Translate

Affichage des articles dont le libellé est guerre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est guerre. Afficher tous les articles

20 mai 2026

Radu Portocala
19/5/2026

L’Assemblée nationale a discuté un texte qui semble indiquer que la France est menacée d’une guerre imminente. C’est la suite logique de l’étrange annonce « La guerre est à nos portes ! » avec laquelle Macron cherche à nous faire peur depuis quatre ans.
Et, soudain, je comprends que nous sommes dans une autre réalité – celle d’un plateau de tournage – et que les chefs européens sont en train de réaliser une nouvelle version, terriblement mauvaise, du « Désert des Tartares ». Nous sommes dans notre belle forteresse et nous scrutons sans cesse l’horizon, enfiévrés par l’incessant délire de l’ennemi qui doit – doit seulement – prendre forme dans la brume lointaine, et nous vieillissons en nous préparant et nous mourons en attendant.

24 avril 2026

Georges Kuzmanovic
Fréquence Populaire
24/4/2026

Robots combattants, le basculement stratégique a commencé

Un robot joue au ping-pong, là un autre court ou saute. Sport mécanique ? On assiste en réalité à l’aube d’une révolution militaire. Après l’ère du char et du porte-avions vient celle des machines combattantes. La puissance mondiale appartiendra à ceux qui sauront les produire et... en masse.


1) Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ;

2) Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ;

3) Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.
Cerles vicieux (1942), puis Fondations. Isaac Asimov

Au Japon, un robot nommé Ace vient de battre trois pongistes (joueurs de tennis de table) de haut niveau ayant chacun plus de dix années d’entraînement derrière eux. Beaucoup y verront une curiosité technologique, une démonstration de laboratoire, un divertissement pour salons industriels. Ce serait une erreur de lecture. Derrière cette table, cette petite balle virevoltante et ces échanges fulgurants, se joue peut-être déjà une bascule stratégique comparable à celle provoquée par Deep Blue lorsqu’il affronta Garry Kasparov. En 1996, la machine perdait le match, même si elle remporta une partie. En 1997, il y a presque trente ans déjà, elle battait le même champion du monde en titre, signant la première défaite d’un roi humain face à un système informatique dans un match officiel.

Deep Blue fut l’un des premiers signes visibles de la révolution technologique qui allait transformer le monde, un avant-goût de l’IA contemporaine à une époque où la plupart des êtres humains n’avaient même pas encore de téléphone portable. Ce qui semblait alors n’être qu’un duel d’échecs entre geeks, un sujet confiné aux laboratoires, aux universités, aux ingénieurs et aux passionnés du jeu se dessinait déjà le futur, celui de la puissance algorithmique, de l’automatisation et de la quatrième révolution industrielle.

Le ping-pong d’Ace relève de la même logique historique. Ce n’est pas le sport qui compte, c’est la compétence sous-jacente et surtout ses implications. Elles sont ici militaires, géostratégiques et dessinent les frontières entre les puissances de demain.

Quand le jeu masque l’arsenal
Le tennis de table est l’un des sports les plus exigeants qui soient pour une machine. Il impose des réflexes quasi instantanés, une lecture balistique en temps réel, une précision millimétrique, des corrections permanentes, une anticipation des intentions adverses, une sélection optimale du geste à exécuter dans une fenêtre de temps minuscule. En clair : anticiper, voir, décider, agir, corriger, surprendre... plus vite que l’autre.

Ce sont exactement les briques cognitives et mécaniques requises pour la guerre automatisée. Ce qui permet de renvoyer une balle liftée à 1200 km/h permet demain de pointer une arme, intercepter un drone, manœuvrer dans un couloir urbain, lancer un projectile, esquiver un tir ou neutraliser une cible mouvante.

Ajoutez à cela les démonstrations récentes de robots chinois capables d’enchaîner des séquences complexes de kung-fu, de danse ou d’équilibre dynamique, et les semi-marathons robotiques observés à Pékin. Endurance, coordination, stabilité, autonomie locomotrice, adaptation au terrain... là encore, on parle d’abord de performance civile, mais les usages militaires sont évidents.

Fusionnez endurance du marathon, agilité du combat chorégraphié, précision de tir, réflexe du ping-pong et vous obtenez l’ébauche du fantassin robotisé autonome.

La guerre a déjà changé de nature
Les conflits d’Ukraine et du Moyen-Orient ont révélé que les doctrines héritées du XXe siècle s’effondrent. Le champ de bataille moderne est transparent : satellites, capteurs, drones de reconnaissance, etc., rendent l'espace du champs de bataille très visible. Concentrer des forces devient extrêmement risqué, voir impossible, car les masses humaines ou de matériel attirent le feu.

Les plateformes lourdes qui symbolisaient la domination – chars, grandes bases, bâtiments majeurs, parfois même porte-avions dans certaines zones saturées de missiles – voient leur invulnérabilité contestée. Des systèmes bien moins coûteux peuvent menacer des matériels valant des centaines de millions de dollar, parfois davantage.

Le rapport coût-efficacité s’est inversé. Un drone consommable, un missile rôdeur, une salve coordonnée peuvent immobiliser ou dégrader des moyens autrefois décisifs, laissant les stratèges dans l'indécision, sinon la panique – on l'a vu avec l'état-major russe lors de la première contre-offensive ukrainienne, on le voit aujourd'hui avec le Pentagone, l'un comme l'autre d'autant plus paralysés que leur puissance initiale était absolue, ou supposément telle. Les grandes armées gardent de la puissance, mais l'organisation de cette puissance se dilue, les déploiements deviennent plus prudents, plus distants.

L’arrivée du robot combattant amplifiera ce phénomène jusqu’à la rupture.

Le soldat qui ne dort jamais
Un robot ne mange pas. Le robot ne dort pas, il ne panique pas, il ne connaît ni la maladie, ni fatigue morale, ni la mélancolie de la distance avec les proches, ni traumatisme psychique et même les dégâts matériels ne l'empêchant pas d'avancer, parfois . Il peut rester immobile vingt heures puis bondir à la milliseconde voulue. Il peut tenir un poste NBC, une zone irradiée, un tunnel toxique, un front gelé ou brûlant. Le robot ne se perd pas. Le robot n'a pas besoin d'oxygène. Le robot n'a pas de remord ou de cas de conscience. Il n'a pas non plus de traumatismes psychiques.

Tant qu’il n’est pas détruit, un robot continue. Et s’il est endommagé, on peut imaginer des unités de récupération autonomes venant prélever pièces, capteurs, batteries, actionneurs, pour remettre d’autres machines en état de combattre. La maintenance sur le champs de bataille amplifie les capacités de combat des robots.

Enfin et surtout, la perte d’un robot n’a pas le coût politique de la perte d’un soldat humain. Aucun cercueil, aucun désarroi familial, ni aucun choc national. Dès lors, aucun mouvement d’opinion lié aux pertes humaines massives du côté de ceux qui ont les robots. Cela change évidemment profondément la liberté d’action des gouvernements. On s'en est peu rendu compte dans les opinions publiques occidentales, mais la décennies d'usage hégémoniques des drones de combat par les États-Unis et l'OTAN au Proche et au Moyen-Orient, les exécutions foudroyantes venant du ciel, sans possibilité de riposter mis à part détruire un tas de ferraille et de câbles, ont marqué les esprits dans le Sud Global et... refondé la pensée stratégique de la guerre.

Aujourd’hui, ces systèmes robotisés restent coûteux en recherche et développement. Demain, les coûts unitaires chuteront avec la production de masse. Comme toujours, la première génération d'unités produites est ruineuses ; les suivantes recomposent le monde.

Taïwan, les îles et la fin du verrou amphibie
L’histoire militaire montre que les débarquements sont parmi les opérations les plus difficiles – logistique titanesque, vulnérabilité sur les plages, friction maximale, pertes élevées, aléas météorologiques, dépendance au tempo et surtout lignes logistiques difficiles à maintenir pour tout ce qui concerne les munitions, la nourriture et l'eau pour les soldats, les rembarquements sanitaires.

L’insularité protège. Taïwan en est l’exemple contemporain majeur, comme hier la Sicile face à l'appétit impérial d'Athènes.

Mais que vaut encore ce verrou si les premières vagues ne sont plus des hommes, mais des milliers de systèmes autonomes ou téléopérés ? Essaims maritimes, nageurs robotiques, véhicules chenillés jetables, unités de sabotage, capteurs auto-enterrants, mules logistiques sans équipage, drones de couverture permanente. L’assaillant pourrait user les défenses sans exposer immédiatement son capital humain, ni avoir le besoin de mettre en place des lignes logistiques complexes.

La géographie demeure. Mais elle ne protège plus de la même manière.

La vraie puissance : l'attrition par la production industrielle
Quand les unités combattantes deviennent industrialisables, la hiérarchie mondiale de la puissance se redéfinit et c'est déjà le cas. La puissance ne se mesure plus seulement au nombre de soldats ni au prestige des états-majors, elle se mesure à la cadence de production et on le voit clairement dans la guerre en Ukraine et dans la guerre entre l'Iran et les États-Unis alliés à Israël – Washington et Tel-Aviv n'ont pas sérieusement anticipé les capacité de production iranienne, de la même manière que l'OTAN a mal jaugé son sévère désavantage de production industrielle par rapport à celui de la Russie. Est-ce nécessaire de parler de la Chine dont l'avantage industriel est encore plus puissant ?

Combien de batteries ? Combien de moteurs ? Combien de puces durcies ? Combien de capteurs optiques ? Combien de logiciels mis à jour chaque semaine ? Combien de drones ou robots remplacés rapidement ? Ces questions seront celles des états-majors de demain, en fait d'aujourd'hui.
Nous le voyons déjà avec les drones, les missiles, les intercepteurs, l’attrition favorise celui qui fabrique vite, répare vite, adapte vite, car c'est bien de guerre d'attrition dont il s'agit.

Derrière l’usine se trouvent les vraies matières premières du XXIe siècle qui rendent cette nouvelle puissance possible. Celui qui contrôle l'extraction et le raffinage des métaux critiques, des terres rares, des composants électroniques, celui qui détient une énergie abondante et bon marché, celui qui a les chaînes logistiques sécurisées et efficaces, celui qui dispose d'ingénieurs, celui qui a la main sur ses données, celui qui a des logiciels et des systèmes souverains est le maître du champ de bataille de demain.

Ceux qui possèdent cet écosystème imposeront les règles. Les autres subiront.

Un réveil brutal pour l'Europe : le rebond de la balle, l’écho du canon
Le continent européen conserve des savoir-faire remarquables, des industries d’excellence, des armées professionnelles compétentes, mais il souffre d’un mal stratégique majeur, à savoir les dépendances multiples et croisées qu'il s'est lui-même infligé avec la mondialisation dont il se croyait le maître. Au total, l'Europe connaît la fragmentation industrielle, la lenteur décisionnelle très bureaucratisée, une crise d'insuffisance majeure, la difficulté à massifier hors des paradigmes néolibéraux de la puissance financière. La crise COVID n'a finalement permis aucune prise de conscience : quand c'est la guerre, le potentiel adversaire ne vend plus, ils stocke, surtout s'il est le producteur.

Or la guerre robotisée favorisera la série, la standardisation, la redondance, la rapidité de cycle. Elle punira les structures bureaucratiques, les coûts explosifs, les programmes trop lents, les défaut de production industrielle, les incapacités à produire de l'énergie bon marché.

On peut mépriser ces démonstrations asiatiques, sourire devant un robot joueur de ping-pong, parler de gadget, mais c’est souvent ainsi que les civilisations déclinent, en confondant signaux faibles d'un autre monde et de nouveaux paradigmes qui viennent, et anecdote. Avant la conquête de Constantinople par les Turcs le 29 mai 1453, il est dit qu'on dissertait sur le sexe des anges – un wokisme avant l'heure – dans une ville qui se considérait imprenable. La prise de Constantinople par Mehmed II est l’un des grands exemples d’irruption d’une modernité militaire face à des défenses héritées d’un autre âge. Mehmed II utilisa de très grosses bombardes, des canons géants, capables de frapper les célèbres murailles théodosiennes de Constantinople, réputées presque imprenables depuis des siècles. Parmi elles, la plus célèbre fut conçue par Orban, un fondeur d’origine hongroise. Ces pièces tiraient des projectiles de pierre massifs et ouvraient des brèches progressivement. Cette technologie émergente rendait obsolète un système défensif longtemps dominant ; les murailles qui avaient protégé la ville pendant près d’un millénaire furent dépassées par l’artillerie à poudre et une organisation stratégique comme logistique nouvelle.

Revenons à notre robot pongiste. Ce que beaucoup regardent comme un match anodin, ou des activités mécaniques robotisées sportive, sont peut-être les signaux de la prochaine révolution militaire. La table de ping-pong n’est qu’un banc d’essai. Le véritable objectif est ailleurs. Le problème n'est pas de craindre, comme dans le célèbre film Terminator, un renversement de l'humanité par une IA utilisant des robots combattants quasi indestructibles pour nous éliminer, mais qu'apparaissent de nouveaux systèmes d'arme, entraînant une modification radicale de l'art de la guerre, sa philosophie même, et que nous ne soyons pas prêts.

L’ordre mondial de demain opposera moins démocraties et autocraties, moins continents et idéologies, que producteurs souverains et clients dépendants. D’un côté, ceux qui sauront transformer intelligence artificielle, robotique, énergie et industrie en puissance concrète. De l’autre, ceux qui subiront la loi technologique des premiers.
Dans tous ces domaines, la Chine a plusieurs longueurs d'avance et nous pourrions être les témoins d'une inversion du « siècle de l’humiliation ».

16 mars 2026

Radu Portocala

- 16/3/2026 - En Ukraine, l’Occident – c’est-à-dire les États-Unis et leurs suiveurs –, persuadés que la Russie n’avait plus d’armée et plus d’armes, « ne s’attendaient pas » à ce qu’elle les mette en échec et qu’elle se dirige vers la victoire.
En Iran, les États-Unis « ne s’attendaient pas » à une résistance ni à des ripostes dures, et encore moins à ce qui semble annoncer leur défaite.
Cela montre que les États-Unis et leurs suiveurs sont à ce point persuadés de leur supériorité qu’ils se considèrent vainqueurs avant même le début de la confrontation. Ils ne daignent même pas connaître leurs adversaires et ses moyens – ou sont devenus incapables de le faire.
En somme, les services de renseignements que l’Occident entretient à grands frais semblent ne servir à rien, car soit ils sont incapables de fournir une image claire de la réalité, soit les politiciens qui pensent avoir la science infuse ne les écoutent pas. Seulement des incompétents peuvent imaginer faire de la politique internationale et, a fortiori, des guerres sans espionnage. Mais peut-être que c’est là une des ambitions du monde nouveau. Si c’est le cas, elle est stupide et les résultats en font la démonstration.

6 mars 2026

Drones vs OTAN : on a perdu la 7ème compagnie

H16

- 6/3/2026 - L’exercice Hedgehog-2025 devait être une démonstration de force face à la menace russe. Il s’est transformé en séminaire accéléré sur l’obsolescence programmée des grandes manœuvres blindées.


En mai dernier, sur les plaines estoniennes, 16 000 soldats issus de 12 pays de l’Alliance dont une brigade britannique et des unités estoniennes ont appris à leurs dépens que l’ère des grandes manœuvres blindées est révolue. Le bilan est humiliant : face à deux bataillons mécanisés de l’OTAN, une poignée d’opérateurs ukrainiens (à peine une dizaine d’hommes) a suffi pour semer le chaos. Armés de tablettes, connectés au système de gestion du champ de bataille Delta (qui permet une détection, une analyse et une coordination des frappes en temps réel) et pilotant des essaims d’une trentaine de drones commerciaux sur une zone inférieure à 10 km², ils ont transformé une force de plusieurs milliers d’hommes en cibles statiques. En une demi-journée, 17 blindés ont été virtuellement calcinés et deux bataillons déclarés « inaptes au combat ».

Pour l’OTAN, ce constat d’échec n’est pas moins qu’« horrible », avec une mise en lumière brutale des faiblesses structurelles : lenteur de la prise de décision (plusieurs armées alliées restreignent encore l’accès à leurs informations classifiées), manque de partage en temps réel des données, et vulnérabilité des formations concentrées face à la transparence du champ de bataille moderne. Catastrophe : l’OTAN planifie la guerre de demain avec les budgets d’hier et les organigrammes d’avant-hier.


En outre, si l’armée ukrainienne est capable d’une telle prouesse, d’autres armées seront capables de faire de même, à commencer par les Russes qui ont désormais pris le tournant en matière de guerre de drones…

Le fossé industriel est tout aussi effrayant.

D’un côté, l’Europe peine à lancer ses programmes de drones qui n’arriveront qu’en 2027 comme les initiatives LEAP E5, Drone Alliance avec l’Ukraine, ou les programmes nationaux comme le britannique « Octopus » ; l’accent reste posé pour le moment sur des systèmes haut de gamme (Eurodrone, Heron) plutôt que sur la saturation par le nombre.

De l’autre, la Russie produit jusqu’à 50 000 unités par mois sur certains types de drones, signifiant par là que la production globale est plus élevée. C’est le triomphe du « Low-Tech » de masse sur la « High-Tech » de prestige : pendant que Bruxelles rédige des appels d’offres en triplicatas, Moscou commande sur Amazon avec livraison Prime.

Seuls les États-Unis semblent avoir pris la mesure de l’urgence. L’opération Epic Fury en Iran, menée fin février 2026, marque ainsi un tournant : l’utilisation massive des drones LUCAS. À 35 000 $ l’unité, ces clones du Shahed-136 iranien développés par SpektreWork ont été déployés par la Task Force Scorpion Strike pour cibler des installations clés iraniennes : centres de commandement des Gardiens de la Révolution islamique, systèmes de défense aérienne, sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que des aérodromes militaires. Ces frappes, combinées à des missiles Tomahawk lancés depuis des navires et des HIMARS de l’armée américaine, ont visé à dégrader rapidement les capacités de riposte iraniennes.

Washington a enfin compris la leçon de Kiev : pour gagner, il faut accepter de consommer du matériel comme des munitions. Le paradigme a changé : ce n’est plus la qualité du char qui compte, mais le volume de l’essaim. Il s’agit d’un virage clair vers le paradigme « cheap, fast and many » : saturer les défenses ennemies avec des systèmes qu’on peut produire et perdre en nombre, plutôt que de dépendre uniquement de munitions coûteuses et sophistiquées, démontrant ainsi une adaptation rapide aux leçons de l’Ukraine et une volonté de « retourner le manuel opératoire iranien contre lui-même ».

Face à ces réalités, il semble que l’OTAN, ou tout du moins sa partie européenne, accumule au moins une guerre en retard : nous assistons à un basculement historique comparable à l’apparition des chars en 1916, Comme la cavalerie face aux mitrailleuses, les armées conventionnelles de l’OTAN sont nues face à la « ligne des drones », pour laquelle la masse n’est plus une force mais une simple signature thermique. Si l’Alliance ne bascule pas immédiatement vers une guerre dispersée, électronique et robotisée, ses brillants blindés ne seront rien de plus que des cercueils d’acier onéreux.


La guerre en Ukraine et ces récents exercices imposent maintenant plusieurs enseignements.

La première, c’est que la guerre redevient une affaire comptable et non technologique où l’OTAN ne peut soutenir financièrement une guerre où des missiles Patriots à 3 millions de dollars pièce, voire des Stinger à 100.000 doivent intercepter des drones à 5000 dollars. La seule réponse viable n’est pas cinétique (avec des missiles), mais énergétique (usage de lasers ou de micro-ondes) voire électronique (brouillage), domaines où l’OTAN est en retard sur le déploiement tactique.

La seconde, c’est que la guerre accroît son côté psychologique. La présence permanente de ces drones crée un stress cognitif mesurable car le soldat sait qu’il est toujours observé. Le « brouillard de la guerre » s’est déplacé non pas sur le champ de bataille mais vers l’information et sa manipulation à tous les niveaux. Concrètement, cela modifie les besoins fondamentaux puisqu’on ne peut plus dormir en groupe, on ne peut plus manger chaud (du fait de la signature thermique), on ne peut plus évacuer les blessés sans risquer un drone FPV. C’est une pression psychologique qui brise le moral des troupes habituées à la supériorité aérienne.

Les prochaines guerres et les prochaines batailles utilisant massivement ces aspects imposeront le silence notamment radio. À ce titre, l’OTAN doit réapprendre à combattre en silence radio total ou à utiliser l’intelligence artificielle pour des drones totalement autonomes, qui n’ont plus besoin de lien radio, rendant donc le brouillage inutile. Le prochain cauchemar de la guerre sera probablement constitué d’essaims autonomes…

Troisièmement et pour en finir, il apparaît que ces drones (russes ou américains comme le LUCAS) utilisent des composants civils (des moteurs de modélisme, caméras de smartphones, etc.) ce qui revient à « militariser » le civil : la puissance militaire ne dépend plus seulement de Lockheed Martin ou Thales, mais de la capacité à acheter des dizaines de milliers de composants sur Alibaba ou Amazon et à les assembler dans des garages. C’est en quelque sorte une « démocratisation de la puissance de feu aérienne ».

Cependant, l’OTAN, avec ses cycles d’acquisition de 10 ans, est inadaptée à cette guerre « Do It Yourself » (DIY) ultra-rapide et doit désormais choisir : cannibaliser ses propres dogmes pour s’adapter à cette guerre « low-cost », ou accepter de devenir une armée de chevaliers regardant, impuissante, l’avènement de la poudre à canon.


https://h16free.com/2026/03/06/83647-drones-vs-otan-on-a-perdu-la-7eme-compagnie

5 décembre 2025

Drones contre conscrits : l’Europe choisit le passé

H16

-5/12/2025- Quand Emmanuel Macron n’est pas occupé par l’une ou l’autre campagne de communication catastrophique, il joue au Chef de Guère Guerre, fanfaronne avec Zelensky ou – pourquoi pas ? – annonce une resucée de service militaire.

Cependant, à bien regarder l’évolution géopolitique internationale, la mesure évoquée par le chef de l’État français semble passablement anachronique. En effet, la guerre et les conflits actuels laissent de moins en moins de place aux humains et en accordent de plus en plus aux nouvelles technologies, automatisées et robotisées.


Ainsi, selon une étude récente, les stratèges russes constatent que les drones ont complètement changé la donne sur le champ de bataille.

Leur utilisation combinée à l’intelligence artificielle offre des capacités de reconnaissance phénoménales et permettent une excellente vision du champ de bataille. L’utilisation des essaims de drones est en outre une méthode opérationnelle redoutable contre les regroupements militaires ; les chars deviennent ainsi des cibles de choix pour ceux-ci.

De la même façon, l’artillerie est aussi mise à mal, tant le différentiel entre le prix des munitions traditionnelles de l’artillerie et le coût de ces drones est favorable aux seconds. Mieux encore : ces drones ont une portée de plus en plus importante, ce qui permet des attaques en profondeur et, contrairement à l’artillerie traditionnelle, ne permettent pas de révéler facilement (ou par balistique) le point de départ de la frappe. En outre, ces drones peuvent même être contrôlés depuis un autre pays grâce aux communications satellite. Dans de telles conditions, on comprend que les nouveaux soldats – qui sont essentiellement des contrôleurs et pilotes de drones – peuvent infliger d’importants dommages tout en étant très loin des points chauds du terrain d’opération, sans donc se mettre en danger.

On estime ainsi que 70 % des dommages infligés en Ukraine sont désormais imputables à ces drones.

S’ajoutent à ces constats les tout derniers développement des essaims de drones, qui permettent à un unique opérateur de gérer un grand nombre de drones qui peuvent se coordonner entre eux et aller jusqu’à établir des tactiques de déplacement et de pénétration.

On comprend que les capacités et fonctionnalités liées à ces drones et ces essaims vont se multiplier, d’autant plus qu’on l’a vu dans certaines opérations menées par les forces spéciales ukrainiennes, il est maintenant possible de faire rentrer discrètement les drones sur les territoires ennemis et y mener reconnaissance et collecte informationnelle de façon quasi-invisible…

Sans surprise, qu’il s’agisse de l’Ukraine – avec l’énorme soutien technologique et logistique des États-Unis, au moins jusque fin 2024 – ou de la Russie, les deux belligérants investissent donc en masse dans ce domaine.


Bien que déjà très fluctuante et adaptative, cette situation évolue cependant de plus en plus rapidement, à la faveur d’avancées technologiques sans arrêt poussées par ce conflit. Parallèlement en effet, il suffit de regarder du côté de la robotisation « humanoïde », avec par exemple les célèbres robots de Boston Dynamics, pour comprendre qu’il est inévitable qu’on assistera rapidement, dans les années à venir, à l’avènement des « robots fantassins ».

On n’y est certes pas encore, mais tous les ingrédients sont déjà présents. Des milliards de dollars ne manqueront pas d’irriguer la recherche et le développement en ce sens, l’intelligence artificielle embarquée complètera le tableau. L’avantage est évident : ces robots seront plus rapide à produire et plus facilement sacrifiables et remplaçables que des humains, ce qui pourrait devenir un facteur déterminent notamment auprès de l’opinion publique. Et au-delà, on doit s’attendre, dans la suite logique, à voir apparaître des machines qui seront capables de prendre des décisions de façon extrêmement rapide – encore un avantage sur les humains – de manière indépendante, et avec des objectifs tactiques militaires.

Les débats éthiques promettent d’être intenses mais seront de toute façon rapidement étouffés lorsqu’il s’agira de considérer l’alternative, le soldat traditionnel étant aussi un frère, un père, un mari ou un enfant.

Dans un tel scénario, on comprend que l’Europe, encore engluée dans ses doctrines traditionnelles, reposant notamment sur des blindés et sur des fantassins humains, a – à nouveau – une guerre de retard.

Actuellement, les États-Unis, la Chine et bien sûr la Russie investissent énormément dans ces nouvelles technologies. Ils accumulent déjà de l’avance – et pour la Russie, une avance testée sous le feu du combat, opérationnelle – dans le domaine par rapport au reste du monde.

Malgré tout, l’Europe ne s’empêche pas de tenir des discours très militaristes tout en n’ayant pas encore vraiment pris la mesure du tournant technologique à opérer. Le risque est de connaître une situation similaire à celle que la France a connue en 1940, où de mauvais choix stratégiques – avec un modèle d’armée, reposant encore trop sur une leçon apprise lors de la précédente Guerre Mondiale – avaient provoqué une défaite face à une armée allemande technologiquement plus au fait, et surtout apte à s’adapter plus vite que l’armée française de l’époque.

Dans ce contexte, plutôt qu’enchaîner les fanfaronnades politiques visant à faire peur à la population et les exhortations de matamore qui n’impressionnent réellement personne, il devient urgent de se concentrer sur le développement de ces nouvelles technologies et les chaînes logistiques sous-jacentes : demain, la supériorité militaire pourrait se mesurer non à la qualité des doctrines mais à la résilience cyber-industrielle.

Or, une flotte de drones autonomes dont les micrologiciels, les batteries, les capteurs ou les IA embarquées sont produits hors du continent reste une vulnérabilité stratégique majeure – quelle que soit sa sophistication opérationnelle.


À l’évidence, les récents conflits (Ukraine, Houtis en Mer Rouge, etc.) montrent que la tendance est à la « démocratisation » des conflits, où les coûts marginaux des drones baissent tellement que des acteurs non-étatiques – milices voire entreprises privées – deviennent des concurrents viables aux armées nationales. Et logiquement, si la guerre devient une affaire de quelques milliers d’opérateurs hautement qualifiés pilotant des systèmes autonomes, l’investissement rationnel n’est pas dans la conscription de masse mais dans l’excellence technologique, la guerre cognitive et la résilience des infrastructures critiques face aux cyberattaques qui précéderont inévitablement tout conflit cinétique.

Dans ce cas, on comprend que le champ de bataille de demain n’est pas d’abord le ciel, mais plutôt le spectre électromagnétique : un brouillage efficace rend les drones inefficaces, voire permet de les capturer. Dès lors, l’autonomie locale – et donc, une IA embarquée – devient d’une importance capitale puisqu’il permet aux drones de continuer leur mission même sans lien avec l’opérateur.

L’Europe (et la France notamment) se trouve face à un dilemme stratégique qui dépasse largement la question militaire : elle doit simultanément réindustrialiser, rattraper son retard technologique et repenser sa doctrine de défense, alors même que sa fragmentation politique entrave toute coordination efficace. La véritable menace n’est pas tant une invasion conventionnelle que l’obsolescence programmée de son appareil militaire et, plus fondamentalement, l’érosion de sa souveraineté technologique.

Dans ce contexte, les gesticulations martiales sonnent comme les derniers échos d’un monde révolu. La question n’est plus de savoir combien de soldats mobiliser, mais si l’Europe sera encore capable, dans une décennie, de produire les technologies qui définiront la puissance.

Sans rupture radicale, le Vieux Continent ne sera qu’un spectateur impuissant. L’enjeu n’est pas de rattraper un retard, mais d’éviter une marginalisation définitive dans l’architecture de sécurité du XXIe siècle.


https://h16free.com/2025/12/05/82772-drones-contre-conscrits-leurope-choisit-le-passe

29 novembre 2025

Vincent Verschoore


-29/11/2025- Les populations de l'Europe, et notamment de la France, sont actuellement aux prises avec une opération de "nudging", euphémisme savant pour "manipulation de masse", sur fond de guerre avec le sempiternel épouvantail russe.
Les manipulateurs font évidemment l'impasse sur le contexte et les fondements géopolitiques de la guerre en Ukraine, où l'OTAN est clairement coresponsable du désastre, afin de faire croire à une menace existentielle aux mains d'un pays bien moins peuplé et bien plus grand, doté d'immenses ressources naturelles, et qui n'a rien à gagner à faire tuer ses propres forces vives ici.
La manipulation guerrière, comme toujours, vise à détourner l'argent public vers le complexe militaro-industriel, à justifier l'existence des clowns galonnés de l'Otan, et à étouffer la démocratie car "nous sommes en guerre". Encore.
Ce qui ne veut pas dire qu'il faille rester à poil, face à la Russie ou face à d'autres menaces possibles, et (pour l'avoir moi-même fait), l'option d'une formation militaire au sein de la population est pertinente tant que son objectif reste clairement la défense de la Nation, et pas autre chose.
À l'image de la Suisse ou de la Suède jusqu'à son entrée dans l'Otan, la politique de défense face à la Russie n'est pas de se battre pour gagner, mais de rendre toute tentative d'invasion tellement coûteuse pour l'attaquant que sa victoire finale n'en serait plus vraiment une.
Seuls les psychopathes peuvent en appeler au sacrifice au champ d'horreur de nos enfants, qui ne sont déjà plus assez nombreux pour subvenir aux besoins de nos pays vieillissants et menés à l'asphyxie par la crétinerie et la corruption de la caste dirigeante.
Il en va de même pour les Russes, en termes de rapport d'actifs aux inactifs et de baisse de la natalité. Le pétrole ne peut pas tout.
N'oublions pas à qui profite la guerre, et ce n'est jamais aux populations. N'oublions pas que c'est l'Ukraine et les US qui ont fait sauter Nordstream, un bien appartenant conjointement aux Allemands et aux Russes, ce qui constitue un acte de guerre s'inscrivant dans la logique US/Otan de la vassalité européenne. L'ennemi, le vrai, n'est pas toujours celui que l'on croit.

4 novembre 2025

Gastel Etzwane
4/11/2025

The Economist – édition du 1er au 7 novembre 2025.
Il faut commencer par rappeler une scène parfaitement documentée : deux néo-conservateurs américains, John McCain (désormais décédé) et Lindsey Graham, s’étaient rendus en Ukraine avant même le déclenchement du conflit, pour y encourager les responsables militaires ukrainiens à “tenir bon” et à entrer dans l’affrontement avec la Russie. Cette image est un symbole : l’initiative, le tempo, l’allumage, tout cela ne venait pas d’Europe. Cela venait de Washington.
Et aujourd’hui, The Economist titre froidement : « Europe’s Opportunity ». Avec un casque recouvert de billets. C’est au moins honnête : l’occasion de faire de l’argent sur une guerre qui tuera des jeunes, des deux côtés. Voilà le véritable cœur du projet : transformer l’Europe en comptable, en investisseur spéculatif, en participant financier d’un conflit qui ne profitera, au bout du compte, qu’aux États-Unis.
On peut trouver cette iconographie répugnante. Mais elle a le mérite de dire la vérité nue : on reconnaît que la guerre est un business. L’économie avant la paix. Le profit avant la vie. Ce cynisme assumé est infiniment plus inquiétant que le discours officiel. C’est le réel.
Et en France et dans d’autres pays européens, on veut nous faire croire que le conflit est inévitable. Le plus grand mensonge du moment.

23 octobre 2025

Gabriel Nerciat
23/10/2025

NOTRE AMIE LA GUERRE

La guerre avec la Russie, dernière chance des forces libérales-européistes chancelantes et du pouvoir macronien aux abois.
Face à ce déluge de conneries importées par les néo-conservateurs polonais et les détestables nains baltes, l'inertie des forces d'opposition nationales (à commencer par le RN) finit par devenir franchement préoccupante.
Les derniers courtisans, civils ou galonnés du régime, eux, se perdent dans une médiocrité de moins en moins scintillante.
Heureusement que Sarkozy, Hollande et Macron ont détruit la crédibilité de l'armée française en moins de vingt ans. Sinon, on serait vraiment en droit de redouter le pire.

28 septembre 2025

Natalia Routkevitch
28/9/2025

Accélération ?

Dans "The Fog of War" (2003), Robert McNamara, ancien secrétaire à la Défense des États-Unis sous John F. Kennedy et Lyndon B. Johnson, propose une réflexion tristement actuelle sur la guerre moderne. À travers onze leçons, il met en lumière la difficulté des choix en temps de conflit, le danger extrême que représente toute décision d’escalade à l’ère nucléaire, ainsi que les limites de la rationalité humaine dans des situations critiques.
En écho à cette réflexion, l’analyse très pessimiste formulée vendredi dernier par Jeffrey Sachs, spécialiste du monde post-soviétique, invite à méditer sur les événements récents.
On dirait que la course s’accélère.

Robert Mc Namara, 2003

"Beaucoup de gens se trompent sur la leçon à tirer de la crise des missiles de Cuba. Beaucoup ont regardé ce qui s’est passé et en ont conclu que les dirigeants pouvaient gérer une crise nucléaire. Tant que chacun se comportait de manière rationnelle, disaient-ils – tant que chacun était logique et agissait de façon cohérente avec ses objectifs – tout finirait par s’arranger. Mais la rationalité ne nous sauvera pas.
Des individus rationnels – Kennedy était rationnel, Khrouchtchev était rationnel, Castro était rationnel – sont passés à deux doigts de la destruction totale de leurs sociétés. Les trois dirigeants ont agi de façon rationnelle, et pourtant ils ont failli plonger le monde dans une guerre nucléaire.
Et ce danger existe encore aujourd’hui.
La grande leçon de la crise des missiles de Cuba est la suivante : la combinaison de la faillibilité humaine et des armes nucléaires peut entraîner la destruction de nations.
Je veux le dire, et c’est très important : à la fin, nous avons eu de la chance. C’est un coup de chance qui a empêché la guerre nucléaire. Nous sommes passés à un cheveu d’une catastrophe.
La rationalité présumée des acteurs politiques, à elle seule, ne nous empêchera pas de commettre des erreurs fatales. Sachant cela, il est impératif d’éviter les situations où le contrôle peut être perdu. Si une situation peut escalader, il faut tout faire pour ne pas la laisser advenir.
Si une seule personne peut se tromper à cause de biais ou d’informations erronées, alors peut-être qu’une seule personne ne devrait pas avoir un pouvoir discrétionnaire total sur nos arsenaux nucléaires. Avec les armes nucléaires, il n’y aura pas de période d’apprentissage."

Aurons-nous un coup de chance cette fois-ci ?

Jeffrey Sachs, 26 septembre 2025

"La semaine passée a été marquée par une escalade dramatique qui pourrait conduire à une guerre directe entre, au minimum, l’Europe et la Russie – voire entre l’OTAN et la Russie –, avec des affrontements s’étendant au-delà de l’Ukraine, jusque sur le sol européen.
Les dirigeants européens évitent toute discussion honnête et publique sur ces risques. Aujourd’hui, nous n’entendons rien du triumvirat Starmer-Macron-Scholz à propos des risques d’une Troisième Guerre mondiale, d’une guerre nucléaire, ou du fait que l’Union européenne et le Royaume-Uni pourraient devenir un champ de bataille. Rien de tout cela n’est exprimé. Aucun choix n’est exposé, aucune discussion n’a lieu. Et bien sûr, il n’y a pas eu un seul moment de vérité sur l’histoire du conflit : comment il est né, pourquoi il est né, comment il pourrait être désamorcé. Pas un seul mot.
Nous faisons face à un colossal échec de leadership, à une confusion croissante et à des risques indéniablement accrus d’escalade – qu’elle soit délibérée ou accidentelle.
Ce que Trump n’a jamais fait, depuis le début de son mandat, c’est expliquer clairement au peuple américain ou au monde la position des États-Unis vis-à-vis de cette guerre. Par exemple, la question la plus simple : sur quelle base cette guerre peut-elle être terminée ?
Les États-Unis et les dirigeants européens n’ont aucune position sur ce point, si ce n’est de dire : « C’est l’Ukraine qui décidera », ce qui est une idée pour le moins extraordinaire. En somme, ils disent : « Nous ferons tout ce que l’Ukraine demande, que ce soit dans notre intérêt ou non, que cela ait du sens ou non. » Et bien sûr, quand je dis « ce que dit l’Ukraine », j’entends en réalité ce que décide une seule personne, gouvernant désormais sous la loi martiale. C’est cela qui va déterminer ce que l’Europe et le monde occidental feront.
Dans cette situation, nous avons un belligérant qui a mis sur la table un ensemble très clair de conditions de paix. L’autre camp, lui, n’a soit rien dit, soit répété : « aucune concession » et « l’Ukraine intégrera l’OTAN ». Cela revient à dire, premièrement, pas de négociations ; deuxièmement, la guerre continuera malgré les destructions massives, le bain de sang et les risques démultipliés d'une catastrophe absolue.
Les dirigeants ne s’engagent pas dans une véritable discussion. Ils ne débattent pas publiquement et n’expriment pas leurs vues. Ce n’est pas ainsi que des dirigeants responsables devraient agir si l’on veut maintenir la sécurité mondiale. Lorsque j’ai essayé de soulever ces questions dans une conversation directe avec eux, ils ont esquivé.
Et nous ne parlons ici que de l’Ukraine – on pourrait dire exactement la même chose de la guerre au Moyen-Orient.
Ce ne fut pas une bonne semaine pour la diplomatie.
Ce qui m’inquiète le plus, c’est la peur constante qu’un accident ne dégénère très rapidement. Nous assistons à un discours haineux, amplifié sans cesse, une rage aveugle qui peut déclencher une chaîne d’événements : un incident en entraînant un autre, puis un autre encore.
Ces dirigeants ont le pouvoir de déclencher des systèmes de missiles. Ils n’ont pas besoin de demander l’aval de leurs populations – qui, d’ailleurs, désapprouvent massivement ce qui se passe. Une guerre dévastatrice pourrait éclater bientôt.
Combien de guerres ont commencé par un incident, une insulte, un accident ou une opération sous faux pavillon qui a déclenché une spirale d’escalade ? La Première Guerre mondiale qui avait commencé de cette manière a détruit tout espoir de paix pour le siècle qui a suivi, mais on pourrait citer d’innombrables exemples.
C’est le chemin que nous empruntons – un chemin vers l’abîme. Nous prenons délibérément le risque d’accidents terribles, sans diplomatie, sans honnêteté, sans réflexion, sans maturité, sans cohérence, sans garde-fous. Et nous continuons à foncer vers le précipice."

31 juillet 2025

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Kuzmanovic Georges
31/7/2025

Il y a très exactement 111 ans, le 31 juillet 1914, l'immense Jean Jaurès était assassiné par Raoul Villain.
Assassiné, parce que Jaurès, en visionnaire, affirmait que la guerre qui venait, la Première Guerre Mondiale de 1914-1918, serait une catastrophe.
Jean Jaurès a été accusé — à tort — d’être un agent allemand, notamment par la droite nationaliste et revancharde de l’époque, parce qu’il s’opposait à l’entrée en guerre.
Eté 1914 :
À la veille de la Première Guerre mondiale, les tensions montent entre les grandes puissances européennes. En France, l’opinion est de plus en plus belliciste, notamment dans les milieux nationalistes, conservateurs, catholiques et militaires.
Jean Jaurès, fondateur de L'Humanité et leader du Parti socialiste (SFIO), prône le pacifisme internationaliste. Il milite activement pour empêcher le déclenchement d’une guerre qu’il considère comme :
- un affrontement entre impérialismes ;
- une tragédie pour les classes populaires ;
- contraire aux intérêts des travailleurs français et allemands.
Pour tenter de prévenir la guerre, il tente de convaincre en France par ses discours à l'Assemblée nationale et par ses écrits, mais aussi en discutant avec des interlocuteurs allemands, en particulier avec le SPD (le parti socialiste allemand).
Jaurès essaye de toutes ses forces de mobiliser les socialistes européens pour organiser une opposition commune à la guerre imminente, via l'Internationale ouvrière.
Parce qu’il s’oppose à la mobilisation générale, Jaurès est violemment attaqué dans la presse nationaliste (comme L'Action française) :
- On le traite de traître à la Nation ;
- On l’accuse d’être à la solde de l’Allemagne, voire un agent payé par Berlin ;
- Certains l’appellent "le député de Berlin".
Ces calomnies visent à le discréditer et à neutraliser la voix du pacifisme à l’heure où le pays glisse vers la guerre.
Le dernier grand discours pour la paix de Jean Jaurès a été prononcé le 25 juillet 1914 à Bruxelles, lors du congrès extraordinaire de l’Internationale socialiste. Il s’agit d’un appel désespéré pour éviter la guerre mondiale imminente.
"Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage" (oui, ça vient de là).
Ce discours intervient 6 jours avant son assassinat et 9 jours avant la déclaration de guerre entre la France et l’Allemagne. L'attentat de Sarajevo a eu lieu un mois plus tôt, le 28 juin 1914, et l'Europe glisse vers le conflit.
Ce discours n’est pas une illusion pacifiste naïve, mais un cri d’alarme rationnel, un appel au sursaut des peuples pour éviter la catastrophe. Jaurès y cherche à mobiliser les travailleurs français, allemands et européens pour faire front commun contre la guerre.
Que ne l'ont-ils écouté ?
Jaurès était conscient de la difficulté, sinon de l'impossibilité que son combat triomphe.
Il aurait déclaré à des camarades : "Je sens que je ne sauverai pas la paix, mais je ne veux pas que la guerre vienne sans qu'on m'entende jusqu'au bout".
Jean Jaurès sera assassiné par Raoul Villain, un jeune nationaliste exalté, au Café du Croissant à Paris.
Deux jours plus tard, la France entre en guerre.
Avec les conséquences que l'ont sait : certes une glorieuse victoire pour nos armées, la défaite de l'Allemagne, le retour de l'Alsace et de la Lorraine, mais des millions de morts et de blessés, des familles brisées, un suicide européen, la fin de la domination européenne sur le monde (pour le mal et le bien), la préparation du second suicide européen que sera la Seconde Guerre Mondiale.
Pourquoi parler de Jaurès aujourd'hui ?
Pour le souvenir, l'hommage, oui, mais aussi parce que les bellicistes, les marchands d'armes et les politiciens qui ayant ruiné leur pays se cherchent une virginité, nous poussent à une nouvelle guerre en Europe, contre la Russie cette fois.
Jean Jaurès fut assassiné parce qu’il voulait la paix.
Parce qu’il s’opposait, au nom de la justice, de la raison et de l’intérêt des peuples, à l’engrenage fatal qui mena à la Première Guerre mondiale.
Aujourd’hui, un siècle plus tard, ceux qui, face à la guerre en Ukraine, appellent à une solution diplomatique, à la désescalade et à des négociations de paix durables sont à leur tour diabolisés.
On les accuse de collusion avec la Russie, de "trahison", de "soumission" à un camp.
Ils sont montrés du doigt comme le fut Jaurès, simplement parce qu’ils refusent de s’aligner sur les logiques de guerre perpétuelle, sur la militarisation de la pensée, sur l’aveuglement stratégique.
Ils refusent qu’on sacrifie des générations pour des intérêts géopolitiques ou économiques qui ne sont jamais ceux des peuples.
"Ce serait une folie, une horreur.
Nous savons ce que c’est qu’une guerre moderne.
Ce ne sont plus des guerres dynastiques, avec quelques milliers d’hommes tués.
Ce sera une guerre de peuples, une guerre de nations, et cela veut dire : des millions d’hommes arrachés à leurs foyers, des millions d’hommes mutilés, broyés, tués..." - Jean Jaurès
Ce que disait Jaurès en 1914 résonne avec force en 2025.
Le cynisme des puissants, la soumission médiatique au récit de guerre, la pression sur les esprits critiques, tout cela recommence.
Mais comme en 1914, les voix qui s’élèvent pour la paix, même minoritaires, sont indispensables.
Elles sont le dernier rempart contre l’embrasement total, contre l’idée absurde qu’on pourrait "vaincre" la Russie militairement sans déclencher une catastrophe mondiale.
"Il faut que les gouvernements sachent que les peuples veulent la paix, qu’ils entendent à tout prix sauver la paix.
Il faut que les socialistes allemands, les socialistes français, les socialistes italiens, autrichiens, russes, anglais, espagnols, belges, qu’ils fassent bloc contre la guerre." - Jean Jaurès
Ceux qui, aujourd’hui, défendent une issue politique et diplomatique au conflit ukrainien ne sont pas des traîtres.
Ils sont les héritiers de Jaurès.
Ils sont les héritiers de tous ceux qui, dans l’histoire, ont refusé la guerre comme fatalité, la haine comme horizon, et l’aveuglement comme méthode.
"Et s’il devait arriver que malgré tout, malgré nos efforts, malgré notre union, la guerre éclate, alors les responsabilités tomberaient sur ceux qui l’ont voulue et faite.
Le prolétariat, lui, n’en porterait pas la faute. Il aurait fait son devoir." - Jean Jaurès
Aujourd’hui encore, il faut faire son devoir.
Celui de résister à la propagande de guerre.
Celui de refuser l’escalade, de défendre la négociation, de protéger la paix.
Il est encore temps pour ne pas ouvrir  les portes de l'apocalypse.
La Paix est le plus important et le plus juste des combats, car comme le disait Jaurès : "Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l’exaltation de l’homme, et ceci en est l’abdication. (...) Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques".

Terminons en chanson avec Jacques Brel : "Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?"


28 juin 2025

Jacques Cotta
27/6/2025

Ukraine, Gaza, Iran... Macron adore la guerre

Il en rêve... Et pour cause. L'actualité rythmée par la guerre ferait presque oublier la politique des capitalistes mise en place au nom de "l'économie de guerre"...
Le budget 2026, dont personne ne parle, s'annonce d'une violence sans précédent. Rien ne serait épargné... Comment et pourquoi est-ce possible alors que l'aspiration à les virer tous, Macron en tête, est majoritaire ?

Cliquer sur l'image (vidéo de 11min29s) ↴

23 juin 2025

LA GUERRE DU MOYEN-ORIENT N'A PAS LIEU

Gabriel Nerciat
23/6/2025

Rires.
Les bombardements des B2 américains sur l'Iran ont peut-être bien frappé des sites vides.
Même le vice-président J.D Vance – qui était quasi ouvertement hostile à l'intervention – a admis que les services américains ne pouvaient rien affirmer de définitif sur la localisation exacte de l'uranium enrichi.
Les Russes, eux, prétendent que les dommages occasionnés sont limités, et en tout cas inaptes en l'état à empêcher l'Iran de continuer à essayer de se doter d'une arme nucléaire.
D'ailleurs, dès ce matin, quelques heures après que Trump s'est félicité du succès complet de l'opération et a remercié le Dieu des Armées, l'aviation de Tsahal retournait bombarder le site de Fordo, pourtant "intégralement détruit" (sic).
Dieu est négligent, des fois.
Dès lors, intox, comédie, tragédie, cynisme endurci, naïveté confondante ?
Trop tôt pour le dire. Même si l'on a peine à croire que l'uranium ait pu se volatiliser dans la nature sans que les satellites et les espions américains le voient.
Je crois qu'il faut toujours en revenir au livre fondateur de Jean Baudrillard, "La guerre du Golfe n'a pas eu lieu", paru après la première intervention militaire fomentée par Washington contre Saddam Hussein à la fin de la guerre froide, et qui à l'époque indigna grandement les sots.
Le philosophe y expliquait que dans la société du Spectacle (je ne sais plus s'il reprenait le concept de Debord mais c'était approchant), la victoire réelle et son déroulement stratégique importaient moins que le récit unanime qu'en donnaient des médias soumis à la propagande militaire et incapables de se rendre sur les lieux.
Peu importe que les B2 aient réellement anéanti les capacités nucléaires de l'Iran du moment que la Maison Blanche et quelques centaines de commentateurs serviles le proclament du soir au matin, attestant ainsi que l'Amérique et son suzerain israélien sont vraiment, quoi qu'il arrive, les plus forts face à un Iran exsangue au bord de la capitulation.
Le problème est que nous ne sommes plus en 1991, où Bush père s'était bien gardé d'essayer d'envahir l'Irak et/ou de faire chuter le régime baassiste.
Si le véritable but de guerre est la chute du régime des ayatollahs et des pasdarans, alors en effet la destruction ou non des sites nucléaires n'est jamais au mieux qu'un prétexte et n'a d'importance que secondaire.
Si ce n'est pas le cas, les Américains ont intérêt à retirer leurs billes assez vite, c'est-à-dire avant que le village Potemkine ne s'effondre. Mais est-ce encore possible, vu la furia de Netanyahou et le degré d'implication personnelle de Trump ?
Déjà, ce matin, Tsahal a bombardé des cibles soit purement symboliques (une prison) soit carrément superflus (le QG des pasdarans, vidé de ses occupants depuis plusieurs jours).
Après, que faire ? Le régime ne va pas tomber tout seul, sous les yeux impavides des dirigeants russes et chinois.
Car la révolution iranienne non plus risque bien de ne pas avoir lieu, au grand dam de Bernard-Henri Lévy et de Pascal Praud.
Comme celle de 1991, la guerre Iran-Israël-USA n'a peut-être pas réellement lieu, mais la vraie question que ne pouvait jadis poser Baudrillard serait plutôt celle-ci : comment peut-on mettre fin à une guerre qui n'existe pas ?
Gilles Casanova

-23/6/2025- Chaque fois que les États-Unis d'Amérique ont pensé importer la démocratie par les bombes le résultat a été dramatique.
Ils ont fini par partir, laissant derrière eux la souffrance, la désolation et souvent le terrorisme que nous subissons, nous, ici. On ne voit pas qu'il en serait différemment en Iran.
Voici la liste, compilée par les autorités chinoises, des bombardements américains depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il est long et difficile de faire une liste exhaustive de tous les pays que les États-Unis d'Amérique ont bombardés, parmi eux il est beaucoup plus facile de faire la liste de ceux pour lesquels cela a été un succès pour la démocratie, aucun :

■ Corée et Chine : 1950-1953 (guerre de Corée)
■ Guatemala : 1954, 1960, 1967-1969
■ Indonésie : 1958
■ Cuba : 1959-1961
■ Congo : 1964
■ Laos : 1964-1973
■ Vietnam : 1961-1973
■ Cambodge : 1969-1970
■ Grenade : 1983
■ Liban : 1983, 1984 (attaques contre des cibles au Liban et en Syrie)
■ Libye : 1986, 2011, 2015
■ Salvador : 1980
■ Nicaragua : 1980
■ Iran : 1987
■ Panama : 1989
■ Irak : 1991 (guerre du Golfe), 1991-2003 (invasions américaines et britanniques), 2003-2015
■ Koweït : 1991
■ Somalie : 1993, 2007-2008, 2011
■ Bosnie : 1994, 1995
■ Soudan : 1998
■ Afghanistan : 1998, 2001-2015
■ Yougoslavie : 1999
■ Yémen : 2002, 2009, 2011, 2024, 2025
■ Pakistan : 2007-2015
■ Syrie : 2014-2015

Non, on ne voit pas qu'il en serait différemment en Iran.

14 juin 2025

Kuzmanovic Georges
14/6/2025

Les États-Unis ne sont pas les "leaders du monde libre" : ce sont les champions de la guerre permanente.

Les néoconservateurs ont obtenu une victoire totale à Washington.
Les maigres espoirs que certains avaient placés dans l’élection de Donald Trump ont été balayés.
Nous faisons face à un risque réel de guerre mondiale, pour la seule raison que les néocons américains sont animés par un désir fou et obsessionnel d’un monde unipolaire dominé par les États-Unis.
Désormais, après la récente déclaration de Trump, aucune négociation ni diplomatie ne semble possible avec les États-Unis, et donc avec l’Occident qu’ils dirigent. Plus aucun pays ne peut faire confiance à ce bloc. Tout risque donc de se régler par la force.
Dans ce contexte, deux hypothèses s’imposent concernant Emmanuel Macron :
Soit il ne comprend rien à la situation actuelle, soit il obéit docilement à Washington et aux néoconservateurs qui y règnent, tel un bon petit soldat de l’atlantisme.
La France n’a aucune raison de participer à la défense d’Israël.
C’est Israël qui a franchi deux lignes rouges :
- Attaquer un pays souverain sans pouvoir invoquer la légitime défense.
- Viser des installations nucléaires.
Par ailleurs, aucun accord de défense ne nous lie militairement à Israël.
En devenant cobelligérants, nous entrerions dans un conflit impliquant ou susceptible d’impliquer plusieurs puissances nucléaires : les États-Unis, Israël, demain peut-être l’Iran, et potentiellement la Russie.
Il est irresponsable de la part du Président de la République de parler de guerre avec la désinvolture d’un noctambule choisissant sa prochaine boîte de nuit.
La participation à une guerre est une décision grave. Comme en Ukraine, elle ne peut être le fait d’un seul homme. Une éventuelle participation à une guerre aux côtés d’Israël contre l’Iran doit, au minimum, être discutée au Parlement – comme l’impose l’article 35 de la Constitution.
Nous devons, par tous les moyens, même avec les modestes leviers dont dispose chaque citoyen, freiner les va-t-en-guerre et œuvrer à la paix.
La situation mondiale est bien plus grave que lors de la crise des missiles de Cuba.
Ce n’est pas un jeu, contrairement à ce que semble croire le sénateur Lindsay Graham : l’humanité est au bord de l’abîme.

12 juin 2025

GUERRE : LES POLITICIENS CONTRE LE PEUPLE

Jean-Claude Delhez

-11/6/2025- Je viens de voir passer deux sondages récents. Au Royaume-Uni, la majorité des sondés s'est prononcée contre une augmentation des dépenses d'armement. En Italie, une grande majorité de la population est opposée au soutien militaire à l'Ukraine. Pourtant, le pouvoir fait l'inverse. Meloni soutient Kiev (mollement, certes). Et Starmer projette de faire grimper le budget de la Défense jusqu'à 3,5% du PIB.
Voilà qui me rappelle 2003. Bush allait envahir l'Irak. Il s'était trouvé des alliés en Europe, notamment Berlusconi en Italie, Blair au Royaume-Uni et Aznar en Espagne. Là aussi, la population de ces pays européens était opposée à la guerre. Et cela alors qu'elle subissant (déjà) un bourrage de crâne belliciste : la menace de la puissante armée irakienne et des armes de destruction massive de Saddam Hussein. Malgré l'opposition populaire, ils y sont quand même allés, à la guerre. Et ça a donné la catastrophe que l'on sait.
La guerre, le politicien aime ça. Il fallait voir Bush tout guilleret dans son blouson d'aviateur, sur un porte-avions américain du Golfe, après la défaite de l'Irak. Ou Hollande à Tombouctou, après l'intervention française de 2013 au Mali (qui n'a rien résolu, c'est peu de le dire). Le politicien est un être de pouvoir, de hiérarchie, de domination. La guerre aussi est un rapport de force, de pouvoir. D'autant qu'il ne s'agit pas ici de se défendre : personne n'envahit l'Italie, l'Espagne ou le Royaume-Uni, ne fait irruption au cœur de l'Europe pour y égorger vos filles et vos compagnes. Il s'agit d'attaquer. Le politicien aime la guerre plus que le peuple. Il aime les rapports de domination. Et les rapports de domination sont l'inverse de la démocratie.

18 mars 2025

Yann Bizien

- 18/3/2025 - Emmanuel Macron a très mal pris la fuite de cette information qui amplifie le phénomène de crainte et de peur qu'il a lui-même généré dans tout le pays.
Aujourd'hui, alors que Donald Trump travaille à la paix à l'est de notre continent, le chef de l'État pousse au réarmement de l'Ukraine et à la planification de la projection de troupes européennes dans ce pays contre la volonté de Vladimir Poutine. Emmanuel Macron fait comme si cette guerre n'avait pas eu lieu, comme s'il n'y avait pas de perdant, pas de vainqueur et pas de négociations en cours.
Déconnecté des réalités, à contretemps, il parasite tout le processus comme s'il ne voulait pas vraiment de la paix.
Le narcissisme du chef de l'État est en train d'atteindre son apogée.
Nota : Vladimir Poutine ne veut pas de troupes européennes donc de l'OTAN, en Ukraine. Rappelons qu'il s'agit de la cause principale de cette guerre.

10 mars 2025

Rien de tel qu’une bonne guerre !

H16

- 10/3/2025 - Panique chez les dirigeants européens : Trump arrête tout support financier et matériel à l’Ukraine. Finies les petites sauteries payées par l’Oncle Sam, il va falloir s’organiser « entre nous » ! Cornaqués par un Macron et une von Der Leyen surexcités, ils choisissent alors habilement de reprendre le flambeau dépensier.

Sans mal, cela commence avec une surenchère dans les montants évoqués.

Depuis 2022, l’Union européenne et ses États membres ont multiplié les mesures en faveur de l’Ukraine : 135 milliards d’euros d’aide, facilités de crédit via une enveloppe de 50 milliards d’euros, et un prêt supplémentaire de 35 milliards d’euros validé en octobre 2024.


Las. Tout cela semblait un peu chiche.

Ursula von Der Leyen a donc dévoilé le 4 mars dernier un plan visant à mobiliser 800 milliards d’euros sur cinq ans. Cela fait la bagatelle de 160 milliards annuel ; pour rappel, le budget annuel de l’Union tourne autour de 170 milliards.

Ce nouveau plan vise à renforcer la défense européenne et soutenir l’Ukraine et inclut 150 milliards d’euros sous forme de prêts bonifiés aux États membres, une réorientation des fonds de cohésion (392 milliards d’euros pour 2021-2027) vers des projets de défense et s’accompagne d’une flexibilisation des règles budgétaires (exclusion temporaire des dépenses de défense du calcul des déficits) d’autant bienvenue que certains pays pataugent dans les déficits. Enfin, signalons la « mobilisation accrue du secteur privé » qui se fera par l’intervention de la Banque européenne d’investissement (BEI) qui garantit rien qu’à l’évocation de son nom l’utilisation pertinente et pas du tout connivente de ces gros bouillons joufflus d’argent public.

Bien évidemment, cette surenchère financière se double d’une surenchère médiatique avec propagande grossière.

Les médias traditionnels profitent de leur pouvoir décroissant avant que l’attrition naturelle de leur cœur de cible vieillissant ne les pousse à l’insignifiance et cela donne lieu à des titrailles mêlant parfums de Corée du Nord à des bruits de succion forcenés :


Apparemment, la presse note avec justesse que Macron pousse les gens à se rassembler spontanément mais oublie de préciser que c’est pour l’injurier et réclamer sa démission.

Hardie, elle imagine même dans notre pénible locataire élyséen un véritable leader européen, au moment même où les négociations de paix se déroulent entre Russes et Américains, les Européens en ayant été soigneusement écartés.

Eh oui : grâce à une presse servile, Macron fait la démonstration d’une vacuité phénoménale et s’auto-proclame chef d’un groupe qui n’est pas invité à parler.

Enfin, il serait difficile de passer à côté de la surenchère de la psychologie de la peur, méthode largement utilisée en 2020 pour forcer les foules au conformisme total.

Outre la distribution d’anathème sur les odieux individus (forcément pro-Poutine) qui réclament un peu de recul avant de s’emballer, le Président et sa cohorte d’imbéciles gouvernementaux se sont lancés dans l’habituelle gesticulation guerrière pour nous convaincre de tout et son contraire.

Selon eux, le Kremlin est suffisamment fort pour chatouiller les portes de Paris, mais il est aussi épuisé par trois ans de conflit mené grâce à la récupération d’électroménager, de chameaux et d’ânes ou de forces nord-coréennes.

Il faut DONC absolument lancer un emprunt national auprès des Français. Oui, le lien de cause à conséquence est ténu, mais c’est sans importance puisque tout est question de marketing : on appellera ça « l’emprunt anti-Russes », il sera un chouilla obligatoire et on dira que l’État le remboursera s’il le peut, mais il ne le pourra pas et ce ne sera pas du tout un vol pur et simple et tout le monde sera content.


Ces surenchères ne doivent rien au hasard : elles reprennent point par point le « Manuel Covid » employé en 2020. Ici, on passe simplement du coronavirus au méchanvirusse.

Les médias, les experts de plateau et les sondages sont utilisés pour gonfler les menaces hors de toute proportion.

On attise ensuite des divisions au sein de la population (vieux/jeunes, riches/pauvres, citadins/campagnards, étrangers/autochtones) afin d’isoler les individus et d’ostraciser la dissidence. En poussant à percevoir la société comme une lutte permanente de tous contre tous, on empêche la formation d’un corps social unifié contre les décideurs.

Enfin, on stigmatise l’opposition de façon aussi crue et simpliste que possible : ne pas être ouvertement pour les Ukrainiens signifie sans nuance être secrètement pour Poutine, leur refuser des finances et du matériel revient à souhaiter sans nuance l’annihilation de l’Ukraine. Et par l’utilisation de glissements sémantiques sordides, accepter finances et matériel revient bien vite à accepter l’envoi de troupes, puis d’appelés.

Ici, l’idée est de faire peur aux petits hommes-soja, aux consensuels, aux conformistes. Ceux qui ont accepté les confinements, les auto-attestations puis les piqûres-miracles n’ont pas de raison de ne pas accepter le reste. On peut menacer d’envoyer au front, avec une heureuse alternative : seuls les soumis restent au bercail, et comme pour le réchauffement climatique qui passera à la trappe (les tanks ne pouvant être électriques), ils devront juste payer des taxes pour échapper à la guerre.


Car oui, tout se résume essentiellement à une sordide histoire de gros sous : Macron et les autres dirigeants européens rêvent à la fois de mobiliser de vastes sommes de pognon gratuit du public dont un pourcentage retombera heureusement dans leurs poches bien privées, et à la fois d’utiliser cette peur de la guerre et cet « élan communautaire » (aussi artificiel soit-il) pour pousser une fédéralisation de l’Union par son armée, une Europe de la Défense, ce vieux projet qui remonte quasiment à sa création mais qui a toujours échoué, les prérogatives nationales l’emportant toujours.

Cette fédéralisation est trop pratique pour être oubliée : elle permet de se passer, enfin, de l’encombrante démocratie. Celle-ci sera mimée, vaguement, par l’organe croupion de l’Union exactement destiné à ça, le Parlement européen, pendant que les non-élus continueront leurs projets sans s’embarrasser des peuples.

Cependant, la crise pandémique de 2020 n’a pas été sans effets. Outre des finances (françaises et européennes) épuisées, beaucoup ont pris conscience des mensonges déployés à cette époque. Depuis, les dirigeants ont largement démontré leur duplicité et leur incompétence. Retenter la même musique devant le même public pourrait ne pas marcher comme prévu.


https://h16free.com/2025/03/10/80402-rien-de-tel-quune-bonne-guerre