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4 janvier 2026

Le réveil de l’empire de l’Ouest

Radu Portocala
4/1/2026

En 1944, les troupes américaines qui avaient débarqué sur les plages normandes portaient dans leurs bagages un étrange cadeau pour la France : le Allied Military Government of Occupied Territories (AMGOT). Prévoyants, les gouvernants de Washington avaient même imprimé des billets de banque et avaient cherché à les mettre en circulation. La France était un territoire occupé et il ne pouvait être gouverné que par les États-Unis. « Nous userons du droit de l’occupant » avait dit Roosevelt, et il avait ajouté : « Je parlerai au peuple français à la radio et il fera ce que je voudrai. » La France était, donc, censée devenir une colonie américaine, le même sort étant réservé à l’Italie, la Norvège, le Danemark, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas.


Quelques heures seulement après l’enlèvement de Nicolas Maduro, des propos tenus par Donald Trump n’étaient pas autre chose que l’écho tardif du projet de Roosevelt pour la France. « Les Américains resteront en France jusqu’à ce que des élections libres y soient organisées » disait ce dernier. Et Trump de répéter : « Nous allons diriger le pays [le Venezuela] jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre. » Cela, que l’on applaudisse ou non au renversement de Maduro, s’appelle occupation. Il suffit de changer un seul mot au vieux projet : American Military Government of Occupied Territories.

Les menaces d’intervention formulées par Trump à l’égard du Mexique, de Cuba et de la Colombie ainsi que son affirmation – « La domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais mise en question » – laissent entrevoir un avenir mouvementé. La volonté de coloniser le Groenland et de faire du Canada le 51e État américain complètent le tableau d’une Amérique qui se lance (ou re-lance) dans la politique coloniale. Parce qu’il ne faut pas oublier que, pendant des décennies, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud ont été dirigées par des régimes installés par Washington et inféodés à Washington. On comprend donc qu’il ne s’agit pas d’un appétit nouveau et que Trump se contente de suivre la trace de ses prédécesseurs.

Certes, la rapidité avec laquelle il a annoncé que les sociétés pétrolières des États-Unis vont prendre position au Venezuela semble indiquer que le sous-sol du pays le préoccupe davantage que le sort de ses habitants. Il sera, d’ailleurs, intéressant de voir, durant les mois à venir, dans quelle mesure ce sort sera meilleur et dans quelle mesure les actuelles structures du pouvoir – ce qui implique les institutions répressives – vont se transformer. Vu la manière dont se sont achevées les diverses interventions américaines à travers le monde, il est logique de craindre que l’enthousiasme d’aujourd’hui devienne la désillusion de demain.

Depuis deux siècles, les États-Unis sont travaillés par une tentation impériale qui ne peut aboutir. L’actuelle administration, soupçonnée un moment d’isolationnisme, n’a pas pu résister aux attraits d’une tradition qu’elle espère probablement corriger. À tort, le « Make America Great Again » n’a pas été interprété comme une incitation géographique, tout comme, à tort également, la très rapidement exprimée volonté de Trump de changer le nom du Golfe du Mexique en Golfe d’Amérique n’a été prise que pour un signe de mégalomanie. La réalité est autre : une fois de plus, les États-Unis cherchent à se constituer un empire colonial. Ils réussiront peut-être, mais la question est autre : seront-ils en mesure de le conserver, alors que le noyau même est de plus en plus fragile, de plus en plus sujet aux déchirements ?

1 janvier 2026

Radu Portocala

-1/1/2026- Dans le monde communiste, le principal instrument de répression était la « peine administrative » : il n’y avait pas de procès – donc pas d’accusation, mais pas de défense non plus –, pas de condamnation, pas de mandat d’arrestation. Il n’y avait qu’une décision du ministère de l’Intérieur, un fourgon pénitentiaire et quelques agents de la police politique. Ils enlevaient les gens de chez eux et les envoyaient en prison.
La nouvelle Union soviétique dont la capitale est à Bruxelles, frappée d’une crise de nostalgie, veut faire revivre cette pratique en prenant soin, bien entendu, de la moderniser quelque peu. Le bannissement remplace, donc, la prison. Pour le moment… Jacques Baud et Xavier Moreau sont les derniers à avoir bénéficié des châtiments euro-soviétiques. D’autres suivront certainement, car c’est le propre de la dictature de ne jamais pouvoir s’arrêter. « Chaque sujet dans un enclos en barbelé » est la devise qui sied désormais le mieux à la chose de Bruxelles.

31 décembre 2025

Radu Portocala

-31/12/2025- L’Ukraine dont chacun sait qu’elle est le rempart qui protège notre démocratie, s’apprête à abattre la statue de l’écrivain Mikhaïl Boulgakov, né à Kiev, mais coupable d’être russe.
C’est une manière assez particulière de rendre hommage au régime soviétique et, en général, aux diverses dictatures communistes. Les communistes voulaient, on le sait, faire disparaître le passé et, pour cela, il leur fallait détruire tout ce qui rappelait son existence : statues, portraits, noms de rues, inscriptions diverses. C’était, certes, à la fois violent et stupide, car détruire l’effigie d’un homme ne le fait pas disparaître de l’histoire. Ils ont cru, quand même, que cela était possible, et, manifestement, les chefs ukrainiens pensent la même chose.
On me dira que les nazis ont brûlé des livres. Mais leur intention était de les rendre inaccessibles, non de faire disparaître leurs auteurs de l’histoire. Ils ont brûlé les livres qui gênaient leur politique, qui contredisaient leur idéologie. Mais en quoi l’œuvre de Boulgakov peut-elle gêner la politique de Zelensky ?
En réalité, pour reprendre l’accusation si souvent utilisée pendant la guerre en Yougoslavie, l’Ukraine pratique, tout simplement, le nettoyage ethnique. Mais aujourd’hui cela ne gêne plus personne, surtout pas les hautes consciences morales qui nous gouvernent.

26 décembre 2025

Radu Portocala

-26/12/2025- Depuis quelques jours nos gouvernants sont en émoi : leur ami et associé, le grand démocrate Thierry Breton, préposé de Macron à la censure européenne, a été interdit de voyage aux États-Unis. Les bien-pensants s’indignent et songent aux punitions qu’ils trouvent convenables et même nécessaires d’infliger aux Yankees fascistoïdes. Ils ont raison. Breton vaut bien une guerre !
Ce qui peut étonner, en revanche, est que le plagiat américain n’ait suscité aucune réaction. Car qu’ont-ils fait à Washington ? Sans aucune originalité, ils ont copié les mesures que l’Union européenne, sur proposition de la France, a prises contre Jacques Baud et Xavier Moreau, les ont adoucies un peu, voulant probablement leur donner un semblant d’originalité, et les ont retournées contre l’excellent Thierry Breton.
Ainsi, quand les progressistes de Paris et Bruxelles blâment la mesure prise par les Américains, ils blâment en égale mesure – ou symétriquement – la mesure prise par eux-mêmes. Ce qui fait la différence, est que les Américains sanctionnent Breton à cause de sa passion pour la censure, alors que la France, à travers l’Union européenne, a sanctionné Baud et Moreau à cause de leur liberté de parole. Une nuance que nos génies ne semblent pas être en mesure de percevoir.

22 décembre 2025

Radu Portocala

-22/12/2025- En Roumanie – et j’imagine que c’était à peu près pareil dans les autres pays du paradis rouge – les gens adhéraient au parti communiste pour ne pas être mal vus, pour avoir de l’avancement, pour obtenir quelques avantages - en somme, par opportunisme. Bien entendu, ils n’étaient pas nombreux ceux qui le reconnaissaient sans hésiter. Tous les autres justifiaient leur démarche jugée à juste titre comme immorale par les non-adhérents à l’aide d’une formule qui flottait quelque part entre lâcheté et stupidité : « Je veux changer les choses de l’intérieur ».
Je croyais cette phrase disparue, oubliée, enterrée dans l’immense cimetière des choses gênantes. Eh bien, non. Le très jeune, trop jeune M. Bardella me l’a rappelée sur le ton de profonde satisfaction que prendrait celui qui vient de faire une prodigieuse découverte. Il veut « changer de l’intérieur » l’Union européenne qu’il appelle « maison de la démocratie » juste au moment où cette chose succombe à la tentation de la censure. Diable ! Comme l’histoire se répète ! Comme les phrases stériles se répètent ! Autrefois, on prétendait vouloir changer le parti « de l’intérieur » pour manger un peu mieux que les autres. Mais le parti ne se laissait pas changer – et, d’ailleurs, une fois dedans, les nouveaux membres n’y pensaient même plus. Maintenant, on prétend changer « de l’intérieur » une Union européenne à ce point pervertie que rien ne pourrait faire d’elle une structure normale.
Comme les communistes par opportunisme d’autrefois, M. Bardella a l’air très content de sa trouvaille censée camoufler une des nombreuses pirouettes de son parti. « Oui, semble-t-il dire, nous avons voulu sortir de l’Union européenne, mais nous avons trouvé, entre-temps, une meilleure solution : Nous dirons à nos électeurs que nous restons dedans pour la changer à notre goût. »
C’est, en fin de compte, une sorte de macronisme adapté aux besoins du RN. Mais à quoi d’autre pouvait-on s’attendre ? M. Bardella n’est pas un révolutionnaire. Il est probablement davantage un conformiste ne dédaignant pas les avantages politiques de l’adaptation.

17 décembre 2025

Radu Portocala
17/12/2025


Le 15 décembre, une sentence de bannissement a été prononcée par l’Union européenne contre deux hommes - Jacques Baud et Xavier Moreau - coupables d’avoir, sous une forme ou une autre, fait part de pensées qui contredisent celles que Bruxelles veut obligatoires.
L’Union soviétique, définie officiellement - y compris par l’Union européenne - comme une dictature, agissait de même : elle bannissait ceux qui pensaient « autrement », ceux qui ne se faisaient pas l’écho fidèle et soumis des idées imposées par le Parti.
C’est parce qu’elle ne diffère en rien des châtiments pratiqués par un régime dictatorial que la décision de l’Union européenne est extrêmement grave. Les idéologues bureaucratiques de Bruxelles punissent, comme autrefois les idéologues bureaucratiques du Kremlin, des idées et des paroles. Idées et paroles concernant un État, l’Ukraine, qui n’est même pas membre de l’Union européenne.
Selon les termes de la sentence - prononcée sans procès, sans débat contradictoire, en absence d’avocats de la défense - Jacques Baud et Xavier Moreau ne peuvent plus entrer dans un pays membre de l’Union européenne, ce qui, pour Moreau, citoyen français résident à Moscou, signifie qu’il ne peut même pas entrer dans son propre pays, la France. En plus, leurs avoirs bancaires peuvent être gelés.
La France a pris part à cette décision. Donc, pour la première fois depuis bien longtemps, la France soumise à Bruxelles a proscrit un de ses citoyens, l’a relégué. Par amour pour l’Ukraine. Elle a signé, donc, avec les autres, cet acte ignoble au bénéfice d’un État étranger. Et le ministre français des Affaires étrangères l’annonçait, il y a deux jours, l’air serein, parfaitement satisfait.
C’est au nom de l’amour pour l’Ukraine que l’Union européenne a officiellement déclaré, le 15 décembre 2025, son statut de dictature.

15 décembre 2025

Radu Portocala
15/12/2025

La Décision 2024/2643 du 8 octobre 2024 prise par le Conseil de l’Union européenne « concernant des mesures restrictives eu égard aux activités déstabilisatrices menées par la Russie » institue un certain nombre de sanctions contre les personnes qui se rendent coupables d’avoir sur la politique russe et particulièrement sur la guerre un Ukraine des opinions différentes de celles que Bruxelles autorise.
Aujourd’hui, le Conseil a ajouté un certain nombre de noms à la liste publiée l’année dernière. Parmi ceux-ci figurent l’analyste suisse Jacques Baud et l’analyste franco-russe Xavier Moreau. Certains lecteurs de cette page connaissent sans doute leurs noms.
Les actes d’accusation, dans leur triste stupidité, ont, pour celui qui a vécu à l’Est, quelque chose de familier. Simplement parce que si, à la place de « Russie », nous écrivons « impérialisme américain », nous retrouvons les anathèmes que publiait dans les années cinquante n’importe quel journal du monde soviétique.
L’Union européenne pratique, donc, la régression dans le temps, le retour aux origines de certains de ses dignitaires – surtout baltes. Mais, ce qui est bien plus grave, l’Union européenne montre qu’elle ne supporte pas des opinions différentes de la sienne et qu’elle punit volontiers ceux qui s’y risquent. L’Union européenne, depuis quelque temps, a pour but d’instaurer la censure. Objectif médiocre, tout de même. Donc, elle se lance avec enthousiasme dans la censure punitive telle qu’elle a été pratiquée par les pires dictatures du siècle dernier : celle des soviets et celle des nazis.

2 décembre 2025

Radu Portocala


-2/12/2025- Dans la Roumanie socialiste, la censure portait le nom euphémistique de Direction générale de la presse et des imprimés. Tout ce qui devait arriver dans une imprimerie - même les étiquettes des boîtes d’allumettes - devait obtenir l’aval de cette institution. Les quotidiens, imprimés la nuit, devaient être soumis à la Direction et lus lettre par lettre. Les revues également. Les manuscrits des livres traînaient pendant des mois sur les bureaux des censeurs qui approuvaient ou non chaque page.
Cette approbation - le droit de vie accordé à un texte - se manifestait sous la forme d’un petit tampon insignifiant connu sous le nom de « visa T ». Pourquoi « T » je ne saurais dire. Elle était apposée, comme je l’ai dit, sur chaque page d’un manuscrit, et la page qui ne l’obtenait pas devait être soit éliminée, soit remplacée et soumise de nouveau au contrôle.
Trouver un exemplaire de « visa T » n’est pas chose aisée pour la simple raison que faire sortir d’une rédaction ou d’une imprimerie une page sur laquelle elle était apposée constituait une infraction particulièrement grave. Il se trouve, cependant, que j’ai quelques exemplaires de cette chose si précieuse (et j’ai raconté ici, il y a un moment, comment j’ai pu commettre cette horreur). Je publie donc un exemple de « visa T » à l’intention des confrères journalistes qui, peut-être, demain, devront obtenir un LABEL semblable avant de publier leur prose. Cela s’appellera, qui sait ?, « visa M. »…

22 novembre 2025

Radu Portocala

-22/11/2025- Depuis le commencement de la guerre en Ukraine, les services occidentaux d’espionnage ont été incapables de donner des renseignements fiables sur la politique de la Russie, sa stratégie, ses capacités miliaires. Rappelons-nous cette « information » donnée par les Américains et les Anglais selon laquelle l’attaque russe n’allait pas durer parce que le stock de missiles de la Russie était très faible - une semaine tout au plus. Ou les détails très précis que les mêmes sources donnaient sur les multiples cancers en phase terminale dont souffrait Poutine. Ou encore cette histoire grotesque de machines à laver volées parce que leurs circuits imprimés étaient indispensables au bricolage d’armes primitives. Ou, enfin, ces fantassins russes qui n’avaient pour seules armes que des pelles.
Toutes ces idioties ont été proférées et répandues par des services d’espionnage occidentaux qui coûtent certainement des fortunes. Nous avons du mal à reconnaître notre complète incapacité à espionner la Russie et même à la comprendre. Alors, pour compenser, nous inventons. Ce n’est pas très productif, cela se voit tous les jours, mais cela nous permet de nous croire très forts.
Ce sont sans doute les mêmes services tellement efficaces et tellement fiables qui fournissent les données sur lesquelles s’appuient nos brillants chefs pour annoncer avec précision la date de l’attaque russe contre nous. Nous pouvons être certains que les brillants espions de l’OTAN savent même de quoi sera fait le déjeuner de Poutine ce jour-là.

2 novembre 2025

[Témoignage]

Radu Portocala

-31/10/2025- Pour entrer à la Voix de l’Amérique, la plus grande radio du monde qui émettait en 44 langues je ne sais plus combien de milliers d’heures par semaine, la rédaction roumaine pour laquelle j’allais travailler comme correspondant en France, en Suisse et en Belgique m’a fait passer un certain nombre de tests. J’ai dû, pour commencer, rédiger un texte. Ensuite, on m’a fait passer une épreuve de micro. Enfin, un certain service s’employa à prendre des renseignements sur moi.
L’étape suivante m’a été présentée comme « bureaucratique ». J’ai dû compléter à la main des formulaires stupides comme tous les formulaires, puis d’autres à la machine en 12 exemplaires utilisant obligatoirement du papier carbone – cette chose autrefois pratique qui n’existe probablement plus. Après avoir reçu tout cela, ils m’annoncèrent qu’un dernier formulaire m’avait été envoyé par la poste. C’était, me disaient-ils, une démarche assez ennuyeuse à accomplir, ils s’en excusaient, mais il me fallait m’y plier sans prendre ombrage. Bien entendu, cette mise en garde n’a fait qu’éveiller ma curiosité et stimulé mon imagination. Mais il s’est avéré qu’elle n’était pas aussi fertile que celle de l’espion-bureaucrate américain.
Au bout d’une semaine ou un peu plus, je trouvai dans ma boîte aux lettres l’enveloppe venant de Washington. Elle contenait, à ma grande stupeur, deux cartons sur lesquels je devais imprimer mes empreintes digitales. Pourquoi diable voulaient-ils mes empreintes alors que j’allais travailler en Europe et que je n’avais nulle intention de me rendre aux États-Unis ? Je n’ai eu aucune explication cohérente. Seulement une indication « pratique » : je ne pouvais pas obtenir un résultat valable en barbouillant mes doigts dans un encrier. On me conseillait de m’adresser à la police.
Au commissariat de mon quartier, celui qui est sous l’esplanade des Invalides, on m’envoya promener assez grossièrement. Heureusement, un policier qui avait entendu la discussion m’apprit que je devais faire ma demande à la police judiciaire de l’arrondissement. Là, j’eus affaire à des flics-loubards qui se montrèrent très désagréables. En fin de compte, par un coup de fil à la Préfecture, j’appris que je devais aller chez eux, Île de la Cité. Il va de soi qu’à chaque fois je devais raconter la même histoire qui paraissait soit stupide, soit invraisemblable à tout le monde. Je crois qu’ils ont été assez nombreux à me prendre pour un déséquilibré.
Bien entendu, dans l’énorme bâtiment de la Préfecture, j’ai dû me promener d’une entrée à l’autre et d’un service à l’autre avant de trouver le bon endroit. Enfin, un personnage en blouse blanche et muni de tout l’attirail nécessaire fut appelé à l’une des entrées. Après avoir imprimé mes empreintes sur les formulaires envoyés de Washington, je l’entendis dire : « Maintenant, je les prends aussi pour moi ! » Fatigué par toute cette aventure absurde, je l’ai laissé faire, mais quelques jours plus tard, une amie avocate s’insurgea contre la démarche de l’individu et ma passivité, me disant que j’avais eu tort de me plier à sa demande. Depuis lors, comme ils ont mes empreintes, je dois être très prudent en commettant les méfaits qui occupent tout mon temps.
On était, donc, très prudent à Washington. Mais la chose s’est transformée en farce grotesque après 1990, lorsqu’il est devenu possible de consulter une partie des archives de la police politique roumaine, la Securitate. Il a été découvert alors que le rédacteur en chef du service roumain de la Voix de l’Amérique, celui qui, par téléphone, me priait d’accepter que les autorités américaines scrutent mon existence et examinent mes empreintes digitales, avait collaboré avec la Securitate, et l’avait même fait avec un tel empressement qu’il était possible d’imaginer que dans sa nouvelle position il n’avait pas vraiment rompu le lien.

2 octobre 2025

Radu Portocala
2/10/2025

« Il est très important d’avoir un message clair. Les drones, qui violeraient nos territoires, représentent un risque important. Ils peuvent être détruits, point final. »
C’est ce que dit Jupiter qui, depuis des mois, opère sa transformation en Mars.
Ces drones qui agitent les génies de quelques capitales occidentales viennent, nous disent-ils, nécessairement de Russie. Aucun n’a été abattu, aucun donc n’a été observé de près, mais la certitude est absolue : c’est la Russie qui les envoie. Pourquoi ? Les génies ne s’embarrassent pas de telles questions oiseuses. Par quel miracle peuvent-ils voler si loin ? Aussi arriérée soit-elle, la Russie est capable de prouesses que les génies ne se fatiguent pas à expliquer. Et ces drones qui ont volé plus qu’ils ne peuvent voler, où vont-ils après avoir troublé notre quiétude ? Ils volent mille autres kilomètres pour revenir à leur base supposée ?
« Nous sommes dans une confrontation avec la Russie » assure post-Jupiter. C’est-à-dire : nous pensons que la Russie envoie des drones dans notre ciel, nous ne savons pas pourquoi, nous les laissons voler et ça nous permet de pérorer. Ça ne s’appelle pas vraiment une confrontation. Agitation stérile décrirait mieux les choses.
Cette histoire de drones n’est pas sans rappeler la profanation du cimetière juif de Carpentras. Pendant longtemps, des accusations très précises ont été formulées contre le seul coupable que politiciens et journalistes pouvaient se permettre de désigner – celui qui arrangeait leurs affaires. Aujourd’hui, ce coupable universel, ce coupable absolu est la Russie. Il faudrait se demander jusqu’à quel point ces stupidités font rire au Kremlin.

29 septembre 2025

Radu Portocala

-29/9/2025- Les élections en Moldavie ont été gagnées par qui devait les gagner. Ce n’est pas en vain que le contribuable français a payé le voyage électoral d’Emmanuel Macron dans ce pays qui intéresse tellement les démocrates et les pacifistes occidentaux.
On nous dit que cette victoire des euro-enthousiastes est une défaite de la Russie. Cette Russie qui est à ce point impuissante et que nous craignons tant. À qui nous voulons faire la guerre pour l’empêcher de nous faire la guerre. La petite Moldavie l’a mise en échec. Sous la lumière de Bruxelles, Maia Sandu triomphe, alors que Vladimir Poutine, dans sa sinistre tanière, lèche les plaies qui viennent de s’ouvrir dans son orgueil.
Réjouissons-nous ! La vaillante Moldavie, poussée par sa foi en la bureaucratie européenne, a vaincu l’ogre.

28 septembre 2025

Radu Portocala
28/9/2025

La présidente de la Moldavie, créature du couple Soros-Schwab et filleule de von der Leyen, a déclaré que la Russie a dépensé « des centaines de millions d’euros » pour manipuler l’élection législative qui se déroule aujourd’hui dans son pseudo-pays issu de l’imagination de Staline.
Il faudrait se décider : soit la Russie est en faillite comme nous disent les personnes ineptes de la famille à laquelle appartient cette Maia Sandu, soit elle est en mesure, comme nous disent les mêmes personnes ineptes, de jeter par les fenêtres des sommes monstrueuses pour influencer la vie politique dans nombre de pays, pour manipuler la presse « d’extrême droite » dans d’autres, pour déstabiliser des continents entiers, pour faire « la guerre hybride » à la moitié du monde, etc.
Quand les imbéciles font semblant de nous informer, on finit par ne plus rien comprendre. Ce qui, en fin de compte, n’est pas plus mal.

22 septembre 2025

Radu Portocala

-22/9/2025- On s’émeut et on critique la décision d’un grand nombre de maires d’arborer le drapeau palestinien sur leurs mairies. La loi s’y oppose, en effet, mais ce n’est pas cela qui provoque les critiques. L’initiative est de gauche et elle contrarie la droite - ce qui est assez inhabituel puisque la droite s’empresse très souvent à cautionner les idées de gauche.
Le débat, cependant, peut étonner si on pense au nombre de mairies et autres bâtiments officiels qui, ignorant la loi et dans une prodigieuse concorde, ont arboré pendant des mois le drapeau ukrainien, souvent même au-dessus de celui de la France. Et que dire de la cheffesse de Bruxelles qui, avec ses larbines, a eu l’idée grotesque, digne d’un carnaval d’école primaire, de se costumer en bleu et jaune. Personne ne s’est indigné alors. Bien au contraire.
Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’une transgression de la loi en même temps que d’une manifestation politique puérile. La réalité géopolitique est telle qu’elle est et arborer des drapeaux sur des mairies n’y changera rien. Cela montre, en revanche l’importance qu’ont prise les gesticulations stériles et le caractère incantateur de la politique actuelle, de plus en plus proche d’une forme assez stupide d’occultisme.

15 septembre 2025

Radu Portocala

Combien ça coûte ?
Qu'est-ce que ça rapporte ?
Pourrait-on vivre sans ?


10 septembre 2025

Radu Portocala

-10/9/2025- Emmanuel Macron a des ambitions dangereuses. Pas pour lui, heureusement, mais pour tout ce qui l’entoure. L’une d’entre elles, qui occupe sans doute ses rêveries vespérales, est de faire la guerre à la Russie, d’aboutir là où Napoléon et Hitler ont échoué. Noble et grand projet, disent les enthousiastes qui ne s’embarrassent pas du fardeau de la pensée ; terribles désastres en perspective, répondent les lucides rabat-joie.
Bien entendu, comme tout grand démolisseur, il cherche à se faire accompagner dans son entreprise. Il a, donc, trouvé dans le britannique Starmer et l’allemand Merz ses futurs compagnons d’armes.
Pour l’instant, il lui faut gagner l’opinion d’outre-Manche. Alors, il fait ce qu’il sait faire : il frotte le dos du roi, il fait des clins d’œil complices à la princesse de Galles et il promet de prêter aux Anglais la tapisserie de Bayeux. Il transforme ainsi un grotesque exercice de diplomatie personnelle en danger pour un trésor national.
Les restaurateurs et les conservateurs sont unanimes à lui dire que toutes les manipulations qu’implique ce voyage peuvent provoquer des dégâts irrécupérables à la tapisserie. Il n’en tient pas compte. Sa volonté, ses caprices passent avant l’avis de ceux qui savent. C’est ainsi qu’agissent les dictateurs. Et c’est ainsi qu’ils produisent les pires désastres.
La tapisserie de Bayeux aura bientôt mille ans. La toile sur laquelle elle a été tissée est d’une extrême finesse, donc d’une extrême fragilité. Si Macron impose sa volonté – et il y a peu de chances, comme dans n’importe quelle dictature, que son projet soit abandonné – il faudra l’enlever de sa vitrine, l’enrouler, la transporter à Londres, la dérouler, l’exposer dans une vitrine, puis, à la fin de l’exposition, l’enlever de cette vitrine, l’enrouler de nouveau, la ramener en France, la dérouler une fois de plus et, enfin, la remettre dans sa vitrine. À quel point faut-il être indécent pour prétendre que toutes ces opérations n’auront aucun effet, ne produiront aucun dégât ?
Mais la volonté de Macron met à mal le bon sens, l’annule, s’en moque. La volonté de Macron est supérieure à la raison. L’homme qui a tout raté à droit à cette reconnaissance.

3 septembre 2025

Radu Portocala

-3/9/2025- Nous sommes – la chose est entendue – dans la post-histoire que nous analysons avec les moyens de la post-vérité. Le diable seul sait que veulent dire ces idioties, mais elles ont cours dans de plus en plus de cerveaux de plus en plus vides.
Un double exemple a été donné ces derniers mois par deux éminentes personnalités.
D’abord, le vice-président des États-Unis, J. D. Vance. Au mois de mai il a écrit : « The West tore down the Berlin Wall together. » (« L’Ouest a démoli le Mur de Berlin ensemble. ») Il suffit de regarder les images d’archive de ces jours de 1989 pour constater que le Mur de Berlin est tombé d’Est vers l’Ouest. Il a été démoli par des Allemands de l’Est sous le regard impavide des troupes Est-allemandes qui n’ont pas bronché. Pourquoi ? Trahissaient-ils, ces soldats ? Non. Ils avaient reçu l’ordre de laisser faire. Et cet ordre avait été donné avec l’aval de Moscou, tout comme c’est avec l’aval de Moscou que, quelques semaines plus tôt, la Hongrie avait soudainement ouvert la frontière avec l’Autriche. Ensemble ou non, que cela plaise ou non aux chefs américains, ce n’est pas l’Ouest qui a démoli le Mur de Berlin. L’Ouest s’est contenté de tenir des discours et de rechercher avidement la « coexistence pacifique », chère à tous les présidents américains.
Vint ensuite Friedrich Merz, la premier-ministre allemand qui, assis en face de Donald Trump lui a dit : « Vous avez libéré notre pays du nazisme. » On peut avoir toute l’antipathie possible contre l’Union soviétique avec sa politique horrible, les images restent des images. Et dans celles où le monde entier a vu un soldat qui plante un drapeau sur le toit du Reichstag, le soldat n’est pas américain, mais soviétique, et le drapeau n’est pas américain, mais soviétique. C’est l’entrée des troupes de l’Armée rouge dans Berlin qui a poussé Hitler au suicide, donc qui a mis fin au nazisme, pas celle des troupes américaines. On n’a pas besoin d’avoir des sympathies communistes ou stalinistes pour enregistrer ce que ces images montrent. À cela, bien entendu, Trump acquiesce l’air enchanté.
Sommes-nous en train de passer de la post-histoire à la contre-histoire ? Pourquoi pas ? La chose est aussi stupide qu’a été la décision prise en 2022 par quelques patrons de restaurants français de débaptiser la salade russe et de l’offrir à leurs clients comme salade ukrainienne. Et les clients ont été enchantés de la voir dans leur assiette. C’est probablement le sens de la contre-histoire : faire gober n’importe quoi, sous n’importe quel nom à une masse contente d’avoir l’assiette pleine.

1 septembre 2025

Radu Portocala

-1/9/2025- Dans un moment qu’il a cru être celui de l’élévation suprême de la conscience politique – et qui était exactement le contraire – Giscard d’Estaing a formulé il y a plus de trente ans ce commandement : Combattre le Front National doit être la principale mission de l’homme politique français (citation de mémoire).
Ce combat permanent a été le désastre, la castration de la politique française.
En premier lieu, parce qu’il a donné à la gauche le rôle de phare de la moralité dans les affaires publiques, de guide, de juge et, surtout, de censeur. Sa toute-puissance en la matière n’a jamais été mise en question.
Ensuite, parce qu’il a définitivement subordonné à la gauche la droite timorée d’être de droite. Les hommes de droite, je l’ai écrit il y a très longtemps, tiennent un discours de gauche. Par peur de l’étiquette infamante. Vivant dans cette stupide confusion, la droite a perdu sa liberté et, finalement, son intelligence.
Enfin, parce que, par peur des foudres de la gauche, il a condamné les politiciens à l’inaction ou à l’action inepte. La droite n’ose pas prendre des mesures de droite. La stagnation lui semble préférable. Tout comme la perte de son identité et de ses idées.
Un pays dont les partis politiques se donnent pour premier objectif l’élimination d’un autre parti politique est un pays qui patauge lamentablement dans la boue de l’imbécillité et qui, de ce fait, n’ira nulle part. Le commandement idiot de Giscard - qui, d’ailleurs, ne faisait que mettre en paroles une obsession devenue déjà générale - a condamné la politique française à la pratique permanente de la futilité.

11 juillet 2025

LETTRE OUVERTE À NICOLAE CEAUSESCU

Radu Portocala
11/7/2025

Très estimé Camarade Président,
Cette lettre arrive bien un peu tard, mais je précise à ma décharge que je pense à l’écrire depuis quelques années. Depuis, pour être plus précis, que l’Occident où je vis est entré dans une phase de démocratisation aiguë.
Je vous écris pour vous prier de pardonner mes attitudes d’autrefois. Je me suis permis de vous critiquer, de faire de nombreuses émissions de radio contre votre politique, d’écrire dans des journaux et des livres que vos choix étaient désastreux. J’avais tort et c’est vous qui aviez raison. C’est bien pour cela que ceux qui vous comprenaient vous avaient nommé Le Danube de la Pensée, alors qu’ils m’appelaient chien galeux.
Ce que je vois autour de moi ces dernières années me montre que vous aviez une très limpide vision de l’avenir. Je constate avec joie que l’Occident s’est réveillé : il a enfin compris votre sagesse et il a commencé à appliquer votre politique. Il a du retard, certes, mais il montre de la bonne volonté et se dépêche pour rattraper le temps perdu.
Ô, très estimé Camarade Président, pourquoi n’êtes-vous pas là pour vous réchauffer le cœur à la vue de ce spectacle ? Vos ennemis d’hier, ceux qui dédaignaient votre œuvre grandiose, devenus vos disciples, vos suiveurs.
Je croyais, quand je vivais dans le paradis rouge, que vous me persécutiez. Non ! J’avais tort ! Vous me prépariez pour la vie que j’allais avoir ici, dans cet autre paradis, celui de la démocratie radicale et impitoyable. Oui, vous me prépariez, et maintenant je suis prêt à accueillir avec enthousiasme cette renaissance. Le « maintenant » qui vient est l’« autrefois » que je croyais perdu. Je ne suis pas dépaysé. Vos pensées m’entourent de nouveau.
Veillez sur nous ! Vive le passé radieux ! Que sa lumière nous guide !


Radu Portocala est un journaliste et un écrivain d’origine roumaine. Persécuté par la Securitate, il a d’abord trouvé refuge en Grèce, avant de s’installer en France en 1982 ; il y connaîtra Cioran, et les exilés roumains de Paris. Il a notamment écrit sur Ceausescu, et a participé aux livres collectifs de Stéphane Courtois.
Contrairement à nous qui faisons les malins et jouons les durs sur les réseaux sociaux, il a connu la dictature, une dictature à l'ancienne, non celle qui ferme un compte Facebook, mais celle qui emprisonne ses opposants pour délit d'opinion.
Il a récemment exercé son regard critique sur la situation française, et en a tiré un volume réjouissant contre le macronisme, au titre étrange en forme d'oxymore : “Le Vague tonitruant” (éd. Kryos). Il est aussi l’auteur d’un recueil de poèmes : “Voie sombrée” (éd. Dédale).
“Voie sombrée” se présente sous la forme d’une poésie très visuelle, presque narrative, où l’on suivrait la tentative d’évasion d’un homme, passant d’une cellule souterraine à une autre, dans un univers qui prolongerait le monde de Beckett et celui de Kafka.
On voit qu’il n’y a pas deux Radu Portocala, le journaliste et le poète, mais un seul, animé du même esprit contestataire, un abbé Faria, creusant pour nous aider à sortir de la cellule idéologique.
Bruno Lafourcade

1 juillet 2025

Radu Portocala

-1/7/2025- Les étés que j’ai connus en Roumanie étaient chauds, très chauds. Tous. Et les jours chauds comme celui d’aujourd’hui se succédaient sans provoquer des crises d’hystérie. Les vieux disaient même que « les étés ne sont plus ce qu’ils étaient autrefois ».
Les chaussures s’enfonçaient dans l’asphalte ramolli (il y a cette image dans Les aventures de Tintin - l’Étoile mystérieuse), mais personne ne parlait de la fin du monde.
Les garçons allaient à l’école vêtus de l’uniforme obligatoire : chemise boutonnée jusqu’au cou, cravate, veste et pantalon en tissu assez épais. Et quand nous demandions aux professeurs la permission de tomber les vestes, ils répondaient qu’eux-mêmes ne le faisaient pas et rejetaient nos demandes. Macron déambulant en bras de chemise, manches retroussées, n’avait pas encore été inventé.
Il y avait des semaines entières où les jours comme celui d’aujourd’hui se succédaient - et nous ne voulions pas vraiment que cela s’arrête. C’était l’été, rien d’autre.
Puis un jour je suis parti en Grèce. Et c’est là que j’ai compris les vrais sens des mots « été chaud ». Et là non plus personne ne parlait encore d’apocalypse climatique. C’était l’été, et c’était comme ça.