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14 septembre 2026

Gastel Etzwane
14/9/2026

Ukraine : si même LCI en parle, c’est que quelque chose a changé


Il aura fallu plus de quatre ans de guerre, des centaines de vidéos et une accumulation de témoignages pour que LCI découvre enfin la « mobilisation par la force » en Ukraine. Le 13 septembre, la chaîne diffuse les propos d’un recruteur ukrainien qui décrit des hommes frappés ou contraints de monter dans des bus et juge ces méthodes « inacceptables ». Le bandeau, cette fois, ne prend même plus de précautions : « Ukraine, mobilisation par la force : ils témoignent ».
L’information n’est pourtant pas nouvelle. Depuis des années, des vidéos montrent les méthodes brutales de certains centres territoriaux de recrutement, au point que les Ukrainiens ont eux-mêmes donné un nom au phénomène : la « busification ». Les plaintes se sont multipliées et les autorités ukrainiennes ont dû reconnaître l’existence d’abus. Mais en France, ces images ont longtemps été regardées avec une extraordinaire méfiance dès lors qu’elles contrariaient le récit dominant : les montrer, c’était risquer aussitôt l’accusation de relayer la propagande russe.
C’est pourquoi cette séquence est intéressante. Quand LCI elle-même, qui aura été depuis 2022 l’une des vitrines médiatiques françaises les plus constantes du récit ukrainien, en vient à montrer ce qu’elle aurait naguère entouré de toutes les précautions, ce n’est pas la réalité ukrainienne qui vient soudain de changer : c’est le discours occidental qui commence à bouger.
Après quatre années de guerre d’attrition, l’Ukraine éprouve de graves difficultés de recrutement. Les images deviennent trop nombreuses, les témoignages trop concordants et les abus trop officiellement reconnus pour continuer à les ranger commodément dans la case « propagande russe ». Le verrou médiatique se desserre parce que les faits finissent par l’enfoncer.
Il s’agit de constater qu’une guerre ne devient pas plus juste parce qu’on en dissimule les réalités embarrassantes. Pendant des années, certaines images ukrainiennes étaient suspectes avant même d’être examinées. Aujourd’hui, LCI les diffuse elle-même. Si même cette chaîne est contrainte de regarder de ce côté-là, c’est peut-être que le récit qui tenait depuis 2022 commence, lui aussi, à manquer d’hommes.

12 septembre 2026

Christian Potier
12/9/2026

5 MILLIONS PLANQUÉS CHEZ UN PROCHE DE ZELENSKY. ET BRUXELLES REMET 6,1 MILLIARDS.


Encore un.
Pas un petit fonctionnaire. Un "fonctionnaire de la sécurité" proche de Zelensky. Arrêté. Et chez lui : 5.000.000 de dollars en cash. Planqués. Dans une cachette.
Ce n'est pas le premier. C'est le dixième. Le vingtième. À chaque fois, la même scène. Le NABU débarque, ouvre un coffre, une valise, un placard, et trouve des millions qui auraient dû être des drones, des gilets, des munitions pour le front.
Hier c'était Yermak, le bras droit de Zelensky, mandat d'arrêt pour blanchiment. Avant-hier c'était Minditch, l'oligarque proche du pouvoir, qui touchait des pots-de-vin sur les contrats d'énergie pendant que les Ukrainiens grelottaient. Ministres de l'Energie et de la Justice démissionnés. Et maintenant, 5 millions sous un matelas.
ET PENDANT CE TEMPS, À BRUXELLES ?
Le 11 septembre, la Commission approuve 6,1 MILLIARDS DE PLUS. Pour des drones et des missiles.
6,1 milliards qui s'ajoutent aux 220,2 milliards déjà déversés depuis 2022.
Personne ne demande de compte. Personne ne dit : "Stop, où est passé l'argent d'avant ?" On signe. On vire. On fait un communiqué avec "soutien indéfectible".
C'est ça qu'on appelle une guerre à guichet ouvert, CHERS AMIS.
L'argent part de Bruxelles, les preuves de détournement s'accumulent à Kiev, et le robinet reste GRAND OUVERT quand même.
On ne finance plus la victoire de l'Ukraine. On finance les prochaines cachettes.
Un fonctionnaire avec 5 millions planqués, ce n'est pas un fait divers. C'est la preuve que le contrôle N'EXISTE PAS.
Et ils vont encore nous demander combien de valises avant d'arrêter ?
L'EUROPE N'EST PLUS UNE UNION. C'EST UN DISTRIBUTEUR AUTOMATIQUE SANS TICKET.
CONCLUSION : QUI PEUT ENCORE CROIRE QUE ZELENSKY NE S'ENRICHIT PAS ?
Voilà la question que tout le monde se pose tout bas, CHERS AMIS.
5 millions chez son homme de la sécurité. Mandat d'arrêt contre Yermak, son bras droit, son ombre, son frère pendant 6 ans à la tête de son cabinet. Son oligarque Minditch qui se gave sur les contrats d'énergie pendant que le pays est dans le noir. Ses ministres qui démissionnent les uns après les autres pour corruption.
Tout son premier cercle tombe pour blanchiment, détournement, pots-de-vin.
Et lui ? Zelensky ? L'intouchable ? Le héros en kaki de BFM et LCI ?
Toujours propre. Toujours blanc. Toujours victime.
Qui peut croire ça ? Qui peut croire qu'un homme dont tout l'entourage proche planque des millions en cash dans ses appartements, ne serait au courant de rien et ne toucherait rien ?
Avec toutes les rumeurs qui circulent depuis 2022 – les villas, les comptes, les fortunes familiales qui explosent – comment ne pas se poser la question ?
Et bien sûr, silence radio dans les médias gauchistes.
Pas un mot sur LCI. Pas un mot sur France Info. Pas un mot chez les fact-checkers qui passent leur vie à traquer une faute d'orthographe du RN.
Quand il s'agit de Zelensky, la consigne est claire : on se tait. On ne creuse pas. On vire les 6,1 milliards et on applaudit.
Si c'était un chef d'État africain ou un élu du RN avec 5 millions planqués chez son garde du corps, il ferait la une pendant 3 mois non-stop.
Mais pour Zelensky, c'est "de la propagande russe".
Non, CHERS AMIS. Ce n'est pas de la propagande. Ce sont les arrestations du propre Bureau Anti-Corruption Ukrainien, le NABU. Ce sont leurs propres juges qui lancent les mandats.
Le système pue. L'argent disparaît. Et les médias ferment les yeux pour ne pas voir qui s'enrichit au sommet.

10 septembre 2026

Anne Mansouret
9/9/2026

NON… PAS QUESTION !
 « das kommt nicht in Frage ! »


Depuis le 24 février 2022 je le répète en boucle : il n’est pas question pour la France de combattre la Russie au côté de l’Ukraine.
Macron est allé beaucoup, beaucoup, beaucoup trop loin dans le piège de la cobelligérance avec Zelensky en engloutissant des milliards dans ce conflit qui ne concernait en aucun cas la France ou l’Union européenne.
Depuis le 24 février 2022 je suis prête à parier :
- Que jamais Vladimir Poutine n’a eu la moindre intention « d’envahir l’Europe » et encore moins la France.
- Qu’il n’y a aucun exemple de chef d’État dans l’Histoire du Monde devenu « conquistador » à passé 70 ans et qu’il n’y a aucune raison pour que Vladimir Poutine soit le premier…
- Que ce conflit frontalier entre la Russie et l’Ukraine concerne la Russie et l’Ukraine, point barre ; que 1914 comme 1939 nous a appris que les conflits frontaliers sont générateurs de guerres mondiales et qu’il est préférable de ne pas s’y engager lorsque nos intérêts nationaux ne sont pas directement en cause.
- Que la France avait juste un rôle purement diplomatique à jouer, que Macron n’a pas su ou pas voulu jouer, obsédé qu’il était par sa pathologie psychologique guerrière et sa fascination pour Zelensky.
- Que la France aurait dû procurer une aide exclusivement humanitaire aux Ukrainiens et ne pas prendre parti de façon aussi partiale pour l’Ukraine, en déclenchant une russophobie dangereuse et qui plus est totalement infondée.
- Que vu l’état de nos finances et de notre endettement, il est hors de question de donner, sous quelque forme que ce soit (en direct ou via l’UE) un cent de plus à Zelensky.
Aujourd’hui, la position de Pistorius et du gouvernement Merz est inacceptable : c’est à vous donner envie de voter pour l’AFD…
Je ne suis pas qualifiée en matière d’armement et je ne connais pas les éléments techniques du dossier. Mais vider nos stocks d’armement et plonger tête baissée dans une guerre contre la Russie, juste pour faire plaisir au complexe militaro industriel allemand…
C’EST NEIN !
Gabriel Nerciat
9/9/2026

UKRAINE, QUAND LES MASQUES TOMBENT

En Ukraine, on vient de découvrir, sans doute grâce à une taupe de la CIA, que c'est celui-là même qui devait organiser, au nom de Zelensky, la lutte contre la corruption au sein des plus hautes sphères de l'Etat, le procureur général Kravchenko, qui en était l'un des principaux bénéficiaires et organisateurs.
Quel dommage que les dirigeants du RN soient aussi peureux et pusillanimes, surtout si on les compare à l'impeccable Alice Weidel, principale dirigeante politique de l'AFD en Allemagne, ou au téméraire général Vannacci en Italie. Sur ce sujet comme sur d'autres.
En France, hélas, aucun parti d'opposition, malgré les mérites certains de Thierry Mariani ou de Louis Aliot, n'ose révéler clairement aux Français non seulement le danger grandissant que fait courir à la France l'aventurisme belliciste croissant de Berlin et de Londres (le chancelier Merz, le seul véritable héritier du nazisme en Allemagne, exhorte aujourd'hui ses homologues européens à livrer la totalité de leurs stocks de missiles de haute précision à Kiev en vue d'une "guerre totale" contre la Russie) mais également l'ampleur des détournements de fonds qui permettent en toute impunité depuis quatre ans à l'entourage du pétomane ukrainien et très vraisemblablement au pétomane lui-même de se gorger de centaines de millions d'euros exfiltrés vers des paradis offshore et directement issus des dettes obligataires levées en son nom par les représentants du peuple français.
Il ne faut pas seulement "fermer le robinet" de l'aide à l'Ukraine ; il faut dire ce qu'est exactement ce machin, dirigé par une coalition improbable de bandits crypto-mafieux et de fanatiques néo-nazis.
Pas seulement au nom de l'argent qui a été volé aux peuples occidentaux, mais aussi au nom des Ukrainiens eux-mêmes, qui ne seront jamais en paix tant qu'ils resteront dirigés par ces raclures innommables que la guerre a rendus multi-millionnaires en l'espace de quelques années seulement en prospérant sur des montagnes de cadavres sacrifiés pour rien.

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4 septembre 2026

Georges Kuzmanovic
2/9/2026

Ukraine, une guerre annoncée, évitable et qui finira en tragédie

L’Ukraine est ravagée, mais cette guerre était prévisible. Depuis trente ans, diplomates, stratèges et responsables américains alertaient : l’extension de l’OTAN vers l’Est finirait par provoquer une confrontation majeure avec la Russie.


« La guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens. »
Carl von Clausewitz, De la guerre

L'Ukraine est aujourd'hui un pays ravagé. Des villes entières du Donbass sont en ruines, ses infrastructures énergétiques et industrielles ont subi quatre années et demie de frappes, et la Russie vient encore d'intensifier considérablement sa campagne de drones et de missiles. Ses grands ports de la mer Noire, qui assuraient autrefois l'essentiel de ses exportations, sont désormais paralysés ou soumis à une pression militaire telle que les flux ont dû être massivement reportés vers les ports beaucoup moins capacitaires du Danube et les voies terrestres. Fin août 2026, jusqu'à 80 navires attendaient ainsi pour accéder aux ports ukrainiens du Danube. Les exportations de céréales d'août étaient très inférieures à celles de l'année précédente.

La catastrophe est aussi démographique. L'Ukraine comptait environ 52 millions d'habitants au début de son indépendance. Il est aujourd'hui impossible d'établir un chiffre incontestable : guerre, réfugiés, émigration, territoires passés sous contrôle russe et absence de recensement rendent l'exercice extrêmement difficile. Oleksandr Hladun, de l'Institut ukrainien de démographie, évaluait en juillet 2026 à 27-28 millions la population vivant effectivement sur le territoire contrôlé par Kiev. L'ancienne porte-parole de Volodymyr Zelensky, Ioulia Mendel, évoque pour sa part « à peine 25 millions ».

Militairement, la situation est également mauvaise pour Kiev, contrairement au narratif orwellien entendu dans les médias de masse en Occident. La Russie continue de progresser dans plusieurs secteurs, notamment dans le Donbass, mais aussi du côté de Soumy ou encore vers la ville de Zaporijia. Pire... contrairement aux pronostics occidentaux depuis plus de quatre ans, l'industrie militaire russe n'est pas épuisée. Le commandant en chef ukrainien Oleksandr Syrsky, récemment limogé, estimait en janvier que la Russie produisait déjà environ 404 drones de type Shahed par jour et visait 1 000 unités quotidiennes ; les services ukrainiens constatent également une augmentation importante de la production de missiles, lesquelles pleuvent littéralement sur l'Ukraine depuis deux mois.

Au moment où l'Ukraine entre dans une phase peut-être décisive de son histoire, il devient donc nécessaire de revenir à une question essentielle, comment et pourquoi en est-on arrivé là ?

Le plus tragique est que cette guerre avait été annoncée. Non pas principalement par des propagandistes russes, mais par quelques-uns des diplomates, stratèges, responsables du renseignement et universitaires américains les plus expérimentés de leur génération : Jack Matlock, George Kennan, William Burns, John Mearsheimer, Douglas Macgregor, George Beebe, ou encore Jeffrey Sachs, pour n'en citer que quelques-uns parmi les plus renommés. Des hommes aux parcours et aux sensibilités différents, patriotes américains, mais qui ont en commun une lecture réaliste des relations internationales, à savoir qu'une grande puissance réagit d'abord à ce qu'elle considère comme des menaces pesant sur son environnement stratégique, surtout si elle ressent une menace existentielle, indépendamment des intentions que ses adversaires prétendent avoir.

1990 : ce que Mikhaïl Gorbatchev avait entendu et compris

Tout commence en février 1990. Le mur de Berlin vient de tomber. L'Union soviétique existe toujours et dispose de centaines de milliers de soldats en Allemagne de l'Est. Pour obtenir l'accord soviétique à la réunification allemande au sein de l'OTAN, les dirigeants occidentaux multiplient assurances et réassurances.

Le 9 février, à Moscou, le secrétaire d'État américain James Baker explique au ministre soviétique des Affaires étrangères Edouard Chevardnadze qu'une Allemagne réunifiée ancrée dans une OTAN transformée devrait s'accompagner de « garanties de fer » : « NATO's jurisdiction or forces would not move eastward ». Devant Gorbatchev, Baker emploie la formule devenue célèbre : « not one inch eastward » (pas un pouce vers l'Est).

Les archives déclassifiées et publiées par le National Security Archive de la George Washington University montrent surtout que Baker n'est pas un cas isolé. Le chancelier Helmut Kohl dit à Mikhaïl Gorbatchev le 10 février : « We believe that NATO should not expand its scope. » Et, quatre jours auparavant, Hans-Dietrich Genscher avait précisé au Britannique Douglas Hurd que son raisonnement ne concernait pas seulement la RDA : les Soviétiques devaient avoir l'assurance que si, par exemple, la Pologne quittait un jour le pacte de Varsovie, elle « ne rejoindrait pas l'OTAN le lendemain » (terminologie qui laissait déjà une marge de manœuvre future).

Certes, aucun traité ne fut signé interdisant pour toujours tout élargissement de l'OTAN à l'Europe orientale. Le traité « 2+4 » régla juridiquement la question allemande, notamment le statut militaire particulier de l'ancienne RDA. Mais il est tout aussi faux d'affirmer qu'aucune assurance politique concernant une expansion vers l'Est n'avait été donnée. Les archives montrent qu'elles furent nombreuses et que certaines dépassaient explicitement le seul territoire est-allemand. Gorbatchev dira lui-même plus tard que l'élargissement violait « l'esprit » des assurances reçues en 1990.

Il est important de comprendre cette étape de l'histoire des relations entre l'Occident et la Russie : ce passif est la raison pour laquelle la Russie contemporaine, et spécifiquement Vladimir Poutine ou Sergueï Lavrov, ne font aucune confiance en la parole de l'Occident et refuse tout « cessez-le-feu » et autres promesses vagues et ne cesseront les hostilités que lorsque les pays Occidentaux seront prêts à signer un traité officiel international contraignant, dûment documenté, lequel devra statuer sur une nouvelle architecture de sécurité en Europe. En dehors de telles négociations structurantes et structurelles, il n'y aura pas de paix en Ukraine. Plus gave, la Russie s'assurera des conquêtes territoriales et destruction de ce qui reste de l'Ukraine si de tels accords cadres ne sont pas signés. Et encore... la signature même occidentale est largement discréditée dans les pays BRICS car considérée comme peu fiable

Matlock et Kennan : les avertissements initiaux américains

Jack F. Matlock Jr. n'est pas un intellectuel marginal. Diplomate de carrière, spécialiste de l'URSS, il fut ambassadeur des États-Unis à Moscou de 1987 à 1991 sous Ronald Reagan puis George H. W. Bush et fut un des acteurs principaux coté américain de l'organisation diplomatique de la fin de la guerre froide.

Lorsque l'administration Bill Clinton décide d'élargir l'OTAN, Matlock s'y opposa. Il témoignera devant le Congrès contre cette politique et expliquera plus tard avoir averti qu'elle devait, au minimum, « s'arrêter avant d'atteindre des pays comme l'Ukraine et la Géorgie », car cela serait « inacceptable pour n'importe quel gouvernement russe » – soit très exactement les deux pays où G.W Bush Jr. voulu étendre l'OTAN lors du sommet de Bucarest de 2008 et où se déroulèrent les deux affrontement armés. En décembre 1994, il débat publiquement de cette question avec Henry Kissinger sur la chaîne PBS. Les deux hommes divergent, mais le fait même que le débat ait lieu montre que la politique d'élargissement était alors un choix stratégique discuté, non une nécessité évidente – on connaît l'histoire, les néocons triomphèrent, au même moment où économiquement s'installait en occident le néolibéralisme et le dogme du libre-échange... soit les poisons qui allaient, à terme, tuer l'Occident, qui pourtant dominait le monde. Funestes choix ; les historiens auront de quoi s'étonner.

Puis vient George F. Kennan. Difficile de trouver figure plus emblématique de la stratégie américaine. Diplomate, historien et soviétologue, Kennan avait formulé dès 1946-1947 la doctrine du containment du communisme et participera à sa mise en œuvre, soit l'endiguement de l'URSS qui allait structurer la politique américaine pendant la guerre froide.

Or, en février 1997, alors que la Russie d'Eltsine est économiquement effondrée, militairement affaiblie et ne constitue aucune menace conventionnelle crédible contre l'Europe occidentale, Kennan publie dans le New York Times « A Fateful Error ».

Son avertissement est saisissant : il déclare explicitement que l'élargissement de l'OTAN serait « the most fateful error of American policy in the entire post-Cold War era ». Il prédit qu'il alimentera en Russie les tendances « nationalistes, anti-occidentales et militaristes », nuira à la démocratie russe, restaurera « l'atmosphère de la guerre froide » et poussera la politique étrangère russe dans des directions contraires aux intérêts américains.

Un an plus tard, après le vote du Sénat américain autorisant l'entrée de la Pologne, de la Hongrie et de la République tchèque, Thomas Friedman, journaliste au New York Times, téléphone le 2 mai 1998 au vieux stratège, âgé de 94 ans. Kennan répond : « I think it is the beginning of a new Cold War. » Puis : « I think it is a tragic mistake. There was no reason for this whatsoever. No one was threatening anybody
 else. ».


La Russie, prévient-il, prophétique, finira naturellement par mal réagir ; les partisans de l'élargissement diront alors : « Nous vous avions bien dit que les Russes étaient comme cela. » Kennan renverse donc par avance le raisonnement, à savoir que la réaction russe pourrait être en partie le produit de la politique censée la prévenir. Or, c'est l'argument aujourd'hui des bellicistes otaniens. George Kennan aura été une Cassandre des temps modernes... à notre grand malheur collectif.

Munich 2007 : Poutine annonce les lignes rouges de la Russie

Pendant une décennie, l'OTAN avance. Pologne, Hongrie et République tchèque en 1999 ; Guerre du Kosovo ; Bulgarie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et trois anciennes républiques soviétiques, Estonie, Lettonie, en 2004. La Russie regardait impuissante cette avancée de l'OTAN.

Mais le vent (mauvais) finit par tourner : le 10 février 2007, Vladimir Poutine prend la parole devant la Conférence de Munich sur la sécurité. Son discours est souvent présenté comme le moment où la Russie « redevient agressive ». Il peut aussi être lu, dans une grille réaliste, comme l'annonce publique d'une ligne rouge que la Russie n'accepte pas de voir franchie et le retour de la Russie dans le concert des grandes puissances que fort peu furent capables de percevoir alors, et dont on trouvera ici la retranscription complète.

Poutine y attaqua l'ordre unipolaire, les interventions occidentales, les logiques des sanctions économiques et surtout l'expansion de l'Alliance sous le regard médusé des dirigeants occidentaux d'alors, et en premier lieu celui de la chancelière allemande, Angela Merkel, pétrifiée sur sa chaise . « NATO expansion », déclare-t-il, « represents a serious provocation that reduces the level of mutual trust ». Et il pose directement la question, « What happened to the assurances our Western partners made after the dissolution of the Warsaw Pact ? »

Que l'on partage ou non son interprétation de 1990 importe ici moins que le fait stratégique. En février 2007, devant les dirigeants occidentaux, le président russe annonce publiquement que Moscou considère désormais l'expansion de l'OTAN comme un problème de sécurité majeur et il fut peu judicieux de déconsidérer la deuxième puissance nucléaire mondiale.

Burns 2008 : Washington savait

Un an plus tard fut produit un document proprement extraordinaire confirmant les propos de Poutine à la conférence de Munich de 2007.
William J. Burns est alors ambassadeur des États-Unis à Moscou. Ce n'est pas un idéologue prorusse, mais l'un des diplomates américains les plus accomplis de sa génération. Il deviendra secrétaire d'État adjoint puis, sous Joe Biden, directeur de la CIA.

Le 1er février 2008, Burns envoie à Washington un câble confidentiel à sa cheffe, la Secrétaire d'Etat Condoleezza Rice, intitulé : « NYET MEANS NYET: RUSSIA'S NATO ENLARGEMENT REDLINES ».

Le câble, ultérieurement rendu public par WikiLeaks, est explicite. L'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN demeure pour la Russie « an emotional and neuralgic issue », mais Burns précise immédiatement que de véritables considérations stratégiques expliquent cette opposition. Plus étonnant encore, il avertit que la question de l'extension de l'OTAN pourrait « split the country in two » (l'Ukraine), conduire à des violences, « or even, some claim, civil war », obligeant alors la Russie à décider si elle doit intervenir... soit très exactement ce qui adviendra à partir du coup d'Etat de 2014 contre le Président ukrainien Viktor Ianoukovitch.

Pourtant, deux mois plus tard, au sommet de Bucarest d'avril 2008, l'OTAN adopte cette phrase sous la pression de G.W. Bush Jr ; (et surtout sous la pression de l'État profond néocons à Washington) : « We agreed today that these countries will become members of NATO », à propos de l'Ukraine et de la Géorgie.
Angela Merkel, toujours chancelière et représentante de l'Allemagne lors de ce sommet, écrira dans ses mémoires, « Le fait que l'OTAN leur ait simultanément ouvert la perspective générale d'une adhésion constituait, pour Poutine, un oui à l'adhésion des deux pays à l'OTAN, une déclaration de guerre (Kampfansage). » Elle rapporte cette phrase que Poutine lui aurait ensuite adressée :

« Tu ne seras pas chancelière éternellement. Et alors ils deviendront membres de l'OTAN. Et cela, je veux l'empêcher. »
Vladimir Poutine cité par Angela Merkel

Washington ne pouvait pas ignorer la ligne rouge russe ; son propre ambassadeur l'avait décrite, ainsi que certains des mécanismes susceptibles de conduire à la guerre, tout comme nombre de ses prééminents géopoliticiens et stratèges.

2014 : John Mearsheimer annonce la catastrophe

Après Maïdan, l'annexion russe de la Crimée et le début de la guerre du Donbass, John J. Mearsheimer, professeur à l'université de Chicago et l'un des principaux théoriciens mondiaux du réalisme en géopolitique, publie en septembre 2014 dans Foreign Affairs un texte devenu célèbre : « Why the Ukraine Crisis Is the West's Fault ».

Sa thèse tient en une phrase : « The taproot of the trouble is NATO enlargement » (« La racine profonde du problème est l’élargissement de l’OTAN. »).

Pour John Mearsheimer, les États-Unis poursuivent trois politiques convergentes : élargissement de l'OTAN, extension de l'Union européenne et soutien à l'occidentalisation politique de l'Ukraine. Or, une grande puissance ne tolère pas facilement qu'un rival militaire absorbe un État stratégique situé directement sur sa frontière. Les États-Unis eux-mêmes, rappelle-t-il, ne toléreraient pas une alliance militaire chinoise avec le Mexique ou le Canada. C'est par ailleurs complètement opposé à toutes les doctrines de dissuasion nucléaire qui spécifient qu'un espace tampon doit exister entre puissances nucléaires pour éviter les risques de déclanchement d'une guerre nucléaire suite à une erreut humaine.

Sa conclusion n'est pas de livrer l'Ukraine à Moscou mais d'en faire un État souverain, économiquement viable et militairement neutre, un « bridge between Russia and NATO » plutôt qu'un avant-poste de l'un contre l'autre, soit très exactement la demande et la position du Krémlin avant 2014... et qui aurait assuré à l'Ukraine un développement et un enrichissement sans précédent. Persister dans la stratégie inverse, avertit-il, risque de conduire l'Ukraine à la ruine. Et c'est ce que l'on peut observer tragiquement aujourd'hui. Une autre Cassandre américaine.

2019 : la RAND et la stratégie de « sur-extension »

En 2019, la RAND Corporation publie Extending Russia: Competing from Advantageous Ground, un document qui mérite d'être lu. L'objectif de l'étude est explicite : identifier des moyens de pousser la Russie à consacrer davantage de ressources à une cause qui n'assurera pas son développement.

Parmi les six options géopolitiques étudiées figure : « Providing Lethal Aid to Ukraine » (« Fournir une aide militaire létale à l’Ukraine »).

La RAND analyse donc l'augmentation de l'aide militaire à Kiev comme un moyen potentiel d'accroître les coûts imposés à Moscou. Mais ses auteurs voient également le piège, à savoir que davantage d'armes américaines pourraient provoquer une réponse russe, accroître l'intensité de la guerre et conduire Moscou à engager davantage de forces. Le rapport ne « recommande » donc pas une guerre russo-ukrainienne ; il étudie froidement une stratégie de compétition dont l'Ukraine constitue l'un des théâtres possibles et reconnaît qu'une escalade destinée à augmenter le coût pour la Russie augmenterait simultanément le danger pour l'Ukraine et... conduirait assurément à sa destruction.

Lu rétrospectivement, le document est glaçant. Ce qui pouvait constituer un coût géopolitique imposé à la Russie représentait nécessairement, pour l'Ukraine, une guerre menée sur son propre territoire et éventuellement sa destruction, pur servir les intérêts géopolitiques des Etats-Unis.

2021-2022 : la dernière ligne rouge avant la guerre

Jeffrey Sachs appartient , lui, à une autre tradition. Économiste mondialement reconnu, professeur à Columbia University, conseiller de nombreux gouvernements ou du Secrétaire général de l'ONU où il supervise le combat pour la réduction de la pauvreté dans le monde, il fut directement impliqué dans les transformations économiques postsoviétiques. Il soutient que la guerre est l'aboutissement de « decades in the making » (« qui se préparait depuis des décennies »).

Il insiste particulièrement sur décembre 2021. Le 17 décembre, Moscou présente deux projets de traité aux États-Unis et à l'OTAN. Parmi les exigences figure l'arrêt de l'élargissement de l'Alliance. Washington refuse de fermer la « porte ouverte » de l'OTAN et déclare que l'élargissement de l'OTAN n'est pas du ressort de la Russie, mais exclusivement de l'OTAN et des Etats voulant y adhérer. Evidemment, les têtes pensantes à Washington et à l'OTAN sont convaincues alors que, soit la Russie n'osera pas franchir le Rubicon, soit en le faisant, elle sera détruite pas la riposte des sanctions économiques de l'Occident. Ce fut, en France, la fameuse « mise à genoux de la Russie » de l'inénarrable Bruno Le Maire, alors ministre de l'économie d'Emmanuel Macron.

Pour Sachs, ce refus constitue l'une des dernières occasions manquées avant l'invasion du 24 février. Il insiste ensuite sur les négociations russo-ukrainiennes du printemps 2022 et considère qu'une neutralité ukrainienne accompagnée de garanties internationales aurait pu constituer une sortie de guerre... lesquelles ont échoué en raison de l'intervention des dirigeants américains et britanniques, et tout particulièrement Boris Johnson qui fera alors le voyage à Kiev pour convaincre Volodymyr Zelensky, alors enclin à signer, de ne pas le faire, comme en témoigna le Premier ministre israélien d'alors, Naftali Bennett, participant aux négociations du memorendum d'Istanbul. Une forme de pacte fut alors passée, l'Occident demandant à l'Ukraine de tenir six mois, temps nécessaire pour mettre économiquement la Russie à genoux. On connait la suite... Pour Jeffrey Sachs la guerre d'Ukraine fut sciemment provoquée.

George Beebe apporte enfin une perspective particulièrement intéressante. Ancien directeur de l'analyse Russie à la CIA, aujourd'hui au directeur de la grande stratégie au Quincy Institute for Responsible Statecraft, il analyse le conflit à travers le concept géopolitique classique du dilemme de sécurité. Une puissance prend une mesure qu'elle juge défensive ; son adversaire la perçoit comme offensive et répond ; cette réponse confirme rétrospectivement les craintes initiales du premier camp. La spirale devient auto-entretenue.

Sa conclusion rejoint largement celle de Mearsheimer : la sortie durable du conflit passe par une Ukraine indépendante mais neutre, extérieure à l'OTAN, et par une architecture européenne de sécurité qui ne repose pas exclusivement sur l'expansion indéfinie de l'Alliance atlantique.

Une tragédie qui n'aurait pas dû être

Trente ans de documents et de témoignage dessinent ainsi une continuité difficile à balayer : les assurances de 1990 ; Matlock contre l'élargissement ; Kennan annonçant une nouvelle guerre froide ; Poutine formulant publiquement la ligne rouge russe en 2007 ; Burns avertissant Washington en 2008 des conséquences potentielles d'une entrée de l'Ukraine dans l'OTAN ; Mearsheimer annonçant en 2014 que l'Ukraine risquait d'être détruite par cette confrontation ; RAND étudiant en 2019 comment accroître les coûts supportés par la Russie en Ukraine ; Sachs et Beebe décrivant finalement l'engrenage qui conduit à 2022

Et c'est peut-être la leçon essentielle du réalisme en géopolitique. La sécurité d'un État ne peut durablement être construite en ignorant la perception de sécurité de la puissance située de l'autre côté de sa frontière. Les intentions changent, les gouvernements passent, mais les capacités militaires et la géographie demeurent.

Aujourd'hui, le danger est d'aller au bout de l'engrenage. Une poursuite de la dynamique actuelle peut conduire à une Ukraine encore amputée, démographiquement exsangue et économiquement ruinée, voire, dans le scénario le plus sombre, à sa désintégration comme État viable. Elle peut aussi consacrer un échec stratégique majeur de l'OTAN si l'objectif d'intégrer durablement l'Ukraine à l'espace occidental aboutit au résultat inverse : perte de territoires, destruction du pays et neutralisation imposée.

Cela démontre que la guerre d'Ukraine était prévisible en poursuivant la politique d'extension de l'OTAN. L'Ukraine en paye et en payera le prix fort ; son existence même à terme est, à nouveau, peut-être en jeu.
Certains, comme l'auteur de cet article, avaient vu juste avant même le déclanchement du conflit... rejoignant la longue liste des Cassandres dont les analyses parfaitement fondées et rationnelles n'ont finalement suscité que des attaques idiotes en « pro-Russie ». Sic transit gloria mundi.

Mais il existe un risque plus grave encore. Une dégradation militaire rapide de l'Ukraine pourrait provoquer à Washington ou dans certaines capitales européennes une réaction de panique stratégique : l'engagement supplémentaire, l'arme ou le déploiement de trop, faisant basculer une guerre par procuration en confrontation directe entre l'OTAN et la Russie. Entre puissances nucléaires, il n'existe alors aucune garantie que l'escalade puisse être maîtrisée.

Kennan l'avait compris alors que la Russie était à genoux. Matlock l'avait compris avant même le premier élargissement. Burns l'avait écrit noir sur blanc avant le sommet de Bucarest.

Plus de trente ans après les premiers avertissements, la question n'est donc peut-être plus seulement de savoir qui avait raison sur les origines de la guerre. Elle est de savoir combien de fois une catastrophe doit être annoncée avant qu'on ne recommence à écouter ceux qui tentent de la prévenir et ainsi de donner une chance à la diplomatie. Et aujourd'hui, les menaces avec ce conflit en Ukraine ne font que s'accroître pour l'ensemble de l'humanité.

« Ce sont les hommes qui écrivent l'histoire, mais ils ne savent pas l'histoire qu'ils écrivent. »
Raymond Aron

29 août 2026

Yann Bizien
29/8/2026


La petite élite politico-militaire et médiatique orgueilleuse qui pousse toujours plus l’Ukraine dans la guerre contre la Russie, et qui nous rappelle tous les jours que nous devons chèrement payer et nous préparer à un affrontement massif contre les forces russes, m'exaspère de plus en plus.
Je la connais, pour l'avoir fréquentée durant 41 ans.
Elle m'exaspère quand :
- Elle offre des milliards d'euros à un régime corrompu en Ukraine, à chaque caprice de Zelensky, cela sans notre avis, sans vote, sans transparence, sans contrôle et sans limites, servant prioritairement une cause étrangère plutôt que l’intérêt national, qu’il ne faut certainement pas confondre ;
- Elle livre des secrets de fabrication de missiles de MBDA, portant gravement atteinte à notre souveraineté industrielle et militaire, ainsi qu'à notre indépendance stratégique ;
- Elle porte inconsciemment atteinte aux intérêts vitaux de la Russie, puissance nucléaire, sans en imaginer les conséquences possibles dans la suite de cette guerre ;
- Incapable de fabriquer la paix, elle n’a plus d’autres solutions que l’escalade militaire et la guerre à outrance, cherchant la poursuite de cette guerre mais uniquement avec "le sang des autres", révélant ainsi sa lâcheté et son hypocrisie réelle.
Pousser l’Ukraine à poursuivre cette guerre par procuration, dans ces conditions, c’est-à-dire à nos frais et risques, avec notre argent et nos équipements militaires, en oubliant que cette guerre tue et détruit, sans aucun levier démocratique, m'exaspère tous les jours.
Il est parfaitement clair que nous avons au pouvoir une petite élite russophobe, lâche et belliciste, dépassée par tous ses échecs en politique intérieure, incapable de nous offrir d’autres perspectives qu’une logique de guerre qu’elle alimente par intérêt plutôt que par réalisme.
Nous connaissons tous l'option possible pour une paix d'équilibre et durable sur la ligne de front à l’est de notre continent : mettre un terme à l’expansion ostentatoire de l’Alliance Atlantique vers les frontières russes, ne pas otaniser la Mer Noire et ne pas occidentaliser l’Ukraine, qui ne doit pas rentrer dans l’UE ni dans l’OTAN.
Je n'éprouve aucun sentiment et aucun intérêt pour les États autres que la France. Le seul drapeau que j'admire est celui de la nation française.
L’OTAN et l’UE ne nous apportent ni la paix, ni la stabilité. Bien au contraire. Ces deux organisations sont truffées d'élites orgueilleuses, aveuglées par leurs ambitions personnelles et incapables de reconnaître le fait objectif qu’elles sont allées trop loin dans la provocation de la Russie.
Pour gagner la paix, l’Ukraine doit sortir de l’emprise des européistes et devenir un pays neutre.
Et pour gagner la paix à l’est de notre continent, il faut surtout une rupture politique majeure en France.
Point.

27 août 2026

Natalia Routkevitch
27/8/2026


Sur le fil du rasoir

Parmi les quelques dizaines d’hypothèses que j’ai lues au cours des dernières 48 heures, celle-ci, bien résumée par Igor D., me paraît la plus plausible :

L’arrivée de Ratcliffe à Moscou, si l’on additionne tous les signaux et données des dernières semaines, signifie que les Américains tentent de ramener la guerre russo-ukrainienne dans un cadre conventionnel où elle peut encore être terminée selon le plan prévu.
Le plan était à peu près le suivant : la Russie achève la conquête de l’agglomération Slaviansk-Kramatorsk, puis la diplomatie prend le relais ; la ligne de front est figée par des accords, une partie des sanctions est levée et le tout est formalisé. Jusque-là, la guerre reste limitée au Donbass, avec les forces et les moyens en adéquation avec l’objectif.
Mais, ces derniers mois, elle a largement débordé de ce cadre. Les frappes contre les infrastructures civiles et énergétiques des deux côtés auront, d’ici l’hiver, des conséquences que personne ne mesure vraiment, ni pour l’Ukraine ni pour la Russie. Le blocage des exportations de céréales se répercute sur le prix du pain dans les pays du Sud global, avec le risque de déstabiliser des régimes dans des pays très peuplés comme l’Égypte ou le Bangladesh. Autrement dit, le conflit russo-ukrainien commence à produire des effets qui dépassent le cadre régional et bilatéral et que Washington ne contrôle plus.
Et il pourrait aller beaucoup plus loin. En cas d’une nouvelle mobilisation partielle, l’offensive russe pourrait sortir du Donbass et s’étendre aux régions de Soumy et de Tchernigov ; après l’axe de Briansk, le territoire biélorusse pourrait également être impliqué. Puis, sous une forme ou une autre, le conflit pourrait gagner les pays baltes, déclenchant cette fois un affrontement entre la Russie et l’OTAN susceptible d’exiger une intervention directe des États-Unis.
Les conséquences d’une telle escalade ne se limiteraient pas à l’Europe. L’Iran pourrait à son tour durcir sa position. Les Américains tentent actuellement de pousser Téhéran à accepter un compromis. Une escalade en Europe de l’Est fournirait aux dirigeants iraniens un argument pour le refuser, puisque les Américains auraient les mains occupées ailleurs. Washington devrait alors lancer une nouvelle opération contre l’Iran, avec, en arrière-plan, le risque nucléaire. La presse occidentale évoque également, dans ce scénario, la Chine et Taïwan : ce serait un moment propice à une opération de l’armée chinoise sur l’île. Pour Washington, voir trois crises s’embraser simultanément serait un désastre.
À titre préventif, une réorganisation du Pentagone se prépare : le très médiatique Hegseth pourrait être écarté, afin d’éviter de nouvelles initiatives hasardeuses. Trump, lui aussi, a été quelque peu mis en retrait.
Tout est donc fait par Washington pour contenir la guerre russo-ukrainienne dans le cadre régional. Le directeur de la CIA se rend à Moscou pour énoncer ce que les Américains appellent les « lignes rouges ». En parallèle, Washington demande à Kiev de suspendre ses frappes aériennes et maritimes. Autrement dit, les Américains agissent simultanément auprès des deux camps.
En Ukraine aussi, des évolutions intéressantes sont à l’œuvre. Après le limogeage du ministre de la Défense et la nomination d’un successeur, l’armée est en cours de réorganisation. Le secteur Slaviansk-Kramatorsk est confié à deux unités bien connues : le 3e corps de Biletsky et le 1er corps de la Garde nationale de Prokopenko, le fameux « Redis » d’Azovstal.
Sur le plan organisationnel, ce sont les formations les plus novatrices des forces ukrainiennes, avec leur propre système de formation et de recrutement. Mais ce n’est pas la raison principale de leur mise en avant. Les groupements de Biletsky et de Prokopenko, composés de nationalistes radicaux, sont les adversaires les plus intransigeants de toute négociation avec la Russie. En cas d’accord de paix, ils pourraient devenir des opposants redoutables au pouvoir, disposant à la fois d’un soutien réel et d’une forte légitimité militaire.
Leur confier la défense de Slaviansk et de Kramatorsk, c’est leur donner la possibilité de faire leurs preuves précisément là où se joue le sort du plan de sortie de guerre. S’ils ne tiennent pas les villes, ce sera leur responsabilité : « nous avons fait tout ce que nous pouvions ». S’ils les tiennent, tant mieux pour eux : le président leur aura donné les moyens de le faire. Dans les deux cas, le pouvoir se prémunit à l’avance contre des critiques.
Le moment est donc réellement décisif : il s’agit de tenter de figer la guerre dans une configuration où elle peut encore être arrêtée. Les Américains demandent simultanément à Moscou de ne pas aller au-delà du Donbass, et à Kiev de ralentir ses frappes contre la Russie, tandis que Kiev place sur ce secteur clé ceux qui pourraient devenir, après la guerre, le principal problème de Zelensky.
Les Américains disposent-ils d’arguments suffisamment convaincants ? On l’ignore. Mais de leur capacité à imposer cette ligne à tous les protagonistes dépend peut-être la possibilité même de mettre fin à ce conflit avant qu'il ne dégénère en quelque chose de beaucoup plus grave. Car si cette tentative échoue, il risque de se transformer en guerre mondiale.
Igor D (politologue russo-ukrainien)

20 août 2026

Anne Mansouret
19/8/2026

LA DRÔLE DE GUERRE

Vous le savez, je dénonce depuis le 24/2/2022 la cobelligérance de fait avec l’Ukraine, qu’Emmanuel Macron nous a imposée de façon arbitraire et qui a englouti des dizaines de milliards d’euros.
La propagande russophobe et la diabolisation de Poutine dont on nous abreuve au quotidien est grossière, mais efficace. L’Ukraine, dont l’UE a retoqué l’adhésion par deux fois est aujourd’hui membre de facto de l’Europe et qualifiée de nation héroïque, dont le vaillant peuple combat jusqu’au martyr pour « Notre Liberté et Notre Démocratie ».
De façon plus subtile et plus insidieuse, la réthorique belliciste de la communication et l’apologie de la chose militaire dans l’information publique prépare les esprits au conflit avec la Russie. Des documentaires sur la carrière de soldat(e) et l’engagement dans la réserve sont habilement diffusés en prime time. Tout a été dit sur les généraux de plateaux, plus ou moins bons « clients » des chaînes d’information en continu ; et sur les séduisantes « expertes » franco-ukrainiennes, diplômées d’universités américaines et maquillées comme des Cadillac volées…
Jusqu’où ce scénario va-t-il nous conduire et quel sort nous réservent ces décideurs avides d’armement, dont la plupart n’ont été démocratiquement élus par personne ?
Telle est la question.
À mes yeux et à ce jour, tout cela me rappelle furieusement ce que l’on a appelé « La drôle de guerre » ; cette période de septembre 1939 à mai 1940, où la France et le Royaume-Uni ont déclaré la guerre à l'Allemagne après l'invasion de la Pologne, sans qu'aucun combat d'envergure ne se produise sur le front de l'Ouest.
Je prie pour que la suite nous soit moins funeste en 2030… qu’elle le fut en 1940.


19 août 2026

Stéphane Rozès
19/8/2026

« Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. »
Péguy, Notre jeunesse (1910)

Cette terrible guerre qui ravage l’Ukraine, cause des millions de victimes, appauvrit et divise l’Union européenne, notamment en matière d’industrie d’armement, aurait pu être évitée – sans les néoconservateurs américains, britanniques et autres – avec une Ukraine préservée dans l’intégrité de ses frontières, non alignée et fédérale, garantissant l’autonomie de ses régions.
Voilà la réalité historique, établie.
Depuis cette intervention de Pierre Lellouche, grand connaisseur de ces questions et même longtemps considéré par certains comme atlantiste, la situation a empiré du fait des va-t-en guerre.
Les analystes réalistes et indépendants comme Lellouche sont trop peu nombreux.
Il est vrai que la connaissance, le réalisme et le courage sont peu répandus. On préfère l’idéologie, le manichéisme, la morale, Disney, Marvel et Netflix.

11 août 2026

Gastel Etzwane
11/8/2026

Ukraine : la chasse à l’homme ordonnée par Kiev


Quand l’État ukrainien transforme ses propres citoyens en gibier

Il y a des images qui ne quittent plus l’esprit. Des hommes trainés de force dans des fourgons, des coups portés en pleine rue, des mères qui hurlent, des passants qui filment en tremblant. Ce n’est pas une scène de guerre civile dans un pays du Sud. C’est l’Ukraine de 2026, en plein centre-ville d’Odessa, de Kharkiv ou de Lviv. C’est la « mobilisation » selon Kiev.
Le journal allemand Berliner Zeitung, dans une série de reportages de son correspondant Lukas Moser, décrit ce que les autorités ukrainiennes appellent encore officiellement un « devoir civique ». La réalité, elle, porte un nom plus exact : la chasse à l’homme. Des équipes mixtes de militaires et de policiers sillonnent les rues, les centres commerciaux, les stations de métro. Ils arrêtent, souvent sans aucune procédure, des hommes en âge de combattre. La force brute n’est plus l’exception : elle est devenue la méthode.
Le médiateur ukrainien lui-même, Dmytro Loubinets, a fini par le reconnaître. En mars 2025, il dénonçait déjà des violations « systémiques et généralisées » de la part des centres territoriaux de recrutement (les fameux TRC ou ТЦК). En juillet 2026, il a franchi un pas supplémentaire : selon lui, 90 % des cas de mobilisation s’accompagnent aujourd’hui de violations directes des droits des citoyens.
Détentions illégales, refus d’accès à un avocat, dissimulation du lieu de détention, coercition pour faire signer des documents, coups et blessures. Le tableau est glaçant. Et il émane non pas d’un opposant pro-russe, mais du défenseur officiel des droits de l’homme nommé par le Parlement ukrainien.
Ce que Berliner Zeitung raconte depuis des mois n’est donc pas une « propagande ennemie ». C’est le quotidien documenté d’un pays qui, pour combler les pertes effroyables de son armée, a décidé de traiter une partie de sa population masculine comme du bétail. Des hommes sont arrachés à leur famille sous les yeux de leurs enfants. D’autres sont enfermés des jours entiers dans des locaux où les caméras ne fonctionnent pas, où les avocats ne sont pas admis, où la commission médicale devient une simple formalité destinée à valider l’envoi au front.
Le drame humain est immense. Derrière chaque « busification », ce terme cynique inventé par les Ukrainiens eux-mêmes pour désigner l’embarquement forcé dans des minibus, il y a une existence brisée. Des pères de famille, des ouvriers, des étudiants, des hommes déjà meurtris par trois années de guerre, qui n’ont plus d’autre choix que de se cacher, de fuir ou de se laisser emmener. Certains paient. La corruption prospère. Ceux qui n’ont pas les moyens, ou qui refusent par principe, partent. Souvent mal formés, parfois déjà blessés, parfois malades. Loubinets a rapporté des cas de mobilisés souffrant de pathologies graves, maintenus de force dans les centres de recrutement malgré des reports valides.
Les autorités ukrainiennes, elles, continuent de parler de « nécessité vitale » et de « défense de la patrie ». Elles préfèrent regarder ailleurs. Elles tolèrent, voire organisent, des méthodes qui rappellent les pires pratiques des régimes autoritaires. Elles laissent se développer un climat de terreur intérieure qui ravage le tissu social bien plus sûrement que les missiles russes. Quand un État en vient à chasser ses propres citoyens dans les rues, à les frapper, à falsifier leurs dossiers médicaux et à les envoyer se faire tuer sous la contrainte, il a déjà perdu une part essentielle de ce qu’il prétend défendre.
Le silence relatif de la plupart des chancelleries occidentales sur ces pratiques est, lui aussi, accablant. On finance, on arme, on applaudit. On regarde ailleurs lorsqu’il s’agit de la dignité des hommes ukrainiens. Berliner Zeitung a eu le courage de documenter. Dmytro Loubinets a eu celui de parler. Il reste à savoir combien de temps encore on pourra feindre de ne pas voir que, derrière les discours héroïques, se joue une tragédie humaine d’une rare noirceur.
Les méthodes de recrutement forcées en Ukraine ne sont pas un détail de la guerre. Elles en sont le visage le plus hideux.

9 août 2026

Gilles Casanova
9/8/2026


L’Ukraine annonce qu’elle n’a plus d’armes de défense aérienne, alors que les bombardements russes n’ont jamais été aussi forts. Les manifestations de masse contre Zelensky et son gouvernement déferlent dans les rues. La foule s’affronte aux recruteurs violents.
Et, à Paris, des gens prostituent le journalisme.

8 août 2026

Kiev à bout de souffle : l’aveu que la presse française refuse d’entendre

Gastel Etzwane


- 7/8/2026 - En ce début d’août 2026, tandis que les médias français, largement financés ou orientés par le pouvoir, persistent à évoquer une possible victoire de l’Ukraine, un journal allemand de premier plan dresse un tableau radicalement différent.
Le Berliner Zeitung écrit textuellement :
« Volodymyr Zelensky semble de plus en plus désespéré. Selon lui, l’Ukraine risque de faire face à un horrible barrage de missiles russes cet hiver, Kiev ne disposant plus que d’un seul missile intercepteur PAC-3 Patriot. Zelensky a environ six mois pour en acquérir de nouveaux. Les chances d’obtenir de nouvelles livraisons de missiles sont tombées pratiquement à zéro. Lors du sommet de l’OTAN à Ankara, Zelensky a eu des entretiens avec le président américain Donald Trump dans l’espoir d’obtenir une licence pour produire des intercepteurs capables d’abattre les redoutables missiles balistiques russes. Cependant, moins d’une semaine plus tard, après un appel téléphonique avec le président russe Vladimir Poutine, Trump a changé d’avis. »
Ce constat, issu d’une rédaction allemande pourtant engagée dans le soutien à Kiev, met en lumière une réalité que le narratif dominant en France s’emploie à occulter : l’Ukraine s’enfonce dans une situation de plus en plus désespérée. À court d’intercepteurs critiques, sans perspective crédible de réapprovisionnement avant l’hiver, et après l’échec de ses dernières démarches diplomatiques auprès de Washington, le pays se trouve confronté à une vulnérabilité stratégique majeure.
Pendant ce temps, en France, l’obsession demeure celle de la désignation d’un ennemi : la Russie. Or la Russie n’a jamais considéré la France comme un ennemi. C’est le pouvoir français qui a besoin d’en inventer un, afin de tenter de créer une unité artificielle dans un pays profondément divisé.
Là où la presse française continue de parler de victoire possible pour l’Ukraine, la Berliner Zeitung décrit, sans détour, un Zelensky à bout et une défense aérienne ukrainienne au bord de l’effondrement.

18 juillet 2026

Georges Kuzmanovic
17/7/2026

Guerre en Ukraine
La paix c'est la guerre... jusqu'au dernier Ukrainien


Sous couvert de paix, Londres, Paris, Berlin et Bruxelles préparent la continuation de la guerre. En refusant de traiter les causes du conflit et en envisageant un déploiement occidental en Ukraine, ils rendent tout cessez-le-feu impossible. Les Ukrainiens en payeront, comme toujours, le prix fort.

Un disque otanien rayé

Depuis des années et particulièrement depuis plusieurs mois, les dirigeants européens et de l'OTAN multiplient les déclarations en faveur de la paix en Ukraine. Pourtant, les projets qu'ils présentent visent exactement l'inverse, non pas les conditions d'une désescalade, mais celles d'une prolongation du conflit pour en faire une nouvelle guerre sans fin.
Les mots ont un sens, et lorsqu'ils cessent de correspondre aux actes, voire y sont diamétralement opposés, ils deviennent instruments de propagande – situation parfaitement décrite par George Orwell dans sa célèbre dystopie 1984.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a ainsi confirmé que vingt pays, puis près d'une trentaine issus de la « coalition des volontaires », étaient prêts à participer à une force militaire destinée à être déployée en Ukraine après un éventuel cessez-le-feu. Londres, Paris, Berlin et Bruxelles travaillent ouvertement à cette architecture, tandis que les livraisons d'armes à Kiev se poursuivraient pendant les négociations et que les sanctions contre Moscou seraient maintenues, voire renforcées.
Un ignorant en stratégie militaire comprendrait dès lors qu'un tel cessez-le-feu aurait d'abord pour objectif de renforcer l'armée ukrainienne – actuellement très en difficulté et reculant sur tout le front – et serait complètement au détriment de la Russie. Ce serait une sorte de Minsk II revisité et dont on connait le résultat.

Quelles sont les chances que le Kremlin accepte un tel accord ? Aucune ! Pas plus cette fois que les autres fois ces deux dernières années.
La solution proposée par l'OTAN et les dirigeants européens ressemble à un vieux disque rayé répétant à l'infini la même chose.

Présentée aux opinions publiques occidentales comme une initiative de paix, cette proposition constitue pourtant, du point de vue russe, la garantie même de la poursuite de la guerre. Et c'est précisément là que réside le cœur du problème, car depuis plus de quinze ans, les dirigeants européens prétendent rechercher la paix (Minsk, Minsk II, négociations diverses, Anchorage...) tout en refusant de prendre en compte la principale cause stratégique du conflit, à savoir l'extension de l'OTAN à l'est.

Une guerre d'extension de l'OTAN

Pour comprendre pourquoi cette proposition est pratiquement vouée à l'échec avant même d'être mise en œuvre, il faut revenir aux causes profondes de cette guerre.
C'est fondamental. Car de la définition des causes de la guerre dépend son issue.

Dans la lecture dominante en Europe occidentale, la Russie aurait envahi l'Ukraine par pur impérialisme territorial et sans aucune provocation. Cette interprétation existe évidemment à Moscou dans certains courants nationalistes ou identitaires, et minoritaires, mais elle ne suffit pas à expliquer la décision stratégique prise en février 2022.
Si tel était le cas, alors la position des Occidentaux serait parfaitement légitime : on ne peut pas laisser s'étendre sans sanctions ou tenter de la bloquer une puissance impériale tentant de s'étendre partout et d'imposer sa volonté par simple désir de maximiser sa puissance.

Évidemment, on note le manque d'à propos des Européens, car s'il y a une puissance hégémonique qui impose ses vues de manière impériale depuis 1991 et d'abord sur le dos des Européens, ce sont bien les États-Unis... Mais la cohérence n'est pas leur fort.

La réalité, depuis les années 1990, et plus encore depuis le sommet de Bucarest de 2008, est que la question centrale est celle de l'élargissement de l'OTAN vers l'Est, et particulièrement de son extension potentielle à l'Ukraine et à la Géorgie qui avait conduit à un conflit similaire au conflit ukrainien dès l'été 2008.

Le refus russe de cette extension n'est ni récent ni ambigu.
Dès le discours de Vladimir Poutine à la conférence sur la sécurité de Munich en février 2007, Moscou dénonçait publiquement l'expansion continue de l'Alliance atlantique comme une menace directe pour sa sécurité nationale et tirait une ligne rouge à ne pas franchir.
Quelques mois plus tard, William Burns, alors ambassadeur des États-Unis à Moscou (puis directeur de la CIA sous Joe Biden), adressait à la secrétaire d'État Condoleezza Rice un câble diplomatique devenu célèbre, révélé par les Wikileaks, sous le titre « Nyet Means Nyet » (« Non signifie Non »). Burns y expliquait que l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN constituait la ligne rouge absolue pour l'ensemble des élites russes et dans toute la classe politique russe, bien au-delà du seul Vladimir Poutine. Il avertissait qu'une telle évolution risquait de provoquer une guerre civile en Ukraine et d'obliger la Russie à intervenir.
Ces avertissements n'étaient pas ceux de propagandistes russes. Ils émanaient du plus haut représentant diplomatique américain à Moscou et analyste consciencieux de la situation.

Angela Merkel elle-même reconnaît dans ses mémoires que la perspective d'une intégration de l'Ukraine à l'OTAN était susceptible de provoquer une guerre avec la Russie. L'ancienne chancelière allemande explique notamment pourquoi elle s'était opposée à une adhésion rapide de Kiev lors du sommet de Bucarest, en accord alors avec Nicolas Sarkozy.

Dès le 15 décembre 2021, soit plus de deux mois avant le déclenchement de la guerre, Vladimir Poutine avait officiellement transmis à Washington un projet de traité sur les garanties de sécurité proposant une négociation globale sur l'architecture de sécurité européenne et exigeant notamment l'arrêt de l'élargissement de l'OTAN à l'Ukraine. Cette initiative, rendue publique deux jours plus tard, fut rejetée sur ses points essentiels.

Les exemples de ce types sont pléthoriques et encore une fois, la guerre de Géorgie de 2008 annonçait clairement ce qu'il allait se passer.
Autrement dit, les principaux dirigeants occidentaux connaissaient parfaitement les conséquences prévisibles de cette trajectoire stratégique.

Même Jens Stoltenberg, alors secrétaire général de l'OTAN, a reconnu que Vladimir Poutine avait demandé, à l'automne 2021, l'arrêt de l'élargissement de l'OTAN comme condition pour ne pas envahir l'Ukraine. L'Alliance a refusé cette demande, et, selon les propres mots de Stoltenberg, « il est donc allé à la guerre pour empêcher davantage d'OTAN à ses frontières ».

« À l'automne 2021, le président Poutine a envoyé un projet de traité que l'OTAN devait signer, promettant qu'il n'y aurait plus d'élargissement de l'OTAN. C'était sa condition pour ne pas envahir l'Ukraine. Bien sûr, nous ne l'avons pas signé. Au contraire, nous avons réaffirmé la politique de la porte ouverte. (...) Il est donc allé à la guerre pour empêcher davantage d'OTAN à ses frontières. » – Jens Stoltenberg, Jens Stoltenberg speaks to the EU Parliament.

On peut également évoquer le mémorandum d'Istanbul.
Quelques jours seulement après le début de la guerre, des négociations directes entre Moscou et Kiev s'ouvrent en Biélorussie puis à Istanbul et aboutissaient quasiment définitivement après quelques semaines à ce qui a été appelé le mémorandum d'Istanbul.
Les projets d'accord alors discutés prévoyaient notamment, et principalement, la neutralité de l'Ukraine, assortie de garanties internationales de sécurité, donc l'abandon de toute perspective d'adhésion à l'OTAN, le règlement définitif de la question de la Crimée comme territoire russe, ainsi qu'une autonomie des territoires du Donbass et de Lougansk... maintenus comme territoire ukrainien. Ces discussions semblaient avoir enregistré des avancées significatives avant d'être interrompues. Pour Moscou, mais aussi selon plusieurs acteurs ayant participé ou assisté au processus, dont l'ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett, l'intervention des États-Unis et du Royaume-Uni, symbolisée par la visite de Boris Johnson à Kiev en avril 2022, a joué un rôle déterminant dans l'abandon de cette voie diplomatique et dans la poursuite de la guerre.
L'Occident était alors convaincu que le cortège sans précédent de sanctions économiques allait mettre la Russie à genoux. Il n'en a rien été, or c'était la carte maîtresse occidentale.

Une « paix » qui reprend exactement les causes de la guerre

Or que proposent aujourd'hui Londres, Paris, Berlin, Bruxelles et leurs partenaires ?
Un cessez-le-feu au cours duquel les livraisons d'armes occidentales se poursuivraient, les sanctions contre la Russie resteraient en place et une force militaire composée de pays membres de l'OTAN ou de ses alliés serait déployée en Ukraine. Donc des troupes de l'OTAN, des bases de l'OTAN, des systèmes d'armes à longue portée de l'OTAN en Ukraine...

Autrement dit, ils proposent précisément ce contre quoi la Russie affirme combattre depuis le premier jour. Et c'est de surcroît le projet d'affaiblissement de la Russie clairement écrit par les têtes pensantes néoconservatrices, Zbigniew Brzeziński en particulier dans Le grand échiquier (1997).

On peut discuter la légitimité des exigences russes. On peut condamner l'invasion de l'Ukraine. On peut considérer que Moscou porte une responsabilité majeure dans cette guerre. On peut discuter à bâtons rompus du cadre d'une nouvelle architecture de sécurité, mais une négociation ne consiste pas à ignorer les intérêts de sécurité de son adversaire, en particulier quand cet adversaire dispose de plus de 6000 têtes nucléaires.

La négociation consiste précisément à trouver un équilibre acceptable entre des intérêts contradictoires, comme on avait su le faire lors de la guerre froide.
Or aucune négociation sérieuse n'est possible si l'une des parties exige que l'autre accepte, à l'issue de la guerre, la situation stratégique contre laquelle elle était entrée en guerre pour l'empêcher, sauf à espérer une défaite stratégique totale de l'adversaire. Or, c'est précisément ce que poursuivent les dirigeants otaniens bien que ce soit complètement illusoire. Là encore, le disque est rayé. Londres, Paris, Berlin et Bruxelles, comme l'État profond américain, partagent l'espoir, la croyance en fait, que la Russie va finir par s'effondrer par un renversement de Poutine, ou une révolution populaire, ou encore un épuisement de l'armée, voire par un effondrement économique, sans que rien de cela ne se passe... ni même que le début des conditions soient réunies pour qu'un de ses scénarios aboutisse.

Du point de vue du Kremlin, une force militaire occidentale installée durablement en Ukraine constituerait une présence de fait de l'OTAN, quelle que soit l'appellation choisie.
Il n'existe donc pratiquement aucune probabilité que Moscou accepte un tel dispositif. Chacun le sait parfaitement.

Le prix de l'aveuglement stratégique

Les conséquences sont prévisibles : il n'y aura pas de cessez-le-feu dans ces conditions, pas plus cette fois que lors des précédentes propositions.

Par contre depuis, la Russie a avancé et revendique quatre Oblast, le Donbass, Lougansk, Kherson et Zaporijia et surtout elle lamine l'armée ukrainienne, l'Ukraine et la société ukrainienne.
Les conséquences pour l'Ukraine et les Ukrainiens dont on prétend se préoccuper à l'Ouest sont catastrophiques, au point qu'il sera difficile pour ce pays de se remettre, voire impossible.
Depuis le début du conflit en février 2022, les pertes ukrainiennes ont dépassé le million de morts – c'est sidérant. Des centaines de milliers ont déserté. L'Ukraine s'est vidée de sa population : de 42 millions d'habitants avant le conflit, elle n'en compte plus que 25 millions selon le dernier recensement, en raison des pertes et surtout d'une émigration massives vers l'Europe et la Russie. Par ailleurs, les infrastructures du pays sont massivement détruites.

En face, la Russie a subi quelques dommages sur certaines raffineries – pas de quoi casser son économie (voir l'émission avec Jacques Sapir) – son économie réorientée cers les pays BRICS et décorrélée du cadre financier occidental n'est pas à genoux, loin s'en faut ; sur le front, 770 000 soldats sont massés face à l'armée ukrainienne, elle a l'ascendant en artillerie par 9 contre 1 (l'artillerie est ce qui tue le plus dans cette guerre), l'ascendant en aviation, en munitions, l'ascendant en nombre et en qualité de missiles, l'ascendant maintenant en drones.
Ses pertes sont importantes, mais limitées compte tenu de la nature colossale de ce conflit, soit entre 240 000 et 260 000 morts (chiffres que nous avons plusieurs fois expliqués sur Fréquence Populaire).
Même le général Valeri Zaloujny, ancien commandant en chef de l'armée ukrainienne, estime dans un article récent du Telegraph, « N'imaginez pas que la Russie a perdu la guerre » (c'est un euphémisme) que la Russie a perdu près de 250 000 soldats tués depuis le début de la guerre. Il ajoute, que croire que Moscou est sur le point de s'effondrer serait une « dangereuse erreur d'appréciation ». Autrement dit, malgré des pertes considérables, la Russie démontre qu'elle est prête à poursuivre une guerre d'attrition dont les Européens semblent toujours refuser de mesurer les conséquences stratégiques.

La Russie poursuivra son offensive, et plus les dirigeants européens insisteront sur cette ligne, plus Moscou considérera qu'il lui faut obtenir par les armes ce qu'elle ne peut obtenir par la négociation.
L'évolution du discours russe est d'ailleurs révélatrice.
Il y a peu, Vladimir Poutine qui était tenant d'une ligne cherchant un compromis a basculé. Lors du discours devants les cadets de l'armée, il a déclaré que l'Europe et l'OTAN voulait la guerre et qu'il fallait s'y préparer. Iouri Ouchakov, conseiller spécial de Poutine pour les Affaires étrangères, a déclaré que les négociations et accords d'Anchorage (sommet Trump / Poutine du 15 août 2O25) étaient caduques, quand à Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de Russie, il considère, publiquement, qu'il n'y a plus aucune négociation et que le conflit se règlera sur le champ de bataille.

Alors que les premiers objectifs étaient officiellement centrés sur la neutralité de l'Ukraine, la démilitarisation et la reconnaissance des territoires déjà annexés, plusieurs responsables russes évoquent désormais de manière beaucoup plus ouverte la perspective d'un contrôle durable de l'ensemble de la Novorossia, c'est-à-dire tout l'espace situé à l'est du Dniepr (et donc Kharkov, 2e ville d'Ukraine), plus Odessa, voire davantage (c'est-à-dire Kiev) si les projets occidentaux devaient se poursuivre.
C'est cohérent du point de vue russe : si les pays de l'OTAN veulent l'Ukraine dans l'OTAN, alors il faut faire reculer sa frontière au plus loin et le Dniepr est une ligne de défense et de séparation naturelle, et Odessa prive ce qui reste d'Ukraine d'accès à la mer Noire et l'OTAN d'une ligne maritime de ravitaillement.


Les trois zones hachurées (à l'est du Dniepr, l'Oblast d'Odessa, zone tampon entre l'Oblast d'Odessa et Dnipropetrovsk) correspondent aux objectifs de conquête russe si l'option d'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN est maintenue. Cela pourrait inclure Kiev et également la Transnistrie (bande séparatiste russe à l'est de la Moldavie). Ces visées sont maximalistes mais font écho aux visées maximalistes de l'OTAN. De tels gains territoriaux ne pourraient évidemment être obtenus que par une capitulation sans condition de Kiev.

Autrement dit, plus l'Occident refuse de traiter la question de l'OTAN, plus les objectifs territoriaux russes s'élargissent, condamnant à terme les possibilités d'existence viable d'une Ukraine croupion qui serait potentiellement partagée entre ses voisins.

Les Ukrainiens veulent désormais la paix

Cette stratégie est d'autant plus troublante qu'elle semble désormais en contradiction avec l'évolution de l'opinion ukrainienne elle-même.

Selon Gallup, le soutien à une guerre menée « jusqu'à la victoire » s'est effondré en quelques années. (En 2022, 73 % des Ukrainiens souhaitaient poursuivre les combats jusqu'à la victoire militaire.)
Les enquêtes plus récentes confirment cette tendance : une large majorité des Ukrainiens privilégie désormais une solution négociée plutôt qu'une guerre indéfinie.
Le même sondage en 2026 donne 80 % d'Ukrainiens favorables à une paix ici et maintenant, y compris si celles-ci impliquaient l'acceptation des pertes territoriales déjà subies.

Cette évolution n'a rien de surprenant.
Depuis plus de quatre ans, le pays vit sous mobilisation permanente.
Les vidéos montrant les recrutements forcés dans les rues ukrainiennes se multiplient. Les centres de mobilisation font l'objet de contestations grandissantes. Même dans l'ouest du pays, notamment autour de Lviv, longtemps considéré comme le bastion du nationalisme ukrainien, des manifestations et des actes de résistance contre les méthodes de mobilisation apparaissent désormais – même si la plupart de médias occidentaux détournent pudiquement le regard .

La fatigue humaine est immense. L'économie est exsangue, et en fait est à l'arrêt complet sous perfusion permanente de l'Ouest.
Des millions d'Ukrainiens vivent à l'étranger. Une génération entière est sacrifiée. No futur.

Une guerre qui sert d'autres intérêts

Pourquoi un tel entêtement chez ceux qui sont loin du front et de ces souffrances ?
Pourquoi, dès lors, maintenir une stratégie dont chacun peut constater qu'elle éloigne les perspectives de paix ?

Une première réponse est économique.
La guerre constitue un gigantesque marché pour l'industrie d'armement occidentale, en particulier américaine. Les commandes explosent, les budgets militaires atteignent des niveaux historiques et le complexe militaro-industriel occupe une centralité politique comme jamais auparavant. Ce que craignait le général et Président Eisenhower s'est réalisé : la mainmise de l'appareil militaro-industriel sur les institutions et plus largement la démocratie.

« On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. »
Anatole France.

Mais cette explication, bien que réelle, ne suffit probablement pas. Il y a une seconde dimension, plus idéologique.
Depuis trois ans, une partie des élites occidentales caresse l'espoir qu'un retournement stratégique majeur puisse encore intervenir : effondrement économique russe, crise politique interne, rupture du front ou changement de régime à Moscou.
Cet espoir relève de moins en moins de l'analyse stratégique et de plus en plus de la croyance.

Or, pendant que l'on attend ce miracle, les réalités militaires continuent d'évoluer.
Sur plusieurs secteurs du front, les forces ukrainiennes connaissent des difficultés croissantes en effectifs, en réserves et en capacité de rotation.
La forteresse de Kostiantynivka est tombée, ainsi que Krasny Liman, le front connaît des percées russes du côté de Soumy et de Kharkov – alors même que les médias occidentaux depuis presque deux mois affirment le contraire, créant une étrange illusion de victoire ukrainienne. La pression russe s'accroît progressivement sur l'ensemble du front. Le temps joue davantage en faveur de Moscou qu'en faveur de Kiev, et compte tenu des manque de réserve, nécessairement, le front finira par craquer quelque part ou continuera à reculer tout le long vers le Dniepr.

Persister à promettre une victoire devenue de plus en plus improbable revient à prolonger une guerre dont les premiers à payer le prix sont les Ukrainiens eux-mêmes.

Au fond, la contradiction est devenue totale. Les capitales européennes parlent de paix tout en préparant les conditions militaires qui rendent cette paix impossible. Elles refusent toujours d'intégrer dans leur réflexion l'élément stratégique qui a conduit au déclenchement de la guerre, la question de l'OTAN et des garanties de sécurité réclamées par Moscou depuis près de vingt ans.

La paix ne consiste pas à imposer à son adversaire les raisons mêmes qui l'ont conduit à entrer en guerre, elle consiste à construire un compromis suffisamment solide pour que chacun y trouve un intérêt supérieur.
Tant que cette réalité élémentaire continuera d'être ignorée, les conférences diplomatiques, les coalitions de volontaires et les annonces de forces de réassurance ne prépareront pas la paix.

Elles garantissent seulement la poursuite de la guerre.
Jusqu'au dernier Ukrainien...