1/8/2026
LA PREUVE PAR ELSA
Je me demande si quelqu'un, même dans les milieux ou les journaux les plus anticommunistes de la IIIe République (et Dieu sait qu'il y en avait plus d'un), a jamais exigé que Elsa Triolet, avant ou même après son mariage avec Aragon, fût expulsée en URSS parce qu'elle utilisait sa renommée d'artiste et de femme de lettres engagée pour défendre la cause du marxisme-léninisme soviétique à Paris.
Je pose la question sans arrière-pensée ; je ne connais pas la réponse avec certitude, même si je crois bien que celle-ci a toutes les chances d'être négative (et bien que telle ou telle plume de la droite ligueuse ou antisémite de l'époque aurait pu évidemment être tentée de le faire, mais ce n'était pas le coeur de l'intelligentsia ou de l'opinion publique).
Le plus important, d'ailleurs, n'est pas là. Il est dans le fait qu'aucun gouvernement de la République d'alors n'a eu l'idée de tenter de le faire (la dénaturalisation d'une citoyenne russe mariée à un Français eût été beaucoup plus aisée qu'aujourd'hui).
L'exemple vaut ce qu'il vaut, mais suffit à montrer en quoi le régime républicain est en train de changer radicalement, et pour le pire.
L'argument de la désinformation n'est évidemment qu'un alibi ; comme si Paris n'hébergeait pas tous les dissidents ukrainiens ou iraniens en peau de lapin de la Terre complaisamment invités sur LCI ou BFM-TV pour alimenter les bobards de la propagande atlantiste.
Prétendre que Xenia Fedorova devrait se plaindre du manque de pluralisme en Russie plutôt qu'en France n'est jamais qu'une hypocrisie de plus, surtout lorsqu'elle provient de tous les jean-foutres de Saint-Germain-des-Prés qui brament "Je suis Charlie". C'est en France qu'on se réclame de la pluralité d'opinions, de la liberté d'expression et du droit au blasphème ; pas en Russie. Et c'est bien pourquoi Xenia Fedorova y est devenue indésirable.
Le silence complice de la plupart des intellectuels libéraux ou progressistes révèle ce qu'ils savent tous mais ne veulent pas avouer : à savoir que leur idéologie belliciste est devenue tellement méprisable et minoritaire qu'ils ne sont même plus en mesure de feindre de respecter les principes cardinaux qu'ils prétendaient opposer, il y a encore quelques années, à leurs ennemis.
Pour eux, c'est le dernier reniement avant la chute. Ils en ont conscience, et ne reculeront plus devant aucune scélératesse.


















