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2 août 2026

Gabriel Nerciat
1/8/2026

LA PREUVE PAR ELSA


Je me demande si quelqu'un, même dans les milieux ou les journaux les plus anticommunistes de la IIIe République (et Dieu sait qu'il y en avait plus d'un), a jamais exigé que Elsa Triolet, avant ou même après son mariage avec Aragon, fût expulsée en URSS parce qu'elle utilisait sa renommée d'artiste et de femme de lettres engagée pour défendre la cause du marxisme-léninisme soviétique à Paris.
Je pose la question sans arrière-pensée ; je ne connais pas la réponse avec certitude, même si je crois bien que celle-ci a toutes les chances d'être négative (et bien que telle ou telle plume de la droite ligueuse ou antisémite de l'époque aurait pu évidemment être tentée de le faire, mais ce n'était pas le coeur de l'intelligentsia ou de l'opinion publique).
Le plus important, d'ailleurs, n'est pas là. Il est dans le fait qu'aucun gouvernement de la République d'alors n'a eu l'idée de tenter de le faire (la dénaturalisation d'une citoyenne russe mariée à un Français eût été beaucoup plus aisée qu'aujourd'hui).
L'exemple vaut ce qu'il vaut, mais suffit à montrer en quoi le régime républicain est en train de changer radicalement, et pour le pire.
L'argument de la désinformation n'est évidemment qu'un alibi ; comme si Paris n'hébergeait pas tous les dissidents ukrainiens ou iraniens en peau de lapin de la Terre complaisamment invités sur LCI ou BFM-TV pour alimenter les bobards de la propagande atlantiste.
Prétendre que Xenia Fedorova devrait se plaindre du manque de pluralisme en Russie plutôt qu'en France n'est jamais qu'une hypocrisie de plus, surtout lorsqu'elle provient de tous les jean-foutres de Saint-Germain-des-Prés qui brament "Je suis Charlie". C'est en France qu'on se réclame de la pluralité d'opinions, de la liberté d'expression et du droit au blasphème ; pas en Russie. Et c'est bien pourquoi Xenia Fedorova y est devenue indésirable.
Le silence complice de la plupart des intellectuels libéraux ou progressistes révèle ce qu'ils savent tous mais ne veulent pas avouer : à savoir que leur idéologie belliciste est devenue tellement méprisable et minoritaire qu'ils ne sont même plus en mesure de feindre de respecter les principes cardinaux qu'ils prétendaient opposer, il y a encore quelques années, à leurs ennemis.
Pour eux, c'est le dernier reniement avant la chute. Ils en ont conscience, et ne reculeront plus devant aucune scélératesse.

29 juillet 2026

EN MARCHE VERS LA DICTATURE IDÉOLOGIQUE

Gabriel Nerciat
29/7/2026

La brillante et si perspicace journaliste russe Xenia Fedorova est devenue indésirable en France. Ursula La Hyène et l'invraisemblable Nathalie Loiseau ont obtenu gain de cause auprès du Rantanplan de la place Beauvau, qui va l'expulser du territoire national..
Qui veut prendre les paris que ni la Cour Européenne des Droits de l'Homme ni le Conseil d'État ni le Conseil constitutionnel ni bien sûr quelque tribunal administratif ou juge des référés que ce soit n'interviendra pour empêcher l'expulsion ? Et que, contrairement à ce qui se passe tous les jours avec le dernier des OQTF, fût-il un islamiste patenté ou un violeur récidiviste, la Ligue des Droits de l'Homme fermera sa grande gueule dans les jours à venir.
Le simple fait de contester le "narratif" gouvernemental, européiste ou otanien à propos d'une guerre où la France officiellement n'est pas engagée est devenu désormais un délit attentatoire à la sûreté de l'État, qui rend son auteur comparable au membre d'une organisation terroriste ; à ce titre, donc, redevable d'une procédure d'exception (encore qu'un vrai terroriste, lui, aurait sans doute droit à un jugement en cour d'assises avant d'être réexpédié dans son pays).
La chose en soi n'est pas surprenante (on sait depuis longtemps par qui nous sommes gouvernés, à Bruxelles comme à Paris), mais désormais elle se montre dans sa vérité crue : en Europe, les démocraties libérales ont cessé d'être pluralistes, et s'acheminent tranquillement, ouvertement vers la dictature idéologique, sans trop rencontrer d'obstacles.
Un préalable pour aller vers la guerre ("avant 2030", plastronne le ministre polonais de la Défense) ?
Les libéraux européistes et/ou atlantistes vont donc devoir s'adapter (autant les prévenir), car désormais le mythe de l'État de droit, qu'ils brandissaient de façon pavlovienne face aux populismes de droite ou de gauche depuis trente ans, a vécu : une journaliste étrangère peut être expulsée sans aucun arrêt de justice du jour au lendemain pour simple délit d'opinion ; le Premier ministre d'un État génocidaire soumis à un mandat d'arrêt international, peut survoler impunément le ciel de trois pays de l'UE signataires du statut de Rome (dont la France) pour se rendre à Washington ; un parti politique qui réunit plus de dix millions de suffrages peut éventuellement être interdit de concourir à une élection nationale d'un simple trait de plume ratifié par un juge (ce qui s'est passé en Roumanie, et peut se reproduire avec l'AFD en Allemagne l'an prochain ; pourquoi pas même ici avec LFI ou Reconquête voire le RN), etc.
Reste une question intéressante : que se passera-t-il, une fois Xenia Fedorova expulsée à Moscou, si elle continue à publier des éditoriaux dans le magazine du JDD ou si elle intervient régulièrement sur C-News depuis la Russie ?
J'espère bien que Vincent Bolloré sera assez curieux pour se poser la question.

26 juillet 2026

TRUMP, LA DÉBANDADE ET LA FIN DU CIRQUE

Gabriel Nerciat
26/7/2026

Donald, à bout de menaces grotesques, de facéties séniles, et surtout de système anti-missiles - totalement saturé au bout de quinze jours devant le feu nourri des attaques iraniennes, que complètent désormais celles, de plus en plus efficaces et conséquentes, des Houthis sur le sol de l'Arabie saoudite.
J.D Vance devrait faire avec lui ce que Trump a fait avec Maduro : le mettre à l'isolement en attendant l'internement forcé à l'asile, et prendre sa place dans le Bureau Ovale pour commencer à dire leurs faits à tous les auxiliaires de Tel-Aviv présents au sein du Parlement et de l'administration fédérale des Etats-Unis (il a commencé à en parler sans détour dans l'émission de Joe Rogan cette semaine).
Mention particulière pour le gendre véreux du président, qui est aussi le principal relais de Netanyahou au coeur de la Maison Blanche et l'un des responsables directs de ce désastre.
Comme je l'avais écrit ici dès les premiers jours du conflit, en février, non seulement le régime et l'Etat iraniens ne seront pas détruits, mais c'est le régime et l'Etat fédéral américains à terme qui risquent bien de l'être.

25 juillet 2026

Gabriel Nerciat Larvatus
25/7/2026

LE DOCTEUR MARTY, UN HOMME DE NOTRE TEMPS

Cet insupportable carabin toulousain, qui fut pendant deux ans l'un des principaux propagandistes pro-gouvernementaux du despotisme sanitaire, se recycle aujourd'hui complaisamment en Philippulus de la religion séculière réchauffiste.
"Il (notre pays) brûle du populisme imbécile des climatosceptiques", écrit-il.
Dommage que Pierre Mari m'ait répudié depuis peu de ses contacts pour crime d'ironie climatique : le critique littéraire en lui aurait sans doute apprécié ce morceau d'anthologie de la langue française.
Pourquoi certains cons deviennent-ils méchants ?
C'est une question à laquelle peu de philosophes finalement ont réfléchi.
Socrate, chez Platon, se contente de dire que nul ne veut le mal volontairement, et semble donc supposer, comme beaucoup de philosophes rationalistes le feront après lui, que c'est d'abord l'ignorance qui nous rend mauvais.
Mais ce n'est pas vrai : ce docteur Knock abusif descendant des Cathares, même s'il n'est pas climatologue, se croit beaucoup plus savant que la moyenne des gens, et peut-être d'ailleurs l'est-il partiellement.
Non, illettré ou savant, le con devient méchant à partir du moment où il se persuade qu'à tout problème correspond une solution, et que cette solution exige un minimum de coercition collective exercée à très grande échelle sur des populations souvent a priori rétives.
Comme les circonstances au cours desquelles il peut véritablement avoir prise sur l'opinion sont rares, il en vient à conclure instinctivement qu'une bonne partie du troupeau humain est directement responsable du malheur des temps.
Encore heureux si l'on s'en tire avec deux ou trois piqûres dans le bras ou dans l'épaule. Pour le bon docteur Marty, ce sont d'immenses camps de rééducation avec panneaux solaires qu'il nous faudrait, et des virées à bicyclette obligatoires pour respirer hors des villes comme dans la Chine rouge du défunt président Mao.
Les méchants cons sont comme le reste : ils changent avec les périodes et les saisons, et chaque cycle climatique ou historique génère les siens.

21 juillet 2026

Gabriel Nerciat
21/7/2026

POUR L'HONNEUR ET LA MÉMOIRE DE MAURICE BARRÈS

Jour de colère.
Le nouveau cornichon socialiste que les Parisiens ont choisi comme édile a eu le culot et l'insigne saloperie de débaptiser la place Maurice-Barrès, située depuis un siècle dans le 1er arrondissement de la capitale, près de là où il vécut, pour lui donner le nom de l'épouse du capitaine Dreyfus (que personne ne connaît et dont tout le monde se fout bien).
On notera que ce minable et inculte inquisiteur de bac à sable n'appartient pas à cette gauche wokiste proche de LFI généralement adepte des grandes purges mémorielles ; il s'agit au contraire d'un terne notable social-démocrate issu de la bonne société parisienne, ami de François Hollande, lecteur de Erik Orsenna, mécène de Laurent Joffrin, et qui a dû vraisemblablement prendre la défense de Barbara Butch dans la récente affaire de Grenoble (peut-être qu'il lui donnera aussi le nom d'une rue parisienne dans quelque temps, sait-on jamais, puisque certains folliculaires sionistes la comparent déjà au capitaine alsacien injustement condamné par ses pairs).
Le maire de Paris s'est fendu d'un communiqué pour expliquer que Barrès, antidreyfusard résolu au moment de l'Affaire comme chacun sait, avait contribué à "nourrir la haine", ce qui justifiait qu'il fût exclu à la fois de la mémoire nationale et de la République tout court – alors qu'il fut élu et réélu député de Nancy puis de Paris pendant des décennies, et à sa mort eut droit à des funérailles nationales à Notre-Dame en présence du président de la République, du chef du gouvernement et du maréchal Foch. Paul Valéry et Edgar Degas, qui furent eux aussi des partisans de la culpabilité d'Alfred Dreyfus, n'ont qu'à bien se tenir : leur tour viendra.
Inutile bien sûr d'expliquer à ce cave qui n'a jamais ouvert un livre de littérature de sa vie (on a déjà précisé qu'il lisait les bouquins d'Orsenna) que Léon Blum comme Aragon ou Jaurès, dont Barrès fut l'ami personnel, considéraient l'auteur des Déracinés et de La Colline inspirée comme l'un des plus grands écrivains de son temps, ou encore que l'ancien militant boulangiste de la Lorraine annexée au Reich avait explicitement renié son antisémitisme après la guerre de 1914 en intégrant le judaïsme parmi ce qu'il appelait les "familles spirituelles de la France".
Il s'en moque. De toute façon, il doit mépriser Aragon, s'il sait vaguement qui c'est, au moins autant que Barrès. Et la littérature française elle-même, du cynique Roman de Renart jusqu'aux vénéneuses Fleurs du Mal, est peut-être tout entière suspecte à ses yeux de nuire aux bonnes mœurs vertueuses de l'espèce humaine en voie de patiente unification.
Ce qui ne l'empêchera pas, soyons-en sûrs, de s'indigner si la moindre municipalité RN débaptise une école Edouard-Glissant ou coupe des crédits à un quelconque festival Frantz Fanon ou Daniel Guérin en province.
Le pire est qu'aucun écrivain notoire, aucun académicien du quai Conti (allô Amin Maalouf ? Dis, tu sais qui a écrit Un Jardin sur l'Oronte ? Ce n'est pas Yasmina Reza ni Tahar Ben Jelloun et toi encore moins), aucun homme politique de droite ou d'ailleurs n'a jugé bon d'émettre le moindre tweet ou article pour défendre la mémoire et l'œuvre de l'antique prince de la jeunesse. Seuls des étudiants de la Cocarde parisienne et quelques journalistes de la presse Bolloré pas encore partis en vacances se sont émus. Il faudrait décidément écrire une suite à Leurs Figures.
C'est peut-être ce qui rend encore plus furieux et triste. Pour un peu, on en viendrait presque à regretter Jean d'Ormesson.
Face à la Bêtise à front de mouton, au cœur de cette Nation qui s'est si longtemps confondue avec l'amour de la langue et des livres, il n'y a même plus un seul lionceau pour rugir.
Les familles spirituelles de la France ne sont plus, ou bien elles se sont exilées loin de la France. Je ne sais laquelle des deux hypothèses est la pire.
En attendez, lisez ou relisez Barrès, et pas seulement pour emmerder les cons. C'est plus qu'un très grand écrivain ; c'est l'un des prophètes de notre temps, que De Gaulle, Proust, Mauriac et Montherlant avaient salué à ce titre.

BARBARA BUTCH, CENSEUR CENSURÉE

Gabriel Nerciat


- 20/7/2026 - L'immonde activiste anti-chrétienne et pro-israélienne Barbara Butch, qui était partisane de la défunte et scélérate loi Yadan (c'est-à-dire de la censure exercée légalement à l'encontre de toute critique radicale de l'État et du projet sionistes) a été elle-même censurée hier soir à Grenoble par de jeunes militants mélenchonistes et/ou pro-palestiniens.
Des républicains d'opérette ce matin crient au scandale, en chœur avec tous les relais médiatiques de la répugnante propagande likoudiste et la plupart des gommeux qui constituent le milieu de la sous-culture dadaïste d'État subventionnée.
Mais après tout, les jeunes perturbateurs n'ont rien fait d'autre qu'appliquer le principe même de l'universelle éthique de réciprocité qui est au cœur non seulement de la plupart des sagesses traditionnelles – juive y compris – mais aussi de la morale catégorique kantienne chère aux fondateurs de la IIIe République : "À la façon dont tu traites les autres, tu seras traité".
C'est bien ce qui vient de se passer à Grenoble.
Bravo à eux, en tout cas. Deux ans tout juste après la pitoyable et blasphématrice cérémonie d'ouverture des Jeux Oympiques de Paris, ils nous ont en quelque sorte remplacés.

20 juillet 2026

Gabriel Nerciat
18/7/2026

ULYSSE ET LE MYSTÈRE DE L'ODYSSÉE


Dans un livre célèbre qui fit précocement sa gloire littéraire et que j'ai lu lorsque j'étais étudiant, le philosophe et érudit George Steiner développa la thèse selon laquelle Homère était en réalité le seul auteur de L'Odyssée – L'Iliade n'étant selon lui que la compilation anarchique de multiples récits archaïques élaborés pendant des siècles autour de la geste de la guerre de Troie (ce qui expliquerait, entre autres choses, que l'épisode du cheval de bois, pure invention homérique, ne figure pas dans le premier livre).
Je n'ai pas relu le texte de Steiner récemment, mais je me souviens du cœur de son argumentation qui m'avait marqué : il y expliquait que ce qui empêchait les deux livres d'avoir le même auteur était la façon très différente que chacun d'entre eux avait d'aborder le rapport entre les mortels et les dieux.
Dans L'Iliade, même si la puissance des dieux – à commencer par le premier d'entre eux – connaît des limites imposées par le Destin, les mortels demeurent constamment leurs jouets ; par eux-mêmes Grecs et Troyens ne sont que les véhicules précaires d'une compétition qui oppose d'abord les dieux de l'Olympe entre eux. Le malheur de Priam devant la mort d'Hector par exemple parvient à émouvoir Achille qui l'a tué, mais elle n'émeut aucune divinité – même Apollon, solaire protecteur d'Ilion, vis-à-vis duquel le prince troyen, dont il avait un jour sauvé la vie, éprouvait pourtant une piété et une ferveur particulières.
Les dieux de L'Iliade peuvent s'intéresser aux mortels, parfois s'éprendre d'eux (ou d'elles), mais c'est leur volonté seule qui va déterminer ce que les mortels vont devenir et ce qu'ils sont tenus de faire ou pas. Dans L'Iliade, les hommes sont en quête de la faveur et de la puissance des dieux, tandis que la force ou la faiblesse des hommes n'engagent pas la nature ni la passion des dieux qui les protègent ou au contraire cherchent à leur nuire.
Une barrière incommensurable les sépare, pour une raison très évidente : les dieux ne connaîtront jamais personnellement la mort ou la finitude, et c'est pourquoi ils dominent la nature tout en la régentant (l'Olympe est à équidistance entre la terre et le ciel).
Dans L'Odyssée, il en va tout autrement. Selon Steiner, le texte est composé à une époque plus tardive où la piété éprouvée envers les dieux a changé : ils fascinent moins, suscitent parfois une discrète ironie irrévérencieuse, alors que les passions attribuées aux hommes leur demeurent en partie fermées.
Le rapport s'est même inversé : c'est la faiblesse, l'amour, la finitude, la fidélité, la nostalgie et l'intelligence des hommes que les dieux envient. Calypso voudrait qu'Ulysse devienne immortel, ce qu'il refuse résolument puisqu'il veut retourner dans son île et retrouver Pénélope, tandis que la subtile et vierge Athéna semble plus se complaire avec lui qu'avec son père Zeus ou son frère Apollon.
Lorsque Ulysse croise l'ombre d'Achille aux Enfers, ce dernier lui dit qu'il préfèrerait être le dernier des bouviers (entendez le plus modeste et le plus vil des hommes) sur la Terre plutôt que le grand Achille aux Enfers. Phrase impensable, selon Steiner, dans la bouche du Achille de L'Iliade, pour qui la gloire est tout et qui, au grand dam de sa nymphe de mère, ne craint pas de perdre la vie s'il meurt glorieux.
Steiner ne va pas jusqu'à dire que l'attitude d'Ulysse marque le début réel de l'humanisme occidental, mais sans doute le pense-t-il. Bientôt le dieu unique, jaloux, transcendant et inconnu du Sinaï va pouvoir entrer en scène, pour le meilleur et pour le pire.
Un de mes amis de khâgne, qui appréciait peu L'Odyssée, m'avait dit, quand je lui avais résumé les arguments de Steiner : "Possible, mais Ulysse n'est pas du tout un type intéressant. Ce n'est jamais qu'un représentant de commerce. Je suis sûr qu'Alexandre le méprisait."
Avait-il raison ? Je ne crois pas, mais il semble que Christopher Nolan ne soit pas loin de penser la même chose – en pire.
D'ailleurs, a-t-on jamais vraiment aimé Ulysse ? En dépit de sa ténacité et de sa ruse, bien des traits chez lui sont déplaisants.
Et pourtant, il nous ressemble, qu'on le veuille ou non. Et continue peut-être à nous attirer les faveurs d'Athéna, la future Minerve des Romains, sans laquelle les passions informes l'auraient emporté en nous depuis si longtemps.
Peut-être parce qu'il sait ce qu'il aime, ce qu'il doit faire et ce qu'il risque de perdre en le faisant. Alexandre le Grand ne pouvait pas en dire autant, et Descartes non plus. Malheur à nous si nous croyons licite de nous juger supérieurs à lui, même si nous n'aborderons jamais aux rives d'Ithaque.

15 juillet 2026

Gabriel Nerciat

UN BEAU DEFILÉ MILITAIRE

- 14/7/2026 - Finalement, c'était pas mal, ce défilé otanien sur les Champs-Elysées au son des cornemuses, avec une petite quinzaine de gardes prétoriens ukro-banderistes qui marchent au pas de l'oie comme dans les belles années 1940, devant un public à QR Code trié sur le volet.
Je pensais détester ça, et finalement non. Le kitsch, n'en déplaise à Karl Kraus, ça a du bon.
Car, comment dire ?
La cérémonie ressemblait à l'enterrement de la reine Victoria, en présence des grandes têtes couronnées de la Belle Epoque, au début du précédent siècle. Quand le cercueil de l'auguste impératrice des Indes s'est cassé la gueule sur les marches de l'abbaye de Westminster, personne évidemment, ni Guillaume II ni François-Joseph d'Autriche ni le dernier tsar de Russie Nicolas II, ne pouvait savoir que cette chute inattendue et retentissante en précéderait d'autres qui seraient bien plus spectaculaires.
Aujourd'hui nous savons que nous assistons aux cérémonies mortuaires du funèbre moment Macron et, au-delà, d'un cycle historique qui a commencé il y a un bon quart de siècle. Comme le temps ne passe pas vite !
Ce n'était pas émouvant, au contraire, surtout avec les commentaires insupportables de morgue et de pathos du servile laquais Gilles Bouleau sur TF1, mais lorsque tous les chefs d'Etat et de gouvernement - plus le gros Larcher qui tentait de donner à son embonpoint contrarié une dignité contrefaite - ont pris la pose pour la photo, à la fin, on la contemplait déjà comme si elle était en noir et blanc, venue d'une autre époque un peu étrange peuplée de fantômes sans sépulture, et dès lors une volupté intemporelle inattendue s'est emparée de moi.
L'an prochain, le défilé de ce matin paraîtra aussi rétro et outré que les funérailles de Victoria.
Mais l'éloignement temporel aura fait son œuvre, et la poésie anticipatrice de cet instant fugace ne pourra plus rivaliser avec la grandeur mouvante du présent sûr de sa victoire (c'était qui, déjà, cette dinde en robe bleu pastel qui marquait le satrape de Kiev à la culotte ?).

12 juillet 2026

Gabriel Nerciat
12/7/2026

LA MORT D'UNE ORDURE


Je sais que d'ordinaire la décence interdit de se féliciter publiquement du trépas d'un de nos semblables, mais pour une fois on va se permettre de se montrer indécent sans retenue (et ce ne sont pas tous les salopards bouffeurs de turbans qui sans complexe ont hurlé de joie sur ce réseau social après l'exécution de Khamenei et de sa famille qui seront autorisés à venir aujourd'hui me donner des leçons de maintien).
Lindsay Graham était l'une des pires ordures bellicistes et corrompues qu'ait engendrées la politique américaine des trente dernières années, et sa mort soudaine, aussi heureuse que foudroyante, prive le clan néo-con et likoudiste du Sénat de son élu sans doute le plus influent.
Le décès de ce salaud patenté, qui a sans cesse œuvré pour la propagation du mal et de la guerre dans le monde, de Kiev à Téhéran, ne peut que combler de joie et de satisfaction infinies tous les hommes de bien de toutes les contrées de la Terre ; on envie même la fringale enfin assouvie des vers qui vont pouvoir se nourrir de sa carcasse.
Quoi qu'il en soit, mon Dieu, ne lui pardonnez pas : il savait exactement ce qu'il faisait. Donc s'il existe un Enfer, c'est bien pour accueillir des hommes tels que lui.

7 juillet 2026

Gabriel Nerciat
7/7/2026

MARINE LE PEN, ÉCHEC AUX JUGES

Bien joué. Vraiment, très bien joué. J'avoue que je ne m'y attendais pas.
Les juges de la Cour d'appel de Paris ce matin ont cru sans doute se défausser sur Marine Le Pen ; ils ont eu tort.
Si la Cour de cassation se prononce en confirmant le jugement d'aujourd'hui en janvier ou même peu de temps avant la présidentielle, les juges prendront le risque d'être propulsés directement au coeur de la campagne, qui se fera sur leur dos (et on sait qu'il est chargé).
Si au contraire la Cour respecte les délais usuels (12 à 18 mois, paraît-il), Marine pourra faire la totalité de la campagne normalement, sans bracelet électronique, et même en bénéficiant théoriquement de la présomption d'innocence.
On disait que ses avocats étaient nuls ; ce n'est visiblement pas le cas.
Et puis, surtout, on évite de justesse la désastreuse doublure de l'insupportable dadais pro-kiévien en quête de reconnaissance princière.
Reste l'essentiel, que Henry de Montherlant avait mis dans la bouche du condottiere Sigismond de Malatesta, prince de Rimini : "Quiconque accepte de juger son semblable sait bien qu'il est toujours aussi coupable que celui qu'il juge".
C'est tellement bien dit, et c'est tellement vrai.

5 juillet 2026

Gabriel Nerciat

UNION EUROPÉENNE, LE TOTALITARISME QUI VIENT
 
La Cour de Justice de l'UE a décrété  – souverainement ? – que toute rediffusion depuis l'Europe sur un site Internet ou réseau social d'une vidéo émanant de Russia Today (chaîne russe censurée par la Commission de Bruxelles en toute illégalité depuis 2022) sera considérée comme étant de nature délictuelle (pour quel délit exactement ? on ne sait pas) et passible de poursuites pénales.
La Cour a été saisie à l'initiative du chancelier Merz, dont le gouvernement a entamé des persécutions judiciaires (et pécuniaires) à l'encontre de trois citoyens allemands qui s'étaient rendus coupables d'une semblable initiative.
Ils peuvent s'estimer heureux : sous le régime de Zelensky, ils seraient déjà en prison.
Bref, l'européisme à la sauce otano-germanique devient une entreprise idéologique de plus en plus démocratique et pluraliste, ainsi qu'on peut voir. Rappelons aux naïfs et aux optimistes qu'en Roumanie un candidat national-populiste en passe d'accéder au pouvoir a été invalidé, à l'initiative de la France et de la Commission von der Leyen, puis incarcéré, sous le prétexte fallacieux d'ingérences numériques russes totalement fantasmatiques.
En France, cela prépare sans doute des tentatives de censure ultérieures à l'encontre de Xenia Fedorova et de C-News, à l'approche des présidentielles.
Il n'y a pas que la bataille de Kramatorsk qui pointe à l'horizon. Chez nous aussi, de grandes manoeuvres sont en cours ; inutile d'en douter.
J'y reviendrai dans le cadre de publications futures. Mais que d'ores et déjà chacun soit prévenu.

4 juillet 2026

Gabriel Nerciat
4/7/2026

IRAN, LA VICTOIRE AUTOUR D'UN TOMBEAU


Il y a de cela moins de six mois, lorsque Donald Trump abusé par les mensonges du Premier ministre israélien et de ses relais médiatiques, a cru pertinent de lancer son expédition contre la République islamique d'Iran après avoir assassiné sans préavis son principal dirigeant politique et religieux ainsi que sa famille et ses plus proches conseillers, beaucoup pensaient que le régime iranien allait s'effondrer en quelques jours sous l'effet d'une bronca populaire de nature insurrectionnelle.
Aujourd'hui, alors que l'Iran vient d'infliger aux Etats-Unis la défaite la plus totale et la plus humiliante de toute l'histoire de l'Amérique (qui en a pourtant connu plus d'une), c'est plus d'une dizaine de millions de personnes qui sont venues porter le deuil du guide Khamenei, devenu dans l'imaginaire de l'islam chiite duodécimain l'équivalent d'un treizième imam (le bruit s'est répandu dès le début de la guerre qu'il avait refusé de se cacher alors même qu'il savait sa vie menacée, estimant à juste titre que son sacrifice et celui de ses proches galvaniseraient la population iranienne dont on nous répète assez qu'elle était largement hostile au régime).
Elles ne crient pas : "À bas les ayatollahs, mort aux Pasdarans !", "Vive le Shah Pahlavi !", "Israël mon amour !" ou "Femme, vie, liberté !", comme on l'aurait tant aimé dans les salles de rédaction occidentales, mais elles réclament vengeance pour l'agression qu'elles ont subie.
Non seulement la plupart des grandes puissances, de la Russie à la Chine en passant par la Turquie et le Pakistan, ont envoyé des représentants assister à ces funérailles historiques, mais c'est surtout la présence des ambassadeurs des pays arabes souvent alliés des États-Unis (Oman, Egypte, Irak, Liban, Tunisie) qui est remarquable – et remarquée.
Il est vrai que ce n'est pas seulement le guide iranien qui est porté en terre aujourd'hui, le jour même du 250e anniversaire de la révolution américaine, mais ce qui restait de l'hégémonie occidentale depuis la crise des subprimes et la défaite en Afghanistan.
Cela valait bien ces fastes démesurés, qui sonnent comme la deuxième victoire, la plus visible et la plus écrasante, de l'antique nation perse glorieusement restaurée pour le siècle qui vient dans son ancien rang.

3 juillet 2026

Gabriel Nerciat
3/7/2026

LA JEUNE RACAILLE ET LE VIEUX FAT, ou D'UNE GAUCHE L'AUTRE


Apparemment, la gauche française s'est trouvée un nouveau héros avec la petite racaille pré-adolescente du canal Saint-Martin. En moins d'une semaine, elle est devenue la coqueluche de Libé, SOS Racisme et la bourgeoisie radical-chic de Paris.
Je suis sûr que Geoffroy de Lagasnerie, même s'il est athée, prie tous les matins pour qu'elle soit victime d'une violence policière ou noyée dans le canal par un militant du RN. La Douane alors deviendrait le nouveau Gavroche créolisé de ce siècle.
Ne croyez pas que BHL soit jaloux. Il a fréquenté et rémunéré tellement de Hamza la Douane en Bosnie, au Kosovo, en Cyrénaïque, au Bangladesh, en Syrie, dans le Kurdistan irakien ou chez les Tatars d'Ukraine qu'une petite douche, en ces temps de chaleur, le changerait agréablement, je crois, des tartes à la crème de Belgique.
Gabriel Nerciat
1/7/2026

FAINÉANT COMME UN JOURNALISTE LIBÉRAL D'OCCIDENT


Pour ceux qui n'auraient pas eu le temps de consulter les chaînes d'information occidentales et notamment françaises ces derniers jours, on aura la grande bonté de leur apprendre les deux principales nouvelles du moment :
- Vladimir Poutine, acculé par des attaques de drones ukrainiennes et terré dans un bunker comme qui vous savez, va bientôt être renversé par un quarteron de généraux rebelles et tout le peuple moscovite en furie emmené par des marins de Kronstadt lecteurs de Jean-François Colosimo et de Bernard-Henri Lévy.
- L'armée iranienne a été totalement détruite par les États-Unis d'Amérique, le cœur du pouvoir des Pasdarans est en train de se fissurer à la vitesse grand V, et toute la jeunesse perse de Téhéran va bientôt se retrouver dans la rue, emmenée par des marins d'Exodus lecteurs de Jean-François Colosimo et de Bernard-Henri Lévy.
Le problème des journalistes libéraux-occidentaux, c'est un peu le même que celui des scénaristes des séries policières : ils sont assez paresseux, et refourguent toujours la même fin.
Au bout d'un moment, le public le voit et passe à autre chose.

28 juin 2026

Gabriel Nerciat
27/6/2026

SUR LE COMMUNISME ET SON SECRET


Sur le communisme, il me semble, depuis déjà pas mal de temps, qu'on ne pose jamais les vraies questions, les questions essentielles, c'est-à-dire celles qui nous permettraient, trente-cinq ans après l'effondrement subit de l'URSS, de comprendre un peu mieux les drames et les métamorphoses propres aux temps historiques modernes ou post-modernes.
Qui ne sont pas : le communisme est-il parent du nazisme, est-il bon ou mauvais, est-il issu de la Révolution française ou de la Réforme protestante (voire du bouddhisme tantrique de filiation mongole, comme l'a soutenu un jour, mi-blagueur mi-sérieux, Jean Parvulesco), est-il un totalitarisme implacable ou bien une déviation exacerbée des passions démocratiques, est-il vraiment mort ou bien peut-il ressusciter, etc., etc.
La vraie question est à rebours de tout ce fatras, et je la formulerais ainsi : pourquoi le marxisme-léninisme a-t-il réussi à s'imposer comme la force historique dominante du XXe siècle, au point de gagner de haute lutte une guerre mondiale apocalyptique et de donner naissance à un empire universel d'une puissance technique, scientifique, spatiale et militaire sans pareil édifiée à partir de rien en moins de trente ans, alors que tout normalement (usage systématique de la terreur d'État poussée à un degré sans précédent dans l'Histoire, purges incessantes, famines organisées, pillage volontaire des ressources, incompétence bureaucratique notoire, amputation violente de l'intérêt individuel, fanatisme égalitaire ou idéologique, désastre démographique) aurait dû concourir à sa défaite immédiate ?
Je me garderais bien d'avancer une réponse univoque ou définitive, mais je crois que la supériorité du communisme sur ses concurrents (christianisme, islam, libéralisme ou fascisme) vient du fait qu'il savait inspirer à la fois, et souvent auprès des mêmes personnes, une part égale de fascination, de dévouement absolu et de peur panique.
Non seulement Staline avait compris, après Lénine, qu'il fallait sans cesse définir ou redéfinir des ennemis de classe pour souder son camp (au besoin en les inventant de toutes pièces comme les fameux koulaks qui furent exterminés en moins de quatre ans sans même qu'il y eût la moindre résistance ou protestation), mais surtout il avait saisi que l'usage intensif et continu de la Terreur peut engendrer une efficacité redoutable, bien supérieure à celle suscitée par l'appât du lucre ou la recherche du profit individuel, à partir du moment où le militant le plus chevronné et le plus convaincu peut devenir en l'espace d'une minute et sans même savoir pourquoi un ennemi caractérisé du Prolétariat vendu à la contre-révolution ou au fascisme.
Alterner la foi et la terreur, les souder de façon inextricable dans l'âme de chaque sujet, et se montrer aussi impitoyable envers les élites les plus éminentes du régime qu'envers les paysans ou les ouvriers les plus humbles (un coup de piolet pour Trotski, une balle dans la nuque pour Aliocha), là était le secret infaillible de l'ancien séminariste et voyou géorgien devenu le nouveau tsar de toutes les Russies.
C'est à cette condition que création et destruction s'équilibrent afin de consolider un ordre total que seul l'oubli des principes révolutionnaires essentiels et/ou l'incompétence des dirigeants du Parti peuvent venir menacer.
D'où une conclusion que nos temps actuels semblent vouloir ignorer : ce n'est pas la recherche du bonheur personnel qui meut les hommes, comme le proclame sottement la Déclaration d'indépendance des États-Unis, ni la croyance en leur égale dignité, mais leur troublante et vigoureuse aptitude à se perdre eux-mêmes comme à perdre les autres afin de s'égaler au monde et surtout savoir au bout du compte qui ils sont vraiment (héros, déchet, ou bien les deux successivement).

25 juin 2026

Gabriel Nerciat
24/6/2026

OBSCÉNITÉS COMMÉMORATIVES


Qu'est-ce qui est le plus obscène ?
Honorer la mémoire de Marc Bloch en le panthéonisant (aux côtés de Jean Monnet, traître à sa nation) entre Badinter et demain sans doute Gisèle Halimi ou une quelconque suffragette de la Belle Époque, alors même qu'on a tout entrepris, en dix ans de pouvoir européiste, pour amoindrir ou anéantir le sens même de son sacrifice ?
Ou bien le faire après avoir refilé 90 milliards d'euros (dont 5 milliards au moins sont directement garantis par la France) à un dictateur ukrainien qui honore avec tous les fastes étatiques requis la mémoire d'André Melnyk, un collaborateur kiévien du IIIe Reich nazi responsable du massacre de 100000 civils polonais pendant le dernier conflit mondial ?
Faites votre choix.
Mais à la commémoration d'hier, je préfère encore la dignité et le courage (si violemment critiqués depuis deux jours par tous les larbins de l'OTAN) du président polonais Karol Nawrocki, qui a retiré à Zelensky l'Ordre de l'Aigle blanc, la plus haute distinction polonaise, afin de signifier au monde entier à quel niveau d'infamie une nation digne de ce nom ne saurait accepter de descendre.
Qu'on en prenne de la graine, en France.

24 juin 2026

Gabriel Nerciat
23/6/2026

MA DESCENTE EN APNÉE DANS LES PROFONDEURS DE LA GAUCHE MODERNE


Dans ma jeunesse, qui n'est quand même pas si lointaine que ça, à la fin de la guerre froide et au tout début de la mondialisation, le marxisme, déjà déclinant, irradiait encore assez fortement les représentations intellectuelles ou identitaires propres aux militants de gauche.
Quand on leur demandait ce qui les motivait du point de vue politique ou idéologique, ils répondaient que c'était le combat contre le capitalisme (sans qu'ils sachent toujours très bien, d'ailleurs, définir ce dernier).
Les problèmes commençaient ensuite, lorsque s'opposaient parmi eux ceux qui voulaient renverser ou a minima contrôler le capitalisme au moyen de la conquête du pouvoir de l'État sous sa forme républicaine (les adhérents de la IIe et de la IIIe Internationale ouvrière) et les autres (essentiellement des trotskistes et des anarchistes, le Petit Livre Rouge de Mao étant déjà passé de mode).
Je ne partageais pas leur combat (originaire d'une province de France où le capital privé s'investissait peu, j'étais bien placé pour savoir ce que son absence signifiait, et surtout j'arrivais mal à concevoir comment pouvait s'organiser et se conserver une société moderne complexe sans capital élargi et sans propriété privée), mais je comprenais ce qu'il voulait dire.
Il suffisait – déjà – de comparer le patrimoine des grandes fortunes du CAC 40 avec celui d'une famille ordinaire, même aisée, pour comprendre l'origine du malaise, surtout à un moment où le chômage de masse explosait.
Aujourd'hui, quand j'écoute parler pas mal de gens et de militants de gauche, notamment sur les radios d'État où ils ont gardé table ouverte, j'ai l'impression que leur principal sujet ou problème, c'est le combat contre l'oxyde de carbone.
Là, j'ai vraiment envie de leur dire : "N'insiste pas, camarade. Neutraliser J.P Morgan, Rockefeller, William Morris, Henry Ford ou Marcel Dassault, même Bill Gates, Larry Fink et Elon Musk, tu peux toujours essayer, même si tes chances de succès a priori sont assez minces. Mais lutter contre le CO2, laisse tomber. C'est un peu hors de tes moyens. Et ça ne t'avancera pas plus que ça. Essaie plutôt de sauver l'industrie, même un peu polluante, et l'agriculture non intensive, ou de limiter le pouvoir des actionnaires institutionnels dans les conseils d'administration. Pourquoi pas même préserver des forêts, si vraiment tu te sens l'âme bucolique. C'est déjà plus intéressant, mais le CO2, non."
Mais il n'y a rien à faire.
Jusqu'à ce matin, où j'ai entendu un lieutenant de Marine Tondelier et de Sandrine Rousseau dire d'autorité : "Réduire les émissions de carbone, c'est restreindre le champ d'extension du capital."
Là, tout de suite, j'ai été foudroyé, et pas seulement par la chaleur.
J'ai coupé le poste et retenu ma respiration pendant plusieurs longues minutes, comme le ferait un plongeur en apnée, en calculant mentalement la chute des cours de bourse que j'allais précipiter dans quelque temps.
J'étais enfin devenu un homme de gauche. Je n'en revenais pas moi-même. Alors seulement, j'ai recommencé à respirer, certain que le capital ne pourrait pas m'imiter très longtemps.

21 juin 2026

Gabriel Nerciat
21/6/2026

POLITIQUE DE L'ORGASME FÉMININ


J'ai vu qu'une dame très respectable, universitaire anglaise de son état, qui passe pour être l'inventeur du "lesbianisme politique" (sic), une dénommée Sheila Jeffreys, avait récemment expliqué que tout orgasme féminin manifesté dans les bras d'un homme revenait à accomplir un acte de collaboration avec l'ordre patriarcal (honni).
Cela m'a rendu perplexe.
Je me suis d'abord demandé comment George Sand, militante féministe connue pour ses nombreux amants autant sinon plus que pour ses livres (encore bien plus nombreux), se comportait au lit avec Musset, Chopin, Mérimée et tutti quanti.
Jugeait-elle indigne de sa valeur et de sa condition de s'abandonner au plaisir devant eux ? Il est à craindre qu'on ne le sache jamais (on sait par contre que l'auteur de Carmen subit auprès d'elle un fiasco honteux).
On rêverait pourtant de la voir interrompre le créateur de la note bleue à l'acmé de leurs ébats en lui disant : "Va vite te mettre au piano pendant que je jouis, afin que tu ne m'entendes pas."
C'est très fâcheux, en fait, car non seulement les femmes ont sur les hommes le grand privilège de pouvoir feindre l'expression d'un plaisir érotique qu'elles n'éprouvent pas (est-ce que c'est très égalitaire, ça ?), mais de surcroît leur absence de satisfaction dans le déduit fait peser une menace sourde parfois négligemment inhibante sur les joies anticipatrices du partenaire le plus résolument libertin qui soit : même Alexandre ou Napoléon sont susceptibles de perdre des batailles, peut-il se dire devant une femme qui ne se déride pas (on sait que c'était la source de grandes angoisses chez Drieu La Rochelle, qui dans son Journal en parle longuement).
Mais dans un second temps, je me suis ravisé : peut-être que le lesbianisme offre aux filles d'Eve des promesses de bonheur sensuel auquel notre sexe fort, aujourd'hui déchu de ses ultimes prérogatives, ne saurait prétendre.
Était-ce la raison pour laquelle Casanova comme Louis-Ferdinand Céline appréciaient tant les trios avec deux femmes adeptes des plaisirs saphiques ?
Ce n'est pas impossible, mais je ne suis pas sûr que cela serait très agréable à entendre aux oreilles de l'austère Madame Jeffreys.
En tout cas, amis cisgenres, sachez-le : si d'aventure une amie de rencontre crie un peu trop fort lorsque vous croyez la combler dans l'intimité d'une chambre d'hôtel, ne vous laissez pas égarer et gardez toujours présent à l'esprit le souci de votre dignité et de la sienne.
À la première plainte, intimez-lui de se taire, et si elle ne comprend pas pourquoi, ajoutez bien : "Un peu de tenue, ma fille ! Tu crois que Flora Tristan ou Simone de Beauvoir se laissaient aller comme ça ?".
Cela l'intimidera, sûrement, et ramènera rapidement le silence dans l'hôtel.

20 juin 2026

Gabriel Nerciat
20/6/2026

LES QUESTIONS QUI TUENT


Le nouveau maire de Saint-Denis estime que siffler publiquement La Marseillaise (comme le faisaient jadis les Camelots du roi en martelant le sol avec leurs cannes dès qu'ils l'entendaient jouer quelque part) est un droit imprescriptible, peut-être même garanti par la Constitution.
N'étant pas juriste, je ne sais pas si c'est vrai (j'en doute un peu, mais je suis à peu près sûr que les Sages autoproclamés du Palais-Royal confirmeraient ses dires si on leur posait la question), mais à mon sens la question en appelle une autre, dont la réponse est beaucoup plus décisive ou lourde de sens.
Ai-je le droit, quant à moi, de ne pas considérer comme un compatriote et donc un égal l'homme public – autochtone ou allogène – qui se vante de mépriser l'hymne national ?
À cela, on va évidemment me répondre : non. Au nom de la République, qui plus est.
Et si je n'en ai pas le droit, alors l'État et ses juges auront le pouvoir de me sanctionner si je le dis, même à l'extérieur d'un stade. Me sanctionner peut-être, un jour, au point de me retirer l'usage de mes droits civiques.
Ces deux questions sont vertigineuses, car elles contiennent et anticipent tous les drames qui vont déchirer la Nation dans les années qui viennent, en raison des transformations ethno-démographiques en cours. Il serait peut-être temps d'en causer sérieusement si l'on pense souhaitable de l'éviter.
P.S : Que les malins s'abstiennent de venir m'emmerder avec Jean Genet ou le jeune Louis Aragon (qui a bien changé ensuite). Le maire de Saint-Denis n'a pas été mobilisé dans les tranchées de 1914, et l'auteur des Paravents, qui méprisait tout aussi ouvertement la démocratie parlementaire et ses institutions, n'a jamais brigué aucune fonction publique de sa vie.

17 juin 2026

Gabriel Nerciat
16/6/2026

UN THÉ POUR LE VAINQUEUR
 

C'est curieux, ces types qui prétendent pouvoir gagner une guerre (avec l'argent des autres, toujours plus d'argent) et qui demandent préalablement à rencontrer le chef de l'Etat qu'ils vont vaincre.
Mais pour parler de quoi ? Des commodités de sa prison future ? De la couleur de l'uniforme de bagnard qu'il préfère ?
Poutine l'a évidemment envoyé paître : il ne regarde pas LCI et BFM, ne lit pas Le Monde ou Le Point, et donc ne doit pas être au courant que l'armée russe est en pleine déroute dans le Donbass.
Il y a quelques heures, elle a pourtant libéré la ville de Konstantinovka, à seulement 27 kilomètres de Kramatorsk, la principale citadelle du Donbass encore aux mains des troupes de Kiev.
Mais ici les médias n'en parlent pas ; donc ça n'existe pas vraiment. Au contraire : l'espoir a changé de camp, l'Ukraine va gagner la guerre, maintenant c'est sûr, Poutine se terre de peur, l'Europe pavoise, etc.
Par contre, les tankers arraisonnés illégalement en mer du Nord, les drones sur Saint-Pétersbourg, les raffineries de pétrole qui flambent, ça, c'est du sérieux, coco.
Et c'est pour s'en vanter, sûrement, que Zelensky veut prendre le thé avec Poutine.
Pour quoi d'autre, franchement ?