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28 octobre 2026

Gastel Etzwane
28/10/2026

Nord Stream : la justice allemande désigne désormais les autorités ukrainiennes

Ce n’est plus une simple hypothèse évoquée dans la presse. Dans son acte d’accusation contre Serhii K., ancien militaire ukrainien poursuivi dans l’affaire du sabotage des gazoducs Nord Stream, le parquet fédéral allemand affirme que l’opération a été préparée par des militaires ukrainiens à la demande d’autorités de leur pays.
La portée de cette accusation est considérable. Les enquêteurs allemands ne se contentent plus d’identifier des ressortissants ukrainiens parmi les auteurs présumés du sabotage. Ils mettent désormais en cause des organismes étatiques ukrainiens dans la préparation de l’opération. Kiev, de son côté, continue de nier toute implication officielle.
Il faut mesurer ce que cela signifie. En septembre 2022, les explosions de Nord Stream ont frappé des infrastructures énergétiques essentielles pour l’Allemagne, alors déjà confrontée à une grave crise d’approvisionnement en gaz. Les conséquences économiques et industrielles ont dépassé ses frontières et touché une grande partie de l’Europe, notamment la France.
Ce qui mérite également d’être souligné, c’est le contraste entre la précision des accusations formulées par le parquet fédéral allemand et la prudence persistante du discours politique. La justice allemande poursuit ses investigations jusque dans les responsabilités éventuelles d’un État soutenu militairement et financièrement par Berlin.
Une question demeure désormais incontournable : si les accusations du parquet sont établies, comment les dirigeants européens pourront-ils expliquer à leurs populations qu’un pays qu’ils soutiennent a participé à la destruction d’infrastructures énergétiques stratégiques européennes ?
Car au-delà de l’identité des exécutants, c’est bien la question des commanditaires, de leurs motivations et des conséquences politiques de cette opération qui se trouve posée.

26 octobre 2026

Gastel Etzwane
26/10/2026

L’Europe perd ses usines, l’Amérique récupère ses emplois

Le 24 octobre, le patron d’Audi, Gernot Döllner, est monté sur scène aux côtés de Donald Trump, en Géorgie, pour annoncer un investissement de 4,2 milliards de dollars dans une première usine américaine. À terme, 200 000 SUV haut de gamme produits chaque année et 4 500 emplois créés aux États-Unis.
Pendant que les dirigeants européens multiplient les discours sur la « souveraineté industrielle » et l’« autonomie stratégique », les entreprises allemandes investissent ailleurs. Confronté aux droits de douane américains, à une énergie devenue trop coûteuse et à une réglementation européenne toujours plus contraignante, Audi fait ses comptes et choisit les États-Unis.
Dans le même temps, Volkswagen, sa maison mère, prépare de nouvelles suppressions d’emplois en Europe. L’industrie automobile allemande, longtemps pilier de la première économie européenne, s’enfonce dans une crise que la concurrence chinoise ne fait qu’aggraver.
L’Europe paie aujourd’hui ses choix énergétiques, ses contraintes réglementaires et une politique industrielle qui semble avoir oublié la question essentielle : comment produire à des coûts compétitifs ? Quant à la France, sa désindustrialisation est déjà si avancée qu’il ne reste plus grand-chose à délocaliser.
Donald Trump peut se féliciter du résultat. Les Européens parlent de souveraineté, tandis que leurs industriels transfèrent leurs investissements outre-Atlantique.
Les discours sonnent dans le vide en Europe. Les usines, les capitaux et les emplois partent en Amérique.

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25 octobre 2026

Gastel Etzwane
25/10/2026

Extrême droite à l’horizon, extrême gauche dans les rues : le vrai décalage

Pendant que Le Monde publie, presque en boucle, des pages sur « la montée de l’extrême droite qui inquiète l’UE » et sur « Giorgia Meloni et l’internationale réactionnaire », les citoyens voient surtout ce qui se passe dans les rues.
Le 17 octobre 2026, en marge d’une mobilisation « contre la vie chère », l’hôtel de ville de Limoges, un monument du XIXe siècle (1883), inscrit aux monuments historiques, qui avait traversé deux guerres mondiales et le souvenir d’Oradour-sur-Glane, a été attaqué, pénétré et incendié. Le beffroi s’est effondré, la façade historique et une grande partie du bâtiment ont été détruites. Des personnels et des élus étaient encore à l’intérieur lorsque le feu a été mis. Le maire (LR) a clairement pointé l’ultragauche anarchiste ; des suspects fichés S pour cette mouvance ont été interpellés. Un tag « Vive la Commune » a été laissé sur place. Même des titres habituellement très à gauche ont dû reconnaître l’origine de l’acte. Ce n’est pas le résultat de l’extrême droite.
Sur le plan matériel, les premières estimations des assureurs (Morningstar DBRS et autres) situent les dégâts du seul week-end des 17-18 octobre entre 1 et 1,2 milliard d’euros de pertes assurées, un niveau comparable, voire supérieur, à celui des émeutes post-Nahel de 2023 qui avaient duré bien plus longtemps. Des milliers de commerces ont été touchés ou pillés, des véhicules brûlés, des bâtiments publics endommagés. Les revendications initiales (lycéens, Gilets jaunes) sont passées au second plan ; ce qui a dominé, c’est une convergence entre une extrême gauche radicale et une partie de la jeunesse issue de l’immigration, qui a transformé une manifestation en casse et en pillage.
Le 24 octobre, il y a eu moins de pillages, mais les centres-villes étaient morts : commerçants qui avaient vidé et barricadé leurs vitrines, rues désertes. Qui aurait eu envie de flâner samedi dernier ?
Dans un pays déjà lourdement endetté et en difficulté économique, ces destructions ne sont pas anecdotiques. Elles coûtent cher, elles détruisent du patrimoine irremplaçable, elles font peur et elles accélèrent la ruine. Les journaux qui continuent à orienter prioritairement leur inquiétude vers la montée du RN, de l’AfD ou des « réactionnaires » européens choisissent de regarder ailleurs que vers ce qui se passe concrètement dans les rues, qui y est présent, qui casse, qui brûle et qui ruine. La réalité quotidienne des citoyens, elle, est plus difficile à ignorer.



23 octobre 2026

Gastel Etzwane
22/10/2026

UKRAINE : L’AVEU D’UNE DÉFAITE, L’HUMILIATION DE L’EUROPE


Il aura fallu près de cinq années de guerre, des centaines de milliers de victimes, des destructions gigantesques et des dizaines de milliards d’euros engloutis pour en arriver à une situation que beaucoup avaient pourtant annoncée dès les premiers mois du conflit.
Le 21 octobre 2026, sur Fox News, Volodymyr Zelensky a répondu favorablement à une question qui, quelques années plus tôt, aurait paru inimaginable : accepterait-il un accord de paix laissant l’Ukraine conserver seulement 75 % ? Sa réponse a été affirmative. Le président ukrainien se déclare ainsi prêt à geler les positions militaires actuelles, quitte à laisser durablement sous contrôle russe une partie considérable de son pays. Il ne s’agit certes pas d’une reconnaissance juridique de la souveraineté russe sur ces territoires, qui représentent aujourd’hui environ 19 % de l’Ukraine, mais cela ne change rien à la réalité militaire : ils resteraient sous contrôle russe, sans perspective immédiate de reconquête.
Et le plus cruel, c’est que la Russie, de son côté, n’a absolument rien accepté. Vladimir Poutine a reçu l’émissaire américain Steve Witkoff à Saint-Pétersbourg, sans consentir la moindre concession territoriale. Moscou maintient ses exigences, poursuit ses opérations militaires et ne s’est engagé à aucun cessez-le-feu. Voilà donc où nous en sommes : Zelensky se déclare prêt à arrêter les combats en laissant une partie considérable de son pays sous contrôle russe, tandis que Moscou, en position de force dans les discussions territoriales, ne juge même pas nécessaire de faire une concession en retour.
Mais le bilan est peut-être encore plus accablant pour l’Europe. Pendant toutes ces années, les dirigeants européens ont multiplié les sanctions, financé l’effort de guerre ukrainien, livré des armes et engagé des sommes colossales. Ils ont accepté d’exposer davantage leur économie à une crise énergétique, d’aggraver les difficultés d’industries déjà fragilisées, et de compromettre une partie de leur compétitivité. L’Europe traverse aujourd’hui de graves difficultés économiques et industrielles. La guerre et les choix politiques qui l’ont accompagnée n’en sont évidemment pas les seules causes, mais ils ont contribué à aggraver une situation déjà préoccupante. Tout cela pour quel résultat ? Pour faire quoi ? Dans quel but ? Pour voir la Russie conserver près d’un cinquième de l’Ukraine ? Pour assister à des négociations dont les États-Unis et la Russie occupent le centre, pendant que les Européens tentent de préserver leur influence sur un règlement qu’ils ne maîtrisent pas ?
Et surtout, à quel moment les citoyens européens ont-ils été véritablement consultés sur ces choix, sur leur coût et sur les sacrifices qu’ils impliquaient ? Jamais par une consultation directe. Les décisions ont été prises au sommet, présentées comme des nécessités auxquelles il était interdit de se soustraire, et toute contestation de la stratégie suivie a trop souvent été assimilée à une complaisance envers Moscou.
Le plus extraordinaire est que cette évolution était prévisible. Dès les premiers mois de la guerre, de nombreuses voix avaient averti qu’en l’absence d’effondrement militaire russe, le conflit risquait de s’enliser, de ruiner durablement l’Ukraine et de déboucher sur une négociation consacrant de fait une partie des conquêtes territoriales de Moscou. Ces avertissements ont été balayés avec mépris. Il fallait croire à la victoire, annoncer la reconquête, promettre l’affaiblissement irréversible de la Russie. Et surtout ne jamais s’interroger sur le prix que les Européens auraient à payer.
Aujourd’hui, le président ukrainien envisage un gel du front, la Russie n’a toujours rien concédé, et ce sont les Américains qui conduisent les discussions essentielles avec Moscou. L’Europe aura engagé des milliards, subi de lourdes conséquences économiques et industrielles et laissé ses citoyens supporter le coût de décisions sur lesquelles ils n’ont jamais été directement consultés. Et tout cela pour se retrouver dans une situation où les objectifs proclamés pendant des années paraissent désormais hors d’atteinte.
Le plus consternant est que beaucoup avaient précisément annoncé ce risque. Mais les dirigeants européens ont préféré les certitudes martiales aux interrogations, les proclamations aux réalités et l’obstination à la lucidité. Le dindon de cette immense farce géopolitique, c’est bien l’Europe. Et la facture, elle, sera payée pendant longtemps.
Gastel Etzwane
21/10/2026

Emmanuel Macron : le déni de réalité au sommet de l’État

Voilà un cas de déni de réalité absolument sidérant.
Le 17 octobre, la France a connu une journée d’émeutes, de pillages et d’ultraviolence dont les dégâts, selon les premières estimations avancées, dépasseraient ceux des émeutes qui avaient suivi la mort de Nahel. Sauf que cette fois, tout s’est produit en une seule journée !
Des hordes de casseurs, des pillages manifestement préparés, des commerces dévastés, des rues livrées à la violence. Des images diffusées dans le monde entier.
Et que nous explique cet homme ? Que tout cela serait une gigantesque manipulation ! Que des images auraient été fabriquées par intelligence artificielle ! Que des gens « de l’autre côté de l’Atlantique » se seraient laissé berner !
Il faudrait donc croire que des millions de personnes, partout dans le monde, ont été victimes d’une hallucination collective. Que les scènes de pillage n’ont jamais existé. Que tout est faux, sauf ce que lui prétend avoir compris.
Le monde entier se trompe. Lui seul détient la vérité.
Et le plus ahurissant, c’est que cet homme qui semble avoir perdu tout contact avec la réalité n’est pas un illuminé débitant ses élucubrations dans un coin de bistrot.
C’est le président de la République française.
Près de dix ans au pouvoir, un pays en crise, et toujours la même obsession : nier, accuser les autres et ne jamais assumer la moindre responsabilité.

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18 octobre 2026

Gastel Etzwane
18/10/2026

Le Louvre pourrait fermer : la France n’arrive même plus à protéger ses joyaux

Le 14 octobre 2026, dans un entretien au Figaro, Christophe Leribault, président-directeur du Louvre depuis février, a lancé une alerte : sans un vaste plan de rénovation et de transformation, le plus grand musée de France « se déclassera très rapidement et devra, à terme, fermer ses portes au public ». « Ce serait un désastre », a-t-il ajouté. Le musée est, selon lui, « en très mauvais état » et « complètement engorgé ».
Décidément, la France glisse vers le tiers-monde. Elle n’est même plus capable d’assurer la protection de son patrimoine le plus prestigieux. On se souvient tous du vol spectaculaire du 19 octobre 2025 : en plein jour, en quelques minutes, avec un simple monte-charge et des disqueuses, des malfaiteurs ont emporté huit joyaux de la Couronne, notamment des pièces liées à l’impératrice Eugénie, dans la galerie d’Apollon. Peu de moyens, beaucoup d’humiliation, et un musée qui a révélé ses failles au grand jour.
On se souviendra aussi que Laurence des Cars, alors directrice, avait présenté sa démission juste après le casse. Elle a été refusée par la ministre de la Culture (sous l’autorité d’Emmanuel Macron), qui lui a demandé de « tenir la barre dans la tempête ». Tout un symbole : dans le régime actuel, les responsables restent en poste même après un fiasco national. Finalement, elle est quand même partie en février 2026, une fois la pression devenue trop forte et la démission enfin acceptée.
À ce rythme, on finira peut-être par proposer au Qatar ou à l’Arabie saoudite de racheter le Louvre. Et on a envie de dire que c’est à peine une blague : ils sont déjà en train de tout racheter chez nous.

17 octobre 2026

Gastel Etzwane
17/10/2026

Ursula von der Leyen veut créer une réserve européenne de gaz : encore faudrait-il avoir du gaz à y mettre

Le 15 octobre 2026, à Bruxelles, Ursula von der Leyen a proposé aux dirigeants européens d’envisager la création d’une réserve stratégique commune de gaz. Selon Politico, cette initiative répond à une inquiétude grandissante : les stocks européens sont exceptionnellement bas, après un été marqué par la flambée des prix de l’énergie. À l’approche de l’hiver, le risque de pénurie devient une préoccupation majeure.
Le risque n’a désormais rien de théorique. Selon les données publiées le 16 octobre, les réserves européennes de gaz ne sont remplies qu’à 74 %, contre près de 89 % en moyenne à cette période de l’année. En Allemagne, première puissance industrielle du continent, elles atteignent à peine 61 %. Les gestionnaires européens des infrastructures gazières eux-mêmes reconnaissent que l’Europe aborde l’hiver avec des stocks historiquement bas. Si les importations de gaz naturel liquéfié restent insuffisantes et que les températures chutent durablement, les tensions pourraient devenir extrêmement graves.
Mais une question élémentaire semble avoir échappé à la présidente de la Commission : à quoi sert de créer une réserve lorsqu’on ne dispose pas des approvisionnements nécessaires pour la remplir ?
Mutualiser des stocks ne produit pas une seule molécule de gaz supplémentaire. On peut multiplier les mécanismes européens, les fonds communs et les annonces solennelles : lorsque les ressources manquent, leur mise en commun ne résout pas le problème. Zéro plus zéro fera toujours zéro.
Et c’est précisément dans cette situation que Bruxelles poursuit sa politique de sanctions contre la Russie, fournisseur historique d’une part considérable du gaz consommé en Europe. Après avoir délibérément réduit ses approvisionnements russes, l’Union européenne s’est tournée vers un gaz naturel liquéfié généralement plus coûteux, dont la disponibilité dépend davantage des tensions sur les marchés mondiaux.
Les conséquences pourraient être désastreuses. Si les difficultés d’approvisionnement persistent et que l’hiver se révèle particulièrement rigoureux, l’Europe pourrait connaître une crise énergétique d’une gravité exceptionnelle, avec des répercussions considérables pour les ménages, les entreprises et une industrie déjà fragilisée.
Des dirigeants véritablement soucieux des intérêts de leurs pays et du sort de leurs populations devraient au moins envisager l’évidence : ouvrir des négociations avec Moscou pour examiner les conditions d’une reprise des relations économiques et des livraisons énergétiques. Cela n’impliquerait nullement d’approuver la politique russe, mais simplement de reconnaître que les intérêts vitaux des Européens méritent aussi d’être défendus.
Encore faudrait-il accepter de faire passer la réalité économique avant les postures idéologiques.
Or les dirigeants européens paraissent tellement enfermés dans leurs certitudes qu’ils préfèrent inventer de nouveaux dispositifs administratifs plutôt que de remettre en question les décisions qui ont contribué à fragiliser leur approvisionnement énergétique.
À Bruxelles, on ne sait plus comment garantir le gaz de demain, mais on sait déjà comment organiser son stockage. Il ne manque plus qu’un détail : le gaz.

16 octobre 2026

Gastel Etzwane
15/10/2026

Russie : pour comprendre 2014 et 2022, il faut revenir à la catastrophe des années Eltsine

On ne peut pas comprendre la manière dont la Russie a vécu les événements ukrainiens de 2014, puis la crise qui a conduit à la guerre de 2022, sans remonter trente ans en arrière. Car la méfiance russe envers les États-Unis ne commence pas avec Vladimir Poutine. Elle s’enracine notamment dans une expérience traumatisante : les années Eltsine.
On se souvient des images de Bill Clinton et Boris Eltsine, de leurs rencontres chaleureuses, de leurs éclats de rire devant les caméras. C’était l’époque de l’amitié retrouvée entre Washington et Moscou, de la fin de la guerre froide et des promesses de prospérité grâce à l’économie de marché.
Derrière ces images rassurantes, la Russie traversait pourtant une catastrophe.
En quelques années, la production économique s’effondre. Les salaires et les retraites ne sont plus versés, des millions de personnes sombrent dans la pauvreté, des enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes. L’espérance de vie masculine chute de près de six ans entre 1991 et 1994. Un désastre humain d’une ampleur exceptionnelle en temps de paix.
Mais pendant que la population s’appauvrit, d’autres font fortune. Des entreprises publiques, des installations industrielles, des ressources pétrolières et minières passent à des prix dérisoires entre les mains d’une poignée d’oligarques. C’est l’époque des privatisations massives, souvent réalisées dans des conditions opaques, avec la complicité de responsables politiques.
Et les Occidentaux ne sont pas de simples spectateurs.
C’est précisément ce qu’a documenté l’anthropologue américaine Janine Wedel, dans son livre Collision and Collusion (1998) et son enquête The Harvard Boys Do Russia. Elle décrit les relations étroites entre les conseillers américains, notamment ceux de Harvard, financés par l’agence publique USAID, et l’entourage d’Anatoli Tchoubaïs, principal artisan des privatisations russes.
Certains de ces conseillers participaient directement à la préparation des réformes, tandis que des réseaux privilégiés, russes et occidentaux, bénéficiaient d’un accès exceptionnel aux décisions économiques. Les conflits d’intérêts révélés par la suite ont montré les graves dérives de cette assistance.
Tout cela se déroulait dans un contexte de soutien politique américain à Boris Eltsine, considéré par l’administration Clinton comme un partenaire essentiel.
Pour Washington, Eltsine était le partenaire idéal : un président affaibli, notoirement porté sur l’alcool, sous lequel s’organisait un véritable pillage des richesses russes. Tandis que la population sombrait dans la misère, les fleurons de l’économie nationale étaient bradés au profit d’une poignée d’oligarques et de réseaux financiers liés à l’Occident. Derrière les embrassades et les éclats de rire avec Bill Clinton, c’était aussi cette formidable opération de dépossession qui se déroulait.
En mai 1996, à quelques semaines de l’élection présidentielle russe, Eltsine demande personnellement à Clinton une aide financière urgente de 2,5 milliards de dollars, notamment pour payer les salaires et les retraites. Les archives américaines ont conservé cette conversation. Quelques semaines auparavant, le FMI avait approuvé un programme de prêts de plus de 10 milliards de dollars à la Russie.
Ainsi, tandis que les dirigeants occidentaux célébraient les progrès de la démocratie russe, ils soutenaient des réformes dont les conséquences sociales étaient désastreuses et dont profitaient de puissants intérêts privés, russes comme étrangers.
Il ne s’agit pas de prétendre que Washington aurait, à lui seul, organisé le pillage de la Russie. Les dirigeants russes et les oligarques y ont joué un rôle majeur. Mais l’enquête de Wedel montre que cette dépossession s’est produite avec la participation active de conseillers et d’institutions occidentales.
Lorsque Poutine arrive au pouvoir, la Russie sort de cette décennie de désastre. Le redressement économique et social des années 2000 est spectaculaire, favorisé par la hausse des prix des hydrocarbures, le retour de la croissance et le renforcement de l’État. Pour une partie importante de la population, cette période signifie surtout la fin du chaos.
C’est avec cette histoire en mémoire qu’il faut examiner les événements ukrainiens de 2014.
Le 13 décembre 2013, en pleine crise de Maïdan, Victoria Nuland, secrétaire d’État adjointe américaine, révèle publiquement que les États-Unis ont consacré plus de 5 milliards de dollars à l’Ukraine depuis son indépendance en 1991, notamment pour soutenir ses institutions et sa société civile. Il ne s’agit pas de cinq milliards destinés aux manifestations, mais d’un engagement américain considérable sur plus de vingt ans.
Deux jours plus tard, le 15 décembre, le sénateur républicain John McCain se tient sur la place Maïdan, à Kiev, devant une foule immense, aux côtés du sénateur démocrate Chris Murphy. Il apporte publiquement son soutien aux manifestants et à leur aspiration à rejoindre l’Europe.
Quelques semaines plus tard, une conversation téléphonique divulguée entre Victoria Nuland et l’ambassadeur américain Geoffrey Pyatt, révèle qu’ils discutent très concrètement des personnalités susceptibles de participer au futur gouvernement ukrainien.
Ces faits montrent que les États-Unis étaient loin d’être de simples observateurs.
Et leur engagement ne s’arrête pas en 2014.
En décembre 2016, John McCain revient en Ukraine avec les sénateurs Lindsey Graham et Amy Klobuchar. Lors d’une rencontre filmée avec des militaires ukrainiens, Graham leur déclare que leur combat est aussi celui des États-Unis et annonce que 2017 sera l’année de l’offensive. McCain promet de faire tout son possible pour leur fournir les moyens de vaincre.
Il faut mesurer ce que représentent de telles images : des sénateurs américains de premier plan, présents dans un pays déjà engagé dans un conflit armé avec des séparatistes soutenus par Moscou, promettant publiquement leur appui militaire et politique contre la Russie.
Pour les dirigeants russes, qui avaient vu leur propre pays traverser les années 1990 sous l’influence de programmes économiques occidentaux, ces interventions successives ne pouvaient qu’alimenter la perception d’un encerclement stratégique.
L’élargissement de l’OTAN, le rapprochement militaire entre Kiev et les pays occidentaux et les perspectives d’intégration de l’Ukraine aux structures euro-atlantiques renforçaient cette inquiétude. (...)
Comprendre une guerre suppose aussi d’examiner les expériences historiques, les interventions extérieures et les perceptions de menace qui ont précédé son déclenchement.


13 octobre 2026

Gastel Etzwane
13/10/2026

La France en faillite peut-elle encore financer le militantisme sous couvert de recherche ?


Un historien, directeur de recherche au CNRS, affirme que « la reconnaissance d’un prétendu racisme anti-Blancs est un véritable appel à la guerre civile ». Il s’agit d’Hervé Joly, spécialiste de l’histoire des élites et des entreprises.
Cette déclaration illustre une dérive préoccupante d’une partie des sciences humaines et sociales : substituer à l’étude des faits une grille idéologique qui détermine par avance les conclusions.
Le raisonnement est simple : puisque le racisme serait nécessairement l’expression d’un rapport de domination entre groupes, il ne pourrait, par définition, s’exercer contre les Blancs. Peu importent alors les agressions, les insultes, les témoignages ou les motivations raciales effectivement constatées. Le phénomène est écarté avant même d’avoir été examiné.
Plus grave encore, sa simple reconnaissance devient, dans cette logique, une menace pour la paix civile. Ce ne sont donc plus les actes racistes qui seraient dangereux, mais le fait de les nommer.
Une telle démarche relève davantage du militantisme que de la recherche scientifique. La recherche confronte les hypothèses aux faits ; l’idéologie sélectionne les faits compatibles avec ses postulats.
Cette confusion serait déjà contestable en elle-même. Elle devient particulièrement difficile à justifier dans la situation financière et économique de la France.
Notre dette publique approche 120 % du PIB. La croissance demeure anémique, les intérêts de la dette absorbent une part croissante des ressources nationales et les services publics essentiels manquent de moyens. Chaque euro dépensé doit désormais répondre à une exigence de justification.
Or, pendant que notre pays manque d’ingénieurs, de mathématiciens et de spécialistes de l’intelligence artificielle, une partie de la recherche publique continue de financer des travaux dont l’utilité scientifique et sociale mérite d’être sérieusement interrogée.
Il ne s’agit pas de condamner l’ensemble du CNRS, ni même les sciences humaines et sociales. Il s’agit de poser une question de principe : l’argent public doit-il financer des recherches rigoureuses ou entretenir des discours militants bénéficiant du prestige de l’institution scientifique ?
Cette interrogation prend une dimension supplémentaire à mesure que la France décroche dans la compétition scientifique mondiale.
Le CNRS n’occupe plus que la treizième place du Nature Index 2025. La Chine domine désormais une grande partie de la production scientifique de premier plan, tandis que les États-Unis conservent des positions majeures. La France, malgré l’excellence de nombreux chercheurs, perd du terrain. Ses laboratoires subissent des contraintes budgétaires croissantes et peinent à renouveler leurs effectifs.
Ce déclassement n’est évidemment pas imputable à quelques chercheurs militants. Il révèle cependant l’urgence de définir des priorités, d’évaluer les résultats et de concentrer les moyens sur une recherche exigeante, indépendante et capable de contribuer au redressement du pays.
Et c’est bien là que le bât blesse. La France manque d’argent, manque de chercheurs dans des disciplines stratégiques et perd du terrain face à ses concurrents. Mais elle trouve encore les moyens de financer des discours qui semblent davantage destinés à défendre des convictions qu’à produire des connaissances.
Personne ne conteste à un chercheur le droit d’avoir des opinions, même les plus radicales. Mais pourquoi faudrait-il que le contribuable finance leur promotion sous couvert de recherche scientifique ?
À force de tout financer sans distinguer suffisamment la recherche du militantisme, on finit par manquer de moyens pour ce qui compte réellement. Et dans l’état où se trouve la France, ce n’est plus seulement une question de choix budgétaires. C’est une question de bon sens.

12 octobre 2026

Gastel Etzwane
12/10/2026


Après vérification, tout ce qui est écrit sur l’image est vrai. Glucksmann a bien été conseiller de Saakachvili (officiellement surtout de 2009 à 2012), et ce dernier a mené des réformes radicales : réduction massive des effectifs de la fonction publique (autour de 40 000 à 60 000 selon les sources), fiscalité ultra-basse sur les dividendes et le capital, et un salaire minimum purement symbolique.
Et ce n’est pas tout. Celle qui était sa femme à l’époque, Eka Zguladze, a piloté exactement le même type de politiques. Vice-ministre puis ministre de l’Intérieur en Géorgie sous Saakachvili, elle a mené la réforme policière (réduction drastique des effectifs, restructuration). En 2014, Porochenko lui accorde la nationalité ukrainienne en quelques jours pour la nommer première vice-ministre de l’Intérieur en Ukraine, où elle applique le même modèle. Le tout dans un contexte largement soutenu et financé par les États-Unis (elle-même avait étudié aux US et travaillé pour une agence américaine en Géorgie).
Réduction des effectifs, dérégulation, politique libérale à tout crin… ça résume assez bien le personnage. Et encore, on ne parle pas de son père. Une prochaine fois.

7 octobre 2026

Gastel Etzwane
7/10/2026

Vue des États-Unis, la France est entrée dans une spirale infernale


La France n’est plus seulement, à l’étranger, le pays des Lumières, du luxe ou de la dissuasion nucléaire. Vue des États-Unis, elle est devenue le pays qui inquiète : une grande économie occidentale engagée dans une spirale d’endettement dont personne ne voit clairement comment elle pourrait sortir.
Le 5 octobre 2026, le Wall Street Journal a consacré un long format à « l’appétit de la France pour l’argent magique », devenu une « bombe d’endettement ». Le constat est qu’après des années de dépenses excessives, le pays a quitté le rang des économies européennes jugées solides pour devenir l’un des maillons faibles du continent, avec des investisseurs qui s’attendent désormais au pire. Le lendemain, l’article figurait en une du site du journal, tandis que le Financial Times décrivait la même trajectoire. La dette française n’est plus un problème intérieur. Elle devient un sujet d’inquiétude international.
Et ce qui inquiète n’est pas une appréciation idéologique : ce sont les marchés. La France emprunte désormais plus cher que la Grèce et l’Italie, les anciens malades de la crise des dettes souveraines. Son déficit ne serait dépassé, parmi les grandes économies comparables, que par celui des États-Unis. Le taux français à dix ans s’est approché de 5 %, un niveau inédit depuis 2002. Selon l’Insee, la dette atteignait 3 595,5 milliards d’euros à la fin du deuxième trimestre 2026, soit 119 % du PIB. Plus de 1 000 milliards supplémentaires en neuf ans.
Et le plus difficile est encore devant. Plus de 1 000 milliards de dollars de dette doivent arriver à échéance d’ici 2030. Dès l’an prochain, Paris devra émettre environ 380 milliards de dollars, un record, alors que la Banque de France réduit son portefeuille et que certains acheteurs étrangers traditionnels, notamment japonais, se sont retirés. Une étude commandée par Bercy prévoit une hausse de 59 % de la charge de la dette d’ici 2030. Celle-ci pourrait alors dépasser les dépenses militaires. Le gouverneur de la Banque de France parle d’un « étau progressif ».
Mais la fragilité française n’est pas seulement financière. Elle est aussi politique. Le pays n’a plus équilibré un budget depuis 1974. Le déficit est resté supérieur à 5 % du PIB trois années consécutives et pourrait atteindre 6,8 % en 2030 si rien ne change. Chaque tentative sérieuse de réduction des dépenses se heurte à une Assemblée éclatée en trois blocs, incapable de dégager une majorité durable. Et à l’approche de la présidentielle, les principales forces politiques promettent davantage de dépenses plutôt qu’un assainissement : Marine Le Pen envisage un retour de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 60 ans ; Jean-Luc Mélenchon propose d’effacer les 488 milliards d’euros de dette française détenus par la Banque de France.
C’est là que la spirale devient infernale : une dette immense impose de réduire les déficits ; la situation politique rend cette réduction presque impossible ; l’impuissance politique inquiète les prêteurs ; cette inquiétude renchérit le coût de la dette ; et ce coût réduit encore les marges de manœuvre d’un État qui dépense déjà beaucoup plus qu’il ne prélève.
L’expression d’« argent magique » n’est d’ailleurs pas américaine. Elle vient de Sylvain Maillard, député du camp présidentiel, évoquant ce réflexe français consistant à toujours demander à l’État « un peu d’argent magique, pour payer, payer, payer ». Le Wall Street Journal raconte ainsi comment Emmanuel Macron, arrivé au pouvoir avec l’image d’un banquier décidé à remettre les comptes en ordre, a fini par financer crise après crise : Gilets jaunes, Covid, bouclier énergétique, « quoi qu’il en coûte ». Des mesures exceptionnelles sont devenues des dépenses durables. Fin 2023, le Trésor alertait déjà Bruno Le Maire sur l’effondrement des recettes. Puis est venue la dissolution. Selon un conseiller de Gabriel Attal cité par le journal, 2024 constituait peut-être l’une des dernières fenêtres permettant encore de réduire proprement le déficit. Elle s’est refermée.
C’est cela que voient désormais New York et Londres : non plus une grande puissance traversant une mauvaise passe budgétaire, mais un pays pris dans un mécanisme qui s’auto-entretient. Une dette proche de 120 % du PIB, des taux supérieurs à ceux de la Grèce et de l’Italie, des centaines de milliards à refinancer chaque année, une charge d’intérêts qui explose, une majorité introuvable et une présidentielle qui promet déjà une nouvelle surenchère de dépenses.
La France est en train de changer de réputation. Hier encore, elle intriguait par son modèle. Aujourd’hui, elle inquiète par sa fragilité. Et lorsque la première presse financière mondiale commence à présenter en une la deuxième économie de la zone euro comme un risque, le problème n’est plus seulement français. Il devient européen et, vu des grandes économies occidentales, franchement préoccupant.

6 octobre 2026

Gastel Etzwane
6/10/2026

Ukraine : la France paie deux fois, et elle n’a plus les moyens de payer

La France aborde cette nouvelle crise énergétique dans une situation financière désastreuse. Elle emprunte à des taux qu’elle n’avait plus connus depuis près d’un quart de siècle, doit lever des centaines de milliards d’euros sur les marchés, reste incapable de ramener son déficit à 3 % du PIB et voit maintenant le gazole atteindre des niveaux qui menacent directement les ménages et des pans entiers de son économie. C’est dans ce contexte qu’apparaît le paradoxe du soutien français à l’Ukraine : le contribuable finance une politique sur laquelle il n’a jamais été directement consulté et dont il paie maintenant certaines conséquences économiques.
Le 6 octobre, le taux français à dix ans tourne autour de 4,7 %, après avoir frôlé 5 %. Il faut remonter à 2002 pour retrouver de tels niveaux. L’écart avec l’Allemagne a culminé autour de 150 points de base, du jamais-vu depuis la crise des dettes souveraines de 2011, avant de revenir vers 130. L’Agence France Trésor devra lever environ 340 milliards d’euros l’an prochain. À mesure que la dette est refinancée, quelques dixièmes de point supplémentaires deviennent des milliards d’intérêts et autant d’argent qui ne financera ni l’hôpital, ni l’école, ni la sécurité, ni la baisse des impôts.
C’est dans ce pays surendetté que l’effort en faveur de l’Ukraine se poursuit. Selon l’institut de Kiel, la France a alloué environ 7,9 milliards d’euros d’aide bilatérale à l’Ukraine entre février 2022 et juin 2026, principalement militaire. Si l’on ajoute sa part de l’aide européenne, le montant attribuable à la France approche 26 milliards d’euros sur la période, soit de l’ordre de 6 milliards par an.
Ces sommes n’expliquent évidemment pas le déficit français, beaucoup plus ancien et beaucoup plus profond. Mais elles ne sont pas gratuites. Lorsqu’un État dépense davantage qu’il ne perçoit et doit emprunter environ 340 milliards d’euros dans l’année, toute dépense supplémentaire a un coût. Les gouvernements français ont choisi de soutenir massivement l’Ukraine. Les Français, eux, n’ont jamais été directement consultés sur le montant qu’ils étaient prêts à y consacrer, sur la durée de cet engagement ni sur le niveau de sacrifice économique qu’ils étaient disposés à accepter.
Le problème est qu’ils commencent maintenant à payer une seconde fois.
Le gazole se vend autour de 2,37 euros le litre en moyenne et près de 16 % des stations signalent une rupture. La France est particulièrement exposée puisqu’elle importe environ la moitié du gazole qu’elle consomme. Au premier semestre, le diesel américain représentait déjà 13 % de la consommation française, plus du double de sa part dans les importations un an auparavant. Mais les raffineries du golfe du Mexique fonctionnent à 97 ou 98 % de leurs capacités. Le fournisseur vers lequel l’Europe peut se tourner en cas de pénurie n’a presque plus de marge.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, les exportations nettes de gazole de la Russie et du Golfe étaient, en août, inférieures de 1,6 million de barils par jour à celles de février. Les perturbations dans le détroit d’Ormuz réduisent les flux venus du Moyen-Orient. En Russie, les frappes ukrainiennes ont endommagé ou ralenti plusieurs raffineries importantes, tandis que Moscou a prolongé son embargo sur les exportations pour préserver son marché intérieur.
C’est ici que le paradoxe devient difficile à ignorer. Une partie de l’argent public français contribue à l’effort de guerre ukrainien. L’une des stratégies de Kiev consiste précisément à frapper les capacités de raffinage russes. Militairement, la logique est claire : réduire les ressources de Moscou et perturber sa logistique. Mais lorsqu’une raffinerie russe cesse de produire, ce sont aussi des volumes de gazole qui disparaissent d’un marché mondial déjà tendu. L’Europe doit chercher le produit ailleurs, les marges de raffinage s’envolent et le prix finit sur le panneau de la station-service française.
Le Français paie donc une première fois comme contribuable. Il paie une seconde fois comme consommateur.
Et cette seconde facture dépasse largement le réservoir de sa voiture. Le gazole fait rouler le camion qui approvisionne le supermarché, le tracteur qui travaille le champ, la camionnette de l’artisan, les engins du BTP et les bateaux de pêche. Le kérosène appartient à la même famille de distillats moyens. Lorsque leurs prix s’envolent, la hausse se diffuse dans presque tout ce que le pays produit, transporte et consomme.
Le consommateur retrouve alors le choc dans le prix de ses courses, de ses travaux ou de ses livraisons. Pour les entreprises, les conséquences peuvent être autrement plus graves. Une PME de transport possédant quelques camions achète son gazole immédiatement et sera parfois payée plusieurs semaines plus tard. Elle doit renouveler ses véhicules au moment où le crédit se renchérit. Quelques centimes supplémentaires par litre deviennent rapidement des milliers d’euros et peuvent absorber une marge déjà faible.
La même mécanique frappe la pêche côtière, où le gasoil constitue l’un des principaux postes de dépense. Elle frappe l’agriculture, qui cumule le carburant des machines et le transport des engrais, des aliments et des récoltes. Elle frappe le maraîchage, le BTP, les artisans et certaines industries françaises dont l’un des derniers avantages est d’être proches de leurs clients. Si le transport intérieur devient trop cher, cet avantage s’amenuise face aux produits acheminés par conteneurs depuis l’Asie.
Voilà pourquoi la situation française est si préoccupante. Le pays cumule une dette massive, un déficit persistant, un coût de l’emprunt revenu à des niveaux inconnus depuis 2002, une dépendance aux importations pour environ la moitié de son gazole et un marché mondial des produits raffinés de plus en plus tendu. L’État aurait besoin de protéger son économie au moment même où il a de moins en moins les moyens de le faire.
Baisser les taxes sur le carburant soulagerait les ménages et les entreprises, mais réduirait les recettes publiques. Subventionner les transporteurs, les agriculteurs ou les pêcheurs augmenterait encore les dépenses. Ne rien faire laisserait la hausse se diffuser dans toute l’économie. Il n’existe plus de solution indolore parce que la France a épuisé une grande partie de ses marges de manœuvre avant même l’arrivée du choc.
Le nucléaire ne change pas cette réalité. Il constitue un avantage considérable pour notre électricité, mais une centrale nucléaire ne remplit pas le réservoir d’un camion, d’un tracteur, d’une moissonneuse ou d’un chalutier. Elle ne fournit pas davantage le kérosène d’un avion. Le nucléaire protège largement la prise électrique française. Il ne protège ni le fret, ni l’agriculture, ni la pêche, ni le BTP d’une pénurie de produits raffinés.
Et les dégâts risquent d’être silencieux. Un transporteur ne remplacera pas son camion. Un pêcheur vendra son bateau. Un agriculteur repoussera un investissement. Une entreprise annulera une embauche. Un dépôt fermera. Une usine renoncera à une ligne de production. Aucun de ces événements ne fera nécessairement la une. Additionnés pendant deux ou trois ans, ils peuvent pourtant appauvrir durablement des territoires entiers.
C’est pourquoi les deux factures doivent être regardées ensemble. La France finance depuis plus de quatre ans un soutien considérable à l’Ukraine alors que ses propres finances publiques se dégradent. Dans le même temps, elle subit les conséquences économiques d’une guerre qui contribue, avec les tensions dans le Golfe, à raréfier les produits raffinés dont son économie dépend.
On peut défendre le soutien à l’Ukraine et considérer son coût justifié par des impératifs stratégiques. Mais une démocratie devrait au moins présenter à sa population la facture complète.
Car le Français paie d’abord par l’impôt et par la dette l’aide accordée à l’Ukraine. Il paie ensuite à la pompe une partie des conséquences économiques de la guerre. Puis il les paie encore dans son caddie, ses travaux, ses livraisons et, demain peut-être, dans les emplois et les entreprises qui auront disparu.
La France paie deux fois. Et elle paie au moment précis où elle n’a plus les moyens de payer.


1 octobre 2026

Gastel Etzwane
30/9/2026

L’Europe des frugaux : moins pour l’agriculture, et la France en position de faiblesse

L’Union européenne parle beaucoup de solidarité. Le prochain budget 2028-2034 rappelle pourtant une réalité beaucoup plus prosaïque : lorsque les intérêts nationaux divergent, chacun défend d’abord les siens, et le rapport de force décide du reste.
Friedrich Merz et cinq autres chefs de gouvernement, Pays-Bas, Suède, Danemark, Autriche et Finlande, menacent de bloquer le prochain cadre financier s’il n’est pas amputé de plusieurs centaines de milliards. Leur orientation est claire : moins pour la PAC et la cohésion, davantage pour la défense et l’industrie. Ces six pays représentent environ 40 % des recettes de l’Union. Ils disposent donc d’un poids considérable dans la négociation.
La Commission avait déjà ouvert la voie. La PAC actuelle représente 387 milliards d’euros sur sept ans. L’enveloppe proposée comme garantie aux agriculteurs tomberait à 300 milliards, soit environ 20 % de moins en euros courants et davantage encore en valeur réelle. Surtout, pour la première fois depuis 1962, la politique agricole ne disposerait plus du même fonds autonome : agriculture, cohésion et autres politiques seraient davantage mises en concurrence au sein d’enveloppes nationales.
Les pays du Nord veulent aller plus loin. Leur logique est parfaitement compréhensible du point de vue de leurs intérêts : principaux contributeurs nets, ils ont intérêt à contenir le budget européen. Les pays de l’Est veulent préserver les fonds de cohésion. D’autres États veulent protéger la PAC. Derrière les grands discours sur la solidarité européenne réapparaît donc ce que l’Union n’a jamais fait disparaître : des États qui défendent leurs intérêts et tentent d’imposer leurs priorités lorsqu’ils en ont les moyens.
Et la France se trouve aujourd’hui particulièrement mal placée dans ce rapport de force. Elle reste un contributeur majeur au budget européen tout en étant historiquement l’un des principaux bénéficiaires de la PAC. L’enveloppe agricole française garantie passerait de 66,2 à 50,9 milliards d’euros. Même en utilisant les mécanismes complémentaires envisagés, elle remonterait à peine autour de 57 milliards. Le compte n’y est toujours pas.
Le problème devient plus grave encore si Bruxelles transfère davantage de charges vers les budgets nationaux. La France devrait alors compenser elle-même une partie de ce que le budget européen ne financerait plus. Mais avec près de 3 600 milliards d’euros de dette, des intérêts qui pourraient atteindre 91 milliards en 2027, une croissance faible et des déficits persistants, Paris ne dispose plus des marges budgétaires permettant de reprendre facilement la différence.
C’est là que la crise française devient aussi une faiblesse européenne. Un État fortement endetté, politiquement paralysé et contraint budgétairement négocie nécessairement dans des conditions moins favorables face à des partenaires qui disposent de davantage de marges. Berlin n’a même pas besoin de hausser le ton : il lui suffit de défendre ses intérêts avec constance face à une France qui a beaucoup moins de cartes en main.
L’agriculture française risque d’en payer directement le prix. Pour nombre d’exploitations, les aides de la PAC ne constituent pas un supplément confortable mais une composante essentielle du revenu. Les réduire alors que l’État français n’a plus les moyens de compenser facilement, c’est accroître encore la pression sur un secteur déjà confronté aux charges, aux normes, à la concurrence internationale et au difficile renouvellement des générations.
Au fond, cette négociation budgétaire rappelle ce qu’est réellement l’Union lorsque les intérêts nationaux s’opposent. L’Allemagne et les pays du Nord veulent limiter leur contribution et réorienter les dépenses. Les pays de l’Est défendent la cohésion. Les grands pays agricoles défendent la PAC. Chacun joue sa partie.
La « solidarité européenne » trouve alors rapidement ses limites. L’Union redevient ce qu’elle est aussi : un rapport de force entre États. Les plus solides imposent davantage leurs conditions ; les plus faibles les subissent davantage. Et aujourd’hui, fait impensable il y a encore quelques années, la France compte parmi les États dont la faiblesse économique, budgétaire et politique réduit considérablement la capacité de peser.
Pour l’agriculture française, c’est peut-être cela le plus inquiétant : le prochain budget européen se négocie au moment précis où la France aurait besoin d’être forte pour défendre ses intérêts, et où elle ne l’est plus.


30 septembre 2026

Gastel Etzwane
29/9/2026


À Metz, le pape parlait de paix. Macron avait besoin de parler de guerre.
À Metz, lundi, il s’est produit quelque chose d’assez rare : deux hommes ont parlé successivement du même sujet, au même endroit, en invoquant le même Robert Schuman, pour aboutir presque exactement à la conclusion inverse.
Le premier était Léon XIV. Il était venu parler de paix et il a parlé de paix. Non pas de la paix comme formule rituelle placée entre deux annonces de réarmement, mais de ce qu’elle exige concrètement : le « dialogue patient », le « courage de la négociation », la capacité de « sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix ». Puis il a prononcé les mots que les dirigeants européens ont de moins en moins envie d’entendre : il faut se garder de « l’illusion du réarmement ». Et il a posé la question essentielle : l’Europe fait-elle encore des « efforts créateurs » pour arrêter les guerres, ou se contente-t-elle d’« endiguer l’hémorragie » tout en se préparant déjà aux suivantes ?
Quelques instants auparavant, Emmanuel Macron avait précisément expliqué qu’il fallait continuer à s’armer. Même Schuman, mêmes références à l’Europe, même invocation de la paix, mais pour aboutir au raisonnement inverse. La guerre est revenue, les empires sont de retour, la paix « ne se décrète pas » : il faut donc poursuivre notre engagement « indéfectible » aux côtés de l’Ukraine et construire « une Europe de la défense et de la paix ».
La formule résume à elle seule l’impasse dans laquelle Macron s’est enfermé. Il parle de paix pour justifier les armes, de Schuman pour justifier le réarmement, de la construction européenne née pour rendre la guerre « non seulement impensable, mais matériellement impossible » pour expliquer aujourd’hui qu’il faut se préparer à nouveau à la faire. On comprend que le mot « paix » n’est même pas un objectif, mais un mot que l’on ajoute derrière « défense » pour rendre le reste présentable.
C’est précisément ce que le discours de Léon XIV rendait intenable. Le pape n’a pas eu besoin de prononcer le nom de Macron pour le contredire. Il a repris la même histoire européenne et en a tiré la conclusion inverse. Macron invoquait Schuman pour justifier le réarmement ; Léon XIV invoquait Schuman pour mettre en garde contre « l’illusion du réarmement ». Macron expliquait que la paix exigeait de poursuivre la politique actuelle ; le pape rappelait qu’elle exigeait de négocier et même, le cas échéant, d’abandonner certaines positions.
Et chacun, finalement, était fidèle à ce qu’il est devenu. Léon XIV est dans son rôle lorsqu’il demande comment arrêter la guerre. Emmanuel Macron semble désormais incapable de parler d’autre chose que de la guerre. La France traverse pourtant une crise politique, budgétaire et sociale profonde. Mais son président paraît avoir déplacé ailleurs le centre de gravité de sa présidence. La politique intérieure semble ne plus l’intéresser qu’à la marge. L’Europe, la défense, la Russie, l’Ukraine, les menaces, les empires, le réarmement lui offrent une autre scène, plus vaste, sur laquelle il peut encore tenter d’incarner quelque chose alors que son pouvoir intérieur s’est considérablement rétréci.
On peut y voir la recherche d’une stature internationale pour une fin de règne devenue difficile en France. On peut surtout constater que la guerre occupe désormais dans sa parole une place presque dévorante. Elle lui fournit une mission, une gravité, un horizon et cette posture de chef européen que la politique française ne lui permet plus guère d’endosser. Dès lors, la fin de la guerre poserait aussi une question beaucoup plus personnelle : que resterait-il de cette présidence une fois disparue la grande scène internationale sur laquelle elle cherche désormais sa raison d’être ?
Et le plus étrange est que Macron est venu exposer cette contradiction dans une visite qui, à l’origine, n’était précisément pas la sienne. Metz avait été choisi personnellement par Léon XIV. D’autres villes lui avaient été proposées, notamment Lisieux, Lyon et Ars-sur-Formans ; il a voulu Metz pour parler de l’Europe et de la paix. Le programme officiel prévoyait la rencontre du matin puis, l’après-midi, la messe à la cathédrale. Macron devait assister au discours européen et quitter ensuite la ville. Il n’avait d’ailleurs pas assisté à la grande messe de la Concorde deux jours auparavant.
Et puis, dimanche soir, tout change. Vers 20 heures, l’Élysée prévient le maire de Metz. Il faut refaire le protocole pendant la nuit. Macron assistera finalement à la messe. Mieux : il devient la « puissance invitante » à la place du maire et raccompagnera lui-même le pape à l’aéroport, alors que cette tâche devait revenir au Premier ministre. La justification officielle est que les deux hommes souhaitent prolonger leur échange. Le Monde relève également que cette décision de dernière minute intervient alors que Léon XIV rencontre en France une popularité spectaculaire.
Il n’est pas nécessaire d’imaginer ce qui s’est dit dans les couloirs de l’Élysée. La scène publique suffit. Macron s’est ajouté au dernier moment à une partie de la visite à laquelle il ne devait pas participer, a fait bouleverser le protocole pour y occuper la première place et s’est retrouvé au premier rang devant un pape qui venait de démonter, avec une tranquillité remarquable, le cœur même de son discours. Il aurait peut-être mieux fait de respecter son programme initial.
Car le contraste est devenu intenable. Léon XIV n’avait rien à sauver, aucune coalition à maintenir, aucune posture internationale à prolonger. Il pouvait simplement dire que la guerre devait finir et rappeler que la paix commence lorsque quelqu’un accepte enfin de négocier. Macron, lui, apparaît prisonnier du récit inverse. À mesure que son pouvoir s’efface en France, la guerre lui offre encore un rôle. À mesure que la politique intérieure lui échappe, l’Europe et l’Ukraine lui fournissent une scène. Et à mesure que le réarmement devient le cœur de son discours européen, il continue pourtant de parler de « paix », comme si répéter le mot suffisait à effacer la contradiction.
C’est ce que Metz a rendu visible avec une brutalité que personne n’avait probablement prévue. D’un côté, un homme qui parle de paix parce que sa fonction lui commande d’essayer de mettre fin à la guerre. De l’autre, un président qui parle de guerre parce qu’elle est devenue l’un des derniers endroits où sa présidence peut encore essayer de se donner une grandeur.
L’un demande que l’on mette fin à la guerre. L’autre semble avoir politiquement besoin qu’elle dure.

25 septembre 2026

Gastel Etzwane
25/9/2026

Le pèlerinage à Notre-Dame de Kiev, et Beyrouth à l’abandon


Depuis un an, les prétendants à l’Élysée ont inventé un rituel. Ils vont à Kiev. Ils s’y rendent comme on allait jadis à Canossa, ou plutôt, pour reprendre la formule de François Asselineau dans une vidéo du 28 mai 2026, comme on ferait un « pèlerinage à Notre-Dame de Kiev ». On pose, on serre la main, on promet l’Alliance, des troupes, de l’argent, la protection du ciel. On rentre. On a « fait présidentiel ».

Le Liban, lui, n’a droit à rien.

Gabriel Attal est allé plusieurs fois en Ukraine. Édouard Philippe s’y trouvait le 26 mai. Bruno Retailleau, le 20 mai. Raphaël Glucksmann en est un habitué. Marine Le Pen n’a pas fait le voyage en personne ; son porte-parole, Laurent Jacobelli, député du Rassemblement national, était à Kiev les 21 et 22 septembre, première visite d’un élu RN de ce rang depuis l’invasion de 2022. Qu’il ne soit pas candidat n’y change rien. Le signe est le même. Le parti peut discuter de réduire l’aide financière ; le corps, lui, a déjà plié. On va là où le narratif otanien ordonne d’aller. On ne va pas à Beyrouth.

La halte d’Attal à Metoula, côté israélien de la frontière, n’est pas une visite au Liban. C’est une visite à Israël. On ne la compte pas.

Une visite de candidat à la présidentielle française n’est pas un détail de protocole. C’est un acte. Les Libanais le savent mieux que quiconque, parce qu’entre la France et le Liban il n’y a pas une conjoncture : il y a une histoire. Une histoire longue, dense, presque familiale. Le mandat français. La langue. L’Université Saint-Joseph. Les lycées. Le droit. La médecine. Les congrégations. La protection revendiquée des chrétiens d’Orient. Une diaspora qui vit dans les deux pays comme dans une seule maison. Le 4 août 2020, quand le port de Beyrouth a sauté, ce n’était pas « une capitale du Moyen-Orient » qui saignait : c’était un pays auquel la France s’est liée pendant un siècle, et davantage encore si l’on remonte aux capucins, aux jésuites, aux consulats, à cette vieille présence française au Levant qui n’a pas d’équivalent à l’est de l’Europe.

Avec l’Ukraine, nous n’avons strictement rien de comparable. Ni mandat. Ni langue commune. Ni université jumelle. Ni destin politique entrelacé. Ni peuple vivant à cheval sur les deux rives. Une princesse kiévienne devenue reine des Francs au XIe siècle n’est pas une amitié des nations. C’est une note de bas de page. On ne bâtit pas une politique étrangère sur une note de bas de page. On la bâtit sur des liens. Or les liens, les vrais, sont au Liban. Ils ne sont pas à Kiev.

C’est pourquoi le comparaison est si cruelle. Asselineau a nommé le rite. « Notre-Dame de Kiev » n’est pas une église. C’est un autel. On s’y recueille pour prouver qu’on appartient au camp, qu’on a appris la liturgie du moment, qu’on ne sera pas taxé de tiédeur. On abandonne l’ami pour servir le mot d’ordre. On délaisse le pays où le mot France signifie encore quelque chose, pour un théâtre où la France n’est qu’une puissance parmi d’autres, alignée, prévisible, soumise au calendrier de l’OTAN.

Aller s’agenouiller à Notre-Dame de Kiev tout en dédaignant Beyrouth n’est pas de la solidarité. C’est un abandon d’un côté, une soumission de l’autre. C’est dire aux Libanais, après l’explosion, après l’effondrement de la monnaie, après la vacance du pouvoir, après les guerres et les déplacés : votre malheur n’est plus rentable. Le malheur qui compte est celui que l’Alliance a mis à l’agenda.

On peut soutenir qui l’on veut. On ne peut pas se prétendre fidèle à la France du Levant et refuser le geste le plus simple : y aller. Un candidat qui a le temps pour Zelensky, un porte-parole qui a le temps pour les fabricants de drones de Kiev, et personne pour Joseph Aoun, pour les familles du port, pour le Sud, a déjà choisi. Il a choisi le camp contre l’ami. L’alignement contre la mémoire.

Les Libanais n’attendaient pas un miracle. Ils attendaient le signe que cent ans d’amitié n’ont pas été effacés par le conformisme politique. Le signe n’est pas venu. Les pèlerins étaient occupés ailleurs, à Notre-Dame de Kiev.

22 septembre 2026

Gastel Etzwane
22/9/2026

C’est exactement ainsi que se fabrique l’« ennemi intérieur ». On ne parle plus seulement d’espions ou de saboteurs, mais de citoyens dont le tort est de contester la politique du pouvoir et de refuser la guerre. Le désaccord devient suspect, puis la dissidence devient une menace qu’il faudrait faire taire.
Et tout cela au nom de la défense de la démocratie. C’est précisément là que la contradiction devient vertigineuse : prétendre défendre nos libertés contre l’autoritarisme russe tout en envisageant de les retirer à ceux qui refusent de suivre.

21 septembre 2026

Gastel Etzwane
24/9/2026

Sanctions sur sanctions. Puis l’étonnement feint.

Paquet après paquet, l’Union européenne a accumulé les sanctions économiques contre la Russie, avec le soutien enthousiaste de la France. On a asphyxié les échanges, poussé des entreprises françaises qui se portaient très bien sur ce marché à tout abandonner. Renault cède AvtoVAZ pour un rouble. La Société Générale quitte Rosbank au prix de milliards. Leur place est prise instantanément par des acteurs locaux.
Celles qui restaient – Auchan, l’ex-Leroy Merlin, FM Logistic – passent maintenant sous « administration temporaire ». Paris s’indigne, parle de saisie « sans justification » et demande à Moscou de reculer.
Après avoir nous-mêmes organisé l’étouffement, il ne faut pas s’étonner des conséquences. La Russie, encore une fois, a été d’une patience infinie. Et sa réponse n’est même pas violente : une mise sous tutelle. On prend vraiment les gens pour des imbéciles.

20 septembre 2026

Gastel Etzwane
20/9/2026

Le ruissellement à l’envers


On nous a longtemps expliqué que la prospérité finirait par ruisseler du sommet vers la base. Les Français l’attendent encore. En revanche, un autre ruissellement fonctionne à merveille : celui des coûts. Il commence aujourd’hui à la pompe et finira demain dans le caddie.

Le gazole vient de franchir en France un seuil que l’on aurait encore jugé extravagant il y a quelques mois : plus de 2,40 euros le litre en moyenne, nouveau record national. Mais cette moyenne dit encore mal ce que voient certains automobilistes. À Neuilly-sur-Seine, le litre a atteint 2,85 euros. Et à Ostwald, dans l’agglomération strasbourgeoise, une station Shell de la M35 affichait cette semaine le gazole ordinaire autour de 2,89 euros et le diesel premium à 2,999 euros le litre. Les trois euros, naguère chiffre presque inimaginable, sont donc désormais à un millième d’euro de la réalité.

À ce tarif, un plein de 50 litres dépasse 120 euros au prix moyen national et peut approcher 150 euros dans les stations les plus chères. Ce n’est plus une poussée passagère : c’est un changement d’échelle.

Et cette flambée tombe sur un pays qui, depuis des décennies, a méthodiquement réduit sa capacité de raffinage. La France comptait une vingtaine de raffineries dans les années 1970 ; il n’en reste plus que six en métropole. Surtout, notre outil de raffinage produit structurellement trop d’essence et pas assez de gazole. Nous avons donc organisé notre dépendance : une part considérable du diesel consommé en France doit être achetée à l’étranger.

Pendant longtemps, cela ne posait guère de problème. On achetait là où le produit était disponible. Puis est venue la guerre d’Ukraine et, avec elle, le choix européen de rompre progressivement avec les hydrocarbures russes. Les circuits se sont allongés, déplacés, compliqués. Le pétrole russe n’a d’ailleurs pas disparu du marché mondial : il a changé de route. L’Inde en a acheté massivement, l’a raffiné et a revendu des produits pétroliers vers l’Europe. L’Union européenne a fini par fermer à son tour cette voie : depuis le 21 janvier 2026, les produits raffinés dans un pays tiers à partir de brut russe sont interdits à l’importation dans l’Union.

Nous avons donc remplacé un approvisionnement relativement proche par un système plus long, plus complexe et plus vulnérable. Et lorsque plusieurs maillons cassent simultanément, la facture arrive.

C’est exactement ce qui se produit aujourd’hui. L’Ukraine a considérablement intensifié ses attaques contre les raffineries russes : selon l’Agence internationale de l’énergie, une raffinerie russe a été touchée en moyenne tous les trois jours pendant les huit premiers mois de 2026. En juin, le raffinage russe était tombé à son plus bas niveau depuis plus de vingt ans et la production de diesel avait reculé de près de 30 %. Moscou a réagi en limitant ses exportations pour préserver son marché intérieur. Or la disparition de ces volumes intervient au moment même où les exportations de diesel du Moyen-Orient s’effondrent. En août, les exportations combinées de la Russie et du Moyen-Orient étaient inférieures de 75 % à celles d’un an auparavant.

Autrement dit, les deux conflits que l’Europe regarde depuis des années comme des questions de stratégie internationale sont désormais présents dans chaque station-service française. La guerre d’Ukraine a raréfié une première source d’approvisionnement ; la guerre au Moyen-Orient en frappe une seconde. Et la France, qui ne dispose plus de l’appareil industriel lui permettant d’amortir suffisamment le choc, achète son gazole sur un marché mondial brutalement tendu.

2022, la bifurcation oubliée

C’est ici qu’il faut revenir au printemps 2022, parce que l’histoire énergétique actuelle ne commence pas en septembre 2026.

On présente souvent la poursuite de la guerre comme si elle avait été, dès les premières semaines, la seule issue imaginable. Ce n’est pas exact. Des négociations sérieuses ont eu lieu entre Russes et Ukrainiens au printemps 2022, notamment à Istanbul. Neutralité de l’Ukraine, renoncement à l’OTAN, garanties internationales de sécurité : les discussions étaient suffisamment avancées pour qu’un règlement soit alors sérieusement envisagé, même si nul ne peut savoir aujourd’hui si un accord définitif aurait finalement été signé.

C’est à ce moment que Boris Johnson se rend à Kiev et défend une ligne très différente : Poutine n’est pas un interlocuteur auquel on peut faire confiance et la guerre doit se poursuivre. Il serait impossible d’attribuer à Johnson seul l’échec de ces négociations. Mais il serait tout aussi faux de réécrire l’histoire comme si aucune alternative n’avait existé. Une voie diplomatique existait en 2022. Le choix occidental fut de ne pas construire sa politique autour d’elle et de poursuivre le soutien militaire à l’Ukraine. Quatre ans plus tard, les conséquences de cette décision ne se mesurent plus seulement en kilomètres de front, en armes livrées ou en milliards dépensés. Elles entrent désormais dans l’économie quotidienne des Européens.

Et maintenant, la facture

Car le gazole n’est pas un produit comme les autres. Il fait circuler les marchandises. Il fait rouler les camions, travailler les engins, fonctionner une partie de l’agriculture et transporter des millions de tonnes de produits alimentaires. Lorsqu’il augmente de quelques centimes, les entreprises peuvent encore absorber une partie du choc. Lorsqu’il dépasse 2,40 euros, le coût remonte nécessairement toute la chaîne.

Le transporteur répercute sur son client. L’industriel répercute sur le distributeur. Le distributeur négocie quelque temps, puis répercute à son tour. Et le consommateur finit par payer. Mais cette transmission n’est pas instantanée. Elle prend quelques semaines, parfois plusieurs mois, au rythme des contrats de transport, des commandes, des stocks et des renégociations commerciales. Ce que les Français voient aujourd’hui à la pompe n’est donc que le commencement.

Le gazole à plus de 2,40 euros est le premier étage visible du choc. Les suivants apparaîtront progressivement dans les prix des marchandises transportées, des produits agricoles, de l’alimentation et, plus largement, de tous les biens dont la fabrication ou l’acheminement dépend de l’énergie. Les produits lourds, frais ou fréquemment livrés seront particulièrement exposés : eau, lait, fruits, légumes, produits alimentaires courants. Dans quelques semaines, puis dans les mois qui viennent, une partie de la hausse aujourd’hui concentrée sur la pompe se retrouvera sur les étiquettes.

C’est précisément ce qui rend la situation actuelle trompeuse. On pourrait regarder les 2,40 euros du litre comme un problème concernant essentiellement les automobilistes. La véritable facture n’est pourtant pas encore arrivée. Lorsqu’elle aura parcouru toute la chaîne économique, elle concernera aussi celui qui roule peu, celui qui n’a pas de voiture et celui qui pense aujourd’hui pouvoir échapper à la hausse du carburant. Tous paieront, d’une manière ou d’une autre, le renchérissement du transport et de l’énergie.

C’est ici que la comparaison européenne devient particulièrement éclairante. L’Allemagne et l’Espagne ont choisi d’intervenir directement sur le prix payé par l’ensemble des automobilistes, plutôt que de réserver l’essentiel de l’effort à certaines catégories. En Allemagne, le gouvernement a décidé une baisse temporaire de la fiscalité représentant 17 centimes par litre, essence comme gazole, du 1er octobre à la fin de l’année, au bénéfice des particuliers comme des entreprises. En Espagne, le gouvernement a également choisi une réduction générale de la fiscalité sur l’essence et le gazole, avec un dispositif modulé en fonction de l’évolution des prix, tandis que les professionnels bénéficient d’aides complémentaires.

La France a fait un autre choix. Pas de ristourne générale à la pompe, mais une multiplication d’aides ciblées. Les travailleurs modestes considérés comme « grands rouleurs » peuvent recevoir 100 euros sous conditions de revenus et de kilométrage ; près de trois millions de personnes sont potentiellement concernées. Les aides destinées à plusieurs secteurs professionnels particulièrement exposés ont également été prolongées.

La différence est très concrète. En Allemagne et en Espagne, l’automobiliste voit la décision publique sur le prix du litre qu’il achète. En France, celui qui n’entre dans aucune des catégories aidées continue simplement de regarder défiler les chiffres sur la pompe : plus de 2,40 euros le litre en moyenne, et jusqu’aux portes des 3 euros dans certaines stations.

C’est une manière de traiter certaines conséquences sans toucher, pour l’ensemble de la population, au prix qui les produit. Et cette différence de choix politique devient d’autant plus sensible que le carburant irrigue toute l’économie.

Voilà finalement le seul ruissellement dont on puisse constater quotidiennement l’efficacité. Ce n’est pas celui de la richesse promise, descendant des plus prospères vers ceux qui le sont moins. C’est celui de la facture. Elle part des choix énergétiques, industriels, diplomatiques et militaires effectués depuis plusieurs années, traverse les marchés pétroliers, les raffineries, les transporteurs et les distributeurs, avant d’achever sa course là où toutes les factures finissent par arriver : dans le portefeuille des Français.

14 septembre 2026

Gastel Etzwane
14/9/2026

Ukraine : si même LCI en parle, c’est que quelque chose a changé


Il aura fallu plus de quatre ans de guerre, des centaines de vidéos et une accumulation de témoignages pour que LCI découvre enfin la « mobilisation par la force » en Ukraine. Le 13 septembre, la chaîne diffuse les propos d’un recruteur ukrainien qui décrit des hommes frappés ou contraints de monter dans des bus et juge ces méthodes « inacceptables ». Le bandeau, cette fois, ne prend même plus de précautions : « Ukraine, mobilisation par la force : ils témoignent ».
L’information n’est pourtant pas nouvelle. Depuis des années, des vidéos montrent les méthodes brutales de certains centres territoriaux de recrutement, au point que les Ukrainiens ont eux-mêmes donné un nom au phénomène : la « busification ». Les plaintes se sont multipliées et les autorités ukrainiennes ont dû reconnaître l’existence d’abus. Mais en France, ces images ont longtemps été regardées avec une extraordinaire méfiance dès lors qu’elles contrariaient le récit dominant : les montrer, c’était risquer aussitôt l’accusation de relayer la propagande russe.
C’est pourquoi cette séquence est intéressante. Quand LCI elle-même, qui aura été depuis 2022 l’une des vitrines médiatiques françaises les plus constantes du récit ukrainien, en vient à montrer ce qu’elle aurait naguère entouré de toutes les précautions, ce n’est pas la réalité ukrainienne qui vient soudain de changer : c’est le discours occidental qui commence à bouger.
Après quatre années de guerre d’attrition, l’Ukraine éprouve de graves difficultés de recrutement. Les images deviennent trop nombreuses, les témoignages trop concordants et les abus trop officiellement reconnus pour continuer à les ranger commodément dans la case « propagande russe ». Le verrou médiatique se desserre parce que les faits finissent par l’enfoncer.
Il s’agit de constater qu’une guerre ne devient pas plus juste parce qu’on en dissimule les réalités embarrassantes. Pendant des années, certaines images ukrainiennes étaient suspectes avant même d’être examinées. Aujourd’hui, LCI les diffuse elle-même. Si même cette chaîne est contrainte de regarder de ce côté-là, c’est peut-être que le récit qui tenait depuis 2022 commence, lui aussi, à manquer d’hommes.