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11 janvier 2026

Jean Mizrahi

- 11/1/2026 - Comme je l’indiquais déjà il y a quelques jours, je crains que la révolte actuelle du peuple iranien contre le régime des ayatollahs ne débouche sur un changement de régime véritablement radical. Cette inquiétude ne tient pas à la légitimité de la colère populaire, qui est profonde, massive et parfaitement compréhensible, mais à l’absence criante de conditions politiques permettant de transformer une insurrection en révolution victorieuse.
La contestation iranienne ne s’appuie sur aucun mouvement politique structuré, doté d’une organisation, d’une chaîne de commandement et, le cas échéant, d’une capacité de défense armée. Or l’histoire montre qu’aucun régime autoritaire solidement installé ne tombe durablement sous la seule pression d’une mobilisation spontanée, aussi courageuse soit-elle. À cette faiblesse organisationnelle s’ajoute l’attitude de Reza Pahlavi, qui demeure à l’extérieur du pays alors même que sa présence physique en Iran serait essentielle s’il entendait incarner une alternative crédible au pouvoir actuel. On ne devient pas un leader historique en restant à distance du champ de bataille. Un chef politique se reconnaît à sa capacité à prendre des risques, à structurer une action collective et à se placer à l’avant des troupes, non à multiplier les déclarations depuis l’étranger.
Cette posture alimente malheureusement l’idée que Reza Pahlavi ne se projette pas véritablement comme un futur chef d’État. Il ne fédère pas, n’organise pas, ne propose pas de stratégie concrète de transition, et laisse ainsi un vide politique au cœur même de la contestation. Je le regrette d’autant plus que je reste convaincu qu’un modèle institutionnel de type monarchie constitutionnelle, à l’image du système britannique, pourrait constituer une solution pertinente pour l’Iran : un souverain garant de la continuité historique, de l’unité nationale et des équilibres fondamentaux, et un Parlement pleinement souverain pour gouverner et légiférer.
Pendant ce temps, la répression s’installe et s’intensifie. Elle sera, très probablement, d’une extrême brutalité. J’aimerais me tromper, mais le rapport de force semble aujourd’hui largement en faveur du régime, qui peut encore compter sur des milices idéologiquement loyales, lourdement armées et entraînées à écraser toute contestation intérieure sans états d’âme. Face à elles, la population civile est désarmée, fragmentée et privée de relais institutionnels solides.
L’hypothèse d’une intervention américaine demeure incertaine. Les mouvements d’appareils de combat vers le Moyen-Orient peuvent laisser penser qu’une option militaire est à l’étude, mais rien ne garantit qu’une telle intervention, même ciblée, suffirait à provoquer l’effondrement du régime. À supposer même que le guide suprême soit neutralisé, la question centrale resterait entière : que se passerait-il le lendemain ? L’absence de forces politiques organisées et légitimes rendrait extrêmement difficile la reconstruction démocratique du pays et ouvrirait la voie à une phase prolongée d’instabilité, voire de chaos.
Nous sommes donc face à un moment historique profondément ambivalent : un instant chargé d’espoir, porté par le courage et la détermination d’un peuple qui refuse la tyrannie, mais aussi un moment lourd d’inquiétude, tant les conditions politiques, stratégiques et institutionnelles d’une véritable transition semblent aujourd’hui insuffisamment réunies.