Gastel Etzwane
L’Allemagne et Israël unissent leurs forces : Volkswagen reconvertit une usine pour produire des composants du Dôme de fer
- 24/3/2026 - Quatre-vingts ans après avoir fabriqué des véhicules et des armements pour le régime nazi en exploitant le travail forcé, Volkswagen s’apprête à mettre ses compétences industrielles au service de la machine de guerre israélienne. Selon des informations révélées par le Financial Times et confirmées par Reuters, le constructeur allemand est en pourparlers avancés avec Rafael Advanced Defence Systems (entreprise d’armement détenue par l’État israélien) pour transformer son usine d’Osnabrück en site de production de composants pour le système antimissile Dôme de fer (Iron Dome).
L’usine, qui emploie environ 2 300 salariés et produit actuellement le T-Roc Cabriolet (dont la fabrication s’arrêtera en 2027), fabriquerait des camions lourds porteurs de missiles, des lanceurs et des groupes électrogènes. Rafael resterait responsable de la production des missiles intercepteurs eux-mêmes. La production pourrait débuter dans un délai de 12 à 18 mois, sous réserve de l’accord des salariés. Le gouvernement allemand soutient activement ce projet, présenté comme une mesure de politique industrielle pour sauver les emplois du site menacé de fermeture.
Volkswagen insiste sur le fait qu’elle ne produira pas d’armes directement, mais seulement des « composants ». Pourtant, ces éléments sont indispensables au fonctionnement du Dôme de fer, système qui a déjà été massivement utilisé dans les opérations militaires israéliennes à Gaza.
Une ironie historique qui interroge
L’histoire ne manque pas d’amertume. Fondée en 1937 sous le IIIe Reich avec Adolf Hitler comme figure symbolique, Volkswagen a massivement basculé dans la production militaire pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses usines ont recours au travail forcé : des dizaines de milliers de Juifs, de prisonniers de guerre soviétiques, de Polonais et d’autres civils ont été exploités dans des conditions inhumaines. Des milliers y ont perdu la vie.
L’entreprise n’a reconnu officiellement sa responsabilité morale et versé des indemnisations symboliques qu’en 1998, soit plus de cinquante ans après la fin de la guerre.
Aujourd’hui, sur le même sol allemand, avec le soutien explicite du gouvernement, cette même entreprise se voit orientée vers la production de composants d’un système d’armement israélien. Ce partenariat intervient alors que la guerre menée par Israël à Gaza a déjà causé la mort de dizaines de milliers de civils palestiniens, la destruction massive d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures civiles, et soulevé de graves accusations de violations du droit international.
L’Allemagne, qui se présente depuis des décennies comme le rempart moral contre l’antisémitisme et l’héritière d’une « responsabilité historique » envers Israël, choisit une fois de plus de privilégier un soutien inconditionnel à Tel-Aviv, y compris dans le domaine militaire, plutôt que de questionner les conséquences humanitaires de cette alliance. Ce faisant, elle transforme une usine civile en maillon d’une chaîne de production de guerre, tout en invoquant la sauvegarde de l’emploi.
Rafael, entreprise publique israélienne, gagne ainsi un partenaire industriel de premier plan en Europe, tandis que Berlin renforce sa posture de « bouclier » pour Israël, au moment où le conflit au Moyen-Orient continue de faire des ravages parmi les populations civiles.
Cette reconversion n’est pas une simple décision économique. Elle révèle les contradictions profondes d’une Allemagne qui, tout en invoquant le « plus jamais ça » face à son passé nazi, s’engage activement dans la militarisation et le soutien à une guerre qui provoque aujourd’hui des souffrances massives.
Quatre-vingts ans plus tard, les chaînes de production allemandes changent de destination… mais la logique de l’armement et du pragmatisme industriel semble, elle, tristement inchangée.