Translate

Affichage des articles dont le libellé est drones. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est drones. Afficher tous les articles

6 mars 2026

Drones vs OTAN : on a perdu la 7ème compagnie

H16

- 6/3/2026 - L’exercice Hedgehog-2025 devait être une démonstration de force face à la menace russe. Il s’est transformé en séminaire accéléré sur l’obsolescence programmée des grandes manœuvres blindées.


En mai dernier, sur les plaines estoniennes, 16 000 soldats issus de 12 pays de l’Alliance dont une brigade britannique et des unités estoniennes ont appris à leurs dépens que l’ère des grandes manœuvres blindées est révolue. Le bilan est humiliant : face à deux bataillons mécanisés de l’OTAN, une poignée d’opérateurs ukrainiens (à peine une dizaine d’hommes) a suffi pour semer le chaos. Armés de tablettes, connectés au système de gestion du champ de bataille Delta (qui permet une détection, une analyse et une coordination des frappes en temps réel) et pilotant des essaims d’une trentaine de drones commerciaux sur une zone inférieure à 10 km², ils ont transformé une force de plusieurs milliers d’hommes en cibles statiques. En une demi-journée, 17 blindés ont été virtuellement calcinés et deux bataillons déclarés « inaptes au combat ».

Pour l’OTAN, ce constat d’échec n’est pas moins qu’« horrible », avec une mise en lumière brutale des faiblesses structurelles : lenteur de la prise de décision (plusieurs armées alliées restreignent encore l’accès à leurs informations classifiées), manque de partage en temps réel des données, et vulnérabilité des formations concentrées face à la transparence du champ de bataille moderne. Catastrophe : l’OTAN planifie la guerre de demain avec les budgets d’hier et les organigrammes d’avant-hier.


En outre, si l’armée ukrainienne est capable d’une telle prouesse, d’autres armées seront capables de faire de même, à commencer par les Russes qui ont désormais pris le tournant en matière de guerre de drones…

Le fossé industriel est tout aussi effrayant.

D’un côté, l’Europe peine à lancer ses programmes de drones qui n’arriveront qu’en 2027 comme les initiatives LEAP E5, Drone Alliance avec l’Ukraine, ou les programmes nationaux comme le britannique « Octopus » ; l’accent reste posé pour le moment sur des systèmes haut de gamme (Eurodrone, Heron) plutôt que sur la saturation par le nombre.

De l’autre, la Russie produit jusqu’à 50 000 unités par mois sur certains types de drones, signifiant par là que la production globale est plus élevée. C’est le triomphe du « Low-Tech » de masse sur la « High-Tech » de prestige : pendant que Bruxelles rédige des appels d’offres en triplicatas, Moscou commande sur Amazon avec livraison Prime.

Seuls les États-Unis semblent avoir pris la mesure de l’urgence. L’opération Epic Fury en Iran, menée fin février 2026, marque ainsi un tournant : l’utilisation massive des drones LUCAS. À 35 000 $ l’unité, ces clones du Shahed-136 iranien développés par SpektreWork ont été déployés par la Task Force Scorpion Strike pour cibler des installations clés iraniennes : centres de commandement des Gardiens de la Révolution islamique, systèmes de défense aérienne, sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que des aérodromes militaires. Ces frappes, combinées à des missiles Tomahawk lancés depuis des navires et des HIMARS de l’armée américaine, ont visé à dégrader rapidement les capacités de riposte iraniennes.

Washington a enfin compris la leçon de Kiev : pour gagner, il faut accepter de consommer du matériel comme des munitions. Le paradigme a changé : ce n’est plus la qualité du char qui compte, mais le volume de l’essaim. Il s’agit d’un virage clair vers le paradigme « cheap, fast and many » : saturer les défenses ennemies avec des systèmes qu’on peut produire et perdre en nombre, plutôt que de dépendre uniquement de munitions coûteuses et sophistiquées, démontrant ainsi une adaptation rapide aux leçons de l’Ukraine et une volonté de « retourner le manuel opératoire iranien contre lui-même ».

Face à ces réalités, il semble que l’OTAN, ou tout du moins sa partie européenne, accumule au moins une guerre en retard : nous assistons à un basculement historique comparable à l’apparition des chars en 1916, Comme la cavalerie face aux mitrailleuses, les armées conventionnelles de l’OTAN sont nues face à la « ligne des drones », pour laquelle la masse n’est plus une force mais une simple signature thermique. Si l’Alliance ne bascule pas immédiatement vers une guerre dispersée, électronique et robotisée, ses brillants blindés ne seront rien de plus que des cercueils d’acier onéreux.


La guerre en Ukraine et ces récents exercices imposent maintenant plusieurs enseignements.

La première, c’est que la guerre redevient une affaire comptable et non technologique où l’OTAN ne peut soutenir financièrement une guerre où des missiles Patriots à 3 millions de dollars pièce, voire des Stinger à 100.000 doivent intercepter des drones à 5000 dollars. La seule réponse viable n’est pas cinétique (avec des missiles), mais énergétique (usage de lasers ou de micro-ondes) voire électronique (brouillage), domaines où l’OTAN est en retard sur le déploiement tactique.

La seconde, c’est que la guerre accroît son côté psychologique. La présence permanente de ces drones crée un stress cognitif mesurable car le soldat sait qu’il est toujours observé. Le « brouillard de la guerre » s’est déplacé non pas sur le champ de bataille mais vers l’information et sa manipulation à tous les niveaux. Concrètement, cela modifie les besoins fondamentaux puisqu’on ne peut plus dormir en groupe, on ne peut plus manger chaud (du fait de la signature thermique), on ne peut plus évacuer les blessés sans risquer un drone FPV. C’est une pression psychologique qui brise le moral des troupes habituées à la supériorité aérienne.

Les prochaines guerres et les prochaines batailles utilisant massivement ces aspects imposeront le silence notamment radio. À ce titre, l’OTAN doit réapprendre à combattre en silence radio total ou à utiliser l’intelligence artificielle pour des drones totalement autonomes, qui n’ont plus besoin de lien radio, rendant donc le brouillage inutile. Le prochain cauchemar de la guerre sera probablement constitué d’essaims autonomes…

Troisièmement et pour en finir, il apparaît que ces drones (russes ou américains comme le LUCAS) utilisent des composants civils (des moteurs de modélisme, caméras de smartphones, etc.) ce qui revient à « militariser » le civil : la puissance militaire ne dépend plus seulement de Lockheed Martin ou Thales, mais de la capacité à acheter des dizaines de milliers de composants sur Alibaba ou Amazon et à les assembler dans des garages. C’est en quelque sorte une « démocratisation de la puissance de feu aérienne ».

Cependant, l’OTAN, avec ses cycles d’acquisition de 10 ans, est inadaptée à cette guerre « Do It Yourself » (DIY) ultra-rapide et doit désormais choisir : cannibaliser ses propres dogmes pour s’adapter à cette guerre « low-cost », ou accepter de devenir une armée de chevaliers regardant, impuissante, l’avènement de la poudre à canon.


https://h16free.com/2026/03/06/83647-drones-vs-otan-on-a-perdu-la-7eme-compagnie

5 décembre 2025

Drones contre conscrits : l’Europe choisit le passé

H16

-5/12/2025- Quand Emmanuel Macron n’est pas occupé par l’une ou l’autre campagne de communication catastrophique, il joue au Chef de Guère Guerre, fanfaronne avec Zelensky ou – pourquoi pas ? – annonce une resucée de service militaire.

Cependant, à bien regarder l’évolution géopolitique internationale, la mesure évoquée par le chef de l’État français semble passablement anachronique. En effet, la guerre et les conflits actuels laissent de moins en moins de place aux humains et en accordent de plus en plus aux nouvelles technologies, automatisées et robotisées.


Ainsi, selon une étude récente, les stratèges russes constatent que les drones ont complètement changé la donne sur le champ de bataille.

Leur utilisation combinée à l’intelligence artificielle offre des capacités de reconnaissance phénoménales et permettent une excellente vision du champ de bataille. L’utilisation des essaims de drones est en outre une méthode opérationnelle redoutable contre les regroupements militaires ; les chars deviennent ainsi des cibles de choix pour ceux-ci.

De la même façon, l’artillerie est aussi mise à mal, tant le différentiel entre le prix des munitions traditionnelles de l’artillerie et le coût de ces drones est favorable aux seconds. Mieux encore : ces drones ont une portée de plus en plus importante, ce qui permet des attaques en profondeur et, contrairement à l’artillerie traditionnelle, ne permettent pas de révéler facilement (ou par balistique) le point de départ de la frappe. En outre, ces drones peuvent même être contrôlés depuis un autre pays grâce aux communications satellite. Dans de telles conditions, on comprend que les nouveaux soldats – qui sont essentiellement des contrôleurs et pilotes de drones – peuvent infliger d’importants dommages tout en étant très loin des points chauds du terrain d’opération, sans donc se mettre en danger.

On estime ainsi que 70 % des dommages infligés en Ukraine sont désormais imputables à ces drones.

S’ajoutent à ces constats les tout derniers développement des essaims de drones, qui permettent à un unique opérateur de gérer un grand nombre de drones qui peuvent se coordonner entre eux et aller jusqu’à établir des tactiques de déplacement et de pénétration.

On comprend que les capacités et fonctionnalités liées à ces drones et ces essaims vont se multiplier, d’autant plus qu’on l’a vu dans certaines opérations menées par les forces spéciales ukrainiennes, il est maintenant possible de faire rentrer discrètement les drones sur les territoires ennemis et y mener reconnaissance et collecte informationnelle de façon quasi-invisible…

Sans surprise, qu’il s’agisse de l’Ukraine – avec l’énorme soutien technologique et logistique des États-Unis, au moins jusque fin 2024 – ou de la Russie, les deux belligérants investissent donc en masse dans ce domaine.


Bien que déjà très fluctuante et adaptative, cette situation évolue cependant de plus en plus rapidement, à la faveur d’avancées technologiques sans arrêt poussées par ce conflit. Parallèlement en effet, il suffit de regarder du côté de la robotisation « humanoïde », avec par exemple les célèbres robots de Boston Dynamics, pour comprendre qu’il est inévitable qu’on assistera rapidement, dans les années à venir, à l’avènement des « robots fantassins ».

On n’y est certes pas encore, mais tous les ingrédients sont déjà présents. Des milliards de dollars ne manqueront pas d’irriguer la recherche et le développement en ce sens, l’intelligence artificielle embarquée complètera le tableau. L’avantage est évident : ces robots seront plus rapide à produire et plus facilement sacrifiables et remplaçables que des humains, ce qui pourrait devenir un facteur déterminent notamment auprès de l’opinion publique. Et au-delà, on doit s’attendre, dans la suite logique, à voir apparaître des machines qui seront capables de prendre des décisions de façon extrêmement rapide – encore un avantage sur les humains – de manière indépendante, et avec des objectifs tactiques militaires.

Les débats éthiques promettent d’être intenses mais seront de toute façon rapidement étouffés lorsqu’il s’agira de considérer l’alternative, le soldat traditionnel étant aussi un frère, un père, un mari ou un enfant.

Dans un tel scénario, on comprend que l’Europe, encore engluée dans ses doctrines traditionnelles, reposant notamment sur des blindés et sur des fantassins humains, a – à nouveau – une guerre de retard.

Actuellement, les États-Unis, la Chine et bien sûr la Russie investissent énormément dans ces nouvelles technologies. Ils accumulent déjà de l’avance – et pour la Russie, une avance testée sous le feu du combat, opérationnelle – dans le domaine par rapport au reste du monde.

Malgré tout, l’Europe ne s’empêche pas de tenir des discours très militaristes tout en n’ayant pas encore vraiment pris la mesure du tournant technologique à opérer. Le risque est de connaître une situation similaire à celle que la France a connue en 1940, où de mauvais choix stratégiques – avec un modèle d’armée, reposant encore trop sur une leçon apprise lors de la précédente Guerre Mondiale – avaient provoqué une défaite face à une armée allemande technologiquement plus au fait, et surtout apte à s’adapter plus vite que l’armée française de l’époque.

Dans ce contexte, plutôt qu’enchaîner les fanfaronnades politiques visant à faire peur à la population et les exhortations de matamore qui n’impressionnent réellement personne, il devient urgent de se concentrer sur le développement de ces nouvelles technologies et les chaînes logistiques sous-jacentes : demain, la supériorité militaire pourrait se mesurer non à la qualité des doctrines mais à la résilience cyber-industrielle.

Or, une flotte de drones autonomes dont les micrologiciels, les batteries, les capteurs ou les IA embarquées sont produits hors du continent reste une vulnérabilité stratégique majeure – quelle que soit sa sophistication opérationnelle.


À l’évidence, les récents conflits (Ukraine, Houtis en Mer Rouge, etc.) montrent que la tendance est à la « démocratisation » des conflits, où les coûts marginaux des drones baissent tellement que des acteurs non-étatiques – milices voire entreprises privées – deviennent des concurrents viables aux armées nationales. Et logiquement, si la guerre devient une affaire de quelques milliers d’opérateurs hautement qualifiés pilotant des systèmes autonomes, l’investissement rationnel n’est pas dans la conscription de masse mais dans l’excellence technologique, la guerre cognitive et la résilience des infrastructures critiques face aux cyberattaques qui précéderont inévitablement tout conflit cinétique.

Dans ce cas, on comprend que le champ de bataille de demain n’est pas d’abord le ciel, mais plutôt le spectre électromagnétique : un brouillage efficace rend les drones inefficaces, voire permet de les capturer. Dès lors, l’autonomie locale – et donc, une IA embarquée – devient d’une importance capitale puisqu’il permet aux drones de continuer leur mission même sans lien avec l’opérateur.

L’Europe (et la France notamment) se trouve face à un dilemme stratégique qui dépasse largement la question militaire : elle doit simultanément réindustrialiser, rattraper son retard technologique et repenser sa doctrine de défense, alors même que sa fragmentation politique entrave toute coordination efficace. La véritable menace n’est pas tant une invasion conventionnelle que l’obsolescence programmée de son appareil militaire et, plus fondamentalement, l’érosion de sa souveraineté technologique.

Dans ce contexte, les gesticulations martiales sonnent comme les derniers échos d’un monde révolu. La question n’est plus de savoir combien de soldats mobiliser, mais si l’Europe sera encore capable, dans une décennie, de produire les technologies qui définiront la puissance.

Sans rupture radicale, le Vieux Continent ne sera qu’un spectateur impuissant. L’enjeu n’est pas de rattraper un retard, mais d’éviter une marginalisation définitive dans l’architecture de sécurité du XXIe siècle.


https://h16free.com/2025/12/05/82772-drones-contre-conscrits-leurope-choisit-le-passe

2 octobre 2025

Radu Portocala
2/10/2025

« Il est très important d’avoir un message clair. Les drones, qui violeraient nos territoires, représentent un risque important. Ils peuvent être détruits, point final. »
C’est ce que dit Jupiter qui, depuis des mois, opère sa transformation en Mars.
Ces drones qui agitent les génies de quelques capitales occidentales viennent, nous disent-ils, nécessairement de Russie. Aucun n’a été abattu, aucun donc n’a été observé de près, mais la certitude est absolue : c’est la Russie qui les envoie. Pourquoi ? Les génies ne s’embarrassent pas de telles questions oiseuses. Par quel miracle peuvent-ils voler si loin ? Aussi arriérée soit-elle, la Russie est capable de prouesses que les génies ne se fatiguent pas à expliquer. Et ces drones qui ont volé plus qu’ils ne peuvent voler, où vont-ils après avoir troublé notre quiétude ? Ils volent mille autres kilomètres pour revenir à leur base supposée ?
« Nous sommes dans une confrontation avec la Russie » assure post-Jupiter. C’est-à-dire : nous pensons que la Russie envoie des drones dans notre ciel, nous ne savons pas pourquoi, nous les laissons voler et ça nous permet de pérorer. Ça ne s’appelle pas vraiment une confrontation. Agitation stérile décrirait mieux les choses.
Cette histoire de drones n’est pas sans rappeler la profanation du cimetière juif de Carpentras. Pendant longtemps, des accusations très précises ont été formulées contre le seul coupable que politiciens et journalistes pouvaient se permettre de désigner – celui qui arrangeait leurs affaires. Aujourd’hui, ce coupable universel, ce coupable absolu est la Russie. Il faudrait se demander jusqu’à quel point ces stupidités font rire au Kremlin.