Translate

Affichage des articles dont le libellé est [crises]. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est [crises]. Afficher tous les articles

26 février 2024

LA FIN DES PAYSANS

Gabriel Nerciat

26/2/2024 - Je suis persuadé que, des deux quinquennats d’Emmanuel Macron, on ne retiendra après coup que les crises violentes ou à potentialité insurrectionnelle qui les ont traversés : soulèvement des Gilets jaunes, manifestations syndicales contre la réforme des retraites, émeutes allogènes des banlieues islamisées, révoltes paysannes. La liste n’est sans doute pas close.
La raison en est connue depuis longtemps : un président irresponsable et sorti de nulle part, qui n’a pas d’autre conviction affichée que l’adaptation sans retour (mais pas sans concessions) à la mondialisation libre-échangiste ou à défaut le renforcement de la « souveraineté européenne » (c’est-à-dire la diminution des pouvoirs nationaux soumis à la légitimité du suffrage au profit du renforcement des pouvoirs technocratiques et supranationaux de la Commission de Bruxelles ou du Conseil de l’Europe) ne peut que provoquer la colère et le dégoût de la part de populations, de plus en plus visibles à défaut d'être majoritaires, que le projet européiste et/ou globaliste accule à la misère ou à la marginalisation sociale.
D’où les deux seules questions qui vaillent : 1) Macron, viscéralement rejeté aujourd’hui par les deux tiers des Français et privé de majorité parlementaire, pourra-t-il encore durer trois ans à l’Elysée, du moins sans avoir à subir l’épreuve fatale d’une dissolution de l’Assemblée ? 2) Saura-t-il imposer à la nation un successeur issu de son bloc d’extrême-centre, capable de recueillir dans les urnes la majorité des suffrages requis ?
Il est encore trop tôt pour répondre avec certitude et rigueur à ces deux questions, mais on se prend à rêver à ce qui serait advenu si l’insurrection des paysans avait été contemporaine de celle des Gilets jaunes.
La coalition des deux révoltes aurait sans doute empêché la phagocytation voulue du mouvement par l’extrême-gauche anarcho-mélenchoniste (même en cas de grève des étudiants), et aurait eu les moyens de contraindre le Banquier président à une dissolution de la Chambre basse, que le blocage total de presque toutes les grandes métropoles du pays acquises au régime actuel aurait rendu inéluctable.
Aujourd’hui, malgré la sympathie que les paysans recueillent, il est probable qu’il ne se passera rien de sérieux.
Les Français sont devenus trop résignés, désespérés ou apathiques, trop vieux, narcissiques et trouillards aussi, pour tenter quoi que ce soit d’envergure.
On sait très bien qu’à l’exception de quelques grands céréaliers et des exportateurs mondiaux de vin, de cognac ou de champagne, peut-être aussi des grandes fermes porcines productivistes de Bretagne (et encore : leur tour un jour viendra pour elles aussi, c’est certain), tout le monde de la paysannerie française est promis à une disparition lente mais inéluctable, comme ce fut le cas de pans entiers de l’industrie dès l’ouverture des frontières nationales au grand marché européen dominé par l’Allemagne puis mondial dominé par la Chine et l’Asie.
Peut-être parce que même ceux qui sont opposés à la mondialisation libre-échangiste (je n’inclus évidemment pas parmi eux les électeurs de la NUPES et de l’écologie politique, adeptes de la décroissance, du wokisme, du cosmopolitisme urbain et du véganisme) ne savent pas quoi lui opposer vraiment.
Tant qu’un récit alternatif, même teinté de nostalgie populiste comme l’est par exemple celui du courant néo-isolationniste incarné par Trump aux Etats-Unis depuis 2016, à celui véhiculé depuis trente ans par Alain Minc, Jacques Attali ou Yascha Mounk n’aura pas été élaboré et popularisé sous nos cieux, les partisans du grand carnage libre-échangiste, multiculturel et bureaucratique continueront à trouver les relais nécessaires pour se maintenir au pouvoir en Europe.
En misant, faute de mieux, sur ce qu’il y a de pire dans la psyché humaine en butte aux schémas darwinistes dominants : « On sait ce qu’on perd, mais on ne sait pas ce qu’on trouve. »
Même quand plus personne ne croit vraiment à la pérennité de ce qu’il est censé perdre.

24 février 2024

Gilles La Carbona

24/2/2024 - (...) La tutelle de l’Europe est devenue insupportable mais elle l’est pour tout, notamment avec l’énergie, contraignant la France à des augmentations tarifaires injustifiées. C’est donc une réponse non pas financière directe qui pourra mettre un terme à cette crise mais bien politique, à savoir un grand débat sur l’avenir de notre nation au sein d’une organisation tentaculaire, technocratique et inhumaine. Doit-on se sacrifier au nom d’un fédéralisme qui ne tient pas compte des intérêts de nos paysans, pas plus qu’il ne se soucie de notre autonomie énergétique, sanitaire, militaire… La question de notre maintien dans cette UE doit être débattue et posée clairement. Reculer sous le prétexte qu’une indépendance souveraine n’est plus viable est un non-argument au regard de l’histoire et des capacités de notre pays. D’autres y parviennent qui ne sont pas mieux lotis que nous, serions-nous voués à n’être que des alliés obligés, vassalisés, au prétexte que nous sommes en Europe et français de surcroît ? Le bilan est sans appel, cette généreuse Europe qui devait nous apporter la paix et la prospérité, nous a conduits à la ruine et à la dépendance. Il est temps d’ouvrir les yeux et d’oser poser les vraies questions directement aux Français.

6 décembre 2023

Il a bien envie d’emmerder tous les Français

H16

Ouf, la sévère flambée d’inflation qui a touché l’Occident ces derniers mois montre des signes d’affaiblissement. Ceci s’accompagne immédiatement d’un grand soulagement chez Bruno Le Maire dont certains des sphincters vont à nouveau pouvoir se dilater normalement.

“Nous sortons de la crise inflationniste”, se réjouit-il en n’imaginant pas une seule seconde que le pays sort de cette crise inflationniste pour mieux rentrer dans une crise plus générale, à base de récession par exemple. Bruno ne s’inquiète pourtant pas : quoi qu’il arrive (quoi qu’il en coûte ?), il va continuer son sacerdoce ministériel sachant que, quelle que soit la crise qui va s’abattre sur les Français, il n’en ressentira pas les effets.


En cela, il sera rejoint par tous les autres ministres et toute la nomenklatura du pays qui, il faut bien le dire, ne semble guère inquiète de son sort et peut donc continuer d’emmerder les Français comme jamais. Si l’actuel locataire de l’Élysée entendait, le 4 janvier 2022, emmerder les non vaccinés, il apparaît à présent qu’il va tout mettre en œuvre pour emmerder aussi tous les autres (par souci d’égalité je présume).

Pour y parvenir, lui, son gouvernement et les députés qui forment l’indépassable brochette de clowns de l’actuel Cirque Républicain Permanent vont donc multiplier les mesures pour transformer le quotidien pénible des Français en véritable cauchemar.

Ainsi, prenant l’habituel prétexte de la santé (un classique inusable, apparemment), les autorités vont donc augmenter encore les prix du tabac, avec un paquet de cigarette prévu à 12€ en 2025 puis 13€ courant 2026. Rassurez-vous, il augmentera aussi de 40 à 50 centimes dès janvier 2024.

L’inflation marque le pas ? Le gouvernement prend la relève !

Bien évidemment, cette augmentation de prix s’accompagne d’une nouvelle bordée d’interdictions sans lesquelles cette inflation taxatoire passerait pour une aimable plaisanterie : même être à l’extérieur ne sera plus suffisant pour pouvoir fumer, puisque l’actuel ministricule a décidé l’extension des espaces sans tabac aux plages, aux parcs, aux forêts et aux abords de lieux publics.

En utilisant une définition assez large de “abords”, nos dirigeants devraient parvenir à faire de la France un espace non fumeur intégral.

Au passage, on ne pourra s’empêcher de noter que, comme le prévoient tous les économistes un peu sérieux, ces mesures ont un effet très mesurable sur le marché noir : à mesure que les tarifs officiels, soumis à l’inflation gouvernementale, grimpent toujours plus haut, les Douanes notent des trafics et des ventes transfrontières en nette augmentation.


Dans la même veine, et toujours parce qu’il s’agit à l’évidence d’emmerder tous les Français, des sénateurs proposent actuellement d’instaurer un prix plancher, situé autour de 50 centimes par unité d’alcool pur, sur les boissons alcoolisées. Encore une fois, l’argument de la santé est mis en avant (8% des Français engloutissant à eux seuls plus de la moitié de l’alcool bu dans le pays) pour créer ainsi une nouvelle vague d’inflation dirigée sur certains prix et taxer ainsi un peu plus le moutontribuable français. En effet, si la proposition devait passer, plus aucune bouteille de vin ne pourrait coûter moins de 3,50 euros. Quant aux autres formats, l’inflation serait encore plus forte. Fini les cubis à 10 euro, aucun ne pouvant plus être à moins de 24…

Enfin, rappelons que les buvettes parlementaires ne seront de toute façon pas concernées par ces prix planchers, ce qui mettra les sénateurs et les députés à l’abri de toute désintoxication dangereuse.

Il serait dommage de s’arrêter en si bon chemin : la route vexatoire française est toute tracée et sur celle-ci ne roule que des véhicules dûment incités par l’État, trop content de pouvoir attacher un nouveau fil à la patte de ses contribuables. C’est ainsi qu’en 2024, la guerre contre les véhicules à moteurs thermiques va redoubler de violence puisque le gouvernement, dans son projet de Loi de Finances, a entrepris un véritable tapis de bombes, pardon de malus à destination de toute une catégorie de véhicules dont les prix vont exploser.

Les écolo-hystériques seront ravis. Momentanément cependant puisque l’actuel projet, peu au fait des particularité du marché et comme d’habitude construit avec une trop forte dose d’idéologie et assez peu de pragmatisme, va conduire nombre de véhicules à des prix si prohibitifs qu’on peut raisonnablement tabler sur de nombreux effets de bords. Outre l’effondrement évident de certaines ventes (avec une compensation plus que partielle vers des véhicules électriques dont la plupart ne sont en réalité pas adaptés aux demandes réelles des acheteurs) qui mettra directement en péril fabricants, concessionnaires et tous les commerçants autour de ce secteur, on se doit de noter que les malus appliqués concerneront aussi les véhicules professionnels ce qui promet, là encore, des ajustements plus ou moins violent du marché.

Notons que dans cette histoire, ce sont surtout les fabricants chinois qui vont se frotter les mains, puisqu’ils sont les premiers à produire des véhicules dans une gamme de prix accessible au pouvoir d’achat français qui se rétrécit de jour en jour… D’autant plus que même si l’inflation ne grimpe plus aussi vite (au grand réjouissement de Bruno qui ne comprend décidément pas grand chose à l’économie), cela ne se traduira pas par des baisses sur les prix des produits alimentaires en rayon.

Alcool, tabac, voiture, interdictions tous azimuts et taxations en folie ; voilà qui fournit des exemples précis de la guerre larvée mais permanente que mène contre les Français l’occupant intérieur (les administrations et la nomenklatura parasitique actuelle) et son chef qui a manifestement très envie de continuer à emmerder tous les Français.


1 décembre 2023

La crise arrive : comment l’État va en profiter

H16

1/12/2023 - Après le succès retentissant de la mise à genoux de l’économie russe, Bruno Le Maire enjoint à présent les Français de “se secouer les puces” (mais pas les punaises de lit, attention) pour atteindre le plein emploi, tant la croissance du pays est pétillante…


Pourtant, l’observateur économique moyen, même peu attentif, conviendra sans mal que la situation n’est pas aussi brillante que le laisserait penser les subtiles remarques de l’actuel ministre de l’Économie et de ce qui reste de Finances au pays. Par exemple, les plus réveillés semblent parier sur un prochain krach boursier ce qui pourrait remettre un peu en questions les plans – pourtant en laisse-béton armé – du Dilaté de Bercy.

En réalité, peu importe les gesticulations gouvernementales, l’état général de l’économie occidentale impose de comprendre qu’elle devra, prochainement, connaître une correction massive.

En effet, le “quoi qu’il en coûte” (qui ne fut pas que macronien, loin s’en faut) est grandement responsable de l’inflation vigoureuse qui a déboulé en 2022, et que les gouvernements occidentaux peinent à endiguer.

Les dettes dodues contractées pendant la période Covid et qui se sont, du reste, ajoutées aux précédentes dettes déjà massives creusées pendant les décennies précédentes n’améliorent pas la situation budgétaire. Le choix malin de distribuer des obligations indexées sur cette inflation qui a subitement enflé provoque inévitablement des tensions, le service de la dette explosant ces derniers mois toutes les prévisions budgétaires. De plus, malgré les beaux discours creux de Macron et des clowns qui l’entourent, personne ne croit ni ne voit la moindre volonté de remettre de l’ordre dans les finances publiques : on multiplie les tickets de rationnement pompeusement rebaptisés en Chèque-Tralala (en remplaçant “tralala” par la lubie médiatique du moment), mais pour ce qui est de faire faire des économies à l’État obèse, rien (au contraire, même).

Et alors que l’écart se transforme en gouffre entre les aspirations des classes moyennes et ce qu’elles obtiennent vraiment (des impôts stratosphériques pour une éducation scolaire nulle, des services sociaux nuls, des administrations nulles, des hôpitaux nuls, une sécurité nulle et un gouvernement de gros nuls), les décisions politiques désastreuses continuent de s’empiler avec une gourmandise inquiétante : ce qui se passe actuellement dans le domaine de l’immobilier est une excellente illustration de ce qui attend en réalité tout le secteur marchand français dans les prochains mois. On pourrait évoquer aussi l’obstination (pour ne pas dire l’entêtement autistique) à flécher fiscalement les investissements vers les pires lubies économiques, voire à subventionner à grands frais d’argent gratuit des autres les canards boiteux comme l’éolien qui est en train de faire un salto arrière mémorable vers la faillite.


Bref, on le comprend : que ce soit tôt ou tard, on doit s’attendre à un événement majeur (ou une série) dans les prochains mois qui pourrait quelque peu bousculer la belle assurance du frétillant Bruno et, avec elle, l’avenir économique de tout le pays.

Inévitablement, cette correction va faire des dégâts, au premier rang desquels les banques et probablement pas les plus petites ni les moins en vue. On comprend déjà que certaines, se parant de leur statut (artificiel mais pratique) de “systémique”, se chargeront de rappeler à quel point leur explosion en vol signifierait, pour tout le monde, une période forcément abominable.

Cependant, il faut admettre que si, contrairement aux cris stridents et propositions fiévreuses de ces banquiers et de ces gros industriels, on laisse cette correction se produire sans renflouement ni intervention de l’État, certes les prix chuteront, certes une sévère déflation pourrait s’installer, mais on conviendra aussi que, dans cette hypothèse, la classe dirigeante – celle-là même responsable de ces conditions économiques – sera aussi celle qui perdra le plus.

C’est d’ailleurs pourquoi elle s’agitera fébrilement pour des plans de sauvetage, plans que les contribuables (vous) devront payer, intérêts compris.

Sans surprise, le gouvernement et tous les médias de grand chemin mettront absolument tout en œuvre pour vous terroriser et vous inciter à soutenir ces plans de sauvegarde, ces “bail-out” et ces aides massives “quoi qu’il en coûte”. Pour cela, ils expliqueront que sans ces plans, vous perdrez tout, ce sera atroce, insupportable, etc.

C’est un mensonge.

En réalité, s’ils obtiennent ces renflouements, ce sera avec votre patrimoine, sur votre liberté et en obérant votre avenir. Vous perdrez encore plus, bien plus que ce que la chute de ces banques et l’écrasement épique du système actuel nous promet à tous. Pire, les prix continueront d’augmenter, achevant ceux d’entre vous qui auraient pu s’estimer à l’abri.

Ne vous laissez pas avoir. Rejetez leurs mensonges et exigez des élus qu’ils laissent la correction s’opérer sans renflouement.

Oui, bien sûr, c’est évident, lorsque cette correction interviendra, ce sera violent, ce sera douloureux et très difficile pour l’écrasante majorité de la population. Il y aura du chômage, l’épargne va fondre comme neige au soleil, la pauvreté va connaître un pic. Cela durera inévitablement quelques mois.

Mais si ceux qui ont provoqué le problème arrivent avec une solution, vous pouvez être certains que cette solution sera pire encore que ce tableau. Les renflouements récompenseront ceux qui ont créé les dettes, les gabegies, favorisé les mauvais investissements et poussé déjà tant de monde à la misère ce qui ne fera que les inciter à recommencer encore, un peu plus tard.

D’un autre côté, si ces bail-outs, si ces renflouements n’ont pas lieu, si l’on refuse la mise en place des solutions “d’urgence” ou du nouveau système miraculeux proposé par les aigrefins habituels, alors les banques et les entreprises “trop grandes pour faire faillite” s’effondreront, mais il en ira de même pour les prix, et les concurrents plus petits auront enfin la possibilité de se développer.

Mieux encore : les entreprises qui n’ont pas eu recours au lobbying massif, aux aides d’État, à l’argent gratuit des autres, qui auront été bien gérées seront récompensées par des parts de marché plus importantes et des bénéfices plus élevés. Ceux d’entre vous qui ont économisé et attendu l’occasion de devenir propriétaires d’une maison ou d’une entreprise auront enfin cette possibilité. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, si si, les emplois reviendront, et cette fois sans que les prix ne dépassent les revenus.

Dans cette dernière hypothèse, les banques et les décideurs politiques ne seront pas incités à jouer à nouveau avec l’économie, les incompétents seront punis et les vertueux récompensés.

Si vous voulez à nouveau pouvoir vous procurer de la nourriture, du carburant et d’autres produits de première nécessité sans ouvrir un crédit sur 20 ans, alors surtout, n’exigez pas de renflouement lorsque la crise sera là. Ne soutenez que les politiciens qui refuseront clairement de renflouer un seul de leurs copains. Ils seront très rares au début, mais si tout le monde comprend l’enjeu, les candidats arriveront.

Laissez les autres subir les conséquences de ce qu’ils ont créé, pour une fois.

Et comme pour l’identité numérique, ne vous rangez pas à l’opinion qu’on vous présentera comme dominante. N’acceptez pas, n’obéissez pas, refusez les compromis, les compromissions et le conformisme douillet qui signerait votre asservissement final.

Ce sera dur, mais à la fin vous serez libres.


16 novembre 2023

Importante, digne, mais sans les musulmans... ce qu'a vraiment été la marche contre l'antisémitisme

Natacha Polony

Il y a d’un côté ceux qui claironnent avec satisfaction que cette manifestation contre l’antisémitisme fut un grand moment d’unité nationale. Tout au plus ont-ils déploré que le président de la République ait « raté ce moment historique ». Puis il y a ceux qui, le soir même, ont commencé à forger le récit d’une manifestation haineuse dans laquelle on aurait « frappé des militants de la paix » et « insulté les musulmans de ce pays ». Bienvenue dans les mondes parallèles. Non seulement il est désormais permis de ne pas voir ce que l’on voit, mais on peut, avec la plus parfaite autosatisfaction, se mettre à croire ce que l’on invente.
 
Passons sur ceux qui ont traité de réac, voire de fasciste, quiconque alertait depuis trente ans sur l’abandon du processus d’intégration et continueront à le faire pour démontrer leur appartenance au camp du Bien médiatique mais sont venus défiler, ravis qu’on ne leur demande pas de préciser de quelle nature est cet antisémitisme qui gangrène la France. Passons également sur ceux qui, tel Ivan Rioufol, se sont empressés de voir dans cette marche un soutien à Israël, proclamé poste avancé de l’Occident dans la guerre de civilisation, histoire de donner raison à Jean-Luc Mélenchon et à ce tweet particulièrement vicieux expliquant qu’avec ladite marche les « soutiens inconditionnels du massacre » perpétré à Gaza avaient « leur rendez-vous ». Les uns et les autres ont gagné : cette marche ne fut pas un rassemblement de toute la nation.
 
La première condition pour ne pas ajouter au climat délétère qui empoisonne le pays est de décrire honnêtement le réel et de dire ce que tous les Français ont pu voir : une marche digne et importante, mais plutôt bourgeoise et dans laquelle on ne comptait quasi aucun de nos compatriotes d’origine maghrébine ou subsaharienne. Les Français de confession musulmane n’étaient pas là. C’était déjà en partie le cas le 11 janvier 2015 – mais dans une moindre mesure – et pour l’avoir dit de façon un peu brutale, Emmanuel Todd s’était fait à l’époque agonir d’injures. Et ce serait faire trop d’honneur à Jean-Luc Mélenchon que de lui en imputer la responsabilité. Il se contente de tenter une récupération grossière – et à terme criminelle – d’un phénomène de fracturation de la communauté nationale, quitte à l’amplifier en reprenant l’idée d’une « guerre aux musulmans » qui était, depuis le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo et des Français juifs de l’Hyper Cacher, une antienne qu’Edwy Plenel diffusait lors de conférences aux côtés de Tariq Ramadan.
 
CRISE ÉCONOMIQUE ET CULTURELLE

L’enjeu des années à venir est d’éviter que la communauté nationale n’achève de se déchirer. Le président de la République le sait, puisqu’il a choisi de ne pas se rendre à une marche qui, pour essentielle qu’elle était, contribuait, hélas, à nourrir le ressentiment de Français (notamment de confession musulmane) qui ont l’impression que le sort des Palestiniens écrasés sous les bombes à Gaza ou tués par des colons fanatiques en Cisjordanie nous est indifférent. Le travail est immense puisqu’il passe par le retour d’une politique étrangère cohérente et indépendante autant que par une politique intérieure d’intégration et d’affirmation des lois et principes de la République. Le contraire de ce qui est fait depuis vingt ans, où l’on se range à un atlantisme qui favorise le sentiment d’un deux poids deux mesures occidental dans le monde, en particulier musulman, tout en laissant l’islamisme saper l’intégration des Français de confession musulmane à une République laïque dans laquelle chacun a sa place à condition de ne pas revendiquer au nom de sa supposée différence.
 
Les Français, dans leur immense majorité, ressentent le danger que constitue la communautarisation en cours. Un danger d’autant plus grand qu’il se joue sur fond d’appauvrissement du pays. Le ministre de l’Économie peut s’adresser des louanges et vanter les pseudo-performances françaises sur fond de fragilisation de l’Allemagne, là non plus, personne n’est dupe. Les fondamentaux économiques du pays ne sont pas bons et nous vivons sur les restes de la splendeur passée. Depuis le Covid, c’est à coups de dettes et de chèques catégoriels que le gouvernement gère l’inflation, au lieu de traiter le véritable problème structurel : notre déficit commercial abyssal. Pis, plutôt que de soutenir les PME qui tentent désespérément de produire en France, malgré l’inflation administrative et la concurrence déloyale, Bercy n’a qu’une obsession : augmenter les exportations plutôt que de diminuer les importations. Erreur de perspective tragique.
 
La conjonction entre une crise économique et une crise culturelle, favorisant toutes deux des forces centrifuges et une défiance croissante, est une bombe à retardement. Remobiliser la nation autour de la production industrielle et agricole, autour de l’indépendance diplomatique et stratégique, autour de l’excellence scolaire comme moyen de combattre l’obscurantisme et de contrer le déclin économique, défendre les intérêts de la France en tant que République laïque et sociale, et en faire la matrice de notre engagement européen, tel est le seul programme raisonnable et capable d’enrayer le processus que les uns font semblant de ne pas voir et que les autres tentent d’accélérer.

29 avril 2023

"L'État, c'est lui", même impuissant et défaillant

Yann Bizien

Le pays s'enlise et sombre dans une grave crise sociale, politique et démocratique. Cette crise a même parfois le parfum de la haine d'une période pré-révolutionnaire. Elle est marquée par la normalisation de la violence physique et des mots ainsi que par le durcissement d'un régime toujours plus autoritaire et plus répressif.
Tout le monde se déteste, sur les plateaux, sur les réseaux sociaux et dans la rue. Il y a une grande confusion entre agresseurs et agressés, entre coupables et victimes de cette crise que le pouvoir cherche à enjamber et à faire oublier avec de la poudre aux yeux, sans décisions ni recettes opérationnelles pour la traiter.
Il suffit d'écouter les Français, de les lire sur les réseaux sociaux et de voir le jeu du chat et de la souris des membres du gouvernement sous bulle de protection pour s'en rendre compte. Près de 3000 policiers sont d'ailleurs exceptionnellement mobilisés au stade de France pour la finale Nantes/Toulouse.
Le pouvoir a beau chercher à renvoyer la charge de la culpabilité sur des manifestants radicalisés, il ne fait que récolter aujourd'hui le produit des graines de la colère sociale qu'il a lui-même semées avec le fameux chemin démocratique de la Loi sur la réforme des retraites. Il a beau vouloir faire diversion avec une devise et une communication solidement encadrée et scénarisée, il n'empêche pas la libération de la colère des Français brutalisés en toute légalité, jamais entendus, écoutés et compris.
Pire, et c'est le plus gros levier de toutes les révolutions, le jour où le président qui a supprimé l'impôt sur la fortune en 2018 se dit choqué par le salaire de certains "grands PDG", @oxfamfrance révèle qu'en 2021, la rémunération des dirigeants des 100 plus grands groupes français était en moyenne 97 fois supérieure à celle du salaire moyen pratiqué dans leur entreprise alors que ce rapport n'était "que" de 67 en 2011.
Des amis, ici, trouveront bien sûr des arguments pour justifier et encourager ces très gros salaires. Mais ils n'auront jamais le courage de le faire sur un rond-point chaudement gardé depuis des années par les Gilets jaunes.
Il y a donc bien une crise grave et de fond qu'Emmanuel Macron repousse depuis 2018 sans améliorer de façon significative le niveau de vie d'un peuple à qui il impose de façon autoritaire deux ans de travail en plus, sans discuter et sans vote.
Si vous n'êtes pas contents, c'est comme ça. Car "l'État, c'est lui".

28 avril 2023

« Grève, blocage, Macron dégage ! »

Jacques COTTA

Emmanuel Macron est rejeté. Les Français très majoritairement n'en veulent plus. Il est ultra minoritaire. Et pourtant il reste accroché au pouvoir. Qu'est-ce qui lui permet de se maintenir ? Comment en finir ?

Voir et commenter la vidéo :

23 avril 2023

Segundo Cimbron

Manifestations à chaque déplacement ministériel ou présidentiel, coupures ciblées d'électricité, occupations temporaires de gares, concerts de casseroles, blocages de périphériques ou péages d'autoroutes ouverts, grèves perlées...
Et j'en passe et des meilleures...
Ça n'arrête pas.
Même les médias ont dû mal à en rendre compte.
Les conditions de vie rendant difficile la grève générale qui coûte si cher à ceux qui la pratiquent, c'est une forme de "grévilla" permanente que ces indécrottables gaulois réfractaires sont en train de réinventer, moins coûteuse, moins spectaculaire mais pas moins efficace.
Ce n'est certes pas le "guérillero" que je suis qui s'en plaindra.
J'adore l'imagination et la gouaille de ce peuple de Gavroches que rien n'arrête.

22 avril 2023

« Monsieur le Président, chez Cristel France nous fabriquons des casseroles qui font avancer la France ! », a répondu l’entreprise française à Emmanuel Macron, qui a affirmé hier que « ce ne sont pas des casseroles qui vont faire avancer la France ».

18 avril 2023

La révolution des casseroles

Gilles La Carbona

25 avril 1974, les militaires portugais glissent un œillet dans le canon de leur fusil, la révolution des œillets est née et le régime dictatorial portugais s’effondre.

Ce 17 avril 2023, Macron prend une énième fois la parole, les Français en signe de protestation descendent dans la rue et frappent sur des casseroles et des ustensiles de cuisine pour, symboliquement, couvrir la voix de fausset de l’homme le plus détesté de France. La révolution des casseroles est née, ça sonne moins bien que le nom d’une fleur, mais tradition culinaire française oblige, tout reste cohérent.

Plus sérieusement, le couple diabolique Borne-Macron atteint des records d’impopularité, mais ce qui est nouveau, et nos parlementaires devraient en prendre acte, c’est la réaction que provoque son apparition sur le petit écran. Le désormais pseudo-président irrite à un tel point que non seulement, il n’est plus écouté, mais en plus les Français font du bruit à côté, pour lui signifier qu’ils ne veulent plus l’entendre. Nous l’avions prédit, au RPF, et la complicité de Fabius n’a rien changé, bien au contraire, à ce glissement des opinions publiques. En tordant le cou aux principes fondamentaux du droit, Fabius et Macron pensaient tromper qui ? La réponse est venue une fois de plus de la rue, cet endroit qu’il exècre au point de ne pouvoir s’y rendre sans vider les venelles de ses habitants, sans une armée de CRS, pour protéger sa personne de la colère populaire…

Le mal est si intense que, contrairement à ce qu’affirme la présidente de l’Assemblée nationale, c’est maintenant qu’il faut réviser en profondeur nos institutions puisqu’elles ne sont plus respectées, d’abord par l’exécutif lui-même et surtout parce que le peuple n’en veut plus, ne trouve plus en elles la sécurité juridique nécessaire pour vivre sereinement. Mais on comprend aisément que la macronie préfère rester dans ce marasme et se servir de cette constitution violée, piétinée, pour gouverner sans majorité et consolider la dictature mise en place.

Puisqu’il ne veut pas entendre les Français, eux ne veulent plus l’écouter. Une guérilla s’est installée dans notre pays et les actions vont se répéter à l’infini, tant qu’une solution démocratique ne sera pas avancée. Il faut en passer par les urnes, et réformer en profondeur nos institutions. Le monde voit, écoute, et bientôt portera un jugement autrement plus sévère, sur le régime de Macron et sa clique.

Macron a déploré qu’il n’y ait pas eu un consensus autour de sa réforme. Ce sont des paroles de sourd, qui confond l’obéissance et le consensus. Le consensus a bien eu lieu mais pas dans le sens qu’il souhaitait, donc pour lui il n’y en a pas. Totalement hermétique à tout ce qui ne sort pas de lui, cet homme ne peut plus et ne doit plus rester au pouvoir. Les parlementaires doivent le sortir. Le hold-up constitutionnel et le concert de casseroles d’hier soir, usent encore plus une légitimité déjà mise à mal et tout ce qu’il décidera sera contesté, et dans la mesure du possible non respecté. Nous sommes entrés dans l’instabilité politique, masquée par la répression. Sans aucune adhésion populaire, seules les dictatures se maintiennent au pouvoir. Nos deux chambres veulent-elles continuer à être les complices d’un tel régime ? La destitution devient de salut public. Il faut l’enclencher sans tarder.

16 avril 2023

Apaisement improbable, paix impossible ?

Yann Bizien

Cette réforme des retraites est un grand psychodrame politique et social inachevé.
Il dresse aujourd'hui le portrait d’une démocratie abîmée et dévoyée mais aussi d’un paysage politique morcelé et éclaté ou chacun s’est empêtré sans des postures stériles qui n’ont pas pu empêcher un pouvoir autoritaire et sans majorité absolue d’aboutir sur une démarche législative qui aura été pour tous une grande leçon de machiavélisme et de cynisme.
La fébrilité d’État, la défiance, l’hostilité et la rupture se sont installées entre le pouvoir et le peuple. Elles ne vont pas s’évaporer par enchantement ni même avec "l’adresse" d’Emmanuel Macron aux Français ce lundi 17 avril à 20h00.
Bien au contraire.
Si le parcours législatif de la loi est désormais achevé, cette crise des retraites n’est pas close. Car la promulgation officielle de la Loi CETTE NUIT accentue encore la contestation. La déception, la frustration, la rage et la colère des Français ne retombent pas. Le débat juridique n’est pas clos puisque le Conseil constitutionnel reste saisi d’une seconde proposition de Référendum d’initiative partagée.
Sur le plan politique, la gauche promet de ne pas lâcher prise et d’empoisonner la suite du second quinquennat, y compris durant les JO. Marine Le Pen se contente sagement de donner rendez-vous aux électeurs en 2027. Les Républicains sans conviction se sont enfermés dans un entre deux illisible et suicidaire.
Pour les syndicats, "le combat n'est pas terminé" parce que le président n’a pas répondu à leur demande de ne pas promulguer cette Loi sur les retraites.
Emmanuel Macron, conspué, a perdu la bataille de la confiance et de l’opinion. Il n’est pas parvenu à convaincre les actifs. Le récit de l’exécutif sur cette réforme aura définitivement échappé à ses médiocres architectes.
Le Président nous dira encore une fois qu’il a tiré les leçons des trois derniers mois. Il redira aux Français sa volonté de changer de pratiques et de mode de gouvernance. Il ressortira du chapeau une option pouvant l’aider à reprendre la main et à enrayer cette crise telle que la "grande concertation sur l'impôt". Et ses courtisans assureront le service après-vente dès la fin de son « adresse aux Français » lundi soir sur les plateaux.
Dans la France déplorable, déclassée, décadente et ingouvernable d’Emmanuel Macron, tout se répète, mais rien ne change vraiment. Son quinquennat est bloqué car il a les deux tiers de la population contre lui avec une immense faille de défiance.
Posez donc la question aux Gilets jaunes. Ils vous rétorqueront que c'est tout le système qu'il faut abattre, changer et assainir. Ils attendent non pas une révolte, mais une révolution.
Dans ces conditions de rupture, l’apaisement est improbable et la paix politique est impossible.

15 avril 2023

De la crise démocratique à la désespérance politique

Maxime Tandonnet
(Pour Atlantico, avec M. Christophe Boutin)


Que ce soit Emmanuel Macron qui se veut inflexible ou Elisabeth Borne qui cherche à arrondir les angles, tous deux semblent ne voir dans la situation actuelle qu’un conflit social qui va s’étioler maintenant que le Conseil constitutionnel a validé l’essentiel du texte. Leur perception de la situation est-elle la bonne au regard du conflit de légitimité qui s’est créé ?

Non, ils paraissent franchement déconnectés au regard de la réalité du pays. Ils parlent de « cheminement démocratique » c’est-à-dire de respect des procédures d’approbation d’une loi. Mais ils paraissent ne pas avoir conscience de l’état psychologique du pays. Nous connaissons une profonde crise de confiance de la Nation envers ses dirigeants politiques, président, membres du gouvernement, parlementaires. Et désormais, cette crise de confiance s’étend même au Conseil constitutionnel qui est censé être une juridiction impartiale et indépendante. Jamais la crise de confiance n’avait été aussi radicale, aussi profonde, aussi totale. Et les dirigeants politique, aveuglés par leur autosatisfaction, ne paraissent pas en avoir la moindre idée. Ils confondent la légalité, c’est-à-dire respect de la procédure légale, et la légitimité, c’est-à-dire la confiance de la Nation en sa classe politique et ses institutions – qui est désormais nulle. Au fond, l’objet de la révolte populaire tient autant au débat parlementaire confisqué (usage cumulé des articles 47.1, 44 et 49.3) qu’au fond de la réforme. Mais cela, ils sont foncièrement incapables de le comprendre. C’est bien cette impression d’aveuglement des dirigeants politiques qui est effroyable dans la crise actuelle.

« Ne rien lâcher, c’est ma devise », a dit Emmanuel Macron lors de sa visite sur le chantier de Notre-Dame. Le président a aussi fait savoir qu’il voulait rencontrer les syndicats (qui ont décliné) et qu’il comptait promulguer la loi d’ici deux jours. Quelle part de l’intransigeance d’Emmanuel Macron est réelle, quelle est la part de fanfaronnade ? (Dans quelle mesure a-t-il déjà cédé sur d’autres sujets : NDDL, Catherine Vautrin, les soignants, etc.). Quels en sont les risques actuels ?

Le chef de l’État se montre tel qu’il est, jupitérien, motivé avant tout par son propre reflet dans le miroir. Il est dans le rôle du réformateur inflexible et autoritaire qui ne recule pas. Et cette posture le satisfait pleinement. Mais au fond, il n’avait pas de raison objective de reculer. La loi sur la réforme des retraites est en réalité à peu près vide. Elle n’a pas grand-chose à voir avec l’intérêt véritable du pays. Les 64 ans ne servent quasiment à rien compte tenu de la règle des 43 annuités, sinon, semble-t-il, à pénaliser injustement quelques carrières longues qui échappent aux mesures dérogatoires. La clause du grand père permet de ne pas toucher aux intérêts des bénéficiaires de régimes spéciaux. C’est pourquoi, de fait, le pays n’a pas été (jusqu’à présent) bloqué comme en décembre 1995 pendant trois semaines. La situation est sans rapport avec celle qu’a connu Alain Juppé qui lui prétendait vraiment réformer. Au fond, le rôle de Jupiter inflexible contre des manifestations et quelques dégradations, jusqu’à présent, n’était pas si difficile à tenir en l’absence de blocages comparables à ceux de 1995. On est dans le grand spectacle politique. Mais les acteurs de ce spectacle paraissent totalement indifférents aux ravages de leur attitude dans les profondeurs du pays.

Derrière la mobilisation pour la réforme des retraites qui s’essouffle, ne faut-il pas voir les ferments d’une crise démocratique plus profonde (mue par l’absence d’alternance perceptible, la confusion idéologique, l’atomisation du pays) ?

Ce qui est terrifiant, c’est la faillite générale de la classe politique, censée représenter les Français. L’équipe au pouvoir n’a jamais cessé de s’enfoncer dans le mépris et l’arrogance dès lors que toute cette affaire a paru avant tout motivée par la satisfaction de faire plier le pays, le soumettre. Elle a manifesté la morgue de ceux qui prétendent accomplir le bien des gens contre leur gré et les faire marcher à la baguette. L’opposition de la droite LR, à l’exception de quelques frondeurs, a tourné le dos à une partie de son électorat populaire en s’alignant ostensiblement sur le pouvoir macroniste. Les partisans acharnés des 64 ans n’ont jamais cessé de se vautrer dans le mensonge en martelant que les 64 ans étaient indispensables pour sauver le régime de retraites. La gauche Nupes a sombré dans l’invective et le chahut au point que les syndicats ont pris leurs distances avec elle. Quant au RN, il ne cache pas sa jubilation à la perspective d’une récupération électorale de la crise, annonçant d’ores et déjà son intention d’abroger la loi en 2027 (promesse absurde à une échéance si lointaine) … Et puis beaucoup de responsables politique se sont terrés, mis à l’abri, espérant gagner par leur discrétion des points de popularité. Comment compter sur des personnalités qui se cachent quand la nation souffre et s’angoisse ? Le sondage CEVIPOF sur la confiance des Français montre que 82% se sentent méprisés par les politiques, ce qui est considérable. Après cet épisode, le rejet des Français envers leur classe politique risque d’atteindre son paroxysme. Et beaucoup d’entre eux (dont l’auteur de ces lignes) ne voient absolument plus qui peut encore les représenter à l’avenir, ils sont comme écœurés, orphelins en politique…

Alors qu’en plus, le CC a censuré le RIP, beaucoup d’observateurs commencent à s’inquiéter du fait que “ça finira mal”. Faut-il effectivement le craindre ?

À court terme, c’est-à-dire dans les jours à venir, les choses peuvent sérieusement dégénérer dans la violence. La tension est extrême et la situation devient explosive, le risque est de voir le mouvement social se dégrader en émeutes avec des destructions et des victimes. Le mois de mai approche et il est propice à la révolte. La perspective de phénomènes comparables à mai 68 (bien que d’une nature différente) reste d’actualité. Ce à quoi nous assistons est une véritable honte : depuis la vague d’attentats islamistes, les Gilets jaunes, l’épidémie de covid 19, la guerre d’Ukraine et l’inflation, les Français ne connaissent pas une période de tranquillité pour vivre et travailler en paix. Le pouvoir politique vient de les jeter à nouveau dans le chaos. Mais c’est surtout sur le long terme que la situation du pays est dramatique. Quand un pouvoir fait l’objet d’un tel rejet par le pays, il ne peut plus gouverner, il est condamné à l’immobilisme et la paralysie. Les Français n’ont plus confiance en personne, ni leur président, ni le gouvernement, ni la majorité, ni même les oppositions et cette défiance s’applique désormais aux institutions dont le Conseil constitutionnel… Nous entrons dans une ère de désespérance politique absolue.

Dans quelle mesure est-on dans un scénario qui commence à ressembler à la fin de la quatrième république (sur le plan politique comme sur les dysfonctionnements des services publics) ?

Il me semble que la situation à certains égards est pire. La IVème République a sombré sur la guerre d’Algérie, une tragédie épouvantable qui ensanglantait le pays. Aujourd’hui nous ne sommes pas en guerre, l’armée est dans les casernes et le service militaire est suspendu, les appelés ne tombent pas sur le champ de bataille… C’est autre chose : même au plus fort de la guerre d’Algérie et de la chute de la IVème République, les Français continuaient d’aller voter à 80% aux législatives et ils respectaient leur président de la République, M. Auriol puis M. Coty. Ils critiquaient les échecs de la classe politique sur l’Algérie, mais ils n’étaient pas dans une situation de dégoût et de désespérance, sinon de nihilisme absolu comme aujourd’hui envers la politique. Et puis ils ont trouvé une voie de salut avec le retour du général de Gaulle qui a mis fin à la guerre d’Algérie – dans des conditions critiquables pour certains mais approuvées à un immense consensus par les Français. Le drame à l’heure actuelle, c’est qu’il n’y a rien, aucun signe d’avenir, aucune issue politique possible, aucun espoir collectif. C’est toute la différence. Alors, cela peut changer bien entendu. Mais aujourd’hui, nous sommes dans le néant.
- 15/4/2023 -

La lave

Anne-Sophie Chazaud

[...] Interrogée au micro de Nicolas Vidal pour Ligne Droite il y a quelques jours, je disais que bien que le Conseil constitutionnel fût devenu une sorte d‘association de larbins plus ou moins incompétents, je plaçais quelque espoir dans le fait qu’il tenait là l’occasion de se hisser au niveau de l’Histoire et de sauver le pays du chaos dans lequel celui-ci est en train de tomber, chaos dans lequel la décision (de valider la loi contestée) d’aujourd’hui va le précipiter avec encore plus de fracas.
Mais je crois que je sous-estime systématiquement le niveau de bêtise politique des soutiens actuels du pouvoir. Bêtise qui se teinte le plus souvent d’arrogance, d’inculture politique, d’absence de sens politique, d’absence de vista, d’aveuglement, d’entêtement narcissique, de mesquinerie, de corruption au mieux morale et de courte vue.
Incapacité totale à se placer au niveau requis, en hauteur.
Je suis également toujours tentée de dire aux castors qui défilent, et dont la colère actuelle traduit probablement en partie la culpabilité (compréhensible) ressentie du fait d’avoir les mains souillées du vote Macron, de leur dire, donc : vous l’avez voulu, vous l’avez, débrouillez-vous.
Mais l’amour de mon pays et de son peuple est tout de même plus fort et l’idée de le voir ainsi basculer dans pareil chaos m’est insupportable.
Macron disait stupidement l’autre jour son mépris de la foule. C’est pourtant elle qui désormais, soumise à une gouvernance brutale – propre sur la forme et sur le fond à « la démocratie sans le démos » – va se répandre telle une coulée de lave brûlante à travers les rues.
Nous aurons suffisamment prévenu et tout fait pour que cela n’advienne pas. Au point qu’on peut se demander si, par-delà la sécession des élites (pour reprendre la célèbre expression de Christopher Lasch) ne se joue pas aussi désormais quelque obscur et pervers désir de voir le sang couler, de contempler la destruction que l’on aura causée, de voir s’affronter comme dans l’arène des Français que l’on aura montés les uns contre les autres afin de se divertir comme aux jeux du cirque.
J’ai toujours pensé que la solution serait politique. Ce soir, j’ai des doutes et si d’aventure les choses tournaient mal, on aimerait d’emblée que les pompiers pyromanes ferment définitivement leur clapet.
J’ajoute qu’il ne s’agit même plus, à ce niveau, d’être pour ou contre telle ou telle réforme sur le plan technique, mais d’avoir la capacité politique de comprendre le vent de l’Histoire.

28 mars 2023

Yann Bizien

La vraie France d'en bas, celle du réel, sur Tweeter ce matin. Le ton est plutôt révolutionnaire :

" Le Roi Macron est confiné."
 
"Le père fouettard reste dans son bunker."

"Macron a tellement peur du pays réel qu'il a annulé un déplacement à Toulon."

"Le tyran est calfeutré à l'Élysée. Il est plus facile d'injurier la foule à la télé que de faire face à elle."

"Aujourd’hui encore, à Marseille, une foule immense défile contre Macron et son pillage autoritaire."

"La jeunesse en force dans le cortège. La jeunesse unie pour défaire le monde de Macron. Même si Macron ne veut pas, toute la France est là."

"Des milliers de personnes défilent au Havre contre Macron, son 49-3 et sa réforme des retraites. Le mouvement a du souffle, dans l'ex pays des droits de l'homme."
 
"Le cauchemar du Gouvernement est lancé."

"Macron est traqué partout par le peuple en colère."

"C’est pas lui qui faisait le fanfaron avec son « qu’il vienne me chercher »? Aujourd’hui il rase les murs et flippe même d’annoncer à l’avance son agenda présidentiel. S’il ne peut plus exercer ses fonctions, qu’il dégage."

"Il paraît que le dictateur vient d'appeler à la rescousse son allié magique : le fameux "covid" ! Miraculeusement et opportunément "réactivé", le virus-fantôme se chargera de stopper la vague insurrectionnelle."

"Plus personnes ne va croire ce menteur pathologique."

"Ça ne prend plus, une fois mais pas deux, la colère est à sont paroxysme, il n'y a pas que la réforme des retraites c'est un ensemble, et accumulation de toute la maltraitance de la macronie. Qu'ils dégagent !!!"

"@EmmanuelMacron est affaibli , il est K-O sur le plan psychique et politique, il use de sa dernière carte « La Matraque » et c’est le moment où jamais de le faire dégager, il ne faut pas le laisser respirer."

"Le peuple Français doit exiger la démission ou la destitution de Macron. Il est grand temps de faire du ménage dans ce Gouvernement."

"Ce guignols n'a plus de place comme président de France il devrait partir pour que ce pays retrouve ses couleur."

François Asselineau :
VOMI PAR LES FRANÇAIS, LE MOZART DU BORDEL GÉNÉRAL EST COINCÉ À L'ÉLYSÉE
Traqué partout par le peuple en colère, Macron ne peut plus :
- accueillir Charles III
- dîner à Versailles
- aller au Stade de France
- se rendre à Toulon
- exercer ses fonctions
IL FAUT LANCER LA DESTITUTION

De l'autre côté de la Manche :
"Macron is learning what it means to go against The People."

25 mars 2023

L’explosion du 23 mars

Maxime Tandonnet

450 policiers et gendarmes blessés, des centaines d’arrestations, les événements d’hier soir sont d’une extrême gravité que la tonalité générale médiatique a tendance à sous-estimer. Paris est couvert de montagnes d’immondices. Les émeutiers ont incendié les gigantesques tas d’ordures accumulés dans les rues de la capitale, les flammes et des colonnes de fumées s’élevaient à l’horizon. Dans toute la France, les manifestations rassemblant des centaines de milliers de salariés, de lycéens et étudiants ont dégénéré en émeutes, provoquant des incendies et des destructions. Les transports et les raffineries sont bloqués et l’essence risque de manquer. Sous peu, l’économie sera paralysée. Le pays se désintègre sous nos yeux. Nous allons vers un nouveau mai 68 (comme cela a été dit à maintes reprises dans ces pages) mais sans Pompidou pour en sortir. L’image que donne la France à l’étranger est celle d’un pays en train de brûler. L’effondrement a pour origine un projet de réforme dont nous savons, sans le moindre doute possible, par-delà les vagues de mensonges, qu’il est parfaitement inconsistant, inutile et injuste. Cette situation n’est rien d’autre que le fruit d’une dérive mégalomaniaque et du jeu des courtisans et des lâches qui l’ont encouragée ou laissé faire quand ils pouvaient s’y opposer. C’est tout un système fondé sur la sublimation de l’hubris et l’anéantissement de la force de caractère et d’intelligence qui empoisonne aujourd’hui la France. 24/3/2023


21 mars 2023

Jonathan Sturel

Si la motion passait, certes cela faisait tomber Borne et son équipe de bras cassés mais elles auraient été remplacées par d'autres robots macronistes immédiatement. Nous aurions été satisfaits de cette chute mais pour quelques semaines seulement, le temps qu'un remaniement nous impose Gabriel Attal à Matignon par exemple.
Le rejet de cette motion ouvre des perspectives beaucoup plus intéressantes. Maintenant que le parcours institutionnel est terminé, il reste la possibilité que la rue prenne le relai.
Et cette perspective intéresse davantage les gens qui, comme nous, souhaitent beaucoup plus énergiquement la chute de Macron que celle de Borne ; la fin du régime plutôt que celle d'une vulgaire réforme des retraites.
Peut-être qu'il ne se passera rien, mais si la motion passait il était absolument certain que rien ne se passerait. Alors entre un scénario qui a 0% de chance de se réaliser et un autre qui a 1%, je prends le deuxième.

17 mars 2023

Entre le 49.3 à l’Assemblée et le retour du chaos

Maxime Tandonnet
Publié le 17 mars 2023 (pour Atlantico, avec M. Christophe Boutin)


La réforme des retraites a donc été adoptée par 49.3 à l’Assemblée nationale. Des motions de censure ont été annoncées dans la foulée. Est-ce une énième crise politique, comme la France en a l’habitude ou une rupture plus profonde ?

Nous sommes sans doute devant bien autre chose qu’une simple crise sociale. Dans les profondeurs du pays, l’exaspération est extrême. Elle a des causes économiques et sociales bien sûr, l’aggravation de la pauvreté, le chômage, l’inflation qui ronge le pouvoir d’achat et frappe de plein fouet la classe populaire et la classe moyenne. Mais surtout, cette exaspération à des causes mentales. Elle est une réponse au sentiment d’un déni démocratique. En 2017 comme en 2022, la présidentielle n’a pas donné lieu à un débat de société et à des choix politiques, le président étant élu largement par défaut. Le taux d’abstention gigantesque des législatives (46%) a souligné à quel point la population ne se sentait plus écoutée ni représentée. La réforme des retraites avec sa mesure emblématique des 64 ans, fait l’objet d’un rejet extrêmement profond de la population. L’entêtement ou l’aveuglement des dirigeants politiques à ce sujet engendre un malaise profond dans le pays. Cette impression que le pouvoir politique méprise le peuple est à la source d’un climat explosif. L’usage du 49.3 (après le 47.1 pour bloquer les débats) pourrait être l’étincelle de trop.

Derrière le match Emmanuel Macron et son gouvernement contre l’opposition politique et sociale, dans quelle mesure se joue-t-il le match des Français contre la technocratie ?

Le conflit se situe entre une vaste majorité des Français et une classe dirigeante qui s’incarne dans quelques figures médiatisées au style technocrate poussé à la caricature : arrogance, langue de bois, mépris, indifférence morgueuse… Pour autant, l’État profond (l’administration) n’y est cette fois-ci pour rien. Ce n’est pas lui qui a poussé le pouvoir politique dans cette voie. L’origine est purement politique : les « 65 ans » en guise de programme du président-candidat Macron et l’acharnement de ce dernier à les mettre en œuvre, déclinés en « 64 ans », dans un objectif de posture autoritaire. Rarement un tel consensus contre le pouvoir politique ne s’est trouvé réuni dans une logique qui surmonte les clivages sociaux et idéologiques – à l’exception de la bourgeoisie fortunée et retraitée.

Alors que le gouvernement est forcé de recourir au 49.3. À quel point faut-il voir, dans la séquence actuelle, un énième clou dans le cercueil du cercle de la raison ? Une remise en cause du modèle ?

Le pays sombre une nouvelle fois dans l’absurdité. Cette réforme, en particulier les 64 ans de la discorde, est largement inutile et relève de la provocation. Compte tenu des 43 annuités pour atteindre une retraite à taux plein, les 64 ans pénalisent (injustement) une minorité de personnes qui, ayant fait peu d’études (travailleurs manuels), ont exercé un premier emploi avant l’âge de 21 ans. Or, dans un climat d’extrême confusion, il semble que « les carrières longues » sont partiellement exonérées de la règle des 64 ans (même si des poches d’injustice subsistent). Affirmer dans ces conditions que les 64 ans sont en soi indispensables pour sauver les retraites relève du mensonge grossier. La France se déchire sur une querelle qui relève à bien des égards du chiffon rouge. Bien entendu le modèle politique français, le système présidentiel, est au cœur de la tragédie dès lors qu’il favorise les dérives autocratiques et vaniteuses, la courtisanerie (que l’on voit à l’œuvre notamment dans l’ancienne opposition de droite) et la déconnexion.

Quelles peuvent être les conséquences de la séquence politique actuelle, à la lumière de ces enjeux ?

Il est toujours difficile de prévoir la suite des événements. À court terme, les conditions d’un embrasement paraissent réunies : l’extrême impopularité et discrédit de l’équipe au pouvoir avec une colère qui risque de se focaliser sur l’image du président, le mécontentement social, le quasi consensus populaire dans le rejet, la crise démocratique. Le déclenchement d’événements d’une gravité équivalente à mai 1968 (bien que d’une nature différente) est un scénario plausible même si rien n’est évidemment certain. À long terme, en revanche les choses sont plus claires. Nous allons de toute façon vers une aggravation de l’écœurement, du dégoût de la politique et de la défiance. L’abstention va encore augmenter, dans des proportions vertigineuses ainsi que le vote de colère, aussi bien vers la Nupes que vers le RN. L’effondrement du macronisme est inéluctable. La droite LR, dans sa forme actuelle, est probablement aussi condamnée. En soutenant – avec un zèle qui fait froid dans le dos – la réforme du président Macron elle a largement lié son destin à celui du macronisme. Bien entendu, sur les ruines de la politique française, de nouvelles personnalités, n’ayant pas trempé dans la compromission, peuvent émerger. Mais nous n’en sommes pas là. 17/3/2023

6 mars 2023

Veillée d'armes syndicale ce lundi

Yann Bizien

Le rapport de forces des syndicats avec le pouvoir se poursuit. Les représentants syndicaux espèrent l'apogée de la colère démocratique demain dans la rue. Le peuple actif tourne majoritairement le dos à Emmanuel Macron, y compris ses électeurs inconscients de la portée de leur vote en 2022.
Dans une France au bord du gouffre, l'exécutif a fait une grave erreur d'analyse en sous-estimant la colère du peuple, qu'il ne considérait jusqu'ici que comme de simples inquiétudes. Il n'a eu qu'une approche comptable dans son projet. Il a même versé dans un discours d'autosatisfaction et dans le péril grave de la démagogie, laissant espérer l'illusion d'une retraite à 1200 € minimum.
La réalité est que le contexte de cette réforme des retraites est bien plus tendu qu'en 2003 et 2010. La guerre est à nos portes. Les prix de l'énergie et des produits alimentaires ont explosé. Le pouvoir d'achat s'est écroulé. La pauvreté gagne partout du terrain. Et la jeunesse pourrait également se mobiliser.
Notre société est perçue comme déclinante, sans perspective, sans issue, dans l'impasse. Notre vieille nation a été sabotée et sabordée. Pire, une certaine classe politique estime qu'il n'y a pas de déclin mais qu'un sentiment du déclin.
Pas étonnant de voir le peuple verser dans la colère.
Les signes du temps ne sont pas du tout favorables au pouvoir. Il espérait un peuple au garde-à-vous et consentant. Il s'est trompé. Pour une fois, Libération n'a pas tort : la France gronde, et Macron regarde ailleurs.