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6 juillet 2026

H16
6/7/2026

1000 € le fonctionnaire, 90.000 € les 100 kg : bienvenue dans la République à prix cassés

Un café offert, une place pour le match, un billet de 200€ « pour dépanner » et puis, un jour, une question anodine : « Tu peux juste me dire si Machin est en garde à vue ? » Trop tard, le fonctionnaire est ferré.

Multipliez ce petit manège par les 7 milliards € de chiffre d’affaires annuel du narcotrafic français et vous obtenez une machine à acheter la République pièce par pièce, de la surveillante de prison au maire de province. À ce tarif, l’État n’est même plus à vendre : il est soldé.


Le constat, (étonnamment) dressé dans une récente enquête de Radio France, est proprement effarant.

Selon l’Agence française anticorruption, 60% des affaires de criminalité organisée comportent désormais un volet de corruption. Les signalements pour corruption et favoritisme ont bondi de 45% en 3 ans pour atteindre 1125 cas en 2025, pendant que les règlements de comptes faisaient 110 morts en 2024. Quant au législateur, il reconnaît lui-même que 173 villes sont touchées et qu’il n’existe plus de « zones blanches » épargnées par le trafic. Il est loin le temps où quelques ports français, dont la cité phocéenne, jouissaient seule du douteux privilège d’avoir une mafia ; à présent, la gangrène irrigue tout le territoire, jusqu’au moindre chef-lieu de canton.

Et ce constat ne tombe pas du ciel, les exemples abondent.

Dans la Drôme, la préfète annonçait fin juin l’interpellation de 67 personnes en quelques semaines, dont 10 tueurs à gages, et le démantèlement de trois équipes criminelles armées de kalachnikovs et de fusils à pompe, le tout sur fond d’incendie criminel d’un immeuble d’habitation à Valence qui aura blessé 14 personnes.

La mexicanisation du pays est telle que même la préfète admet « qu’on a passé un cap dans le cycle de la violence », dans un département qui évoque plutôt le nougat que Medellín.


À Marseille, capitale incontestée de la narco-corruption, le parquet traite désormais 31 dossiers de corruption, contre 17 quelques mois plus tôt, au point qu’une cellule anticorruption, première du genre en France, y a été créée en octobre dernier.

On y découvre ainsi une greffière du service de l’application des peines écrouée pour avoir renseigné la DZ Mafia, un avocat lyonnais mis en examen pour avoir servi de standard téléphonique nocturne à un chef de réseau incarcéré, et même un agent de l’Office anti-stupéfiants (OFAST) censé incarner le fer de lance de la lutte qui comparaîtra prochainement pour corruption… OFAST qui qualifie cette narco-corruption de « menace systémique » (c’est une expertise de terrain, manifestement).

La corruption va si loin que les réseaux « investissent dans l’avenir », et se sont donc logiquement intéressés aux municipales de 2026, en demandant par exemple aux édiles de déplacer une caméra de vidéosurveillance, d’attribuer un local ou un logement, de dégoter un emploi fictif, un permis de construire ou une part de marché public, avec en échange des voix, des associations de quartier bien orientées, voire un financement de campagne qui fera d’une pierre deux coups en blanchissant au passage l’argent de la came.

Le président de la commission des comptes de campagne le dit sans détour : « la capacité corruptive est immense ». De Limoges à Vannes en passant par Poitiers ou Angoulême, plus aucune sous-préfecture n’est trop modeste pour mériter son petit investissement narcotique de derrière les fagots.


Il faut dire que le chemin vers la corruption est remarquablement bien balisé, et les trafiquants ne s’attaquent pas aux ministres, trop chers et trop exposés. Ils ciblent les maillons faibles de la chaîne pénale, le surveillant endetté, la greffière isolée, le docker en mal de reconnaissance, avec une grille tarifaire connue et presque attendrissante de modestie : 1000 euros pour un renseignement, 500 euros par téléphone introduit en détention, 90 000 euros pour faire entrer 100 kilos de cocaïne par les ports de Marseille ou du Havre.

À la prison de Luynes, on a saisi 2100 téléphones en 2025 pour environ 2300 détenus, ce qui donne un excellent taux d’équipement de la population carcérale et, accessoirement, de la porosité du personnel pénitentiaire. Pour la partie patrimoniale, les notaires font l’affaire : Tracfin a vu leurs signalements tripler en deux ans.

Pendant ce temps, la couverture médiatique du sujet oscille entre le minimal et l’anesthésiant.

Hormis l’enquête récente de France Inter, un grand angle de Slate et le travail méritoire mais occasionnel de la presse régionale, le sujet se cantonne souvent au rayon « faits divers », entre la fête à la saucisse et le happening lecture queer organisé par la mairie, alors qu’il s’agit d’une entreprise méthodique de rachat de l’appareil d’État.

On ne trouve pas de Une nationale pour montrer qu’on a dépassé quelques brebis galeuses, et qu’on est face à un système entier. Pour les médias nationaux, il y a peu à dire, et surtout rien à titrer.

Bien sûr, si certains en croquent, d’autres en pâtissent, à commencer par le contribuable français qui finance chaque année des dizaines de milliards pour la police, la justice et les prisons, avec pour résultat un appareil répressif que les trafiquants neutralisent pour le prix d’une citadine d’occasion.


Autrement dit, le contribuable paie deux fois : une première pour une répression qui ne réprime pas, une seconde pour les enveloppes qui achèvent de l’enrober dans le néant. D’ailleurs, avec l’élégance feutrée dont elle est coutumière, la Cour des comptes a résumé l’affaire en décembre dernier en notant qu’en matière d’anticorruption, le secteur public français est une « béante faille ».

En effet, la loi Sapin 2 impose depuis 2016 aux entreprises privées cartographies des risques, protocoles de signalement et compliance rigoureuse, alors que le secteur public s’est soigneusement exonéré de toute obligation équivalente. Le dispositif anticorruption national plafonne à une vingtaine de millions d’euros par an sur 1500 milliards de dépenses publiques (une erreur d’arrondi), qui permettent à peine d’enregistrer 934 infractions à la probité en 2024, 300 à 400 condamnations par an depuis quinze ans, plus de la moitié des procédures classées sans suite, et une France qui glisse doucement dans les tréfonds du classement de Transparency International dans l’indifférence générale.

Et concrètement, inexorablement à la faveur de cette gangrène, le pouvoir se déplace et n’est plus exactement à l’Élysée, mais plutôt avec celui qui choisit quel fichier de police sera consulté, quel téléphone entrera dans quelle cellule, quel message sortira par quelle « ligne avocat » et, bientôt, quel maire sera élu dans quelle commune. L’État achève de devenir un théâtre avec ses apparences, ses cortèges et ses conférences de presse pendant que les trafiquants récupèrent la substance et les coulisses.

Nayib Bukele, au Salvador, avait résumé la mécanique avec sa brutalité coutumière : quand la corruption s’installe ainsi à tous les étages d’un État, c’est que les autorités elles-mêmes y trouvent directement leur compte, et l’on ne commence à s’en sortir qu’en destituant les juges corrompus (ce que, du reste, il fit sans trembler). Ici, une telle idée ne déclenche que des cris d’orfraie, où l’on préfère créer un énième parquet spécialisé, un observatoire supplémentaire et un plan quadriennal de la probité. Avec un numéro vert, pourquoi pas.

La France, elle, continue tranquillement sa descente aux enfers, rongée par deux maux. Le premier, celui de la corruption, a atteint les autorités, les administrations et les politiciens. Le second, plus grave et plus insidieux encore, a atteint les citoyens : c’est celui du déni. En refusant obstinément de voir l’ampleur du problème, ces derniers se rendent incapables de le régler.

Ce pays est foutu.


https://h16free.com/2026/07/06/84638-1000e-le-fonctionnaire-90-000e-les-100-kg-bienvenue-dans-la-republique-a-prix-casses

3 décembre 2025

La seule Startup Nation qui réussit : le narcotrafic

H16

-1/12/2025- La France n’est peut-être pas un coupe-gorge (enfin disons, pas partout), mais elle commence de plus en plus à ressembler à une plaque tournante de toutes les drogues possibles et imaginables.

Il suffit de taper « narcotrafic » dans la recherche Google News pour découvrir une actualité véritablement foisonnante en la matière : trafics en tous genres, règlements de comptes musclés, corruption et commentaires politiques, il ne manque plus guère que le prix des produits et des prestations ainsi que les lieux et horaires de distribution pour que l’information soit vraiment complète (le Click & Collect et les programmes de fidélité existent déjà).


Cependant, parallèlement à ces nouvelles qui montrent que le climat des affaires n’est pas systématiquement pourri en France, on trouve d’autres informations qui montrent que ces trafics et ce commerce alternatif largement entourés de violences et de coercition brutale commencent à avoir des effets de bords palpables sur le reste de la société.

Eh oui : alors qu’une ou deux décennies en arrière, la production, la distribution, le commerce et la consommation de drogues en France pouvaient encore se targuer d’être relativement marginaux ou en tout cas suffisamment discrets pour ne pas se répercuter trop visiblement sur l’activité économique et sociale du reste du pays, il n’en va désormais plus de la même façon. Ces derniers mois, des faits divers inquiétants s’accumulent qui montrent que le narcotrafic et l’insécurité qui l’accompagne pèsent de plus en plus lourd sur l’économie et la société françaises.

Du reste, cela a été mentionné l’année dernière dans un rapport officiel du Sénat dont les informations et principales conclusions peuvent être facilement consultées en ligne, mais qui n’ont apparemment marqué ni les décideurs politiques, ni les journalistes qui n’en ont guère parlé.

Pourtant, ce phénomène du narcotrafic en France est tout de même qualifié de – je cite le rapport – « submersion », affectant tous les territoires, y compris les zones rurales et les villes moyennes. Et le fait d’avoir discrètement intégré ce trafic dans le PIB français – mais pas la prostitution, un peu de tenue, que diable ! – histoire d’en compenser, au moins en partie, les effets délétères commence à montrer ses limites.

Car à présent, les faits divers se succèdent et se ressemblent et ne pointent pas sur une amélioration de la situation. Au contraire.


Ainsi, en l’espace de quelques semaines, on apprend par exemple que l’un des sites de bureaux de BNP Paribas, actuellement situé à Aubervilliers, va fermer et les salariés qui y étaient installés redéployés dans les autres sites de la banque française. La presse, qui relate l’événement, fait des pieds et des mains pour minimiser les raisons pourtant explicites de cette fermeture, à savoir l’insécurité galopante directement liée aux trafics de stupéfiants tout autour des lieux et dans le quartier Rosa Parks. Certains notent pudiquement que « la greffe n’a pas pris » en lieu et place d’un constat d’échec de faire revenir un semblant de sécurité dans le quartier.

Dit plus crument mais aussi de façon plus réaliste : manifestement, les dealers étaient de meilleurs commerciaux que les banquiers et les autorités ont perdu face aux crackheads, aux dealers et aux gangs installés tout autour.

Du reste, ce qui arrive à BNP Paribas n’est qu’une simple occurrence d’un phénomène plus large puisqu’on apprend la même chose pour l’enseigne Leroy-Merlin dont un des magasins, situé lui aussi – c’est une coïncidence – dans le quartier Rosa Parks va bientôt fermer ses portes.

Et toujours au nord de Paris, on notera la fermeture du Décathlon du Stade de France, pourtant le plus grand magasin de l’enseigne, qui est lui aussi confronté à des soucis économiques. Il ne peut y avoir aucun lien avec l’insécurité générale, voyons.

Pour ceux qui voudraient feindre de croire que ce genre de problèmes n’est qu’un avatar de la métropole parisienne, notons cependant que l’insécurité et les gangs se retrouvent maintenant partout, depuis les villes moyennes jusqu’à la campagne.

La violence qui émaille les faits divers parisien décore maintenant les pages « police & justice » des quotidiens régionaux.

Difficile par exemple de passer à côté de la fermeture d’un site Orange de 1000 personnes à Marseille : les locaux, véritablement assiégés par les dealers et les trafiquants, ont poussé la direction à rediriger ses salariés dans d’autres lieux plus compatibles avec leur sécurité et un commerce plus traditionnel et moins dangereux. Les autorités, appliquant leur seul domaine d’expertise, ont courageusement menti et nié toute existence d’un quelconque problème de drogue aux alentours, et expliquent n’avoir même reçu aucun appel. N’oubliez cependant pas de payer vos impôts.


Ces problèmes de trafic de drogue hors de contrôle qui s’impose par la violence, la présence de dealers et les frictions inévitables avec les forces de l’ordre ou les commerces habituels qui entraînent, là aussi, violence et insécurité, ont donc bel et bien un effet catastrophique de plus en plus visible.

Parallèlement, à Nîmes, c’est le PDG de Bastide, une entreprise spécialisée dans le matériel médical, qui a été enlevé et frappé dans un « homejacking » violent, dépouillant l’homme de plus d’un million d’euros de produits de luxe. Une simple recherche dans Google News donne un bon aperçu de la multiplication de ces kidnappings de victimes (supposées) riches et autres « homejackings », pour des montants parfois ridicules.

Cependant, le délitement de l’autorité, l’incapacité du régalien à faire régner l’ordre sur des zones de plus en plus vastes du territoire s’étendent de façon moins visible mais tout aussi préoccupante à d’autres domaines. Il ne fait pas l’ombre d’un doute que les mafias de la prostitution et des trafics de drogue ont aussi des liens avec celles qui occupent les pickpockets ou les voleurs de métaux.

Ces derniers ont un coût énorme pour la société française : les incidents se multiplient par exemple sur les lignes SNCF – ou dans les stations de recharge – de façon quotidienne, au point d’imposer de nouvelles façons de surveiller les voies et de générer un triplement des préjudices supportés par la société ferroviaire.

Et au-delà du coût économique et social catastrophique, ces exemples et l’abandon par l’État de ces pans entiers de territoire à des mafias locales, cette véritable mexicanisation de l’Hexagone illustrent une fois encore au mieux l’incompétence des politiciens qui refusent de rassembler le courage de lutter contre ces fléaux, ou, au pire, leur complète connivence : pour que ces gangs prospèrent à ce point, c’est que certains politiciens y ont un intérêt direct et indirect.

Dès lors, sans le moindre doute, le peuple français est mené à l’abattoir par des incapables et des corrompus.

Ce pays est foutu.


https://h16free.com/2025/12/01/82740-la-seule-startup-nation-qui-reussit-le-narcotrafic