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31 juillet 2026

Et que reste-t-il à sauver, au juste ?

H16
31/7/2026

En 2005, j’ai commencé à écrire des chroniques sur la lente décomposition de la France.

C’était il y a plus de vingt ans, la décomposition est devenue de plus en plus rapide et sur toutes ces années, j’ai à de nombreuses reprises écrit, de façon claire et sans ambiguïté, que ce pays était foutu. Par « Pays », j’entends bien sûr l’État providence et son système social. Et par « foutu », je veux dire que tout ceci va inévitablement finir, mal.


Je sais déjà que nombreux sont les jeunes qui, lisant ces premières lignes, feront un bond en se disant : « oh, zut, quel pessimiste ! » Mais voilà : les nouveaux citoyens d’aujourd’hui, frétillant à l’idée d’étrenner leurs 18 ans tout neufs dans la première urne à proximité, n’étaient même pas en projet lorsque j’ai commencé mes chroniques, et il y a peu de chance qu’ils m’aient suivi depuis tout ce temps et aient pu se former une opinion solide étayée par les faits que j’ai rapportés dans cette période. Leur étonnement est donc pardonnable.

Cependant et de façon plus inquiétante, je sais qu’on trouvera aussi pas mal de personnes plus âgées voire mûres qui se diront que j’exagère et que j’ai ce biais caractéristique des prêcheurs de catastrophes qui font leur beurre sur le malheur des foules. En réalité, non seulement je ne m’enrichirai pas dans le processus, mais l’observation de cette décrépitude et de son caractère inéluctable m’ont, plus souvent qu’à mon tour, valu des remarques acides.

Oui, la France est foutue, complètement corrompue par idéologies étatistes et anti-libérales qui ont de véritables boulevards sur les ondes et dans la presse : regardez, des communistes voire des fascistes (généralement anti-fascistes autoproclamés) ont régulièrement les plus belles tribunes, sans la moindre honte pour les catastrophes dont leurs idéologies mortifères sont responsables. Et sans surprise, le peuple, les médias et les gouvernants en redemandent.

Oui, la France est foutue à cause de sa caste politique lamentable, totalement étrangère à ce que subissent ceux qui l’ont élue. Cette caste jacassante ne connaît pas le peuple. Elle se gargarise de ce mot dans ses discours, mais elle ne le fréquente pas, n’a jamais eu ses problèmes (ou plus depuis si longtemps qu’elle les a totalement oubliés), vit sur un autre monde. Pire : elle est conseillée par des imbéciles et des larbins (cumul possible et fréquent) qui n’ont jamais été du peuple ou nieraient de toute leur âme en avoir jamais fait partie. N’entendant qu’un seul son de cloches (les leurs), cette caste jacassante n’a jamais remis en question ni sa façon de penser, ni sa façon d’agir.

Oui, la France est foutue, confite dans un anti-libéralisme incohérent et assumé.

Car c’est bien joli de cogner comme des sourds sur le libéralisme, sur la liberté d’entreprendre, de créer, mais comme absolument tous les leaders politiques, tous les syndicalistes, tous les artistes, tous les journalistes, tous les chroniqueurs et même une partie des grands patrons eux-mêmes honnissent le libéralisme, on se demande exactement où il est passé. Tout le monde sait que le libéralisme est la pensée dominante, à tel point que tout le monde le fustige.

Et dans le même temps, pas un candidat ne s’en réclame. Pas un journaliste. Pas un artiste. Pas un chroniqueur. Pas un syndicaliste. Zut. Pour un truc qui domine, c’est tout de même fort. Alors qu’a contrario, des gens qui se réclament du socialisme, de la sociale-démocratie, du communisme, du trotskisme, du corporatisme, là, on en trouve des pelletées aussi joyeuses que frétillantes.


Oui, la France est foutue, ayant trouvé dans le méchant libéralisme (ultra, néo ou débridé) la cause de tous ses maux.

Car c’est bien joli d’accuser les riches et les producteurs de richesses, les patrons. Mais à force, ils trouvent un peu lassant de constater que créer une entreprise leur attire surtout la jalousie, la convoitise, le mépris et une longue suite d’emmerdes supplémentaires. Bizarrement, ils finissent par se lasser et s’en aller, fermer boutique, ou laisser tomber. Un nombre croissant d’individus qui auraient pu créer leur propre emploi avant d’en créer d’autres préfère n’en rien faire : trop de risques, vraiment trop peu de gloire.

Et puis, du côté des politiciens, si on ne veut surtout pas cliver lorsqu’il s’agit de syndicalistes qui paralysent le pays, si on ne veut surtout pas stigmatiser les uns ou les autres, parce que « cliver c’est mal » voyez-vous, en revanche, lorsqu’il s’agit de montrer un bouc émissaire et que celui-ci s’appelle Patron ou Riche, alors là, c’est open bar et tournée générale.

Oui la France est foutue. Et bien sûr, la question qui taraude aussi bien les jeunes (qui tremblent à l’idée d’aller voter pour la première fois) que les vieux (qui ont déjà bien trop voté sans jamais obtenir le bonheur sur Terre), c’est : « Y a-t-il un moyen de sauver la France, malgré tout ça ? »

Ma réponse : non. Non, vous ne sauverez pas cette France-là, celle de l’État Providence. Vous n’arriverez pas à sauver la sociale-démocrassie franchouille. Il est impossible de réformer ce pays.

Mais surtout, pourquoi ? Pourquoi voulez-vous sauver ça ?

Qu’y a-t-il à sauver ?

Un système d’assurance santé qui vous rembourse quelques euros pour des lunettes ou rien du tout pour des implants dentaires, à moins de vous imposer une mutuelle, démontrant l’impotence d’un système de base à bout de souffle ? Ce même système qui cherche par tous les moyens à taxer les trop gros, les trop faibles, les trop ceci ou les pas assez cela ? Qui vous prend 15% de votre superbrut et vous culpabilise pour avoir mangé gras, salé, sucré ? Qui n’est pas foutu de sauver des vieux quand il fait trop chaud en été, des jeunes quand il fait trop froid en hiver ? Qui dégringole dans tous les classements et qui n’offre pas plus d’IRM par habitant que la Turquie ? Qui, tous les ans, crée des trous par dizaines de milliards d’euros, passant ainsi sur les générations futures avec un bulldozer aux chenilles cloutées ?

Un système de retraite qui vous prend 22% de votre superbrut sans aucune garantie de pension future ? Qui distribue malgré ça des pensions misérables à des milliers de vieux travailleurs qui se retrouvent dans la misère ? Qui creuse, lui aussi, le déficit par milliards tous les ans, là aussi au détriment total des générations futures ?

Un système d’assurance chômage qui n’a jamais permis de recaser les millions de laissés pour compte ? Qui n’a jamais réussi à mettre en face les demandeurs d’emplois et les entreprises qui recrutent ? Un système qui dépense maintenant des milliards d’euros pour… échouer à ce que le privé réalise sans coût pour la collectivité ? Un système qui, lui aussi, creuse le déficit et danse la polka sur la bouillie de générations futures ?

Un magnifique enseignement normalisé, standardisé, produisant une purée intellectuelle toujours mieux moulinée et toujours plus facilement digérée par une cohorte toujours plus grosse d’illettrés béats et incultes ? Une magnifique démocratie qui permet à des tanches diplômées d’user leurs fonds de pantalons dans les administrations ou dans l’Hémicycle, aux salaires qu’on connaît, sans avoir jamais prouvé qu’ils étaient capables de créer de la richesse (que du contraire, même) ?

Vous voulez sauver ça ? Et, mieux encore, avec davantage de collectivisme ? Davantage de socialisme ? Encore plus de gentille redistribution forcée des richesses qu’on ne crée plus et qu’on punit ?

Mais ma parole, c’est de la folie !


https://h16free.com/2026/07/31/84210-et-que-reste-t-il-a-sauver-au-juste

29 juillet 2026

H16

Note de service : l’État distribue 200 milliards, à 24 milliards près

Note de Service – Cabinet du Directeur – 29 Juillet 2026 – République Française


Mes chers collaborateurs,

Vous n’êtes pas sans avoir remarqué l’agitation médiatique estivale entourant la publication de divers rapports, études et déclarations relatifs aux aides publiques apportées aux entreprises. Comme toujours en pareil cas, la presse s’emballe, l’opposition glapit et le contribuable s’interroge, ce qui n’est jamais bon signe. La présente note a donc pour objet de clarifier la position officielle du gouvernement et de rappeler ses arguments essentiels. Vous voudrez bien vous en inspirer fortement, y compris en famille.

1. Sur l’existence même du rapport

Certains commentateurs malveillants présentent le récent rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan comme un document accablant. C’est un contresens complet, que vous corrigerez en toute occasion. Un État qui produit un rapport sur lui-même est un État qui se regarde avec lucidité. Un État qui ensuite range proprement ce rapport dans un tiroir est un État qui ne cède pas à la précipitation. Un État qui commande alors un nouveau rapport pour évaluer les suites données au précédent est un État apprenant. Vous constaterez que nous cochons les trois cases. Il n’y a donc pas de sujet.

2. Sur le montant des aides

À la question, au demeurant fort indiscrète, de savoir « combien la Nation consacre-t-elle chaque année au soutien de ses forces productives ? », vous répondrez avec la limpidité suivante :

a/ selon le Haut-Commissariat au Plan, 187 milliards d’euros pour la seule année 2023 ;
b/ selon une précédente commission d’enquête sénatoriale, 211 milliards d’euros par an ;
c/ mais le plus important n’est pas le chiffre mais la dynamique.

Vous soulignerez donc que l’écart entre ces deux évaluations officielles n’est que de 24 petits milliards d’euros, soit à peine les budgets annuels de la Justice et de la Culture réunis, ce qui constitue une fourchette d’une étroitesse remarquable et témoigne d’une maîtrise statistique que le monde entier nous envie.


Si votre interlocuteur insiste, vous rappellerez que la dynamique évoquée en c/ est excellente, ces aides progressant trois fois plus vite que les aides sociales. Vous éviterez toutefois de préciser que ce ratio est brandi avec véhémence par la presse la plus étatiste du pays : même si réussir à indigner simultanément le social-démocrate mou et le gauchiste éhonté est une performance rare, il n’est pas utile de nous en vanter.

3. Sur la question du périmètre

Vous aurez noté que, faute de consensus sur ce que recouvre exactement la notion d’« aide aux entreprises », le Haut-Commissariat a proposé au Premier ministre non pas une mais deux définitions distinctes. Des esprits chagrins voudraient y lire l’aveu que l’État ignore combien il distribue, à qui, et pourquoi. Mais vous, vous retournerez l’argument : là où le vulgaire ne voit qu’un chiffre, la Haute Administration en voit deux. Cela s’appelle de la richesse méthodologique. Avec un peu d’entraînement, on parvient à employer cette expression sans sourire.

Vous vous abstiendrez en revanche de tout parallèle avec la situation du contribuable qui proposerait à son contrôleur fiscal deux définitions distinctes de son revenu imposable. Ce parallèle, quoique techniquement exact, n’apporte rien au débat.

4. Sur le contexte budgétaire

Le Premier ministre ayant lui-même qualifié le niveau de la dette et du déficit de « préoccupant, grave même », le FMI réclamant un effort de 0,8 point de PIB par an jusqu’en 2029, la Cour des comptes constatant qu’« on est en train de perdre le contrôle de la dette publique » et les experts missionnés par Bercy chiffrant à 126 milliards d’euros les économies nécessaires d’ici 2032, il pourrait vous être demandé pourquoi le Gouvernement concentre son effort sur les franchises médicales, la taxe foncière et les retraités plutôt que sur les 211 ou 187, vérifier avant diffusion milliards d’euros d’aides susmentionnées.


Vous répondrez, les yeux dans les yeux, que ces aides constituent un investissement dans la compétitivité, l’attractivité et la souveraineté, trois mots qu’il conviendra de prononcer dans cet ordre et avec gravité. Vous ne répondrez en aucun cas « on ne mord pas la main qu’on nourrit », formulation dont l’exactitude n’excuse pas la maladresse. Vous ne mentionnerez pas davantage que le retraité, lui, ne finance aucune campagne électorale, observation dont je ne m’explique toujours pas la présence dans la précédente version de cette note et dont l’auteur est prié de se faire connaître.

5. Sur la réaction des marchés

Le taux d’emprunt français à dix ans vient d’atteindre 4 %, une première depuis juin 2009. Vous présenterez cette évolution comme une excellente nouvelle : après des années de taux faibles traduisant presque de l’indifférence, les investisseurs consentent enfin à la France un rendement à la hauteur de sa gestion. Certains y verront le prix du risque ; vous y verrez une marque d’estime, et vous ajouterez que peu de pays peuvent se vanter de voir leur signature aussi richement rémunérée.


6. Consignes générales

En synthèse, vous retiendrez que l’État distribue chaque année aux entreprises une somme comprise entre 187 et 211 milliards d’euros, sans savoir précisément laquelle, sans savoir exactement à qui, et sans qu’aucun rapport, aucune commission d’enquête ni aucun Premier ministre préoccupé, gravement même, n’envisage d’y toucher, et que tout ceci démontre un pilotage d’ensemble dont nous pouvons être fiers.

Si un interlocuteur particulièrement retors objectait que, dans le même temps, chaque euro prélevé sur le contribuable est calculé, recoupé, vérifié et exigé sans attendre, majorations de retard comprises, vous saluerez cette remarque comme la preuve que l’administration fiscale, elle au moins, dispose d’un périmètre parfaitement défini : la feuille d’impôts de nos concitoyens est effectivement ce document en France qui échappe à tout flou méthodologique, ne connaît ni fourchette, ni double définition, et se trouve actualisé chaque année à la hausse avec une régularité que le Haut-Commissariat pourrait utilement étudier.

C’est un motif de fierté nationale, que vous garderez pour vous.

P.-S. (à ne pas diffuser) : pour ceux d’entre vous qui s’étonneraient en privé qu’un dispositif aussi peu lisible traverse les décennies sans dommage, je me permets de rappeler une évidence qu’on n’apprend plus assez à l’ENA : ce n’est pas malgré l’opacité que ce système fonctionne. C’est grâce à elle. Détruisez cette note après lecture.


https://h16free.com/2026/07/29/84830-note-de-service-letat-distribue-200-milliards-a-24-milliards-pres

25 juillet 2026

Le monde construit des réacteurs nucléaires et la France se suicide

H16
24/7/2026

Samedi dernier, pendant que vous étiez bêtement occupés à choisir entre la plage et la sieste, le gouvernement, lui, travaillait en loucedé et publiait discrètement au Journal officiel le décret actant la « Stratégie nationale bas-carbone » troisième du nom, la fameuse SNBC-3, qui grave dans le marbre réglementaire la trajectoire française vers la neutralité carbone en 2050.

Un décret, un samedi de juillet, sans vote parlementaire sur le fond… Tout ceci n’a rien d’un hasard et la méthode résume assez bien le projet.


Et quel projet !

Jugez plutôt : fin du charbon en 2030, fin du pétrole en 2045, fin du gaz fossile en 2050, le tout assorti de « budgets carbone » sectoriels contraignants pour l’énergie, le bâtiment, l’agriculture et les transports, comme le détaillent Les Echos avec le sérieux comptable qui sied à l’inventaire actuariel avant naufrage.

Bien sûr, le vocabulaire employé ici est technocratique, feutré et volontairement rassurant : on parle de trajectoires, de feuilles de route, de planification. Cela évite habilement d’évoquer des « rationnements », ce qui serait vulgaire. Après tout, la décroissance ne s’annonce d’ailleurs jamais comme telle : elle arrive toujours en costume-cravate, un classeur sous le bras, avec un paquet de diapos sur les co-bénéfices éco-conscients en bio-syntonisation.

Cependant, l’Histoire ne laisse guère de doute sur ce que produit le rationnement de l’énergie : de la ruine, puis de la misère, dans cet ordre et sans exception connue.

En outre, on admirera le timing particulièrement diabolique de ces choix écologiques : la France, souveraine et apparemment plus très lucide, semble ainsi décidée à se tirer une (énième) balle dans le pied (discipline olympique qu’elle remporte haut la main assez régulièrement) au moment où la même expérience grandeur nature tourne déjà, sous nos yeux, juste de l’autre côté du Rhin.

Eh oui : nos frétillants voisins Teutons testent déjà pour nous tout l’attirail proposé : sortie du nucléaire, tout-renouvelable, énergie chère érigée en vertu civique, …

Les résultats sont tombés et ils sont, comment dire, pédagogiques : selon Destatis (l’INSEE allemande), la production des vilaines industries énergivores allemandes s’est effondrée de 15,2 % entre février 2022 et mars 2026, et la méchante industrie polluante dans son ensemble a reculé de 9,5 %, quatrième année consécutive de baisse.


Volkswagen supprime des emplois par dizaines de milliers, Thyssenkrupp se démembre, la chimie délocalise vers des cieux où l’électron ne coûte pas le prix du safran, bref, l’ancien moteur industriel de l’Europe cale, fume, et personne à Berlin ne semble pressé d’ouvrir le capot.

Et voilà donc le modèle que Paris, jamais en manque d’une bonne idée déjà ratée ailleurs, s’empresse de copier par décret.

Copier, et même surpasser : la France ajoute bien évidemment sa touche personnelle puisqu’elle fait tout cela en étant déjà ruinée.

Rappelons les données du problème, pour les distraits du fond : une dette publique à 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, un déficit chronique, une désindustrialisation presque complètement achevée, des hôpitaux à l’os et une école en déliquescence…

C’est dans ce contexte que Monique Barbut, celle qui, apparemment, serait ministre de la Transition écologique, se réjouit que l’écologie devienne « le budget le plus renforcé après celui des Armées ».

Quel régal ! Pendant que les services publics ferment ou s’étiolent les uns après les autres, le contribuable aura au moins la satisfaction de financer, en priorité nationale, sa propre pénurie énergétique ! Ce faisant, il paiera d’ailleurs deux fois et avec le sourire (c’est important, la bonne humeur, de nos jours !) : une première fois en impôts pour la planification, une seconde en pouvoir d’achat lorsque l’énergie renchérie aura achevé son emploi.

Pour nos politiciens dont le but est clairement de saboter le pays, c’est ce qu’on appelle un cercle vertueux.


Pendant ce temps, le reste de la planète a fait ses calculs, et ils ne ressemblent pas aux nôtres.

74 réacteurs nucléaires sont actuellement en construction dans 13 pays, dont 39 pour la seule Chine, qui en aligne 41 autres en projet, pendant que Russes et Chinois ont supervisé 44 des 45 chantiers lancés dans le monde entre 2020 et mi-2025. Pékin s’apprête au passage à mettre en service le premier petit réacteur modulaire terrestre au monde.

Les États-Unis relancent massivement leur filière atomique à coups de décrets présidentiels, l’Inde, la Turquie, l’Égypte et le Golfe construisent, achètent, électrifient.

Tout ce petit monde a compris que la puissance du XXIe siècle se mesurera en gigawatts disponibles, pendant que l’Europe, elle, paie déjà son gaz 4,6 fois plus cher que les Américains et son électricité 2,4 fois plus cher que les Chinois, les Américains ou les Indiens. Eux comptent en térawattheures ; nous comptons le nombre d’alinéas des articles de lois visant à leurs interdictions. Chacun ses points forts.

Le pompon est que la France n’a même pas l’excuse de l’impuissance : elle possède la filière nucléaire, le savoir-faire, le parc installé et a même réalisé, dans les années 70 et 80, la seule décarbonation rapide et massive d’une grande économie de l’histoire, sans budget carbone, sans frétillante andouille ministérielle extatique et sans décret de rationnement : en construisant des centrales, tout bêtement.

La solution existe donc, elle est éprouvée et mieux encore, elle est française.


Si l’objectif était vraiment le carbone, la réponse serait évidente et tiendrait en un mot de neuf lettres.

Et si cette réponse évidente est soigneusement écartée au profit du rationnement administratif et des interdictions calendaires, c’est que l’objectif n’est pas le carbone, c’est le contrôle.

La neutralité carbone par décret est une religion d’État, avec son clergé ministériel, ses indulgences budgétaires et ses processions de textes réglementaires publiés les samedis d’été, exclusivement destinée à contrôler les individus, leurs habitudes et leur vie dans le moindre détail. Cela n’a aucun rapport avec des économies d’énergie, la décarbonation ou sauver les ours polaires.

Une bonne nouvelle surnage cependant : la fin du pétrole est promise pour 2045, soit, au rythme actuel de notre désindustrialisation, une bonne dizaine d’années après la fin de notre industrie, ce qui veut dire que, pour une fois, l’objectif gouvernemental suicidaire est parfaitement atteignable.


https://h16free.com/2026/07/24/84792-le-monde-construit-des-reacteurs-nucleaires-et-la-france-son-suicide

22 juillet 2026

L’automobile française roule vers la cubanisation totale

H16
22/7/2026

Et voilà, la troisième saison de votre série préférée vient de débuter : youpi, le leasing social pour les voitures électriques est relancé ! Grâce à lui, l’État loue généreusement aux Français modestes, et avec leur argent, les voitures électriques qu’il leur a préalablement rendues inachetables. Et comme tout bon dealer, la première dose est à 94 euros par mois.

Depuis le 16 juillet dernier, 50 000 ménages peuvent ainsi réserver leur citadine électrique subventionnée, moyennant avis d’imposition, prise de sang attestation de l’employeur certifiant les kilomètres parcourus et carnet de famille dossier bancaire complet, parce que la liberté de se déplacer en 2026 se mérite à coups de documents administratifs. Au passage, signalons que l’enveloppe de 401 millions d’euros ne figure ni dans le budget de l’État, ni dans le déficit, ni dans la dette : elle est financée par les certificats d’économie d’énergie, c’est-à-dire par les fournisseurs d’énergie, c’est-à-dire par votre facture d’électricité. Eh oui, c’est de toute façon vous qui payez, mais heureusement, la dette n’augmente pas et le Parlement n’a pas eu à voter. Malin.


On notera que la saison précédente s’était achevée en eau de boudin : après trois semaines d’euphorie, la demande s’était essoufflée au point qu’il restait encore plusieurs centaines de dossiers sur les bras de l’État en janvier, enveloppe non consommée à l’appui. Le ministère avait aussitôt salué un « succès attendu ». Quand même les pauvres boudent la voiture électrique subventionnée, c’est en effet un succès attendu.

Mais au fait, pourquoi faut-il désormais louer des voitures aux Français ? Parce qu’on leur a soigneusement retiré les moyens d’en acheter.

Eh oui : depuis le 1er janvier, le malus écologique se déclenche dès 108 g/km de CO2 et culmine à 80 000 euros, malus au poids en sus dès 1500 kg. Grâce à ce tabassage taxatoire de moins en moins subtil, 72 % des voitures neuves vendues en France sont taxées, y compris la Renault Clio, citadine populaire par excellence, pincée à 114 g/km. La France s’offre au passage l’une des fiscalités automobiles les plus lourdes des 27 européens, et le seuil descendra à 103 g/km en 2027, embarquant avec lui plus de 80 % du marché.

À ce rythme, le malus ne sera bientôt plus une taxe sur les grosses cylindrées mais un droit d’entrée sur la notion même de voiture.


Rassurez-vous, l’État fait semblant de compenser : l’indemnité carburant de 100 euros pour les « grands rouleurs » modestes, lancée fin mai après la flambée des prix, vient de se faire épingler par un rapport parlementaire : 24 % de taux de recours seulement selon le rapporteur, environ 40 % selon le gouvernement, qui trouve donc glorieux que six éligibles sur dix soient passés à côté. La porte-parole « assume » qu’il faille une démarche volontaire, formulaire en ligne et date butoir au 30 juillet compris.

Sans être naïf, on comprend que le non-recours n’est pas un raté mais le vrai modèle économique.

Et pendant que votre argent circule ainsi en circuit fermé, votre habitacle, lui, se transforme gentiment en cellule roulante.

Depuis le 7 juillet, le règlement européen GSR2 impose sur toute voiture neuve une caméra braquée sur le conducteur, chargée d’analyser votre regard, la position de votre tête et le clignement de vos paupières, avec bip réglementaire au bout de six secondes d’inattention. Le système se réactive à chaque démarrage (impossible de le débrancher durablement) et il rejoint la boîte noire déjà obligatoire depuis 2024. L’infrastructure de surveillance est posée ; les usages (assureurs, forces de l’ordre, tarification au comportement) ne demandent plus qu’un décret et un peu de patience.

Quant aux ZFE, que le Parlement avait eu l’outrecuidance de supprimer au printemps, le Conseil constitutionnel les a ressuscitées d’un trait de plume en mai, cavalier législatif oblige. La représentation nationale vote, les Sages effacent, et vous voilà de nouveau priés de vérifier sur une carte si vous avez le droit d’entrer dans votre propre ville.

Ce petit théâtre aurait au moins pu sauver l’industrie qu’il prétend verdir.

Bon, là encore, c’est raté.


Volkswagen envisage désormais jusqu’à 100 000 suppressions de postes et la fermeture de quatre usines allemandes, Audi Bruxelles a déjà mis la clé sous la porte, et les équipementiers européens ont annoncé 104 000 suppressions d’emplois en deux ans. Le marché français, lui, reste 26,5 % sous son niveau de 2019, le diesel agonise à 2,6 % de part de marché, et les constructeurs chinois ramassent tranquillement la mise sur l’électrique que Bruxelles a rendu obligatoire.

Et le pompon est l’observation impossible à éviter, celle d’une véritable « cubanisation » du parc automobile : à force de taxer le neuf, on a asséché l’occasion, qui signe son pire semestre hors Covid, faute de voitures à vendre. Eh oui : les Français, coincés entre un thermique promis à la décote réglementaire et un électrique inabordable, gardent donc leurs vieilles autos plus longtemps, plus « polluantes », plus « dangereuses ».

Le bilan concret de plus de quinze ans d’écologie punitive délirante, c’est l’apparition de La Havane-sur-Seine, avec des Clio de 2012 en guise de Chevrolet de 1957.

Encore une fois, les gesticulations de l’État ont abouti à l’exact opposé du but recherché, et les imbéciles aux manettes ne se contentent pas de s’en satisfaire : dans leur ignorance crasse, ils s’en félicitent bruyamment, communiqués triomphants à l’appui. Il faut dire qu’ils ont accompli quelque chose de rare : dépenser des milliards, empiler des barèmes, des caméras et des zones interdites pour obtenir un résultat pire que s’ils n’avaient strictement rien fait. Nos hommes d’État ne sont plus inutiles. Ils sont à valeur ajoutée strictement négative.

Et certains naïfs continueront de croire que ce n’est pas exactement l’effet recherché…


https://h16free.com/2026/07/22/84767-lautomobile-francaise-roule-vers-la-cubanisation-totale

21 juillet 2026

Fraude fiscale : lorsque Bercy détecte beaucoup et récupère peu

H16
20/7/2026

La France de Macron, c’est ce fier pays qui accumule les records avec entrain et jarrets pétillants. Tenez, prenez ce nouveau record en 2025 dans lequel le fisc français a notifié 17,1 milliards d’euros de droits et pénalités au titre de la fraude fiscale : eh oui, après 16,7 milliards en 2024, la courbe grimpe sans discontinuer depuis 2021.

Quelle force, quelle vigueur, quel entrain ! Les communiqués triomphants peuvent fuser, la presse peut dûment recopier, et le contribuable moyen pourra s’endormir rassuré : l’État veille, les fraudeurs tremblent, la justice fiscale progresse !


Malheureusement, une facétieuse Cour des comptes a publié en décembre dernier un rapport nettement moins festif dans lequel on découvre que si ces montants notifiés battent effectivement des records, les montants réellement encaissés, eux, font la sieste : les recettes effectivement recouvrées au titre du contrôle fiscal sont passées de 12,2 milliards d’euros en 2015 à 11,4 milliards en 2024, en euros courants, pendant que les recettes fiscales totales de la DGFiP bondissaient de 44 %.

Et plus intéressant encore, le taux de recouvrement des sanctions prononcées s’est effondré de 88 % en 2019 à 60 % en 2022, avec le montant des sanctions fiscales, qui représentait 30 % de l’impôt éludé en 2015 qui n’en représente plus que 15 % dix ans plus tard.

Autrement dit, Bercy détecte comme jamais mais récupère de plus en plus mollement.

Je vois certains ici, habitués de ces colonnes, tentés de sabrer le champagne : voilà enfin une bonne nouvelle ! L’État, ce gouffre insatiable qui ponctionne tout ce qui bouge et taxe tout ce qui ne bouge plus, renoncerait donc à une partie de son butin. Or, chaque euro que le fisc ne parvient pas à extraire est un euro qui reste dans l’économie productive au lieu de financer la prochaine agence de l’innovation du vivre-ensemble numérique ; on devrait donc déjà applaudir des deux mains cette soudaine apathie du bras armé de la prédation fiscale…


Bon en fait non.

Cette victoire est une illusion d’optique et il suffit de gratter le vernis pour découvrir deux réalités autrement moins réjouissantes.

La première, c’est que cette mansuétude n’est pas distribuée au hasard : elle est réservée à une clientèle très particulière.

Le rapport de la Cour détaille ainsi l’explosion des « règlements d’ensemble », ces accords discrets par lesquels l’administration rabote non seulement les pénalités mais aussi les droits eux-mêmes, pratique longtemps dépourvue de toute base légale : on est passé de 116 accords en 2019 à 315 en 2024, pour environ 1,3 milliard d’euros de droits et pénalités minorés chaque année.

Pendant ce temps, la Direction des vérifications nationales et internationales, chargée des 10 000 plus grandes entreprises du pays, n’applique de pénalités que dans 3,2 % des dossiers qui le mériteraient, soit moitié moins que le taux attendu, au nom (tenez-vous bien) de l’attractivité de la France. Oui. Voilà.


Bref, la fiscalité française, c’est une remise commerciale pour la clientèle premium, celle qui dispose d’avocats fiscalistes coûteux et de la capacité de faire durer un contentieux dix ans, et pour la piétaille, le tarif plein, prélevé à la source, contrôlé par croisement automatique de fichiers. Le quidam qui a oublié de déclarer trois cents euros de revenus locatifs recevra sa proposition de rectification générée par algorithme, avec majoration et intérêts de retard, sans la moindre possibilité de « conclusion apaisée ». Le grand groupe qui a optimisé quelques centaines de millions négociera tranquillement son règlement d’ensemble autour d’un café. La loi est la même pour tous, mais certains contribuables sont manifestement plus négociables que d’autres.

(Ici, on comprendra évidemment que s’il devait y avoir évolution, ce serait pour que tout le monde, piétaille incluse, bénéficie des conclusions apaisées, et pas cet inverse mélenchonesque qu’on sent poindre à l’horizon…)

La seconde réalité est plus inquiétante encore, et curieusement absente des gazettes habituelles : ce bradage généralisé des créances fiscales est en réalité le symptôme d’un État en crise de manque.

La Cour note en effet que l’administration justifie elle-même ces arrangements par la nécessité de « sécuriser les rentrées budgétaires ».

Autrement dit, plutôt que d’attendre dix ans un hypothétique jugement pour récupérer la totalité du redressement, Bercy préfère toucher tout de suite une fraction négociée ce qui est très exactement le comportement du drogué en manque qui revend sa télévision à 20 % de sa valeur parce qu’il lui faut du liquide dès à présent pour acheter sa dose tout de suite, et que la notion même de moyen terme a disparu de son horizon mental.

Avec un déficit qui flirte avec les 6 % du PIB et une charge de la dette qui enfle joyeusement, l’État français n’a effectivement plus les moyens d’avoir de la patience : il escompte ses propres créances, il liquide son stock, il fait les soldes sur la fraude.


Ajoutons, pour compléter le tableau, que les effectifs du contrôle fiscal ont fondu de 19 % en dix ans et que la fameuse levée du « verrou de Bercy », qui devait envoyer les gros fraudeurs devant le juge, ne s’est traduite par aucune augmentation des poursuites ou des condamnations, la justice étant elle-même trop exsangue pour absorber le flux.

Bref, un État qui affiche des records de fraude détectée pour la galerie, qui encaisse de moins en moins, qui accorde des ristournes croissantes à ceux qui coûtent trop cher à attraper, qui matraque d’autant plus fort les petits qu’ils ne peuvent pas se défendre, et qui explique lui-même qu’il brade parce qu’il a besoin d’argent frais immédiatement : tout ceci ressemble à l’aveu piteux, rance, d’une machine à la fois obèse et impuissante, trop affaiblie pour faire respecter ses propres règles, trop affamée pour y renoncer, et réduite à monnayer son autorité au guichet des transactions.

Les drogués en manque finissent rarement par se refaire une santé en vendant leurs meubles. Quant aux États qui en sont réduits à solder leurs créances pour boucler les fins de mois, l’Histoire est remarquablement constante sur le sujet : cela ne peut pas bien se terminer.


https://h16free.com/2026/07/20/84759-fraude-fiscale-lorsque-bercy-detecte-beaucoup-et-recupere-peu

14 juillet 2026

H16

L’État vend la mèche : en réalité, c’est la panique

-13/7/2026- Il faisait beau, ce jeudi soir de juillet, à Aix-en-Provence. Sous les platanes des Rencontres économiques, entre deux coupes et trois panels sur l’intelligence artificielle, le gratin du CAC 40 côtoyait les présidentiables en pleine séance d’échauffement. Pourtant, dans ce décor charmant, le Premier ministre a choisi de sonner l’alerte « avec gravité », expliquant qu’il fallait éviter de « mettre le pays complètement dans le ravin ».

Alerte, ravin, voilà du vocabulaire officiel bien inquiétant pour celui qui, il y a peu, célébrait encore le sérieux budgétaire retrouvé et la trajectoire maîtrisée. Est-ce un signe ?


Peut-être. Après, tout, pour mesurer les tremblements de terre, les géologues disposent de sismographes ; pour mesurer la panique qui s’installe dans les étages feutrés de l’État français, le vocabulaire officiel suffit amplement, surtout lorsqu’il passe de « trajectoire », de « sérieux budgétaire » et de « redressement des comptes publics » à « efforts nécessaires », « décisions courageuses » voire lorsqu’en l’espace de dix jours, la Cour des comptes, le ministre des Comptes publics et le Premier ministre dégainent successivement « tous les signaux sont au rouge », « baril de poudre » et ce « ravin » qui indiquent que l’aiguille du sismographe vient de sortir du papier.

On s’en rappelle : le 25 juin dernier, la Cour des comptes présentait son rapport annuel sur les finances publiques ouvert d’une formule limpide : « On peut dire que tous les signaux sont au rouge ». David Amiel, le ministre des Comptes publics, loin de minimiser comme le voudrait la tradition, surenchérissait trois jours plus tard : « La Cour des comptes a 100 fois raison. On est assis sur un baril de poudre ». Et enfin, ce 2 juillet à Aix, Lecornu complétait le triptyque avec son alerte, sa gravité et son ravin.

Trois institutions, dix jours, mais un seul champ lexical, celui de l’explosion imminente…

Notons l’inversion remarquable : là où, d’ordinaire, la Cour alarme et le gouvernement relativise (division du travail habituelle depuis quarante ans), cette fois-ci, le gouvernement en rajoute sur son propre censeur et ne cherche plus à rassurer qui que ce soit.


Tout se déroule comme s’il prépare l’opinion soit à des mesures douloureuses, soit à un accident, soit aux deux.

Il est vrai que les chiffres derrière les mots justifient quelques sueurs froides : la dette publique atteignait 117,5 % du PIB fin mars, ce qui fait de la France le seul pays de la zone euro dont l’endettement dépasse désormais son pic de la crise sanitaire. La Cour prévoit 3 620 milliards d’euros fin 2026, soit 160 milliards de plus en un an, et une charge d’intérêts de 77,4 milliards d’euros cette année, en route vers 100 milliards en 2029. Le ministre l’a d’ailleurs reconnu : la charge de la dette est devenue le premier poste de l’État, devant l’éducation nationale et la défense.

En somme, le premier ministère de France est désormais celui des créanciers, ce qui impose quelques contraintes à l’organigramme du pouvoir. Ah, et puis concernant la « bonne surprise » du déficit 2025 à 5,1 % (seulement !), la Cour précise aimablement qu’elle est due exclusivement à des hausses d’impôts et de cotisations, les économies ayant été « une nouvelle fois repoussées ».

Le redressement, c’est vous.

Quant à l’édifice budgétaire 2026, il repose sur des hypothèses déjà décédées : le budget tablait sur 0,9 % de croissance quand la Banque de France vient de raboter sa prévision à 0,5 %. Et pour 2027, c’est encore mieux : selon L’Opinion, une note confidentielle du Trésor anticiperait un déficit remontant à 6,2 % du PIB, pire que la prévision de la Commission européenne.


Il faut se résoudre à l’évidence : pendant qu’on vous parle doctement de « cap maintenu » au micro, on écrit en interne que le déficit va repartir à la hausse l’année de l’élection. Bercy a d’ailleurs missionné en urgence quatre économistes indépendants pour évaluer les risques de 2027, initiative présentée comme inédite, dans une sorte d’autopsie préventive à un patient qu’on présente officiellement comme en santé correcte (ou quasiment).

Face à ce tableau, l’action gouvernementale force l’admiration par sa proportionnalité : un gentil comité d’alerte en avril qui a accouché de 6 milliards d’économies de précaution, un second encore plus croquignolet, le 7 juillet, dont on attend 6 milliards supplémentaires.

12 petits milliards de rabot face à un déficit de l’État de 135 milliards, c’est… sympathique. Le vocabulaire est celui de Pompéi, l’action est celle d’un syndic de copropriété.

Le Premier ministre a du reste vendu la mèche à Aix en expliquant qu’il valait mieux un budget de compromis « et des candidats qui vous diront votez pour moi, on vous le corrigera en mai », ce qui, concrètement, signifie que le budget 2027 sera un texte de figuration, la vraie décision attendra le prochain locataire de l’Élysée. Les agences de notation l’ont parfaitement compris, qui maintiennent la note française en attendant l’automne et la clarification du débat. Autrement dit, le calme actuel des marchés ressemble plus à une suspension d’audience qu’à une disculpation.



Le plus intéressant est qu’au-delà des gesticulations et des mots chuchotés en coulisse, les Français semblent avoir compris ce qui se trame vraiment : la TVA recule, la consommation cale, et le taux d’épargne des ménages campe autour de 18,5 % du revenu disponible, pendant que Foncia décrit un marché immobilier jamais vu en 54 ans d’existence et que les clients expliquent au premier administrateur de biens du pays qu’ils n’ont plus confiance. En somme, les ménages remplissent la cave avant l’orage.

Le sismographe le plus fiable du pays n’est ni rue Cambon ni à Bercy, mais on peut le lire sur les livrets d’épargne des Français.

La Cour parle de rouge, le ministre de poudre, le Premier ministre de ravin, le Trésor écrirait 6,2 % dans ses notes confidentielles, et la réponse officielle consiste en deux comités d’alerte et un budget de figuration en attendant que les électeurs veuillent bien trancher en mai 2027.

Depuis des années, ce blog s’échine à documenter l’état réel des comptes publics sous les ricanements de ceux qui y voyaient du catastrophisme. Ce travail devient heureusement superflu : le sommet de l’État s’en charge désormais lui-même, avec un vocabulaire qu’on ne lisait guère qu’ici.

Est-il besoin de conclure ?


https://h16free.com/2026/07/13/84679-letat-vend-la-meche-en-realite-cest-la-panique

11 juillet 2026

H16
10/7/2026

Messages espionnés, factures tracées, conducteurs filmés : 2026, l’année où l’UE a soudé la cage

Hier, le Parlement européen a donc rétabli la lecture automatisée de vos messages privés, sans vergogne.

La méthode employée mérite le détour, en vous rappelant que le D dans Union Européenne vaut pour « Démocratie » : même si une majorité des députés présents a voté contre (314 contre, 276 pour), le texte est passé.


Oui, vous avez bien lu et cela résume bien l’état de fébrilité d’une Union européenne qui ne cherche même plus à dissimuler son projet de fond : pister, tracer et contrôler chacun de ses citoyens, du berceau au cercueil, de la place publique à sa chambre à coucher.

En 2021, l’Union adopte une dérogation temporaire à la directive ePrivacy (mieux connue sous le sobriquet « ChatControl 1.0 », qui autorise les grandes plateformes américaines (Meta, Google, Microsoft et consorts) à scanner les messages privés, sans mandat ni soupçon, pour (prétendument) y détecter de la pédocriminalité.


Cependant, en mars 2026, ô surprise, le Parlement refuse de prolonger le dispositif, à l’issue de scrutins dont l’un s’est joué à une voix près, avec expiration de la dérogation en avril. Les GAFAM se frottent les mains (ils vont pouvoir recommencer à scanner sans se gêner) et Bruxelles s’empresse alors non pas de les rappeler à l’ordre, mais de leur refabriquer une couverture juridique sur mesure.

Avec la finesse d’un bulldozer, le 2 juillet, le Conseil adopte par procédure écrite un texte quasi identique à celui rejeté trois mois plus tôt, simplement recalé jusqu’en avril 2028, en le présentant comme une position du Conseil en première lecture.

Le dossier revient donc au Parlement en seconde lecture, où les règles s’inversent : là où, en mars, une majorité simple suffisait à rejeter, en juillet, il faut une majorité absolue de 361 voix sur 720 pour le faire, et les absents comptent mécaniquement pour le texte. Et histoire de sécuriser le vote, le PPE de Manfred Weber dégaine une procédure d’urgence casant le scrutin le 9 juillet, dernière plénière avant les vacances, période bénie d’absentéisme parlementaire.

La négociatrice du dossier, l’eurodéputée Markéta Gregorová, a bien dénoncé en séance une violation du règlement intérieur du Parlement lui-même (la procédure d’urgence étant prévue pour des premières lectures et certainement pas pour ressusciter un texte déjà enterré), personne d’autre que les opposant – minoritaires au bon moment – n’a bronché et l’affaire a donc été pliée très vite.

Comme ailleurs, France en tête, quand le Parlement vote mal, on le fait revoter vite, en changeant les règles, et hop ! Le tout, bien sûr, pour sauver les enfants. Bah oui, forcément.


Peu importe qu’en réalité, le dispositif soit une mauvaise blague : selon les chiffres de la Commission cités par l’ancien eurodéputé Patrick Breyer, le scan de masse des messageries ne représentait que 36% des signalements en 2024, la police criminelle allemande estime que près de la moitié des alertes ne sont pénalement pas pertinentes, et 40% des enquêtes déclenchées visent… des mineurs eux-mêmes, coupables de s’envoyer des messages coquins entre adolescents.

Au demeurant, nul besoin de statistiques fines pour comprendre l’évidence : le crime ne représente qu’une fraction infinitésimale des milliards de messages échangés chaque jour, et lire l’intégralité du courrier de 450 millions d’Européens pour y pêcher cette fraction est aussi proportionné que raser un quartier pour retrouver un voleur de vélo. Quant à la pente, elle est si glissante qu’on y a déjà installé les remonte-pentes : une infrastructure de lecture généralisée créée pour les pédocriminels servira demain, au choix, pour le terrorisme puis la « haine » en ligne, puis la désinformation et rapidement toute opinion vaguement inconvenante.

De surcroît, ceci n’est que le début : ChatControl 2.0 (le règlement CSAR) mijote toujours en trilogue pour rendre la détection obligatoire par ordres administratifs, y compris sur les messageries chiffrées, ce qui impose mécaniquement le scan côté client, directement sur votre téléphone, avant tout chiffrement. Autrement dit, on va droit vers la fin pure et simple du chiffrement de bout en bout, transformé en décor de théâtre.

Le service juridique du Conseil lui-même a conclu en juin que même le scan « volontaire » constitue une fouille généralisée incompatible avec la Charte des droits fondamentaux ; les négociations reprennent pourtant fin septembre sous présidence irlandaise, car à Bruxelles, un avis juridique gênant est un détail au même titre qu’un vote perdu.

Rassurez-vous, ce n’est pas tout !


Pendant que vous aviez les yeux rivés sur ce feuilleton, les autres barreaux de la cage ont été soudés en silence.

Ainsi, avec l’identité numérique européenne, chaque État membre devra fournir son portefeuille EUDI d’ici décembre 2026, que banques, télécoms et grandes plateformes devront accepter dès 2027, avec un objectif affiché de 80% des citoyens équipés en 2030, l’outil idéal pour la vérification d’âge que ChatControl 2.0 prévoit justement d’imposer. Comme c’est commode.


N’oublions pas la directive DAC8, en vigueur depuis le 1er janvier, qui complète MiCA en obligeant toute plateforme crypto de la planète servant des Européens à livrer au fisc votre identité, vos soldes et vos transactions.


Ajoutons la facturation électronique Peppol/ViDA, obligatoire en France au 1er septembre : dix millions d’entreprises dont chaque facture, chaque paiement, chaque relation commerciale transitera par des plateformes agréées reliées au concentrateur de Bercy.


Au passage, évoquons le règlement GSR2, dont la phase finale est entrée en vigueur le 7 juillet et qui impose à toute voiture neuve une boîte noire, un mouchard de vitesse et une caméra scrutant votre regard au volant, en attendant que les promesses d’anonymisation connaissent le sort habituel des promesses (sans parler d’un hacking de toutes ces données qui n’arrivera jamais, promis juré).


Bien sûr, ce serait dommage d’oublier l’euro numérique, déjà évoqué dans ces colonnes, qui parachèvera l’édifice côté paiements.


Et pour la touche comique, rappelons la récente mise en place du contrôle biométrique EES aux frontières, généralisé en avril, qui tourne au chaos avec des files de cinq heures dans les aéroports, au point que compagnies et aéroports supplient Bruxelles de suspendre le machin foutraque : on fiche donc consciencieusement empreintes et visages des touristes venus dépenser leurs devises, pendant que l’immigration illégale, elle, continue d’entrer sans selfie ni empreintes. Ajoutez le règlement e-Evidence qui permet à un juge de n’importe quel État membre de réclamer directement vos données à n’importe quel fournisseur, et le tableau est complet.

Chaque texte, pris isolément, présente une vertu de façade : les enfants, la fraude, la sécurité routière, les frontières, la lutte contre les vilains, les méchants et les affreux, etc. Sauver les enfants, les conducteurs et les innocents constitue décidément l’excuse universelle pour faire avaler des textes toujours plus liberticides, et plus le prétexte est larmoyant, plus le texte est ignoble.

L’assemblage de ces textes dessine pourtant autre chose : vos conversations lues, votre identité vérifiée, vos flux d’argent tracés, vos affaires radiographiées, votre conduite filmée, vos déplacements fichés, petit à petit, plus aucun recoin de votre existence n’échappe à Big Brother, ou plus exactement à un législateur européen devenu fou.

Enfin, difficile de passer à côté du calendrier frénétique de ces mesures : DAC8 en janvier, EES en avril, GSR2 et ChatControl en juillet, facturation électronique en septembre, portefeuille d’identité en décembre, cela nous fait six verrous en une seule année civile et une pelletée d’autres à venir en 2027. Voilà qui trahit une urgence acharnée à boucler la cage pendant qu’il en est encore temps.

On se demande bien ce que nos décideurs anticipent pour être si pressés. Cela ne peut pas être bon.


https://h16free.com/2026/07/10/84720-messages-espionnes-factures-tracees-conducteurs-filmes-2026-lannee-ou-lue-a-soude-la-cage

8 juillet 2026

H16
8/7/2026

La France dépense largement pour ses retraites mais peine à se payer un ventilo

L’État français ressemble à ce ménage un peu spécial qui, le toit troué, la porte d’entrée qui ne ferme plus et le frigo désespérément vide, décide d’engloutir l’intégralité du revenu familial dans une télévision grand écran, une isolation parfaitement étanche des toilettes et deux kilos de caviar. Il dépense comme s’il avait les moyens de tout, tout en se révélant incapable de pourvoir aux besoins les plus élémentaires.

Et à la fin, l’addition nous est présentée, avec componction (pour faire passer la douloureuse) et un gros bâton (pour qu’elle soit, malgré tout, payée). Le 30 juin dernier, l’OCDE a d’ailleurs eu la délicatesse de rappeler l’évidence : la France dépense trop, dépense mal, et gagnerait à faire les deux dans le bon sens.

Difficile de lui donner tort.


Par exemple, le gouvernement a maintenu et généralisé le repas Crous à un euro pour tous les étudiants, ce qui garantit d’ailleurs que les Crous vont rencontrer de solides difficultés financières. Dans le même temps, la France, dont les forêts sont chaque été la proie des pyromanes – ce qui ravit au passage les climatohystériques – a commandé deux Canadair flambant neufs, livrables en 2032, dans le meilleur des cas 2033. En attendant, le pays ne disposera en tout que de 12 appareils vieillissants.

Autre exemple avec les hôpitaux, qui fondent dès que le thermomètre s’emballe : le mois passé, on a vu des soignants se cotiser pour s’offrir un climatiseur mobile, pendant que l’État annonçait fièrement une commande d’urgence de 30.000 appareils dont personne ne sait comment elle va être réellement financée, ni comment l’appel d’offre va être passé.

Dans le même temps, le même État lance un plan à 50 milliards d’euros d’ici 2035 pour de l’éolien offshore, assorti d’un régime d’aides d’État de 11 milliards approuvé par Bruxelles, et ce, alors que les parcs déjà installés produisent peu voire parfois rien et que le retour sur investissement se mesure en décennies (s’il y a un retour). 50 milliards pour un pari dont on ignore encore le rendement, mais pas un sou pour climatiser des hôpitaux, voilà un arbitrage qui se passe de commentaire.

Rassurez-vous, il en va de même pour les établissements scolaires.


Face aux canicules à répétition, EDF et la Banque postale ont sorti 130 millions d’euros pour équiper 12.500 établissements. L’intention est louable, mais rapportée aux plus de 80.000 écoles du pays, la goutte d’eau s’évapore avant de toucher le sol. Et comme on pouvait déjà le lire ici en 2019, le sujet ne date pas d’hier : cela fait des lustres qu’on redécouvre, chaque été, que l’été peut-être cuisant. Au rythme où vont les gesticulations, les annulations de brevet ou de baccalauréat vont pouvoir continuer les prochaines années.

Pendant ce temps, la France consacre des milliards à l’aide militaire et humanitaire à l’Ukraine, et le défilé du 14 juillet 2026 sera d’ailleurs placé sous le signe de la coalition, 10.000 soldats et pilotes ukrainiens compris. Soutenir l’Ukraine est un choix politique possible mais on peut aussi noter que, ce 2 juillet, la justice allemande a formellement accusé les autorités ukrainiennes d’avoir commandité le sabotage des gazoducs Nord Stream, sabotage qui a contribué à faire exploser la facture énergétique des ménages européens, français compris.

Financer généreusement celui qu’un parquet voisin soupçonne d’avoir allumé la mèche de votre propre inflation, c’est couillu ; le faire alors que les finances sont au bord de l’effondrement, cela dépasse l’étrange pour confiner au suspect.

Ces exemples s’accumulent et s’ajoutent, de surcroît, au millefeuille administratif dont l’OCDE constate l’étendue et la valeur ajoutée… « ouverte à discussion », pour le dire gentiment.

Ainsi, la France entretient plus de 430 opérateurs de l’État, des centaines de groupements d’intérêt public et plus de 2000 officines, agences et établissements dont les missions se chevauchent, s’entremêlent et se papouillent avec une créativité admirable, pour un coût estimé de 77 milliards d’euros par an (une broutille, détendez-vous !). Le gouvernement rêvait d’économiser deux à trois milliards en fusionnant tout cela ; le Sénat, plus lucide (?), estime que 500 millions serait déjà un objectif ambitieux.


L’appareil administratif est si morbidement obèse que plus personne n’ose espérer le dégraisser sérieusement.

Et on touche là au vrai sujet : les dépenses publiques françaises ont atteint 57,2 % du PIB en 2025, un record mondial, dont une dizaine de points ne sont que de l’emprunt maquillé en recette. Le déficit culmine à 5,1 % du PIB et la dette affiche un 3.536 milliards d’euros bien joufflu. Mais pour couronner le tout, cet argent produit peu et même de moins en moins.

La santé en est l’illustration parfaite : la France dépense plus que la moyenne pour des résultats en dessous, et l’on estime que plus de 20% des soins prodigués seraient inutiles, soit une vingtaine de milliards jetés par les fenêtres chaque année.


Quant aux retraites, l’OCDE relève que la France y consacre (dans une décontraction de plus en plus mesurée) presque le double de ce que versent les autres pays riches. Alors, certes, ici, le résultat n’est pas nul puisque le taux de pauvreté des retraités y figure parmi les plus bas d’Europe, mais cette performance se paie au prix d’une fiscalité vexatoire, d’une dette obèse que plus personne ne sait comment honorer, et d’un impact sur la compétitivité des emplois français qui apparaît clairement négative (pour ne pas dire catastrophique à présent).

Le message de l’OCDE n’est donc pas seulement qu’il faut dépenser moins, mais bien qu’il faut dépenser moins ET mieux dépenser ce qui reste, ce qui suppose de couper fermement là où l’argent ne sert à rien : le millefeuille et ses 77 milliards, les 20 milliards de soins inutiles, les paris énergétiques dont le rendement est grotesque, les dépenses extérieures dont on ne maîtrise ni le coût ni le retour. Et il faudrait que le tout soit en retrouvant, accessoirement, le sens élémentaire des priorités, celui qui voudrait qu’on achète de quoi éteindre les incendies et rafraîchir les hôpitaux avant d’isoler somptueusement les toilettes.

Rien n’indique hélas qu’on en prenne le chemin, tant l’ampleur des coupes nécessaires paraît sous-estimée par toute la classe politique, celle qui tient la gamelle comme celle qui tourne autour en attendant son tour. On continue donc de commander du caviar sous un toit troué, en s’étonnant benoîtement que la pluie tombe à l’intérieur.

Ce pays est foutu.


https://h16free.com/2026/07/08/84656-la-france-depense-largement-pour-ses-retraites-mais-peine-a-se-payer-un-ventilo

6 juillet 2026

H16
6/7/2026

1000 € le fonctionnaire, 90.000 € les 100 kg : bienvenue dans la République à prix cassés

Un café offert, une place pour le match, un billet de 200€ « pour dépanner » et puis, un jour, une question anodine : « Tu peux juste me dire si Machin est en garde à vue ? » Trop tard, le fonctionnaire est ferré.

Multipliez ce petit manège par les 7 milliards € de chiffre d’affaires annuel du narcotrafic français et vous obtenez une machine à acheter la République pièce par pièce, de la surveillante de prison au maire de province. À ce tarif, l’État n’est même plus à vendre : il est soldé.


Le constat, (étonnamment) dressé dans une récente enquête de Radio France, est proprement effarant.

Selon l’Agence française anticorruption, 60% des affaires de criminalité organisée comportent désormais un volet de corruption. Les signalements pour corruption et favoritisme ont bondi de 45% en 3 ans pour atteindre 1125 cas en 2025, pendant que les règlements de comptes faisaient 110 morts en 2024. Quant au législateur, il reconnaît lui-même que 173 villes sont touchées et qu’il n’existe plus de « zones blanches » épargnées par le trafic. Il est loin le temps où quelques ports français, dont la cité phocéenne, jouissaient seule du douteux privilège d’avoir une mafia ; à présent, la gangrène irrigue tout le territoire, jusqu’au moindre chef-lieu de canton.

Et ce constat ne tombe pas du ciel, les exemples abondent.

Dans la Drôme, la préfète annonçait fin juin l’interpellation de 67 personnes en quelques semaines, dont 10 tueurs à gages, et le démantèlement de trois équipes criminelles armées de kalachnikovs et de fusils à pompe, le tout sur fond d’incendie criminel d’un immeuble d’habitation à Valence qui aura blessé 14 personnes.

La mexicanisation du pays est telle que même la préfète admet « qu’on a passé un cap dans le cycle de la violence », dans un département qui évoque plutôt le nougat que Medellín.


À Marseille, capitale incontestée de la narco-corruption, le parquet traite désormais 31 dossiers de corruption, contre 17 quelques mois plus tôt, au point qu’une cellule anticorruption, première du genre en France, y a été créée en octobre dernier.

On y découvre ainsi une greffière du service de l’application des peines écrouée pour avoir renseigné la DZ Mafia, un avocat lyonnais mis en examen pour avoir servi de standard téléphonique nocturne à un chef de réseau incarcéré, et même un agent de l’Office anti-stupéfiants (OFAST) censé incarner le fer de lance de la lutte qui comparaîtra prochainement pour corruption… OFAST qui qualifie cette narco-corruption de « menace systémique » (c’est une expertise de terrain, manifestement).

La corruption va si loin que les réseaux « investissent dans l’avenir », et se sont donc logiquement intéressés aux municipales de 2026, en demandant par exemple aux édiles de déplacer une caméra de vidéosurveillance, d’attribuer un local ou un logement, de dégoter un emploi fictif, un permis de construire ou une part de marché public, avec en échange des voix, des associations de quartier bien orientées, voire un financement de campagne qui fera d’une pierre deux coups en blanchissant au passage l’argent de la came.

Le président de la commission des comptes de campagne le dit sans détour : « la capacité corruptive est immense ». De Limoges à Vannes en passant par Poitiers ou Angoulême, plus aucune sous-préfecture n’est trop modeste pour mériter son petit investissement narcotique de derrière les fagots.


Il faut dire que le chemin vers la corruption est remarquablement bien balisé, et les trafiquants ne s’attaquent pas aux ministres, trop chers et trop exposés. Ils ciblent les maillons faibles de la chaîne pénale, le surveillant endetté, la greffière isolée, le docker en mal de reconnaissance, avec une grille tarifaire connue et presque attendrissante de modestie : 1000 euros pour un renseignement, 500 euros par téléphone introduit en détention, 90 000 euros pour faire entrer 100 kilos de cocaïne par les ports de Marseille ou du Havre.

À la prison de Luynes, on a saisi 2100 téléphones en 2025 pour environ 2300 détenus, ce qui donne un excellent taux d’équipement de la population carcérale et, accessoirement, de la porosité du personnel pénitentiaire. Pour la partie patrimoniale, les notaires font l’affaire : Tracfin a vu leurs signalements tripler en deux ans.

Pendant ce temps, la couverture médiatique du sujet oscille entre le minimal et l’anesthésiant.

Hormis l’enquête récente de France Inter, un grand angle de Slate et le travail méritoire mais occasionnel de la presse régionale, le sujet se cantonne souvent au rayon « faits divers », entre la fête à la saucisse et le happening lecture queer organisé par la mairie, alors qu’il s’agit d’une entreprise méthodique de rachat de l’appareil d’État.

On ne trouve pas de Une nationale pour montrer qu’on a dépassé quelques brebis galeuses, et qu’on est face à un système entier. Pour les médias nationaux, il y a peu à dire, et surtout rien à titrer.

Bien sûr, si certains en croquent, d’autres en pâtissent, à commencer par le contribuable français qui finance chaque année des dizaines de milliards pour la police, la justice et les prisons, avec pour résultat un appareil répressif que les trafiquants neutralisent pour le prix d’une citadine d’occasion.


Autrement dit, le contribuable paie deux fois : une première pour une répression qui ne réprime pas, une seconde pour les enveloppes qui achèvent de l’enrober dans le néant. D’ailleurs, avec l’élégance feutrée dont elle est coutumière, la Cour des comptes a résumé l’affaire en décembre dernier en notant qu’en matière d’anticorruption, le secteur public français est une « béante faille ».

En effet, la loi Sapin 2 impose depuis 2016 aux entreprises privées cartographies des risques, protocoles de signalement et compliance rigoureuse, alors que le secteur public s’est soigneusement exonéré de toute obligation équivalente. Le dispositif anticorruption national plafonne à une vingtaine de millions d’euros par an sur 1500 milliards de dépenses publiques (une erreur d’arrondi), qui permettent à peine d’enregistrer 934 infractions à la probité en 2024, 300 à 400 condamnations par an depuis quinze ans, plus de la moitié des procédures classées sans suite, et une France qui glisse doucement dans les tréfonds du classement de Transparency International dans l’indifférence générale.

Et concrètement, inexorablement à la faveur de cette gangrène, le pouvoir se déplace et n’est plus exactement à l’Élysée, mais plutôt avec celui qui choisit quel fichier de police sera consulté, quel téléphone entrera dans quelle cellule, quel message sortira par quelle « ligne avocat » et, bientôt, quel maire sera élu dans quelle commune. L’État achève de devenir un théâtre avec ses apparences, ses cortèges et ses conférences de presse pendant que les trafiquants récupèrent la substance et les coulisses.

Nayib Bukele, au Salvador, avait résumé la mécanique avec sa brutalité coutumière : quand la corruption s’installe ainsi à tous les étages d’un État, c’est que les autorités elles-mêmes y trouvent directement leur compte, et l’on ne commence à s’en sortir qu’en destituant les juges corrompus (ce que, du reste, il fit sans trembler). Ici, une telle idée ne déclenche que des cris d’orfraie, où l’on préfère créer un énième parquet spécialisé, un observatoire supplémentaire et un plan quadriennal de la probité. Avec un numéro vert, pourquoi pas.

La France, elle, continue tranquillement sa descente aux enfers, rongée par deux maux. Le premier, celui de la corruption, a atteint les autorités, les administrations et les politiciens. Le second, plus grave et plus insidieux encore, a atteint les citoyens : c’est celui du déni. En refusant obstinément de voir l’ampleur du problème, ces derniers se rendent incapables de le régler.

Ce pays est foutu.


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