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13 mars 2026

H16
13/3/2026

L’ampleur de l’État-maman et la santé de vos communes en quelques visualisations

Aujourd’hui, un billet un peu différent puisqu’il s’agit d’une visualisation de données, composée de deux parties.

La première consiste à faire un état des lieux de l’État-maman, composée de plusieurs graphiques pour comprendre comment la France vit sous perfusion et pourquoi ça ne marche pas. Cette série de graphiques est visible ici.

Et la seconde, alors que les élections municipales se rapprochent chaque jour, est une visualisation de différentes communes de votre choix, ce qui permet de comparer des communes, leurs politiques et les résultats obtenus. Pour ces informations, on se rendra ici.

Qu’y trouve-t-on ?

Dans la première visualisation concernant l’État-maman, on trouve plusieurs grandes rubriques, avec par exemple la carte de la dépendance.

Cette carte permet de répondre à la question « Où la France vit-elle le plus aux crochets de l’État » ? C’est une carte choroplèthe des 101 départements chacun coloré selon son ratio de dépendance, c’est-à-dire de la part des dotations et transferts étatiques dans les recettes totales des collectivités locales. En vert, les départements qui financent l’essentiel de leurs services par leurs propres recettes fiscales. En rouge, ceux dont les budgets ne tiennent debout que grâce au robinet étatiques nationaux.

Sans grande surprise, l’Île-de-France et les métropoles « dynamiques » tirent leur épingle du jeu. Les DOM et la diagonale du vide, eux, accumulent des ratios de dépendance. La méthodologie est détaillée sous la carte et est entièrement basée sur les données publiques.


Un autre onglet présente le mille-feuille administratif quantifié. Tout le monde parle du « mille-feuille territorial ». Personne ne le montre. C’est chose faite : un diagramme de Sankey trace les flux financiers de l’État vers les régions, les départements, les intercommunalités et les communes. On y voit les 11,9 milliards de la DGF couler vers les 35 000 communes de France et un menu déroulant permet de zoomer sur n’importe quel département pour découvrir quelles communes captent le plus de dotations par habitant.


Le résultat est visuellement saisissant et on comprend d’un coup d’œil pourquoi personne n’ose toucher à cet échafaudage : trop de bénéficiaires, trop de tuyaux, trop d’élus locaux accrochés au robinet.

Dans l’onglet suivant, on pourra aussi s’attarder sur l’indice Bastiat (avec deux graphiques).

Frédéric Bastiat écrivait que « l’État est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». Deux nuages de points tentent de mesurer le prix de cette fiction.

Premier graphique : dans ce graphique, chaque bulle est un département (dont la taille est proportionnelle à la population). L’axe horizontal mesure le coût public par création d’entreprise (i.e. combien les communes du département dépensent-elles en euros pour chaque entreprise qui voit le jour), ce que Bastiat appellerait « ce qu’on voit », et l’axe vertical montre l’encours de dette par habitant, ce que Bastiat appellerait « ce qu’on ne voit pas ».

Second graphique : il s’agit du prix de la dépendance. En abscisse, le ratio de dépendance aux dotations étatiques. En ordonnée, le nombre de créations d’entreprises pour 1 000 habitants. La corrélation est nette (r = −0,66) : plus un département dépend de l’État, moins il crée d’entreprises. Les quintiles sont implacables puisqu’on passe de 17,9 créations pour 1 000 habitants dans les départements les plus autonomes à 10,5 dans les plus assistés. La ligne de tendance, rouge et pointillée, trace la pente d’un pays qui a confondu redistribution et sédation.

Les trois autres onglets évoquent le rapport entre la taxe foncière que vous payez et les investissements consentis par département par rapport aux charges salaires de ces entités, la dette des communes, et le nombre de fonctionnaires pour 1000 habitants ; pour cette dernière carte, on peut même voir l’évolution en comparant l’année 2016 à l’année 2022 pour constater que, quoi qu’en disent les affidés du gouvernement, le nombre de fonctionnaires par habitant ne fait globalement qu’augmenter.


Dans la seconde visualisation, il s’agit de comparer deux communes de votre choix, sur différents critères.

Après avoir choisi deux communes, vous pourrez ainsi voir l’état des lieux de l’une comparé à l’autre, depuis l’encours de dette jusqu’au taux de foncier bâti ou la capacité de désendettement en passant par les impôts locaux par habitant ou leurs charges financières. En outre, les différents indicateurs sont aussi comparés à la moyenne nationale ce qui permet de situer voracité fiscale la commune dans l’ensemble français.

Enfin, quelques éléments sociaux sont aussi visibles : taux de pauvreté, chômage, insécurité sont passés en revue, là encore pour comparer à une ville de votre choix et à la moyenne nationale.

Alors que les élections approchent, ce sont des éléments pertinents pour savoir, notamment, si on peut continuer à donner son blanc-seing à l’équipe actuellement en place ou, lorsque ses résultats ne sont pas bons, s’il n’est pas temps d’en changer vigoureusement…


Toutes les données sont publiques (DGFiP, INSEE, DGAFP). Les pages sont consultables ici et . Survolez, cliquez, explorez et tirez vos propres conclusions.

https://h16free.com/2026/03/13/83602-letat-maman-et-ses-enfants-gates

11 mars 2026

H16

De la Start-Up à la Fed-Up Nation : la France perd encore une licorne aux USA

- 11/3/2025 - Youpi, la France est de retour : une nouvelle licorne arrive ! Pasqal, une société spécialisée dans l’informatique quantique, se lance dans un nouveau défi audacieux, celui de l’introduction en bourse. Et pour ce pari, elle choisit… le Nasdaq américain.


Oui, vous avez bien lu : suite aux travaux d’Alain Aspect, prix Nobel de physique en 2022, l’Hexagone aura permis l’émergence d’une belle entreprise qui aura choisi la finance et la bourse américaines pour les prochaines étapes de son développement.

Les faits sont simples et méritent qu’on s’y arrête un instant.

Pasqal, née à Palaiseau dans le giron de l’excellence académique française, vient de lever 340 millions d’euros et prépare une entrée au Nasdaq, pour une valorisation de deux milliards de dollars. Une cotation parisienne sur Euronext est vaguement envisagée, « plus tard, peut-être en 2027 ».


Bref, Paris passera après et pour une raison qui ne surprendra que les plus naïfs ou les plus bornés : « l’accès aux capitaux internationaux » ce qui veut dire concrètement que les investisseurs américains ont des carnets de chèques plus épais et une appétence pour la tech que la place de Paris ne parvient décidément pas à susciter.

Loin d’être une exception qui confirmerait une règle tacite selon laquelle la Start-Up Nation permet l’émergence de nombreuses licornes sur son sol, Pasqal n’est en réalité que le dernier avatar d’une longue liste de fuites de pépites, discrètes mais répétées loin du sol national.

Le phénomène ne date pas d’hier. Dès 2013, Criteo ouvrait le bal en s’introduisant directement au Nasdaq, récoltant au passage 33 % de hausse le premier jour pour une valorisation de deux milliards de dollars. En 2016, c’est Talend qui lui emboîtait le pas, avec 40 % de hausse à l’ouverture et 94 millions de dollars levés sur la même place new-yorkaise. Le message était limpide : pour réussir en bourse, il faut aller là où se trouvent les investisseurs qui comprennent la tech… C’est-à-dire manifestement pas à Paris.


La suite a confirmé la tendance avec une régularité de métronome.

Dataiku a carrément délocalisé son siège social à New York en 2019, invoquant sans rire la nécessité de « conquérir le monde » ce qui semblait apparemment impossible depuis le XIe arrondissement. Valorisée aujourd’hui à 4,6 milliards de dollars, elle prépare sa fusion avec sa filiale du Delaware, achevant ainsi une américanisation méthodique.

Algolia, surnommée le « Google français », n’a même pas attendu de devenir licorne pour filer : dès 2015, après un premier financement de 18,3 millions de dollars, le siège social migrait à San Francisco, permettant à la start-up d’accrocher les grands comptes américains que le carnet d’adresses parisien ne pouvait apparemment pas lui fournir.

Quant à Aircall, licorne de la téléphonie cloud, elle a suivi le même chemin en installant son quartier général outre-Atlantique dès 2016.

Et tant qu’à parler d’exception, comment ne pas évoquer le cas de Deezer, qui a justement choisi une introduction à Euronext en juillet 2022 pour aboutir à une contreperformance phénoménale de -22 % le premier jour, dont le titre ne s’est jamais remis. Voilà qui a dû convaincre les derniers hésitants : choisir Paris, c’est risquer le naufrage.

En réalité, c’est une véritable hémorragie de licornes qui atteint la France, dans une relative décontraction des médias qui continuent de louanger la French Tech et autres balivernes du même tonneau, et des politiciens qui n’y voient qu’une vague occasion de faire perdurer un capitalisme de connivence qui n’a jamais profité qu’à un petit cercle restreint d’initiés.

Les raisons de cette hémorragie sont évidentes et d’ailleurs évoquées par chacune de ces entreprises, soit à mots couverts, soit clairement en fonction du contexte économique.


La fiscalité tout d’abord. Proprement punitive avec un taux d’impôt sur les sociétés à 25 %, quand l’Irlande pratique 12,5 % et les États-Unis 21 %, la France part avec un handicap structurel. Mais c’est sur la fiscalité des fondateurs et des salariés que le bât blesse le plus cruellement : la taxation des plus-values à 30 % assortie de contributions exceptionnelles, un régime de stock-options d’une complexité byzantine et des BSPCE au cadre juridique aussi flou qu’instable transforment chaque succès entrepreneurial en cauchemar fiscal.

L’accès aux capitaux ensuite. Cela reste le talon d’Achille de l’écosystème français : les valorisations américaines dépassent de 30 à 50 % celles obtenues en Europe à profil équivalent. La liquidité du Nasdaq et du NYSE écrase celle d’Euronext, et les investisseurs institutionnels américains disposent d’une appétence pour la tech que leurs homologues européens, souvent plus frileux et plus conservateurs, peinent à reproduire. Quand Pasqal invoque « l’accès aux capitaux internationaux », c’est une façon polie de dire que l’argent intelligent se trouve ailleurs.

La complexité administrative française, enfin. Elle agit comme un repoussoir permanent : dans un écosystème où l’agilité est une condition de survie, la rigidité réglementaire hexagonale, légendaire, épique même (du droit du travail aux normes sectorielles en passant par les obligations déclaratives) constitue un frein que les entrepreneurs les plus déterminés finissent par contourner de la manière la plus radicale qui soit : en partant. Et comme chaque succès outre-Atlantique en inspire d’autres, un cercle vicieux s’installe où les « success stories » américaines attirent mécaniquement les suivantes, appauvrissant un peu plus l’écosystème national à chaque départ.

Compte tenu de ces éléments, on comprend une réalité douloureuse mais indépassable : le cas Pasqal n’est que l’arbre qui cache la forêt. Derrière cette licorne quantique qui trottine vers le Nasdaq se dessine la tendance lourde d’une Europe qui forme des champions pour les voir partir aux États-Unis, faute de terreau fertile sur le Vieux Continent. La France, véritable fer de lance de la bureaucratie métastasée et de la surréglementation hystérique, semble incapable d’inverser la tendance dans laquelle chaque Dataiku, chaque Algolia qui part affaiblit un peu plus l’écosystème et renforce l’hégémonie américaine sur les technologies d’avenir.

Emmanuel Macron, en fait de « Start-up Nation », a réussi à créer une « Fed Up Nation » dont les pépites, écrasées par les impôts, les normes et les boulets administratifs, finissent par devenir licornes outre-Atlantique.

C’est un bel échec.


https://h16free.com/2026/03/11/83688-de-la-start-up-a-la-fed-up-nation-la-france-perd-encore-une-licorne-aux-usa

9 mars 2026

H16
9/3/2026

Désindustrialisation : et si c’était un plan depuis 50 ans ?

Trump, c’est entendu, a vraiment plein de défauts. Il suffit de lire la presse de grand chemin pour en avoir une liste constamment remise à jour.

Cependant, quand il fait quelque chose, il l’annonce clairement et ne s’en cache pas. Et si cette presse n’était pas complètement obsédée par disséquer chacun de ses défauts et le dépeindre systématiquement comme un abruti, elle prendrait peut-être le temps d’analyser ce qu’il fait et non ce qu’il dit, la politique qu’il mène et non ce qu’on lui prête comme intention, et s’attarderait sans doute un peu sur les explications que lui et son administration fournissent pour qui veut écouter.


Cette presse pourrait alors tenter de comprendre et d’expliquer (au lieu de camoufler) le changement paradigmatique qui s’opère actuellement. Pour le moment, c’est raté.

Ainsi, les prises de positions régulières de Trump, Rubio ou d’autres montrent toutes que l’actuelle administration américaine entend tenir une politique générale diamétralement opposée au globalisme, et surtout adhérer autant que possible à la politique hamiltonienne.

Celle-ci, nommée d’après Alexander Hamilton, premier secrétaire au Trésor des États-Unis, repose sur la conviction qu’un État fort nécessite une économie industrielle diversifiée et une autorité fédérale centrale puissante. Hamilton prônait une alliance étroite entre le gouvernement et les intérêts financiers et industriels ainsi que l’indépendance vis-à-vis de l’Empire britannique. Son système s’appuyait alors sur un crédit solide et l’usage de tarifs douaniers protecteurs pour favoriser l’émergence des manufactures américaines face à la concurrence européenne. C’est cette politique qui a posé les bases du développement capitaliste américain en transformant les États-Unis d’une collection de colonies rurales en une puissance économique intégrée. La politique hamiltonienne considère que la liberté politique est indissociable de la puissance économique et de la stabilité financière.

Et si l’on s’en tient au récent discours du Secrétaire d’État Marc Rubio à la Conférence de Munich sur la Sécurité, c’est exactement cette doctrine que l’administration Trump met en place.

Ce discours n’est rien de moins qu’une rupture franche dans le paysage géopolitique mondial. La presse occidentale n’en a que fort peu parlé. Pourtant, Rubio y explique sans ambiguïté que ce que beaucoup considéraient comme une dérive inévitable du marché — la désindustrialisation de l’Occident — a été en réalité un « choix politique conscient » : il y a bien une volonté derrière cette désindustrialisation catastrophique occidentale. Ce n’est pas une simple rhétorique politique mais le rappel d’un plan orchestré il y a plus de 50 ans pour démanteler la souveraineté économique des nations : la pauvreté de la classe moyenne n’est pas un échec du marché, c’est une réussite politique de l’oligarchie.

Cette affirmation ne vient pas sans preuves même si ces dernières semblent n’avoir absolument pas intéressé la presse.

Essentiellement, on les trouve dans le rapport de 1977 du Council on Foreign Relations (CFR), intitulé « Alternatives to Monetary Disorder ». Dans ce document (p 55), les architectes de l’ordre mondial de l’époque appelaient explicitement à une « désintégration contrôlée de l’économie mondiale ». L’objectif était de substituer au développement industriel national un ordre économique international « modéré », plus facile à diriger par une élite financière transnationale.


Ce projet visait délibérément à briser le système américain hamiltonien : en délocalisant la production et en rendant les nations dépendantes de chaînes d’approvisionnement mondiales fragiles, les décideurs de l’époque ont sciemment appauvri la classe moyenne occidentale pour consolider le pouvoir de l’oligarchie financière. En fait de désintégration contrôlée, c’est surtout la partie désintégration qui a bien fonctionné.

Dans ce cadre, la récente Conférence de Munich a été ni plus ni moins que le théâtre d’un affrontement entre deux visions irréconciliables. D’un côté, les « globalistes » européens et les restes de l’establishment américain, prônant un « ordre fondé sur des règles » dont tout indique à présent qu’il se dirige vers une auto-destruction minutieuse. De l’autre, on trouve une administration Trump qui affirme que la souveraineté nationale est inséparable de la puissance industrielle.

Et force est de constater que le contraste est frappant entre la situation des États-Unis et celle de l’Europe : alors que Washington amorce un retour vers une forme claire de protectionnisme et un franc soutien à l’économie réelle, l’Europe, elle, semble s’enfoncer dans une crise existentielle. Les récentes déclarations de Bart de Wever, le Premier ministre belge, lors du Sommet de l’Industrie à Anvers illustrent bien ce désastre : les fermetures dans l’industrie chimique européenne ont été multipliées par six en quatre ans


Folie verte, décarbonation, immigration massive à peu près incontrôlée, autant de raisons qui ont abouti à une véritable désindustrialisation forcée du Vieux Continent. Ceci rend le contraste avec les Américains d’autant plus fort : le choix de Trump de revenir à la doctrine hamiltonienne permet de redonner de solides marges de manœuvre aux États-Unis. Il suffit de voir avec quelle vitesse ces derniers se sont lancés dans la course à l’Intelligence Artificielle pour bien mesurer l’écart, notamment dans la capacité de l’administration actuelle à faire construire et rendre opérationnels des réacteurs nucléaires en un temps record (15 mois contre plusieurs décennies auparavant).

Cela ne se limite pas aux usines et s’attaque également à l’oligarchie financière. On peut ainsi noter la volonté affichée de Trump de placer les intérêts des ménages américains avant ceux des banques internationales, par exemple en limitant sévèrement les intérêts sur les cartes de crédit, ou les attaques virulentes de l’économiste Peter Navarro, actuellement conseiller du président américain, contre Jamie Dimon (l’actuel PDG de JP Morgan), qu’il qualifie de « voleur usurier » pour les taux d’intérêt excessifs des cartes de crédit.

Enfin, cette politique hamiltonienne s’étend jusqu’à la stratégie diplomatique américaine, en rupture totale avec ce qu’on avait pu observer jusqu’à présent. C’est notamment visible dans la façon dont Steve Witkoff a été introduit par Trump à la première réunion officielle du « Conseil de la Paix », en opposant son envoyé spécial à … Henry Kissinger : contrairement à ce dernier, adepte des fuites d’informations et de la gestion des tensions permanentes, l’administration actuelle se présente comme privilégiant une approche directe et souveraine, et Witkoff représente une vision diamétralement opposée à l’ancienne norme globaliste, poussant le concept de « paix par la construction » comme le pilier central de cette nouvelle ère, notamment à travers les récents accords pour Gaza. Plutôt que des résolutions diplomatiques théoriques comme on en voit régulièrement à l’ONU, l’accent est mis sur le développement économique concret, comme la construction de 100 000 logements à Rafah.

Là encore, c’est bien une approche « hamiltonienne » de la sécurité économique, dont l’objectif final est de permettre aux nations de sortir du système globaliste actuel.

En fait, le discours de Rubio marque bien un point de bascule d’une lutte cinquantenaire : le combat actuel n’est pas simplement une opposition droite-gauche classique, mais une guerre fondamentale entre la souveraineté (le droit des nations à se développer industriellement) et « l’Empire » (i.e. le contrôle non démocratique de ces nations par une élite financière).

Alors que l’Europe reste enchaînée à un modèle suicidaire de globalisme et de décroissance énergétique, les États-Unis semblent résolument choisir de restaurer les valeurs fondamentales de la civilisation occidentale par la réindustrialisation massive.

Nul ne sait si l’administration Trump y parviendra. Cependant, elle indique en tout cas que le déclin n’est pas un accident de l’Histoire mais bien un projet conscient, et que celui-ci peut donc être renversé.


https://h16free.com/2026/03/09/83517-desindustrialisation-et-si-cetait-un-plan-depuis-50-ans

6 mars 2026

Drones vs OTAN : on a perdu la 7ème compagnie

H16

- 6/3/2026 - L’exercice Hedgehog-2025 devait être une démonstration de force face à la menace russe. Il s’est transformé en séminaire accéléré sur l’obsolescence programmée des grandes manœuvres blindées.


En mai dernier, sur les plaines estoniennes, 16 000 soldats issus de 12 pays de l’Alliance dont une brigade britannique et des unités estoniennes ont appris à leurs dépens que l’ère des grandes manœuvres blindées est révolue. Le bilan est humiliant : face à deux bataillons mécanisés de l’OTAN, une poignée d’opérateurs ukrainiens (à peine une dizaine d’hommes) a suffi pour semer le chaos. Armés de tablettes, connectés au système de gestion du champ de bataille Delta (qui permet une détection, une analyse et une coordination des frappes en temps réel) et pilotant des essaims d’une trentaine de drones commerciaux sur une zone inférieure à 10 km², ils ont transformé une force de plusieurs milliers d’hommes en cibles statiques. En une demi-journée, 17 blindés ont été virtuellement calcinés et deux bataillons déclarés « inaptes au combat ».

Pour l’OTAN, ce constat d’échec n’est pas moins qu’« horrible », avec une mise en lumière brutale des faiblesses structurelles : lenteur de la prise de décision (plusieurs armées alliées restreignent encore l’accès à leurs informations classifiées), manque de partage en temps réel des données, et vulnérabilité des formations concentrées face à la transparence du champ de bataille moderne. Catastrophe : l’OTAN planifie la guerre de demain avec les budgets d’hier et les organigrammes d’avant-hier.


En outre, si l’armée ukrainienne est capable d’une telle prouesse, d’autres armées seront capables de faire de même, à commencer par les Russes qui ont désormais pris le tournant en matière de guerre de drones…

Le fossé industriel est tout aussi effrayant.

D’un côté, l’Europe peine à lancer ses programmes de drones qui n’arriveront qu’en 2027 comme les initiatives LEAP E5, Drone Alliance avec l’Ukraine, ou les programmes nationaux comme le britannique « Octopus » ; l’accent reste posé pour le moment sur des systèmes haut de gamme (Eurodrone, Heron) plutôt que sur la saturation par le nombre.

De l’autre, la Russie produit jusqu’à 50 000 unités par mois sur certains types de drones, signifiant par là que la production globale est plus élevée. C’est le triomphe du « Low-Tech » de masse sur la « High-Tech » de prestige : pendant que Bruxelles rédige des appels d’offres en triplicatas, Moscou commande sur Amazon avec livraison Prime.

Seuls les États-Unis semblent avoir pris la mesure de l’urgence. L’opération Epic Fury en Iran, menée fin février 2026, marque ainsi un tournant : l’utilisation massive des drones LUCAS. À 35 000 $ l’unité, ces clones du Shahed-136 iranien développés par SpektreWork ont été déployés par la Task Force Scorpion Strike pour cibler des installations clés iraniennes : centres de commandement des Gardiens de la Révolution islamique, systèmes de défense aérienne, sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que des aérodromes militaires. Ces frappes, combinées à des missiles Tomahawk lancés depuis des navires et des HIMARS de l’armée américaine, ont visé à dégrader rapidement les capacités de riposte iraniennes.

Washington a enfin compris la leçon de Kiev : pour gagner, il faut accepter de consommer du matériel comme des munitions. Le paradigme a changé : ce n’est plus la qualité du char qui compte, mais le volume de l’essaim. Il s’agit d’un virage clair vers le paradigme « cheap, fast and many » : saturer les défenses ennemies avec des systèmes qu’on peut produire et perdre en nombre, plutôt que de dépendre uniquement de munitions coûteuses et sophistiquées, démontrant ainsi une adaptation rapide aux leçons de l’Ukraine et une volonté de « retourner le manuel opératoire iranien contre lui-même ».

Face à ces réalités, il semble que l’OTAN, ou tout du moins sa partie européenne, accumule au moins une guerre en retard : nous assistons à un basculement historique comparable à l’apparition des chars en 1916, Comme la cavalerie face aux mitrailleuses, les armées conventionnelles de l’OTAN sont nues face à la « ligne des drones », pour laquelle la masse n’est plus une force mais une simple signature thermique. Si l’Alliance ne bascule pas immédiatement vers une guerre dispersée, électronique et robotisée, ses brillants blindés ne seront rien de plus que des cercueils d’acier onéreux.


La guerre en Ukraine et ces récents exercices imposent maintenant plusieurs enseignements.

La première, c’est que la guerre redevient une affaire comptable et non technologique où l’OTAN ne peut soutenir financièrement une guerre où des missiles Patriots à 3 millions de dollars pièce, voire des Stinger à 100.000 doivent intercepter des drones à 5000 dollars. La seule réponse viable n’est pas cinétique (avec des missiles), mais énergétique (usage de lasers ou de micro-ondes) voire électronique (brouillage), domaines où l’OTAN est en retard sur le déploiement tactique.

La seconde, c’est que la guerre accroît son côté psychologique. La présence permanente de ces drones crée un stress cognitif mesurable car le soldat sait qu’il est toujours observé. Le « brouillard de la guerre » s’est déplacé non pas sur le champ de bataille mais vers l’information et sa manipulation à tous les niveaux. Concrètement, cela modifie les besoins fondamentaux puisqu’on ne peut plus dormir en groupe, on ne peut plus manger chaud (du fait de la signature thermique), on ne peut plus évacuer les blessés sans risquer un drone FPV. C’est une pression psychologique qui brise le moral des troupes habituées à la supériorité aérienne.

Les prochaines guerres et les prochaines batailles utilisant massivement ces aspects imposeront le silence notamment radio. À ce titre, l’OTAN doit réapprendre à combattre en silence radio total ou à utiliser l’intelligence artificielle pour des drones totalement autonomes, qui n’ont plus besoin de lien radio, rendant donc le brouillage inutile. Le prochain cauchemar de la guerre sera probablement constitué d’essaims autonomes…

Troisièmement et pour en finir, il apparaît que ces drones (russes ou américains comme le LUCAS) utilisent des composants civils (des moteurs de modélisme, caméras de smartphones, etc.) ce qui revient à « militariser » le civil : la puissance militaire ne dépend plus seulement de Lockheed Martin ou Thales, mais de la capacité à acheter des dizaines de milliers de composants sur Alibaba ou Amazon et à les assembler dans des garages. C’est en quelque sorte une « démocratisation de la puissance de feu aérienne ».

Cependant, l’OTAN, avec ses cycles d’acquisition de 10 ans, est inadaptée à cette guerre « Do It Yourself » (DIY) ultra-rapide et doit désormais choisir : cannibaliser ses propres dogmes pour s’adapter à cette guerre « low-cost », ou accepter de devenir une armée de chevaliers regardant, impuissante, l’avènement de la poudre à canon.


https://h16free.com/2026/03/06/83647-drones-vs-otan-on-a-perdu-la-7eme-compagnie

5 mars 2026

Ormuz : Le suicide géopolitique de la City ?

H16

- 5/3/2026 - Dans les victimes de guerre, on trouve systématiquement l’innocence et la vérité. Cette fois-ci, avec ce qui se passe en Iran, on pourra y ajouter les assurances : ainsi, Lloyd’s of London, cette vénérable institution qui depuis trois siècles manie l’assurance maritime comme d’autres manient l’épée, se retrouve confrontée à un changement paradigmatique majeur.


Il y a quelques heures, le 2 mars dernier et devant les événements dans le détroit d’Ormuz, Lloyd’s a eu cette brillante idée d’annuler purement et simplement ses couvertures d’assurance maritime pour le détroit d’Ormuz au motif « d’évaluer les risques accrus au Moyen-Orient ».

Cependant, on peut y déceler un autre motif : l’establishment britannique a essayé une fois de plus de se servir de cette arme géopolitique et cela ne s’est pas passé comme prévu.

Dès l’annonce de Llyods, on a pu assez logiquement observer un effondrement de 80% du trafic maritime dans le détroit, avec une hausse rapide des coûts de transport (de 1 800 à 3 700 dollars pour un conteneur Shanghai-Dubaï), entraînant rapidement une véritable paralysie commerciale, soit la recette habituelle des « gendarmes du commerce mondial » de sa Gracieuse Majesté.

Malheureusement, ce qui devait être une réaction classique a été rapidement récupérée par nul autre que Trump qui a sorti de son chapeau une assurance d’État via la U.S. Development Finance Corporation pour couvrir « tous les risques maritimes dans le Golfe ».

En une déclaration, le président américain vient de court-circuiter trois siècles d’hégémonie britannique sur l’assurance maritime mondiale.

Et ce n’était pas une improvisation.

En effet, dès décembre 2025, l’administration Trump avait confirmé Stephen Carmel (ancien cadre dirigeant de Maersk et capitaine de pétrolier) à la tête de MARAD, l’administration maritime américaine. Sous la houlette du secrétaire aux Transports Sean Duffy, Carmel travaillait depuis des mois sur un plan de « restauration de la dominance maritime américaine », incluant 6,2 milliards de dollars de contrats pour la flotte de réserve. La DFC comme assureur de dernier recours n’est donc pas sortie d’un chapeau : c’est la pièce manquante d’un dispositif méticuleusement préparé.

Vraisemblablement, Lloyd’s a foncé tête baissée dans un piège qui l’attendait.

Ce faisant, Trump a aussi démontré ce que certains savaient déjà et que beaucoup ne veulent toujours pas croire : la Llyod’s n’est pas un acteur commercial indépendant, mais le bras armé financier de Whitehall déguisé en compagnie d’assurance.

Car enfin, regardons qui dirige Lloyd’s aujourd’hui : Sir Charles Roxburgh, fraîchement émoulu du Treasury où il a passé six ans comme Second Permanent Secretary, marié à Dame Karen Pierce, ex-ambassadrice aux États-Unis et fine connaisseuse des efforts de renseignement conjoints américano-britanniques. Un couple qui incarne à merveille ces « revolving doors » si chers au système britannique. Quant au CEO Patrick Tiernan, il a lui aussi débuté sa carrière dans les autorités réglementaires britanniques.

Rappelons que selon les statuts de Lloyd’s, les nominations clés doivent être « confirmées par le Gouverneur de la Bank of England » : le gouvernement britannique a plus que son mot à dire sur qui tient les rênes.

Cette promiscuité n’est pas fortuite : elle transforme Lloyd’s en parfait instrument de projection géopolitique et seuls les naïfs et les actuaires en bas de la pyramide peuvent ignorer cette réalité. Besoin de sanctionner l’Iran ? Lloyd’s retire ses couvertures aux compagnies maritimes iraniennes. Envie de faire pression sur la Russie ? Lloyd’s applique religieusement les sanctions gouvernementales. Volonté d’intimider Taiwan face aux ambitions chinoises ? Lloyd’s augmente soudainement ses tarifs pour la région.

Derrière cette mécanique bien huilée se cache Lloyd’s List, ce réseau de renseignement maritime vieux de 300 ans qui cartographie en temps réel tous les mouvements navals mondiaux. S’il s’agit officiellement d’un journal spécialisé, officieusement c’est une « unité de renseignement global » selon les termes mêmes des analystes académiques.

Ainsi, depuis 1734, Lloyd’s collecte, traite et diffuse des informations précises sur les routes, cargaisons et mouvements de la quasi-totalité de la flotte marchande mondiale. Un trésor d’intelligence commerciale et stratégique qui explique pourquoi Londres a pu si longtemps tenir le commerce maritime mondial par ses parties les plus sensibles.

Cependant, avec ce mouvement trop rapide concernant le détroit d’Ormuz, Lloyd’s a commis une faute stratégique majeure que Trump a immédiatement saisie pour proposer une alternative crédible, soutenue par la puissance financière et militaire américaine.
Car contrairement aux Britanniques qui ne peuvent plus aligner que leurs beaux discours sur les « valeurs occidentales », les Américains disposent encore des moyens de leurs ambitions. Quand Washington propose une assurance d’État, elle est adossée à une marine de guerre capable d’escorter effectivement les navires.

Ce qui se joue dans le détroit d’Ormuz dépasse largement une simple querelle commerciale. C’est la fin programmée d’un modèle géopolitique où une ancienne puissance impériale pouvait encore dicter sa loi au commerce mondial grâce à ses positions acquises dans le secteur financier.

Lloyd’s restera sans doute un acteur important de l’assurance maritime – l’expertise accumulée ne disparaît pas du jour au lendemain – mais son statut quasi-monopolistique et son rôle d’instrument de la politique étrangère britannique viennent de prendre un coup fatal.

L’ironie de l’histoire veut que cette institution née dans un café londonien pour mutualiser les risques du commerce maritime retrouve soudain sa vraie nature : celle d’un simple assureur parmi d’autres, privé de ses privilèges géopolitiques.

La déroute de Lloyd’s dans l’affaire d’Ormuz illustre parfaitement l’effondrement en cours de ce que l’on pourrait appeler « l’empire informel » britannique. Faute de porte-avions et de divisions blindées, Londres avait misé sur la City et ses tentacules financiers pour maintenir son rang mondial.

La mise est perdue : l’Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais découvre le crépuscule.

https://h16free.com/2026/03/05/83661-ormuz-le-suicide-geopolitique-de-la-city

4 mars 2026

La presse en mode pincettes, la France en mode panique

H16

- 4/3/2026 - Ah, qu’il est bon d’avoir une presse subventionnée ou (quand elle ne l’est que modestement) qu’elle soit adoubée par le pouvoir en place ! Sa lecture est aisée, ses annonces y sont douces et l’avenir qu’elle trace si joyeux ! Pour elle, pas de doute, la France ne décline pas du tout.


Ainsi, avec la verve de cette rédaction de fins lettrés qui la caractérise, BFM TV titrait vendredi « Un lent déclin plutôt qu’un gros décrochage » sans se déballonner. Lecture apaisante qui permet d’apprendre, au détour de formulations cotonneuses et de précautions d’usage, que l’Italie vient de rattraper la France en PIB par habitant (et ce pour la troisième année consécutive, la France se situant sous la moyenne européenne) mais que ce n’est pas si grave et « à prendre avec des pincettes » en nuançant bien fort.

Voilà : c’est ça qui est chouette avec la presse actuelle, le gouvernement du moment, les politiciens de l’instant et les experts de plateau, c’est que ça roucoule, ça flatte, ça nuance, ça relativise, ça contextualise, ça fact-checke aussi peu que possible et ça noie le poisson avec méticulosité.

Le problème, c’est que le poisson pèse désormais 119 % du PIB et sent de plus en plus fort.

Car derrière ce poisson que BFM et consorts ne mentionnent qu’en passant se cache en réalité une accélération vertigineuse des mauvaises nouvelles, un empilement maintenant hebdomadaire de révélations toutes plus accablantes les unes que les autres.

Et le mois de février qui vient de s’achever fournit une excellente idée de ce rythme de plus en plus nerveux.

Jugez plutôt : le 19 février, la Cour des comptes publie le rapport accablant dont un précédent billet faisait mention : déficit à 5,4 % du PIB, dette record proche de 119 %, nécessité de trouver 80 milliards d’économies en surcroît des efforts (ou des bricolages, plutôt) déjà concédés… La France est officiellement le cancre de la zone euro, avec un déficit supérieur à celui de tous ses voisins et des taux d’emprunt au niveau de la Grèce.


Le lendemain, le 20 février, le Sénat révèle que 13 335 foyers fortunés échappent intégralement à l’impôt sur le revenu, en fait des contribuables éligibles à l’IFI mais dont l’IR est « nul ou négatif ».


Une semaine plus tard, le 27 février, l’ex-ministre Éric Lombard corrige le tir après « un calcul statistique rapide » (au doigt mouillé ?) : en fait, ce ne sont pas 13 000, mais 50 000 foyers soit – oups ! – une multiplication par quatre en sept jours. Un ministre qui se trompe d’un facteur quatre, cela donne une solide opinion de la valeur des calculettes à Bercy, vous ne trouvez pas ?


Et ce n’est pas fini. Le même 27 février, l’INSEE annonce que l’inflation bondit de 0,3 % à 1 % en un mois. Là encore, les calculettes de Bercy ont chauffé et se sont autorisé un petit dérapage d’un facteur trois que les technocrates expliquent sobrement par « une baisse moins prononcée des prix de l’énergie », périphrase délicieuse pour dire que tout augmente.


Dans la foulée, l’OFCE enfonce le clou : 40 milliards d’économies seront nécessaires en 2027 en plus des économies promises en 2026 sur un budget de cette même année jugé « trop accommodant ».


Ici, on aurait pu dire que les mauvaises nouvelles, chacune pire que les précédentes, s’enfilent comme des TGV en gare de Montparnasse si ces trains ne subissaient pas, eux aussi, des soucis de ponctualité et de fréquence.

Et pendant ce temps, que fait la presse de grand chemin ? Elle s’occupe.

Avec une application touchante, nos grands médias se concentrent sur ce qui compte vraiment : la prononciation du nom d’un pédocriminel et son impact sur la politique française, l’interdiction des petits shampoings d’hôtel, les péripéties de Rachida Dati quittant la Culture pour briguer Paris, et surtout – divine providence ! – les frappes en Iran qui tombent à pic pour occuper toute la bande passante éditoriale. Epic Fury offre aux rédactions un os géopolitique à ronger pendant que la maison France prend l’eau de toute part. On débat doctement de l’escalade au Moyen-Orient, Macron gesticule en Conseil de défense pour essayer d’exister encore un peu sur la scène internationale, et pendant ce temps, personne ne pose la seule question qui devrait obséder le pays : qui va payer les factures ?


Car la vérité que personne ne veut regarder en face, c’est que le scénario de septembre 2025 va se reproduire.

Souvenez-vous : un budget impossible à boucler, des négociations interminables, un gouvernement incapable de trouver la moindre économie structurelle, et au final un bricolage comptable baveux qui n’a fait que repousser le problème de quelques mois. Nous y revoilà. L’OFCE annonce 40 milliards à trouver en 2027, la Cour des comptes en demande 80. Le budget 2026, mal voté dans la douleur, insuffisant, ressemble déjà à une déroute. Et les mécanismes qui ont produit la crise budgétaire de l’automne dernier (une dépense publique incontrôlable, des recettes fiscales en berne, un endettement qui s’auto-alimente) non seulement n’ont pas été corrigés, mais se sont même aggravés.

La France ressemble de plus en plus à ce joueur de poker qui, assis sur une main désastreuse, continue de relancer en espérant que les autres joueurs quittent la table avant l’abattage. Malheureusement, les marchés ne quittent jamais la table. Les agences de notation ne quittent pas la table. Le reste du monde ne quitte pas la table. Et quand viendra l’heure de montrer ses cartes, d’ici quelques mois et au moment de boucler le budget 2027, il faudra bien admettre que le roi est nu, le trésor est vide, et que les « pincettes » de BFM TV ne suffiront pas à masquer l’ampleur du désastre.

Mais d’ici là, il y aura certainement une nouvelle guignolade politique à commenter ou une nouvelle crise internationale à décortiquer de travers.

Ne vous inquiétez pas : tout va très bien vite se passer.


https://h16free.com/2026/03/04/83637-la-presse-en-mode-pincettes-la-france-en-mode-panique

2 mars 2026

« Epic Fury » : les véritables cibles de l’intervention en Iran

H16

- 2/3/2026 - Samedi dernier, les États-Unis et Israël ont lancé l’opération « Epic Fury » contre l’Iran, déclenchant une riposte iranienne dans l’heure.


Sans surprise, la presse de grand chemin fait ce qu’elle sait faire, à savoir du porridge facile à digérer mais nutritionnellement nul : comparer avec l’Irak en 2003, invoquer le spectre de l’enlisement, s’inquiéter d’une escalade incontrôlable, oscillant entre différents récits prévisibles, Trump l’impulsif manipulé par Netanyahu, Trump le néocon qui ne dit pas son nom, ou Trump l’incompétent qui s’est « enfermé dans son propre piège rhétorique » ou veut carrément aller « sécuriser le pétrole iranien ».

Ces récits négligent un point central : l’Iran est le point de convergence de deux guerres simultanées, une monétaire et une contre le crime international, et chacune est le « bonus » de l’autre.

Et pour comprendre pourquoi elles se rejoignent en 2026 sur le sol iranien, nous devrons remonter… à Obama.

L’indépassable pétrodollar

En janvier 2026, Trump enlève Maduro de son lit et l’expédie dans une prison américaine. Mais le régime chaviste (PSUV), la vice-présidente, les cabinets, l’appareil d’État, restent en place. En revanche, les sanctions sont progressivement levées, le pétrole vénézuélien revient sur le marché… en dollars, et plus en yuans. Car sous Maduro, le Venezuela vendait l’essentiel de son brut à la Chine, payé en renminbi ou en remboursement direct de prêts chinois, c’est-à-dire un flux pétrolier entier qui échappait au système dollar.


Concernant l’Iran, ce pays exporte entre 1,1 et 1,5 million de barils par jour, dont 90 % vers la Chine. Ces transactions se font là encore hors du circuit dollar, ici en yuan, via des intermédiaires, avec des remises de 8 à 10 dollars par baril par rapport au cours mondial. Pour Pékin, c’est une aubaine puisqu’ils ont alors du pétrole bon marché, un moyen de contourner les sanctions pesant sur l’Iran et un levier de dédollarisation.

À eux deux, le Venezuela et l’Iran représentaient environ 15 % des importations pétrolières chinoises et constituaient ainsi une vitrine d’un système alternatif prouvant qu’on peut commercer en hydrocarbures sans passer par le billet vert.

En frappant l’Iran, Trump ne tire pas un seul coup de feu vers la Chine mais il détruit son infrastructure de contournement du dollar, son accès au pétrole bradé, et la vitrine de sa stratégie de dédollarisation. C’est un tir par la bande, et c’est peut-être le plus dévastateur.

Dans ce contexte, on peut raisonnablement admettre que Trump ne vise pas des régimes mais plutôt des flux : le dollar représente encore 57 % des réserves mondiales selon le FMI, mais la tendance est à la baisse. Les BRICS testent des systèmes de paiement alternatifs comme mBridge, BRICS Pay ou token Unit. L’Iran était présenté comme le cas d’école de la dédollarisation réussie dans le commerce énergétique.

Notez le verbe « était » : avec les rumeurs insistantes d’un retour de la Russie au dollar, un analyste d’Investing.com résume la logique avec une clarté brutale : « War with Iran is a One-Time Pop. The Putin Deal is a Systemic Reset. » (« La guerre avec l’Iran est un événement ponctuel. L’accord avec Poutine est une réinitialisation systémique. »).

En somme, si Trump parvient à neutraliser l’Iran et à ramener la Russie dans le circuit dollar, le mouvement BRICS de dédollarisation est sinon décapité au moins largement amoindri.

Ce n’est plus de la géopolitique mais de la plomberie monétaire.

Une guerre contre les réseaux

En préambule historique, rappelons qu’en 1953, la CIA et le MI6 renversent Mossadegh et installent le Shah sur le trône du Paon et 26 ans plus tard, le lâchent : des câbles diplomatiques déclassifiés révèlent que Khomeini a directement courtisé l’administration Carter depuis Paris en janvier 1979. « Vous verrez que nous n’avons aucune animosité particulière envers les Américains », écrivait-il ainsi en promettant que le pétrole continuerait de couler.

Carter envoie le général Huyser à Téhéran avec une mission décisive : convaincre les généraux royalistes de ne pas lancer le coup d’État qui aurait sauvé le Shah et l’armée se neutralise. Khomeini rentre sans résistance le 1er février. En coulisses, la logique est celle de la « ceinture verte » de Brzezinski dans laquelle un Iran islamiste vaut mieux qu’un Iran qui bascule vers Moscou.

Encore une fois, foin de morale, Washington ne choisit pas entre les régimes et la démocratie mais choisit exclusivement ce qui sert ses intérêts : le Shah montait les prix du pétrole à l’OPEP, développait un programme nucléaire autonome et devenait gênant. Khomeini promettait de vendre du brut et de tuer des communistes, il est devenu utile.

Et en 2008, un nouveau volet apparaît avec Obama.


Cette année-là, la DEA lance Project Cassandra depuis un centre top secret à Chantilly, en Virginie dont l’objectif est de cartographier et démanteler les réseaux financiers du Hezbollah, qui s’est métamorphosé d’organisation politico-militaire libanaise en « syndicat criminel international » avec trafic de cocaïne, blanchiment d’argent et ventes d’armes rapportant, selon les enquêteurs, un milliard de dollars par an.

Pendant huit ans, 30 agences américaines et étrangères collaborent. Les agents suivent des chargements de plusieurs tonnes de cocaïne d’Amérique latine vers l’Afrique de l’Ouest, l’Europe et le Moyen-Orient. Ils traquent les fleuves d’argent sale, blanchis entre autres par l’achat de voitures d’occasion américaines expédiées en Afrique. Et grâce à des témoins coopérants, ils remontent la conspiration jusqu’au cercle intime du Hezbollah et de ses sponsors étatiques en Iran.

Dans ce cercle, on trouve Abdallah Safieddine, envoyé du Hezbollah en Iran, considéré comme le pivot de tout le réseau criminel et chef de la « Business Affairs Component » du Hezbollah, supervisant le trafic international de drogue ; Ali Fayad (dit « Fayyad »), marchand d’armes basé en Ukraine (un hasard, sans doute), suspecté de fournir des armes lourdes russes à la Syrie pour le compte du Hezbollah et de reporter directement à Poutine ; le « Ghost », l’un des plus gros trafiquants de cocaïne au monde, sous inculpation scellée américaine, fournisseur d’armes conventionnelles et chimiques au régime d’Assad ; Ayman Joumaa, dont le réseau blanchissait jusqu’à 200 millions de dollars par mois en collaboration avec le cartel mexicain des Zetas.

Bien évidemment, les agents demandent l’autorisation de poursuivre, d’arrêter et de sanctionner tout ce petit monde. Et rencontrent un mur.


En mai 2010, John Brennan (alors conseiller d’Obama pour le contre-terrorisme, futur directeur de la CIA) explique publiquement que l’administration cherche à « construire les éléments modérés au sein du Hezbollah ». Pour Brennan, « Le Hezbollah est une organisation très intéressante ».

Bref, on l’aura compris : l’administration Obama n’a pas l’intention de faire le ménage, d’autant plus qu’elle entend conclure l’accord nucléaire avec l’Iran (le JCPOA) et va donc faire une obstruction systématique des enquêtes du Project Cassandra.

Le DOJ d’Obama refuse d’inculper Safieddine et d’appliquer la loi RICO (anti-mafia) au Hezbollah. Le Département d’État refuse d’attirer les cibles prioritaires vers des pays où elles pourraient être arrêtées, le Trésor refuse la désignation du Hezbollah comme « organisation criminelle transnationale significative ». Ali Fayad, arrêté à Prague en 2014, s’attend à ce que les États-Unis fassent pression sur la République tchèque pour l’extrader mais Washington ne fait rien. Poutine, lui, fait pression et Fayad est renvoyé à Beyrouth. Il reprend ses activités.

Katherine Bauer, ancienne fonctionnaire du Trésor d’Obama, témoigne devant le Congrès en février 2017 : « Sous l’administration Obama, ces enquêtes liées au Hezbollah ont été étouffées, par crainte de secouer le bateau avec l’Iran et de mettre en péril l’accord nucléaire. »

David Asher, l’expert en finance illicite du Pentagone détaché auprès de Project Cassandra, est plus direct : « C’était une décision politique. C’était une décision systématique. Ils ont démoli tout cet effort, méthodiquement, de haut en bas. »

Le résultat est simple : pendant toutes les années d’administration Obama, des chargements de plusieurs tonnes de cocaïne entrent aux États-Unis régulièrement, des centaines de millions de dollars continuent d’alimenter une organisation terroriste et les architectes du réseau restent en liberté.

Le 11 janvier 2018 (moins d’un mois après la publication de l’enquête explosive de Josh Meyer dans Politico), le procureur général Jeff Sessions annonce la création du « Hezbollah Financing and Narcoterrorism Team (HFNT) ». Il s’agit d’une équipe de procureurs spécialisés en trafic international de stupéfiants, terrorisme, crime organisé et blanchiment d’argent dont la mission est de reprendre à zéro les dossiers du Project Cassandra que l’administration Obama avait enterrés, et de poursuivre tous les individus et réseaux soutenant le Hezbollah.

Le signal est d’une clarté cristalline : ce que Obama a protégé, Trump va le détruire. Les dossiers gelés sont rouverts, de nouvelles inculpations sont émises, et des hommes d’affaires libanais liés au Hezbollah commencent à tomber.

Les résultats du premier mandat Trump sont modestes (le réseau est immense, tentaculaire, protégé par des États souverains) mais le message est posé.

L’arrestation de Maduro en janvier 2026 s’inscrit directement dans cette logique : le Venezuela n’est pas seulement un pays pétrolier qui vendait son brut en yuan mais c’est aussi un hub narcoterroriste du Hezbollah dans l’hémisphère occidental. Or, depuis l’arrivée de Chávez au pouvoir en 1999, l’Iran et le Hezbollah ont méthodiquement implanté leurs réseaux au Venezuela.


On pourra citer par exemple Tareck El Aissami, vice-président puis ministre du Pétrole de Maduro d’origine syrienne druze qui a été inculpé par les États-Unis pour blanchiment d’argent et trafic de drogue liés au Hezbollah ou encore Adel El Zebayar, membre de l’Assemblée nationale vénézuélienne, qui a été inculpé en 2020 par le DOJ pour narcoterrorisme dans une conspiration impliquant le Hezbollah, l’Iran, la Syrie, les FARC et les cartels mexicains.

En 2022, un cargo vénézuélien a été intercepté en Argentine avec cinq Iraniens à bord, dont des commandants et opérateurs de la Force Quds du CGRI. Quant à l’île de Margarita, elle est devenue une base opérationnelle du Hezbollah, utilisant la diaspora libanaise comme couverture.

Comme l’a résumé Brian Townsend, agent de la DEA, « Ils blanchissent l’argent et fournissent les réseaux qui aident les cartels à déplacer des fonds à travers le Moyen-Orient. Ils prélèvent leur part du trafic de drogue, et ça finance leurs opérations. »

En fait, en enlevant Maduro, Trump n’a pas seulement frappé un flux pétrolier en dehors du dollar mais a décapité un nœud logistique du Hezbollah dans l’hémisphère occidental, le même réseau que Obama avait protégé pendant huit ans pour (officiellement) ne pas compromettre son accord nucléaire avec Téhéran.

Tout est lié

Les deux motivations (se débarrasser des trafics, calmer les ardeurs contre le pétrodollar) se renforcent mutuellement.


Chaque thèse, prise isolément, pourrait sembler insuffisante pour justifier une action militaire mais ensemble dessinent une stratégie cohérente.

Tout d’abord couper les flux de la dédollarisation (Venezuela puis Iran). Si la Russie suit, les BRICS perdent leurs trois vitrines pétrolières en dehors du dollar. Ensuite, démanteler l’infrastructure criminelle iranienne, avec le Hezbollah non seulement groupe terroriste mais aussi bras financier occulte de l’Iran, blanchissant des milliards via drogue, armes et réseaux bancaires parallèles. Et enfin, inverser la doctrine Obama en restaurant la priorité sécuritaire (le pétrodollar n’étant qu’un bonus).

Trump n’est pas George W. Bush et n’a aucun intérêt pour « l’exportation de la démocratie ». Son discours aux Iraniens (« Quand nous en aurons fini, prenez le pouvoir, il est à vous et c’est votre seule chance ») n’est pas du wilsonisme et montre que le régime qui suivra devra seulement ses premières heures à Washington. Trump n’est pas non plus un simple mercantiliste et l’aspect « démantèlement des réseaux » ajoute une couche de légitimité sécuritaire réelle (pas fabriquée comme les « armes de destruction massive » de 2003) : le Hezbollah fait effectivement entrer de la cocaïne aux États-Unis et l’Iran finance effectivement cette infrastructure. Les dossiers existent depuis 2008, Obama les a enterrés. Trump les a ressortis en 2018 et en 2026, il tire les conséquences opérationnelles.

Le Venezuela le confirme a posteriori : le régime PSUV n’a pas changé de nature, juste de monnaie de facturation et d’attitude vis-à-vis de l’Amérique.

Les analystes du Pentagone proches de la doctrine Colby (l’actuel sous-secrétaire à la Défense) savent que chaque porte-avions envoyé dans le Golfe est un porte-avions retiré du Pacifique face à la Chine.

Si Trump accepte ce coût, c’est que l’objectif est jugé stratégiquement décisif et les deux éléments présentés ici semblent justifier ce prix.


https://h16free.com/2026/03/02/83594-epic-fury-les-veritables-cibles-de-lintervention-en-iran

27 février 2026

Le vrai blocus de Cuba : son Politburo

H16

- 27/2/2026 - Décidément, la situation n’est pas rose à Cuba : le blocage de toute entrée de pétrole par les États-Unis n’arrange pas du tout l’île des Caraïbes – au point que Poutine, l’ami des castristes, monte au créneau. Sans cela, il va de soi que le communisme, en place à Cuba depuis plus d’un demi-siècle, aurait transformé l’île en véritable paradis.


C’est absolument évident à tel point que, dès qu’on évoque la misère cubaine, le mot « embargo » jaillit comme un diable de sa boîte, avec la certitude tranquille de celui qui vient de résoudre une équation à une inconnue.

Cuba va mal ? C’est l’embargo ! Cuba n’a plus d’électricité ? C’est l’embargo ! Cuba manque de nourriture ? C’est l’embargo. Le raisonnement est aussi simple qu’une recette de cuisine soviétique : prenez un pays, saupoudrez généreusement de communisme, faites revenir pendant quelques décennies et ajoutez quelques sanctions américaines : vous obtenez automatiquement la famine.

Et que ce raisonnement soit faux de bout en bout n’a jamais découragé les gauchistes.


Rappelons d’abord un fait que nos amis collectivistes préfèrent oublier : avant la révolution de 1959, Cuba était l’un des pays les plus développés d’Amérique latine, le quatrième en revenu par habitant, derrière le Venezuela, l’Uruguay et l’Argentine. Un médecin pour 980 habitants, un réseau ferroviaire pionnier (le premier d’Amérique latine, en 1837), la télévision commerciale dès 1950, plus de 350 salles de cinéma à La Havane, l’île n’était certes pas la Suisse, mais elle n’était pas non plus le tiers-monde que soixante-cinq ans de communisme en ont fait.

L’embargo, cet épouvantail

Quant à cet « embargo » dont les gauchistes parlent comme d’un mur de Berlin maritime, il n’est en réalité qu’une interdiction faite au régime castriste de contracter des dettes en dollars et de commercer directement avec des entreprises américaines, avec, notons-le, de substantielles exceptions pour les produits alimentaires et médicaux.

Pour l’énorme reste, Cuba peut commercer avec les États-Unis et d’ailleurs, les chiffres sont éloquents.

Entre 2000 et 2021, ils ont exporté vers Cuba entre 176 et 710 millions de dollars de produits alimentaires par an. En 2008, 35 à 45 % des importations alimentaires cubaines venaient des États-Unis, qui étaient devenus le premier fournisseur de nourriture de l’île. Les États-Unis fournissent encore 96 % du riz et 70 % de la volaille consommés à Cuba.

Voilà un embargo nettement moins étanche que ce qu’en disent les gauchistes.


Et pour le reste du monde ? Aucune restriction.

Cuba commerce librement avec l’Espagne, le Canada, la Chine, le Mexique, le Venezuela, la France, le Brésil et des dizaines d’autres pays. L’île reçoit des millions de touristes par an. Des entreprises espagnoles y investissent dans le tourisme. Des compagnies canadiennes y exploitent des mines. L’Union européenne entretient des relations diplomatiques et commerciales normales avec La Havane.

Prétendre que Cuba ne peut pas commercer est un mensonge pur et simple. Cuba peut commercer avec qui elle veut, mais ce qu’elle ne peut pas faire, c’est payer en dollars américains.

La dette, ou l’art de plumer la planète

D’ailleurs, Cuba en profite pour ne pas payer du tout ! Car voici le véritable tour de force du régime : avoir réussi à emprunter à la terre entière, à ne rembourser personne, et à faire porter le chapeau aux Américains.

Le palmarès est savoureux et tous ceux qui ont prêté à Cuba se sont finalement fait plumer : la Russie a prêté 35 milliards de dollars, et en a annulé 90 % en 2014. La Chine a prêté 6 milliards, et a tout effacé en 2011. Le Mexique : 487 millions, effacés en 2013. L’Afrique du Sud : 137 millions, effacés en 2012. Le Club de Paris : 11,1 milliards, dont 8,5 remis en 2015. La Roumanie attend toujours ses 900 millions. La République tchèque, ses 276 millions. La Hongrie, ses 200 millions. Les entreprises espagnoles, leurs 325 millions.

Au total, plus de 59 milliards de dollars ont été reçus mais jamais rendus, et ne sont manifestement jamais arrivés jusqu’au peuple cubain. Quant au dernier crédit russe de 50 millions de dollars en 2018, il a servi — en pleine crise alimentaire — à acheter des véhicules blindés et des hélicoptères.

On a les priorités qu’on mérite.


2026 : la crise de trop

Certes, comme l’introduction le mentionnait, la situation s’aggrave en ce début 2026 avec le blocage du pétrole vénézuélien par Washington, dans la foulée de l’intervention américaine au Venezuela. Les coupures d’électricité atteignent 20 heures par jour dans certaines provinces. La pénurie alimentaire est réelle et la souffrance du peuple cubain n’est pas en question.

Mais cette crise énergétique n’est que le dernier symptôme d’une maladie chronique.

Ainsi, il y a eu cinq blackouts nationaux entre octobre 2024 et septembre 2025, selon Human Rights Watch, et ce bien avant donc le durcissement de janvier 2026. À ceci s’ajoutent des centrales thermiques vétustes jamais entretenues, un réseau électrique en ruine et, le comble, une agriculture collectivisée incapable de nourrir 11 millions d’habitants sur l’une des terres les plus fertiles des Caraïbes…

Comme le notait récemment avec un humour mordant Philippe Silberzahn sur X, il n’y a plus rien à manger dans un pays dont le programme économique a pourtant été validé par les 650 « plus grands économistes de France » (dont ceux du NFP, bien sûr) … Il y a vraiment un côté fascinant à voir les mêmes esprits qui réclament la fin du libre-échange – source de toutes les misères, c’est bien connu – pleurnicher quand les États-Unis décident justement de limiter leurs échanges avec Cuba. On aimerait savoir : le commerce international est-il un fléau ou une bénédiction ? Il faudrait choisir.

Le vrai embargo, c’est le communisme

La réalité est limpide pour quiconque accepte de la regarder en face : la Russie, devenue largement capitaliste depuis vingt ans, a traversé des sanctions bien plus sévères que celles qui pèsent sur Cuba, et s’en sort malgré tout. Le Vietnam, communiste de nom mais capitaliste de fait, prospère. La Chine a sorti 800 millions de personnes de la pauvreté le jour où elle a laissé le marché fonctionner.

Cuba, elle, reste fidèle à la planification centrale, au contrôle des prix, à la collectivisation de l’agriculture, à l’interdiction de l’entreprise privée (timidement assouplie en 2021, soit trop peu et trop tard). Le résultat est celui que le communisme produit toujours et partout : la pénurie, la misère et l’émigration de masse.

Mais cela, les fins « économistes » français – dont ceux qui ont « validé » un programme cubain à l’efficacité fort douteuse – préfèrent ne pas le voir. L’embargo américain, aussi réel qu’il soit dans sa dimension politique, est devenu le paravent commode derrière lequel se cache l’échec structurel, total et irrémédiable d’un système qui, de Moscou à Pyongyang en passant par Caracas, produit invariablement le même résultat.

Le vrai blocus de Cuba n’est pas dans le détroit de Floride : il est dans les têtes du Politburo.


https://h16free.com/2026/02/27/78100-le-vrai-blocus-de-cuba-son-politburo