L'encre Libre
17/2/2026
17 FÉVRIER 1673 : DÉCÈS DE MOLIÈRE
Il y a 353 ans mourait Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, acteur et auteur dramatique, génie du théâtre français, mort littéralement sur scène (ou presque).
Qui était Molière ?
Fils de tapissier du roi, il abandonne la bourgeoisie parisienne pour devenir comédien (métier méprisé, excommunié par l'Église !). Il crée sa troupe, galère en province pendant 13 ans, revient à Paris en 1658, devient l'auteur favori de Louis XIV.
Ses chefs-d'œuvre : Le Tartuffe (1664, satire de l'hypocrisie religieuse), Dom Juan (1665, libertin athée impuni), Le Misanthrope (1666), L'Avare (1668), Le Bourgeois gentilhomme (1670), Les Femmes savantes (1672), Le Malade imaginaire (1673)...
La mort théâtrale :
Le 17 février 1673, Molière joue Argan dans Le Malade imaginaire (ironie tragique : il joue un hypocondriaque alors qu'il est vraiment malade : tuberculose, épuisement). Lors de la quatrième représentation, il est pris de convulsions sur scène, termine difficilement la pièce, est ramené chez lui rue de Richelieu. Il meurt quelques heures après, vers 22h, à 51 ans.
Problème : les comédiens sont excommuniés par l'Église, n'ont pas droit à des funérailles religieuses ni à une sépulture en terre consacrée. La femme de Molière, Armande Béjart, supplie l'archevêque de Paris, qui refuse. Elle écrit à Louis XIV, qui intervient. Compromis : enterrement religieux discret, de nuit, sans cérémonie, dans un coin du cimetière réservé aux enfants non baptisés. Humiliation posthume.
Ce que nous enseigne Molière :
La satire sociale : Molière se moque des hypocrites religieux (Tartuffe), des médecins charlatans (Le Malade imaginaire), des bourgeois prétentieux (Le Bourgeois gentilhomme), des avares (Harpagon), des précieuses ridicules... Il démonte les impostures de son époque.
Le courage de la critique : attaquer l'Église (Tartuffe fut interdit pendant 5 ans sous pression des dévots !), moquer les médecins (puissante corporation), ridiculiser la noblesse et la bourgeoisie... Molière prenait des risques.
L'hypocrisie de l'Église : elle condamne les comédiens comme pécheurs, refuse de les enterrer chrétiennement, mais le roi protège Molière parce qu'il le divertit. Double standard : le péché, c'est pour les pauvres, pas pour les artistes des puissants.
La mort de l'artiste épuisé : Molière s'est tué au travail. Auteur, metteur en scène, acteur principal, directeur de troupe, il jouait malade, épuisé. Le spectacle doit continuer, même si ça tue. Exploitation capitaliste de soi-même avant l'heure.
Le théâtre comme arme critique : Molière nous rappelle que l'art peut dénoncer, ridiculiser, déconstruire les pouvoirs et les hypocrisies. Le rire est subversif !
Aujourd'hui, relisons Molière : ses pièces restent d'une actualité brûlante. Les Tartuffe (faux dévots, escrocs moralisateurs), les médecins charlatans (gourous du bien-être), les bourgeois grotesques (nouveaux riches m'as-tu-vu) pullulent toujours !
Molière, patron des satiristes, des artistes engagés, de ceux qui osent rire des puissants !