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27 septembre 2026

Régis de Castelnau
27/9/2026

Mai 2027, ouvrir les deux yeux. Pour rester en vie.



Le « système macron », pour survivre et masquer son bilan, cherche fébrilement sa parade : soutenu par une presse complètement dévoyée, il remplace l’antisoviétisme d’hier par une russophobie obsessionnelle et pavlovienne. Chaque contestation sociale, chaque critique de la gouvernance est désormais accusée de collusion avec un ennemi extérieur, agitant un épouvantail géopolitique inventé, pour étouffer toute contestation d’un ordre honni. Ce sont les réflexes des classes recroquevillées sur leurs privilèges, qui veulent à tout prix poursuivre leur pillage.

Être communiste en France dans les années 70, c’est-à-dire publiquement engagé au PCF, c’était d’une certaine façon, assez confortable. L’antisoviétisme et l’anticommunisme étaient virulents, mais le choix d’être de ce bord-là, s’il vous isolait (un peu) socialement, permettait de mener le combat en ayant le sentiment d’être du bon côté, c’est-à-dire celui des ouvriers. Et ce serait mentir de prétendre que quand on a 20 ans, on y rechigne. En plus, justement le PCF était ouvriériste, ce qui m’allait très bien. Ayant été impliqué dans les événements de 68, j’avais très tôt pris conscience de la dimension résolument petite-bourgeoise du mai étudiant qui était dans ma perception et dès ce moment-là, « le 14 juillet des couches moyennes » selon l’excellente expression du philosophe Michel Clouscard. J’avais en revanche été très impressionné par le mai ouvrier, et avait alors commencé à me rapprocher du parti qui en était l’expression politique. Au PCF les intellectuels avaient leur place, mais il leur était rappelé fréquemment, que les patrons du Parti étaient les ouvriers. Personnellement cela ne me gênait pas du tout, considérant n’avoir socialement rien à expier, j’étais venu là pour servir, et y avais trouvé le confort de ma double culture d’origine : la militaire avec la discipline et la religieuse avec le dogme. Et comme en plus, outil d’intégration de la classe ouvrière à la Nation française, le Parti communiste était profondément patriote, j’étais vraiment à l’aise. Je me rappelle qu’en ce qui concerne le socialisme soviétique, personne n’était dupe de ses impasses, mais on allait voir ce que l’on allait voir, parce que nous Français, héritiers de la Révolution et toujours modestes, nous allions montrer un autre chemin, que nous appelions « la démocratie avancée ». On n’aura pas la cruauté d’épiloguer sur les grands succès que cette stratégie a rencontrés.

Et puis il y a eu la chute du mur de Berlin, puis ensuite l’effondrement de l’URSS. Rappelons que si le 9 novembre 1989 fut un jour de libération pour les habitants de la Prusse, qui n’ont pas payé bien cher leur soutien jusqu’au bout à l’ordalie nazie. Ce fut aussi la véritable fin de la deuxième guerre mondiale et celle du court XXe siècle comme le qualifiait Éric Hobsbawm. Disparut alors ce qui fut la grande passion du XXe siècle, fruit coûteux de l’accouchement brutal de la révolution industrielle au siècle précédent. Pour l’avoir partagée, le 9 novembre 1989, fut pour moi un jour de deuil, celui d’une espérance, et l’annonce prévisible de ce qui nous attendait. Je savais bien que « La fin de l’Histoire » et la victoire du libéralisme, comme l’expliquait Fukuyama, n’étaient pas à l’ordre du jour. Les 35 ans qui viennent de s’écouler ont prouvé que ces rodomontades n’étaient que des incantations.

Mais après la disparition du « socialisme réel », il a fallu réfléchir et tenter de comprendre pourquoi ça n’avait pas marché. Charles Darwin m’a fourni quelques pistes tandis qu’un de ses compatriotes m’a fort aimablement conseillé la sagesse. George Bernard Shaw disait : « qui n’est pas communiste à 20 ans n’a pas de cœur, qui l’est toujours à 40 n’a pas de tête ».

Le problème cher Monsieur Shaw, c’est que la bestiole ne se loge ni dans la tête ni dans le cœur, mais finalement dans les tripes. Là où réside nous disent les biologistes notre second cerveau, et il arrive que cette bestiole ait le sommeil léger. Pouvant être troublé par le chant et les slogans d’un peuple qui se redresse. Elle avait ouvert un œil en 2015 avec l’arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce, mais la trahison de Tsipras s’est empressée de le refermer. Et puis il y a eu le 17 novembre 2018, quand le peuple des Gilets jaunes a lui aussi ouvert un œil. Pour subir une abominable répression à base de violence policière sans frein, de mutilation et de répression judiciaire féroce et impardonnable. Cet œil qui s’était ouvert, on le lui a arraché, pas au figuré, au propre. Et l’éborgneur en chef ose aujourd’hui solliciter les suffrages de ceux qu’il a mutilés et humiliés.

Mais après le coup d’État de 2017 et la mise en place du cauchemar macronien, face à la destruction de l’État-providence, au délitement continu de nos services publics, à la catastrophe financière, à l’autoritarisme féroce d’un pouvoir prêt à tout, lancé dans une marche suicidaire à la guerre, la nécessité s’impose avec une urgence redoublée d’en débarrasser notre pays.

L’heure n’est donc plus aux demi-mesures, ni aux illusions réformistes de façade. La prochaine élection présidentielle ne sera pas un simple rendez-vous démocratique de plus, mais une occasion historique de chasser ce système du pouvoir. C’est son seul enjeu politique. Après, une fois le noyau dur du gang hors d’état de nuire, une fois dissipées les illusions qui vont nécessairement accompagner le soulagement, viendra le temps du retour de la démocratie. Celle de l’intervention déterminée de ceux qui auront voulu et obtenu la réalisation de cette première et nécessaire étape.

Certes, l’émancipation humaine est probablement une utopie, et en tout cas elle ne sera pas à l’ordre du jour au mois de mai prochain. Mais ce sera une escale indispensable, qui va nous permettre de continuer à la vouloir.

Pour rester en vie.

Avant de partir, merci de m’offrir un café.


16 avril 2026

Radu Portocala
16/4/2026

En décembre 1989, dès les premiers jours de l’émeute en Roumanie, Antenne 2 me proposa d’être son consultant « le temps que les choses se calment ». Mais « les choses » ont pris la tournure que nous connaissons.
J’ai donc été, jours après jour, devant un mur d’écrans qui reprenaient les images d’une multitude de télévisions, le spectateur privilégié des événements. Le 25 décembre au soir j’ai traduit cette mascarade judiciaire que la nouvelle direction roumaine a appelée « procès » – celui du couple Ceausescu.
Début janvier 1990, nous avons été, avec mon ami Kosta Christitch les premiers à écrire, dans les pages du « Point », que nous avons assisté à un coup d’État organisé par les services soviétiques et non à une « révolution spontanée » comme le voulait la version officielle.
Pendant des mois, j’ai continué à rassembler des informations et à publier des articles sur ce sujet. Enfin, l’idée d’écrire un livre s’est imposée. Avec tout le matériel que j’avais ramassé, je n’ai pas mis longtemps pour mener à bien mon projet. Fin juillet, le manuscrit était prêt.
À quel éditeur l’adresser ? Je n’avais aucune idée. Kosta Christitch me conseilla de l’envoyer à Georges Liebert, chez Robert Laffont. La réponse arriva très vite. Elle était négative, mais Liebert me conseillait de m’adresser à Olivier Nora, chez Calmann-Lévy. Ce qui fait, aujourd’hui, la raison d’être de ce texte.
Vers le 10 août, alors qu’une chaleur torride accablait Paris, je déposai mon manuscrit à l’accueil de la maison d’édition, qui occupait alors un étrange mais bel immeuble, rue Auber. Moins de deux semaines plus tard, Olivier Nora me téléphonait. Il me proposait d’aller le voir dès le lendemain.
Ma nuit, cela va de soi, fut encore plus mauvaise que d’habitude et le matin se traîna péniblement. L’heure du rendez-vous, vers le milieu de l’après-midi, arriva tout de même et je me retrouvai enfin dans le vaste bureau d’Olivier Nora. La discussion fut courte. Il me dit avoir pris la décision de publier mon livre, me communiqua les conditions et, comme je n’avais aucune objection, me demanda de revenir quelques jours plus tard pour signer le contrat.
Pendant les semaines qui ont suivi – impression, correction des épreuves, envoi à la presse, promotion – Olivier est devenu, je crois, un ami avec lequel la collaboration a été parfaite. Et pour cela je lui suis reconnaissant.
Des années plus tard, en 2006, alors que je venais d’être nommé à la tête de l’Institut culturel roumain de Paris, Bucarest me demanda d’organiser, lors du Salon du Livre, une rencontre entre éditeurs roumains et éditeurs français. À qui d’autre pouvais-je penser pour demander conseil ? À Olivier Nora, que je suis allé voir chez Grasset et qui m’a été d’un grand secours. Pour cela aussi je lui suis reconnaissant.

25 mars 2026

Bruno Lafourcade

DESCENTE DANS LA ROUMANIE DE CEAUSESCU, par Radu Portocala


Ce livre aurait pu être une enquête journalistique ou un document historique sur la Roumanie de Ceausescu. Ce serait déjà beaucoup. Or c’est bien davantage. On a l’impression de descendre un escalier, de tirer le verrou, de pousser la porte, d’entrer dans une cave – c’est-à-dire une société totalitaire dans ce qu’elle a de plus ahurissant. C’est au point que l’on ne se rappelle pas un livre récent, en dehors de la fiction, qui remue autant son lecteur. Ce que l’on voit, c’est, en huit chapitres et un avant-propos, le mécanisme d’une tyrannie. L’auteur y parvient avec des moyens en apparence très simples : on entre dans l’existence tragique des Roumains par des faits bruts, des situations concrètes, de la vie banale. On croise quelques chiffres, mais on suit surtout le citoyen cherchant à survivre, à se nourrir, à travailler. On le découvre à l’école, à l’hôpital. On le voit peu à peu isolé par la propagande, l’espionnage et la répression, poussé à se garder de tout et de tous, dépossédé de soi, atomisé, soumis à une méfiance et à une peur constantes. On y admire d’autant plus le courage et le sacrifice de dissidents promis à la prison et à la torture. Le chapitre le plus bouleversant, et le plus terrifiant, est celui que l’auteur consacre aux femmes, poussées au désespoir par un décret, celui du 1er octobre 1966, obligeant les mères de moins de quarante-cinq ans à enfanter, quand elles ont moins de quatre enfants. On laissera le lecteur découvrir de quelle façon. C’est un livre qui se trompe en croyant ne pas faire de littérature : abandonnant l’hyperbole au Conducator, il contient assez de sobriété, parfois même d’ironie glaçante, pour donner des leçons de style à tout le monde. On le referme en se disant que c’est ainsi que l’on doit écrire si l’on cherche à peindre la cave suffocante de la terreur politique.

2 décembre 2025

Radu Portocala


-2/12/2025- Dans la Roumanie socialiste, la censure portait le nom euphémistique de Direction générale de la presse et des imprimés. Tout ce qui devait arriver dans une imprimerie - même les étiquettes des boîtes d’allumettes - devait obtenir l’aval de cette institution. Les quotidiens, imprimés la nuit, devaient être soumis à la Direction et lus lettre par lettre. Les revues également. Les manuscrits des livres traînaient pendant des mois sur les bureaux des censeurs qui approuvaient ou non chaque page.
Cette approbation - le droit de vie accordé à un texte - se manifestait sous la forme d’un petit tampon insignifiant connu sous le nom de « visa T ». Pourquoi « T » je ne saurais dire. Elle était apposée, comme je l’ai dit, sur chaque page d’un manuscrit, et la page qui ne l’obtenait pas devait être soit éliminée, soit remplacée et soumise de nouveau au contrôle.
Trouver un exemplaire de « visa T » n’est pas chose aisée pour la simple raison que faire sortir d’une rédaction ou d’une imprimerie une page sur laquelle elle était apposée constituait une infraction particulièrement grave. Il se trouve, cependant, que j’ai quelques exemplaires de cette chose si précieuse (et j’ai raconté ici, il y a un moment, comment j’ai pu commettre cette horreur). Je publie donc un exemple de « visa T » à l’intention des confrères journalistes qui, peut-être, demain, devront obtenir un LABEL semblable avant de publier leur prose. Cela s’appellera, qui sait ?, « visa M. »…

8 novembre 2025

OCTOBRE

Natalia Routkevitch

7/11/2025- Mon arrière-grand-père paternel, Ivan Petrovitch Pavlov (1889–1959), faisait partie de ceux qu’on appelle aujourd’hui les fanatiques de la révolution.
Bolchevik, clandestin, militant de la lutte armée – ainsi se présente-t-il dans ses mémoires, publiés il y a quelques années par le musée historique d’Ekaterinbourg.
Ouvrier issu d’une famille paysanne de la province d’Oufa, il appartenait à cette génération presque oubliée des vieux bolcheviks qui accompagnèrent le mouvement révolutionnaire radical pratiquement depuis la naissance de celui-ci.
Entré adolescent au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), quelques mois après la révolution de 1905, il rejoignit aussitôt son aile la plus radicale.
Les mémoires de cet opposant acharné au tsarisme, soldat anonyme de la garde léniniste, clandestin, prisonnier politique et exilé, rédigés « pour les générations futures », ne sont pas seulement intéressants pour des raisons familiales.
Ils offrent un témoignage de première main sur le travail de terrain du POSDR(b) au début du XXᵉ siècle, à l’échelle provinciale : ses objectifs, ses moyens, ses résultats.
Ils dévoilent la psychologie de ces militants bolcheviks – hommes et femmes – qui, mus par une conviction absolue, embrassaient une vie de privations, de périls et de choix douloureux, persuadés de travailler à la libération et au bonheur de l’humanité. Ni les arrestations, ni les atrocités de la guerre civile, ni les répressions staliniennes contre le parti, le peuple et les proches de sa femme, issue de la petite noblesse, ne parvinrent à ébranler la foi d’Ivan Petrovitch dans le bolchevisme et les idéaux communistes.
« C’était nécessaire », se répétait-il.
Ce qui frappe, au-delà de cette foi ardente – disparue, pour le meilleur et pour le pire, des sociétés postmodernes –, c’est la richesse exceptionnelle d’une vie marquée par d’immenses épreuves.
« Serf, fils de serf », disait-il de ses ancêtres paysans.
Son grand-père était parti comme haleur sur la Volga ; lui-même, ayant grandi dans un petit village au cœur de la province, maîtrisait, à quatorze ans, absolument tous les travaux paysans et aimait la campagne malgré sa rudesse extrême.
À seize ans, apprenti mécanicien, il avait appris un tas de métiers – du cuivre à la forge, en passant par le tournage, l’électricité, etc.
À vingt ans, militant politique aguerri, il avait connu la prison et l’exil à trois reprises.
En 1914, il fut envoyé sur le front, où il passa trois ans.
Il traversa trois révolutions, une guerre civile et deux conflits mondiaux dévastateurs – le second lui enleva un fils –, étant l’un des acteurs engagés de ces bouleversements.
Ses mémoires évoquent les grands événements auxquels il prit part : les révolutions russes, la Première Guerre mondiale, la guerre civile, la mort de la famille impériale à Ekaterinbourg, les premières années de la construction soviétique, la reconstruction d’après-guerre, la collectivisation des campagnes, la Grande Guerre patriotique et, enfin, la mort de Staline.
Dans le bref épilogue, il imagine une grande fête familiale célébrée en l’an 2000 : il y voit sa fille, devenue une vieille dame, entourée de ses proches, levant son verre « au XXᵉ siècle, cette époque héroïque de l’histoire russe, couronnée (il n’en doutait pas) par la victoire du communisme et du léninisme » – le régime qui, croyait-il, rendrait enfin l’homme libre et heureux.

De fait, le XXᵉ siècle a prouvé, avec tout le fracas possible, qu’aucun ordre social ne peut rendre l’homme libre ou heureux.
Ni meilleur, ni plus sage, ni plus humain, ni plus prudent – malgré toutes les expériences et toutes les horreurs vécues…
La construction de l’URSS fut la dernière tentative, d’une ampleur inégalée, de s’appuyer sur de grands récits pour faire advenir une humanité meilleure, pour incarner collectivement les idéaux des Lumières, et la justice pour les plus démunis.
« Rien de grand ne s’est jamais produit dans l’Histoire sans violence ni acharnement », disait Engels.
La dernière génération encore formée dans et par le régime soviétique, on gardera la mémoire encore un peu tangible, vivante, de cette épopée à la fois terrible et monumentale qu’a été l’URSS.
Il est d’autant plus important de préserver cette mémoire – de la grandeur et de la terreur, de la violence et de l’acharnement – que les acquis sociaux, achetés au prix le plus élevé, ont été entièrement balayés après 1991. Et que l’effondrement de l’URSS – paisible seulement en apparence – a coûté aux ex-Soviétiques autant – sinon davantage – que sa construction. Le prix du sang continue d’être versé chaque jour.
La mémoire de cette entreprise grandiose a longtemps été confisquée par ceux qui voulaient effacer toute possibilité de réémergence, sous quelque forme que ce soit, d’un contre-modèle.
Mais on n’a pas réussi à effacer complètement ni les récits divergents du narratif unique, ni le crédit de confiance dont le contre-projet soviétique bénéficiait partout dans le monde. Aujourd’hui, l’alternative qui se construit face à la modernité unique – au sein de divers mouvements et regroupements internationaux – se fait notamment en se souvenant qu’une autre manière de vivre, de produire et de penser a existé dans un passé récent.
Que l’existence en dehors du système-monde occidental, voire à contre-courant, est possible.
C’est probablement cela qui est le plus précieux aujourd’hui.
Quelle forme prendra cette Alternative – ce sera la réponse des radicaux de demain, qui seront plus courageux et plus désespérés que les réformistes actuels.


2 novembre 2025

[Témoignage]

Radu Portocala

-31/10/2025- Pour entrer à la Voix de l’Amérique, la plus grande radio du monde qui émettait en 44 langues je ne sais plus combien de milliers d’heures par semaine, la rédaction roumaine pour laquelle j’allais travailler comme correspondant en France, en Suisse et en Belgique m’a fait passer un certain nombre de tests. J’ai dû, pour commencer, rédiger un texte. Ensuite, on m’a fait passer une épreuve de micro. Enfin, un certain service s’employa à prendre des renseignements sur moi.
L’étape suivante m’a été présentée comme « bureaucratique ». J’ai dû compléter à la main des formulaires stupides comme tous les formulaires, puis d’autres à la machine en 12 exemplaires utilisant obligatoirement du papier carbone – cette chose autrefois pratique qui n’existe probablement plus. Après avoir reçu tout cela, ils m’annoncèrent qu’un dernier formulaire m’avait été envoyé par la poste. C’était, me disaient-ils, une démarche assez ennuyeuse à accomplir, ils s’en excusaient, mais il me fallait m’y plier sans prendre ombrage. Bien entendu, cette mise en garde n’a fait qu’éveiller ma curiosité et stimulé mon imagination. Mais il s’est avéré qu’elle n’était pas aussi fertile que celle de l’espion-bureaucrate américain.
Au bout d’une semaine ou un peu plus, je trouvai dans ma boîte aux lettres l’enveloppe venant de Washington. Elle contenait, à ma grande stupeur, deux cartons sur lesquels je devais imprimer mes empreintes digitales. Pourquoi diable voulaient-ils mes empreintes alors que j’allais travailler en Europe et que je n’avais nulle intention de me rendre aux États-Unis ? Je n’ai eu aucune explication cohérente. Seulement une indication « pratique » : je ne pouvais pas obtenir un résultat valable en barbouillant mes doigts dans un encrier. On me conseillait de m’adresser à la police.
Au commissariat de mon quartier, celui qui est sous l’esplanade des Invalides, on m’envoya promener assez grossièrement. Heureusement, un policier qui avait entendu la discussion m’apprit que je devais faire ma demande à la police judiciaire de l’arrondissement. Là, j’eus affaire à des flics-loubards qui se montrèrent très désagréables. En fin de compte, par un coup de fil à la Préfecture, j’appris que je devais aller chez eux, Île de la Cité. Il va de soi qu’à chaque fois je devais raconter la même histoire qui paraissait soit stupide, soit invraisemblable à tout le monde. Je crois qu’ils ont été assez nombreux à me prendre pour un déséquilibré.
Bien entendu, dans l’énorme bâtiment de la Préfecture, j’ai dû me promener d’une entrée à l’autre et d’un service à l’autre avant de trouver le bon endroit. Enfin, un personnage en blouse blanche et muni de tout l’attirail nécessaire fut appelé à l’une des entrées. Après avoir imprimé mes empreintes sur les formulaires envoyés de Washington, je l’entendis dire : « Maintenant, je les prends aussi pour moi ! » Fatigué par toute cette aventure absurde, je l’ai laissé faire, mais quelques jours plus tard, une amie avocate s’insurgea contre la démarche de l’individu et ma passivité, me disant que j’avais eu tort de me plier à sa demande. Depuis lors, comme ils ont mes empreintes, je dois être très prudent en commettant les méfaits qui occupent tout mon temps.
On était, donc, très prudent à Washington. Mais la chose s’est transformée en farce grotesque après 1990, lorsqu’il est devenu possible de consulter une partie des archives de la police politique roumaine, la Securitate. Il a été découvert alors que le rédacteur en chef du service roumain de la Voix de l’Amérique, celui qui, par téléphone, me priait d’accepter que les autorités américaines scrutent mon existence et examinent mes empreintes digitales, avait collaboré avec la Securitate, et l’avait même fait avec un tel empressement qu’il était possible d’imaginer que dans sa nouvelle position il n’avait pas vraiment rompu le lien.

22 octobre 2025

Kuzmanovic Georges

-22/10/2025- En mission à Moscou pour couvrir la Semaine de l’Énergie et faire quelques interviews, tout ne s’est pas passé comme prévu...
Un banal accident s’est transformé en une galère monumentale.
Samu local, passage express par les urgences d’un hôpital public russe, plantage des reportages / vidéos.
Trois jours d’hospitalisation, une opération, et une plongée inattendue dans le système de santé d’un pays sous sanctions.
En direct au cœur de la Russie d’aujourd’hui par le biais de la santé et de ma petite expérience vécue sur place – certains vont avoir des surprises.
Et en plus c'était gratuit : les étrangers, quel que soit leur pays, même sans assurance, ont l'intégralité de leurs soins, analyses, opérations si nécessaire et hospitalisation complètement couvert par l'État russe dans les cas d'urgences médicales.
Sinon ça va, il faudra se soigner un mois mais le pire est évité. Prenez soin de vous !

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16 janvier 2025

Amygadala, conte véridique du Nouvel An (Souvenir)

Jean-Pierre Luminet

Il y a quelques jours, j’ai conduit mon véhicule dans un centre de contrôle technique, afin de renouveler le « pass » périodique obligatoire mis en place dès 1992 sous directive de la bien-aimée commission européenne, et permettant de circuler à peu près tranquillement durant deux ans sans se faire verbaliser par les bien nommées « forces de l’ordre » pour un pneu légèrement usé ou quelque essuie-glace un tantinet voilé.
Ayant eu la bonne idée de quitter récemment l’encombrée métropole marseillaise pour m’installer dans la campagne provençale, tout – ou presque – y devient plus facile. Ledit centre de contrôle est lui-même situé dans la campagne, près de la bourgade de Saint-Andiol : un simple coup de fil, on vous répond tout de suite et il n’y a aucune attente pour prendre rendez-vous.
Le jour dit j’entre donc dans la petite échoppe. Il n’y a personne sinon le préposé, lequel ne porte, sainement dirais-je, pas de masque. Vous connaissez ma position sur la question et vous pensez bien que, dès lors que cela ne dérange pas autrui, je n’allais pas plaquer sur mon museau ce que j’ai toujours considéré comme une aberration sanitaire, et je laisse mes clés de voiture au préposé pour aller faire une promenade.
Trois quarts d’heure plus tard je reviens pour le diagnostic. Cette fois un autre client est présent dans la pièce : une femme, masquée. Elle me lance un regard réprobateur et m’enjoins de mettre mon masque. Je lui réponds poliment que je ne pense pas que cela soit nécessaire : moi-même scientifique, je me suis renseigné sur la question auprès de sources crédibles, et hormis en salle de chirurgie il appert que le masque porté partout et en permanence n’est pas bon du tout pour la santé ; ce n’est en réalité qu’un dispositif vestimentaire permettant au pouvoir de s’assurer du degré d’obéissance de la population. La cliente me répond qu’elle ne veut rien savoir de tout cela et que je dois mettre le masque parce que c’est obligatoire. Je lui réponds que ce qui est obligatoire n’est pas forcément pertinent. De plus en plus énervée elle me rétorque qu’elle a eu le COVID. Je m’apprête donc à lui expliquer qu’a fortiori et en toute logique elle est parfaitement immunisée et ne doit plus avoir aucune crainte d’être contaminée. Mais avant que j’ouvre même la bouche je vois une lueur de panique s’allumer dans son regard, elle prend soudain son sac et quitte la pièce … en courant !
Après avoir réglé ma note avec le préposé (toujours lui et moi sans masque) je ressors de la cahute et j’aperçois la gente dame réfugiée à une vingtaine de mètres, dans le froid de l’hiver. Je lui fais un bref salut, mais en évitant de me regarder elle retourne dans l’échoppe après une grande boucle d’évitement du pestiféré.
Il est vrai que dans quelques billets de l’an dernier je m’étais montré assez virulent envers ce genre d’attitude, n’hésitant pas à qualifier ces personnes de covidiots, de moutons morts de trouille, paniquards décérébrés et autres amabilités, ce qui avait bien évidemment fait largement polémique. À juste titre d’ailleurs : je suis toujours prêt à reconnaître les excès où peuvent m’entraîner ma passion pour l’autonomie de la pensée, l’exercice de l’intelligence, et surtout la résistance à d’iniques autorités toujours plus soucieuses de contrôler chaque parcelle de nos vies en nous faisant très hypocritement croire que c’est pour notre bien. Mea culpa : je ne me permettrai plus de remarque désobligeante envers ces gens qui restent masqués là où ce n’est pourtant pas (encore) obligatoire, par exemple ceux qui circulent seuls au volant de leur voiture, qui marchent dans des rues désertes, ou encore la boulangère en face de chez moi qui m’a dit il y a deux mois qu’elle resterait masquée jusqu’à la fin de ses jours (chez qui je n’ai depuis plus remis les pieds, son pain semi-industriel étant de toute façon immonde). J’ai réfléchi, j’ai révisé mes souvenirs de biologie, me suis mieux documenté, et j’ai fini par comprendre que cette gent obstinément et irrémédiablement masquée, rassemblant sans discrimination toutes les couches sociales et intellectuelles, y compris chez des proches, amis et collègues pour lesquels j’avais et puis encore avoir de l’estime, ne pouvait pas être composée uniquement d’abrutis finis, de crétins à qui l’on pouvait faire croire n’importe quoi. J’ai compris que cette gent n’est pas seulement victime d’un pouvoir et de médias manipulateurs délivrant en permanence des consignes sadiques et délirantes, mais qu’elle est surtout et essentiellement victime d’une fonction biologique jadis sauveuse de vies, mais qui est aujourd’hui dépassée, obsolète et anachronique (sauf en temps de guerre ou de cataclysme naturel) : l’amygdala.
Petit détour donc par la biologie (et un peu Wikipedia). Le complexe amygdalien est un noyau en forme de petite amande – en latin : amygdala – situé dans la région antéro-interne du lobe temporal, en avant de l'hippocampe et sous le cortex péri-amygdalien. Faisant partie du système limbique, il est impliqué dans la reconnaissance et l'évaluation de la charge émotionnelle des stimuli sensoriels, dans l'apprentissage associatif et dans les réponses comportementales et végétatives associées en particulier à la peur et à l'anxiété. L'amygdala fonctionne comme un système d'alerte. Elle a bien entendu d’autres fonctions complexes, je simplifie donc ici à outrance, mais sa fonction première est incontestablement de décoder les stimuli qui pourraient être menaçants pour l'organisme. Elle participe essentiellement à ce que les neurologues (notamment Joseph Ledoux dans les années 1990, pionnier de ce type de recherches) appellent le « circuit de la peur ».
Or, reportons-nous 50.000 ou 100.000 ans en arrière, à l’aube d’Homo Sapiens. La vie de nos lointains ancêtres était pleine de dangers ; contrairement à beaucoup d’animaux ils n’avaient pas de crocs, pas de griffes, pas de piques, pas de poison... Ils couraient dans la savane moins vite que le lion, grimpaient dans les arbres moins vite que l'ours ou la panthère, nageaient moins vite que le crocodile... Ils étaient nus, désarmés, fragiles... Ils devaient être continuellement sur leurs gardes. Et pour cela, la sélection naturelle et l’évolution avait fabriqué dans leur cerveau un petit organisme : l’amygdala. Sa fonction était de faire réagir Homo Sapiens instantanément pour échapper au danger. Au moindre bruissement suspect dans les hautes herbes, l’amygdala court-circuitait les liaisons neuronales avec le cortex préfrontal, siège de l’intellect, de la réflexion et du langage... Ce n’était en effet pas le moment de réfléchir ou de discuter lorsque le tigre machairodus attaquait … ou que l’on croyait qu’il allait attaquer. L’amygdala a donc sauvé des millions de vies dans la préhistoire.
Mais avez-vous vu beaucoup de tigres dans nos rues de nos jours ? Non, même si de louches et peu rassurants individus traînent çà et là dans certains quartiers à risque (où les forces supposées de l'ordre sont notoirement absentes). Mais l’amygdala, elle, est toujours là... Il suffit d’engendrer la peur ou un simulacre de peur pour que l’amygdala entre en action automatique, faisant cesser en nous la réflexion, la logique, la pensée rationnelle, et nous faisant adopter un comportement moutonnier et obéissant. Quand son cerveau court-circuité par l’amygdala ne peut plus réfléchir rationnellement, l’individu est en effet soulagé qu’on lui dise ce qu’il doit faire pour survivre...
Voilà pourquoi même les individus les plus soumis à la peur pourtant extrêmement faible de mourir du Covid si on n'est pas en état de comorbidité – peur instrumentalisée par les pouvoirs et les médias complices – ne sont pas tous des abrutis, des crétins, des covidiots. Ils sont en réalité victimes :
1) d’une survivance biologique du passé qu’ils ne contrôlent pas : l’amygdala,
2/ de gens pervers et mal intentionnés qui, eux, contrôlent parfaitement l’esprit des autres par les techniques d’ingénierie sociale.
Dans un futur billet je reviendrai plus en détail sur ces techniques d’ingénierie sociale, à travers l’analyse des expériences de Milgram. On en a certes déjà beaucoup parlé sur les réseaux sociaux, mais le sujet est d’une telle pertinente et terrifiante actualité qu’on n’insistera jamais assez dessus. D’autant qu’il est curieusement porteur d’espoir pour les personnes qui, comme moi, ressentent de plus en plus durement et presque intolérablement une défaite de la pensée et des valeurs qui nous animent : toutes les expériences de Milgram et leurs variantes montrent que 10% des sujets sont totalement réfractaires aux manipulations mentales. Ceux-là seuls peuvent tenter d’éclairer, par la raison et surtout sans les brusquer, les 20% d’hésitants susceptibles de changer d’opinion (les 70% restants, totalement court-circuités par l’amygadala, étant irrécupérables).
Cette faible minorité de 10% est à première vue décourageante. Elle engage cependant à méditer et à mettre en œuvre cette phrase de Margaret Mead, anthropologue de renommée mondiale (dont je me sens d’autant plus proche qu’elle avait décroché en 1970 le prix UNESCO Kalinga de culture scientifique, lequel vient de m’être attribué cette année 2021) :
« Ne doutez jamais qu’un petit groupe de personnes peuvent changer le monde. En fait, c’est toujours ainsi que le monde a changé. »
Haut les cœurs pour 2022 !

8 décembre 2024

Vanessa Beeley, journaliste, a réussi à s'échapper de Damas...

- 8/12/2024 - Nous avons réussi à quitter la Syrie pour l'instant. Le chaos règne, le pillage, la voyoucratie et le vol. Les États-Unis et Israël approuvent cette situation, car c'est ce en quoi ils croient. Le passage de la frontière s'est déroulé dans un chaos de coups de feu, de luttes intestines et de pillages dans tous les magasins et marchés. Des terroristes à moto, des bandits armés et des criminels. Une expérience incroyablement triste. La maison a été encerclée par des "rebelles" ivres de "victoire" dès 5 heures du matin, des tirs de célébration constants et vers 10 heures, ils ont essayé d'enfoncer la porte extérieure pour piller le contenu de la maison. Tôt dans la matinée, Israël détruisait la défense aérienne de la Syrie avec des bombes de type "bunker buster". Toute la maison a tremblé. La feuille de route de la CIA est toujours la même. La Résistance est brisée et je doute qu'elle puisse renaître, mais les mercenaires extrémistes à la solde d'Israël vous diront qu'ils "soutiennent la Palestine". Allez-y, vous êtes à la frontière.

19 juillet 2024

Radu Portocala

18/7/2024 - Prison de Sighet, à l’extrême nord-ouest de la Roumanie. La seule parmi les centaines ouvertes par le pouvoir communiste à avoir fonctionné sous un nom de code : Dunărea (le Danube). La seule qui n’apparaissait pas dans les documents du ministère de l’Intérieur. Arrivés là-bas, les détenus cessaient d’exister. Ils y étaient pour mourir et pour passer dans l’oubli.
Deux cents dignitaires de l’ancien régime – la plupart arrêtés dans la nuit du 5 au 6 mai 1950 – y ont été enfermés sans jugement, sans condamnation. Mon grand-père, ancien ministre libéral (et, entre autres, officier de la Légion d’honneur) était du nombre. Il venait de subir une très lourde intervention chirurgicale.
Aucun n’avait moins de 50 ans. Leurs âges allaient de 60 à 80 ans. Le plus vieux d’entre eux, Dinu Brătianu, ancien premier-ministre libéral, avait 83 ans au moment de l’arrestation. Ils subissaient tous une sorte d’exécution lente. Il fallait les exterminer par la faim, le froid, la maladie. Lorsqu’ils mouraient, deux gardiens traînaient leurs corps dans les couloirs et les escaliers, enlevaient leurs couronnes dentaires en or, s’ils en avaient, les chargeaient la nuit venue sur une charrette et les enterraient nus, sans cercueil dans des tombes restées à jamais anonymes.
En général, on cherchait à les isoler dans des cellules individuelles de manière à ce qu’ils ne sachent jamais qui étaient leurs co-détenus. Il n’y avait que quelques cellules communes. Mon grand-père était dans l’une de celles-ci. Un jour, il fut surpris par l’un des gardiens au moment où il tentait de regarder par la fenêtre – ce qui était rigoureusement interdit. On l’amena dans la cellule de punition, dite « la noire » parce que les détenus y étaient enfermés dans l’obscurité totale, enchaînés au sol couvert d’eau froide. Mais cette simple mesure d’isolement ne suffisait pas. Il y fut battu à mort. Le soir, un gardien ouvrit la trappe de la porte et jeta dans la cellule sa chemise ensanglantée. La nuit, ses co-détenus entendirent la charrette qui s’éloignait.
Jean-Luc Mélenchon et ses amis, ceux à qui Emmanuel Macron a donné l’occasion de s’agiter maintenant, à l’ombre de leurs drapeaux rouges, en bas des marches du pouvoir, sont les héritiers de ce que je viens de raconter. Ils sont les héritiers du premier secrétaire du parti communiste qui avait décidé que ces morts étaient nécessaires ; ils sont les héritiers du ministre de l’Intérieur qui avait signé les ordres d’arrestation ; ils sont les héritiers du commandant de la prison qui représentait la lutte contre l’ancien monde ; ils sont les héritiers du gardien qui a battu mon grand-père jusqu’à ce qu’il rende l’âme. Ils sont les héritiers directs d’un vaste et monstrueux système fait d’idéologues criminels, de délateurs, d’enquêteurs, de tortionnaires, de gardiens cruels, de fossoyeurs nocturnes. Et ils n’existent que parce que l’Occident a refusé de juger le communisme comme il a jugé le nazisme. Cette honte ne sera jamais effacée.

Cellule « la Noire » de la prison de Sighet

25 avril 2024

Radu Portocala

Confessions sur l’écrit (V)

En juillet 1977, je quittai précipitamment la Roumanie. Suivaient cinq années en Grèce, et une double peine : ne pas parler la langue, au début ; la parler assez mal, ensuite, pour ne pas pouvoir dire tout ce que je voulais dire. Analphabète, en plus, incapable d’écrire plus que mon nom.
L’arrivée en France, en 1982, fut donc, avant tout, la libération de la parole. Né dans une famille francophile et francophone, je parlais le français depuis l’enfance. J’étais chez moi.
Il m’a fallu, cependant, attendre deux ans avant d’oser écrire une poésie en français. Le changement de langue est une chose, un bouleversement, une renaissance – je ne sais pas quel est le mot juste – incroyable. Vous devenez, soudain, un autre. Votre pensée change. Les mots que vous employez ne sont pas de simples traductions. Vous avez du mal à vous reconnaître. J’ai compris alors que nous sommes faits par la langue que nous utilisons, et qu’en passant à une autre, nous subissons une métamorphose profonde. C’est un enracinement – et le plus fort qui soit.
Pendant longtemps, j’ai écrit en roumain et en français, peut-être en fonction de ce que je voulais dire. Mais, avec le temps, écrire en roumain a cessé d’être un plaisir. J’ai donc abandonné la langue avec laquelle je suis né. Les vieux manuscrits, je vais les traduire – car on n’est jamais aussi bien trahi que par soi-même. Il y a encore deux ou trois projets politiques et historiques, trop avancés pour qu’ils soient abandonnés, et qui seront un jour publiés en roumain, mais à mon compte.
En 1989, heureux de ma mue linguistique, j’ai voulu publier un recueil de poésie. Je demandai conseil à Cioran (pour qui toute idée de publication était à bannir). Il me conseilla néanmoins deux éditeurs. J’envoyai mon manuscrit et, trois mois plus tard, faute de réponse, j’accomplis l’acte héroïque d’appeler. L’un avait fait faillite depuis un bon moment ; l’autre me dit que tout ce qu’il recevait par la poste allait directement à la poubelle. Seul, il n’avait pas le temps de lire tout ce que des inconnus lui envoyaient. Comment ne pas le comprendre ?
Je n’ai plus rien tenté depuis ce temps lointain. Maintenant, ce silence prendra peut-être fin. Mes mots arriveront peut-être à trouver refuge entre des couvertures. Un peu plus de cinquante ans que j’attends cela.
(Fin)
Radu Portocala

Confessions sur l’écrit (IV)

Une nouvelle expérience avec la censure, deux ou trois ans plus tard, aussi mauvaise que la première, me donna la certitude que je n’allais jamais pouvoir passer à travers ces barreaux. Je me trompais.
En 1973, je m’adressai à la nouvellement créée Cartea Romaneasca (Le Livre roumain – nom qui avait été, avant-guerre, celui de la plus grande maison d’édition de Roumanie). Je retrouvai Mircea Ciobanu, muté entre-temps dans ce nouveau sanctuaire du livre, il accepta le manuscrit que je lui proposais et lui fit prendre la voie habituelle.
L’attente fut longue, comme d’habitude, mais j’appris, au bout du compte, que la censure n’avait émis, cette fois, aucune protestation. Je pouvais être publié.
Je fus invité dans le bureau du rédacteur-en-chef, qui me félicita très cordialement. Il s’appelait Mihai Gafita. Eu roumain, son nom de famille est le diminutif de « gaffe », et parmi les gens qui le détestaient, on disait qu’il était à ce point minable qu’il n’avait même pas pu être une gaffe entière.
Nous étions là, de part et d’autre de sa table de travail, tous les deux debout, et il me souriait aimablement.
« Il reste un petit détail », me dit-il. « Monsieur le directeur vous demande de prendre un pseudonyme. »
Le directeur de la maison d’édition, l’écrivain Marin Preda, passait pour un grand dissident pour avoir publié un roman qui contenait quelques allusions que d’aucuns avaient considérées comme très virulentes, mais qui, pourtant, avaient reçu la bénédiction d’une censure qui ne fermait jamais les yeux.
« Je sais que mon nom est ridicule. Mais c’est mon nom. Et c’est tout ce que j’ai. »
« Mais il ne s’agit pas de cela », me rassura immédiatement Gafita. « C’est, voyez-vous, la connotation historique qui est gênante. »
Cette « connotation historique », c’était mon grand-père qu’ils avaient tué en prison. Porter son nom n’était pas une bonne chose. Cela pouvait salir la réputation de la maison d’édition, de son héroïque directeur et du lamentable rédacteur-en-chef.
Je lui dis d’aller se faire pendre. (En fait, c’était beaucoup plus imagé que cela, la langue roumaine offrant de très vastes possibilités dans le domaine de l’injure.) Je pris mon dossier, qui se trouvait sur la table, entre nous, et me dirigeai vers la porte.
« Vous n’avez pas le droit d’emporter le manuscrit ! » cria Gafita.
En effet, une fois passés par la censure, qui apposait sur chaque page un tampon appelé « visa T », il était rigoureusement interdit de sortir les manuscrits d’entre les murs des rédactions. J’accélérai le pas, avec le résultat ridicule que Gafita courut après moi jusque dans la rue, vociférant : « Camarde Portocala, rendez-moi le dossier ! » Il ne réussit pas à m’attraper.
La question de la publication ne se posait plus. J’en étais définitivement dégoûté. J’ai, d’ailleurs, et pendant plusieurs années après cette triste mésaventure, très peu écrit. Avec, chaque fois, un désagréable sentiment d’inutilité.

24 avril 2024

Radu Portocala

Confessions sur l’écrit (III)

Ces coups bas du sort me firent croire que je portais malheur aux éditeurs et, principalement, aux directeurs des maisons d’édition.
Avec cette idée en tête, je revins sur mes pas et m’adressai à ceux qui, dès le début, auraient pu me publier. J’eus affaire à un éditeur qui, avec le temps, est devenu une sorte d’ami, Mircea Ciobanu. Il lut mon manuscrit devant moi, l’accepta sur-le-champ, et m’expliqua ce qui allait suivre : le rédacteur-en-chef devait, lui aussi, donner son accord – ce qui, à ma grande joie, se passa les jours suivants –, puis le dossier (mes textes accompagnés des référés des éditeurs) allait être envoyé à la Direction générale de la Presse et des Imprimés, nom pudique de la censure.
Au bout de deux ou trois mois, le manuscrit revint sur le bureau de Mircea Ciobanu. Et il n’était pas en bon état. Des poésies avaient été tout simplement supprimées, pour d’autres on demandait des modifications. (J’ai publié ici, il y a plusieurs mois, un texte sur cette infernale institution.) Des années plus tard, j’appris que les censeurs se faisaient un devoir de signaler aux « organes compétents » tout auteur dont ils avaient trouvé que les écrits ne correspondaient pas aux normes en vigueur (ou « n’étaient pas sur la ligne », selon l’expression consacrée).
Ciobanu, qui voyait de telles choses tous les jours, me conseilla d’obtempérer. Je refusai. L’avenir me paraissait se dessiner assez clairement.
À la même époque, je commençais à fréquenter ce qui s’appelait « le monde culturel » – écrivains, peintres, sculpteurs –, monde étrange, fait en partie de gens qui attendaient vainement d’être publiés ou exposés. Nous nous rencontrions dans les ateliers des plasticiens ou dans des estaminets infestés par une éternelle puanteur de mauvais tabac froid et d’alcool. Tous buvaient. Beaucoup. Je commençai à faire circuler mes manuscrits, ce qui, bien entendu, n’était pas autorisé.
Porter un nom étrange (Portocala, en roumain, signifie orange), qui est, en plus, celui d’une seule famille, constitue un désavantage de taille dans un pays où on vous a tout le temps à l’œil. Mais, d’un autre côté, les gens le retiennent immédiatement, vous connaissent et vous reconnaissent facilement. C’est une situation étrange de vous entendre dire : « Je sais qui vous êtes », alors que vous n’avez jamais rien publié. Et c’est aussi une satisfaction, qui n’est, cependant, pas dans l’ordre normal des choses. Et qui ne vaut pas celle de tenir entre ses mains un vrai livre, sentant bon l’encre neuve. (Il y a, en roumain, une expression qui me plaît et m’émeut beaucoup : on dit qu’un livre « a vu la lumière de la typographie ».)

21 avril 2024

Radu Portocala

Confessions sur l’écrit (II)

« Phœnix » – tel était le nom de la revue qu’éditait mon lycée – me prit comme collaborateur permanent, ce qui explique un appel que je reçus après la parution du deuxième ou troisième numéro. Le père d’un de mes amis, homme influent politiquement et avec beaucoup de relations dans le monde culturel, me félicitait et voulait savoir si j’avais pensé à la publication d’une plaquette. J’ai toujours aimé ce mot qui ne s’emploie plus de nos jours ; un livre de poésie ne peut, à mon goût, être que fin.
C’était, lui ai-je répondu, une chose à laquelle, bien entendu, je rêvais depuis un moment. Il me promit, donc, d’organiser une rencontre avec le poète Ion Banuta (Bănuţă en roumain) qui dirigeait la seule maison d’édition de Bucarest qui, à l’époque, publiait de la littérature. Quelques jours plus tard, il me communiquait la date qui avait été fixée. Dans un état d’exaltation absolue, je fis de nouveau marcher la machine à écrire Erika et préparai le dossier que j’allais présenter.
Cependant, la veille du jour tant espéré, Banuta fut licencié. Il venait de faire paraître une anthologie de poésie surréaliste roumaine dans laquelle, subrepticement, sans en avoir reçu l’autorisation, il avait inséré plusieurs vieilles productions de deux écrivains honnis par le régime pour leurs options politiques d’avant-guerre. Ainsi, mon aventure éditoriale prenait fin avant même d’avoir commencé.
Quelques mois plus tard, grâce à des amis qui tenaient une sorte de salon littéraire, je fis la connaissance de Dinu Pillat, écrivain distingué qui sortait de prison, où il avait passé plusieurs années, condamné en 1958 dans le cadre du « procès Cioran-Noica ». (Cioran n’a pas besoin d’être présenté ici ; ses écrits, interdits en Roumanie, avaient été distribués dans un cercle restreint par l’un de ses vieux amis, le philosophe Dinu Noica, ce qui avait donné lieu à plusieurs dizaines de lourdes condamnations.) Pillat proposa de me présenter à Vladimir Streinu, critique littéraire unanimement respecté, qui venait, lui aussi, de sortir de prison après une longue détention.
La rencontre, par sa solennité, me fit penser à une sorte de messe. Assis dans un lourd fauteuil sculpté, entouré de quelques-uns de ses fidèles qui se tenaient debout, Streinu, bel homme de haute taille et d’une rare distinction, lut me poésies en silence. Soudain, il revint en arrière, relut et, s’adressant à l’assistance, dit : « Écoutez ! » Et il se mit à lire à voix haute, lentement, reprenant certains mots. Plus tard, Dinu Pillat allait me dire : « Je ne l’ai jamais vu faire ça. »
« Il faut vous faire publier ! » décida finalement Vladimir Streinu. Et prenant un papier, que j’ai encore, jauni et fatigué, il écrivit : « Je recommande ce manuscrit, de manière particulièrement chaleureuse, au camarade confrère (sic !) Virgil Teodorescu. » Ancien poète surréaliste, devenu adepte obéissant du proletcultisme, Virgil Teodorescu dirigeait la maison d’édition d’où avait été évincé Ion Banuta. Mais ce que nous ignorions tous au moment où le mot d’introduction était rédigé, c’est que, quelques jours plus tôt, il avait été muté à la tête d’une maison d’édition qui ne publiait que des traductions de littérature étrangère. J’allais le découvrir dès le lendemain.
Je devais continuer à me contenter de l’accueil que me faisait « Phœnix », puisque j’étais encore élève.

20 avril 2024

Radu Portocala

Confessions sur l’écrit (I)

Il y a exactement cinquante-cinq ans, en juillet 1965, par un après-midi qui ne s’annonçait en rien différent des autres, j’ai soudain senti plutôt que je ne l’aie entendue une voix cachée en moi qui me dictait une poésie. Secrètement, avec un vague sentiment de gêne, je l’ai confiée au premier bout de papier que j’ai trouvé et l’ai dissimulée parmi mes affaires de classe.
À mon grand étonnement, d’autres sont venues s’y ajouter. Je les copiai patiemment dans un grand cahier aux couvertures grises, incapable de savoir ce que je devais en faire.
Vint ensuite, à l’école, une composition libre qui nous était demandée par la professeur de roumain. C’était en hiver. J’avais fait, avec mon père, une promenade dans la forêt qui bordait Bucarest vers le Nord. Enfermé dans la cuisine, j’ai écrit ce que j’avais vu.
Le lendemain, on me fit lire à haute voix mon texte. J’étais terrorisé, mes mains tremblaient, j’articulais avec peine. Mais je notai, tout de même, qu’un grand silence était descendu dans la classe et que deux filles – je me rappelle encore le nom de l’une d’entre elles – avaient commencé à pleurer.
Ma composition fit, par la suite, le tour de la classe. Mes camarades l’amenaient à la maison pour la montrer à leurs parents, qui appelaient les miens les félicitant chaleureusement.
Quelques mots seulement de ce texte sont restés dans ma mémoire. (Ma mère a dû le conserver, et il se trouve probablement dans les papiers que j’ai récupérés après sa mort. Mais je pense qu’il vaut mieux ne pas le relire.) Je me souviens, en revanche, du plaisir que j’ai eu à l’écrire. Et je constate qu’après toutes ces années, ce plaisir est toujours là, chaque fois que j’enchaîne des mots. J’aime penser à l’écriture comme au travail solitaire d’un artisan dans son vieil atelier.
L’expérience qu’a été la lecture de cette composition m’obligea à avouer que j’écrivais déjà depuis quelque temps. La vieille machine à écrire Erika – sur laquelle mon père avait tapé, en 1944, le texte d’un accord politique majeur entre le roi Michel et les partis qui souhaitaient la fin de la guerre – me servit à copier le contenu du cahier gris.
Très peu de temps après, mon lycée commença à éditer une petite revue littéraire à usage interne. On me demanda d’y publier quelques poésies. Ce fut mon début – en réalité, le premier d’une assez logue série de débuts, qui semble ne pas s’être encore arrêtée. Cela rajeunit, certes, mais c’est plutôt déconcertant. Je me dis parfois que la mort sera mon dernier début, et le seul vrai.

11 avril 2024

Adriana Kezaco

Les emmerdeurs et la racaille n'ont pas droit de séjour dans les grandes villes russes. C'est pareil que ce soit à Moscou, Saint-Pétersbourg, Ekaterinbourg, Krasnodar, Smolensk, Novossibirsk et j'en passe.
Le premier qui joue au con le paie très cher. Violences égal direction la tôle et sans sursis. C'est tolérance zéro pour les cons et ça paie !
Ici c'est l'inverse. Je me souviens quand j'étais sur Paris 20ème. J'avais deux potes au commissariat, un lieutenant et le major qui faisaient équipe comme OPJ de nuit. De temps en temps, j'allais les voir au boulot. Un soir j'appelle pour savoir si je peux passer, histoire de se taper un gâteau breton et du café.
"Amène-toi c'est relativement calme."
Bref je débarque vers 22h et je demande "quoi de neuf ce soir ?".
"Bah, deux connards rue des Pyrénées qui s'en sont pris à deux jeunes femmes, vol à l'arrache de sac et de téléphone avec coups et blessures, sont en GAV on attend les victimes pour un tapissage, histoire d'avoir un flag en bonne et due forme et les envoyer au trou."
Les deux victimes arrivent et passent au tapissage derrière une vitre sans tain. Les agresseurs sont nommés sans le moindre doute. Mon pote se frotte les mains, rédige son PV d'audition et le faxe au magistrat de permanence.
Sur ce on se tortore le gâteau.
Dring, coup de fil du parquet. Je vois mon pote tirer une sale tronche, raccroche. "Ah ? problème ?" je demande.
"Tu sais quoi, les deux Tunisiens en question on les remet en liberté parce qu'avec les événement actuels faut pas faire de vagues !"
Quoi ?
"Oui, t'entends bien, on les relâche et je vais dire quoi aux deux filles moi ? Que les auteurs sont de nouveau dans la rue et peuvent les tabasser demain encore !
Des fois je me demande si ça sert à quelque chose d'être flic dans ce système de merde."
Écœuré le lieutenant, le major dit "heureusement la retraite c'est bientôt, on sert à rien ici".
Voilà, ça c'est la France. Et j'invente rien !
Tolérance mon cul et voilà où ça mène ce dépotoir hexagonal. C'est pour ça que je n'y crois plus entre autres choses et que je dis que ce pays est fini.

12 mars 2024

Je sais ce qu’est la délation

Radu Portocala

12/3/2024 - Je sais ce qu’est la délation. J’ai été amplement dénoncé. On a rapporté à la police politique de Roumanie, la Securitate, des propos que je n’avais pas tenus. D’autres ont été amplifiés, afin qu’ils correspondent aux besoins du dossier et de l’enquête. On a raconté des choses que je n’avais pas faites. On a donné à d’autres une interprétation et une importance qu’elles n’avaient pas. Si le gouvernement grec d’alors n’avait pas entrepris une action très forte - à laquelle aucun autre gouvernement n’aurait consenti -, j’allais, partant de ses inventions et exagérations, être jugé pour « haute trahison ». Cela m’aurait assuré 20 ou 25 ans dans leurs geôles.
Dans les notes qui préparaient un livre jamais écrit j’écrivais que le délateur est l’avant-garde du bourreau. Certes, on peut donner au bourreau toutes sortes de visages et toutes sortes d’habits - il reste, en essence celui qui, d’une manière ou d’une autre, persécute.
Il m’est arrivé de rencontrer deux anciens bourreaux de la Securitate - nommés pudiquement dans le langage administratif enquêteurs. Je n’oublierai jamais leurs yeux, leur visage, leurs mains.
Et j’ai connu beaucoup de délateurs. Ça peut sembler curieux de pouvoir les identifier, mais ce n’est pas une impossibilité. Quelqu’un raconte à une connaissance un mensonge, puis, à l’interrogatoire, il découvre que le mensonge figure dans son dossier. D’autres étaient connus presque de tout le monde, cependant, ils trouvaient encore quoi rapporter.
Des femmes dénonçaient leurs maris ou des maris dénonçaient leurs femmes ; des adolescents dénonçaient leurs parents ou leurs camarades d’école ; des collègues de travail se dénonçaient entre eux ; des amis de toujours dénonçaient leurs amis.
La délation est probablement la forme la plus sale de traîtrise. Le délateur, lui, est un être misérable, sans conscience, qui cherche à nuire, en échange de quoi il aura, peut-être, quelques mesquins avantages. Pour atteindre ses buts, peu lui importe d’inventer ce qu’il n’a pas entendu ou vu. Son obscure mentalité vaudrait sans doute une étude psychologique.
Lorsque le phénomène de la délation prend de l’ampleur, la société tombe malade à la fois de la méfiance et de la peur. On ne sait plus à qui on peut parler sans danger, on vit dans la crainte d’avoir dit un mot de trop.
C’est cette société que veut construire le parti d’Emmanuel Macron, sans doute avec sa bénédiction. Pour notre bien - comme on vous explique toujours en régime totalitaire. Pour l’hygiène morale. Et sans même avoir le courage de le dire, les ordures sont invitées à dénoncer. Le bien s’appuie donc sur les ordures, c’est sur les ordures qu’Emmanuel Macron et les siens veulent construire la société pure et juste de leurs rêveries malsaines.

6 février 2024

Annelise Bocquet
Docteur en Biologie Santé, enseignante d'hématologie/immunologie.

Moi, je voulais juste... vivre. Et gagner ma croûte... faire vivre ma famille !

Comme bon nombre de soignants injectés anti-covid et qui souffrent d'effets indésirables... pris pour des rats de laboratoire.
Vous parlez des soignants suspendus avec 3 ans de retard. Combien de temps allez-vous mettre pour parler des effets indésirables ?

Des cas de myocardites, péricardites, pemphigoïde bulleuse, d'atteintes neurologiques et dégénératives, des cancers, des troubles gynécologiques... des troubles de la coagulation et des morts ? Car oui, il y a eu des morts... et il y a aussi des "morts vivants". Vous savez, des personnes qui ne peuvent plus bouger car elles souffrent le martyre. Qui ne peuvent plus "gagner leur croûte", enfermées dans un corps qu'elles ne reconnaissent plus et qu'elles ne maîtrisent plus.

Alors, moi, je voulais juste... vivre. Et aujourd'hui, je le paie très cher.

J'ai une pensée pour les soignants suspendus. Ils ont vécu l'enfer... et je pèse mes mots. La mort sociale, l'opprobre, les humiliations... ils ont tenu bon avec une détermination qu'il faut saluer.

Mais j'ai aussi une pensée pour les soignants qui ont injecté ces produits anti-covid... il y en a qui s'en mordent les doigts. Une culpabilité terrible à porter... c'est aussi à ces soignants-là que vous devez vous intéresser... les repentis.
Eux aussi, on leur a menti, on les a manipulés avec une drôle d'éthique et de l'argent pour endormir les doutes. "Vous allez sauver des vies" qu'ils ont dit. Ouai... c'est ça... et combien va-t-on en bousiller ?

Aujourd'hui encore, les médecins généralistes suivent les recommandations des "sociétés savantes"... des erreurs médicales énormes sont faites mais tout va bien. Depuis quand la médecine se pratique sur décret ? Depuis quand les médecins ont arrêté de s'intéresser aux malades et d'analyser les cas ?
Intéressez-vous aux sociétés savantes et à ceux qui les dirigent... vous seriez surpris du taux de corruption et de malversations, des conflits d'intérêt et politiques.

Sur ce... moi, je voulais juste... vivre !
Comme beaucoup de Français et d'âmes sur cette Terre... tout ce que nous voulons, c'est vivre.


16 janvier 2024

Catherine Gaillard

Ah, ça fait peur, on aimerait enfouir ça parce qu'on a l'impression que ça ne nous concerne pas directement, c'est eh bien c'est un leurre, nous devons TOUS absolument regarder la vérité en face ; vous l'avez peut-être compris, je vis dans une cité HLM qui est en train de devenir depuis une grosse dizaine d'années un tiers-monde, j'ai déjà partagé à plusieurs reprises des photos : poubelles, voitures, arbres brûlés, chips, emballages gras, macdo, bouteilles, canettes au sol, alors qu'il y a des poubelles tous les 10 m, bagnoles et quads traversant à toute pompe l'ère de jeux des enfants, motos et voitures volées à demi cramées dans les coins pour masquer les immatriculations, j'ai raconté les trafics de drogues (trois meurtres, pardon, ASSASSINATS, l'été dernier, deux par balles, un par couteau), les choufs postés dès la sortie du métro depuis... des années (ils ont juste remisé les banquettes et les fauteuils, un peu trop ostentatoires) !!!
Et je vous ai raconté toutes les "anecdotes" révélatrices ; mais je ne raconte pas tout, sinon mon mur FB ne servirait plus qu'à ça. Dernier exemple : avant-hier, promenant mon chien de poche - chihuahua - je croise un homme encapuchonné qui marchait lentement en psalmodiant. Il ramasse un bâton et me dit de m'éloigner "car il est propre, il fait ses 5 prières". Comme je réponds que moi aussi je suis propre, il me dit que "non, parce que si je regardais dans ta culotte il y a des virgules" (voyez les obsessions). Il continue en évoquant "la loi française qui oblige à tenir son chien en laisse". Comme je lui conseille, puisque je suis selon lui contrevenante, d'appeler la police, il finit par me menacer : "non j'appelle pas la police, j'appelle quelqu'un qui va venir te casser la gueule" (il imagine donc que la loi française l'autorise à proférer des menaces de violences sur la voie publique). Bon, ma fille m'a appelée à ce moment précis et j'ai mis fin à "l'échange".
Alors bien sûr, un de mes enfants n'a pas reçu une décharge de kalach en plein visage pendant qu'il était dans sa chambre, personne chez moi n'a été tué par une balle perdue alors qu'il était dans son lit en plein sommeil, mais ce n'est dû qu'au bon vouloir de la Providence... Hier, un homme d'origine africaine assis sur un banc, les yeux dans le vague, avec son portable à fond, une bouteille de rosé à demi vidée près de lui... penser à ne pas passer par là au retour. Vous voyez l'ambiance ? Tous les logements sociaux, toutes les cités populaires, seront-ils bientôt complètement uniquement investis par ce genre de population ? À simple vue d'œil ça en prend la tournure.

20 décembre 2023

Le Salut d'un Officier Allemand

« Je suis un médecin français juif. Au tout début de juin 1942, j'étais à Paris, sous l'occupation allemande. J'ai donc porté l'étoile jaune, comme m’y contraignaient les lois de Vichy.
Un après-midi vers trois heures, avenue Kléber, alors que je sortais de la librairie "Au Sans Pareil", où j'avais un abonnement de lecture, j'ai aperçu un officier allemand. Il marchait dans ma direction. Arrivé à ma hauteur, il a fait le salut militaire. Puis, il a poursuivi son chemin. J'ai regardé autour de moi : l'avenue était déserte ! Cet événement m'a bouleversé. Et je me suis longtemps interrogé sur la signification de ce geste.
Aujourd'hui, j'ai quatre-vingt onze ans. Plus de cinquante ans après, j’ai relaté cet épisode dans une brève histoire de ma vie que j’ai écrite à l'intention de mes enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. De bouche à oreille, l’anecdote a fait le tour de la famille jusqu’à ce jour d’avril dernier, où un de mes petits-neveux m’a appelé. Mon histoire lui évoquait un passage du “Journal parisien” d’Ernst Jünger, le grand écrivain allemand, héros de la guerre de 14, affecté à Paris, en juin 1942, comme officier de la Wehrmacht. J'ai aussitôt pris connaissance de ce journal.
C'est ainsi que le 7 juin 1942, il écrit :
“J'ai croisé pour la première fois, rue Royale, un groupe de trois jeunes filles qui portaient l'étoile jaune ... et je me suis senti aussitôt gêné de porter l'uniforme”.
Après cette lecture, j’ai eu envie de raconter mon histoire à Ernst Jünger. M’étant assuré qu'il était encore en vie, j’ai prié son éditeur de la traduction française, Christian Bourgois, de bien vouloir lui transmettre une lettre. Il l’a fait avec diligence, tout en me prévenant qu’Ernst Jünger était un monsieur de cent ans, qui recevait beaucoup de courrier !
Je ne m’attendais donc guère à une réponse, quand, il y a quelques semaines, j’ai reçu une carte de Jünger, écrite en français. J'y apprends que l'officier allemand qui m’a salué, il y a cinquante-quatre ans, avenue Kléber, c’était lui ! Voici le texte même de sa réponse : “Cher Monsieur, vous m'avez vu rentrer dans la librairie de madame Cardot, amie à moi (juive), avenue Kléber. Bien à vous, Ernst Jünger.
P.S. : J'ai toujours salué ‘l’Étoile’.”
Aujourd'hui je suis très heureux de pouvoir saluer à mon tour celui qui, en cette période noire, m'avait redonné, un instant, espoir en l'Homme. »
Lettre de Monsieur le Dr. Germain Sée envoyée au Monde le 12 août 1996 (rubrique “Courrier des lecteurs”).