Marc Arnaud
7/10/2026
NE SIGNEZ PAS, C’EST LA CONSIGNE !
Il flotte actuellement sur la politique française un délicieux parfum de démocratie moisie. À droite, au centre et dans cette partie de la gauche qui rêve surtout que rien ne change, on commence à regarder Jean-Luc Mélenchon avec l’inquiétude du propriétaire qui entend du bruit dans la serrure.
Le vieux est toujours là. Pire : il monte. Encore pire : dans toutes les configurations, il est au second tour. Alors forcément, chez les défenseurs de la République profanée, une idée lumineuse commence à faire son chemin : puisqu’on est certain de ne pas le battre, essayons déjà de l’empêcher de concourir.
Bienvenue dans la grande fête démocratique française ! Vous pouvez voter pour qui vous voulez, à condition que nous ayons préalablement choisi ceux pour lesquels vous aurez le droit de voter. Car Mélenchon a un problème assez cocasse : des centaines de milliers de citoyens ont déjà apporté leur parrainage populaire à sa candidature, mais cela ne suffit évidemment pas. Le peuple, dans une démocratie, c’est sympathique pour applaudir, coller des affiches et payer des impôts. Pour choisir qui a le droit de se présenter devant lui, en revanche, on préfère demander à 500 élus. Et comme LFI dispose de relativement peu de maires, voilà ses militants obligés de partir à la chasse aux signatures pendant que les partis bien installés contemplent leur cheptel municipal avec la sérénité du gros propriétaire regardant ses hectares.
Le plus savoureux, c’est qu’un parrainage n’est même pas un soutien. Un maire peut détester Mélenchon, son programme, ses discours, ses cravates et jusqu’à la façon dont il prononce « oligarchie » ou « génocide », et néanmoins considérer que des millions d’électeurs ont le droit de pouvoir voter pour lui. C’est d’ailleurs exactement ce qu’avait fait David Lisnard en 2022 : adversaire déclaré de Mélenchon, il l’avait parrainé au nom du pluralisme démocratique. Voilà une notion devenue presque révolutionnaire : laisser ses adversaires se présenter aux élections.
Pourquoi cette fébrilité autour de Mélenchon ?
Parce que le scénario que toute la bonne société politique rétrograde jugeait autrefois grotesque ne la fait plus rire. Autrement dit, le candidat qu’on nous annonçait enterré, isolé, fini, carbonisé et probablement transformé en compost électoral continue tranquillement d’avancer pendant que ses fossoyeurs commandent une pelle plus grande.
Alors imaginons l’instant béni du débat d’entre les deux tours : Mélenchon face à Marine Le Pen. Pas quinze secondes sur BFMTV entre deux éditorialistes, pas une petite phrase découpée, remontée, commentée pendant trois jours par des gens qui n’ont pas écouté la phrase précédente, non, un vrai débat, deux candidats, trois heures, les dossiers sur la table.
Et là, fini le service après-vente. Il faudrait parler salaires, retraites, hôpital, école, fiscalité, diplomatie, climat, constitution, services publics, partage des richesses. Il faudrait expliquer comment on gouverne réellement un pays, au-delà des immigrés, des étrangers, des musulmans et de l’interminable rayon « identité nationale » où le RN fait ses courses depuis cinquante ans. Marine Le Pen devrait quitter son terrain de pétanque favori pour entrer dans la bibliothèque. Et face à elle, elle aurait un adversaire qui adore précisément les débats longs, les chiffres, l’histoire, les institutions et les démonstrations politiques. On comprend que certains préfèrent régler le problème avant.
Tout le monde sait, même ses pires détracteurs, que Mélenchon gagnerait ce duel. Et c’est peut-être cela qui commence à donner des sueurs froides au petit monde politique : la certitude que Mélenchon gagnerait.



