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1 avril 2026

Gabriel Nerciat
1/4/2026

GLOIRE D'AVRIL, RÊVE DE POISSON


Lorsque le Pentagone a eu la confirmation, vers quatre heures ce matin, que le général Phumié Taitabaf, le plus redoutable agent double du MOSSAD et de la CIA, était parvenu, avec l’aide de milices baloutches et azéries infiltrées au cœur de tous les points névralgiques de la capitale, à prendre le pouvoir à Téhéran et avait immédiatement ordonné l’exécution en place publique, dans toutes les villes de la Perse, des membres du corps des Pasdarans ainsi que de leur famille, Donald était déjà dans l’avion spécial qui l’amenait vers l’Iran.
Netanyahou lui est venu en jet privé parce que c’est un homme vertueux qui n’aime pas abuser des deniers de l’Etat. Après tout, cette guerre, c’était son œuvre personnelle, élaborée et réclamée pendant plus de trois décennies, presque sa propriété privée, et ça lui donnait des droits que son domestique un peu fatigué du New-Jersey ne pouvait pas lui refuser.
Quand Donald lui a demandé ce qui pourrait lui faire plaisir en ce jour historique, il a réclamé que l’aviation israélienne bombarde dès le lever du soleil la mosquée du Shah Abbas le Grand, le plus pur joyau architectural d’Ispahan, bâtie au début du XVIIe siècle en hommage au grandiose souverain séfévide qui fit de l’islam chiite duodécimain la religion nationale d’Etat de l’empire perse. Car bien avant Khomeiny, c’était lui l’origine du mal.
Trump était un peu circonspect mais Bibi n’eut pas de mal à le persuader qu’il pourrait ensuite édifier un casino à son nom en lieu et place des ruines.
Tous ses autres casinos ayant fait faillite, cela donnerait à l’ancien homme d’affaires un prestige qui sonnerait comme une revanche personnelle. Et puis, l’opération, à tout prendre, était moins risquée que l’assassinat du Guide Khamenei et de ses proches.
Lorsque le président des Etats-Unis et le Premier ministre israélien arrivèrent enfin à Téhéran, c’était un véritable délire. Presque six millions d’Iraniens avaient convergé vers la capitale pour célébrer leurs libérateurs.
Les jeunes femmes surtout étaient extatiques : elles avaient ôté leurs voiles et commençaient à se dévêtir intégralement dès que le cortège officiel approchait de l’endroit où elles se trouvaient. « Donald, prends-moi par la chatte », hurlaient-elles, « tu as fait de nous des femmes libres ! ».
Leurs frères et cousins n’étaient pas en reste : « O Bibi, tu as détruit notre pays, mais nous allons passer vingt ou trente ans à le reconstruire. L’argent va couler à flots, nous travaillerons pour rien, mais plus jamais nous ne saurons ce qu’est le chômage. Gloire à toi, ô Bibi ! ».
Il y avait aussi Mahyar Monshipour, l’ancien champion de boxe des poids super-coqs, qui ne se tenait plus de joie. Il avait obtenu le privilège d’abattre le fils Khamenei en le terminant aux poings sur un ring géant édifié près du cratère laissé par la bombe perforante qui avait tué son père, sa mère, sa femme et sa petite fille il y a un mois.
« Il est tombé, li régime, il est tombé, je vous l’avais dit », ne cessait-il de répéter en s’échauffant. Juliette Binoche et Abnousse Shalmani n’arrêtaient pas de glousser en le voyant faire des moulinets, mais lui était bien trop excité pour répondre à leurs œillades.
Quand Donald et Bibi arrivèrent enfin devant le Parlement de l’ex-République islamique, ils mirent presque trois quarts d’heure pour pénétrer au cœur de l’édifice.
Mais c’est là que les choses se compliquèrent, car le sol soudain se déroba sous leurs pieds et des volutes d’eau venues d’on ne sait où commencèrent à s’infiltrer à l’intérieur du bâtiment.
C’est alors que Trump se réveilla en sueur dans son lit.
Il s’était endormi sur le divan mordoré de son fastueux salon de Mar-a-Lago, et quand il vit son reflet apparaître dans la glace en or du salon, il se dit qu’il ressemblait un peu à une tanche qui venait d’être prise dans un filet sans même avoir mordu à l’hameçon.