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20 août 2023

Raphael Landau

Jean-Paul Brighelli : « Dans 1 an ou 2, la France sera à feu et à sang. »

Dans cet entretien de 20 minutes d'une rare franchise, Jean-Paul Brighelli donne son analyse des émeutes qui se sont déroulées début juillet. Il explique les solutions qui doivent être prises sans tarder de peur de voir la France sombrer pour de bon. À regarder quelle que soit votre opinion. 23/7/2023

https://www.youtube.com/watch?v=I2vBUDbxCTc

10 juillet 2023

Pour comprendre les émeutes (vidéo)

Jacques COTTA

Après les émeutes, pillages et destructions de biens publics ou privés, contrairement aux responsables politiques, aux éditorialistes ou encore à quelques youtubeurs, posons ici les vraies questions qui permettent de dégager les responsabilités : les émeutiers c'est qui ? Les causes réelles, c'est quoi ? Les vrais responsables sont où ? Quelles réponses apporter ? Les orientations des hommes politiques, parlons-en...


7 juillet 2023

Yann Bizien

Emmanuel Macron a fait étape à Pau hier pour une nouvelle séquence de "communication" à côté du Maire de la ville, François Bayrou.
L'homme le mieux renseigné, car il dispose de tout l'appareil d'Etat pour cela, voulait "prendre son temps" pour comprendre les "causes profondes" de l'embrasement du pays auprès d'un centriste. Pour cela, il a été à la rencontre du "ventre mou" de la politique en France, c'est-à-dire ce segment de la politique en quête permanente d'équilibre.
François Bayrou, le "commissaire au Plan", est pourtant chargé de "voir loin et large", de comprendre l'état et les besoins du pays et de proposer au pouvoir une planification méthodique de la politique nationale.
Gouverner, c'est en effet prévoir, mais pas seulement : c'est surtout choisir, décider et agir.
(...)  
Emmanuel Macron et Gérald Darmanin n'ignorent rien de l'état de délitement et d'ensauvagement du pays. Ils disposent pour cela de services spécialisés capables de recueillir une énorme quantité de données, de les travailler, d'élaborer et de synthétiser du renseignement intérieur fiabilisé. Ils ne peuvent pas affirmer qu'ils n'imaginaient pas cet embrasement brutal dans toute la France. Ils ne peuvent pas dire qu'ils ne voient pas les menaces et le défi existentiel intérieur.
Le pouvoir ment. Il connaissait les risques. Il laisse filer le temps. Il ne traite pas notre problème qui nous prend de plus en plus à la gorge. Il a trahi les Français.
La prochaine flambée se dirigera peut-être sur le 16ème arrondissement de Paris, sur les pavillons bourgeois et sur les centres de pouvoirs parisiens. Elle aura peut-être un leader pour la mobiliser et pour orienter et coordonner son action.
Il est urgent de remplacer la classe politique du déni, de la lâcheté, de la culture de l'excuse, de la soumission et de la compromission avec la 5ème colonne par des dirigeants fermes et surtout courageux.
(...)

« Si nous en sommes là, c’est à cause d’une immigration de peuplement massive »

Pierre Brochand : « Le pronostic vital du pays est engagé »

Propos recueillis par Eugénie Bastié
AU COEUR DES ÉMEUTES


« Si nous en sommes arrivés là, c'est aussi, et peut-être surtout, en raison de l'idéologie dominante, qui a justifié et même glorifié l'immigration de peuplement massif, subie depuis un demi-siècle », affirme l'ancien directeur général de la DGSE, qui ajoute : « Toute possibilité de renverser la vapeur passe, d'abord, par la réduction à leur plus simple expression des flux d'accès au territoire et à la nationalité »
Pierre Brochand a été directeur général de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) de 2002 à 2008, ainsi qu'ambassadeur de France, notamment en Hongrie et en Israël. Sa parole est extrêmement rare dans les médias. En exclusivité pour le « Figaro magazine », il livre son regard sur les émeutes, un moment charnière de notre histoire. Selon lui, nous vivons la révolte contre l'État national français d'une partie significative de la jeunesse d'origine extra-européenne présente sur son territoire. Cette explosion est le résultat de décennies d'aveuglement et de propagande envers une immigration de peuplement dont on n'a jamais mesuré les conséquences. Il analyse le cocktail fatal que devait constituer la rencontre entre une société des individus fondée sur l'ouverture et la démocratie et l'arrivée de diasporas entières au bagage culturel totalement différent. Est-il trop tard?
Auteur d'une intervention remarquée à l'Amicale gaulliste du Sénat, l'ancien directeur de la DGSE - qui est intervenu lors d'un colloque de la Fondation Res Publica sur le thème : « Pour une véritable politique de l'immigration » - invite à ne pas commettre les mêmes erreurs que par le passé et livre ses pistes pour sortir de cette crise inédite dans l'histoire de la France.
Dans votre intervention au Sénat en novembre 2022, vous évoquiez plusieurs scénarios provoqués par l'immigration incontrôlée qui sévit dans notre pays depuis des années : interdiction, absorption, négociation, séparation, affrontement. Les émeutes qui se sont produites pendant cinq jours montrent-elles selon vous que c'est le scénario de l'affrontement qui domine?
Au vu de ce qui s'est passé ces jours derniers, j'aurais du mal à vous contredire. Je voudrais aussi indiquer d'entrée de jeu que je n'ai pas l'habitude de commenter l'actualité à chaud, source d'erreurs ou d'à-peu-près. Mais quand les circonstances imposent à l'esprit un événement charnière de cette envergure, il est difficile de résister à la tentation.
Pour en revenir à « l'affrontement », il survient inéluctablement lorsque tout le reste est abandonné, inopérant, dépassé. Car, vous l'avez rappelé, quand un groupe humain cherche à s'installer chez un autre, il n'y a que cinq possibilités. Reprenons-les brièvement, afin de remonter la chaîne des causes qui conduit à nos malheurs d'aujourd'hui.
« L'interdiction », à savoir la fermeture des frontières au nom du principe de précaution (la voie polonaise), n'a jamais été sérieusement envisagée chez nous, les frères jumeaux de l'humanisme et de l'économisme se donnant la main pour y veiller.
De même, l'« assimilation » a été rapidement abandonnée, sans tambour ni trompette, par renoncement à nous-mêmes, mais aussi nécessité, face à des flux trop massifs pour qu'elle puisse fonctionner.
D'où l'enthousiasme pour « l'intégration », sorte de compromis miracle, d'inspiration anglo-saxonne, où chacun fait un pas vers l'autre, tout en gardant son quant-à-soi. Force est de reconnaître que cette démarche n'a que médiocrement réussi en France. D'une part, et à l'inverse de l'assimilation, le contrat minimal qui la sous-tend - « respect des lois » contre « emploi » - fait peser l'essentiel de l'effort sur le pays d'accueil, en matière de débours financiers comme d'entorses à ses principes (mérite et laïcité). D'autre part, l'accès au travail ne peut être que limité, pour des immigrants à très faible qualification et qui, parfois, s'auto-excluent du marché pour des raisons qui leur sont propres. De sorte que les « intégrés », certes plus nombreux que les « assimilés », ne sont pas pour autant majoritaires.
La « séparation » n'est que le résultat de ce bilan insatisfaisant. Ce qui n'est guère surprenant, puisque la partition est la pente naturelle de toute société « multi », où chacun vote avec ses pieds et se recroqueville auprès des siens. Je ne connais pas d'exception à cette règle d'airain, en particulier quand les appartenances relèvent de civilisations différentes. Règle qui se borne, d'ailleurs, à acter l'effondrement de la confiance sociale, proportionnel à la « diversité » ambiante.
C'est ainsi que se constituent les « diasporas », noyaux durs, ni assimilés, ni intégrés, à tendance non coopérative, véritables poches de tiers-monde, où se développe une double dynamique de dissidence, sans corde de rappel. D'un côté, la pression sociale que génèrent ces entités, en faveur des moeurs, croyances et modes de vie d'origine, les écarte de plus en plus de ceux du pays d'accueil : d'où un phénomène de divergence générationnelle, jamais vu auparavant, mais que les troubles actuels valident sans discussion. D'un autre côté, ces enclaves ne cessent de s'auto-engendrer, en « boule de neige », grâce à un taux d'accroissement naturel élevé et un engrenage d'aspiration juridique par le biais, entre autres, du regroupement familial.
Cette marche vers la sécession a tétanisé nos élites, qui en ont vite perçu le potentiel explosif. Mais, au lieu de la bloquer, puis de mener une stratégie patiente de roll back, elles se sont contentées d'un containment à court terme, à coups de subventions et reniements clientélistes, enrobés dans un discours fumeux de dénégation ou d'euphémisation, visant à acheter la paix sociale au jour le jour.
Mais tant va la cruche à l'eau qu'elle se casse. Quand les diasporas, en gonflant démesurément (au bas mot 5 millions d'admissions supplémentaires depuis 2005), atteignent une masse critique qui les rend confusément conscientes de leur force irrésistible, quand les compromissions et les concessions unilatérales deviennent autant d'aveux de faiblesse appelant à la transgression, quand ces contre-sociétés portent l'audace à s'ériger en souverainetés concurrentes sur un même espace « un et indivisible », eh bien, le couvercle de la Cocotte-Minute finit par sauter, dès que l'occasion se présente.
En 2005, une première éruption en chaîne avait servi d'avertissement. Hors la tentative d'apaisement budgétaire par la « politique de la ville », il n'en a été tenu aucun compte. Le déchaînement des jours derniers, d'une tout autre envergure, n'est que l'aboutissement de cet aveuglement.
Qu'est-ce qui vous semble différent par rapport au scénario de 2005?
Je veux être honnête avec vos lecteurs. Je ne possède aucune information qu'ils n'ont pas. Je m'efforce seulement d'analyser les choses, selon deux principes très simples : d'une part, les causes entraînent des conséquences (« ce qui doit arriver arrive »), d'autre part, le seul critère décisif pour évaluer une situation de conflit est le rapport de force. Il n'est pas inutile de rappeler, d'abord, que des émeutes isolées sont monnaie courante depuis quarante ans, aux quatre coins du pays, sous l'étiquette technocratique de « violences urbaines ». Au point que plus personne ne leur prête attention, comme si elles faisaient partie du paysage. Erreur fatale.
L'embrasement de 2005 nous a enseigné qu'il suffisait d'une étincelle pour mettre le feu à la plaine. On a donc retrouvé ces jours-ci plusieurs traits de ce qui s'est passé il y a dix-huit ans.
Même démarrage, consécutif à une présumée « bavure » policière. Même violence polymorphe à triple finalité : « métapolitique » (contre tout ce qui représente la France et son État), utilitaire (pillages d'envergure), gratuite (vandalisme nihiliste). Mêmes auteurs quasi-exclusifs : les jeunes hommes de banlieue, où ils font régner la loi du plus fort. Même ressemblance apparente avec les flambées racialisées des « ghettos » américains. Même prédilection pour la nuit, à l'instar de toutes les guérillas du monde. Même cadre exclusivement urbain. Même restriction, de part et d'autre, quant à l'usage des armes les plus létales, à la différence, cette fois, des États-Unis. Mais, aussi, même impuissance des forces de l'ordre, pourtant mobilisées à leur maximum, à calmer une mer démontée. On veut également croire au caractère pareillement spontané de cette explosion « façon puzzle », sans coordinateur national, ni encadrement militant : on ne discerne toujours pas de comité central, de « shura » islamique ou de syndicat de dealers, à la manoeuvre derrière les « casseurs ». On ne discerne pas non plus l'émergence d'un mouvement ayant le retentissement et la pérennité de « Black Lives Matter », la tentative de récupération initiale par le clan Traoré relevant de la parodie.
Mais, au-delà de ces similitudes avec le passé, les différences sont éclatantes et vont toutes dans le sens d'une exceptionnelle aggravation de « quantité », mais aussi de « qualité ».
En termes d'amplitude, les statistiques officielles donnent à penser - aux historiens de le vérifier - que rien de comparable ne s'est produit dans les villes françaises depuis la Révolution de 1789 ou, au minimum, les semaines ayant suivi la Libération. En particulier, on ne peut être qu'effaré par l'extraordinaire prolifération de la dimension délinquante, sorte de jaillissement paroxystique de la surcriminalité endémique des diasporas. Malheureusement, ces informations taisent le nombre de protagonistes, que l'on peut évaluer très approximativement entre 100 000 et 200 000 personnes (en appliquant le ratio optimiste de 1 % aux effectifs appréhendés chaque nuit). Estimation au doigt mouillé, mais qui permet, au moins, de mettre en doute le cliché rassurant de « l'infime minorité ».
Quels sont les changements de nature de ces émeutes?
Ils sont, à mon avis, de trois sortes.
Le premier tient au rôle décuplé des réseaux sociaux, devenus à la fois des accélérateurs de concurrence mimétique et des multiplicateurs de transparence en temps réel. Impact malaisé à mesurer, mais probablement majeur.
Un deuxième caractère inédit est la propagation des troubles dans les très petites villes de province, jusque-là tranquilles, reflet inquiétant de la dissémination de l'immigration sur l'ensemble du territoire, parfois à l'instigation des pouvoirs publics.
Dernière spécificité, la plus sacrilège, les razzias ont pénétré les centres des métropoles, y compris Paris, jusqu'aux Champs-Elysées, soit, mutadis mutandis, l'homologue de la « zone verte » hyperprotégée de Bagdad.
On pourrait ajouter à cette liste de nouveautés l'entrée en lice, çà et là, de casseurs politisés d'origine européenne. Néanmoins, nul ne perçoit une « conjonction des luttes » entre ces probables black blocks, à la poursuite du Grand Soir, et les masses juvéniles déchaînées, sans projet de lendemain. Sinon que tous surchargent pareillement le travail de la police.
Il reste que ces innovations s'avèrent un formidable réveil en fanfare, pour tous ceux qui ne se sentaient pas concernés ou se voulaient choqués, par les avertissements des lanceurs d'alerte, décrétés intouchables par les médias. Là aussi, il va falloir se résigner à admettre que certains ont eu tort et d'autres raison, et que faire litière des « fantasmes d'extrême droite » serait une preuve d'honnêteté intellectuelle.
Lorsque la fièvre retombera - car elle retombe toujours, après une montée aux extrêmes -, la roue crantée de l'Histoire aura fait un tour supplémentaire, et l'effet de cliquet nous aura portés à un niveau d'hostilité sociale encore plus intense que celui à l'origine de la déflagration. Il y a peu encore, des esprits malicieux voyaient dans le jeu du chat et de la souris, pratiqué dans les banlieues, une simple réédition en farce des tragédies coloniales : je crains que la condescendance de cette raillerie de Marx ne soit plus de saison.
En tirera-t-on les leçons qui s'imposent, à savoir que le pronostic vital du pays est engagé? Envisagera-t-on d'autres remèdes qu'un énième « plan banlieue »? Les choses étant ce qu'elles sont, j'en doute fort. Mais je pense que nous reviendrons sur ce point capital.
Certains parlent de « guerre civile ». Est-ce un terme approprié pour décrire les événements?
J'apprécie votre question, car définir les choses, ce n'est pas ratiociner, mais tenter de mieux les comprendre. Il y a incontestablement des prémices de « guerre civile » dans ce que nous vivons. Mais j'écarterai l'expression, à deux titres. La guerre désigne une lutte « armée » et « sanglante » entre « groupes organisés » : nous n'en sommes là sous aucun de ces trois rapports, même s'il serait indécent d'oublier que la police compte de nombreux blessés. Quant à l'adjectif « civil », il se réfère aux citoyens d'un même État : s'il me semble inapproprié, c'est, d'une part, parce que les étrangers sont sans doute nombreux à s'activer, d'autre part, parce qu'au risque de choquer, je tiens les binationaux et ressortissants qui s'attaquent aux représentations de la France comme s'excluant de la communauté nationale. Sans compter que la grande majorité de la population, silencieuse et attentiste, reste absente, en position de simple spectateur. Le seul lien commun à tous étant celui du désir de consommation, vu à travers le pouvoir d'achat pour les uns, la « prise sur le tas » pour les autres.
Plusieurs autres dénominations ont fleuri ces derniers jours. Faute de davantage de renseignements, je ne peux retenir la « sédition », laquelle suppose une action concertée et préparée, bien que - je ne le nie pas - on puisse aisément déceler plusieurs strates d'intervenants, depuis de très jeunes adolescents hilares, à la limite de la débilité, jusqu'à des « hommes en noir », beaucoup plus professionnels, qui semblent savoir ce qu'ils font.
Quant à l'« insurrection », qui vise à renverser un pouvoir établi, elle me paraît également inadéquate, puisque le tumulte se borne à « détruire et voler » (ce pourrait être sa devise), sans proposer la moindre solution de remplacement : nous restons dans une contestation radicale, mais qui ne voit pas au-delà du bout de son nez.
Les notions de guérilla ou d'émeute seraient pertinentes, mais désignent de simples modes d'action, à l'instar du terrorisme.
Pour ma part, je qualifierai la présente catastrophe de « soulèvement ou révolte contre l'État national français, d'une partie significative de la jeunesse d'origine extra-européenne présente sur son territoire ». Avec, pour enjeu principal, le monopole de la violence légitime sur ce même espace. Formulation certes alambiquée, mais qui me paraît décrire, au plus près, le stade de décomposition auquel nous sommes parvenus. En attendant mieux.
« Il y a deux préconditions à l'action : la transparence statistique et le rejet du discours intimidant », disiez-vous au Sénat. Que signifie « rejeter le discours intimidant »?
Je rappelle à vos lecteurs que le « discours intimidant », auquel vous faites allusion, ne s'adresse nullement aux émeutiers, que rien n'impressionne, mais à ceux qui, à l'approche de la tempête, ont voulu sonner le tocsin et que l'on a cherché à faire taire par ce moyen.
Cela dit, je vais devoir prendre un détour pour vous répondre.
Si nous en sommes arrivés là, c'est aussi, et peut-être surtout, en raison de l'idéologie dominante, qui a justifié et même glorifié, l'immigration de peuplement massif, subie depuis un demi-siècle.
On ne saurait, en effet, expliquer les développements actuels, sans en revenir au changement de modèle de société, survenu dans les années 1970. À mon sens, tout part de là.
Nous avons, à l'époque, cru franchir un nouveau pas dans l'émancipation humaine en passant de l'État national moderne à la Société des individus (SDI), soit de l'autodétermination collective à sa version individuelle : transition avalisée sans remords par tous nos « dirigeants » depuis lors. Mais nous avons, en même temps, suscité un gigantesque « effet de ciseau », en déclenchant simultanément deux évolutions absolument incompatibles.
D'une part, en effet, la SDI a mis de nouvelles priorités à l'ordre du jour, l'une positive (le droit au bonheur privé d'êtres libres et égaux, sans attaches fixes, au sein d'un espace mondial indifférencié), l'autre négative (la déconstruction du paradigme de l'État régalien, porteur de l'intérêt public dans un espace cloisonné par des frontières, dernier obstacle sur la voie de l'idéal). Soit un conte de fées, reposant sur un postulat insensé, où tout serait commensurable et, donc, procédural, entre des êtres interchangeables, vides d'identités collectives, oublieux des inimitiés qu'elles engendrent, dont le seul horizon serait une planète sans rivages. C'est-à-dire, en pratique, une construction postpolitique, en permanence sur le fil du rasoir, génétiquement menacée par la « guerre de tous contre tous », et surtout hautement vulnérable à quiconque ne serait pas un « bobo » hédoniste, doux et accommodant, revenu de tout. Bref, une société « ouverte », mais ne pouvant survivre qu'au prix d'une homogénéité et d'un conformisme d'acier, c'est-à-dire en restant « fermée »!
D'autant que, d'autre part, dans un véritable élan suicidaire, cette même SDI a fait rentrer par la fenêtre les identités collectives qu'elle était censée avoir mises à la porte. Sous deux aspects.
D'abord, en remplaçant le « gentil bobo » par le « méchant wokiste », qui considère la nouvelle donne moins comme une opportunité d'épanouissement qu'une occasion de réparation rétrospective pour les minorités « opprimées », animées de ressentiment. Ensuite, et à ce titre, en ouvrant grand les portes à ces victimes superlatives que sont les « damnés de la terre », en provenance du tiers-monde, entrant chez nous au nom de droits individuels et s'y installant comme des « communautés » hétéronomes et endogamiques, en rupture orthogonale avec les codes ayant justifié leur venue.
D'où cette seconde quadrature du cercle : une société liquide, bienveillante et accueillante, volontairement délestée des moyens d'autodéfense légués par l'Histoire, qui se voit télescopée par un gigantesque météorite de sa fabrication. Du « plein, venu d'hier et d'ailleurs » s'engouffrant dans l'anomie d'un « vide, d'ici et maintenant ».
Comment les gardiens de ce nouveau temple - juges, journalistes, experts, universitaires, assistés du choeur antique des artistes et footballeurs - ont-ils manoeuvré pour repousser l'échéance de son écroulement?
Le logos a fait long feu, à force d'incohérences : « l'immigration n'existe pas; elle a toujours existé; elle n'a pas commencé; c'est une fatalité, non pardon un devoir moral, non encore pardon un impératif économique; il suffit d'y mettre les moyens; de toute façon, ils sont déjà là; on n'y peut plus rien; ils sont français comme vous et moi, etc. ».
L' ethos s'est pareillement ridiculisé au contact du réel : les injonctions au « vivre ensemble » et à la « mixité sociale », le refrain de la « riche diversité », le « principe de fraternité », cher au Conseil constitutionnel, sont devenus autant de vaines incantations ou même d'oxymores, motifs à ricanements. Quant à l'appel lancinant aux « valeurs républicaines », sa vacuité a fini par lasser les mieux disposés, dont j'aurais pu être. À vrai dire, tout ce que la nation avait réussi à inculquer, en matière de « décence commune », à force d'épreuves partagées, n'est plus vécu que comme un rituel orchestré.
Reste le bon vieux pathos, cet ultime et éternel levier des régimes peu assurés d'eux-mêmes. C'est dans cette perspective que s'inscrit - j'y arrive - le « discours intimidant ». Faute de pouvoir contraindre les corps, on a voulu emprisonner les esprits par le verrouillage des affects. À savoir l'intériorisation de la culpabilité, d'une part, et la diversion par la peur, d'autre part, somnifères traditionnellement prescrits aux peuples dont on craint le réveil.
C'est pourquoi l'accusation de « racisme », à la confluence de ces deux « passions négatives », est la clé de voûte du système, lequel se ramène à la mise en examen permanente du peuple français, que des « indices graves et concordants » chargent de tous les malheurs de la terre : guerres mondiales, colonisation, génocide juif, réchauffement climatique, indifférence aux noyades, etc.
Le but est de confiner les mentalités dans le très étroit couloir de pensée, défini par l'État de droit (autre appellation de la SDI), dont il est la condition nécessaire, encore qu'insuffisante, de la viabilité. Ainsi, pour empêcher les « dérapages » et les franchissements de lignes jaune ou rouge, hors du corridor, a été mise en place une peine de mort sociale, moins douloureuse que celle physique mais tout aussi effective, infligée aux seuls réfractaires à la xénophilie obligatoire.
Car, nous en sommes là, pris au piège d'un simple mot - « racisme » -, détourné de son sens originel, pour englober tous ceux qui se posent la question de savoir si l'idéologie, que je viens de décrire, ne nous précipite pas dans un gouffre.
Reconnaissons que le chantage a admirablement réussi jusqu'ici. Va-t-il, cette fois encore, résister au formidable désaveu de la réalité, quand celle-ci vient nous démontrer que les plus haineux, ou les plus « racistes », si l'on préfère, ne sont pas ceux qu'on croit?
Après les premières heures de sidération, on est hélas obligé de constater que le psittacisme, très rapidement de retour sur les ondes et les écrans, a la vie dure. En revanche, en eussé-je douté que je n'ai plus beaucoup d'hésitation à imaginer ce que la majorité des Français « pense tout bas ».
Peut-on selon vous récupérer ces territoires perdus de la République? N'est-il pas trop tard?
Il est vraiment très tard pour revenir sur des décennies d'abdications cumulées.
C'est pourquoi on ne dénoncera jamais assez ceux qui ont laissé s'installer la machine infernale, en ont vu venir les conséquences potentielles, mais n'ont rien fait pour les éviter, se bornant à mettre la tête dans le sable, ou à ne la sortir que pour des mesures sans effet, voire contre-productives. Des dizaines de lois « fermes et humaines », des centaines de milliards engloutis pour en arriver à un pays moribond, dont l'existence est désormais en jeu.
Incompétence? Hypocrisie? Arrogance? Naïveté? Entre-soi? Je mettrai au premier plan le manque de courage, face à la peur panique d'être qualifié de « raciste », signe d'une carrière aussitôt terminée. J'en veux pour preuve le double discours de ces mêmes politiques, qui, en visite à l'étranger, loin de leurs bases, se laissent aller, devant des diplomates, comme je le fus, à des confidences peu amènes sur les réalités de leurs fiefs électoraux, avant de rentrer en France pour y entonner derechef l'hymne aux « valeurs républicaines ».
Néanmoins, mon caractère, aussi bien que mes antécédents professionnels, m'imposent de ne pas baisser les bras. Étant entendu que, désormais, toute réaction ne peut être que brutale, voire féroce, si l'on veut lui donner une chance de remonter le courant.
En premier lieu, il convient de rétablir une hiérarchie rationnelle des priorités : l'accès aux toilettes en fonction du genre ou les dangers du pétainisme renaissant sont certes des préoccupations honorables, mais ce que nous vivons recommande de les remplacer par d'autres, plus impérieuses. De même a-t-on le droit de suggérer que le « réchauffement climatique », présenté comme le péril des périls, à prévenir de toute urgence et par tous les moyens, vient de se faire rattraper par celui, autrement plus rapide, de nos banlieues? Le principe de précaution serait-il à géométrie variable?
En deuxième lieu, un élève moyen de CE1 nous le conseillerait : pour sortir d'un trou, il convient, d'abord, d'arrêter de le creuser. Combien de fois faudra-t-il répéter que toute possibilité de renverser la vapeur passe, d'abord, par la réduction à leur plus simple expression des flux d'accès au territoire et à la nationalité? C'est faisable, les voies en sont connues, il suffit d'avoir le cran de s'en donner les moyens juridiques et matériels.
Enfin, pour s'en tenir à l'essentiel et au plus pressé, il convient de combattre, sans merci ni relâche, le sentiment d'impunité, dont l'omniprésence semble avoir nourri la désinhibition tous azimuts de ces jours derniers. En d'autres termes, s'impose un changement de pied radical en matière pénale, par abaissement de l'âge de la majorité pertinente et en rétablissant, pour tous, des peines de prison fermes et effectives, suivies d'incarcérations immédiates, fussent-elles de courte durée, en cas d'atteinte aux biens publics et aux forces de l'ordre, de vol en bande organisée, de trafic de drogues, de violences sur les personnes, etc. Et surtout, punir la récidive par des peines exponentielles. On peut aussi imaginer de transformer en prisons pour courtes peines des bâtiments pouvant s'y prêter. N'étant pas juriste, je m'en tiendrai là, mais je suis convaincu que les Français auront du mal à ratifier un laïus à la Hugo, du type « une école qui ouvre, c'est une prison qu'on ferme », surtout quand font brûler les écoles ceux-là mêmes qui devraient être en prison...
À plus long terme, ce sont évidemment l'Éducation nationale et l'État providence, qui devraient faire l'objet d'une remise en question, du sol au plafond. Mais pourquoi ne pas frapper les esprits tout de suite par des décisions spectaculaires, en décrétant, par exemple, le port obligatoire de l'uniforme en primaire et au collège dès janvier ou la revalorisation substantielle des allocations familiales, en les limitant à l'avenir à trois enfants?
Mais, par pitié, que l'on ne ressorte surtout pas du magasin des accessoires une relance de la politique de la ville : personne - en tout cas, pas moi - ne croit plus à l'efficacité du « borlooisme », ce matérialisme intégral qui croit pouvoir éteindre par l'argent et l'urbanisme des incendies dont le combustible est religieux, historique et ethnique. Cette réponse pourrait même s'avérer la pire, puisqu'elle reviendrait, comme déjà dans le passé, à récompenser la révolte.
Nos gouvernants ont une opportunité unique de s'extraire du carcan dans lequel ils se sont eux-mêmes engoncés, et de bénéficier, en prime, de l'approbation d'au moins trois quarts des Français. Ce qui n'arrive pas tous les jours. Saisiront-ils l'occasion? Auront-ils la détermination de sortir de la pensée mécanique et de l'approche centriste et balancée, qu'ils affectionnent, mais qui ne fait que prolonger un immobilisme désastreux? Retrouveront-ils, par un coup de baguette magique, la capacité politique de dire non? Le souhaiter, c'est faire le pari risqué de leur conversion au réel.
Les émeutes sont très commentées à l'étranger. En tant qu'ancien diplomate, comment évaluez vous l'image qu'elles renvoient de notre pays?
C'est un crève-coeur. Avec mes anciens collègues, nous avons passé nos vies à défendre et promouvoir l'image de la France dans le monde. C'est un travail de Sisyphe : les gains y prennent des siècles, les chutes quelques jours et parfois quelques heures. Ayant commencé ma carrière sous le général de Gaulle, je peux comparer ce que fut notre réputation et ce qu'elle est devenue. L'abîme donne le vertige.
Pour les avoir pratiqués abondamment, je sais exactement ce qui se passe dans la tête de nos interlocuteurs étrangers, quand ils notent que, pour la deuxième fois en très peu de temps, la France a dû annuler, au motif de troubles intérieurs, des événements aussi longuement préparés que les visites du roi d'Angleterre en France, puis du président de la République en Allemagne. En outre, les innombrables vidéos qui leur parviennent, en continu et à la vitesse de l'éclair, leur donnent une vision infiniment plus précise et humiliante de nos malheurs que par le passé.
Les mieux intentionnés portent un regard navré sur un pays qui fut grand, mais qui n'est plus, pour eux, que le laboratoire avancé des folies migratoires européennes. D'autres, en Pologne et en Hongrie, se réjouissent sur le mode « je vous l'avais bien dit » : j'ai représenté notre pays à Budapest, combien de fois n'y ai-je entendu « Nous avons le privilège de voir, en avant-première, les dégâts que l'immigration non européenne cause chez vous, nous ne voulons surtout pas vous imiter ». En Algérie ou au Mali, d'où viennent nombre des familles de « jeunes révoltés », les tenants du régime rient sous cape du bon tour joué à l'ex-colonisateur. L'Iran et la Russie nous renvoient ironiquement nos critiques en matière de maintien de l'ordre public. Mais, aux yeux de tous, nous sommes désormais « l'homme malade » du continent, du Conseil de sécurité, du G7 et du G20.
S'il ne faut pas sous-estimer notre discrédit auprès des investisseurs et des touristes, dont le rapport risque/bénéfice guide les comportements, le plus alarmant demeure qu'un État, qui ne « tient » pas son territoire, n'est plus crédible, ni même audible sur la scène internationale.
C'est pourquoi je me permets de conseiller humblement à nos dirigeants d'observer une période de sobriété sur ce terrain, afin de pouvoir se consacrer pleinement à l'immense tâche de remise en ordre intérieure. Ce qui ne devrait évidemment pas interdire de réagir avec une vigueur, dont nos partenaires ont perdu l'habitude, aux provocations de ceux qui profiteraient du désarroi pour nous manquer encore davantage de respect. L'absence totale de réaction publique à l'ahurissante note de la diplomatie algérienne du 29 juin, s'inquiétant du sort de ses ressortissants « dans l'épreuve », alors que nombre d'entre eux y contribuent, montre combien notre faiblesse au-dedans est couplée avec celle au-dehors. J'en veux pour autre preuve la diatribe du grotesque Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, accusant de « racisme » et de « discrimination » notre police, laissée elle aussi sans riposte apparente.
En un mot comme en mille, moi aussi, « j'ai mal à ma France ».

3 juillet 2023

Ces émeutes qui bousculent la réalité alternative

H16

Ces derniers jours, l’univers s’est fracturé et la réalité des uns et des autres a connu une violente rupture. Pour certains, la surprise est totale. Pour d’autres, en revanche, la seule surprise est de voir que les premiers écarquillent les yeux devant ce qui était une évidence depuis des lustres…

Ainsi, la réalité médiatique s’est brutalement retournée entre jeudi et dimanche.

Les dernières soirées de juin furent apparemment et selon la presse, le début d’une véritable guerre civile en France. Surmédiatisant absolument tout ce qui se passait dans quelques endroits spécifiques du pays, la presse a largement alimenté un sentiment de panique qu’on pouvait lire un peu partout, à tel point que la presse étrangère en déduit à présent que la France, toute la France, d’un bout à l’autre de son territoire, est complètement livrée aux hordes barbaresques.

La presse nationale, fidèle à ses habitudes, a goulûment relayé les saillies politiques des épaves socialistes et communistes les plus en vue des partis d’extrême gauche et autres écolopathes politisés frétillants d’idiotie qui s’enthousiasmaient sur les réseaux sociaux de ces pillages et de ces violences absurdes en leur trouvant autant d’excuses que d’explications. L’inévitable noria de sociologues de médias et autres experts des cités émotives s’est mise en place sur les plateaux télé et radio pour nous débiter les âneries habituelles afin de faire passer des curées d’animaux sans dressage ni culture pour des révoltes politiquement motivées.

Rapidement cependant, la réalité des racailleries et autres pillages apparut pour ce que c’était vraiment, et à mesure que les folliculaires dépêchés sur place se faisaient niaisement prendre à partie, la presse s’est retrouvée entre le marteau de la réalité et l’enclume du pouvoir, pas du tout décidé à laisser transparaître l’image pourtant évidente qu’il était totalement sinon dépassé, au moins impuissant à faire régner l’ordre dans ces quartiers.

Et là, à la troisième nuit, alors que le gouvernement commence à mettre la pression sur les réseaux sociaux, le “miracle” se produit, au moins dans la presse : tout rentre dans l’ordre rapidement, ou presque.

L’Obs invente rapidement le nouveau concept d’émeutes calmes (après tout, CNN avait bien proposé l’idée d’incendies criminels essentiellement pacifiques) et décrète qu’il n’y a plus rien à signaler.


Pour d’autres propagandistes, la nuit, bien que pleine de violences, est aussi plus calme ce qui permet déjà d’entrevoir la fin des événements et le retour à la normale (mais si). En somme, ça se passe mieux, ça rentre dans l’ordre, circulez, il n’y a rien à voir et surtout rien à distribuer sur les réseaux sociaux.

N’oubliez pas : “Si ce n’est pas dans les médias, ça n’existe probablement pas” comme le disait ce clown de Julien Pain, fact-checker dans l’une de ces officines de bras cassés payées par le contribuable pour lui faire comprendre que ce qu’il voit n’est pas ce qu’il voit, ce qu’il entend est une hallucination et ce qu’il comprend est en réalité une théorie du complot raciste d’extrême-droite.

Pendant que la presse se débat donc avec une réalité un peu trop mobile et souple pour ses vieux réflexes gauchistes, c’est la réalité des bobos de centre-ville qui est aussi bousculée avec vigueur : ce ne sont plus seulement de lointaines banlieues qui crament, mais aussi les petites boutiques de quinoa inclusif en bas de chez eux. L’horreur est d’autant plus grande qu’elle est subitement proche et que l’État est littéralement aux abonnés absents malgré la pléthore de numéros verts agressivement niais qu’il a mis en place.

Même la réalité de la cocosphère a été bousculée : appelant à une inévitable et caricaturale convergence des luttes au début des événements, les habituels petits agitateurs de la France Insoumichon se sont rapidement retrouvés confrontés à un espace-temps différent de celui qu’ils espéraient arpenter avec gourmandise.

N’appelant surtout pas au calme dans les derniers jours de juin, estimant même parfaitement normaux les violences, pillages et émeutes désorganisés que les banlieues subissaient alors, les voilà tout piteux deux jours plus tard lorsque ces mêmes pillages, émeutes et autres débordements citoyens, festifs et intersectionnels parviennent jusqu’à leurs petits quartiers tranquilles, lorsque les pillards n’hésitent pas à prendre à partie des élus et lorsque certains comptes commencent à se régler sans octogone et sans règle.


Sans pitié, la réalité rattrape aussi cette insupportable passionaria écoco-consciente, qui, la gueule grande ouverte pour adorer les émeutes lorsqu’elles touchaient ces lambdas qu’elle méprise, se retrouve soudainement solidaire des victimes lorsqu’elles sont, comme elle, adoubées du suffrage électoral.


Que la réalité est dure pour ces bataillons d’imbéciles.

En revanche, les observateurs pragmatiques n’ont absolument pas été surpris.

Comme ils l’avaient prévu, ceux qui avaient cru choisir entre Macron et le chaos ont eu à la fois Macron et le chaos. Finalement, ce n’est que justice : l’imbécilité finit toujours par avoir des conséquences coûteuses. Si on peut nier la réalité, on ne peut nier longtemps les conséquences de sa négation.

Comme ils l’avaient prévu, des décennies de laxisme judiciaire et politique, créant des zones de non-droit hermétiques, ont permis à ce qui était un problème de société de devenir un cancer métastasé. La réalité d’une partition du pays n’est plus un fantasme que pour ceux qui n’ont pas encore eu l’arrière-train cramé par des feux d’artifices (de plus en plus de feux, de moins en moins d’artifices) et ceux-là sont moins nombreux chaque jour.

Comme ils l’avaient prévu, la crise actuelle est l’occasion de mettre en place de nouvelles restrictions de liberté. Macron et sa troupe tapent, de façon aussi débile que scriptée, sur les réseaux sociaux et sur les jeux vidéos (le rock’n’roll a été injustement oublié) mais personne n’est dupe et tous les individus disposant d’un QI à 3 chiffres comprennent qu’il s’agit une fois encore de profiter d’une bonne crise pour contraindre, limiter, asservir et cogner ceux qui ont un réel pouvoir d’organisation et de réponse concrète, efficace, contre l’État et ses expédients.


Comme ils l’avaient prévu, les autorités vont s’aplatir et trouver de l’argent gratuit pour calmer le jeu : les populations calmes et corvéables à merci paieront. Bien sûr, cela n’a absolument jamais marché, ni en rêve, ni sur un malentendu, mais les autorités étant essentiellement composées d’imbéciles et d’incultes, il ne faut pas s’étonner de les voir répéter des recettes du passé, comme un “Cargo cult” de l’échec politique coûteux.


Comme ils l’avaient prévu, les choses devront bien rentrer dans leur ordre naturel, rapidement : le petit business des cités émotives, sa chaîne logistique en flux tendu, ses consommateurs prêts à payer et ses patrons exigeants, ne peuvent pas se permettre trop de jours de fête et d’arrêts intempestifs. Ces émeutes ont été l’occasion pour le gouvernement de mettre un frein “temporaire” aux opérations des douanes et des brigades de stup’ partout en France, ce qui a permis à toute la bonne schnouffe de la période estivale d’arriver en grande quantité sur le territoire sans être gênée. La vague diversion a remarquablement bien fonctionné et l’Élysée pourra donc continuer à multiplier les lignes (de discours oiseux, bien entendu).

Bref, tout se déroule comme prévu, c’est-à-dire de plus en plus mal. Les Jeux Olympiques viennent, à cette occasion, de disposer d’une publicité hors norme, d’une communication mondiale sur l’étendue des services de sécurité et la solidité de l’appareil d’État. Pour le Comité olympique, pour Hidalgo, pour la France, c’est véritablement une vitrine (cassée à coup de crosse d’AK47) et une mission déjà réussie.

Ah, décidément, il est loin le bon temps où nos forces de l’ordre savaient faire régner le calme et la tranquillité dans tout le pays !

Sur l’embrasement des banlieues

Maxime Tandonnet
(pour le Figaro du 30 juin 2023)


Dix-huit ans, déjà... Le 27 octobre 2005, les banlieues françaises s’embrasaient à la suite du décès de deux jeunes garçons à Clichy-Sous-Bois, qui s’étaient réfugiés dans un transformateur d’EDF pour échapper à un contrôle policier. Parties de Seine-Saint-Denis, les émeutes se sont répandues comme une traînée de poudre sur tout le territoire français : plus de 300 communes ont été touchées. Elles ont duré quasiment trois semaines, jusqu’au 17 novembre.

Le bilan de ces événements fut dramatique : 10 000 véhicules et plus de 200 bâtiments publics ont été incendiés, en particulier des crèches, des écoles, des milliers de mètres carrés de bâtiments commerciaux et industriels. 130 policiers ont été blessés, de même que des sapeur-pompiers et des soignants, parfois à la suite de tirs à balles réelles. Les événements ont fait au moins deux morts. Plus de 12 000 policiers et gendarmes ont été déployés en sécurisation dans les quartiers. 4500 personnes ont été placées en garde à vue et 800 écrouées. Pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, le gouvernement a été contraint, le 8 novembre, de décréter l’état d’urgence. La fin du quinquennat de Jacques Chirac avait été gravement ternie par cette dramatique secousse.

Le spectre de ces événements, presque 20 ans après, plane aujourd’hui sur la classe dirigeante française. La mort de Nahel, le jeune homme de 17 ans tué à Nanterre par le tir d’un policier à la suite d’un refus d’obtempérer a provoqué deux nuits d’émeute marquées par des violences, des tirs de mortiers et incendies de mairies. Le pouvoir politique redoute que les violences se propagent et devoir affronter une situation comparable à celle de l’automne 2005. Pour des personnalités aussi obnubilées par leur image personnelle et s’identifiant comme « progressistes », un embrasement des cités serait un désastre politique – après la crise des Gilets jaunes, le mouvement social sur les retraites – qui montrerait une nouvelle fois à la face du monde entier la France dans le chaos.

Sur une longue période, tous les gouvernements et de toutes les majorités échouent sur la question des banlieues. Depuis 2005, quatre présidents de la République se sont succédé au pouvoir, et huit premiers ministres. En près de vingt ans, tout se passe comme si rien n’avait changé malgré les efforts financiers gigantesques accomplis par la Nation en faveur des cités sensibles. Un rapport de la Cour des comptes du 2 décembre 2020 « sur l’évaluation de l’attractivité des quartiers prioritaires » a pointé les dépenses réalisées dans ce but : « Depuis 40 ans, la politique de la ville a pour objectif de réduire les écarts entre les quartiers dits « prioritaires » et les autres, en améliorant les conditions de vie de leurs habitants. L’État y consacre environ 10 milliards d’euros chaque année, auxquels s’ajoutent les financements de la rénovation urbaine et les dépenses, difficilement mesurables, des collectivités territoriales. »

En vérité, tout le monde était prévenu du caractère explosif de la situation. L’ancien ministre de l’Intérieur, Gérard Colomb, lançait le 3 octobre 2018, lors de sa cérémonie de passation de pouvoir, un avertissement solennel au gouvernement qu’il quittait : « Monsieur le Premier ministre, si j’ai un message à faire passer – je suis allé dans tous ces quartiers, des quartiers nord de Marseille, au Mirail à Toulouse, à ceux de la couronne parisienne Corbeil, Aulnay, Sevran – c’est que la situation est très dégradée et le terme de reconquête républicaine prend là tout son sens parce qu’aujourd’hui dans ces quartiers c’est la loi du plus fort qui s’impose, celle des narcotrafiquants et des islamistes radicaux, qui a pris la place de la République. Il faut à nouveau assurer la sécurité dans ces quartiers mais je crois qu’il faut fondamentalement les changer, quand des quartiers se ghettoïsent, se paupérisent, il ne peut y avoir que des difficultés et donc (…) il faut une vision d’ensemble car on vit côte à côte et je le dis, moi je crains que demain on ne vive face à face, nous sommes en face de problèmes immenses ».

Ces propos ont été à l’époque vivement reprochés à l’ancien maire de Lyon, dès lors qu’ils se limitaient à présenter un état des lieux alarmiste sans formuler de solution. Chacun se doute bien qu’il n’existe d’ailleurs guère de remède magique et que les incantations ou les provocations sont un exercice toujours plus facile que l’action authentique. Il reste que le monde politique, toutes tendances confondues et sur le long terme, est face à un échec dramatique. La question centrale est celle de l’autorité dans les quartiers qui ont été qualifiés de « territoire perdus de la République ». Encore une fois, sur plusieurs décennies, la tragédie de cités sensibles, alimentée par l’échec scolaire, le désœuvrement, la loi des trafics, est le fruit de flux migratoires qui ont été insuffisamment maîtrisés, favorisant la ghettoïsation dont parle M. Colomb, dans le contexte d’un chômage gigantesque, de l’aggravation de la pauvreté et non accompagnés des politiques d’intégration – surtout par la formation et le travail – suffisantes.

L’autre enjeu fondamental est celui de la restauration du lien social quartier par quartier notamment grâce à l’école – comme le proposait le plan Borloo en 2018 malheureusement peu suivi – et aussi grâce à l’action des maires et des entreprises. Car il existe aussi des exemples de réussites qui gagneraient à être mieux connus. Rien ne sera possible, enfin, sans un renouveau sur le plan des valeurs. Même si cela peut paraître utopiste, plutôt que l’idolâtrie autour de sportifs millionnaires, il serait temps, à travers l’école, d’essayer de réhabiliter auprès des jeunes la passion de l’histoire et de la littérature et de l’art et de leur proposer ainsi une vision de la France appelant la fierté plutôt que la violence.

Le mérite de Gérard Colomb, à l’époque, est d’avoir eu le courage et la lucidité de dire la vérité ce qui est une première étape pour tenter de sortir de l’impasse. La classe dirigeante s’est malheureusement empressée d’oublier ce discours de vérité, comme noyée dans l’exubérance communicative, l’autosatisfaction dans tous les domaines, les polémiques et les provocations en tout genre, un spectacle de plus en plus déconnecté du réel. Pour essayer de relever un défi aussi gigantesque, sur plusieurs décennies, le préalable est un retour du politique au monde des réalités, de préférence aux gesticulations et aux chimères.

30 juin 2023

Affaire Nahel

Gastel Etzwane

Nanterre : cette nuit, les émeutiers ont affronté la police au cri de « Allah Akbar ».
Une sirène d’alerte à la population a retenti à Antony et dans plusieurs villes du 92 cette nuit selon plusieurs témoins.
Pour autant, soyez assurés que la véritable menace est constituée lorsque des jeunes affichant des symboles identitaires défilent sans causer aucun dégât.
On pourrait se dire qu’au vu de ces images de guerre (raciale) civile, les Français vont enfin se rendre compte que leur pays est occupé, et que ce ne sont plus des zones de non-droit qui existent en France, mais des territoires conquis, de plus en plus grands, avec une population hostile équipée en armes lourdes, qui a les capacités de résister aux forces de police. Voire même à l’armée.
Mais en réalité, je n’y crois absolument pas. Les cerveaux sont tellement lessivés que les gens sont persuadés que la véritable menace vient d’une extrême droite fantasmée, et qu’il n’y a pas pire danger que l’arrivée de Geoffroy Lejeune au journal du dimanche. Alors que tout cela ne représente qu’une petite vaguelette dans le monde de la bourgeoisie de droite.

29 juin 2023

BATAILLES, SANS HERNANI

Gabriel Nerciat

Le grotesque et la farce, toujours, dans le tragique : depuis Hugo, spécialité française.
Nous sommes en train de voir un président de la République qui, il y a moins d'une semaine, voulait radicaliser la confrontation militaire et diplomatique avec la Russie en légitimant l'adhésion officielle de l'Ukraine à l'OTAN, et qui aujourd'hui a la trouille au cul, comme on dit trivialement, parce qu'une partie des banlieues allogènes du pays commence à s'embraser.
Plutôt la guerre nucléaire que d'envoyer les flics ou l'armée mater les insurrections urbaines. Cela pourrait être très dangereux, sûrement.
Une bonne école, quand même, l'ENA, il n'y a pas à dire.