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29 décembre 2025

Le retour du dialogue franco-Russe ?

Jacques Sapir / Fréquence Populaire
28/12/2025

Schisme européen, guerre d’usure en Ukraine, diplomatie française en perte de crédibilité, russophobie : dans ce contexte, la reprise de contact entre Paris et Moscou pourrait être la première étape d’un nécessaire réajustement stratégique. Jusqu'à une conférence de sécurité internationale ?

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron au Kremlin - 7 février 2022. © Reuters

Les présidents Macron et Poutine vont donc se parler. C’est ce que l’on peut déduire des récentes déclarations françaises et russes.

Ce faisant, Emmanuel Macron acte le schisme européen qui est apparu au Conseil européen de la semaine dernière. Le vote de la France, aux côtés de l’Italie, de la Belgique, de la Hongrie et d’autres pays contre l’utilisation des avoirs russes sous séquestre a mis en évidence la présence de deux lignes au sein de l’Union européenne. Mais, si se parler peut en effet être utile, parler alors pour quoi dire ?

Il est une évidence que les relations entre la Russie et les pays européens sont actuellement au plus bas. Le discours débridé de guerre qui est tenu sans bases réelles ni vraisemblance par certains en Europe n’améliore naturellement pas les choses. Jamais la russophobie, les distorsions de faits et les mensonges au sujet de la Russie, n’ont été aussi présents dans les discours officiels et les médias des pays européens et en particulier en France.

Ajoutons que le président Macron a un passif qui pèse sur toute reprise des relations : la divulgation des images de ce qui devait être une conversation privée avec Vladimir Poutine a été perçue en Russie comme une grave entorse aux règles de la diplomatie et tout simplement du savoir-vivre. Emmanuel Macron traîne, dans les sphères du pouvoir russe et en particulier au Ministère des Affaires Étrangères, la réputation de se comporter comme un petit garçon mal élevé. L’effondrement de la diplomatie française a d’ailleurs été notée par les responsables et les analystes russes, qui ne sont pas sans s’en inquiéter.

Ajoutons encore que l’activisme frénétique dont Emmanuel Macron a fait preuve autour de la « coalition des volontaires » a été remarqué par la Russie. Cette dernière n’est pas sans sourire devant l’effondrement, de fait, de cette coalition. Les dirigeants russes ne sont pas sans remarquer que les positions très en pointe prises par Paris sur le soutien à l’Ukraine cachent mal la faiblesse du soutien réel à ce dernier pays. Ils considèrent qu’en réalité cet activisme sert avant tout à signaler aux autres pays de l’UE qu’en cas d’aggravation soudaine et brutale des relations entre ces pays et la Russie, la France est la seule à disposer d’une dissuasion nucléaire en propre.

Bref, on pourrait craindre que cette reprise des discussions ne tourne au dialogue de sourds. On dira qu’il vaut toujours mieux se parler même si c’est sans s’entendre, échanger des noms d’oiseaux que des missiles. Pourtant, cette reprise de contact est nécessaire. Elle est même souhaitée par les autorités russes pour diverses raisons. En effet, et contrairement à ce que l’on peut imaginer, les pays européens et la Russie ont des intérêts communs en Ukraine. Ces intérêts pourraient être la base d’un réchauffement raisonné des relations.

Il est clair qu’un traité de paix sera signé entre la Russie et l’Ukraine, que ce soit dans trois ou six mois, ou plus. L’armée ukrainienne est épuisée et, privée de réserves et sans livraisons massives d’armements, ce que les États-Unis ne font plus par volonté et les pays européens par manque de moyens, sa capacité à lutter va décroître rapidement. Le nombre de désertions en son sein, plus de 160 000 pour 2025 selon une déclaration du Parquet National d’Ukraine faite début octobre, en témoigne. Le fait que la majorité des désertions aient lieu dans les centres d’entraînements confirme qu’une partie des Ukrainiens « votent avec leurs pieds » contre la poursuite des hostilités. Mais, quelles seront les conséquences de la paix ?

Économiquement, l’Ukraine est en ruine. Des experts internationaux estiment à 700 milliards d’euros les sommes nécessaires à la reconstruction. Socialement et démographiquement, l’Ukraine s’est vidée de ses habitants. On est passé d’un pays de 41,5 millions d’habitants en 2021 à 28,5 millions à l’été 2025, avec environ 9 millions de réfugiés dans l’UE selon Eurostat et 2,5 millions en Russie selon Rosstat. Or, sur cette masse, les sondages montrent que seuls 10% à 30% (au grand maximum) voudront rentrer au pays une fois la paix revenue.

La démobilisation de l’armée va renvoyer à la vie civile des centaines de milliers de personnes dans les pires conditions comme l’a signalé l’ambassadeur d’Ukraine à Londres, l’ancien général Zaluzhny. Enfin, politiquement, la situation est sombre. Le pouvoir de Volodymir Zelensky a perdu une grande part de sa légitimité dans des scandales de corruption. Une partie de l’armée vivra le traité de paix comme une « trahison » du pouvoir civil. Les conditions sont réunies pour que l’Ukraine connaisse la situation de l’Allemagne après le 11 novembre 1918, avec l’émergence de Corps Francs et d’organisations terroristes d’extrême droite comme celle qui tua le vice-Chancelier et Ministre des Affaires Étrangères, Walther Rathenau, en 1922.

Ceci pourrait conduire à une guerre civile, ou à tout le moins un gouvernement faible obligé de composer avec les Corps Francs d’extrême droite, avec une nouvelle vague d’émigration vers les pays de l’UE achevant de plonger l’Ukraine dans le chaos économique et politique.

Or, ni la Russie ni les pays européens n’ont intérêt à un tel scénario. La Russie a besoin d’un gouvernement stable et légitime en Ukraine si elle veut voir les clauses du Traité de Paix appliquées. Le chaos en Ukraine serait la certitude d’une reprise des hostilités dans les années à venir. Les pays européens voisins de l’Ukraine, quant à eux, n’ont nul intérêt à avoir un trou noir de chaos économique et politique à leur porte. Déjà, la Hongrie et la Pologne s’en inquiètent ouvertement. Et cette inquiétude gagnera rapidement la Roumanie, la Slovaquie, la République Tchèque mais aussi l’Allemagne.

Les pays européens et la Russie ont donc un intérêt commun à la stabilisation de l’Ukraine post-guerre, une stabilisation qui impliquera des actions coordonnées dans le domaine politique mais aussi économique. Bien sûr, il y aura une « conférence de reconstruction ». Certains voudront y mettre la Russie en accusation. Ce serait une attitude puérile, qui ajouterait le chaos au chaos, la souffrance à la souffrance.

La reconstruction de l’Ukraine ne pourra se faire qu’avec la volonté Russie et dans le cadre d’une conférence de sécurité internationale qui incorporera naturellement la Russie.

Si Emmanuel Macron veut que cette reprise de contact entre la France et la Russie soit utile, il doit mettre l’accent sur l’après-guerre et non chercher à la prolonger ou à peser, avec quels arguments d’ailleurs, sur le futur Traité de Paix. Il devrait tenter de définir avec Vladimir Poutine le cadre et le périmètre d’une coopération entre pays européens et la Russie pour la stabilisation et la reconstruction de l’Ukraine. La Russie est disposée à cela. Les contacts que j’ai pu avoir lors d’un voyage en Russie à la fin du mois de novembre me l’ont montré. La réaction positive de la diplomatie russe aux propos d’Emmanuel Macron le confirme.

Mais, il faut savoir que temps n’est plus aux jeux centrés sur la politique intérieure, comme en 2022, des jeux qui ont largement affaibli notre crédibilité envers la Russie. Les enjeux, et il n’en va rien de moins que de la stabilité et la paix en Europe pour au moins les vingt prochaines années, imposent que la question soit traitée hors de toute gesticulation à des fins de communication. Les enjeux imposent le sérieux, la responsabilité et le professionnalisme.

19 décembre 2025

Clément Maillard
19/12/2025

C'est toujours la même histoire avec ces tarés européistes :
Indécrottablement persuadés que l'unification de l'Europe est inéluctable.
Indécrottablement persuadés que leur chère Europe unie représente forcément "le bien" et tout ce qui s'y oppose "le mal".
Incapables de comprendre que leur Europe est une cata même quand c'est flagrant.
Incapables de comprendre quand on leur dit non même quand c'est clairement.
En 2005 en France le peuple a refusé tous les traités fondateurs de l'UE (compilés sous le terme « Traité établissant une constitution pour l’Europe »), 3 ans après, les politicards européistes ont accepté en congrès ce que le peuple avait refusé.
En 2008, en Irlande, le peuple a refusé le Traité de Lisbonne, on les a fait revoter jusqu'à ce qu'ils disent oui.
En 2015, en Grèce, le peuple a refusé le diktat austéritaire de l'UE, il leur a été imposé même pas un mois après le vote.
En 2016, en GB, le peuple a voté le Brexit, l'UE et certains politicards européistes en GB ont tout fait pour tenter d'empêcher sa réalisation.
Avant cela, en 2013, le dernier président ukrainien élu démocratiquement par l'ensemble des Ukrainiens vivant dans les frontières du pays à sa naissance en 1991, a refusé un accord avec l'UE, sans doute parce que 4 millions de ses concitoyens avaient signé une pétition contre cet accord, et l'UE a soutenu son renversement par un coup d'État.
Mais un coup d'État, ça ne se fait pas avec des gens qui se soucient de la démocratie, non, il a fallu s'appuyer sur une clique d'arrivistes, de néonazis et de mafieux qui, à peine au pouvoir, ont commencé à massacrer les Russes qui vivaient dans le Sud-Est de l'Ukraine depuis des siècles.
Les Russes ont gentiment dit que c'était abusé, ils ont été patients, ils ont attendu 8 ans (combien de temps les USA mettraient à réagir dans une situation réciproque ? ⇒ Voir crise de Cuba, 1962), 8 ans pendant lesquels les européistes les ont pris pour des bouffons avec des accords de Minsk qu'ils n'avaient aucune intention de respecter ni de faire respecter (voir aveux de Merkel à ce sujet).
Puis, quand les Russes ont perdu patience début 2022, après avoir vu leurs demandes légitimes (pas d’OTAN à leur frontière occidentale) méprisées et vu l’armée ukrainienne se mettre en ordre de bataille mi-février 2022 pour liquider les populations russes du Sud-Est ukrainien, les européistes ont hurlé comme des truies. Ces tarés s'imaginaient que les Russes menés par Poutine allaient bouffer leurs couleuvres indéfiniment comme un vulgaire Syriza grec.
Presque 4 ans après, les européistes, qui, à chaque fois qu'on mettait en évidence les tares congénitales de leur UE et ses effets délétères sur l'économie des pays membres à commencer par la France, nous disaient la bouche en cœur que "l'Europe c'est la paix", et qu’au nom de ce mantra toutes les tares de l’UE devaient être absoutes, veulent jouer les fous de guerre.
Contre la 1ère puissance nucléaire mondiale en plus.
Contre un pays qui a annihilé et humilié tous ceux qui ont déjà tenté d’unifier l’Europe contre lui :
Bonaparte au 19ème et Hitler au 20ème.
Alors qu’aucun des tarés européistes actuels ne dispose des atouts dont disposaient leurs prédécesseurs des siècles passés : ni l’intelligence tactique d’un Bonaparte, ni les avancées technologiques qu’Hitler avait sous la main par rapport au niveau de son époque (avions de chasse à réaction Me-262, missiles V2…)
Alors qu’un des rares intérêts communs que partagent les pays de l’UE est justement d’être en bons termes avec la Russie, qui fournissait à bon prix, direct au tuyau, gaz et pétrole à profusion à tous les pays de l’UE.
Les européistes ne veulent pas entendre quand les Russes leur disent "non, la côte Nord de la mer Noire c'est la Russie alors dégagez vos sales pattes de là".
Ils ne veulent pas comprendre que peu importe le nombre de milliards qu'ils enverront à Kiev, c'est la Russie qui gagnera.
Ils ne veulent pas comprendre que la guerre d’Ukraine ne s’arrêtera que quand Odessa redeviendra Russe, et ce sera le cas que ça leur plaise ou non.
Ils ne veulent pas comprendre que cette guerre d’Ukraine a été déclenchée par la précédente administration démocrate des USA, par pure volonté impérialiste, et que la nouvelle administration Trump ne veut plus s’encombrer du boulet ruineux de cette guerre dont elle a bien compris qu’elle était perdue.
Ils ne veulent même pas réaliser la chance inouïe qu’a l’Occident d’avoir en face de ses provocations une Russie dirigée par quelqu’un de mesuré, patient et déterminé comme Poutine… et pas par un poivrot qui pisse sur les avions ou un excité qui tape avec sa godasse à la tribune de l’ONU.
Alors les tarés européistes sombrent dans l'hystérie, la folie guerrière (dont ils n’ont pas les moyens !), la kleptomanie, la paranoïa...
Ils s’imaginent qu’en France le peuple va défendre leur saleté d’UE alors qu’il en a clairement rejeté tous les fondements en 2005.
Ils s’imaginent pouvoir vaincre la Russie alors que s’ils arment leurs peuples pour faire la guerre aux Russes, il y a de grandes chances que leurs peuples retournent les armes contre eux, les dirigeants européistes aveugles et stupides qui ont ruiné leurs pays respectifs.
Mais les faits sont là : ils ont perdu et sont couverts de ridicule.
Heureusement leur saleté d'UE vit ses dernières semaines, voire mois... Et c'est tant mieux !
Les européistes n’ont rien voulu comprendre quand les peuples leur ont dit non, ni quand leurs échecs étaient flagrants, maintenant c’est avec une botte russe dans la tronche pendant que Trump leur tient les mains qu’ils vont être neutralisés et éliminés. Enfin !

28 novembre 2025

Gastel Etzwane

-28/11/2025- L’illusion belliciste : ceux qui prétendent que la Russie veut conquérir l’Europe ignorent que la Russie n’a plus aucun intérêt en Europe, tandis que l’Europe aurait, elle, bien besoin de la Russie
Les discours les plus véhéments en Europe occidentale prétendent que la Russie nourrirait un projet de conquête du continent. Cette affirmation, répétée mécaniquement, ne repose sur aucun fondement sérieux.
La Russie n’a aujourd’hui plus aucun intérêt stratégique, économique ou politique à se tourner vers l’Europe. Depuis 2022, elle a réorienté l’essentiel de ses exportations énergétiques vers l’Asie, consolidé ses débouchés commerciaux, restructuré ses chaînes d’approvisionnement et développé de nouveaux partenariats industriels.
Elle substitue progressivement à l’Europe des marchés plus vastes et plus dynamiques, sans que cela n’ait provoqué l’effondrement tant annoncé. Autrement dit, elle ne dépend plus de l’Europe, et n’a aucun motif rationnel de chercher à la dominer ou à l’occuper.
À cela s’ajoute une réalité stratégique élémentaire que les discours bellicistes feignent d’ignorer : l’Europe ne présente aucun attrait territorial, aucune ressource déterminante ni aucune position militaire susceptible de justifier, pour la Russie, une guerre continentale. Moscou est déjà confrontée à des défis considérables :
• un vieillissement démographique rapide,
• un besoin croissant de main-d’œuvre,
• un immense territoire sous-peuplé qu’il faut maintenir, développer et défendre,
• un coût militaire déjà élevé du fait du conflit ukrainien.
Dans ces conditions, imaginer que la Russie souhaiterait absorber 450 millions d’Européens hostiles, gérer des infrastructures gigantesques et assumer le prix politique, économique et sécuritaire d’une occupation est une pure absurdité. Cela ne correspond ni aux capacités russes, ni à ses besoins, ni à la logique même de son appareil d’État.
À l’inverse, c’est l’Europe qui s’est amputée de ce dont elle bénéficiait : une énergie abondante et bon marché qui soutenait son industrie ; des métaux stratégiques indispensables à l’aéronautique, au numérique et à l’automobile ; des engrais vitaux pour son agriculture ; et un marché russe de 145 millions d’habitants qui constituait un débouché majeur, notamment pour l’industrie allemande.
Tous ces éléments existent ailleurs, certes, mais toujours à un coût supérieur, avec une dépendance accrue envers des partenaires plus lointains, plus instables et généralement moins fiables.
L’Europe perd bien davantage dans la rupture que la Russie, car elle se prive des fondements mêmes de sa compétitivité industrielle.
Ce paradoxe est renforcé par le fait que la stabilité du continent reposait, en partie, sur un équilibre oriental auquel la Russie contribuait.
En rompant ce lien, l’Europe a remplacé une relation commerciale et stratégique prévisible par une situation de tension permanente, de dépenses militaires démesurées et d’instabilité durable.
En définitive, ceux qui affirment que la Russie rêve d’envahir l’Europe projetent leurs peurs, non la réalité. La vérité, elle, est plus simple : la Russie n’a plus besoin de l’Europe, mais l’Europe, elle, aurait bien besoin de la Russie.

8 novembre 2025

OCTOBRE

Natalia Routkevitch

7/11/2025- Mon arrière-grand-père paternel, Ivan Petrovitch Pavlov (1889–1959), faisait partie de ceux qu’on appelle aujourd’hui les fanatiques de la révolution.
Bolchevik, clandestin, militant de la lutte armée – ainsi se présente-t-il dans ses mémoires, publiés il y a quelques années par le musée historique d’Ekaterinbourg.
Ouvrier issu d’une famille paysanne de la province d’Oufa, il appartenait à cette génération presque oubliée des vieux bolcheviks qui accompagnèrent le mouvement révolutionnaire radical pratiquement depuis la naissance de celui-ci.
Entré adolescent au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), quelques mois après la révolution de 1905, il rejoignit aussitôt son aile la plus radicale.
Les mémoires de cet opposant acharné au tsarisme, soldat anonyme de la garde léniniste, clandestin, prisonnier politique et exilé, rédigés « pour les générations futures », ne sont pas seulement intéressants pour des raisons familiales.
Ils offrent un témoignage de première main sur le travail de terrain du POSDR(b) au début du XXᵉ siècle, à l’échelle provinciale : ses objectifs, ses moyens, ses résultats.
Ils dévoilent la psychologie de ces militants bolcheviks – hommes et femmes – qui, mus par une conviction absolue, embrassaient une vie de privations, de périls et de choix douloureux, persuadés de travailler à la libération et au bonheur de l’humanité. Ni les arrestations, ni les atrocités de la guerre civile, ni les répressions staliniennes contre le parti, le peuple et les proches de sa femme, issue de la petite noblesse, ne parvinrent à ébranler la foi d’Ivan Petrovitch dans le bolchevisme et les idéaux communistes.
« C’était nécessaire », se répétait-il.
Ce qui frappe, au-delà de cette foi ardente – disparue, pour le meilleur et pour le pire, des sociétés postmodernes –, c’est la richesse exceptionnelle d’une vie marquée par d’immenses épreuves.
« Serf, fils de serf », disait-il de ses ancêtres paysans.
Son grand-père était parti comme haleur sur la Volga ; lui-même, ayant grandi dans un petit village au cœur de la province, maîtrisait, à quatorze ans, absolument tous les travaux paysans et aimait la campagne malgré sa rudesse extrême.
À seize ans, apprenti mécanicien, il avait appris un tas de métiers – du cuivre à la forge, en passant par le tournage, l’électricité, etc.
À vingt ans, militant politique aguerri, il avait connu la prison et l’exil à trois reprises.
En 1914, il fut envoyé sur le front, où il passa trois ans.
Il traversa trois révolutions, une guerre civile et deux conflits mondiaux dévastateurs – le second lui enleva un fils –, étant l’un des acteurs engagés de ces bouleversements.
Ses mémoires évoquent les grands événements auxquels il prit part : les révolutions russes, la Première Guerre mondiale, la guerre civile, la mort de la famille impériale à Ekaterinbourg, les premières années de la construction soviétique, la reconstruction d’après-guerre, la collectivisation des campagnes, la Grande Guerre patriotique et, enfin, la mort de Staline.
Dans le bref épilogue, il imagine une grande fête familiale célébrée en l’an 2000 : il y voit sa fille, devenue une vieille dame, entourée de ses proches, levant son verre « au XXᵉ siècle, cette époque héroïque de l’histoire russe, couronnée (il n’en doutait pas) par la victoire du communisme et du léninisme » – le régime qui, croyait-il, rendrait enfin l’homme libre et heureux.

De fait, le XXᵉ siècle a prouvé, avec tout le fracas possible, qu’aucun ordre social ne peut rendre l’homme libre ou heureux.
Ni meilleur, ni plus sage, ni plus humain, ni plus prudent – malgré toutes les expériences et toutes les horreurs vécues…
La construction de l’URSS fut la dernière tentative, d’une ampleur inégalée, de s’appuyer sur de grands récits pour faire advenir une humanité meilleure, pour incarner collectivement les idéaux des Lumières, et la justice pour les plus démunis.
« Rien de grand ne s’est jamais produit dans l’Histoire sans violence ni acharnement », disait Engels.
La dernière génération encore formée dans et par le régime soviétique, on gardera la mémoire encore un peu tangible, vivante, de cette épopée à la fois terrible et monumentale qu’a été l’URSS.
Il est d’autant plus important de préserver cette mémoire – de la grandeur et de la terreur, de la violence et de l’acharnement – que les acquis sociaux, achetés au prix le plus élevé, ont été entièrement balayés après 1991. Et que l’effondrement de l’URSS – paisible seulement en apparence – a coûté aux ex-Soviétiques autant – sinon davantage – que sa construction. Le prix du sang continue d’être versé chaque jour.
La mémoire de cette entreprise grandiose a longtemps été confisquée par ceux qui voulaient effacer toute possibilité de réémergence, sous quelque forme que ce soit, d’un contre-modèle.
Mais on n’a pas réussi à effacer complètement ni les récits divergents du narratif unique, ni le crédit de confiance dont le contre-projet soviétique bénéficiait partout dans le monde. Aujourd’hui, l’alternative qui se construit face à la modernité unique – au sein de divers mouvements et regroupements internationaux – se fait notamment en se souvenant qu’une autre manière de vivre, de produire et de penser a existé dans un passé récent.
Que l’existence en dehors du système-monde occidental, voire à contre-courant, est possible.
C’est probablement cela qui est le plus précieux aujourd’hui.
Quelle forme prendra cette Alternative – ce sera la réponse des radicaux de demain, qui seront plus courageux et plus désespérés que les réformistes actuels.


1 novembre 2025

Ambassade de Russie en France / Посольство России во Франции

Lettre ouverte de l'Ambassade de Russie en France aux rédactions des médias français ayant pris part à la récente campagne anti-russe (29 octobre 2025)


C’est avec une profonde indignation que nous avons pris connaissance d’une série de pamphlets à caractère anti-russe publiés dans plusieurs médias français – notamment Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, France Info et Mediapart – contenant des accusations infondées sur une prétendue implication de la Russie dans l’acte de profanation du Mémorial de la Shoah à Paris en mai 2024.

Les accusations émises par la partie française quant à l’implication de la Russie dans la profanation du mémorial doivent être étayées par des preuves tangibles. À défaut, elles ne font que discréditer ceux qui les formulent sans fondement.
Hélas, il est devenu habituel pour ces médias d’attribuer à la Russie la responsabilité de presque tous les malheurs. Bien souvent, le caractère mensonger de ces insinuations est si évident qu’il ne mérite même pas de commentaire. Toutefois, dans le cas présent, nous ne pouvons rester silencieux : ces publications ne se contentent pas d’induire le public en erreur, elles portent également atteinte à la mémoire de millions de victimes du nazisme.

Nous tenons à rappeler que ce sont les peuples de l’Union soviétique qui ont porté le principal fardeau de la Seconde Guerre mondiale, payant la Victoire au prix le plus lourd : 27 millions de vies humaines. Parmi les victimes figuraient de nombreux citoyens juifs. Pour nous, la mémoire de chacune de ces victimes demeure sacrée.

Aujourd’hui encore, la Russie défend la vérité historique et s’oppose résolument à toute tentative de réhabilitation du nazisme ainsi qu’à toute manifestation d’intolérance raciale. Cela est bien connu en Israël, pays avec lequel nous entretenons des relations constructives, tant sur les questions relatives à l’établissement de la paix en Palestine et au Moyen-Orient en général que dans la lutte contre l’antisémitisme.

Contrairement à de nombreux pays d’Europe occidentale, l’antisémitisme n’a pas sa place en Russie. Depuis de nombreuses années, le Musée juif et centre pour la tolérance fonctionne avec succès à Moscou et bénéficie d’un soutien constant. L’État et la société russes rejettent catégoriquement toute forme d’antisémitisme.

Sachant que notre réponse n’aura probablement pas sa place dans les colonnes des publications mentionnées, nous jugeons nécessaire de la rendre publique sous la forme de cette lettre ouverte.

24 octobre 2025

Régis de Castelnau

Rubrique : moscoutaire

-24/10/2025- L’ami Didier Maïsto s’est rendu à Moscou pour le 20e anniversaire de Russia Today, la chaîne d’information internationale du service public russe. Leur « France 24 » à eux. Macron vous dira que c’est l’instrument de la désinformation de Poutine. Le problème c’est que cette désinformation a pas mal de succès puisque cette chaîne est devenue le premier média de ce type sur le plan mondial devant Al-Jazira et CNN.
C’était son premier voyage en Russie et il nous dit quelles ont été ses impressions. Et même sa surprise comme celle ressentie par Emmanuel Todd lors de son voyage récent il y a quelques mois. Ce que l’on voit là-bas n’est pas différent de ce que l’on nous raconte dans la désinformation française, mais exactement le contraire !
Les crétins galonnés en retraite de l’armée française parcourent les plateaux pour y raconter absolument n’importe quoi. Le problème est que désormais ce sont les ganaches d’active qui s’y collent, certains parfois en treillis de combat (!).
Didier Maïsto nous décrit le réel. Il complète son point de vue par une réflexion sur la catastrophe vers laquelle nous emmènent le système Macron et ses larbins.

Vidéo de 1:01:06 ↴

22 octobre 2025

Kuzmanovic Georges

-22/10/2025- En mission à Moscou pour couvrir la Semaine de l’Énergie et faire quelques interviews, tout ne s’est pas passé comme prévu...
Un banal accident s’est transformé en une galère monumentale.
Samu local, passage express par les urgences d’un hôpital public russe, plantage des reportages / vidéos.
Trois jours d’hospitalisation, une opération, et une plongée inattendue dans le système de santé d’un pays sous sanctions.
En direct au cœur de la Russie d’aujourd’hui par le biais de la santé et de ma petite expérience vécue sur place – certains vont avoir des surprises.
Et en plus c'était gratuit : les étrangers, quel que soit leur pays, même sans assurance, ont l'intégralité de leurs soins, analyses, opérations si nécessaire et hospitalisation complètement couvert par l'État russe dans les cas d'urgences médicales.
Sinon ça va, il faudra se soigner un mois mais le pire est évité. Prenez soin de vous !

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Vincent Verschoore
Ze Rhubarbe Blog

-22/10/2025- James Carden, ancien conseiller du Département d'État américain pour la Russie, interviewé sur la chaîne australienne Sky News.

« Toute cette histoire de « Tomahawks » est absurde. Aux États-Unis, on prétend que Trump ne fournit pas à Zelensky les armes qui pourraient renverser le cours de la guerre. Mais c'est un mensonge et c'est ridicule. Les « Tomahawks » ne sont pas plus capables de renverser le cours de la guerre que tous les autres systèmes qui ont déjà échoué. La situation est la même qu'avec les HIMARS, réclamés par les Ukrainiens à un moment donné. Et qu'en est-il des missiles sol-air Patriot, des ATACMS et des F-16 ? Rien n'a pu renverser le cours de la guerre. En substance, elle est perdue. Et plus tôt les Ukrainiens s'en rendront compte, mieux ce sera pour eux. À mon avis, Poutine propose une solution raisonnable. L'Ukraine ne pourra pas adhérer à l'OTAN, mais elle peut adhérer à l'UE. Pour moi, c'est un accord équitable. »

Q: Mais on leur demande aussi des concessions territoriales.

R: « Exact. Mais eux-mêmes attaquent ces territoires depuis 2014. Les Ukrainiens ne sont pas tout à fait sincères. Ils prétendent vouloir les terres de l'Est et le Donbass, mais sans les Russes qui y vivent. Depuis 30 ans, ils ont tout fait pour les priver de leurs droits. Soyons honnêtes, Poutine leur offre en quelque sorte exactement ce qu'ils veulent : laisser l'Ukraine aux seuls Ukrainiens et se débarrasser enfin des Russes. Ce n'est pas courant de le dire à voix haute, mais c'est vrai. »

Q: Quand vous dites que la guerre est perdue, que pensez-vous de l'information selon laquelle la Russie est littéralement au bord du gouffre ? Et que si on exerce des pressions, elle sera à court d'argent et ne pourra pas poursuivre indéfiniment sa guerre brutale ?

R: « C'est exactement le contraire. D'après mes données, le ratio de morts ukrainiens contre russes est de 36 pour un. L'Ukraine approche le million de morts. Et ce que les médias grand public écrivent, notamment le New York Times et le Washington Post, est aussi véridique que ce que les autorités ont raconté aux Américains à propos de la guerre du Vietnam. La guerre d'usure menée par la Russie depuis 2022 est un véritable succès. À mon avis, c'est l'Ukraine qui est actuellement au bord du gouffre, et non la Russie. »

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Gastel Etzwane

Le chat de Schrödinger… version russe

-15/10/2025- Il y a désormais, dans les salles de rédaction occidentales, un chat invisible mais bien vivant : le chat de Schrödinger. Ou plutôt, son cousin russe.
Un être étrange, à la fois moribond et invincible, croulant sous les sanctions et capable d’engloutir l’Europe entière avant le petit-déjeuner.
Depuis 2022, les médias nous rejouent la même comédie quantique. Un jour, la Russie est à bout de souffle : son armée recolle des chars avec des pièces de machine à laver, ses soldats tombent par millions, son économie gît à terre. Le lendemain, les mêmes experts, le même ton grave, nous expliquent que cette armée fantomatique rôde aux frontières de l’OTAN, infiltre nos réseaux, manipule nos élections, déclenche les punaises de lit à Paris et s’amuse à envoyer des drones sur les aéroports européens.
Hier, elle ne tenait plus debout. Aujourd’hui, elle menace la planète.
Un miracle de physique quantique : la Russie existe et n’existe pas, elle gagne et elle perd, elle s’effondre et elle envahit.
Et lorsqu’on voit surgir un article annonçant que des soldats « en uniforme banalisé » ont été aperçus « près d’un pays de l’OTAN », on comprend que la fiction dépasse la physique.
Personne ne sait qui ils sont, personne n’en a la preuve, mais peu importe : le récit est prêt. Le chat bouge encore, alors il faut le montrer, vivant ou mort, ça n’a plus d’importance.
Le public, lui, oscille entre la peur et la lassitude. On lui explique que Poutine va tomber, que la Russie s’effondre, mais qu’il faut tout de même acheter pour des milliards d’armes américaines et bâtir une armée européenne pour contrer ce pays exsangue.
On appelle cela la cohérence stratégique. Moi, j’y vois surtout une expérience de laboratoire à grande échelle, menée sur le cerveau collectif : tant qu’on maintient la peur, tout le monde obéit.
Le chat de Schrödinger, lui, au moins, n’avait pas demandé à servir d’alibi budgétaire.
En France, cette mécanique a trouvé son utilité : pendant qu’on tremble devant les soldats invisibles à la frontière, on oublie les vrais champs de ruines, les hôpitaux, l’école, la justice, l’économie. Et c’est peut-être cela, au fond, la plus belle réussite de la propagande moderne : faire croire qu’on nous protège du chaos, alors qu’on nous y habitue.

3 octobre 2025

Régis de Castelnau
3/10/2025

Rubrique : code de la route

Mais sortez le clown ! Par pitié, sortez le clown !
La planète entière se tape une gigantesque barre de rire. Notre kéké national vient de se vautrer dans les grandes largeurs. Il a fait arraisonner un pétrolier dans les eaux internationales, ce qui déjà, est un acte de piraterie en droit maritime. Accompli par un commando militaire, rien que ça. Pas une vedette de garde-côte qui aurait parfaitement fait l’affaire, non, des militaires cagoulés et armés jusqu’aux dents. Pour montrer comment que notre kéké à nous c’est pas un sacré guerrier. Tremble Poutine. Nono le neuneu te l’a déjà dit, on va effondrer ton économie. Avant de déployer les célèbres trouposols à ta frontière.
Avec zèle, la magistrature s’est précipitée au coup de sifflet du patron pour prestement embastiller l’équipage et le commandant chinois à Saint-Nazaire. Manque de pot, les pandores n’ont rien trouvé sur le bateau, ni Oreshnik, ni Kinzhal, ni kalachnikov, pas même un petit drone. Alors piteusement, il a fallu relâcher tout ce petit monde et pour ne pas avoir l’air trop con, on a décidé de quand même « poursuivre » le capitaine pour « refus d’obtempérer » (interdiction absolue de rire). Ben oui, le capitaine n’a pas immédiatement obéi aux militaires qui l’arraisonnaient. Ben c’est vrai quoi, des pirates surarmés et cagoulés intervenant illégalement dans les eaux internationales vous disent de vous arrêter, et vous n’obéissez pas immédiatement ? Mais c’est ignoble cette violation de l’article L1331-1 du code de la route français, quasiment un crime de guerre. Si les capitaines de marine marchande chinois ne respectent pas le code de la route français dans les eaux internationales alors qu’ils sont attaqués par des pirates, c’est la fin de « l’ordre international fondé sur les règles ».
Nouvelle preuve que le ridicule ne tue pas, Macron est en bonne santé. Les militaires et les magistrats aussi. Et au passage la France de nouveau humiliée, est la risée du monde. Et avec ce type c’est tous les jours, depuis huit ans absolument tous les jours.
Est-ce que ce cauchemar va finir par prendre fin ?

2 octobre 2025

Radu Portocala
2/10/2025

« Il est très important d’avoir un message clair. Les drones, qui violeraient nos territoires, représentent un risque important. Ils peuvent être détruits, point final. »
C’est ce que dit Jupiter qui, depuis des mois, opère sa transformation en Mars.
Ces drones qui agitent les génies de quelques capitales occidentales viennent, nous disent-ils, nécessairement de Russie. Aucun n’a été abattu, aucun donc n’a été observé de près, mais la certitude est absolue : c’est la Russie qui les envoie. Pourquoi ? Les génies ne s’embarrassent pas de telles questions oiseuses. Par quel miracle peuvent-ils voler si loin ? Aussi arriérée soit-elle, la Russie est capable de prouesses que les génies ne se fatiguent pas à expliquer. Et ces drones qui ont volé plus qu’ils ne peuvent voler, où vont-ils après avoir troublé notre quiétude ? Ils volent mille autres kilomètres pour revenir à leur base supposée ?
« Nous sommes dans une confrontation avec la Russie » assure post-Jupiter. C’est-à-dire : nous pensons que la Russie envoie des drones dans notre ciel, nous ne savons pas pourquoi, nous les laissons voler et ça nous permet de pérorer. Ça ne s’appelle pas vraiment une confrontation. Agitation stérile décrirait mieux les choses.
Cette histoire de drones n’est pas sans rappeler la profanation du cimetière juif de Carpentras. Pendant longtemps, des accusations très précises ont été formulées contre le seul coupable que politiciens et journalistes pouvaient se permettre de désigner – celui qui arrangeait leurs affaires. Aujourd’hui, ce coupable universel, ce coupable absolu est la Russie. Il faudrait se demander jusqu’à quel point ces stupidités font rire au Kremlin.

8 septembre 2025

Ambassade de Russie en France / Посольство России во Франции

Réponses du Ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, aux questions de l’émission « Moscou. Kremlin. Poutine » (7 septembre 2025)

Question : Devons-nous prêter attention au fait que l’Occident continue de dire que la rencontre d’aujourd’hui (la triple poignée de main entre le Président de la Russie, Vladimir Poutine, le Premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, et le Président de la Chine, Xi Jinping) serait une sorte de démonstration, un signal ?

Sergueï Lavrov : C’est la démonstration que trois grandes puissances, représentant trois grandes civilisations, prennent conscience de la convergence de leurs intérêts dans plusieurs domaines. Cela ne signifie pas que tout coïncide à 100 %, mais il existe une tendance claire à ce que la Chine, la Russie et l’Inde développent leur partenariat, en tirant un bénéfice mutuel des domaines où leurs intérêts sont communs.
Ces intérêts concernent le développement économique, la résolution de problèmes sociaux, l’amélioration du bien-être de la population. Tout cela s’inscrit parfaitement dans le concept général de la « troïka » RIC (Russie, Inde, Chine), que l’ancien Ministre des Affaires étrangères de la Russie, Evgueni Primakov, avait déjà esquissé au milieu des années 1990. Depuis, elle s’est concrétisée, de nombreuses rencontres ont eu lieu. Actuellement, nous préparons un nouveau format de la « troïka », d’abord au niveau des ministres des Affaires étrangères. Je suis convaincu que par la suite, nous réfléchirons également à un sommet spécial.

Question : On a vu apparaître la métaphore de « l’éléphant-dragon-ours ».

Sergueï Lavrov : « L’éléphant-dragon-ours » – le monde animal est riche. Nos trois peuples ont une grande imagination. Ils ont choisi les symboles de leurs nations sans aucun vote, en s’inspirant de la vie elle-même.

31 août 2025

Régis de Castelnau

Rubrique : basculement

-31/8/2025- Des nouvelles de l’État paria isolé. Vous savez celui qui est dirigé par un ogre qui mange les petits enfants.
Tous les chefs d’État que Xi présente à son ami Poutine, ils n’ont pas l’air vraiment hostiles, dis donc. C’est bizarre, on dirait qu’ils n’ont pas peur de l’ogre.
Incroyable image du basculement du monde à Pékin. Parce qu’en plus de leur alliance, la Chine et la Russie, se sont également alliés avec l’Iran. Modi est là aussi et a annoncé qu’il augmentait ses achats de pétrole à la Russie de 20 % ! Il y a même Erdogan, lui, il a tous les culots.
Il paraît que dans les cimetières où sont enterrés George Kenann, Zbigniew Brzeziński et Henry Kissinger, on entend de drôles de bruits. Du genre des morts qui se retournent violemment dans leur tombe. Ah oui, ça doit être ça. Parce que ces trois-là qui savaient de quoi ils parlaient, ils avaient bien prévenu : « une alliance entre la Russie et la Chine, ça jamais ! Tout faire pour l’éviter ! »
L’Occident-terminal armé de l’insondable stupidité de ses dirigeants est-il seulement capable de mesurer sa désastreuse défaite ?

17 juillet 2025

Denis Albisser

-17/7/2025- Il semblerait que les Allemands aient pris conscience de cette réalité, et c'est la raison pour laquelle le satrape américain de BlackRock devrait gicler prochainement.
Nous savons tous que l'Ukraine est devenue une colonie américaine depuis le coup d'État de 2014, et que la guerre contre la Russie a commencé à ce moment-là.
Dès lors, le nouveau régime n'a eu de cesse que de discriminer, persécuter et bombarder les populations russophones du Donbass.
Et, la Russie n'a pas eu d'autre choix, que d'intervenir pour protéger et libérer ces populations, ou fermer les yeux, et les laisser se faire massacrer.
Nous savons que les mondialistes européistes qui dirigent la plupart des pays européens ne font que servir la soupe aux USA, et aux dégénérés de Davos, qui sont prêts à tout pour conserver leur leadership.
Nous savons aussi que nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, l'écrasante majorité du Système n'ayant pour préoccupation que de continuer à grouiller dans le Système.

12 juin 2025

Péonia
12/6/2025

Gerry Nolan
Jour de la Russie 2025

L’Occident a franchi le Rubicon nucléaire, seul Poutine a sauvé l’humanité.
12 juin. Jour de la Russie. Une journée qui célèbre non seulement une nation, mais une civilisation. Une civilisation trempée dans le feu, la trahison et la guerre. Une civilisation qui n’oublie pas Hiroshima, non comme un souvenir historique, mais comme une prophétie. En cette année 2025, alors que les drapeaux flottent sur la Place Rouge, le monde doit comprendre une vérité essentielle : nous sommes encore en vie aujourd’hui uniquement parce que la Russie n’a pas riposté avec son arsenal nucléaire stratégique. Pas encore.
Le 1er juin 2025, l’Occident a franchi le Rubicon nucléaire. Sous ce qui semble être la direction directe du MI6 et de la CIA, l’Ukraine a lancé l’opération Spiderweb, une frappe visant à décapiter la triade nucléaire russe. Des camions kamikazes bourrés de drones, opérant depuis le territoire russe, ont attaqué les bases d’Engels, Belaya et Olenya, où sont stationnés les bombardiers stratégiques Tu-95MS et Tu-22M3. Ces frappes n’étaient pas symboliques. Elles ciblaient directement les piliers de la dissuasion nucléaire de second frappe.
C’était une répétition d’une première frappe, camouflée en provocation. Et cela s’est produit à la veille de pourparlers de paix prévus à Istanbul.
Les médias occidentaux ont exulté. Bernard-Henri Lévy a qualifié l’opération de « brillante ». Fox News s’est interrogé : l’Ukraine pourrait-elle « recommencer » ? Le Washington Post a loué la détermination ukrainienne. Personne n’a évoqué la doctrine nucléaire russe. Mais Moscou a parfaitement compris le message. Et nous devrions en faire autant.
En 2024, la Russie a révisé sa doctrine nucléaire. Elle autorise désormais le recours à l’arme nucléaire non seulement en réponse à une attaque nucléaire, mais aussi face à toute frappe conventionnelle compromettant sa capacité de dissuasion. C’est précisément ce qu’a fait l’opération Spiderweb. Et pourtant… Poutine a patienté. Il n’a pas riposté dans la précipitation. Il n’a pas frappé Londres. Il n’a pas escaladé au niveau stratégique, malgré cet outrage à la ligne rouge absolue. Il s’est tu. Il a ordonné une enquête. Il a répondu à un appel du président Trump, qui a nié toute implication. Puis il a attendu encore.
Car ce qui suivra ne relève pas de la tactique. Il s’agit de l’Histoire.
Le Kremlin sait qui est derrière cette opération. Des sources confirment qu’il s’agit d’une manœuvre conjointe du MI6 et de la CIA. Scott Ritter a détaillé l’attaque. Pepe Escobar a analysé ses retombées géopolitiques et la rupture du traité START révisé. Ce qui me sidère, c’est la manière dont l’Occident a normalisé psychologiquement l’escalade nucléaire. La dissuasion n’a plus d’effet sur une génération qui ne craint plus la guerre.
Et pourtant, les dirigeants occidentaux, déconnectés des conséquences, prennent la retenue pour de la faiblesse et la patience pour une capitulation.
En Russie, la pression est explosive. « Libérez les Oreshniks ! » est devenu un cri de ralliement national. Le peuple exige une riposte, pas des discours. Mais Poutine n’est pas guidé par la fureur. Il agit avec une lucidité civilisationnelle. Le prochain mouvement ne sera pas impulsif. Il sera stratégique. Total. Asymétrique. Dévastateur.
Car la Russie ne bluffe pas. Elle calcule. Elle se souvient. Et si elle décide de répondre à cet acte de guerre non déclaré, aucun éditorial du Washington Post ne pourra réécrire la suite. Aucun sénateur – suivez mon regard, Lindsey – n’en sortira indemne.
Aucun centre de commandement de l’OTAN ne sera hors d’atteinte.
Trump dispose encore d’une fragile marge de déni plausible. Mais si un tel acte se reproduit et qu’il reste passif, Moscou interprétera son silence comme un assentiment.
L’Occident joue avec le feu dans une pièce saturée de carburant. Jusqu’à présent, Poutine a retenu l’allumette. Non par crainte, mais par responsabilité… pour la Russie pour l’ordre mondial, pour l’humanité.
En ce Jour de la Russie, ne vous contentez pas de brandir des drapeaux ou de chanter l’hymne. Prenez conscience de ce que nous avons failli perdre – et de ce que nous risquons encore de perdre. L’opération Spiderweb entrera dans l’Histoire comme un test des limites d’une civilisation. L’Occident a confondu patience et reddition.
Une erreur qu’aucun empire ne commet deux fois.

11 mai 2025

Natalia Routkevitch
9/5/2025


Ce Jour-là

Pour de nombreux observateurs occidentaux, il est difficile de comprendre le sentiment des Russes — ou plutôt des ex-Soviétiques — qui célèbrent en masse, dans une atmosphère solennelle réunissant toutes les générations, ce qu’ils considèrent comme leur plus grande fête commune.
Ce n’est pas simplement une commémoration officielle d’un événement historique, ni un moment récupéré par les hommes politiques à des fins opportunistes, ni un simple hommage populaire, ni un jour de gloire, ni un jour de deuil. C’est tout cela à la fois, mais, par-dessus tout, un grand rituel sacré, une immense communion, une liturgie dans laquelle on se sent profondément impliqué — jusqu’aux larmes, à une émotion d’une intensité incomparable.
Ce sentiment peut paraître étrange, incompréhensible, absurde, archaïque, artificiel, forcément fruit de propagande et de manipulation.
Les détracteurs des festivités russes, nombreux en Occident, parlent de « la rage de la victoire », du « virus du 9 mai » et d'autres formulations péjoratives. Ils ont néanmoins raison sur un point :
ce jour-là, l’histoire — au sens strict de la chronologie des faits — compte moins que la charge symbolique, mythique, religieuse de l’événement.
- Sous Poutine, écrit le philosophe russe Pavel S., la Victoire est devenue un mythe. Le temps des témoins vivants est révolu. Il ne reste qu’une sorte d’icône — une image et un récit auxquels on s’associe, auxquels on participe. Et tout comme l’icône de la Transfiguration rayonne d’une lumière indicible, la Victoire brille dans la mémoire du peuple russe comme une lumière de rédemption, de sacrifice, de sens retrouvé. C’est là qu’est sa vérité — non dans le comptage exact des obus, des divisions ou des pertes à un moment donné de l’espace-temps. -
La Victoire n’est plus (seulement) un souvenir, mais un culte, un autel autour duquel un peuple se rassemble, se recueille, communie — réuni par cette mémoire en un seul corps.
Les peuples privés de mémoire commune se désagrègent. Ceux qui ont choisi de déconstruire plutôt que de s’unir autour de mythes partagés se délitent.
Foi, mythe, religion sont nécessaires pour maintenir l’unité, pour prévenir l’effondrement et la division. Or, « on ne se rejoint véritablement que dans l’au-delà », disait Régis Debray.
Cela peut sembler une évidence. Et pourtant, nombreux sont ceux qui ont renoncé à « l’au-delà » ; qui ont choisi de déconstruire, d’abdiquer, et d’enseigner une vision dite « objective et neutre » — ce qui est, bien sûr, un leurre.
Ceux qui dénoncent le caractère mythologique ou l’instrumentalisation de la mémoire de la Seconde guerre mondiale en Russie font preuve de duplicité lorsqu’ils prétendent remplacer un récit mythique par un récit factuel et neutre.
Le fait nu est neutre, dénué de toute signification. Il n’oriente pas le regard.
Ceux qui revendiquent la neutralité proposent en réalité leur propre vision du monde, leur propre foi, masquée sous les traits de la « vérité historique ». C’est une foi spécifique, foi d’un homme post-historique — mais cela, c’est un autre sujet.
Toujours selon Pavel S., les différentes versions de la mémoire de la Victoire ne sont pas simplement des récits concurrents, mais des liturgies opposées.
Chacune a ses canons, ses dogmes, ses anathèmes. Un même jour — le 9 mai — devient, selon le mythe auquel on adhère, soit une fête du salut, soit un culte de la culpabilité.
C’est pourquoi toute tentative de réconciliation dans un cadre « européen » ou « mondial » lui semble aujourd’hui vouée à l’échec : les liturgies sont trop opposées. Le conflit autour de la Victoire n’est donc pas un débat d’historiens, mais une forme de guerre de religion.
Je lis enfin Egor K., poète de la ville martyre du Donbass, Gorlovka, qui écrit ceci :
« La guerre que nous menons ici depuis onze ans, c’est un combat acharné pour pouvoir garder notre mémoire, notre code culturel, notre identité — notre droit de fêter le 9 mai, le drapeau rouge à la main, comme nous l’avons toujours fait. C’est une guerre pour notre foi. »
Bonne fête à tous ceux qui se sentent concernés !













Christian Dubuis Santini
11/5/2025

"Enfoncez ces plans de paix dans vos culs de non-binaires"

Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe, a réagi dans un message sur X à la proposition d'un cessez-le-feu de 30 jours émanant de l'Europe et des États-Unis…

13 avril 2025

C’est quoi, les Russes ?

Kuzmanovic Georges

-13/4/2025- On me pose souvent cette question depuis le début du conflit en Ukraine (en 2014), et plus encore depuis que des crétins ignorants des bases de la géopolitique m’ont qualifié de "pro-russe".
D’abord, je ne suis pas "pro-russe". Tout au plus – et clairement – russophile. Je suis également un géopoliticien de l’école réaliste. Il vaut toujours mieux le rappeler.
« C’est quoi, les Russes ? », ou « Que sont les Russes ? », m’a-t-on demandé de bien des manières : parfois sur un ton agacé, parfois admiratif, mais le plus souvent révélant une ignorance crasse – dont seuls l’école et les médias sont responsables. Car ces derniers dépeignent trop souvent la Russie comme un ennemi ontologique.
Ma réponse varie selon le contexte : parfois un exposé historique, parfois géopolitique, parfois culturel. La Russie est l’une des dix, sinon des cinq plus grandes civilisations au monde en termes d’apports scientifiques, artistiques et culturels au patrimoine commun de l’humanité. Beaucoup l’ignorent, certains l’oublient volontairement, et d’autres encore l’occultent en pleine connaissance de cause.
Mais cela ne suffit pas. Cela ne répond pas à l’essence de la question : « C’est quoi, les Russes ? »
En vérité, seuls les récits et les contes peuvent y répondre.
En voici un – court, mais, je crois, significatif.
La photographie ci-dessous, prise en 1938, montre les enfants d’une famille modeste du village de Klouchino, dans la région de Smolensk, en URSS. De gauche à droite : Valentin, Boris (le plus jeune), Zoya, et, assis sur une chaise, Youri. Leur père est charpentier, leur mère laitière. Tous deux travaillent dans la ferme collective d’un kolkhoze.
En 1941, leur village – comme toute cette partie de la Russie jusqu’aux abords de Moscou – est occupé par les nazis.
Pour s’amuser, un soldat allemand tente de pendre le petit Boris à un arbre. Sa mère le sauve in extremis, profitant du moment où le soldat s’absente pour aller chercher son appareil photo, désireux d’immortaliser la scène.
Zoya, la grande sœur, est grièvement blessée par un autre soldat allemand qui la frappe avec une faux.
Le père est capturé alors qu’il sabote un moulin. Battu à mort, il survit mais reste invalide.
En 1942, Valentin et Zoya sont enlevés par les Allemands et envoyés dans un camp de travail forcé en Pologne. Fait rare : tous deux parviennent à s’en échapper séparément, et finissent par rejoindre l’Armée rouge.
Le reste de la famille survit tant bien que mal, dans un univers de destruction généralisée : pillages, meurtres, extermination des "sous-hommes" – Juifs, Slaves, Tziganes –, viols, famine…
La fin de la guerre, bien que synonyme de soulagement, ne marque pas la fin des épreuves : 28 millions de morts soviétiques, des villes rasées, des campagnes dévastées, des millions de blessés et d’invalides. Les hommes manquent. Les enfants qui ne naîtront jamais. Le bétail a été abattu à 99 %, et les choses les plus élémentaires – des chaussures, des vêtements – font défaut. L’URSS est une puissance victorieuse, fière, mais exsangue.
Et pourtant…
À peine seize ans plus tard, le 12 avril 1961, Gagarine devient le premier être humain à voyager dans l’espace.
C’est lui, Youri, le petit garçon assis sur le tabouret, sur cette photo.
Depuis l’espace, il déclare :
« Je salue la fraternité des hommes, le monde des arts… et Anna Magnani. »
À ceux qui se demandent : c’est ça, les Russes.
La géopolitique, les relations entre États, exigent une compréhension intime de ce que sont les peuples. Cette connaissance se perd. Emmanuel Macron a accéléré un processus – déjà entamé – de destruction du corps diplomatique français, jadis le deuxième du monde en 2017. Par ricochet, il a aussi affaibli la position géopolitique de la France.
La petite histoire de Youri et de sa famille éclaire des traits fondamentaux du peuple russe : une résilience hors du commun, une volonté farouche de résister et de survivre en tant que Nation, une énorme abnégation dans le travail et la capacité à se projeter dans l'avenir par les sciences et la technique.
L’ignorance et l’arrogance d’une Ursula von der Leyen ou d’un Bruno Le Maire – qui croyait pouvoir "mettre l’économie russe à genoux" – en disent long. Plus stupide encore est le projet néoconservateur de morceler la Russie en plusieurs entités (projet repris par Kaya Kallas, actuelle cheffe de la diplomatie de l’UE), objectif poursuivi sous couvert de l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine.
Avant, même les adversaires de l'URSS, les George Kennan, les Henry Kissinger, pour ne citer que les principaux, avaient une connaissance intime, quasi amoureuse, de la langue, de la culture, de la civilisation russe. On ne combat pas un adversaire qu'on ne comprend pas. L'affronter avec l'horoscope triomphant en bandoulière ne peut conduire qu'au désastre – ce qui pend aujourd'hui au nez de l'Union européenne.
Inspirons-nous de la sagesse de Youri Gagarine.
Bien que sa famille – comme son peuple – ait enduré des horreurs indicibles, il y a 64 ans, en revenant sur Terre, Gagarine déclarait :
« En regardant la Terre de loin, on réalise qu’elle est trop petite pour les conflits… et juste assez grande pour la coopération. »