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16 mai 2026

Gabriel Nerciat
16/5/2026

LES RUINES DE KHARAYEB


D'après la journaliste néerlandaise Sonja von den Ende (cf. sa page X), Israël hier a détruit presque intégralement la ville de Kharayeb, qui contenait les ruines d'un célèbre temple phénicien et l'un des sites archéologiques les plus importants du sud Liban, datant de l'Âge du fer et placé sous la protection de l'UNESCO.
Sans doute une façon virile et intempestive de fêter le 78e anniversaire des massacres de la Nakba, dont l'actuelle politique génocidaire du Sionistan n'est jamais que la perpétuation logique (n'est-ce pas, Madame Yadan ?).
À moins qu'il ne s'agisse plus banalement de rappeler l'appartenance revendiquée d'Israël à la haute civilisation européenne et occidentale, à la veille de sa déshonorante participation au concours de l'Eurovision 2026.
J'espère que les milliers de spectateurs viennois qui ce soir vilipenderont et siffleront, avec force vigueur et jets de tomates, le candidat d'Israël lors de ce barnum de paillettes s'en souviendront.
Au passage, honte à la France d'avoir réitéré sa présence dans ce machin (à l'inverse de l'Espagne, l'Irlande ou les Pays-Bas) alors que celle d'Israël, contrairement à la Russie depuis 2022, y a été maintenue en dépit des crimes de masse que commet à la face du monde entier l'État sioniste – lequel ne se trouve même pas sur le continent européen.
C'est bien joli de se rengorger pour reconnaître l'État palestinien, si l'on n'est pas capable d'en assumer ensuite les conséquences minimales, même lors des occasions les plus futiles.

15 mai 2026

Gabriel Nerciat
15/5/2026

LES YANKEES À PÉKIN
 

À Pékin, finalement, rien de bien nouveau.
Le message de Xi à Trump est clair, et attendu. On peut le résumer ainsi :
"Soyez un peu plus malin que d'habitude, ne tombez pas dans le piège de Thucydide comme vos anciens maîtres britanniques en 1914, et surtout ne cherchez pas à vous opposer au rattachement inéluctable et légitime de Taïwan à la Chine continentale – qui se fera en temps voulu, selon la méthode que nous jugerons la plus opportune. Au final, vous verrez que ce sera moins sanglant que l'annexion du Texas. Le coup de l'Ukraine, on ne peut le faire qu'une fois.
Vous avez déjà suffisamment l'air fin avec votre déconvenue en Iran et votre déculottée en Afghanistan, alors n'en rajoutez pas.
Au besoin, rappelez-vous que c'est nous qui avons terres rares, semi-conducteurs, dysprosium pour vos avions de chasse et vos ordinateurs, une supériorité écrasante dans le domaine de la production automobile et suffisamment d'or comme de pétrole dans nos réserves pour nous affranchir bientôt de l'hégémonie du dollar en dépit du blocus à Ormuz (ou grâce à lui, c'est-à-dire grâce à vous).
Si vous vous montrez suffisamment coopératif, nous intercéderons peut-être pour que les Pasdarans consentent à nous confier une petite partie de leur uranium enrichi (pas la totalité, il faut quand même rester sérieux) pendant que vous serez autorisé à rentrer à Washington gérer paisiblement les conséquences de votre déclin entre deux clowneries mémorables et quelques tueries urbaines.
C'est vraiment tout ce que nous pouvons faire pour vous. À part vous acheter deux ou trois Boeing histoire que vous ne soyez pas totalement venus pour rien.
Voilà. Merci pour la visite, et rentrez bien. Ici, pays de vieille civilisation confucéenne, on reçoit bien les barbares mais on ne les embrasse pas."
Donald avait l'air plus emprunté ou hébété que d'habitude. On comprend pourquoi.
Mais il n'a pas pour autant renoncé à ses bonnes manières proverbiales. Avant de remonter dans son avion présidentiel, il a ordonné à son entourage de jeter ostensiblement dans une poubelle de l'aéroport tous les présents offerts par leurs hôtes chinois, sans exception.

14 mai 2026

Gabriel Nerciat

FAIRE LA GUERRE AUX RUSSES ET AUX VIRUS, L'IDÉAL D'UNE VIE


- 14/5/2026 - À la fois étranges et pathétiques, tous ces quinqua ou sexagénaires de l'extrême centre européiste et de la gauche libérale à l'atlantisme frustré qui, tels des cadavres ressuscités par l'attrait de leur sarcophage, ne peuvent plus désormais s'enthousiasmer que dans la perspective d'un nouveau cycle de despotisme sanitaire ou celle d'une grande guerre paneuropéenne menée sous direction anglo-allemande contre la Russie, première puissance nucléaire du monde.
La panique pavlovienne que leur inspire toute nouvelle épidémie a l'air à première vue assez rigoureusement contradictoire avec le bellicisme irrationnel et suicidaire qu'ils prônent avec ferveur à l'égard de Poutine et de Moscou.
Mais peut-être que ce n'est pas le cas, justement.
Car encore faut-il qu'ils demeurent en vie et s'évertuent à préserver jusqu'au bout leurs carcasses ventrues ou rabougries, à l'image du criminel pétomane kiévien et mafieux qu'ils adulent, pour pouvoir jouir très bientôt du désastre où se consommerait la vie de plusieurs millions de leurs cadets.
Ce serait trop bête de mourir comme Cecil Rhodes, le chantre de l'impérialisme britannique, ou Friedrich Ratzel, le grand théoricien du pangermanisme wilhelminien, à cinquante ou soixante ans, d'une maladie occasionnelle sans avoir pu se réchauffer le sang devant les montagnes de cadavres de la Somme, de Verdun ou des Dardanelles.
Eux ne connaîtront pas pareille déveine, hélas, c'est sûr. Comptons sur eux.

13 mai 2026

Gabriel Nerciat

L'ÉTHIQUE À KYLIAN


- 13/5/2026 - "Pleure pas, petit loup. Je suis là pour toi, tu le sais. La faveur qui est due aux hommes comme toi et moi, c'est que nous, même quand on perd on gagne. Personne n'y peut rien, même si gueulent les canidés. Toutes nos défaites sont réversibles, impossibles en droit sinon en fait. C'est pour ça que les plèbes nous haïssent, et les patriciens déchus plus encore. Il n'y pas de racisés où que ce soit sur la Terre ; il y a seulement la race des rois de ce monde, au sens propre (le monde, c'est notre propriété privée), et la race de tous les dégénérés qui ne se croient pas tenus d'apprendre à parler anglais, voyagent peu ou pas et qui ne mettront jamais un pied à New-York, Hong-Kong, Johannesburg, Taipei, Madrid ou Yaoundé. Regarde-les donc en ce moment en train de nous mater et de nous haïr sur les gradins du stade. Ils seraient encore plus furieux contre toi si ce soir tu étais devenu champion du monde, crois-moi. Un jour, ils amèneront le RN au pouvoir, et il faudra que tu leur dises en face qui ils sont et ce qu'ils valent. Moi, je ne pourrai plus : j'aurai quitté cette nation hors d'usage qui s'est révélée indigne de mes ambitions et que j'aurais dû briser, vendre, concasser bien plus crûment que je n'ai fait. Mais toi, tu ne risques rien. On ne peut rien contre toi. La force d'un mercenaire, c'est qu'on l'écoute quand il fait la morale. C'est seulement dans le pays de ta mère que la colonisation est un crime contre l'humanité ; ici c'est juste l'ordre naturel des choses, comme un apport vital et automnal de sang frais. Alors monte au filet, Kylian, et même si tu loupes encore ton tir on se rappellera de toi."

9 mai 2026

Gabriel Nerciat
8/5/2026

YANN ARTHUS-BERTRAND, UN TÉMOIN DE LA VRAIE FOI


On peut rire de Yann Arthus-Bertrand, comme de Monseigneur Myriel dans Les Misérables qui offre à Jean Valjean ramené à Digne par des gendarmes les deux chandeliers qu'il lui a volés.
Mais en réalité, sa mésaventure, pour plaisante et burlesque qu'elle soit, se révèle hautement symbolique, je trouve.
Ceux qui approuvent ou célèbrent la colonisation de leur nation par des hordes allogènes hostiles ou inassimilables doivent montrer de façon exemplaire qu'ils sont prêts à en payer personnellement le prix, c'est-à-dire subir concrètement et individuellement les conséquences souvent violentes de leur soumission.
S'il réagissait autrement, YAB serait semblable à un hérétique médiéval, car le vivre-ensemble (c'est-à-dire la promotion du multiculturalisme et de la créolisation identitaire comme étape supérieure du développement social) est devenu bien plus qu'un positionnement moral ou un gage de progressisme : c'est désormais l'équivalent d'une religion séculière, pour reprendre le concept cher à Eric Voegelin et Raymond Aron, dont la contestation critique vraisemblablement sera bientôt punie par la loi.
Le fidèle doit accepter d'être malmené ou humilié, comme dans la Chine maoïste les cadres communistes de la Nomenklatura du parti devaient accepter d'être bousculés par les Gardes rouges avant de décliner leur auto-critique face à la foule en furie.
Peu importe en réalité que le photographe soit sincère, hypocrite ou tout simplement idiot : il montre la voie et incarne l'exemple. C'est ce qu'on demande, aujourd'hui comme hier, à un artiste officiel subventionné.
S'il voulait être autre chose, il irait photographier non pas les plaines et les forêts d'Afrique mais le village limousin de Richard Millet ou la colline de Sion-Vaudémont en Lorraine.

7 mai 2026

Gabriel Nerciat
7/5/2026

NON POSSUMUS
 

- Très Saint Père, bénissez-moi parce que j'ai péché.
- Je ne peux pas, mon fils. Un pape ne saurait recevoir la confession d'un ministre.
- Il le faut, Très Saint Père. Le mal que je commets aujourd'hui ou que je laisse commettre met trop gravement mon âme en danger absolu de péché mortel. Seul le vicaire de Dieu est apte à recevoir l'écho des profanations religieuses et morales que je répands dans le monde entier.
- Je le sais, hélas, mon fils. Je suis tous les jours en contact avec les prêtres libanais que votre Maître hérodien et satanique de Jérusalem assassine ou humilie dans leur chair, et les sœurs Clarisses qui sont toujours présentes à Cuba me décrivent très scrupuleusement la façon dont vous êtes en train d'affamer votre propre peuple depuis des mois.
- Cela, tout le monde le sait, mon Père. Ce que l'on ne sait pas, c'est que, contrairement à mon président qui est une sorte de bouffon hâbleur à moitié sénile, je suis à la fois parfaitement conscient de ce que nous faisons et conscient plus encore de ce que nous nous apprêtons à faire. Il me vient parfois le soupçon que je suis l'un des régisseurs de la Grande Parodie décrite par saint Jean de Patmos dans l'Apocalypse. Vous savez, Très Saint Père, que plus d'une fois j'ai quitté les soirées de Monsieur Epstein au cœur de la nuit en cherchant désespérément une église romaine ouverte où je pourrais prier. Mais comme il n'y en avait pas, je retournais toujours, la mort dans l'âme, là d'où je venais.
- Mon fils, sachez que si vous dites vrai, ni moi ni personne ne peut intercéder en faveur de votre âme auprès de Notre Seigneur. Mais tranquillisez-vous : le président Donald est trop évidemment grotesque, vaniteux et couard pour déclencher la fin des temps. Et Hérode le Petit a beau massacrer des enfants innocents avec la même indifférence cruelle que son lointain prédécesseur, il s'est révélé beaucoup trop bête et vulgaire pour intéresser durablement l'Antéchrist. Comme me l'avait signifié le guide Khamenei dans l'une de ses dernières lettres, il ne serait pas plus capable de reconnaître l'Adversaire du Christ que Caïphe le Messie en personne.
- Je n'en suis pas certain, Très Saint Père. Vous êtes américain vous aussi ; vous savez qui a fondé notre patrie et dans quel but.
- Croyez-vous que je l'aie jamais ignoré ? Le sceau de notre nation le proclame à la face du monde entier : "Novus Ordo Seclorum, Annuit Coeptis". Ce n'est pas parce qu'en vertu du génie de la langue latine l'identité du sujet est élidée qu'il est permis de se méprendre sur elle. C'est pour cela que vous et moi sommes ici pour en parler ; le Saint Paraclet n'a pas choisi en ces années fatales un pape américain par pur dilettantisme ou par mauvais goût.
- Pourtant j'aurais tellement aimé me confesser à vous, Très Saint Père. Cela m'aurait libéré d'un poids terrible.
- Alors faites ce qu'il se doit une fois rentré à Washington, mon fils. Si vous parvenez à assumer personnellement la défaite si honteuse et si méritée de notre malheureux pays, peut-être alors pourrai-je vous entendre une autre fois. En attendant, je vous laisse vous débrouiller auprès de l'autre imposteur. Peut-être compte-t-il sur vous en secret, d'ailleurs. Lui non plus, ne le décevez pas.
- Adieu, Très Saint Père. Le président Trump voulait que je vous offre un hamburger où il avait déposé un peu de sa salive, mais par contrition c'est moi dans l'avion qui le dégusterai.

4 mai 2026

Gabriel Nerciat
4/5/2026

POURQUOI LES ARNAULT VOTENT MÉLENCHON


Il me semble que les déclarations publiques de Madame Bernard Arnault dans Libé, il y a une semaine, faisant savoir qu'elle voterait sans coup férir pour Jean-Luc Mélenchon si ce dernier était qualifié au second tour de la présidentielle de 2027 contre Jordan Bardella, n'ont pas été beaucoup commentées, aussi bien à droite qu'à gauche.
Elles valent pourtant leur pesant de milliards d'euros. Même si l'on comprend assez bien pourquoi Pascal Praud ou Annie Ernaux sont un peu gênés aux entournures et s'abstiennent de s'y arrêter.
Qu'on ne me dise pas, surtout, qu'il s'agit d'une femme libre et émancipée dont la parole n'engagerait pas celle de son mari.
Il est évident que c'est tout le contraire, et que c'est bien le patron de LVMH – septième fortune mondiale – qui s'exprime ici, dans le quotidien attitré de la gauche petite-bourgeoise et post-soixante-huitarde française, par son entremise.
Si j'étais sociologue ou politologue ou les deux en même temps, l'exégèse de cette confession publique me fournirait le canevas d'un livre passionnant, qui à ma connaissance n'a pas été encore vraiment écrit – sauf sous l'angle certes intéressant mais un peu trop volontiers systématique de Jean-Claude Michéa.
On y expliquerait, entre autres choses, pourquoi le RN, malgré les tonitruantes professions de foi libérales de Bardella et le ripolinage idéologique de plus en plus accentué du parti (à l'international comme à l'intérieur, où l'on ne parle même plus de préférence nationale en matière d'emploi comme de sortie de l'OTAN si j'en crois les discours prononcés à Mâcon le 1er mai), ne trouve toujours pas de banque française pour financer ses campagnes nationales, alors même que LFI, lui, parti ouvertement anticapitaliste se réclamant implicitement de l'héritage de Trotski, n'a jamais eu aucun mal pour financer ses activités militantes.
La réponse de l'énigme (si c'en est une) tient en un seul mot : mondialisation.
Ce qui reliera toujours les oligarchies capitalistes transnationales, les technocraties juridiques supranationales et les derniers représentants de l'internationalisme révolutionnaire en mode woke-créolisé (les minorités diasporiques et sexuelles ayant définitivement remplacé, comme autant de multitudes anomiques et déracinées, les masses ouvrières atomisées du léninisme défunt) est le partage minimal d'un grand récit structuré autour de l'unification de la production mondiale des biens et des idées comme vecteur essentiel du Progrès.
Après tout, un Bernard Arnault, dont le groupe est coté désormais à la bourse de Bruxelles et non plus de Paris et l'essentiel des usines déportées vers l'Amérique ou l'Extrême-Orient, n'a pas de raison de craindre une quelconque surtaxation du patrimoine financier ou productif présent en France, alors qu'il verrait sans doute d'un très mauvais œil l'augmentation tendancielle des salaires que génèrerait, surtout en période de déclin démographique, l'arrêt de l'immigration de masse dans plusieurs pays d'Europe. Sans parler des tensions inévitables sur le cours et l'avenir de l'euro comme sur le montant futur du budget de l'UE.
Quant à Mélenchon, il faut vraiment la grande naïveté, ou duplicité, du militant de gauche abonné à Libé pour ne pas voir qu'en ciblant prioritairement le RN (ce qu'il a fait encore hier soir sur TF1) et en exaltant les vertus de la colonisation africaine, musulmane ou indo-pakistanaise des nations européennes vieillissantes, il offre au capital depuis longtemps globalisé l'assurance tous risques que les vieilles droites exsangues orléanistes ou démocrate-chrétiennes ne sont plus en mesure de lui procurer.
Cela vaut bien une œillade appuyée de l'épouse de l'homme plus riche de France, sans l'ombre d'un doute dialectique.
Parasites de tous les pays, ma foi, unissez-vous. C'est encore ce que vous avez de mieux à faire.

2 mai 2026

Gabriel Nerciat

DÉVOILEMENT

- 2/5/2026 - Cette guerre américano-israélienne déclenchée par Trump et Netanyahou contre l'Iran et le Liban pour moi aura été à la fois une satisfaction (elle a confirmé la justesse de plusieurs de mes analyses et intuitions passées sur l'ampleur du déclin des États-Unis et le caractère intrinsèquement prédateur et génocidaire du sionisme), une désillusion (l'échec et la trahison de Trump ont détruit radicalement les minces espoirs que j'avais pu mettre à une époque dans la possibilité d'un sursaut national-populiste en Occident) et surtout une épreuve un peu douloureuse (j'ai perdu plusieurs amis, parfois anciens, dans cette affaire, et le plus désagréable est encore de découvrir que des gens qu'on croyait plutôt honnêtes, probes, chrétiens et patriotes sont en réalité des salopards, des hypocrites, des renégats, des collaborateurs mercenaires ou pathétiques de l'étranger, et des complices du pire).
Notamment, c'est aujourd'hui que je me rends compte, avec une acuité dont les précédentes guerres du Moyen-Orient ou des Balkans ne m'avaient pas fourni l'occasion, que c'est chez ceux qui se réclament du Christ ou du christianisme voire de la chrétienté que l'on trouve, sans doute possible, le plus grand nombre de pharisiens.
Dorénavant, je n'aurai garde de l'oublier.

28 avril 2026

Gabriel Nerciat

EUROPE : LES IDÉES DANGEREUSES ET FOIREUSES DE MACRON


À un an de la fin de son règne qu'il termine en lambeaux et avant de retourner pantoufler dans on ne sait quelle banque d'affaires, Macron, à Varsovie puis à Athènes, ne cesse de marteler ce qui restera sans doute, après lui, le principal mantra de tous ses héritiers politiques : la France doit constituer à partir de sa force de dissuasion nucléaire et hors du cadre exclusif de l'OTAN une structure de défense impériale ou supranationale de l'Europe qui servira de noyau stratégique et décisionnel à une future souveraineté européenne.
Dès lors, sur quoi fonder cette dernière, qu'on sait introuvable depuis l'échec de la CED en 1954 et celui du traité constitutionnel de 2005 ?
La réponse est simple : l'Europe doit se construire sous forme de bloc polarisé afin de s'opposer victorieusement aux trois impérialismes russe, chinois et... américain (la Turquie, qui occupe Chypre et menace l'intégrité territoriale de la Grèce, n'est pas ouvertement citée, mais faisons crédit à Macron que parlant à Athènes il y pensait certainement sans le dire) !
Le drame, c'est qu'une grande partie des Français – et pas seulement au sein des élites diplômées de Sciences-Po ou des écoles de commerce – semblent se montrer plutôt convaincus par cette ritournelle à la fois pavlovienne et insensée.
Or, il ne faut jamais cesser de rappeler que tout cela n'a absolument ni rime ni raison.
D'abord parce qu'en renouvelant l'aide à l'Ukraine exsangue et en faisant de celle-ci le nouveau levier de l'intégration supranationale en matière de politique de défense, Macron comme Merz ou Starmer désigne clairement la Russie en tant qu'ennemi prioritaire de l'Europe, bien avant la Chine ou les États-Unis. Alors même que, sans un solide partenariat avec Moscou, on voit mal ce que pourraient faire des nations aussi faibles, divisées et mondialement discréditées que les nations européennes en cas de conflictualité ouverte avec Washington, Pékin ou Ankara.
Ensuite, parce que si une telle structure de défense supranationale voyait le jour, en admettant même que l'Allemagne ou l'Italie acceptent de confier leur sécurité à l'incertaine tutelle d'une hégémonie nucléaire française ou franco-britannique, cela augmenterait considérablement les risques de guerre ouverte et nucléaire avec Moscou dans l'hypothèse où un gouvernement polonais encore un peu plus déjanté que ceux qu'on connaît déjà aujourd'hui s'avisait de provoquer Poutine ou l'un de ses successeurs sur la Baltique ou à Kaliningrad.
La France, et toute l'Europe, deviendraient de façon automatique l'otage des néo-cons de Varsovie, alors qu'elles peuvent encore, aujourd'hui, refuser de céder aux diktats indécents de Trump sur le détroit d'Ormuz.
On aimerait bien que tous ces sujets vitaux commencent à être abordés sérieusement à l'approche des futures élections présidentielles.
C'est quand même autrement plus décisif que la énième réforme des retraites ou les suppliques du patronat sur la réduction des jours fériés. Et ce n'est pas parce que Macron va enfin quitter l'Elysée que les idées foireuses qu'il défend en matière de guerre et de paix quitteront le sommet de l'Etat en même temps que lui.

25 avril 2026

L'ADIEU À BOUALEM SANSAL

Gabriel Nerciat

- 25/4/2026 - S'il estime que la France n'est pas digne de lui, alors pourquoi Boualem Sansal s'est-il fait élire à l'Académie française il y a à peine plus de trois mois, après avoir fait dûment campagne pour cela ? Rien ne l'y obligeait, et Amin Maalouf, qui ne semble pas l'apprécier particulièrement, ne lui avait apparemment rien demandé.
Ignore-t-il que l'appartenance à l'illustre Compagnie du cardinal de Richelieu crée quelques devoirs aux écrivains et officiels qui en sont membres, au-delà des rituelles séances du dictionnaire du jeudi après-midi ?
Pourquoi fait-il croire qu'il ne connaît pas Vincent Bolloré, alors que tout le monde sait que ce n'est pas vrai ? La chose en soi n'est pas honteuse ; il suffit juste de l'assumer (et de répondre par autre chose que de la bouderie travestie en dédain aux reproches que de piètres écrivains germanopratins lui adressent).
De même, pourquoi prétend-il défendre la liberté d'expression contre toutes les formes de sectarisme ou de fanatisme, alors qu'il a soutenu, par sa signature au bas d'une pétition déshonorante, l'adoption de la scélérate loi Yadan ?
À croire qu'il n'a rien de mieux à faire désormais que de justifier a posteriori les accusations lancées contre lui par le FLN à Alger, et qui lui ont valu un an de cachot ?
Sansal est évidemment libre de finir sa vie en Belgique, s'il le souhaite, comme un banal exilé fiscal (chacun sait que c'est un pays vierge de toute influence islamiste), mais qu'il s'abstienne de nous donner des leçons.
Aujourd'hui, il renie et insulte le pays qui l'a accueilli quand il était persécuté, et où plusieurs Français se sont mobilisés pour obtenir sa libération. Or s'il peut y avoir un certain courage à renier l'Etat qui vous a vu naître, il y en a beaucoup moins à vilipender, pour des raisons finalement assez mesquines, la nation qui vous a offert une seconde patrie et un second toit, ainsi qu'une reconnaissance institutionnelle.
En fait, je lui en veux, parce qu'il n'y a pas si longtemps de cela - à peine un an - j'ai pris sa défense, de façon trop véhémente, contre des gens qui ne l'aimaient pas (j'éprouve la même chose, soit dit en passant, à l'égard d'Alice Cordier, la fondatrice de Némésis, pour qui j'ai eu jadis une forme de stupide sympathie).
Et, même si ça fera rire les sots, je n'aime pas être déçu ou abusé par des gens qui se révèlent très en-dessous de ce que l'on pensait d'eux, et surtout très en-dessous de ce qu'ils disaient d'eux-mêmes.
Alors qu'il se barre, soit. Et qu'il ne remette plus les pieds ici. On se passera très volontiers de lui.
Je plains d'avance le futur Immortel qui devra faire sous la Coupole son apologie funèbre après sa mort.

23 avril 2026

L'EUROPE UKRAINIENNE, OU L'HISTOIRE D'UN PILLAGE

Gabriel Nerciat

- 23/4/2026 - Grâce à la défaite de Viktor Orban en Hongrie, la Commission von der Leyen va enfin pouvoir lever 90 milliards d'euros de dettes obligataires destinés aux frais de bouche de l'entité ukrainienne – en toute paisible violation du traité de Lisbonne et de la Constitution allemande qui n'autorisent pas une telle opération.
La Hongrie elle-même s'est exemptée de la garantie du prêt, de même que la Slovaquie, mais elle a consenti, comme l'avait promis le nouveau Premier ministre hongrois pendant sa campagne, à lever le veto qu'avait maintenu Orban au Conseil européen pendant presque un an (sous les menaces de mort publiques adressées à son encontre par saint Zelensky).
Rappelons que ce prêt n'a de prêt que le nom car il est censé être remboursé avec intérêts par... la Russie, après sa défaite (surtout, on ne rit pas ; ce n'est pas drôle).
Ce sont, logiquement, l'Allemagne, la France et l'Italie, les trois premiers pays contributeurs nets du budget de l'UE, qui devront assumer la plus grande part de la garantie du prêt en vue d'honorer la signature de l'impératrice Ursula La Hyène – alors même que ces deux dernières républiques connaissent aujourd'hui le plus haut degré d'endettement public hors période de guerre de toute leur histoire (3480 milliards d'euros pour la France, 3000 milliards pour l'Italie).
En France, pourtant, cela passe crème. Personne ou presque ne proteste, alors même que nous devrons verser 540 millions d'euros pour le service de cette dette supranationale dès l'an prochain.
Le RN à Strasbourg a voté contre, mais Bardella à Paris préfère s'exhiber avec sa princesse, taper sur Mélenchon, justifier les crimes de guerre d'Israël ou répéter pour la énième fois que la Russie constitue une menace pour l'Europe (si, si, ce n'est pas Erdogan, Donald ou Bibi, figurez-vous).
À l'extrême centre et chez les mollusques LR, c'est pire : on exulte.
Il faudra s'en souvenir lorsque Edouard Philippe et Bruno Retailleau défendront le recul de l'âge de la retraite à 70 ans et le conditionnement progressif des remboursements de la Sécurité sociale au nom de la réduction de la dette et de l'assainissement du déficit budgétaire.
De même, bien sûr, lorsque la gauche par devoir antifasciste viendra rituellement leur apporter ses suffrages au second tour de la prochaine élection présidentielle.
On aimerait pouvoir dire à tous ces gens : "Allez donc voir à Kiev si j'y suis", mais on ne peut pas.
Et le plus cruel est encore de savoir que la France mérite pleinement d'être tondue et avilie comme elle l'est aujourd'hui, pour garantir à fonds perdus la souveraineté fictive d'une satrapie vaincue, ruinée, gangstérisée et encore plus sûrement vouée au pillage qu'elle ne l'est déjà elle-même depuis des années.

16 avril 2026

PRÉCAIRES IDOLES

Gabriel Nerciat
16/4/2026

- Tu as acheté des places pour le concert de Céline Dion ?
- Non.
- Pourquoi, tu trouves qu'elles sont trop chères ?
- Non, j'estime seulement que c'est elle qui devrait me payer pour que je l'écoute hurler sur scène.
- Quoi ? Mais c'est Céline Dion ! Elle est veuve, convalescente et elle a failli ne plus jamais chanter. Tu ne peux pas dire ça de Céline Dion ! Tu n'as pas le droit. Elle est unique au monde.
- Non, je préfère Mireille Mathieu. Elle chante mieux, elle est tout aussi tarte mais beaucoup plus sympathique, elle ne chante pas seulement en anglais mais aussi en japonais, on n'a pas envie de la voir crever sur scène, et puis ses chansons sont quand même beaucoup moins bas de gamme.
- Ce n'est pas vrai, ce que tu dis.
- Si. La preuve, Jean-Jacques Goldman n'a jamais rien composé pour elle, à l'inverse de Vidalin et de Maurice Jarre. Si ce n'est pas une preuve, ça...
- Mais c'est une star énorme, Céline Dion ! Une star globale, planétaire ! On ne peut pas ne pas aimer Céline Dion, ou au minimum l'admirer. Ce serait comme ne pas voter pour Edouard Philippe l'an prochain. Ce n'est pas concevable, sauf pour les méchants et les cons. Tu vas bien voter Edouard Philippe l'an prochain, non ?
- Non.
- Quoi ?
- Non. Je préfèrerais encore m'abstenir que de le faire.
- Mais tu te rends compte de ce que tu dis ? Edouard Philippe est un homme rationnel et compétent, inflexible et sinueux à la fois, modéré et européiste. Il nous préserve du populisme et des extrêmes. C'est un homme de bien, même et surtout quand il fait mal. Exactement comme Céline Dion est la plus grande chanteuse du monde francophone. Une voix inoubliable. Personne ne peut dire le contraire : ce sont des vérités universellement admises et fondées sur la raison, comme les catégories de l'entendement chez Kant.
- Philippe est un type sordide, médiocre et opportuniste qui n'est là que pour maintenir en place un système oligarchique déjà à moitié effondré et qui ne veut autour de lui que des larbins corvéables à merci jusqu'à 70 ans. Céline Dion est une cruche moins sensible qu'un automate d'Offenbach, pas même rendue aimable par la maladie et qui braille en français ou en anglais des chansons ineptes. On ne les aime ou on ne les admire que parce qu'ils ont vendu leur âme, ou ont oublié qu'ils en avaient une. Même leurs tares physiologiques sont des arguments de vente. C'est parce qu'ils seront oubliés dès le lendemain de leur mort qu'on les adule.
- Leur mort ? Mais tu es un terroriste ! Tu veux tuer Edouard Philippe et Céline Dion ? Au secours, au secours ! Monsieur le Procureur de Paris, on veut attenter à l'intégrité de Céline Dion et d'Edouard Philippe ! Envoyez la police, Monsieur le Procureur ! La police ! Le terrorisme et le nihilisme sont parmi nous !...

11 avril 2026

Gabriel Nerciat

TARTUFFE D'HONNEUR


- 10/4/2026 - Les mêmes qui expliquaient début mars, après l'assassinat de Khamenei et des plus hauts dirigeants de la République iranienne par la coalition Epstein, que le droit international n'avait aucune espèce d'importance et qu'on pouvait impunément agresser un État souverain pour changer son régime politique, détruire le centre de sa souveraineté et lui ôter toute capacité de défense territoriale (cela ne se bornait pas, malheureusement, aux traditionnels néocons appointés du genre BHL, Roucaute, Baverez ou Bruckner) aujourd'hui se récrient d'indignation parce que les Pasdarans perses, fiers de leur victoire sur l'Amérique et Israël, entendent remettre en cause au profit de Téhéran le principe de la liberté des mers sur le détroit d'Ormuz.
Le plus sidérant est qu'ils le font absolument sans gêne, sans pudeur, sans vergogne, sans même se croire tenus de justifier les raisons de leur relativisme juridique ou de leur hypocrisie suprémaciste.
La palme du culot et de l'ignominie revenant malgré tout à cet odieux tartuffe calotin de François-Xavier Bellamy qui ce matin, après avoir vigoureusement plaidé que le droit de la mer n'était pas négociable, a réaffirmé sa totale solidarité avec Israël dans son entreprise de destruction du Liban et d'élimination massive de centaines de civils libanais innocents (dont des dizaines de chrétiens).
Des crapules et des hypocrites de ce calibre, on devrait les obliger à monter et descendre dix fois les pentes du mont Ventoux à vélo au cœur du mois d'août, afin d'être bien sûr que leur cœur est fait de telle manière qu'en toute circonstance il ne flanche pas.

9 avril 2026

Gabriel Nerciat
9/4/2026

HAUTE TRAHISON


Enquête absolument sidérante menée par Maggie Haberman et Jonathan Swan pour le New York Times.
Elle confirme bien que Trump s'est engagé dans la guerre la plus ruineuse et la plus injustifiable de toute l'histoire des États-Unis à l'initiative du Premier ministre israélien, et ce contre l'avis motivé de la quasi-totalité des membres de son cabinet (Marco Rubio inclus).
Quand on l'écrivait il y a encore une semaine, on ne récoltait en retour que des accusations d'antisémitisme, mais désormais il va falloir que chacun se rende à l'évidence, sur les deux rives de l'Atlantique.
Trump a trahi son pays, ses électeurs, ses promesses de campagne et, encore plus grave, exposé la vie des soldats de l'armée des États-Unis pour servir les intérêts d'un petit État criminel de moins de 10 millions d'habitants qui a acquis un pouvoir sans pareil sur l'élite politique et une partie des services de renseignement de la première nation occidentale (même s'il est bien spécifié dans l'article que la CIA décommandait l'entrée en guerre).
Cela devrait justifier sa destitution, son inculpation pour crime de haute trahison et son incarcération dans un pénitencier fédéral.

Article du New York Times

5 avril 2026

Gabriel Nerciat

À PROPOS DE L'AFFAIRE RIMA HASSAN


- 3/4/2026 - Toujours consterné par le mélange de bassesse, de sottise et de panurgisme qui caractérise la droite sioniste et néo-conservatrice française.
Celle surtout qui se la joue "anarchiste de droite" (quelle scie d'ânes bâtés, vraiment, ce truc ; pourquoi pas communiste boursicoteur pendant qu'on y est) et se précipite à la première occasion pour réclamer l'interdiction de LFI (un parti dont le candidat fait plus de 20% des voix à la présidentielle) ou demander la déchéance de nationalité de Rima Hassan.
Ils devraient pourtant être assez malins pour comprendre que si une élue de la Nation peut être légalement inquiétée en vertu de la seule publication d'un tweet, alors il sera a fortiori encore plus facile d'obtenir la fermeture d'une chaîne d'opinion libérale-conservatrice qui croit très spirituel de comparer le maire récemment élu d'une grande ville de France à un primate ou à un chef de tribu primitive.
De cette séquence lamentable, je retiendrai personnellement trois choses :
1) Plus la défaite d'Israël approche, plus la connaissance de ses crimes de masse va être approfondie et documentée, et plus son discrédit va devenir mondial. C'est parce qu'ils le pressentent déjà que ses partisans, en France comme ailleurs, commencent à se montrer de plus en plus vindicatifs, procéduriers et méchants ; mais il faudra savoir leur tenir tête, comme la pétulante Rima Hassan d'ailleurs le fait assez bien.
2) Les cris d'orfraie des élus et des militants de LFI seraient plus crédibles s'ils ne passaient pas eux-mêmes la moitié de leur temps à réclamer la censure ou la condamnation pénale de leurs ennemis politiques (quand ce n'est pas, purement et simplement, la confiscation de leurs droits civiques). À eux aussi, il faudra savoir tenir la dragée haute lorsque le vent aura tourné en faveur de l'islamo-gauchisme, et qu'ils ne manqueront pas de tenter d'abuser de leur future position dominante (ainsi que la grosse Mathilde Panot l'a déjà fait savoir sans détour dans une interview récemment diffusée sur la Toile).
3) La seule façon de s'en sortir afin de ne pas aller droit vers la guerre civile embryonnaire est d'incorporer dans le droit constitutionnel français l'équivalent du premier amendement de la Constitution américaine qui garantit à tous les citoyens une totale liberté d'expression (sauf évidemment dans les cas prévus depuis toujours par la loi concernant la répression pénale de la diffamation, l'atteinte à l'intégrité des institutions républicaines et l'incitation à la violence physique).
Dernière chose : le crétin de député RN qui a signalé le tweet de Rima Hassan au Parquet de Paris, et le procureur qui dirige ce même Parquet ont fait aujourd'hui de la jeune élue franco-palestinienne la future héritière de Jean-Luc Mélenchon.
S'ils ne l'ont pas encore compris, il serait bien que quelqu'un le leur apprenne.

1 avril 2026

Gabriel Nerciat
1/4/2026

GLOIRE D'AVRIL, RÊVE DE POISSON


Lorsque le Pentagone a eu la confirmation, vers quatre heures ce matin, que le général Phumié Taitabaf, le plus redoutable agent double du MOSSAD et de la CIA, était parvenu, avec l’aide de milices baloutches et azéries infiltrées au cœur de tous les points névralgiques de la capitale, à prendre le pouvoir à Téhéran et avait immédiatement ordonné l’exécution en place publique, dans toutes les villes de la Perse, des membres du corps des Pasdarans ainsi que de leur famille, Donald était déjà dans l’avion spécial qui l’amenait vers l’Iran.
Netanyahou lui est venu en jet privé parce que c’est un homme vertueux qui n’aime pas abuser des deniers de l’Etat. Après tout, cette guerre, c’était son œuvre personnelle, élaborée et réclamée pendant plus de trois décennies, presque sa propriété privée, et ça lui donnait des droits que son domestique un peu fatigué du New-Jersey ne pouvait pas lui refuser.
Quand Donald lui a demandé ce qui pourrait lui faire plaisir en ce jour historique, il a réclamé que l’aviation israélienne bombarde dès le lever du soleil la mosquée du Shah Abbas le Grand, le plus pur joyau architectural d’Ispahan, bâtie au début du XVIIe siècle en hommage au grandiose souverain séfévide qui fit de l’islam chiite duodécimain la religion nationale d’Etat de l’empire perse. Car bien avant Khomeiny, c’était lui l’origine du mal.
Trump était un peu circonspect mais Bibi n’eut pas de mal à le persuader qu’il pourrait ensuite édifier un casino à son nom en lieu et place des ruines.
Tous ses autres casinos ayant fait faillite, cela donnerait à l’ancien homme d’affaires un prestige qui sonnerait comme une revanche personnelle. Et puis, l’opération, à tout prendre, était moins risquée que l’assassinat du Guide Khamenei et de ses proches.
Lorsque le président des Etats-Unis et le Premier ministre israélien arrivèrent enfin à Téhéran, c’était un véritable délire. Presque six millions d’Iraniens avaient convergé vers la capitale pour célébrer leurs libérateurs.
Les jeunes femmes surtout étaient extatiques : elles avaient ôté leurs voiles et commençaient à se dévêtir intégralement dès que le cortège officiel approchait de l’endroit où elles se trouvaient. « Donald, prends-moi par la chatte », hurlaient-elles, « tu as fait de nous des femmes libres ! ».
Leurs frères et cousins n’étaient pas en reste : « O Bibi, tu as détruit notre pays, mais nous allons passer vingt ou trente ans à le reconstruire. L’argent va couler à flots, nous travaillerons pour rien, mais plus jamais nous ne saurons ce qu’est le chômage. Gloire à toi, ô Bibi ! ».
Il y avait aussi Mahyar Monshipour, l’ancien champion de boxe des poids super-coqs, qui ne se tenait plus de joie. Il avait obtenu le privilège d’abattre le fils Khamenei en le terminant aux poings sur un ring géant édifié près du cratère laissé par la bombe perforante qui avait tué son père, sa mère, sa femme et sa petite fille il y a un mois.
« Il est tombé, li régime, il est tombé, je vous l’avais dit », ne cessait-il de répéter en s’échauffant. Juliette Binoche et Abnousse Shalmani n’arrêtaient pas de glousser en le voyant faire des moulinets, mais lui était bien trop excité pour répondre à leurs œillades.
Quand Donald et Bibi arrivèrent enfin devant le Parlement de l’ex-République islamique, ils mirent presque trois quarts d’heure pour pénétrer au cœur de l’édifice.
Mais c’est là que les choses se compliquèrent, car le sol soudain se déroba sous leurs pieds et des volutes d’eau venues d’on ne sait où commencèrent à s’infiltrer à l’intérieur du bâtiment.
C’est alors que Trump se réveilla en sueur dans son lit.
Il s’était endormi sur le divan mordoré de son fastueux salon de Mar-a-Lago, et quand il vit son reflet apparaître dans la glace en or du salon, il se dit qu’il ressemblait un peu à une tanche qui venait d’être prise dans un filet sans même avoir mordu à l’hameçon.

30 mars 2026

Gabriel Nerciat
29/3/2026

ISRAËL ENNEMI DE LA CHRÉTIENTÉ


Je ne vais pas réécrire ici ce que j'ai déjà énoncé dans mon récent statut consacré au même sujet à propos des chrétiens d'opérette, mais la décision historique et inqualifiable qu'a prise le gouvernement Netanyahou ce matin d'empêcher le patriarche latin de Jérusalem et le Custode de la Terre Sainte (le gardien officiel de l'église du Saint Sépulcre) de célébrer la messe des Rameaux au sein de la plus éminente basilique de la Chrétienté apostolique achève – ou devrait achever – de clarifier les choses.
L'État sioniste n'est plus seulement un État génocidaire, prédateur et illégitime ; il est devenu également le premier ennemi étatique déclaré de la Chrétienté.
C'est désormais non seulement au Vatican d'en tirer les conclusions qui s'imposent (Sa Sainteté Léon XIV, le premier pape américain de l'Histoire, a déjà très ouvertement condamné l'agression américano-israélienne contre l'Iran ainsi que l'invasion de Tsahal au sud Liban – ce qui n'est d'ailleurs sans doute pas sans lien avec ce qui vient de se passer aujourd'hui) mais à l'ensemble des chrétiens, qu'ils soient de rite romain, grec, monophysite, copte, arménien, nestorien ou anglican.
Au passage, la France est pour sa part gardienne de trois des lieux saints chrétiens présents dans la vieille ville de Jérusalem ; on aimerait sans trop y croire qu'Emmanuel Macron, entre deux génuflexions énamourées aux pieds des émirs wahhabites du Golfe persique, s'en souvienne.
La dernière fois qu'un évènement semblable s'est produit, c'est lorsque les Turcs Seldjoukides, en 1078, après s'être emparés de Jérusalem jusqu'alors sous domination des tolérants califes chiites Fatimides, ont interdit aux pèlerins venus d'Europe de pénétrer dans la Ville Sainte.
La chrétienté romaine, à l'appel du pape Urbain II et de saint Bernard de Clairvaux, répondit depuis Vézelay, en France, par l'organisation de la Première Croisade. Celle-là même dont se réclame aujourd'hui sans pudeur la foule des néo-cons "judéo-chrétiens" (à propos, quelqu'un a vu par hasard la réaction d'Eric Zemmour et de Sarah Knafo quelque part ?).
Dernière précision, car c'est un détail que beaucoup ignorent : lorsque saint Jean-Paul II, dans le contexte particulier des accords d'Oslo, commit la légèreté de reconnaître l'État d'Israël (alors même que ce dernier occupait militairement Jérusalem Est depuis 1967), la Knesset refusa de voter en faveur de la ratification de cet accord diplomatique qui établissait, en même temps que la création d'une nonciature apostolique à Tel-Aviv, la pleine autorité du Vatican et du droit canon sur les territoires qui sont propriété du Saint-Siège et des patriarcats uniates en Terre Sainte.
Autrement dit, l'Église catholique a accepté de reconnaître la souveraineté de l'État sioniste, mais l'État sioniste, lui, n'a jamais accepté de reconnaître la souveraineté et l'autorité de l'Église catholique sur la terre natale du Christ.
La déclaration de guerre d'aujourd'hui n'est donc pas une rupture, mais une radicalisation assumée de ce qui existait déjà et que chacun (pas seulement à C-News) faisait semblant d'ignorer.
Qu'on cesse donc de part et d'autre de nous raconter des blagues déshonorantes, et surtout qu'on ne vienne pas me dire, comme ce minus habens de Damien Rieu sur X, qu'il s'agit uniquement de raisons de sécurité.
Cela ferait rigoler tout le monde, à commencer par ce pitre odieux de Stéphane Zagdanski.

28 mars 2026

Gabriel Nerciat
28/3/2026

V'LA LES HOUTHIS


On dirait qu'au bout d'un mois on approche déjà du dénouement de la farce.
Les Houthis yéménites sont entrés dans la danse ce matin, alors que le Hezbollah au Liban faisait plus d'une dizaine de prisonniers dans les rangs de Tsahal et que Téhéran prétend avoir détruit trois navires américains LCU (amphibies) au large du Koweït – ainsi que la totalité du système de batteries anti-missiles américain déployé en Jordanie.
Pendant ce temps, alors que même sur LCI les experts maison rémunérés par l'OTAN commencent à dire la vérité sur l'ampleur du fiasco qui s'annonce, les derniers néo-cons, murés dans leur bunker mental comme Hitler dans celui de Berlin, continuent à délirer à propos de leur rêve d'invasion terrestre de l'île de Kharg et/ou d'une coalition militaire internationale aux ordres de Washington pour "libérer" le détroit d'Ormuz.
Il est vrai que quiconque a vu le sidérant numéro de bavardage sénile et auto-satisfait de Donald hier soir à Miami est en droit de se demander si les derniers tenants de l'impérialisme anglo-saxon ne relèvent pas tous, pour de bon, de l'asile d'aliénés.

27 mars 2026

Gabriel Nerciat
27/3/2026

VANCE

Oh, oh ! C'est plutôt amusant, ça.
Les catholiques de la Maison Blanche se rebifferaient-ils contre l'emprise des chrétiens sionistes évangéliques, ou bien est-ce Vance lui-même qui feint de découvrir que la République impériale dont il est le vice-président en titre se doit de défendre avant tout d'autres intérêts nationaux que les siens ?
En tout cas, cette guerre désastreuse (pour l'Amérique et ses alliés arabes, pas pour la Russie ou la Chine), dont chacun sait que le vice-président y était hostile depuis le début, aura eu cette vertu de montrer à tous ce qu'il en est réellement de la souveraineté des États-Unis d'Amérique et de sa soumission à l'égard des divers lobbies sionistes qui dominent le Congrès et les structures de l'État profond.
Les élections locales de cette semaine ont été une Bérézina complète pour les Républicains : ils ont perdu partout, et même dans le district de Mar-a-Lago, en Floride, chez Donald en personne, c'est une jeune élue démocrate totalement inconnue qui a remporté le scrutin.
Tout cela prépare une déroute historique pour les élections législatives de novembre, et sans doute une probable future destitution de Trump l'année prochaine.
Si Vance veut être l'homme de la situation, comme la Constitution le lui permet, il va falloir qu'il prenne les devants dès maintenant, en désignant ouvertement les responsables du désastre.
Et visiblement, les assassins de Tel-Aviv s'y préparent.

26 mars 2026

Gabriel Nerciat

KIR ROYAL, KETCHUP ET FIN DES HARICOTS


- 26/3/2026 - D'après le New-York Times, toutes les bases militaires américaines dans le Golfe ont été détruites par les tirs balistiques iraniens, et désertées par les soldats qui les occupaient.
Les deux plus grands navires de guerre américains déployés dans le Golfe, le USS Gerald Ford et le USS Abraham Lincoln, sont en train de prendre le large et de quitter la zone. Au-delà de l'incendie inexpliqué qui a frappé le premier navire, il semblerait surtout que son système de radar ne soit plus opérationnel, l'exposant ainsi avec des risques accrus au feu ennemi. Même Trump a dû convenir qu'il avait été surpris.
Bref, tout va bien. Le combat indispensable pour la civilisation universelle des droits de l'Homme, l'émancipation des femmes iraniennes, la marche des fiertés LGBT de Téhéran et la captation des ressources pétrolières de la Perse poursuit vaillamment son rythme de croisière (enfin, si l'on peut dire).
Presque un mois après l'entrée en guerre conjointe des États-Unis et d'Israël (qui n'arrive décidément pas à percer les lignes de défense du Hezbollah au Liban, c'est embêtant, et vient de mobiliser plusieurs dizaines de milliers de réservistes pour les envoyer au front), le régime iranien est toujours là (en Irak, Saddam Hussein à la même période était déjà déchu), tient à la fois l'unité territoriale du pays et l'accès au détroit d'Ormuz, et, comme je l'avais annoncé ici dès le troisième jour du conflit, s'apprête à administrer au cœur de la puissance impériale occidentale ce qui va rester dans les mémoires du monde comme la plus importante défaite de toute l'histoire des États-Unis d'Amérique (bien plus que le Vietnam ou l'Afghanistan, au regard des enjeux impliqués), sa défaite terminale en quelque sorte.
Finalement, Trump ne nous aura pas déçus. Après lui, l'isolationnisme aux États-Unis ne sera plus une option, mais la seule voie possible. God bless America, elle va en avoir besoin.
Au milieu de la débâcle, toutefois, on nous explique lyriquement sur LCI que le D-Day va commencer sur la fameuse île de Kharg qui obsède Donald, paraît-il, depuis quarante ans, et qui m'a tout l'air de ressembler à une sorte de parfaite cuvette de Diên Biên Phû insulaire.
Ah, ça va être du beau spectacle, mes amis. On pourra dire à la jeunesse de demain qu'on l'aura vu en direct, en buvant du kir royal aussi rouge que le teint du président américain dans notre salon. Effet garanti, c'est sûr, mieux que Goethe à la bataille de Valmy.
Sinon, dernier mot à l'intention de mes contacts sionistes ou atlantistes à la cervelle un peu ramassée et à l'inculture galopante : le New-York Times n'est pas un journal islamiste, antisémite ou mélenchoniste, mais à peu près l'équivalent du Monde aux Etats-Unis.
C'est vous dire à quel point les certitudes désormais se décomposent vite.