaux américains qui rentrent, avions abattus, installations des supplétifs britanniques bombardées, détroit d’Ormuz fermé, augmentation du pétrole, diminution rapide et dramatique des munitions de défense aérienne américaines et israéliennes, populations chiites des pays arabes commençant à bouger, du point de vue des malades mentaux qui ont lancé cette opération, la situation semble vraiment leur échapper. Se déroulent pourtant tous les événements que les gens normaux avaient prévus. Que dire des premières réactions à cette agression qui constitue qu’on le veuille ou non, un « crime contre la paix » au regard du statut de Nuremberg ? Agression déclenchée (pour la deuxième fois) au moment même où les négociateurs américains et iraniens étaient en train de parvenir à un accord. Mesure-t-on le caractère ahurissant de cette duplicité criminelle du « camp du bien » ? Et aujourd’hui Marco Rubio secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique vient nous dire que ce sont les Israéliens qui les ont mis devant le fait accompli et qu’ils ont bien été obligés d’y aller ! Non mais pardon ? C’est donc le criminel Netanyahou et la bande de fanatiques qui l’entourent qui dirigent les USA ? Écoutons ce qu’en dit Douglas McGregor qui sait de quoi il parle. Ses prévisions ne sont pas brillantes.

Les premières réactions des élites occidentales à cette folie, ont été un nouveau révélateur de leur incompréhension radicale du monde tel qu’il est aujourd’hui. Comme les dirigeants européens, invoquant le droit international pour condamner les ripostes de l’État agressé sans dire un mot de l’agression elle-même ! Mais qui sont ces gens ?

On ne multipliera pas les exemples, en se contentant de cet extrait d’interview du ministre iranien des affaires étrangères par une grande chaîne US lui demandant comment son pays osait bombarder les bases militaires américaines. Les pauvres Français à qui l’on inflige un abruti halluciné comme ministre des affaires étrangères seront peut-être un peu envieux face à la qualité et à la maîtrise du ministre iranien (mais alors vous ne condamnez pas les mollahs ! Vous ne condamnez pas les mollahs ! Comme vous ne condamnez pas le Hamas !). Mais cette séquence raconte tout de l’incroyable force du sentiment de supériorité occidentale dans les têtes. « Nous vous bombardons, nous tuons vos écolières, nous assassinons votre chef religieux et vous osez riposter ? ». Mais en fait nous ne sommes pas très loin d’Emmanuel Macron devant le chaos créé par l’agression qu’il approuve, et disant tout d’un coup : « ah oui mais non, il y a une escalade, il faut qu’elle s’arrête ». Et que dire de la tête douloureusement surprise de Starmer apprenant le bombardement d’une base britannique utilisée par les Américains à Chypre.

Et pendant ce temps, le système médiatique français poursuit ses psalmodies ineptes et continue à jacasser sur la prochaine chute du « régime des mollahs ». Avec son lot de journalistes ignares et serviles à la manœuvre accompagnés de leur faux experts sortis de nulle part. Ceux-là il faudra attendre encore quelques temps avant qu’ils aient pris la mesure du bazar et de l’urgence qu’il y a pour les Occidentaux d’en sortir.

La présidence de Donald Trump est morte. Le reste de son mandat va être un long calvaire, à base de procédures d’impeachment que les démocrates ne lui épargneront sûrement pas, avant les procédures pénales qui arriveront après son départ de la Maison-Blanche. Si le New York Times s’inquiète du chaos, il veille soigneusement à pointer la responsabilité du Donald.

Et pendant ce temps, dans la coulisse, Chinois et Russes (surtout chinois, répartition des rôles oblige) poursuivent leur soutien intéressé et discret aux Iraniens. Sachant que pour les uns comme pour les autres ce pays est un des maillons essentiels du « Grand jeu » géostratégique qui s’est accéléré depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Dans l’accouchement du Nouveau Monde, les deux partenaires font preuve de prudence. Y compris quoi qu’on en pense ou en dise en ce qui concerne la Russie dans la conduite militaire de la guerre en Ukraine. Le chaos provoqué par la folie israélo-américaine peut avoir des conséquences financières et énergétiques considérables sur le plan mondial, que Chine et Russie veulent maîtriser. Par conséquent il ne devra pas durer. Le moment venu, les deux mastodontes joueront leur rôle pour trouver une solution et sortir de cette crise.

Mais de toute façon, cette sortie aura un coût considérable pour l’Occident en général et pour l’Hégémon en particulier. Celui d’une nouvelle défaite, mais directement humiliante cette fois, parce qu’accompagnée de l’évidence de son déclassement économique et militaire et par conséquent politique à l’échelle mondiale.

Autre évidence terriblement douloureuse pour cet Occident, celle de l’impasse dans laquelle est désormais enfermé le projet sioniste et dont il ne pourra pas, faute de marche arrière, se sortir.

En attendant…

4 mars 2026

LE SUICIDE DE TRUMP

Gabriel Nerciat


- 3/3/2026 - Dans le scénario très bien foutu que, d'après les aveux mêmes de Marco Rubio en personne, Netanyahou et l'État profond israélien ont vendu à Trump pour flatter son ego défaillant et combler ses pulsions suicidaires, normalement, aujourd'hui, on devrait en être au troisième épisode de la saison 1 : celui où des millions d'Iraniens, ivres d'extase libératrice, sortent dans les rues de toutes les grandes villes du pays pour applaudir les bombardiers américains et israéliens au péril de leur vie.
"Bombardez-nous, bombardez-nous, cela fait tellement longtemps qu'on espérait vos bombes ! Des bombes, des bombes, encore, encore ! Tant qu'il y a des bombes US, il y a de l'espoir ! Au bout du napalm, la Gay-Pride à Téhéran et les œuvres complètes de John Rawls ou de Simone de Beauvoir dans toutes les bibliothèques de la Perse antique ! Plus, plus, on en veut plus, des bombes !".
Parce que vu depuis New-York ou Paris, le bobo iranien est un peu comme le conscrit ukrainien : il est là d'abord pour offrir son bide ou sa croupe au feu des Pasdarans afin d'épargner le précieux sang yankee et le non moins aristocratique sang juif israélien (qui vont quand même couler, comme c'est malheureux).
Mais hélas, trois fois hélas, ce n'est pas du tout ce qui se passe. Les quelques vidéos à moitié trafiquées qu'on peut voir sur les réseaux sociaux et que même BFM-TV ou LCI n'osent pas diffuser à la télé n'ont rien d'une révolution en train d'émerger.
Ce que l'on voit surtout, ce sont les défilés monstrueux (vous choisissez le sens du mot que vous préférez) en soutien au régime et à la mémoire du Guide chiite assassiné. Alors même que la puissance de feu iranienne n'est absolument pas en train d'être maîtrisée, au contraire, comme en témoignent les dégâts et les cadavres qui s'accumulent à Tel-Aviv et Beersheba comme sur les bases américaines des émirats.
Peut-être tout bonnement que le bourgeois bohème iranien n'est pas aussi stupide ou aussi collabo que ses anciens compatriotes exilés à Paris ou à Londres depuis quarante ans le croient.
En Iran comme partout ailleurs, on n'accepte pas d'être frustré d'une révolution populaire avortée par l'irruption d'une agression impérialiste étrangère, et on sait très bien distinguer un traître d'un partisan.
Accessoirement, quand pleuvent les bombes, on ne pense qu'à une chose : sauver sa peau et celle des siens, parce c'est d'abord ce qui compte. Tout le monde ne peut pas être aussi héroïque que Bernard-Henri Lévy ou Caroline Fourest, que voulez-vous.
Du coup, on ne peut pas passer au quatrième épisode : celui où, estourbis et fascinés par la puissance dantesque de la "plus grande armée du monde", les Pasdarans et les dirigeants de la République iranienne capitulent en grande pompe, comme les chefs d'État major de l'armée japonaise devant MacArthur en 1945.
Il faut refaire tout le scénario de la saison 1, qui risque bien d'être la dernière.
C'est dommage pour Donald, parce qu'il n'est pas assez constant, semble-t-il, pour maîtriser le scénario d'une série de quatre ou six épisodes du début à la fin. Déjà, dans sa conférence de presse d'hier soir, il ne parlait plus de changement de régime et demandait un peu agacé aux rebelles iraniens de se bouger le cul parce que le temps presse – et que la déroute historique des Républicains aux élections de novembre approche.
Il est vrai que personne ne lui avait dit que le vrai sujet de l'histoire n'était pas l'émancipation de l'Iran mais son propre suicide.
Il l'a accompli en deux jours, encore plus vite que dans une nouvelle d'Ambrose Bierce. De ce point de vue, en effet, cela a quelque chose d'une performance historique.

2 mars 2026

« Epic Fury » : les véritables cibles de l’intervention en Iran

H16

- 2/3/2026 - Samedi dernier, les États-Unis et Israël ont lancé l’opération « Epic Fury » contre l’Iran, déclenchant une riposte iranienne dans l’heure.


Sans surprise, la presse de grand chemin fait ce qu’elle sait faire, à savoir du porridge facile à digérer mais nutritionnellement nul : comparer avec l’Irak en 2003, invoquer le spectre de l’enlisement, s’inquiéter d’une escalade incontrôlable, oscillant entre différents récits prévisibles, Trump l’impulsif manipulé par Netanyahu, Trump le néocon qui ne dit pas son nom, ou Trump l’incompétent qui s’est « enfermé dans son propre piège rhétorique » ou veut carrément aller « sécuriser le pétrole iranien ».

Ces récits négligent un point central : l’Iran est le point de convergence de deux guerres simultanées, une monétaire et une contre le crime international, et chacune est le « bonus » de l’autre.

Et pour comprendre pourquoi elles se rejoignent en 2026 sur le sol iranien, nous devrons remonter… à Obama.

L’indépassable pétrodollar

En janvier 2026, Trump enlève Maduro de son lit et l’expédie dans une prison américaine. Mais le régime chaviste (PSUV), la vice-présidente, les cabinets, l’appareil d’État, restent en place. En revanche, les sanctions sont progressivement levées, le pétrole vénézuélien revient sur le marché… en dollars, et plus en yuans. Car sous Maduro, le Venezuela vendait l’essentiel de son brut à la Chine, payé en renminbi ou en remboursement direct de prêts chinois, c’est-à-dire un flux pétrolier entier qui échappait au système dollar.


Concernant l’Iran, ce pays exporte entre 1,1 et 1,5 million de barils par jour, dont 90 % vers la Chine. Ces transactions se font là encore hors du circuit dollar, ici en yuan, via des intermédiaires, avec des remises de 8 à 10 dollars par baril par rapport au cours mondial. Pour Pékin, c’est une aubaine puisqu’ils ont alors du pétrole bon marché, un moyen de contourner les sanctions pesant sur l’Iran et un levier de dédollarisation.

À eux deux, le Venezuela et l’Iran représentaient environ 15 % des importations pétrolières chinoises et constituaient ainsi une vitrine d’un système alternatif prouvant qu’on peut commercer en hydrocarbures sans passer par le billet vert.

En frappant l’Iran, Trump ne tire pas un seul coup de feu vers la Chine mais il détruit son infrastructure de contournement du dollar, son accès au pétrole bradé, et la vitrine de sa stratégie de dédollarisation. C’est un tir par la bande, et c’est peut-être le plus dévastateur.

Dans ce contexte, on peut raisonnablement admettre que Trump ne vise pas des régimes mais plutôt des flux : le dollar représente encore 57 % des réserves mondiales selon le FMI, mais la tendance est à la baisse. Les BRICS testent des systèmes de paiement alternatifs comme mBridge, BRICS Pay ou token Unit. L’Iran était présenté comme le cas d’école de la dédollarisation réussie dans le commerce énergétique.

Notez le verbe « était » : avec les rumeurs insistantes d’un retour de la Russie au dollar, un analyste d’Investing.com résume la logique avec une clarté brutale : « War with Iran is a One-Time Pop. The Putin Deal is a Systemic Reset. » (« La guerre avec l’Iran est un événement ponctuel. L’accord avec Poutine est une réinitialisation systémique. »).

En somme, si Trump parvient à neutraliser l’Iran et à ramener la Russie dans le circuit dollar, le mouvement BRICS de dédollarisation est sinon décapité au moins largement amoindri.

Ce n’est plus de la géopolitique mais de la plomberie monétaire.

Une guerre contre les réseaux

En préambule historique, rappelons qu’en 1953, la CIA et le MI6 renversent Mossadegh et installent le Shah sur le trône du Paon et 26 ans plus tard, le lâchent : des câbles diplomatiques déclassifiés révèlent que Khomeini a directement courtisé l’administration Carter depuis Paris en janvier 1979. « Vous verrez que nous n’avons aucune animosité particulière envers les Américains », écrivait-il ainsi en promettant que le pétrole continuerait de couler.

Carter envoie le général Huyser à Téhéran avec une mission décisive : convaincre les généraux royalistes de ne pas lancer le coup d’État qui aurait sauvé le Shah et l’armée se neutralise. Khomeini rentre sans résistance le 1er février. En coulisses, la logique est celle de la « ceinture verte » de Brzezinski dans laquelle un Iran islamiste vaut mieux qu’un Iran qui bascule vers Moscou.

Encore une fois, foin de morale, Washington ne choisit pas entre les régimes et la démocratie mais choisit exclusivement ce qui sert ses intérêts : le Shah montait les prix du pétrole à l’OPEP, développait un programme nucléaire autonome et devenait gênant. Khomeini promettait de vendre du brut et de tuer des communistes, il est devenu utile.

Et en 2008, un nouveau volet apparaît avec Obama.


Cette année-là, la DEA lance Project Cassandra depuis un centre top secret à Chantilly, en Virginie dont l’objectif est de cartographier et démanteler les réseaux financiers du Hezbollah, qui s’est métamorphosé d’organisation politico-militaire libanaise en « syndicat criminel international » avec trafic de cocaïne, blanchiment d’argent et ventes d’armes rapportant, selon les enquêteurs, un milliard de dollars par an.

Pendant huit ans, 30 agences américaines et étrangères collaborent. Les agents suivent des chargements de plusieurs tonnes de cocaïne d’Amérique latine vers l’Afrique de l’Ouest, l’Europe et le Moyen-Orient. Ils traquent les fleuves d’argent sale, blanchis entre autres par l’achat de voitures d’occasion américaines expédiées en Afrique. Et grâce à des témoins coopérants, ils remontent la conspiration jusqu’au cercle intime du Hezbollah et de ses sponsors étatiques en Iran.

Dans ce cercle, on trouve Abdallah Safieddine, envoyé du Hezbollah en Iran, considéré comme le pivot de tout le réseau criminel et chef de la « Business Affairs Component » du Hezbollah, supervisant le trafic international de drogue ; Ali Fayad (dit « Fayyad »), marchand d’armes basé en Ukraine (un hasard, sans doute), suspecté de fournir des armes lourdes russes à la Syrie pour le compte du Hezbollah et de reporter directement à Poutine ; le « Ghost », l’un des plus gros trafiquants de cocaïne au monde, sous inculpation scellée américaine, fournisseur d’armes conventionnelles et chimiques au régime d’Assad ; Ayman Joumaa, dont le réseau blanchissait jusqu’à 200 millions de dollars par mois en collaboration avec le cartel mexicain des Zetas.

Bien évidemment, les agents demandent l’autorisation de poursuivre, d’arrêter et de sanctionner tout ce petit monde. Et rencontrent un mur.


En mai 2010, John Brennan (alors conseiller d’Obama pour le contre-terrorisme, futur directeur de la CIA) explique publiquement que l’administration cherche à « construire les éléments modérés au sein du Hezbollah ». Pour Brennan, « Le Hezbollah est une organisation très intéressante ».

Bref, on l’aura compris : l’administration Obama n’a pas l’intention de faire le ménage, d’autant plus qu’elle entend conclure l’accord nucléaire avec l’Iran (le JCPOA) et va donc faire une obstruction systématique des enquêtes du Project Cassandra.

Le DOJ d’Obama refuse d’inculper Safieddine et d’appliquer la loi RICO (anti-mafia) au Hezbollah. Le Département d’État refuse d’attirer les cibles prioritaires vers des pays où elles pourraient être arrêtées, le Trésor refuse la désignation du Hezbollah comme « organisation criminelle transnationale significative ». Ali Fayad, arrêté à Prague en 2014, s’attend à ce que les États-Unis fassent pression sur la République tchèque pour l’extrader mais Washington ne fait rien. Poutine, lui, fait pression et Fayad est renvoyé à Beyrouth. Il reprend ses activités.

Katherine Bauer, ancienne fonctionnaire du Trésor d’Obama, témoigne devant le Congrès en février 2017 : « Sous l’administration Obama, ces enquêtes liées au Hezbollah ont été étouffées, par crainte de secouer le bateau avec l’Iran et de mettre en péril l’accord nucléaire. »

David Asher, l’expert en finance illicite du Pentagone détaché auprès de Project Cassandra, est plus direct : « C’était une décision politique. C’était une décision systématique. Ils ont démoli tout cet effort, méthodiquement, de haut en bas. »

Le résultat est simple : pendant toutes les années d’administration Obama, des chargements de plusieurs tonnes de cocaïne entrent aux États-Unis régulièrement, des centaines de millions de dollars continuent d’alimenter une organisation terroriste et les architectes du réseau restent en liberté.

Le 11 janvier 2018 (moins d’un mois après la publication de l’enquête explosive de Josh Meyer dans Politico), le procureur général Jeff Sessions annonce la création du « Hezbollah Financing and Narcoterrorism Team (HFNT) ». Il s’agit d’une équipe de procureurs spécialisés en trafic international de stupéfiants, terrorisme, crime organisé et blanchiment d’argent dont la mission est de reprendre à zéro les dossiers du Project Cassandra que l’administration Obama avait enterrés, et de poursuivre tous les individus et réseaux soutenant le Hezbollah.

Le signal est d’une clarté cristalline : ce que Obama a protégé, Trump va le détruire. Les dossiers gelés sont rouverts, de nouvelles inculpations sont émises, et des hommes d’affaires libanais liés au Hezbollah commencent à tomber.

Les résultats du premier mandat Trump sont modestes (le réseau est immense, tentaculaire, protégé par des États souverains) mais le message est posé.

L’arrestation de Maduro en janvier 2026 s’inscrit directement dans cette logique : le Venezuela n’est pas seulement un pays pétrolier qui vendait son brut en yuan mais c’est aussi un hub narcoterroriste du Hezbollah dans l’hémisphère occidental. Or, depuis l’arrivée de Chávez au pouvoir en 1999, l’Iran et le Hezbollah ont méthodiquement implanté leurs réseaux au Venezuela.


On pourra citer par exemple Tareck El Aissami, vice-président puis ministre du Pétrole de Maduro d’origine syrienne druze qui a été inculpé par les États-Unis pour blanchiment d’argent et trafic de drogue liés au Hezbollah ou encore Adel El Zebayar, membre de l’Assemblée nationale vénézuélienne, qui a été inculpé en 2020 par le DOJ pour narcoterrorisme dans une conspiration impliquant le Hezbollah, l’Iran, la Syrie, les FARC et les cartels mexicains.

En 2022, un cargo vénézuélien a été intercepté en Argentine avec cinq Iraniens à bord, dont des commandants et opérateurs de la Force Quds du CGRI. Quant à l’île de Margarita, elle est devenue une base opérationnelle du Hezbollah, utilisant la diaspora libanaise comme couverture.

Comme l’a résumé Brian Townsend, agent de la DEA, « Ils blanchissent l’argent et fournissent les réseaux qui aident les cartels à déplacer des fonds à travers le Moyen-Orient. Ils prélèvent leur part du trafic de drogue, et ça finance leurs opérations. »

En fait, en enlevant Maduro, Trump n’a pas seulement frappé un flux pétrolier en dehors du dollar mais a décapité un nœud logistique du Hezbollah dans l’hémisphère occidental, le même réseau que Obama avait protégé pendant huit ans pour (officiellement) ne pas compromettre son accord nucléaire avec Téhéran.

Tout est lié

Les deux motivations (se débarrasser des trafics, calmer les ardeurs contre le pétrodollar) se renforcent mutuellement.


Chaque thèse, prise isolément, pourrait sembler insuffisante pour justifier une action militaire mais ensemble dessinent une stratégie cohérente.

Tout d’abord couper les flux de la dédollarisation (Venezuela puis Iran). Si la Russie suit, les BRICS perdent leurs trois vitrines pétrolières en dehors du dollar. Ensuite, démanteler l’infrastructure criminelle iranienne, avec le Hezbollah non seulement groupe terroriste mais aussi bras financier occulte de l’Iran, blanchissant des milliards via drogue, armes et réseaux bancaires parallèles. Et enfin, inverser la doctrine Obama en restaurant la priorité sécuritaire (le pétrodollar n’étant qu’un bonus).

Trump n’est pas George W. Bush et n’a aucun intérêt pour « l’exportation de la démocratie ». Son discours aux Iraniens (« Quand nous en aurons fini, prenez le pouvoir, il est à vous et c’est votre seule chance ») n’est pas du wilsonisme et montre que le régime qui suivra devra seulement ses premières heures à Washington. Trump n’est pas non plus un simple mercantiliste et l’aspect « démantèlement des réseaux » ajoute une couche de légitimité sécuritaire réelle (pas fabriquée comme les « armes de destruction massive » de 2003) : le Hezbollah fait effectivement entrer de la cocaïne aux États-Unis et l’Iran finance effectivement cette infrastructure. Les dossiers existent depuis 2008, Obama les a enterrés. Trump les a ressortis en 2018 et en 2026, il tire les conséquences opérationnelles.

Le Venezuela le confirme a posteriori : le régime PSUV n’a pas changé de nature, juste de monnaie de facturation et d’attitude vis-à-vis de l’Amérique.

Les analystes du Pentagone proches de la doctrine Colby (l’actuel sous-secrétaire à la Défense) savent que chaque porte-avions envoyé dans le Golfe est un porte-avions retiré du Pacifique face à la Chine.

Si Trump accepte ce coût, c’est que l’objectif est jugé stratégiquement décisif et les deux éléments présentés ici semblent justifier ce prix.


https://h16free.com/2026/03/02/83594-epic-fury-les-veritables-cibles-de-lintervention-en-iran

1 mars 2026

Gabriel Nerciat

TERRORISME ET CIVILISATION


- 1/3/2026 - Pendant que l'ancienne puissance impériale phare du monde civilisé bascule en quelques heures dans le terrorisme d'État (où sont donc passés tous nos clercs libéraux si amoureux du respect du droit international ?), les nations gardiennes de la décence ordinaire et de la pleine conscience d'elles-mêmes maintiennent les bases de ce qui doit être impérieusement sauvegardé et le sera.
Radu Portocala

- 1/3/2026 - En déclenchant l’attaque contre l’Iran, Trump a pris de très gros risques : celui de se mettre à dos une partie de la population américaine ; celui de s’aliéner un certain nombre de parlementaires de son propre camp ; celui de perdre les élections de mi-mandat, donc de perdre le pouvoir ; celui de faire rater aux Républicains la prochaine élection présidentielle. Mais aussi celui d’une guerre longue pour laquelle les États-Unis ne sont pas préparés – une guerre qui, en plus, peut facilement s’étendre, échapper à tout contrôle.
Sachant que, malgré tout, une partie des Iraniens n’étaient pas opposée au régime religieux – mais sans aucune information fiable sur ce pourcentage –, on arrive à la conclusion que Trump a pris tous les risques énumérés plus haut pour délivrer un segment de la population iranienne. Sachant comment est l’homme et quelles sont ses ambitions, cela ne semble pas plausible.
Une dernière hypothèse est possible : après le Venezuela, la mainmise américaine sur l’Iran priverait la Chine d’une partie de ses importations de pétrole. Si tel a été le calcul de Trump, il faut dire qu’il est boiteux. D’abord, parce qu’il ne pourra pas conquérir tous les pays susceptibles de vendre du pétrole à la Chine. Ensuite, parce que des guerres de religion incontrôlables qui risquent d’éclater au Moyen-Orient seraient dommageables pour le monde entier y compris pour les États-Unis.
Enfin, une question que je me suis déjà posée lors des précédentes « aides américaines d’accession à la démocratie » (Vietnam, Irak, Afghanistan, Libye, etc.) : les États-Unis ne sont vraiment pas capables de renverser un gouvernement sans dévaster toute une région ?

29 janvier 2026

Quand le Moyen-Orient refuse d’être le champ de bataille des autres

Gastel Etzwane
29/1/2026

Le communiqué publié par le Pakistan à l’issue de l’entretien entre son Premier ministre et le président de la République islamique d’Iran pourrait, à première lecture, passer pour une déclaration diplomatique classique. On y évoque le dialogue, la coopération, la stabilité régionale et la poursuite d’échanges réguliers de haut niveau. Rien, en apparence, qui sorte des usages habituels de la diplomatie internationale.

Et pourtant, replacé dans le contexte actuel, ce message prend une tout autre portée. Il intervient au moment précis où plusieurs médias occidentaux évoquent ouvertement l’hypothèse d’une intervention militaire américaine contre l’Iran, parfois dans des délais très courts. Or, face à cette perspective, un grand État musulman doté de l’arme nucléaire choisit d’afficher publiquement trois éléments fondamentaux : son attachement au dialogue, sa proximité politique assumée avec Téhéran et sa volonté de préserver la stabilité régionale. Le Pakistan ne parle jamais à la légère lorsqu’il s’agit de sécurité. Chaque mot est pesé, chaque signal est calculé.

Sans jamais mentionner les États-Unis, Israël ou l’idée même d’une frappe militaire, le message pakistanais envoie pourtant un signal très clair. Il peut se résumer ainsi : nous ne sommes plus disposés à être l’espace où d’autres règlent leurs conflits. Cette phrase, implicite mais parfaitement lisible, marque une rupture profonde avec des décennies de fonctionnement hérité de l’ère coloniale et post-coloniale, durant lesquelles nombre d’États de la région acceptaient, parfois par dépendance sécuritaire, parfois par contrainte, de servir de bases arrière ou de zones de confrontation pour des puissances extérieures.

Concrètement, cette rupture se traduit par des refus très précis : refus de servir de plateforme militaire, refus d’ouvrir l’espace aérien et les infrastructures nationales à une guerre décidée ailleurs, refus d’assumer les représailles politiques, économiques ou sécuritaires consécutives à des choix qui ne seraient pas les leurs. Il ne s’agit pas d’un discours idéologique, mais d’une affirmation de souveraineté très pragmatique.

Le Pakistan, toutefois, n’est pas isolé. Il est simplement celui qui exprime le plus clairement une dynamique aujourd’hui largement partagée dans la région. Contrairement à une idée répandue, de nombreux États voisins de l’Iran, y compris des alliés traditionnels de Washington, ont adopté des positions beaucoup plus fermes qu’on ne le dit souvent face à l’hypothèse d’une intervention américaine.

L’Arabie saoudite, par exemple, ne se contente pas de prudence. Riyad a exprimé un désaccord explicite avec l’option militaire, a multiplié les démarches diplomatiques pour encourager la désescalade et a clairement fait savoir qu’il ne participerait pas à une opération contre l’Iran. Pour un allié historique des États-Unis, ce positionnement constitue une inflexion majeure. Il traduit la priorité désormais accordée à la stabilité régionale et aux intérêts économiques de long terme.

Les Émirats arabes unis ont, de leur côté, posé des lignes rouges très nettes : refus de l’utilisation de leur territoire, de leurs bases et de leur espace aérien pour toute frappe contre l’Iran, et préférence clairement affichée pour la diplomatie. Ce refus opérationnel a un poids considérable, car il limite concrètement les options militaires.

Le Qatar va encore plus loin. Doha a non seulement exprimé sa réticence, mais a également procédé à un retrait partiel de personnels sur certaines bases américaines et s’est engagé dans un rôle actif de médiation. Le Qatar se positionne désormais comme un acteur de stabilisation, non comme un simple relais militaire.

L’Oman, fidèle à une tradition diplomatique ancienne, affiche une opposition constante à toute intervention armée, multiplie les contacts avec Téhéran et met publiquement en garde contre les risques de chaos régional. Le Koweït, quant à lui, adopte un silence stratégique qui, dans le contexte régional, vaut refus implicite de cautionner une escalade.

La Turquie a pris une position politique claire, appelant au dialogue et rejetant toute intervention militaire étrangère susceptible d’embraser durablement la région. L’Égypte, enfin, privilégie la stabilité, consciente des répercussions qu’un conflit aurait sur la mer Rouge et le canal de Suez, et se garde bien de soutenir une option militaire.

Pris ensemble, ces positionnements dessinent une réalité difficilement contestable : il n’existe aujourd’hui aucun consensus régional en faveur d’une intervention militaire contre l’Iran, y compris parmi les partenaires traditionnels des États-Unis. Il ne s’agit pas d’un soutien au régime iranien, mais d’un refus clair de la guerre par procuration et d’une volonté affirmée de ne plus être le théâtre des affrontements décidés ailleurs.

Le communiqué pakistanais agit ainsi comme un révélateur. Il met en lumière un basculement silencieux mais profond : la fin de l’alignement automatique, la remise en cause des réflexes hérités du XXᵉ siècle et l’émergence d’États qui entendent reprendre pleinement la maîtrise de leurs choix en matière de guerre et de paix. Derrière la normalisation médiatique occidentale de l’option militaire, la réalité régionale est celle d’une désescalade recherchée et d’une souveraineté revendiquée.

Le message, au fond, est d’une grande simplicité, mais d’une portée considérable : nous ne voulons plus être le champ de bataille des autres. C’est sans doute là l’un des tournants les plus significatifs de la séquence géopolitique actuelle.