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14 mars 2026

Gastel Etzwane

Europe : spectatrice d’un conflit qu’elle subit mais qu’elle ne comprend même plus


Les informations rapportées par Axios à propos de l’échange entre Donald Trump et les dirigeants du G7 illustrent, une fois encore, l’effacement presque complet des dirigeants européens dans le jeu stratégique mondial. Officiellement, ils « demandent » au président américain de mettre fin rapidement à la guerre contre l’Iran et de rouvrir le détroit d’Ormuz ; dans les faits, ils apparaissent surtout comme de simples spectateurs d’une décision qui leur échappe entièrement. La situation est d’autant plus révélatrice que le président français lui-même a reconnu ne pas avoir été informé à l’avance d’une attaque majeure contre l’Iran, aveu extraordinaire qui mesure l’absence d’influence des capitales européennes sur les décisions américaines.
Ce contraste est d’autant plus frappant que, quelques mois plus tôt, certains de ces mêmes dirigeants prétendaient constituer une sorte de coalition morale face aux prétentions impériales de Donald Trump au Groenland. Cette posture paraît aujourd’hui bien lointaine : l’Europe ne pèse plus guère qu’en supplétif lorsque Washington le souhaite, et demeure ignorée lorsque les décisions essentielles sont prises.
Il faut ajouter que nombre de ces responsables européens ont été formés dans les réseaux internationaux de type Young Global Leaders, ce qui explique sans doute leur difficulté manifeste à penser une politique véritablement indépendante. Leur horizon stratégique demeure largement aligné sur celui des États-Unis, au point que la notion même d’intérêt national ou d’autonomie européenne semble avoir disparu de leur vocabulaire politique. Autrement dit, ils semblent incapables de se concevoir comme des dirigeants de puissances stratégiques souveraines.
Ce manque d’indépendance apparaît particulièrement absurde au moment même où la situation énergétique et géopolitique offrirait à l’Europe une occasion historique de redéfinir ses alliances. Au lieu d’explorer une normalisation stratégique avec la Russie, qui permettrait de sécuriser à nouveau l’approvisionnement énergétique du continent et d’affirmer une autonomie vis-à-vis de Washington, les dirigeants européens continuent de s’inscrire dans une logique de dépendance politique et stratégique.
L’incohérence apparaît de manière encore plus flagrante lorsque les dirigeants européens se plaignent auprès de Washington que la guerre permette à la Russie d’écouler à nouveau une partie de son pétrole. Ils reprochent au président américain d’accorder des dérogations permettant l’achat de certaines cargaisons russes, mais restent incapables d’en tirer la moindre conclusion stratégique pour eux-mêmes. Au lieu de venir se lamenter auprès de Washington comme des enfants à qui l’on refuserait quelque chose, ils pourraient tout simplement saisir l’occasion pour reprendre eux-mêmes, sans tarder, des approvisionnements énergétiques russes vers l’Europe et affirmer ainsi une véritable indépendance. Mais non : ils demeurent enfermés dans le schéma ukrainien, pourtant largement façonné par les États-Unis eux-mêmes, dont ils semblent incapables de sortir.
Dans le même temps, le discours américain apparaît lui-même de plus en plus incohérent. Un jour, Donald Trump affirme que l’Iran est « déjà vaincu » et proche de la capitulation ; le lendemain, l’administration américaine laisse entendre que la campagne pourrait durer. Les responsables américains multiplient les déclarations contradictoires, comme s’ils évoluaient dans un scénario de film ou de jeu vidéo, tandis que la réalité militaire contredit régulièrement leurs annonces : la guerre devait durer quelques jours, elle entre déjà dans sa deuxième semaine ; les défenses iraniennes continuent d’opérer ; et la situation dans le détroit d’Ormuz reste loin d’être stabilisée.
Dans ce contexte de plus en plus explosif, l’attitude des dirigeants européens apparaît non seulement impuissante, mais profondément dérisoire. Au lieu de profiter de la confusion stratégique américaine pour affirmer une véritable indépendance politique, énergétique et diplomatique, ils se contentent d’observer les événements et de formuler des requêtes sans portée réelle. L’histoire retiendra peut-être que, face à une Amérique de plus en plus imprévisible et à un monde en recomposition rapide, l’Europe aura manqué une occasion historique de redevenir un acteur souverain. Une occasion manquée de plus, et, à ce stade, une attitude qui confine désormais au pitoyable.

19 février 2026

François-Xavier Bellamy
19/2/2026


Quelques enseignements après la lecture du rapport d’EDF sur la modulation, gardé secret jusqu’à cette semaine. Pourquoi ce sujet est-il si sensible et crucial, malgré son aspect technique ? Parce qu’il suffit à montrer l’absurdité coupable d’une politique qui continue, avec la PPE3 tout juste adoptée, de financer massivement l’ajout sur notre réseau d’énergies renouvelables intermittentes.
Pendant plusieurs décennies, notre mix électrique a reposé sur la complémentarité du nucléaire et de l’hydroélectricité, assurant longtemps à la France l’énergie la plus compétitive et décarbonée d’Europe. La plus stable aussi : ces sources d’énergie combinées savaient « moduler », c’est-à-dire adapter leur puissance en fonction des besoins, pour équilibrer le réseau. François Hollande et Emmanuel Macron ont rompu avec cet héritage en promettant de baisser la part de l’énergie nucléaire dans l’électricité française. Pour y parvenir, le projet poursuivi depuis près de quinze ans a consisté à déployer massivement des énergies renouvelables, éoliennes et panneaux solaires, en investissant des montants considérables d’argent public. Au nom d’un seul dogme : les renouvelables produisent une énergie « verte » qui répondra à l’augmentation des besoins.
Problème : loin des projections utopiques cultivées à Paris, la demande en électricité tourne plutôt à la baisse… L’effet brutal de la désindustrialisation du pays, additionné à des politiques d’incitation au gaz promues par ces mêmes dirigeants qui plantaient des éoliennes partout. Résultat : avec un trop-plein d’électricité renouvelable qui s’ajoute toujours chaque année au réseau, nos centrales doivent désormais moduler, non plus pour suivre les besoins des Français, mais pour s’adapter à l’intermittence ingérable de cette nouvelle production indexée sur la variabilité du soleil et du vent. Les réacteurs nucléaires savaient baisser leur production : désormais ils doivent s’arrêter, ce qui change tout. Comme l’écrit Cédric Lewandowski, patron du nucléaire chez EDF, « la modulation a changé de nature. » Entre 2019 et 2024, elle a déjà plus que doublé… À moyen terme, il faudrait, quand le vent et le soleil le voudront, que le parc nucléaire s’efface, faute de subir un jour en France le black-out qu’a vécu l’Espagne en avril dernier. Les Français auront alors financé deux réseaux pour que l’un soit à l’arrêt. Avec une stratégie aussi absurde, que personne ne s’étonne de voir les factures exploser, les foyers souffrir - et l’industrie s’anémier toujours plus, faisant encore baisser la demande en électricité : cercle vicieux.
Quelles sont donc les conséquences de cette nouvelle modulation sur le parc existant ? Usure accélérée de toutes les machines, explosion des coûts de maintenance (qui doublent eux aussi, atteignant 3,5 milliards d’euros par an), fin de vie probablement anticipée pour les centrales nucléaires, et problèmes majeurs pour l’organisation des équipes qui veillent chaque jour sur nos atouts industriels les plus stratégiques. Et tout cela pourquoi ? Parce que l’État a imposé aux Français de couvrir leurs paysages d’éoliennes, dont on mesure désormais par expérience qu’elles ne menacent pas seulement l’environnement et le patrimoine du pays, mais aussi la stabilité de son approvisionnement électrique, son industrie et son budget.
Que ce rapport sur la modulation ait été interdit de publication jusqu’à l’annonce de la PPE3, qui prolonge en fait cette logique, est une nouvelle faute démocratique dans un processus déjà pour le moins opaque. Les seuls acteurs qui ont à gagner dans le maintien du statu quo sont les entreprises qui continuent d’installer chaque année ces énergies renouvelables, avec un modèle bien huilé : les coûts sont publics, mais les profits privés. Lire le rapport d’EDF aujourd’hui, c’est comprendre que leur apport à notre modèle énergétique n’est pas seulement nul : il est en fait négatif. Je l’avais expliqué il y a plusieurs mois à l’occasion d’un débat dans l’Opinion avec le président du Syndicat des énergies renouvelables ; la preuve est désormais établie. Quel aveu qu’elle ne soit publiée qu’après un nouveau chèque en blanc offert à ce système de prédation massive.
La solution est dans un renversement complet de cette logique. Nous l’avions évoquée il y a plusieurs mois dans un texte cosigné avec Bruno Retailleau et Julien Aubert, et je l’ai répétée auprès de la mission Lévy-Tuot qui m’a auditionné récemment. Stoppons immédiatement tout financement public des énergies renouvelables. Redirigeons les 6 à 8 milliards d’euros dépensés pour cela chaque année – sans débat et sans vote – vers la stimulation de la demande en électricité, par le soutien à l’industrie et aux besoins des ménages. Préparons parallèlement de manière enfin concrète et résolue le nouveau nucléaire dont nous avons besoin. Ainsi, en nous libérant des fossiles dont les renouvelables intermittents nous tiennent en réalité prisonniers, nous gagnerons en pouvoir d’achat, en compétitivité industrielle, en efficacité environnementale, en sécurité d’approvisionnement, et en souveraineté nationale. Ce changement de cap est urgent.

26 janvier 2026

Gastel Etzwane
26/1/2026

Le Conseil de l’Union européenne a approuvé une interdiction d’importation du gaz naturel liquéfié (GNL) russe à compter de 2027, ainsi que du gaz russe acheminé par gazoduc à partir du 30 septembre 2027.

Le Conseil de l’UE a précisé que les entreprises européennes qui contreviendraient à cette interdiction s’exposeraient à des amendes infligées par la Commission européenne pouvant atteindre 300 % du montant du contrat.
L’interdiction des importations de gaz russe à l’horizon 2027 ne met pas fin à la dépendance énergétique de l’Union européenne, elle en déplace simplement le centre de gravité. Privée d’alternatives internes abondantes et compétitives, l’UE organise une substitution de fournisseurs qui accroît mécaniquement sa dépendance à l’égard de pays tiers, au premier rang desquels les États-Unis, le Qatar, l’Algérie ou encore le Nigeria.
L’argument moral, souvent invoqué pour justifier la rupture avec la Russie, apparaît ici singulièrement fragile. On ne voit en effet pas en quoi le Qatar, monarchie autoritaire, dépourvue de libertés publiques effectives et régulièrement critiquée pour ses pratiques sociales et diplomatiques, serait intrinsèquement plus « fréquentable » que la Russie. La réalité est plus triviale : il ne s’agit pas d’un choix éthique, mais d’un alignement géopolitique, qui consiste à remplacer une dépendance par une autre jugée politiquement plus acceptable à Bruxelles, sans considération réelle pour la cohérence morale du discours tenu.
Sur le plan économique et social, les conséquences sont lourdes. Le recours accru au GNL, qatari en particulier, implique un gaz plus cher, plus volatil et soumis aux marchés mondiaux. Faute d’alternatives abondantes et bon marché, l’Union européenne sera conduite à accentuer la désindustrialisation des secteurs énergivores, déjà sous pression. Chimie, métallurgie, engrais ou matériaux de base deviennent progressivement incompatibles avec les coûts énergétiques européens, entraînant fermetures de sites et pertes de souveraineté industrielle.
Dans le même mouvement, l’UE n’aura d’autre choix que d’imposer des politiques de sobriété énergétique durables, présentées comme volontaires et vertueuses, mais relevant en réalité d’une adaptation contrainte à la pénurie. Cette sobriété ne traduit pas une montée en gamme du modèle européen, mais une réduction structurelle des capacités productives et des usages.
Enfin, une part croissante de l’ajustement sera transférée aux ménages, par le biais de prix durablement élevés, de factures énergétiques sous tension et d’un pouvoir d’achat durablement amputé. L’effort ne sera ni équitablement réparti ni démocratiquement discuté.
En définitive, il s’agit moins d’un choix stratégique que d’une adaptation forcée à la rareté, décidée au niveau européen sans consultation des citoyens. L’Union européenne agit ici contre l’intérêt matériel immédiat de ses populations, en organisant une dépendance accrue à des fournisseurs extérieurs dont la respectabilité morale est, au mieux, discutable, tout en faisant supporter le coût économique et social de cette politique aux peuples européens eux-mêmes.

27 décembre 2025

L'Allemagne a démoli sa centrale à charbon la plus moderne pour un coût de 3 milliards d'euros

Anna Rocca

-27/12/2025- La centrale électrique de Moorburg a été construite il y a seulement six ans. Sa construction a coûté 3 milliards d'euros et sa puissance était de 1650 MW. Malgré sa récente modernisation, les autorités du pays ont décidé de la fermer pour passer à l'« énergie verte » et « sauver le climat ».
La structure de la production d'énergie en Allemagne est maintenant la suivante : 33 % d'énergie éolienne, 14 % d'énergie solaire, 40 % de combustibles fossiles.
La fermeture de Moorburg aggrave les problèmes du système énergétique : les prix de l'électricité dans le pays sont deux fois plus élevés qu'en France. Pour compenser, une partie de l'énergie est importée – l'énergie nucléaire de France et l'énergie charbonnière de Pologne.
Les critiques qualifient Moorburg de « monument de l'idéologie au-dessus de l'économie », soulignant que la décision de détruire une centrale moderne est contraire au bon sens et à la logique économique. Les partisans considèrent la fermeture comme « douloureuse, mais nécessaire » pour le passage à l'énergie renouvelable.
Pendant ce temps, l'Europe démantèle ses installations modernes pour le « passage vert », la Chine construit deux centrales électriques au charbon par semaine, augmentant sa production d'énergie et renforçant son économie.
Camille_Moscow

Vidéo de 1 min 25 s ↴

11 novembre 2025

Sarah Knafo

Notre continent, qui a inventé la sidérurgie moderne, ne représente plus que 8% de la production mondiale d'acier. La Chine en produit 55%.
Face à la Commission européenne, je propose d'en finir avec une politique qui a ruiné notre compétitivité et nous a rendu dépendants.

Cliquer sur l'image ↴

31 octobre 2025

Vincent Verschoore
Ze Rhubarbe Blog

-30/10/2025- Les Français ont de plus en plus de mal à payer leur énergie. Plus du tiers des foyers (36%) déclarent avoir peiné à régler certaines factures de gaz ou d'électricité ces douze derniers mois, un taux inédit sur fond de hausse des prix de l'énergie, selon le baromètre annuel du médiateur national de l'énergie, publié mardi.
Au même moment, les acteurs du grand cirque des COP, dont les dizaines de jets privés vont bientôt se précipiter au Brésil et qu'attendent autant d'hôtels climatisés, fustigent les aides financières apportées aux ménages précaires du fait qu'il s'agit d'une forme de subvention aux énergies fossiles.
En même temps, ils déplorent l'insuffisance des subventions aux pays pauvres (300 milliards par an) pour lutter contre les effets du réchauffement, ainsi que le manque de volonté générale pour sortir du fossile.
Le fait est que le monde ne sortira pas du fossile avant longtemps, et qu'on peut juste espérer que la croissance de la demande sera majoritairement comblée par du renouvelable.
Il est donc raisonnable de se préoccuper de la mitigation des effets du changement climatique, et ce qu'il soit de nature anthropique ou non. Mitigation qui implique non pas de massacrer financièrement les gens normaux à coups de taxes et de normes débiles (DPE, ZFE...) mais de rendre beaucoup plus onéreux les usages inconsidérés de l'énergie, ce qui est l'apanage des riches :
"Le 10 janvier 2025, l’élite économique mondiale a déjà épuisé sa part du budget carbone annuel."
Malheureusement, c'est elle qui fait les lois et elle n'a aucune intention de restreindre son mode de vie ostentatoire, signe de sa puissance. L'hypocrisie du système est sans doute la raison première de la perte de crédibilité du discours climatique alarmiste car, en effet, si l'élite y croyait vraiment elle commencerait par agir sur son propre mode de vie et de représentation. La guerre, par exemple, est le pire scénario en matière d'usage outrancier d'énergie fossile et de pollution, or l'élite ne parle que de réarmement et de guerres à venir.
Le premier vecteur d'action est l'impact local : la Chine développe des solutions (type réacteurs Thorium) car elle subit une pollution d'origine fossile susceptible d'alimenter la révolte populaire. Le reste, c'est du théâtre, et on va encore y avoir droit lors de la COP30 au Brésil...