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5 mars 2026

Régis de Castelnau
3/3/2026

Agression israélo-américaine : il ne sera pas possible de remettre le dentifrice dans le tube


Avantages de mon actuel décalage horaire qui me voit en avance de six heures sur celle de Paris. Je récupère donc à mon réveil les informations sur la guerre du Moyen-Orient et l’ouverture des réseaux sociaux m’envoie à la figure la stupidité du système français avec quand même ses évolutions et ses inflexions.

Concernant les affrontements, il est difficile d’échapper à deux constats : tout d’abord la violence de la réaction iranienne et les dégâts qu’elle occasionne tant sur le terrain que dans les têtes des dirigeants occidentaux. Grâce à une censure féroce, Israël arrive, comme en juin de l’année dernière, à masquer les dégâts occasionnés par les bombardements iraniens. Même si quelques vidéos passent au travers et démontrent que le tant vanté dôme de fer censé protéger Israël ne sert pas à grand-chose. En attendant, ainsi que le reconnaissent les témoins sur place, une partie significative de la population israélienne urbaine est enfermée sous terre. On saura plus tard les conséquences sur les infrastructures vitales au fonctionnement d’un État développé tel que l’est l’État hébreu. Qui avec les horreurs qu’il a fait subir à Gaza, et l’apartheid meurtrier qu’il inflige à la Cisjordanie avait déjà révélé sans fard sa terrible vérité politique. Mais va se dévoiler maintenant sa vulnérabilité stratégique, et par conséquent matérielle. Qui combinée avec le début d’exaspération d’une partie de la population américaine pour le soutien inconditionnel dont il bénéficie jusqu’à présent, va poser assez concrètement une question pourtant impensable en Occident depuis 80 ans, celle de la pérennité du projet sioniste.

Du côté des monarchies pétrolières, mises devant le fait accompli par les cinglés de Tel-Aviv et leur domestique américain, le chaos s’étend. Bases militaires, ambassades, et bases de la CIA attaquées, évacuées, voire détruites, navires bombardés et pour certains hors de combat, premiers cercueils recouverts de drapeaux américains qui rentrent, avions abattus, installations des supplétifs britanniques bombardées, détroit d’Ormuz fermé, augmentation du pétrole, diminution rapide et dramatique des munitions de défense aérienne américaines et israéliennes, populations chiites des pays arabes commençant à bouger, du point de vue des malades mentaux qui ont lancé cette opération, la situation semble vraiment leur échapper. Se déroulent pourtant tous les événements que les gens normaux avaient prévus. Que dire des premières réactions à cette agression qui constitue qu’on le veuille ou non, un « crime contre la paix » au regard du statut de Nuremberg ? Agression déclenchée (pour la deuxième fois) au moment même où les négociateurs américains et iraniens étaient en train de parvenir à un accord. Mesure-t-on le caractère ahurissant de cette duplicité criminelle du « camp du bien » ? Et aujourd’hui Marco Rubio secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique vient nous dire que ce sont les Israéliens qui les ont mis devant le fait accompli et qu’ils ont bien été obligés d’y aller ! Non mais pardon ? C’est donc le criminel Netanyahou et la bande de fanatiques qui l’entourent qui dirigent les USA ? Écoutons ce qu’en dit Douglas McGregor qui sait de quoi il parle. Ses prévisions ne sont pas brillantes.

Les premières réactions des élites occidentales à cette folie, ont été un nouveau révélateur de leur incompréhension radicale du monde tel qu’il est aujourd’hui. Comme les dirigeants européens, invoquant le droit international pour condamner les ripostes de l’État agressé sans dire un mot de l’agression elle-même ! Mais qui sont ces gens ?

On ne multipliera pas les exemples, en se contentant de cet extrait d’interview du ministre iranien des affaires étrangères par une grande chaîne US lui demandant comment son pays osait bombarder les bases militaires américaines. Les pauvres Français à qui l’on inflige un abruti halluciné comme ministre des affaires étrangères seront peut-être un peu envieux face à la qualité et à la maîtrise du ministre iranien (mais alors vous ne condamnez pas les mollahs ! Vous ne condamnez pas les mollahs ! Comme vous ne condamnez pas le Hamas !). Mais cette séquence raconte tout de l’incroyable force du sentiment de supériorité occidentale dans les têtes. « Nous vous bombardons, nous tuons vos écolières, nous assassinons votre chef religieux et vous osez riposter ? ». Mais en fait nous ne sommes pas très loin d’Emmanuel Macron devant le chaos créé par l’agression qu’il approuve, et disant tout d’un coup : « ah oui mais non, il y a une escalade, il faut qu’elle s’arrête ». Et que dire de la tête douloureusement surprise de Starmer apprenant le bombardement d’une base britannique utilisée par les Américains à Chypre.

Et pendant ce temps, le système médiatique français poursuit ses psalmodies ineptes et continue à jacasser sur la prochaine chute du « régime des mollahs ». Avec son lot de journalistes ignares et serviles à la manœuvre accompagnés de leur faux experts sortis de nulle part. Ceux-là il faudra attendre encore quelques temps avant qu’ils aient pris la mesure du bazar et de l’urgence qu’il y a pour les Occidentaux d’en sortir.

La présidence de Donald Trump est morte. Le reste de son mandat va être un long calvaire, à base de procédures d’impeachment que les démocrates ne lui épargneront sûrement pas, avant les procédures pénales qui arriveront après son départ de la Maison-Blanche. Si le New York Times s’inquiète du chaos, il veille soigneusement à pointer la responsabilité du Donald.

Et pendant ce temps, dans la coulisse, Chinois et Russes (surtout chinois, répartition des rôles oblige) poursuivent leur soutien intéressé et discret aux Iraniens. Sachant que pour les uns comme pour les autres ce pays est un des maillons essentiels du « Grand jeu » géostratégique qui s’est accéléré depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Dans l’accouchement du Nouveau Monde, les deux partenaires font preuve de prudence. Y compris quoi qu’on en pense ou en dise en ce qui concerne la Russie dans la conduite militaire de la guerre en Ukraine. Le chaos provoqué par la folie israélo-américaine peut avoir des conséquences financières et énergétiques considérables sur le plan mondial, que Chine et Russie veulent maîtriser. Par conséquent il ne devra pas durer. Le moment venu, les deux mastodontes joueront leur rôle pour trouver une solution et sortir de cette crise.

Mais de toute façon, cette sortie aura un coût considérable pour l’Occident en général et pour l’Hégémon en particulier. Celui d’une nouvelle défaite, mais directement humiliante cette fois, parce qu’accompagnée de l’évidence de son déclassement économique et militaire et par conséquent politique à l’échelle mondiale.

Autre évidence terriblement douloureuse pour cet Occident, celle de l’impasse dans laquelle est désormais enfermé le projet sioniste et dont il ne pourra pas, faute de marche arrière, se sortir.

En attendant…