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4 janvier 2026

LA JOURNÉE DES DUPES

Gabriel Nerciat
4/1/2026

C'est fou comme on s'amuse depuis 24 heures.
À peine Macron et les porcelets européistes ont-ils tous (Sanchez excepté) félicité Trump pour l'excellence de sa razzia vénézuélienne, jetant ainsi aux orties en quelques heures tous les grands discours qu'ils ont pondus sur l'Ukraine et le droit multilatéral depuis 2022, que leur seigneur et maître d'outre-Atlantique leur fait aussitôt savoir qu'il n'est pas question de rappeler à Caracas la bouillante pasionaria libérale Maria Corina Machado, qui a eu l'impudence de lui ravir le prix Nobel de la Paix l'an dernier, ni même le malheureux Edmundo Gonzalez Urrutia, qui avait concouru contre Maduro lors des élections présidentielles de 2024.
C'est une seconde douche froide, encore plus glaciale que la première.
Non seulement lécher le cul du président américain ne sert à rien, sinon entretenir sa propre honte, mais en plus ce dernier ne tarde pas à vous faire savoir qu'il a son propre papier hygiénique, et nullement besoin de langues bien trop prostituées pour lui être encore agréables.
En réalité, je crois qu'il ne faut pas se tromper sur le sens de ce qui vient de se passer : Donald n'est pas devenu un nouveau dirigeant néo-con désireux de justifier par des changements de régime des guerres impérialistes coûteuses et prédatrices.
Il suffisait d'écouter ce qu'il a dit hier, devant la presse : le seul mot qui revenait sans cesse dans sa bouche, outre la référence attendue au président Monroe et à sa doctrine, était "oil".
Pour l'Amérique, deux choses essentielles sont en jeu : maintenir le statut impérial du dollar, lié depuis 1976 à sa fonction de pétrodollar, et avoir la main sur une part suffisamment conséquente des réserves d'or noir pour endiguer la montée de la puissance chinoise, avide d'hydrocarbures, sans pour autant continuer à dépendre des complexes et dangereux conflits du Moyen-Orient arabe (les éternels idiots pro-israéliens qui spéculent sur une agression contre l'Iran risquent d'attendre longtemps, d'autant plus que la Chine, désormais privée de son second fournisseur de pétrole, ne la regarderait pas sans réagir).
À cela, Trump ajoute un troisième objectif : non pas tant la lutte contre les narco-trafics que celle contre l'immigration clandestine, venue pour l'essentiel de l'ancienne zone bolivarienne.
Ceux qui pensent que l'action d'éclat d'hier signifie le retour de la puissance mondiale américaine, leader de l'Occident, se trompent : elle acte au contraire un repli significatif sur le théâtre continental américain (je ne suis même pas persuadé que Cuba soit dans le viseur de la Maison-Blanche), et constitue un encouragement pour Xi comme pour Poutine de consolider leurs propres zones d'influence régionales sans plus s'embarrasser des reliquats du droit international.
Après Maduro, le satrape pétomane de Kiev est le grand perdant de la journée d'hier. En attendant sans doute le dérisoire Premier ministre de Taïwan, Cho Jung-tai, qui a pu vérifier de quelle manière la Chine est en mesure d'imposer à son île un embargo total.
Reste qu'il est beaucoup plus facile d'enlever un potentat semi-mafieux et son épouse sans trop de casse que de renverser un système politique, aussi népotique et criminel soit-il.
Rappelons qu'à l'heure qu'il est, le régime bolivarien, même privé de Maduro, est toujours en place à Caracas, et que nulle foule révolutionnaire en liesse n'est descendue dans la rue pour applaudir l'intervention de la République impériale.
À mon avis, il est assez probable que l'administration Trump (à l'inverse de celle de Bush en Irak) va tenter de maintenir en place une partie notable des dignitaires bolivariens (à commencer par ceux qui ont trahi Maduro) en échange d'un protectorat tacite qui consistera essentiellement à sécuriser le retour des grandes compagnies pétrolières américaines au Venezuela.
Rien ne dit d'ailleurs que l'opération est d'ores et déjà en voie de réussir : il se peut très bien qu'une partie des anciens partisans de Chavez, ainsi que l'opposition libérale flouée, refusent de jouer le jeu, et que le pays sombre assez vite dans un début de guerre civile que les Américains n'auront nullement les moyens d'endiguer.
Mais on sait que semer le chaos avant de partir est, au moins depuis le Vietnam, leur grande spécialité.
Tout reste à faire, donc.
Sauf pour ce qui regarde le déclassement et l'humiliation de l'Europe, quant à eux déjà totalement consommés.vene

3 janvier 2026

Anna Rocca
3/1/2026

Les 72 prochaines heures sont critiques pour le monde


Si les États-Unis parviennent à imposer un contrôle sur le Venezuela, et par extension sur les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, cela marquera un tournant majeur dans l’équilibre des puissances mondiales.
Une telle démarche ne viserait pas à restaurer la démocratie ou à protéger les droits humains, mais à réaffirmer une domination stratégique sur l’énergie, les routes commerciales et les alliances régionales.
Dans ce cas, l’Iran passerait probablement en tête des priorités stratégiques de Washington.
Assurer un contrôle sur le pétrole vénézuélien réduirait la vulnérabilité des États-Unis aux perturbations énergétiques dans le Golfe et fournirait un coussin contre les chocs d’approvisionnement en cas de confrontation avec l’Iran.
Avec une source fiable alternative de brut lourd sous son influence, Washington serait mieux placé pour absorber ou compenser la destruction ou l’arrêt des infrastructures énergétiques dans le golfe Persique en temps de guerre.
Cela réduirait le coût économique de l’escalade et rendrait la pression militaire contre l’Iran plus politiquement et économiquement gérable.
Parallèlement, un tel contrôle renforcerait la capacité des États-Unis à façonner les flux mondiaux de pétrole et les prix, en consolidant le rôle central du dollar sur les marchés énergétiques et en aidant à préserver le système du pétrodollar qui sous-tend la puissance financière américaine.
Le Venezuela deviendrait ainsi bien plus qu’une question régionale. Il deviendrait un précédent stratégique, une démonstration que la pression économique, l’ingénierie politique et, si nécessaire, la force peuvent être utilisées pour restructurer des États souverains et réaligner l’équilibre mondial des puissances.
Cependant, si les États-Unis s’emmêlent dans le Venezuela et font face à une résistance soutenue, l’issue changerait radicalement.
Une crise prolongée épuiserait le capital politique, étirerait les ressources militaires et économiques, et affaiblirait la capacité de Washington à projeter sa puissance ailleurs, y compris au Moyen-Orient.
Cela compliquerait aussi la planification stratégique israélienne, étroitement liée au levier régional américain.
Ce qui se passe au Venezuela ne restera pas en Amérique latine. Cela façonnera l’avenir du contrôle énergétique, les limites de la puissance américaine et l’orientation des confrontations géopolitiques bien au-delà de Caracas.
Source : Ibrahim Majed