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18 juillet 2026

Georges Kuzmanovic
17/7/2026

Guerre en Ukraine
La paix c'est la guerre... jusqu'au dernier Ukrainien


Sous couvert de paix, Londres, Paris, Berlin et Bruxelles préparent la continuation de la guerre. En refusant de traiter les causes du conflit et en envisageant un déploiement occidental en Ukraine, ils rendent tout cessez-le-feu impossible. Les Ukrainiens en payeront, comme toujours, le prix fort.

Un disque otanien rayé

Depuis des années et particulièrement depuis plusieurs mois, les dirigeants européens et de l'OTAN multiplient les déclarations en faveur de la paix en Ukraine. Pourtant, les projets qu'ils présentent visent exactement l'inverse, non pas les conditions d'une désescalade, mais celles d'une prolongation du conflit pour en faire une nouvelle guerre sans fin.
Les mots ont un sens, et lorsqu'ils cessent de correspondre aux actes, voire y sont diamétralement opposés, ils deviennent instruments de propagande – situation parfaitement décrite par George Orwell dans sa célèbre dystopie 1984.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a ainsi confirmé que vingt pays, puis près d'une trentaine issus de la « coalition des volontaires », étaient prêts à participer à une force militaire destinée à être déployée en Ukraine après un éventuel cessez-le-feu. Londres, Paris, Berlin et Bruxelles travaillent ouvertement à cette architecture, tandis que les livraisons d'armes à Kiev se poursuivraient pendant les négociations et que les sanctions contre Moscou seraient maintenues, voire renforcées.
Un ignorant en stratégie militaire comprendrait dès lors qu'un tel cessez-le-feu aurait d'abord pour objectif de renforcer l'armée ukrainienne – actuellement très en difficulté et reculant sur tout le front – et serait complètement au détriment de la Russie. Ce serait une sorte de Minsk II revisité et dont on connait le résultat.

Quelles sont les chances que le Kremlin accepte un tel accord ? Aucune ! Pas plus cette fois que les autres fois ces deux dernières années.
La solution proposée par l'OTAN et les dirigeants européens ressemble à un vieux disque rayé répétant à l'infini la même chose.

Présentée aux opinions publiques occidentales comme une initiative de paix, cette proposition constitue pourtant, du point de vue russe, la garantie même de la poursuite de la guerre. Et c'est précisément là que réside le cœur du problème, car depuis plus de quinze ans, les dirigeants européens prétendent rechercher la paix (Minsk, Minsk II, négociations diverses, Anchorage...) tout en refusant de prendre en compte la principale cause stratégique du conflit, à savoir l'extension de l'OTAN à l'est.

Une guerre d'extension de l'OTAN

Pour comprendre pourquoi cette proposition est pratiquement vouée à l'échec avant même d'être mise en œuvre, il faut revenir aux causes profondes de cette guerre.
C'est fondamental. Car de la définition des causes de la guerre dépend son issue.

Dans la lecture dominante en Europe occidentale, la Russie aurait envahi l'Ukraine par pur impérialisme territorial et sans aucune provocation. Cette interprétation existe évidemment à Moscou dans certains courants nationalistes ou identitaires, et minoritaires, mais elle ne suffit pas à expliquer la décision stratégique prise en février 2022.
Si tel était le cas, alors la position des Occidentaux serait parfaitement légitime : on ne peut pas laisser s'étendre sans sanctions ou tenter de la bloquer une puissance impériale tentant de s'étendre partout et d'imposer sa volonté par simple désir de maximiser sa puissance.

Évidemment, on note le manque d'à propos des Européens, car s'il y a une puissance hégémonique qui impose ses vues de manière impériale depuis 1991 et d'abord sur le dos des Européens, ce sont bien les États-Unis... Mais la cohérence n'est pas leur fort.

La réalité, depuis les années 1990, et plus encore depuis le sommet de Bucarest de 2008, est que la question centrale est celle de l'élargissement de l'OTAN vers l'Est, et particulièrement de son extension potentielle à l'Ukraine et à la Géorgie qui avait conduit à un conflit similaire au conflit ukrainien dès l'été 2008.

Le refus russe de cette extension n'est ni récent ni ambigu.
Dès le discours de Vladimir Poutine à la conférence sur la sécurité de Munich en février 2007, Moscou dénonçait publiquement l'expansion continue de l'Alliance atlantique comme une menace directe pour sa sécurité nationale et tirait une ligne rouge à ne pas franchir.
Quelques mois plus tard, William Burns, alors ambassadeur des États-Unis à Moscou (puis directeur de la CIA sous Joe Biden), adressait à la secrétaire d'État Condoleezza Rice un câble diplomatique devenu célèbre, révélé par les Wikileaks, sous le titre « Nyet Means Nyet » (« Non signifie Non »). Burns y expliquait que l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN constituait la ligne rouge absolue pour l'ensemble des élites russes et dans toute la classe politique russe, bien au-delà du seul Vladimir Poutine. Il avertissait qu'une telle évolution risquait de provoquer une guerre civile en Ukraine et d'obliger la Russie à intervenir.
Ces avertissements n'étaient pas ceux de propagandistes russes. Ils émanaient du plus haut représentant diplomatique américain à Moscou et analyste consciencieux de la situation.

Angela Merkel elle-même reconnaît dans ses mémoires que la perspective d'une intégration de l'Ukraine à l'OTAN était susceptible de provoquer une guerre avec la Russie. L'ancienne chancelière allemande explique notamment pourquoi elle s'était opposée à une adhésion rapide de Kiev lors du sommet de Bucarest, en accord alors avec Nicolas Sarkozy.

Dès le 15 décembre 2021, soit plus de deux mois avant le déclenchement de la guerre, Vladimir Poutine avait officiellement transmis à Washington un projet de traité sur les garanties de sécurité proposant une négociation globale sur l'architecture de sécurité européenne et exigeant notamment l'arrêt de l'élargissement de l'OTAN à l'Ukraine. Cette initiative, rendue publique deux jours plus tard, fut rejetée sur ses points essentiels.

Les exemples de ce types sont pléthoriques et encore une fois, la guerre de Géorgie de 2008 annonçait clairement ce qu'il allait se passer.
Autrement dit, les principaux dirigeants occidentaux connaissaient parfaitement les conséquences prévisibles de cette trajectoire stratégique.

Même Jens Stoltenberg, alors secrétaire général de l'OTAN, a reconnu que Vladimir Poutine avait demandé, à l'automne 2021, l'arrêt de l'élargissement de l'OTAN comme condition pour ne pas envahir l'Ukraine. L'Alliance a refusé cette demande, et, selon les propres mots de Stoltenberg, « il est donc allé à la guerre pour empêcher davantage d'OTAN à ses frontières ».

« À l'automne 2021, le président Poutine a envoyé un projet de traité que l'OTAN devait signer, promettant qu'il n'y aurait plus d'élargissement de l'OTAN. C'était sa condition pour ne pas envahir l'Ukraine. Bien sûr, nous ne l'avons pas signé. Au contraire, nous avons réaffirmé la politique de la porte ouverte. (...) Il est donc allé à la guerre pour empêcher davantage d'OTAN à ses frontières. » – Jens Stoltenberg, Jens Stoltenberg speaks to the EU Parliament.

On peut également évoquer le mémorandum d'Istanbul.
Quelques jours seulement après le début de la guerre, des négociations directes entre Moscou et Kiev s'ouvrent en Biélorussie puis à Istanbul et aboutissaient quasiment définitivement après quelques semaines à ce qui a été appelé le mémorandum d'Istanbul.
Les projets d'accord alors discutés prévoyaient notamment, et principalement, la neutralité de l'Ukraine, assortie de garanties internationales de sécurité, donc l'abandon de toute perspective d'adhésion à l'OTAN, le règlement définitif de la question de la Crimée comme territoire russe, ainsi qu'une autonomie des territoires du Donbass et de Lougansk... maintenus comme territoire ukrainien. Ces discussions semblaient avoir enregistré des avancées significatives avant d'être interrompues. Pour Moscou, mais aussi selon plusieurs acteurs ayant participé ou assisté au processus, dont l'ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett, l'intervention des États-Unis et du Royaume-Uni, symbolisée par la visite de Boris Johnson à Kiev en avril 2022, a joué un rôle déterminant dans l'abandon de cette voie diplomatique et dans la poursuite de la guerre.
L'Occident était alors convaincu que le cortège sans précédent de sanctions économiques allait mettre la Russie à genoux. Il n'en a rien été, or c'était la carte maîtresse occidentale.

Une « paix » qui reprend exactement les causes de la guerre

Or que proposent aujourd'hui Londres, Paris, Berlin, Bruxelles et leurs partenaires ?
Un cessez-le-feu au cours duquel les livraisons d'armes occidentales se poursuivraient, les sanctions contre la Russie resteraient en place et une force militaire composée de pays membres de l'OTAN ou de ses alliés serait déployée en Ukraine. Donc des troupes de l'OTAN, des bases de l'OTAN, des systèmes d'armes à longue portée de l'OTAN en Ukraine...

Autrement dit, ils proposent précisément ce contre quoi la Russie affirme combattre depuis le premier jour. Et c'est de surcroît le projet d'affaiblissement de la Russie clairement écrit par les têtes pensantes néoconservatrices, Zbigniew Brzeziński en particulier dans Le grand échiquier (1997).

On peut discuter la légitimité des exigences russes. On peut condamner l'invasion de l'Ukraine. On peut considérer que Moscou porte une responsabilité majeure dans cette guerre. On peut discuter à bâtons rompus du cadre d'une nouvelle architecture de sécurité, mais une négociation ne consiste pas à ignorer les intérêts de sécurité de son adversaire, en particulier quand cet adversaire dispose de plus de 6000 têtes nucléaires.

La négociation consiste précisément à trouver un équilibre acceptable entre des intérêts contradictoires, comme on avait su le faire lors de la guerre froide.
Or aucune négociation sérieuse n'est possible si l'une des parties exige que l'autre accepte, à l'issue de la guerre, la situation stratégique contre laquelle elle était entrée en guerre pour l'empêcher, sauf à espérer une défaite stratégique totale de l'adversaire. Or, c'est précisément ce que poursuivent les dirigeants otaniens bien que ce soit complètement illusoire. Là encore, le disque est rayé. Londres, Paris, Berlin et Bruxelles, comme l'État profond américain, partagent l'espoir, la croyance en fait, que la Russie va finir par s'effondrer par un renversement de Poutine, ou une révolution populaire, ou encore un épuisement de l'armée, voire par un effondrement économique, sans que rien de cela ne se passe... ni même que le début des conditions soient réunies pour qu'un de ses scénarios aboutisse.

Du point de vue du Kremlin, une force militaire occidentale installée durablement en Ukraine constituerait une présence de fait de l'OTAN, quelle que soit l'appellation choisie.
Il n'existe donc pratiquement aucune probabilité que Moscou accepte un tel dispositif. Chacun le sait parfaitement.

Le prix de l'aveuglement stratégique

Les conséquences sont prévisibles : il n'y aura pas de cessez-le-feu dans ces conditions, pas plus cette fois que lors des précédentes propositions.

Par contre depuis, la Russie a avancé et revendique quatre Oblast, le Donbass, Lougansk, Kherson et Zaporijia et surtout elle lamine l'armée ukrainienne, l'Ukraine et la société ukrainienne.
Les conséquences pour l'Ukraine et les Ukrainiens dont on prétend se préoccuper à l'Ouest sont catastrophiques, au point qu'il sera difficile pour ce pays de se remettre, voire impossible.
Depuis le début du conflit en février 2022, les pertes ukrainiennes ont dépassé le million de morts – c'est sidérant. Des centaines de milliers ont déserté. L'Ukraine s'est vidée de sa population : de 42 millions d'habitants avant le conflit, elle n'en compte plus que 25 millions selon le dernier recensement, en raison des pertes et surtout d'une émigration massives vers l'Europe et la Russie. Par ailleurs, les infrastructures du pays sont massivement détruites.

En face, la Russie a subi quelques dommages sur certaines raffineries – pas de quoi casser son économie (voir l'émission avec Jacques Sapir) – son économie réorientée cers les pays BRICS et décorrélée du cadre financier occidental n'est pas à genoux, loin s'en faut ; sur le front, 770 000 soldats sont massés face à l'armée ukrainienne, elle a l'ascendant en artillerie par 9 contre 1 (l'artillerie est ce qui tue le plus dans cette guerre), l'ascendant en aviation, en munitions, l'ascendant en nombre et en qualité de missiles, l'ascendant maintenant en drones.
Ses pertes sont importantes, mais limitées compte tenu de la nature colossale de ce conflit, soit entre 240 000 et 260 000 morts (chiffres que nous avons plusieurs fois expliqués sur Fréquence Populaire).
Même le général Valeri Zaloujny, ancien commandant en chef de l'armée ukrainienne, estime dans un article récent du Telegraph, « N'imaginez pas que la Russie a perdu la guerre » (c'est un euphémisme) que la Russie a perdu près de 250 000 soldats tués depuis le début de la guerre. Il ajoute, que croire que Moscou est sur le point de s'effondrer serait une « dangereuse erreur d'appréciation ». Autrement dit, malgré des pertes considérables, la Russie démontre qu'elle est prête à poursuivre une guerre d'attrition dont les Européens semblent toujours refuser de mesurer les conséquences stratégiques.

La Russie poursuivra son offensive, et plus les dirigeants européens insisteront sur cette ligne, plus Moscou considérera qu'il lui faut obtenir par les armes ce qu'elle ne peut obtenir par la négociation.
L'évolution du discours russe est d'ailleurs révélatrice.
Il y a peu, Vladimir Poutine qui était tenant d'une ligne cherchant un compromis a basculé. Lors du discours devants les cadets de l'armée, il a déclaré que l'Europe et l'OTAN voulait la guerre et qu'il fallait s'y préparer. Iouri Ouchakov, conseiller spécial de Poutine pour les Affaires étrangères, a déclaré que les négociations et accords d'Anchorage (sommet Trump / Poutine du 15 août 2O25) étaient caduques, quand à Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de Russie, il considère, publiquement, qu'il n'y a plus aucune négociation et que le conflit se règlera sur le champ de bataille.

Alors que les premiers objectifs étaient officiellement centrés sur la neutralité de l'Ukraine, la démilitarisation et la reconnaissance des territoires déjà annexés, plusieurs responsables russes évoquent désormais de manière beaucoup plus ouverte la perspective d'un contrôle durable de l'ensemble de la Novorossia, c'est-à-dire tout l'espace situé à l'est du Dniepr (et donc Kharkov, 2e ville d'Ukraine), plus Odessa, voire davantage (c'est-à-dire Kiev) si les projets occidentaux devaient se poursuivre.
C'est cohérent du point de vue russe : si les pays de l'OTAN veulent l'Ukraine dans l'OTAN, alors il faut faire reculer sa frontière au plus loin et le Dniepr est une ligne de défense et de séparation naturelle, et Odessa prive ce qui reste d'Ukraine d'accès à la mer Noire et l'OTAN d'une ligne maritime de ravitaillement.


Les trois zones hachurées (à l'est du Dniepr, l'Oblast d'Odessa, zone tampon entre l'Oblast d'Odessa et Dnipropetrovsk) correspondent aux objectifs de conquête russe si l'option d'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN est maintenue. Cela pourrait inclure Kiev et également la Transnistrie (bande séparatiste russe à l'est de la Moldavie). Ces visées sont maximalistes mais font écho aux visées maximalistes de l'OTAN. De tels gains territoriaux ne pourraient évidemment être obtenus que par une capitulation sans condition de Kiev.

Autrement dit, plus l'Occident refuse de traiter la question de l'OTAN, plus les objectifs territoriaux russes s'élargissent, condamnant à terme les possibilités d'existence viable d'une Ukraine croupion qui serait potentiellement partagée entre ses voisins.

Les Ukrainiens veulent désormais la paix

Cette stratégie est d'autant plus troublante qu'elle semble désormais en contradiction avec l'évolution de l'opinion ukrainienne elle-même.

Selon Gallup, le soutien à une guerre menée « jusqu'à la victoire » s'est effondré en quelques années. (En 2022, 73 % des Ukrainiens souhaitaient poursuivre les combats jusqu'à la victoire militaire.)
Les enquêtes plus récentes confirment cette tendance : une large majorité des Ukrainiens privilégie désormais une solution négociée plutôt qu'une guerre indéfinie.
Le même sondage en 2026 donne 80 % d'Ukrainiens favorables à une paix ici et maintenant, y compris si celles-ci impliquaient l'acceptation des pertes territoriales déjà subies.

Cette évolution n'a rien de surprenant.
Depuis plus de quatre ans, le pays vit sous mobilisation permanente.
Les vidéos montrant les recrutements forcés dans les rues ukrainiennes se multiplient. Les centres de mobilisation font l'objet de contestations grandissantes. Même dans l'ouest du pays, notamment autour de Lviv, longtemps considéré comme le bastion du nationalisme ukrainien, des manifestations et des actes de résistance contre les méthodes de mobilisation apparaissent désormais – même si la plupart de médias occidentaux détournent pudiquement le regard .

La fatigue humaine est immense. L'économie est exsangue, et en fait est à l'arrêt complet sous perfusion permanente de l'Ouest.
Des millions d'Ukrainiens vivent à l'étranger. Une génération entière est sacrifiée. No futur.

Une guerre qui sert d'autres intérêts

Pourquoi un tel entêtement chez ceux qui sont loin du front et de ces souffrances ?
Pourquoi, dès lors, maintenir une stratégie dont chacun peut constater qu'elle éloigne les perspectives de paix ?

Une première réponse est économique.
La guerre constitue un gigantesque marché pour l'industrie d'armement occidentale, en particulier américaine. Les commandes explosent, les budgets militaires atteignent des niveaux historiques et le complexe militaro-industriel occupe une centralité politique comme jamais auparavant. Ce que craignait le général et Président Eisenhower s'est réalisé : la mainmise de l'appareil militaro-industriel sur les institutions et plus largement la démocratie.

« On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. »
Anatole France.

Mais cette explication, bien que réelle, ne suffit probablement pas. Il y a une seconde dimension, plus idéologique.
Depuis trois ans, une partie des élites occidentales caresse l'espoir qu'un retournement stratégique majeur puisse encore intervenir : effondrement économique russe, crise politique interne, rupture du front ou changement de régime à Moscou.
Cet espoir relève de moins en moins de l'analyse stratégique et de plus en plus de la croyance.

Or, pendant que l'on attend ce miracle, les réalités militaires continuent d'évoluer.
Sur plusieurs secteurs du front, les forces ukrainiennes connaissent des difficultés croissantes en effectifs, en réserves et en capacité de rotation.
La forteresse de Kostiantynivka est tombée, ainsi que Krasny Liman, le front connaît des percées russes du côté de Soumy et de Kharkov – alors même que les médias occidentaux depuis presque deux mois affirment le contraire, créant une étrange illusion de victoire ukrainienne. La pression russe s'accroît progressivement sur l'ensemble du front. Le temps joue davantage en faveur de Moscou qu'en faveur de Kiev, et compte tenu des manque de réserve, nécessairement, le front finira par craquer quelque part ou continuera à reculer tout le long vers le Dniepr.

Persister à promettre une victoire devenue de plus en plus improbable revient à prolonger une guerre dont les premiers à payer le prix sont les Ukrainiens eux-mêmes.

Au fond, la contradiction est devenue totale. Les capitales européennes parlent de paix tout en préparant les conditions militaires qui rendent cette paix impossible. Elles refusent toujours d'intégrer dans leur réflexion l'élément stratégique qui a conduit au déclenchement de la guerre, la question de l'OTAN et des garanties de sécurité réclamées par Moscou depuis près de vingt ans.

La paix ne consiste pas à imposer à son adversaire les raisons mêmes qui l'ont conduit à entrer en guerre, elle consiste à construire un compromis suffisamment solide pour que chacun y trouve un intérêt supérieur.
Tant que cette réalité élémentaire continuera d'être ignorée, les conférences diplomatiques, les coalitions de volontaires et les annonces de forces de réassurance ne prépareront pas la paix.

Elles garantissent seulement la poursuite de la guerre.
Jusqu'au dernier Ukrainien...

26 juin 2026

Gastel Etzwane
26/6/2026

Mark Rutte à la Maison-Blanche : le bon élève qui vient rendre des comptes à Papa

Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, s’est rendu à la Maison-Blanche pour rencontrer Donald Trump. L’image était celle d’un employé zélé venu présenter son rapport à son patron. Avec des graphiques à l’appui, dont une barre triomphale intitulée « Trump Trillion », Rutte a fièrement montré au président américain à quel point les Européens avaient augmenté leurs dépenses militaires.
On se souvient qu’il y a quelques mois, lors d’un sommet de l’OTAN, Rutte avait déjà appelé Trump « Daddy » (« Papa ») en public. Hier, il n’a pas eu besoin de le répéter : son attitude suffisait. Il est venu montrer, chiffres à l’appui, que l’Europe faisait bien ses devoirs, augmentait ses budgets de défense et continuait d’acheter des armes américaines en quantités industrielles.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. L’OTAN n’est pas, et n’a jamais vraiment été, une simple alliance défensive entre égaux. C’est avant tout l’outil principal de la politique étrangère et commerciale des États-Unis en Europe. Les pays membres sont invités, ou sommés, d’acheter du matériel américain, puis de le transmettre à l’Ukraine ou de le stocker. L’argent circule : des budgets européens vers les industries d’armement américaines, via les gouvernements et les intermédiaires politiques.
Cette mécanique fonctionne quel que soit le locataire de la Maison-Blanche. Que ce soit Trump, Biden ou un autre, le schéma reste identique : les États-Unis fixent le cap, l’OTAN le traduit en langage « valeurs » et « sécurité collective », et les Européens paient. La guerre en Ukraine, comme celle d’Afghanistan avant elle, fournit le récit moral nécessaire pour justifier le transfert continu de richesses des contribuables européens vers les profits de l’industrie de l’armement.
Mark Rutte incarne à la perfection cette logique de soumission. Peu de secrétaires généraux de l’OTAN auront fait preuve d’une telle capacité à endosser le rôle du bon élève, voire à subir l’humiliation sans sourciller. Ce n’est pas seulement une question de style personnel : c’est la nature même de la fonction qu’il occupe aujourd’hui. Il ne représente pas l’Europe face aux États-Unis. Il représente les États-Unis face aux Européens.
Et pendant ce temps, les trains ne roulent pas mieux, les hôpitaux manquent de personnel, les écoles ferment par manque de moyens, et les retraites sont gelées. Mais Rutte est venu, avec ses tableaux, prouver que l’Europe « fait sa part ». Papa Trump peut être content.
C’est cela, le véritable visage de l’OTAN en 2026 : une structure dont la mission première n’est pas la défense du territoire européen, mais la préservation d’un flux financier permanent au bénéfice de l’industrie militaire américaine, habillé du discours éternel sur les valeurs et la sécurité.


19 juin 2026

18/6/2026

LES FOUS FURIEUX DE L'OTAN APPLAUDISSENT L'ATTAQUE MASSIVE CONTRE MOSCOU... L'OTAN NOUS ENTRAÎNE VERS L'APOCALYPSE !



Bruno Guigue

Devant les images de Moscou en flammes, je me demande si la trêve fragile obtenue au Moyen-Orient n’est pas le prélude à un changement d’échelle du conflit russo-ukrainien. Comme Hitler aux abois, Zelensky lance ses Wunderwaffen sur la Russie en jouant le tout pour le tout. Mais ce n’est pas le plus grave. Ce qui est ahurissant, c’est qu’on ne peut pas imaginer un seul instant que les dirigeants occidentaux soient étrangers à une telle escalade. Provoquer une puissance nucléaire en incendiant sa capitale constitue un précédent historique, et les nations européennes sont rendues complices de facto d’une telle folie. Qu’attendent les peuples pour s’opposer à leurs gouvernements ?


Georges Kuzmanovic

Les atlantistes et les va-t-en-guerre de l’OTAN se réjouissent de l’attaque massive menée contre Moscou :
- la raffinerie de Moscou, un nuage de suie recouvre une partie de la ville,
- un marché,
- une importante gare routière,
- plusieurs immeubles d’habitation.
Cela n’a aucun effet stratégique. Sur le front, l’armée ukrainienne recule partout et perd ses derniers grands bastions du Donbass, notamment Kostiantynivka, dont on parle si peu. L’objectif n’est pas militaire. Il est de provoquer la Russie, de déstabiliser Vladimir Poutine et sa stratégie de paix négociée, afin de susciter une réaction qui entraînerait directement l’OTAN dans le conflit.
Ces attaques ne peuvent être menées avec succès sans l’implication directe de l’OTAN en matière de planification et de renseignement militaire.
Le Kremlin doit faire un choix : quelle réponse apporter à une attaque contre sa capitale – après de multiples autres attaques, dont l’une a visé une composante de sa triade nucléaire, les bombardiers stratégiques – tout en sachant qu’elle est menée en cobelligérance avec l’OTAN ?
Les dirigeants de l’OTAN et les responsables européens jouent avec le feu et accroissent les risques de guerre ainsi que d’escalade nucléaire.
C’est insensé et suicidaire.

- 19/6/2026 - À la lecture de certains commentaires, je suis sidéré par l'incapacité de certains à comprendre de quoi il s'agit.
D'autres sont simplement stupides.
Le problème n'est pas que l'Ukraine, ou Kiev, frappe en profondeur sur le territoire russe. Le problème ne réside pas non plus dans le choix des cibles – sauf lorsqu'il s'agit de civils, évidemment, mais cette remarque vaut pour tous les belligérants. D'ailleurs, les attaques contre les raffineries russes peuvent être considérées comme une stratégie cohérente.
Après tout, l'Ukraine est en guerre et subit elle-même des frappes sévères contre ses infrastructures énergétiques.
Le problème n'est pas non plus l'aide apportée par l'OTAN, ou par les États membres de l'OTAN, à l'Ukraine. Chacun est libre de suivre la stratégie qu'il juge appropriée, même lorsqu'elle est mauvaise.
Le problème, c'est la participation directe de l'OTAN, notamment dans le ciblage d'objectifs situés en profondeur sur le territoire russe. Le problème, c'est la cobelligérance.
Le problème, c'est aussi l'oubli du risque de guerre nucléaire.
Au moins trois pays de l'OTAN sont des puissances nucléaires. La Russie est également une puissance nucléaire. Toute escalade directe entre puissances nucléaires comporte un risque de dérapage pouvant conduire à une confrontation nucléaire.
Là est le véritable problème.
Et ceux qui ne le comprennent pas sont soit des crétins, soit des inconscients.
Georges Kuzmanovic

29 novembre 2025

Régis de Castelnau
29/11/2025

Europe : l’autonomie stratégique en mode armoire IKEA à monter

Quand l'Amérique refile l'OTAN à l'Allemagne


Extraordinaire moment que la séquence théâtrale autour de la soi-disant discussion sur le « plan américain pour la paix en 28 points transformés par les Européens en plan en 19 points. Plans (au pluriel) qui présentent deux caractéristiques assez intéressantes pour servir à régler le conflit en Ukraine : tout d’abord de n’avoir pas été discuté avec les Russes, ensuite de comporter des mesures radicalement inacceptables par celui qui l’emporte sur le plan militaire.

Nous avons trouvé sur les réseaux le compte-rendu de la rencontre à Berlin entre Matthew Whitaker, émissaire spécial de Trump auprès de l’OTAN, et Friedrich Merz le chancelier allemand. Matthew Whitaker, a exprimé le “souhait”, lors de la conférence de Berlin sur la sécurité, que l’Allemagne assume à l’avenir le rôle de leader de l’OTAN.

N’ayant pas trouvé l’auteur, nous le reproduisons sans son accord. S’il se reconnaît, qu’il n’hésite pas à nous contacter pour que nous puissions rectifier.

Lorsque les Américains sont venus expliquer à Merz le sens de la pantalonnade autour du « plan de paix » à charge pour lui d’aller ensuite l’expliquer aux deux autres chihuahuas. Il y a eu un petit moment de flottement à Berlin. Genre silence gêné quand Matthew Whitaker, émissaire spécial de Trump auprès de l’OTAN, a dit : « Dans 15 ans, peut-être même avant, l’Europe annoncera qu’elle est prête à assumer le leadership réel que les États-Unis ont exercé au cours des 76 dernières années. » Ce qui avec la traduction simultanée donne : « c’est terminé, on ne viendra plus se battre pour vos frontières. Bon courage à vous. Bisous. »

Interloqué le général allemand Wolfgang Wien a dit être un peu surpris. « Comment ça surpris ? Ça fait 20 ans qu’on vous répète que vous “devez faire plus”. On a même dit ça poliment en vous demandant de payer votre défense au lieu de « arrêtez de squatter la nôtre ». Parce que vous comprenez, on en a marre de vous voir jouer au Monopoly stratégique avec de la monnaie de singe. Et alors que vous êtes incapables d’aligner deux brigades réellement opérationnelles, comme vient de le montrer le fiasco de vos manœuvres en Roumanie. Ce qui ne vous empêche pas de vouloir “contrer la Russie et protéger l’ordre international”, pour assurer la sécurité mondiale.

Donc Whitaker est venu à Berlin confier le commandement suprême de l’OTAN en Europe à l’Allemagne. Le pays où l’armée doit parfois acheter ses pièces détachées sur eBay.

Ce poste de commandement n’a JAMAIS été occupé par un européen depuis la création de l’OTAN. Et pour une bonne raison : le commandant doit pouvoir contrôler les forces armées et l’arsenal nucléaire américain, ce qui nécessite évidemment une liaison directe avec le président des États-Unis.

Et maintenant Washington qui dit : « tenez prenez-le, faites vous plaisir. Mais attention, le bouton rouge n’est plus compris dans le package. »

Derrière la courtoisie diplomatique, le message a quand même résonné comme une porte qui claque : les Américains ne mourront pas pour Berlin, Paris ou Varsovie. Ils ne vont pas échanger un soldat du Kansas contre un district de Brandenburg ou une banlieue de Gdańsk. Ils ont d’autres priorités : la Chine, leurs élections, et leur dette publique qui enfle comme un projet de budget européen.

Soudain, les grandes envolées européennes sur “la défense de nos valeurs” prennent une couleur étrange, un peu jaunâtre, comme un fromage français oublié. D’autant que les mêmes capitales passent leur temps à proclamer l’imminence d’une guerre : La Russie va attaquer dans 3 ans ! Ou deux. Ou demain matin. On ne sait plus trop, ce qui compte c’est de paniquer. Et voilà que le Donald leur confirme que l’Europe devra le faire seule. Mais avec quoi ? Des budgets théoriques, des arsenaux à moitié vides, des usines qui se mettront en grève et des gouvernements qui psalmodient « réarmement, réarmement ! » Comme on annonce des régimes détox : beaucoup de promesses, très peu de résultats.

Quant à elle, l’Amérique a pris sa décision. « Vous vouliez l’autonomie stratégique ? Pas de problème, on l’a posée dans le couloir. Emballée dans un carton avec, comme pour une armoire IKEA, inscrit “à monter soi-même. Sans assistance”. Bon courage l’Europe et lisez bien la notice. »

19 octobre 2025

Anna Rocca
19/10/2025

« Je sais que dépenser plus pour la défense signifie dépenser moins pour d'autres priorités. »
Les masques tombent : Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, admet devant le think tank mondialiste Carnegie Endowment for International « Peace » que les budgets de défense seront pris… sur les retraites et la santé des Européens.
L’OTAN ne vous protège pas – elle se finance sur votre dos.

Vidéo de 18 secondes ↴

8 août 2025

Quand la Finlande bascule dans la bêtise et l’aveuglement

Regis de Castelnau
8/8/2025

Être limitrophe de la Russie n’est pas une situation facile. Même si celle de la Finlande est meilleure que celle de la Pologne située géographiquement et très précisément entre le marteau allemand et l’enclume russe. Ce qui l’amènera à faire ce que Marx avait déjà décrit au XIXe siècle « très courageusement les choses les plus stupides ». Et de continuer gaiement au XXIe siècle.

La Finlande, qui est un petit pays, c’est différent. La Russie tsariste a toujours considéré que la Finlande faisait partie de la Russie. Les bolcheviks n’ont pas repris ces revendications à leur compte et ont foutu la paix au minuscule voisin. Jusqu’au moment où Staline sachant bien ce qui l’attendait de la part de l’Allemagne nazie, lança une guerre de rectifications de frontières (la Guerre d’hiver) qui lui permit après beaucoup de déboires d’arriver à ses fins. Le problème, c’est que les Finlandais profitèrent de Barbarossa pour déclarer la guerre à la Russie en s’alliant avec les nazis, le 26 juin 1941 soit quatre jours après l’offensive hitlérienne. Et en particulier, ils jouèrent un rôle important en bouclant l’atroce siège de Leningrad et en participant au massacre. Mais finalement, les Finlandais s’en sont bien tirés. En septembre 1944, après Bagration, les soviétiques étaient très occupés à terminer le conflit pour aller tuer la bête dans sa tanière. Aussi ils acceptèrent la demande finlandaise de sortir de la guerre et signèrent un armistice. Pour finir par mettre fin officiellement et juridiquement au conflit entre Union soviétique et la Finlande par un traité de paix signé à Paris en 1947. Les Finlandais qui s’en tirèrent très bien malgré leurs lourdes responsabilités dans ce qui fut infligé à l’URSS, mais le traité contenait une condition déterminante : la Finlande devait rester neutre sur le plan international. Avec les restrictions suivantes : la possession d’armes offensives telles que des missiles à longue portée, des sous-marins ou une aviation stratégique, le réarmement au-delà d’un certain seuil, la propagande fasciste ou revancharde. Après les débuts de la guerre froide, au traité de paix de 1947 fut ajouté un complément spécifique entre les deux parties qui prévoyait que la Finlande ne permettrait pas que son territoire soit utilisé pour une attaque contre l’URSS. Qui de son côté reconnaissait la souveraineté de la Finlande et s’engageait à ne pas interférer dans ses affaires intérieures, tant que la Finlande respectait ses engagements.

Ce statut d’État neutre lui permit un développement normal, une certaine autorité dans le concert international, et des relations cordiales avec son puissant voisin. Au point que le terme « finlandisation » entra dans le langage courant pour caractériser une solution particulièrement profitable dans le contexte de la guerre froide.

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2 juillet 2025

La Défense européenne est décidément soluble dans l’OTAN

H16

-2/7/2025- Après la pièce de théâtre Israël-Iran avec les États-Unis pour la mise en scène, le dernier sommet de l’OTAN qui a eu lieu la dernière semaine de juin marque une nouvelle étape dans l’évolution rapide de la géopolitique mondiale, notamment dans ce qu’il a révélé des positions européennes.

Rappelez-vous, ce n’est pas si vieux : avec l’arrivée de Trump au pouvoir, et la réalisation que les choses ne se passaient pas exactement comme prévu question budgets, les pays européens se sont retrouvés acculés à multiplier les annonces pour une Europe plus indépendante, notamment sur le plan de sa propre défense, avec une nécessité de se réarmer pour tenir compte des États-Unis soit de plus en plus distants, soit carrément hostiles.

Ainsi, la Commission Européenne dévoilait en mars un plan dodu de réarmement (Rearm Europe) se montant à 800 milliards d’euros – le contribuable européen a les moyens, manifestement – pour pouvoir faire face aux différentes menaces, dont – on ne s’étonnera pas – la Russie semblait être la première.


La position officielle étant calée, elle fut sans mal reprise lors du dernier sommet de l’OTAN dans lequel le Commissaire européen de la Défense (un certain Andrius Kubilius, un Lituanien) a estimé avec une certaine audace (ou un aplomb de dentiste) que l’Europe pourra être indépendante dans sa défense, c’est-à-dire sans dépendre des États-Unis, en utilisant habilement la préposition « à terme » permettant d’introduire un facteur temps.

Facteur temps d’autant plus important que plusieurs éléments laissent franchement penser que l’Europe va continuer à rester étroitement liée aux États-Unis pour sa propre défense, et pour encore un bon moment. On a pu ainsi voir, lors de ce dernier sommet, Mark Rutte, l’actuel Secrétaire général de l’OTAN, chercher à amadouer le président américain en le félicitant pour sa gestion de la crise en Iran et Israël, quitte à tenter un aplatissement que ne renierait pas une serpillière. Il a d’ailleurs été suivi en cela par tous les membres de l’OTAN qui ont « décidé » d’attribuer 5% de leur dépenses à la défense (contre 2% auparavant).

Et bien sûr, cette augmentation marquée des dépenses de défense se traduiront pour les pays membres de l’OTAN par de nouveaux achats d’équipements… américains.


Eh oui : l’Europe de la défense, politiquement, ça se traduit par un Royaume-Uni qui annonce acheter des F35, allant en cela dans le même sens que le Danemark qui a maintenu ses plans d’acheter les mêmes avions, et ce même après le discours de Trump sur le Groenland. Pourtant, l’Union européenne dispose d’avionneurs, y compris dans le domaine militaire.

Et quand ce ne sont pas des avions, le Commandement européen de l’OTAN passe un contrat avec l’entreprise américaine d’intelligence et de renseignement Palantir, pour ses systèmes logiciels de combat. Précisons que les outils de cette société sont largement utilisés par les administrations américaines de sécurité et de renseignements ; en équiper des armées européennes n’est pas neutre du tout sur le plan de la souveraineté (ici numérique) et sur la capacité des Américains à collecter des informations directement auprès de ses alliés, sans leur demander leur avis.

Il semble à présent assez clair que tous les discours des dirigeants européens sur une « défense européenne indépendante » tiennent beaucoup plus d’une simple réaction épidermique contre l’élection de Donald Trump que la plupart d’entre eux n’avaient pas vu (ou avaient refusé de voir) venir. Au-delà de ces discours, rien de concret ne semble vouloir prendre corps. Et ce n’est d’ailleurs pas la première fois puisqu’en 2017, les (sensiblement mêmes) dirigeants européens avaient déjà tenu ce discours d’une défense européenne souveraine dont on a pu, depuis, constater le résultat inexistant, à part bien sûr les tas dodus de subventions supplémentaires à travers le Fond Européen de Défense.

Toutes ces gesticulations n’aboutissent qu’à deux choses.

D’une part, les dépenses en matière de défense européenne vont donc continuer de croître gaillardement. Pour une partie des pays de l’Union, déjà fortement endettés (et pour certains, frôlant dangereusement la faillite), on se demande si ces choix géopolitiques – qui ne s’accompagnent jamais de coupes budgétaires compensatoires – ne seront pas les derniers clous dans leur cercueil de vanité.

D’autre part, la dépendance militaire européenne vis-à-vis des États-Unis va non seulement se maintenir, tant au niveau technologique que matériel, mais tout porte à croire qu’elle va même croître et s’accélérer.

Ces deux éléments sont exactement ce que voulait l’administration américaine, qui voulait que les alliés remplissent une part plus importante des factures tout en conservant le contrôle à Washington. Bien joué Donald !


En usant d’une menace de dissolution de l’OTAN (dont beaucoup s’accordent à dire qu’elle serait possible) Trump est parvenu à faire rentrer les Européens dans le rang qu’il leur a dévolu : le président américain semble pour le moment très satisfait d’avoir une Europe sous ses ordres. Et les Européens feront absolument tout pour faire plaisir aux Américains afin d’éviter toute disparition de l’OTAN qui représente en pratique la seule incarnation vaguement tangible d’une « Europe de la défense ».

Eh oui, la défense européenne est complètement dépendante de la logistique américaine qui lui reste irremplaçable : il n’y a pas d’autres pays dans le monde avec une telle capacité et dans ce cadre tous les projets de défense européenne actuels ne peuvent pas se réaliser sans les Américains.

Enfin, même s’il commence à y avoir une prise de conscience du retard technologique de l’Europe (par exemple en matière d’intelligence artificielle, de drones, etc), ce réveil est tardif, en plus de la pénalisation que représentent le gros paquet de politiciens, décideurs et dirigeants européens ouvertement écologistes qui bloqueront tout projet un peu sérieux dans le domaine.

En dépit de l’aspiration des peuples à disposer d’eux-mêmes, la vassalisation de l’Europe, déjà fort avancée ces 10 dernières années, semble donc s’accélérer avec l’assentiment des dirigeants européens.


https://h16free.com/2025/07/02/81265-la-defense-europeenne-est-decidement-soluble-dans-lotan

28 juin 2025

Jean-Claude Delhez
28/6/2025

NON-SENS : LES 5% DE L'OTAN

Lors du récent sommet de l'OTAN, tous les pays, sauf l'Espagne, se sont engagés à porter leur budget de la Défense à 5% du PIB en 2035. Actuellement, il gravite autour des 2%, parfois plus, parfois moins, et il est déjà en augmentation depuis quelques années. Il faut comprendre qu'il s'agit d'un pourcentage du PIB (produit intérieur brut) et non du budget de l'État, le PIB étant plus élevé. Deux exemples. Le PIB de la France est de 3.000 milliards. 5% de ce PIB, c'est 150 milliards. À dépenser chaque année pour la défense. Le PIB de la Belgique s'élève à 650 milliards. La dépense promise dépasse donc ici les 30 milliards annuels.

LE CHIFFRE

D'où vient ce chiffre de 5% ? De nulle part. C'est une requête de Donald Trump. Il ne correspond à rien. Jusqu'ici, les pays de l'OTAN devaient consacrer 2% de leur PIB à leur budget militaire. Trump considère que ces montants doivent augmenter et il a sorti le chiffre de 5% comme il aurait dit 3 ou 7. C'est la moitié de 10, il aime bien les chiffres ronds. Ce montant ne résulte pas d'une pensée stratégique nouvelle ou d'une étude qui aurait découvert des carences dans l'appareil militaire et aurait chiffré le coût de remédiation à ces carences. C'est sorti du chapeau, à la grosse louche, au pif ; mais un pourcent de plus ou un pourcent de moins, ça représente, au niveau de l'OTAN, des centaines de milliards par an, qu'il faut bien aller chercher quelque part.

LE FINANCEMENT

Cette annonce de l'OTAN intervient au moment même où, en France, l'Insee actualise le chiffre de la dette publique. Elle atteint désormais les 3.345 milliards. Elle était de 2.000 milliards à l'arrivée de Macron au pouvoir. Plus généralement, tous les pays d'Europe sont endettés et cette dette a tendance à augmenter. Cet endettement massif et croissant a deux conséquences néfastes : il place les pays sous la menace des marchés financiers, avec éventuelles dégradation de la note et crise financière à la grecque ; il impose des choix budgétaires car les intérêts de la dette et ses tranches de remboursement sont tellement élevés qu'il faut réduire des dépenses publiques ou augmenter les impôts pour y satisfaire. La forte augmentation des budgets de la Défense va évidemment encore accroître ce phénomène.

LA SOUVERAINETÉ

Un budget de la Défense, ce sont des dépenses de fonctionnement (les salaires des militaires) et un budget d'investissement (les achats d'armements). Les médias focalisent (à tort ou à raison) sur le second. Or, actuellement, les États européens achètent la majorité de leur armement hors d'Europe, en particulier aux USA. En l'état, accroître le budget de la Défense, c'est prendre des milliards supplémentaires dans les poches des citoyens européens pour les transférer dans celles des actionnaires américains. C'est, de la sorte, financer l'industrie américaine, l'emploi et l'innovation technologique aux USA, en endettant les États européens. C'est participer à la vieille politique américaine qui consiste à distancer technologiquement le reste du monde afin de se retrouver en position de monopole pour certains équipement Ainsi les USA entretiennent-ils leur domination technologique, leur domination militaire, mais aussi leur domination politique qui consiste à choisir les pays qui pourront acheter tel ou tel armement, puis à se réserver un droit de veto sur leur usage.
Depuis l'élection de Trump, on ne cesse de nous dire que l'Europe doit se prendre en main, assurer son indépendance vis-à-vis des USA et sa souveraineté en matière militaire. Les conséquences de ce budget otanesque de 5%, c'est exactement l'inverse (faut-il s'en étonner quand on sait que les politiciens européens vont chercher leur programme politique chez McKinsey ou à l'ambassade US ?).

LA MENACE RUSSE

Une manière de justifier les 5% otanesques n'est pas de rappeler qu'ils sont sortis du cerveau de Trump pour faire cracher les Européens au bassinet, mais qu'ils répondent à une menace (existentielle, évidemment), la future invasion russe, celle qu'on nous promet depuis des années. Où en est-on dans cette invasion ? Varsovie ou Riga sont-elles tombées aux mains de l'envahisseur ? En trois ans et demi, l'armée russe, partie du Donbass, est parvenue jusque dans le... Donbass. L'armée russe aligne un million de soldats, les armées européennes (sans les USA) un million et demi. La France et le Royaume-Uni ont l'arme nucléaire. La menace russe contre l'OTAN est une invention de la propagande occidentale. En sorte qu'ils justifient leur politique militariste par leurs propres bobards. Ainsi l'Europe est-elle en train de sortir un 18e train de sanctions contre Moscou et fait-elle tout pour saboter un accord de paix qui mettrait enfin un terme à cette guerre russo-ukrainienne qui n'a que trop duré. Tant qu'elle dure, ils peuvent dire au peuple : vous devez accepter des sacrifices sans quoi vous finirez écrabouillé par un char russe. Notez en passant que les mêmes politiciens européens, qui livrent discrètement des armes servant à génocider à Gaza, et qui ne reculent pas devant le viol du droit international, vous expliquent chaque jour que les méchants, ce sont les Russes.

LE DÉLAI

La dépense militaire portée à 5% du PIB, c'est un objectif. Il devra être atteint en 2035. C'est dans 10 ans. Où en seront-nous à cette date ? Que va-t-il se passer dans les 10 années qui viennent ? Nul ne le sait. Ce qui est à peu près sûr, par contre, c'est que tous les politiciens qui viennent de signer cette promesse ne seront plus là. Les budgets militaires de 2035 atteindront-ils les 5% du PIB ? J'attends de voir.

5 juin 2025

Scandale explosif à l’OTAN

Kuzmanovic Georges
4/6/2025

Notre nouveau format OpérationTransparence démarre fort avec un sujet que tous les médias refusent d’aborder :
- Des centaines de millions d’euros de corruption au sein de la NSPA,
- Une direction américaine qui étouffe les enquêtes,
- Des lanceurs d’alerte réprimés,
- Un silence médiatique total… jusqu’à maintenant.
- Ils font tout pour faire disparaître cette affaire.
- Cette vidéo pourrait être censurée à tout moment.
- Ne tardez pas, c'est ici : https://youtu.be/C574bOHF9iU
- À partager avant qu’ils ne l’effacent.

27 avril 2025

Anna Rocca

-27/4/2025- Quand l’OTAN a rasé la Yougoslavie en 1999, il n’y avait ni mandat de l’ONU, ni agression préalable contre un membre de l’Alliance.
Sous prétexte de protéger le Kosovo, ils ont bombardé Belgrade, violé la souveraineté d’un État, imposé la sécession par la force, et appelé ça « intervention humanitaire ».
Aujourd’hui, la Russie agit selon l’article 51 de la Charte des Nations Unies : assistance légitime aux Républiques du Donbass, reconnues indépendantes, face à l’agression du régime putschiste de Kiev.
Le Donbass n’a pas demandé l’OTAN, il a demandé Moscou.
Ce que l’Occident a fait au Kosovo sans aucune base légale, la Russie le fait en Ukraine avec le droit international de son côté.
L’hypocrisie des États-Unis et de l’UE est totale : le droit n’existe pour eux que quand il sert leurs intérêts.
Camille Moscow

18 avril 2025

UKRAINE : LES RÉVÉLATIONS DU NEW YORK TIMES

Jean-Claude Delhez

-18/4/2025- Le New York Times avait déjà enquêté par le passé sur le rôle secret des USA, de la CIA en particulier, en Ukraine, lors de la guerre du Donbass, c'est-à-dire avant l'invasion russe. J'avais donné ici même un résumé en français de cette enquête. Fin mars, le journal américain a sorti une nouvelle enquête. Elle porte cette fois sur le rôle secret des USA depuis l'invasion russe de 2022 (ou, du moins, une partie de ce rôle secret). J'en donne ci-dessous, à nouveau, une brève synthèse en français.
Peu après l'invasion russe de février 2022, Washington décide de coordonner la guerre en Ukraine depuis ses bases en Europe, dans le cadre de l'OTAN. C'est ainsi que des généraux ukrainiens sont conviés à Wiesbaden, en Allemagne. C'est le quartier général américain pour les opérations militaires en Europe et en Afrique. Un partenariat est scellé. Pour coordonner cette alliance : un général ukrainien, Zabrodskyi (photo de droite), et un général américain, Donahue (photo de gauche). Sous Donahue s'organise un état-major de l'OTAN, avec un général polonais comme adjoint, un général britannique affecté à la logistique et un général canadien commis à la formation des unités ukrainiennes. Les différents services de renseignement américains intègrent ce commandement. De leur côté, les Ukrainiens implantent à Wiesbaden près d'une vingtaine d'officiers d'état-major. La guerre sera donc dirigée depuis l'Allemagne par un quartier général conjoint.
Le mode de fonctionnement est le suivant : les Américains recueillent du renseignement sur les Russes, par leurs espions, par leurs satellites, par leurs écoutes des communications... Ce renseignement leur permet de désigner des cibles à frapper sur le terrain. Ils livrent aux Ukrainiens des armements aptes à cette mission : des drones navals, de l'artillerie, des lance-roquettes à longue portée... Et les Ukrainiens détruisent les cibles russes désignées par les Américains. Quelques exemples. Le navire amiral de la flotte russe de la mer Noire, le Moskva, coulé en pleine mer ; le commandement de la redoutable 58e armée russe décapité par une frappe sur l'état-major ; la base navale de Sébastopol ciblée, grâce au travail de la CIA, par des drones qui endommagent plusieurs navires et contraignent les Russes à se replier sur un port plus éloigné (les USA avaient fourni à cet effet à l'Ukraine le prototype d'un drone destiné à s'opposer, dans le futur, à une invasion chinoise à Taïwan).
Le New York Times conclut que l'action américaine dans la guerre en Ukraine s'inscrit dans la longue suite de confrontations avec Moscou par pays interposés, comme les conflits du Vietnam et d'Afghanistan ; et que cette guerre est d'un grand intérêt pour les USA car elle leur permet de valider, ou pas, les tactiques et les armements en usage, et de tirer d'utiles leçons en vue des conflits du futur. En cela, le journal new-yorkais apporte de l'eau au moulin de Moscou qui considère que le conflit n'est pas une guerre entre la Russie et l'Ukraine mais entre la Russie et l'OTAN, l'Ukraine faisant office de ce qu'on appelle aujourd'hui un proxy, c'est-à-dire un intermédiaire au service des USA.

7 novembre 2024

Anna Rocca

Stoltenberg avoue : “La guerre en Ukraine n’a pas commencé en 2022, mais en 2014, avec le soutien direct de l’OTAN.”
Étonnant de voir l’OTAN admettre son rôle dans l’escalade depuis le début, formant et armant l’Ukraine bien avant l’intervention de Moscou. Ce n’est pas une simple “invasion russe” mais une guerre de l’OTAN par procuration.
Pendant qu’ils arment l’Ukraine, ce sont les Européens qui payent l’addition, les Américains qui récoltent les contrats, et l’Ukraine qui saigne.

10 juillet 2024

Vincent Verschoore

10/7/2024 - À peine arrivé à la présidence européenne pour six mois, la Hongrie de Victor Orban s'est impliquée dans une offensive diplomatique pour mettre un terme à la phase militaire du conflit en Ukraine, évidemment au grand déplaisir des va-t-en guerre euro-atlantistes.
Après avoir rendu visite à Zelensky puis à Poutine, Orban en appelle également à l'Otan dont un sommet se tient actuellement à Washington.
QG d'une secte de psychopathes hautement privilégiés et façade du complexe militaro-industriel, l'Otan a besoin de la guerre pour exister, même s'il la perd : ceux qui meurent pour son bénéfice ne sont que des consommables ukrainiens, menés par une marionnette sacrifiant son pays sur l'autel des fausses promesses (et des vraies rétrocommissions).
Orban a bien compris que l'Europe géographique, donc y compris l'Ukraine, n'a rien à gagner et tout à perdre de la continuation d'un conflit dont le déclencheur fut le coup d'État de Maïdan en 2014, monté par les USA, mené par Victoria Nuland et supervisé par Joe Biden, alors vice-président.
La tentative actuelle des euro-atlantistes pour un renversement du régime géorgien pro-européen, mais conscient du noyautage de ses institutions par les ONG pro-atlantistes (d'où la loi de déclaration des financements), illustre la crainte hongroise : tout ce qui s'oppose à la logique de domination et de destruction euro-atlantiste sera menacé par les technofascistes au pouvoir aux USA, à l'UE et à l'Otan. Il est nécessaire que la population européenne en prenne conscience.

25 avril 2024

Vincent Verschoore

L'Otan poursuit actuellement l'un des plus grands exercices de son histoire post guerre froide, l'exercice Steadfast Defender 24, simulant une attaque russe vers les pays Baltes. 90 000 soldats de plusieurs nations jouent ainsi à la guerre, consommant des quantités astronomiques de carburant afin d'estimer leur vitesse et capacité de réponse.
Moi-même soldat en 1986, j'avais participé à ce genre d'exercice dans le Nord de ce qui était alors l'Allemagne de l'Ouest, en réponse à une imaginaire attaque soviétique. Débauche de matériels, interactions entre unités militaires aux cultures très différentes, et propagande permanente prévenant d'une possible attaque des Soviets.
On sait, depuis lors, que lesdits Soviets n'avaient ni les moyens ni l'intention d'envahir l'Europe de l'Ouest, et que leur propre propagande prévenait d'une attaque imminente par l'Otan.
Ce qui se jouait alors se rejoue exactement aujourd'hui, mais avec une technologie militaire nettement plus sophistiquée, notamment les drones. La propagande au service du complexe militaro-industriel et d'une gouvernance militarisée, avec le méchant Russe d'un côté et le saint Occidental de l'autre, utilise les mêmes ficelles et pue de la même hypocrisie.
La triste réalité est que le Russe a plus de raisons d'avoir peur de l'Otan, dont la nature et la justification sont de lui faire la guerre, que l'inverse. Les dix ans de manipulation US en Ukraine, depuis 2014, le démontre clairement : la guerre est enfin là, et les milliards pleuvent dans les coffres du complexe militaro-industriel.
Ceci ne veut pas dire que le Russe est une victime, la Russie joue son rôle de grande puissance et ce n'est pas toujours joli, mais elle n'est en rien l'ennemi ontologique inventé par l'Otan et les psychopathes aujourd'hui au pouvoir en Occident. De Gaulle l'avait d'ailleurs parfaitement compris.
Au bout du compte, les euro-atlantistes s'amusent, beaucoup s'enrichissent, pendant que des centaines de milliers de braves types meurent pour eux. Jusqu'au dernier Ukrainien, ils ont dit. – 25/4/2024

25 mars 2024

Le 24 mars 1999 : la fin de la « Fin de l’Histoire »

Natalia Routkevitch

Le déclenchement des bombardements de l’OTAN contre ce qui restait de la Yougoslavie, le 24 mars 1999, est un moment de bascule de l’ordre international. Pour sa première guerre depuis sa fondation en 1949, l'OTAN choisit de cibler un État qui ne représentait aucune menace pour ses membres. Sous prétexte d'une intervention humanitaire, elle agit sans mandat des Nations unies, posant ainsi les fondements d'un nouveau schéma occidental de résolution des crises internationales. La neutralité, la nuance et la recherche de consensus entre les parties en conflit ne sont plus de mise ; les rôles de "gentils" et de "méchants" sont désormais distribués d'avance, selon les intérêts des grandes puissances. Le camp des "gentils" bénéficie d'un soutien massif de l'Occident - politique, militaire, diplomatique - pour écraser les "méchants".
Le 24 mars 1999, un avion effectue un demi-tour au-dessus de l'Atlantique au lieu d'atterrir à Washington comme prévu. À bord se trouve le Premier ministre russe, Evguéni Primakov, qui vient d'apprendre de la bouche du vice-président américain, Al Gore, le déclenchement d'une campagne de frappes aériennes en Yougoslavie. Or, depuis le début du conflit, la Russie s'oppose, quoique faiblement, à la stratégie occidentale de la punition très sélective des auteurs de crimes de guerre. Ce célèbre virage au-dessus de l’Atlantique (qui a valu une volée de bois vert à Primakov, son voyage ayant pour objectif l'obtention d'un nouveau crédit) marque aussi le début d'un infléchissement progressif du positionnement stratégique de son pays. Primakov donne son nom à une doctrine étrangère visant à rejeter le modèle unipolaire.
C'est sans doute le 24 mars 1999 que la parenthèse de la "fin de l'histoire" se referme définitivement.
Le moment unipolaire, lui, va durer encore quelque temps, caractérisé par l'interventionnisme et les "bombardements humanitaires" à foison. De nombreuses personnalités apportent leur soutien moral à ces interventions contre "l'Axe du Mal" quel qu'il soit, même si les conséquences de ces interventions sont dévastatrices. Ces mêmes personnes auront tendance, par la suite, à déplorer l'inefficacité de la justice internationale.
Dans un texte publié en avril 1999 dans "Le Monde", Václav Havel écrit des lignes révélatrices de l'attitude de certains milieux intellectuels : "Dans l'intervention de l'OTAN au Kosovo, je pense qu'il y a un élément que nul ne peut contester : les raids, les bombes, ne sont pas provoqués par un intérêt matériel. Leur caractère est exclusivement humanitaire : ce qui est en jeu ici, ce sont les principes, les droits de l'homme auxquels est accordée une priorité qui passe même avant la souveraineté des États. Voilà ce qui rend légitime d'attaquer la Fédération yougoslave, même sans le mandat des Nations unies. Mais, en m'appuyant sur mon expérience personnelle, je suis également convaincu que seul le temps permettra d'évaluer avec objectivité ce qui se passe ces jours-ci en Yougoslavie et les répercussions sur l'OTAN".
Effectivement, le regard porté sur ces événements 10 ans plus tard par un autre Tchèque, Milan Kundera, n'est pas le même. L'écrivain voit dans les bombardements autre chose que les "intérêts humanitaires", et met l'accent sur la nécessité symbolique d'écraser la Yougoslavie et de rappeler à l'Europe sa place subordonnée, vaincue, occupée...
"La nouvelle Europe est née d'une immense défaite : pour la première fois elle a été vaincue en tant que telle, toute l'Europe. Vaincue d'abord par la folie de son propre mal incarné dans l'Allemagne nazie, libérée ensuite par l'Amérique d'un coté, par la Russie de l'autre. Libérée et occupée. Je le dis sans ironie. Ces mots, tous les deux, sont justes. L'existence des résistants (des partisans) qui s'étaient battus partout contre les Allemands n'a rien changé à l'essentiel : aucun pays d'Europe (l'Europe depuis l'Atlantique jusqu'aux pays baltes) ne s'est libéré par ses propres forces. Aucun ? Quand même. La Yougoslavie. Par sa propre armée de partisans. C'est pourquoi il a fallu bombarder en 1999 les villes serbes pendant de longues semaines pour imposer , a posteriori, même à cette partie de l'Europe le statut de vaincu.
Les libérateurs ont occupé l'Europe et, elle, qui hier encore considérait sa culture, son histoire comme un modèle pour le monde, a ressenti sa petitesse.
L'Amérique était là, rayonnante, omniprésente.
Repenser et remodeler son rapport à elle est devenu pour l'Europe la première nécessité."

20 mars 2024

Hogard : "L'OTAN, ce n'est pas la paix, au contraire : c'est la guerre" (vidéo)

https://www.youtube.com/watch?v=MV5QwP3S2Z8

5 février 2024

Vincent Verschoore

La probabilité croissante d'un Trump 2.0 en novembre inquiète les "élites" européennes, et l'une des raisons est le discours de Trump au sujet de l'Otan. Entre le retrait pur et dur de l'Amérique et un "réexamen" de la chose, l'incertitude plane, sauf sur le fait que Trump n'aime pas l'Otan. Il estime que cela coûte bien trop cher au contribuable américain, pour pas grand chose.
Si l'Otan, que Macron décrivait à juste titre comme "cérébralement mort" voilà encore pas si longtemps, avait une utilité objective, il serait assez facile d'en défendre l'existence, mais ce n'est pas le cas et cela oblige les Européens à en faire des tonnes sur "la grande Amérique protectrice de la démocratie" et, surtout, de faire acte d'allégeance en achetant pour des fortunes de matériel militaire US. C'est ce que font les Polonais, massivement, mais aussi les Grecs (qui viennent de commander des F-35) et la plupart des pays concernés.
Pour ces pays, l'Otan c'est le parapluie défensif pas trop cher. Pour les USA, l'Otan est ce qui leur permet de piloter la géopolitique européenne selon leurs intérêts, comme on le voit dans le cadre de la guerre en Ukraine. Mais c'est aussi un vaste marché captif pour le complexe militaro-industriel US (qui fait vivre directement ou indirectement quelque 10 millions de personnes aux USA).
L'Otan a besoin de guerres pour justifier son existence, et fera donc tout pour maintenir un état de tension avec les Russes, comme avec la Chine via son alliance avec le Japon. Mais autant la situation lors de la Guerre Froide pouvait justifier d'un tel organisme face à l'URSS, ce n'est plus du tout le cas : la Russie est un pays autoritaire et traditionaliste, grand producteur agricole, minier et pétrolier, doté d'une population minuscule par rapport à sa taille, mais aussi d'une industrie de l'armement associée à une profonde culture défensive qui ne tolère pas les provocations de l'Otan, d'où la guerre actuelle.
Les euro-atlantistes nous promettent une invasion russe si l'Otan disparaissait. Pour y faire quoi, hors y trouver un tas d'ennuis, on se le demande. d'autant que les 500 millions d'Européens, s'il le fallait vraiment, auraient de quoi tenir tête à 140 millions de Russes.
La disparition de l'Otan serait une excellente chose pour l'Europe. Elle pourrait alors s'organiser selon ses propres intérêts plutôt qu'en fonction des intérêts US et de leurs agents locaux genre Stoltenberg, von der Leyen & Cie. Mais ce n'est pas ce que vous diront les médias aux ordres, of course.


14 février 2023

Contre la guerre, pour la paix

Jacques Cotta

[Extrait] Emmanuel Macron, à l’instar de ses alter ego, prend toute sa part de responsabilités. Il tergiverse sur la livraison d’avions de combat sans duper personne, et surtout pas les Russes qui savent que la France est en train de mettre sur pied la logistique nécessaire au bon fonctionnement de ces nouvelles armes, de leur entretien, de leur maintenance, sans oublier la formation de pilotes capables d’en prendre les commandes.

C’est donc dans l’indifférence générale que les principaux gouvernements nous mettent sous la menace de missiles susceptibles de faire le l’Europe le terrain de jeu des amateurs de guerre. Les capitalistes, froidement, y voient l’opportunité de « dépasser » la crise actuelle du capitalisme par la guerre et les destructions massives en ouvrant de nouveaux marchés liés à la reconstruction.

Il y a urgence de dire clairement l’exigence des peuples. À bas la guerre ! Gagnons la paix !
Pour cela quelques conditions politiques doivent être exprimées sans détour, au risque de choquer tous les tenants de récits, qui pour les uns voient dans la Russie une nation en légitime défense face à la menace de l’OTAN, pour les autres un agresseur qui cherche sous la conduite de Poutine à reconstituer un grand empire et fait donc peser au mépris des règles de droit international une menace sur les pays voisins et sur le monde.

Plus le temps passe, plus le chemin de la paix semble jonché d’embuches. Pourtant il y a urgence ! Pour cela, il faut exiger :

• sur le terrain :

⇨ le retrait des troupes russes d’Ukraine, la reconnaissance des parties russophones et le respect de la souveraineté des peuples qui doivent pouvoir dire, dans un climat d’apaisement retrouvé, la façon dont ils veulent vivre, leur volonté de rattachement, d’indépendance ou d’autonomie, les coopérations qu’ils envisagent, leurs relations avec l’Ukraine et la Russie.

⇨ le retrait de l’OTAN, arme militaire et politique au service des intérêts américains. Dans ce cadre la France devrait décider de quitter l’OTAN.

⇨ l’arrêt immédiat de toute livraison d’armes à l’Ukraine de la part de pays européens qui de fait préparent la guerre.

• au niveau international :

L’Union européenne doit cesser toute velléité d’élargissement, notamment en stoppant le processus d’intégration engagé avec l’Ukraine.

L’Ukraine doit être démilitarisée et constituer un territoire neutre, à l’abri des Russes comme des forces de l’OTAN.

La paix, voilà l’exigence ! Aux conditions permettant de la réaliser, Russes, Américains et Européens devront se plier.

Tel est l’intérêt des peuples !

Jacques Cotta
Le 12 février 2023

10 février 2023

À quand une opposition à l'hégémonie US ?

Vincent Verschoore

11/2/2023 – Le fonctionnaire psychopathe Jens Stoltenberg fait ici allégeance à son N+1 Anthony Blinken, farouche défenseur des massacres et de la destruction de l'Ukraine au nom du complexe militaro-industriel américain.
Ce clip résume le principe de la création perpétuelle des ennemis nécessaires à l'État Profond américain, toujours au nom de l'indiscutabilité de leur supériorité : le monde sera sous contrôle US, ou ne sera pas.
Après l'Ukraine, loin d'être terminée mais que l'Otan croit toujours pouvoir gagner en y mettant les moyens, voici donc une menace directe envers la Chine, qui « renforce considérablement ses forces militaires, y compris les armes nucléaires, sans aucune transparence ». Comme si les US étaient « transparents » sur leurs propres capacités réelles...
La logique qui prévaut depuis vingt ans, menant à la destruction de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Libye, de la Syrie et aujourd'hui de l'Ukraine, ne changera que le jour où l'opposition à l'hégémonie US prendra une position frontale : le jour où les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) bientôt rejoints, sans doute, par l'Arabie Saoudite et l'Iran et quelques autres membres de l'Organisation de coopération de Shangaï (OCS) auront réussi à se passer du dollar, à se décharger des bons du trésor US qu'ils détiennent massivement, à bloquer les importations américaines de métaux stratégiques (titane, uranium, lithium..), bref à couler l'économie US.
Ce jour-là sera très dangereux car les psychopathes aux commandes à Washington sont sans doute prêts à tout. La question pour l'Europe est de savoir si elle veut rester un vassal de l'Amérique, ou se lancer dans l'aventure d'un monde multipolaire.