Translate

30 décembre 2022

PELÉ, INTERMÈDE FUNÈBRE

Gabriel Nerciat

Au XIXe siècle, le premier siècle démocratique de l'histoire de l'Europe, les peuples pleuraient la mort de Pouchkine, de Verdi, de Wagner, de Victor Hugo.
Mais il est vrai que ces foules endeuillées étaient surtout nationales : elles célébraient la vie et l'œuvre des génies artistiques qui avaient su mettre en mots ou en musique la représentation de leur propre émancipation collective.
Aujourd'hui, à l'heure de la mondialisation post-démocratique, les masses pleurent Pelé, Maradona, peut-être aussi Mohamed Ali, d'un continent à l'autre.
Le sport est devenu la dernière religion internationale capable de susciter une émotion planétaire de quelque intensité.
On peut certes y voir une régression (le sport ne porte aucune émancipation collective d'aucune sorte, et s'il touche le maximum de gens, c'est d'abord par la simplicité rudimentaire des actes et des moyens qu'il met en œuvre), mais peut-être aussi un intermède dont nous vivrons bientôt la fin.
Déjà la boxe ne suscite plus les mêmes enthousiasmes qu'il y a un demi-siècle, et on peut gager que Mike Tyson ne connaîtra pas, en Amérique ou en Afrique, les mêmes funérailles grandioses que Mohamed Ali.
Les foutboleurs aussi un jour seront sans doute détrônés.
D'autant qu'ils se ressemblent de plus en plus : la mort de Pelé, c'est un peu celle d'Achille qui aurait survécu trop longtemps à la guerre de Troie.
Donc, il faut s'y faire : le pire n'est pas encore advenu, et le mausolée en or et en diamants de Kim Kardashian ou de Mark Zuckerberg n'est pas encore sorti des limbes du futur.
Ne nous en plaignons pas.