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4 mars 2025

Marc Amblard

UNE GUERRE SUR DEUX FRONTS

Gabriel Nerciat

- 4/3/2025 - Raphaël Glucksmann dit BHL le Jeune, nouveau Byron de ce début de millénaire, a demandé aux courageux bourgeois bohèmes qui ont voté pour lui aux dernières élections européennes de constituer séance tenante des Brigades internationales du VIIe arrondissement de Paris pour aller combattre dans le Donbass aux côtés des Ukrainiens abandonnés par l'ignoble et illibérale Amérique de Trump.
Lors du meeting qu'il a organisé devant l'esplanade des Invalides, face à deux cents personnes, les membres de son fan club lui ont répondu qu'ils étaient d'accord mais n'accepteraient de monter au front qu'avec des chars à batterie électrique.
Mais pas des chars Tesla, ont-ils précisé avec véhémence.
Il faut combattre jusqu'au bout le nouvel Hitler slave, mais aussi le réchauffement climatique. Pas l'un sans l'autre, ont-ils conclu avant de regagner leurs foyers ; l'un avec l'autre.
Taciturne, Raphaël est rentré chez lui à pied. Son ami Christophe Dechavanne n'était pas en mesure de le ramener en voiture.

3 mars 2025

LES RUSES DE LA VIE

Gabriel Nerciat

C'est bête et mal foutu, la vie, n'est-ce pas ?
On est amoureux d'une fille quand elle ne veut pas de vous, et puis quand elle commence à vous trouver quelque attrait, c'est vous soudain qui êtes lassé de la convoiter.
Le frère cadet de ma grand-mère, lui, me racontait que, jeune homme à la fin de la guerre de 14, il détestait viscéralement le cinéma muet.
Et puis, un jour, à Marseille, un ami l'a emmené voir Les Lumières de la ville, qui l'a tellement bouleversé qu'il a vu le film trois ou quatre fois d'affilée, mais c'était trop tard. Le cinématographe était devenu parlant, et on ne diffusait plus en salles les vieux films de Charlot (eh oui, jeune internaute, sache qu'au début des années 1930, Youtube et les DVD n'existaient pas encore ; tu te rends compte de l'état de barbarie ?).
Nos amis européistes, c'est un peu la même chose.
Pendant des décennies, ils nous disaient : "La construction européenne, c'est la paix. Vous, les souverainistes, vous n'aimez que la guerre et voir le sang couler. Même Mitterrand le dit."
Maintenant, ils nous disent : "Notre devoir est de combattre la Russie. Vous, les souverainistes, vous êtes des lâches et des sales pacifistes. Vous ne voulez pas aller faire la guerre à Poutine pour sauver notre soeur l'Ukraine. Même Macron le dit."
Pendant des décennies, ils ont adulé les Etats-Unis - souvent sans rien connaître du pays à part les images d'Epinal sur Martin Luther King, le débarquement de Normandie, les joueurs de jazz de la Nouvelle-Orléans et l'assassinat d'Abraham Lincoln travesti en champion international de l'antiracisme et de l'égalité universelle entre les hommes.
Ils nous disaient : "Vous êtes des anti-américains primaires, des gens haineux, des complices de Staline. Si les Ricains étaient pas là, on serait tous en Germanie et vous seriez trop contents."
Maintenant ils nous disent : "Vous êtes vendus à Trump et à l'Oncle Sam. L'Amérique, c'est le Klu Klux Klan, la musique country pourrie, la ploutocratie mafieuse, les westerns fascistes de John Wayne et le génocide des Indiens. Un pays pour vous, en fait. Pourquoi vous n'y allez pas ?"
La vie est mal foutue, mais c'est ainsi.
C'est elle souvent qui nous trahit, bien plus que nous ne trahissons ce que nous attendions d'elle.
Peu importe. Quand la petite fleuriste parvient à voir Charlot, elle n'est pas déçue, bien que ce soit un vagabond.
Comme elle, les européistes ont recouvré la vue, mais le roi adulé qu'ils découvrent maintenant en pleine lumière leur a mis d'emblée, souverainement, son poing dans la gueule.
Ils n'ont pas fini de maudire le soleil sous les feux duquel ils aimaient tant se prélasser. 3/3/2025

POURQUOI LES DIRIGEANTS EUROPÉENS S’OPPOSENT MAJORITAIREMENT À LA PAIX EN UKRAINE ?

Marc Amblard

- 3/3/2025 - Nous sommes nombreux à nous interroger sur les raisons qui poussent l’Union européenne à rejeter les négociations russo-ukrainiennes et partant, à éviter les solutions d'apaisement, à commencer par celles proposées Outre-Atlantique.
Pour faire court et simple, on peut exposer trois raisons majeures.
Raison 1 – Le bouc émissaire
Les politiciens imputeront toujours leurs échecs à une autre entité ou à une autre personne. L’UE va s’effondrer, et ils le savent. La guerre servira de diversion pour qu’ils puissent blâmer la Russie.
Raison 2 – La conservation du pouvoir
L’expérience montre qu’en période de conflit, les dirigeants en place ont plus de chance d’être réélus. D’une part, parce que la présence d’un ennemi désigné tend à mobiliser les électeurs autour d’une figure d’autorité et d’autre part, ils sont moins enclins au changement considérant que cela pourrait amplifier les difficultés. Selon le degré de gravité, on peut même imaginer un état d’urgence qui permettrait de reporter les élections.
Raison 3 – L’attrait du billet vert
L’industrie de l’armement, principalement américaine, a besoin de guerres pour maintenir son chiffre d’affaires et les cours de bourses. À titre d’exemple, le chiffre d’affaires de la plus grande compagnie, Lockheed Martin (US) s’élevait à plus de 61 Milliards en 2023. À l’instar du lobby pharmaceutique, des budgets très importants sont alloués aux responsables politiques pour promouvoir les décisions bellicistes. Ce commerce de l’influence peut prendre différentes formes : missions d’audit lucratives, pantouflage (post mandat), conférences hautement rémunérées, avances sur droits d’auteur (ouvrages à publier…), souscription d'actions à terme… Sans compter qu'une guerre est une excellente façon de blanchir de l'argent sale.
Il existe bien sûr d’autres raisons dont certaines peuvent être légitimes. Cependant, ces trois-là sont suffisamment connues et répandues pour ne pas les ignorer. La porosité entre le monde politique et le monde des affaires n’a malheureusement cessé de s’accroître ces dernières années.

Macron se mêle d’IA, le désarroi s’installe

H16

- 3/3/2025 - Comme l’annonce Emmanuel Macron en fanfaronnant depuis son compte X, la formidable dynamique du Sommet de l’IA à Paris se poursuit, alors bon, c’est décidé, fini de rire, et en avant ! La France, fermement cornaquée par son extraordinaire président, se lance à l’assaut de l’Intelligence Artificielle et entraînera avec elle toute l’Europe dans une conquête triomphale de l’avenir de l’Humanité. Envoyez la musique !


Cependant, avant cette consécration, il faudra probablement régler quelques petits soucis, car pendant que ça cabotine joyeusement du côté de l’Élysée, les services administratifs de l’État continuent d’empiler les échecs informatiques avec une constance troublante : dans une presse particulièrement discrète, on apprend ainsi que le projet informatique Scribe, ce logiciel de rédaction de procédures pénales destinés à la police et la magistrature françaises, vient d’être abandonné après neuf longues années de merdoiements intenses.

Son histoire mérite d’être contée, tant elle se rapproche des précédentes foirades mémorables de l’État en matière d’informatique et dont ces colonnes font la recension régulière, et peut remonter au remplacement, déjà chaotique, d’un outil logiciel des années 90, le LRP, qui fonctionnait avec une relative satisfaction de ses utilisateurs mais, malheureusement sur un système d’exploitation plus que vieillissant (MS-DOS).

En 2010, LRPPN est donc déployé dans le but de le remplacer. Sans même évoquer les ratages que furent, en parallèle et dans les mêmes domaines, les logiciels ARDOISE et CASSIOPEE, force est de constater que c’est un douloureux échec : plantages, lenteurs, difficile adaptation par rustines multiples aux changements constants de procédure pénale, l’informatique pénale tourne au cauchemar pour la police.

En 2016, il est donc décidé de lancer un nouveau projet, Scribe, dont CapGemini remportera l’appel d’offre. Cependant, après 13 millions d’euros (sur les 8 prévus au départ) et neuf années de bricolages frénétiques, le constat est sans appel : c’est un fiasco. Le souci étant que le logiciel LRPPN, toujours en usage, n’est plus apte à faire son travail et entraîne une multiplication des vices de procédures dont profitent directement les prévenus…

En somme, le président d’un pays incapable de doter ses administrations des outils informatiques essentiels se croit capable de lancer sa bureaucratie sur l’intelligence artificielle avec cet aplomb que seuls les cuistres peuvent déployer en braillant, l’air bravache, « l’intendance suivra ! » avant de trotter, sabre au clair, au milieu d’un champ de betteraves.


Heureusement et pendant ce temps, les entreprises privées du reste du monde n’attendent pas les gesticulations du président français, virilement parti de son côté pour faire avancer les IA « frugales et respectueuses de l’environnement dans une gouvernance mondiale inclusive » et patin-couffin.

Ainsi, outre les modèles de moteur d’IA les plus avancés (Grok 3, GPT 4.5, Gemini 2.0, …) dont les dernières versions sont maintenant disponibles et qui dépassent chaque mois les capacités et performances des précédentes versions, l’intelligence artificielle commence à voir ses domaines d’application s’étendre de plus en plus vite.

C’est par exemple le cas dans celui de la modélisation des génomes avec le modèle d’IA Evo-2 : avec ce moteur totalement open-source, l’IA ne se contente plus de décrire la biologie, elle peut la concevoir et créer une vie synthétique à partir de zéro, des génomes complets ou simuler des cellules entières. Evo-2 prédit les effets des mutations sur les protéines et l’ARN, et les aptitudes des organismes à partir de leur génome.

Les potentialités sont stupéfiantes et les dérives possibles évidemment énormes.


Dans le domaine de la santé, l’IA assiste de plus en plus le personnel médical et si on l’utilise déjà pour l’analyse de l’imagerie médicale, son taux de succès étant maintenant meilleur que celui des radiologues, d’autres usages se font jour chaque mois qui passe. Dernièrement, il apparaît que l’analyse des signaux d’électrocardiogramme par l’IA permet d’obtenir une aussi bonne mesure de l’état du myocarde que des procédures jusqu’alors invasives (ici, la pose d’un cathéter sur le muscle cardiaque droit, ou CCD).

On peut aussi citer les avancées de l’IA en cybersécurité, soit du côté offensif (l’IA est utilisée pour attaquer une cible et produire ensuite un rapport circonstancié des points faibles repérés pour que le client puisse mieux se protéger, comme le propose Dreadnode), soit du côté défensif (l’IA est utilisée pour construire, dans le contexte d’une entreprise, l’ensemble des stratégies de protection et les règles à appliquer pour obtenir le niveau de protection désirée), les deux approches pouvant se complémenter.

Bien sûr, il ne s’agit ici que de quelques exemples saillants d’un mouvement d’ensemble plus profond : tous les domaines d’activités sont (ou seront très bientôt) touchés par l’intelligence artificielle et on comprend, dans ce cadre, les frétillements de la classe politique pour feindre d’organiser ce qui leur échappe complètement.

En outre et pour ceux qui en doutaient encore, ces évolutions en matière d’intelligence artificielle marquent le fossé – voire le véritable canyon – qui se creuse entre l’Europe d’un côté, et la Chine et les États-Unis de l’autre. La première a vigoureusement choisi de réglementer et de lancer sa bureaucratie à l’assaut des entreprise qui investissent le domaine, pendant que les seconds déblaient autant de terrain que possible pour qu’elles se développent.

Cependant, à l’instar de l’informatisation de la société qui a permis dans tout l’Occident d’engloutir les gains de productivité ainsi obtenus dans des États providence obèses, on peut à présent redouter que l’Europe et la France choisissent résolument d’utiliser l’intelligence artificielle pour aider le continent à s’accommoder de sa bureaucratie paralysante.

Malgré tout et comme le prouve le projet Scribe, le calibre phénoménal des incapables de compétition qui nous gouvernent actuellement permet de rester optimiste : l’Europe et la France s’effondreront heureusement sous le poids de leur bureaucratie, l’IA n’y pourra rien et c’est tant mieux.


https://h16free.com/2025/03/03/80330-macron-se-mele-dia-le-desarroi-sinstalle

2 mars 2025

Kuzmanovic Georges

Adieu Marianne !

- 2/3/2025 - 18 journalistes, dont les figures les plus importantes, quittent l'hebdomadaire qui aura été pendant des années le vaisseau amiral de la gauche républicaine et souverainiste – c'est un déchirement.
Mais c'est ainsi, Daniel Kretinsky qui possède le média et Denis Olivennes, exécuteur de ses basses œuvres, veulent une autre ligne éditoriale : européiste, globaliste, néolibérale, néocons même et surtout bien obséquieuse envers Emmanuel Macron qui ne supporte pas la liberté de ton à son encontre.
Marianne devient conforme à une politique et une Union européenne pourtant en déroute.
Sic transit gloria mundi.
Ève Szeftel qui incarne le nouveau projet éditorial, marque avec l'interview de Bruno Tertrais et son éditorial la nouvelle ligne géopolitique du journal : alors que le monde change, Marianne plonge dans le néoconservatisme le plus rance. (...).