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10 décembre 2025

Stéphane Rozès
10/12/2025

Mon analyse de l’articulation entre la situation internationale, européenne, française, et la guerre en Ukraine.
Entretien avec Natalia Routkevitch pour La Nouvelle Revue Politique.

Dans cet entretien, Stéphane Rozès propose son analyse de la crise politique en France, de ses liens avec les processus européens et mondiaux, ainsi que des perspectives d’évolution des relations entre l’Europe et la Russie.

• Le titre de votre dernier livre, « Chaos. Essai sur les imaginaires des peuples », consacré aux processus politiques en cours en France et à leurs liens avec ce qui se passe dans le monde, sonne d’une actualité brûlante. Le « chaos » est-il, selon vous, le terme le plus approprié pour qualifier ce qui se passe en France comme dans le monde ces dernières années ? Quelles en sont, à votre avis, les causes principales ?

L’état de chaos dans lequel s’est trouvé le monde contemporain résulte du fait que la mondialisation, pour la première fois dans l’histoire, ne s’effectue pas sous la domination d’une communauté humaine – cité-État, empire ou nation impériale – mue par ses propres représentations et des intérêts clairement formulés autour desquels pouvaient se structurer des coopérations ou des affrontements religieux ou politiques. Aujourd’hui, la mondialisation est portée par des forces désincarnées – les marchés et les technologies – sous l’égide d’un régime néolibéral transnational. Dans mon essai, j’en retrace la généalogie intellectuelle et objective.

La globalisation économique, financière et numérique actuelle s’est autonomisée par rapport à la mondialisation des civilisations et des peuples, dotés de leurs imaginaires, façons pérennes de voir, d’être qui leur sont propres.

Chaque peuple possède un « imaginaire » pérenne et singulier qui encastre des représentations et des institutions religieuses et politiques, des rapports sociaux, techniques et géopolitiques variables pour s’adapter au réel.

Ainsi l’histoire ne résulte pas de la force des idées ou des forces matérielles, mais à travers la dialectique entre les imaginaires stables, ses formes et le réel changeant. Le chaos actuel est la conséquence directe du fait que la mondialisation néolibérale déstabilise les imaginaires établis des civilisations et des peuples.

Le capitalisme financier et les révolutions technologiques se sont diffusés à l’échelle de la planète, y compris en Chine et dans les pays de l’ancien bloc de l’Est. Cela s’est accompagné d’un transfert du pouvoir de décision des gouvernements nationaux vers des mécanismes et des institutions transnationaux et impersonnels, libérant les élites dirigeantes de la nécessité d’expliquer aux citoyens que demain peut être pire qu’aujourd’hui.

Les cercles dirigeants – les élites, « sommets » des États – se sont de fait déracinés de leurs nations, de leurs systèmes de représentations et de leurs intérêts. Nous en sommes arrivés à un point où les peuples ont le sentiment d’être privés de l’essentiel : la maîtrise de leur destin.

En réponse à cette perte de contrôle et à l’éloignement de l’État par rapport à la société, surviennent fragmentation, repli sur soi et recherche de boucs émissaires. Et pour recouvrer un sentiment de cohérence, les sociétés entrent en conflit avec leurs voisins – économiques, géostratégiques, et désormais militaires. L’approche multilatérale s’efface au profit d’une politique chaotique de la force. Le monde se brutalise – en temps de paix comme en temps de guerre –, la force l’emporte de plus en plus sur le droit. Le trumpisme version MAGA n’est pas la cause de cette régression, mais son symptôme.

L’Occident est plus vulnérable face au néolibéralisme

• Vous évoquez plus l’Occident ?

L’Occident est le plus vulnérable face au néolibéralisme. Son imaginaire prométhéen supporte mal que le cours des choses soit régi par la contingence et ne se conforme pas à l’horizon de la Raison ou du Progrès. Les autres civilisations, chacune différente, mues par la quête d’harmonie avec la nature ou l’observance d’une loi divine, sont bien moins déstabilisées par l’extrême incertitude : il leur suffit de s’adapter aux circonstances.

La mondialisation, initiée par l’Occident, se retourne aujourd’hui contre lui. Les États-Unis, portés par un imaginaire messianique et conservant encore l’hégémonie, cherchent à conserver leurs atouts monétaires, industriels, technologiques et militaires mais ne veulent plus assumer les coûts politiques et stratégiques du leadership sur le camp occidental et sur le monde.

Après la chute du mur de Berlin, l’affrontement idéologique Est-Ouest a été supplanté par une fracture culturelle entre l’Occident et le Sud global, qui réunit des civilisations et des peuples d’Asie, d’Eurasie, d’Afrique, du monde arabo-musulman et d’Amérique latine, aux visions du monde, intérêts économiques et priorités géostratégiques divers. Ce qui les unit, c’est la volonté de trouver une alternative ; ils veulent se moderniser sans s’occidentaliser, affirmer des principes universels concrets sans recourir à un universalisme abstrait et défendre leur souveraineté politique.

Le Sud global ne se vit plus comme dominé mais comme une alternative. Il s’affirme sur la scène diplomatique et pèse par ses votes à l’ONU qui, qu’il s’agisse de l’Ukraine ou de Gaza, manifestent le refus de suivre la ligne occidentale. Nous voyons se dessiner les contours d’un autre ordre multipolaire – l’annonce d’une nouvelle architecture des relations internationales, dont parlent explicitement Lula da Silva, Xi Jinping, Vladimir Poutine ou Narendra Modi. Le monde oscille aujourd’hui entre des confrontations croissantes – y compris la possibilité d’un choc américano-chinois en mer de Chine méridionale – et la chance d’un nouveau point d’équilibre, à condition que l’Europe parvienne à jouer un rôle de pont.

Les guerres hybrides s’étendent aux sociétés qui ne participent pas formellement aux conflits. La diffusion instantanée des émotions via les communications numériques de haute technologie internationalise « l’égalisation des conditions » et ses standards. La conquête des esprits devient le préalable à la conquête des territoires : l’opinion publique mondiale devient un champ de bataille. La frontière entre le front extérieur et l’espace intérieur des sociétés civiles s’estompe : les guerres de l’information pénètrent le quotidien sous forme de batailles culturelles et sémantiques, jusqu’au choix – conscient ou inconscient – et au remaniement des concepts qui deviennent des instruments de luttes : « islamophobie », « terrorisme », « génocide ». Les diasporas et migrants deviennent des enjeux et relais des parties prenantes aux conflits.

La force d’une nation – en temps de paix et plus encore en temps de guerre – naît de la cohérence entre l’imaginaire du peuple et ses institutions, de la solidité du lien entre le souverain et le peuple.

Le degré de mobilisation de la nation et sa résilience morale face à la guerre dépendent de la manière dont le conflit s’inscrit dans l’imaginaire du peuple ; de la légitimité ressentie des buts de guerre ; du sentiment d’être capable d’influer sur le cours du conflit ; de l’adéquation des moyens militaires aux finalités politiques ; et enfin – et c’est la grande nouveauté – du niveau de compréhension et d’acceptation par les opinions publiques mondiales.

• En ce qui concerne l’Europe, où sont les racines de ses difficultés actuelles ?

L’Europe s’est fortement affaiblie en trois décennies. Elle subit un déclin économique, industriel et technologique et perd en cohérence stratégique. Depuis Maastricht, la part de l’UE dans le PIB mondial diminue régulièrement – malgré l’élargissement. L’UE est fragmentée de l’intérieur et vulnérable aux influences et pressions extérieures de toutes sortes.

C’est que les institutions de l’Union européenne sont contraires à l’imaginaire européen, celui d’un universalisme concret, son génie visant à faire de la diversité du commun. Depuis l’époque de la Méditerranée – « mare nostrum » – intégrée à l’Empire romain, l’Europe tirait sa force de sa capacité à emprunter et à relier. Chaque peuple européen possède encore aujourd’hui son imaginaire collectif. Leur pluralité fait le génie européen : elle engendre d’innombrables variations dans les manières de créer, de travailler, de consommer, d’épargner, d’habiter l’espace numérique, de se positionner sur la scène mondiale et de faire la guerre. La dialectique entre le particulier et le commun, c’est la spécificité européenne, l’universalisme concret qui a servi de matrice à l’Occident, mais a aussi enfanté sa variante messianique américaine. Cette logique façonne l’ordre mondial depuis la Grèce et Rome antiques.

La sortie de l’Histoire de l’Europe s’explique par la tentative de contourner les nations et de rapprocher les peuples à travers des procédures uniformisées – économiques, monétaires, budgétaires et commerciales –, l’UE sapant ainsi ses propres piliers : les peuples constitués en nations par l’histoire. Le détachement des États européens – ayant adopté des modèles de gouvernance néolibéraux supranationaux – par rapport à leurs nations, à leurs imaginaires et à leurs intérêts a engendré la défiance envers les élites dirigeantes. D’où les poussées d’isolationnisme, de ressentiment et de formes diverses de populisme. En parallèle, cela a vidé les élites de leur substance et les a arrachées au tissu historique : les dirigeants sont devenus des gestionnaires, ayant perdu la vision politique, stratégique.

En retour, les sociétés oscillent entre la volonté de recouvrer la souveraineté nationale et la tentation du nationalisme. S’approfondissent des fractures internes – territoriales, sociales, culturelles – exacerbées par des tensions théologico-politiques, souvent d’expression islamique.

Dans toute leur diversité, les peuples d’Europe aspirent à la réhabilitation du politique, de l’État, de la nation, au rétablissement de la puissance souveraine, de la justice sociale et de la sécurité. C’est pourquoi la question migratoire est partout devenue le foyer de ces attentes : elle condense des dimensions culturelles de respect des modèles d’intégration et de normes républicaines, économiques, sociales : dans le rapport capita/travail, de délinquance et de souveraineté par le contrôle des frontières.

Face à des menaces communes – internes et externes –, l’UE se fracture dans la recherche de réponses. La contradiction s’accroît entre le projet d’« Europe fédérale », promu par le haut, Bruxelles et certains dirigeants nationaux, et l’exigence d’« Europe des nations », de plus en plus réclamée par le bas, les peuples. Si elle persiste, tout discours sur la « fédéralisation » des politiques européennes restera vain et l’Union risque la vassalisation et une sortie définitive de l’Histoire.

Le duo franco-allemand, longtemps moteur de l’Europe, a de facto quitté la scène : malgré la rhétorique et les défis communs – dette, pandémie, guerre en Ukraine –, les visions de la France et de l’Allemagne divergent, notamment sur l’autonomie stratégique, l’OTAN et l’attitude envers l’industrie de défense. La France n’a pas rempli son rôle politique – ne parvenant même pas à le définir pour elle-même, elle s’est laissée déporter vers une approche illusoire technicienne et économiciste.

Le déclin français a des raisons politico-culturelles

• Pensez-vous que, derrière le chaos politique actuel en France, se cachent des causes plus profondes, liées à son identité et à son rapport au monde, au-delà des seules circonstances du moment ?

La France subit plus que d’autres pays la globalisation néolibérale, tant sa logique et ses effets sont contraires à ce qu’elle est. Historiquement, en outre, elle se pense comme une puissance agissant dans le monde, mais ses ressources internes se sont affaiblies. Sa parole demeure brillante et volontariste, mais elle est moins soutenue par la nation pour intervenir à l’extérieur alors même que, potentiellement, le pays dispose de ressources importantes pour moins se prémunir des menaces extérieures.

Les Français sont le peuple le plus pessimiste de l’OCDE. En trente ans, la situation de la France s’est dégradée sur presque tous les plans. L’indice de développement humain de l’ONU parle de lui-même : du 2ᵉ rang en 1995, elle est tombée au 26ᵉ.

Les causes de ce déclin sont politico-culturelles plus qu’économiques et sociales. En France, la contradiction est particulièrement aiguë entre un imaginaire projectif et universaliste, tourné vers l’avenir et nourri par le débat politique sur le destin du pays, et une gestion néolibérale qui exige au contraire une adaptation permanente et immédiate à des contraintes économiques et juridiques externes.

La défiance politique a atteint un sommet. Elle s’exprime par un rejet record du Président, mais aussi par le sentiment d’une crise systémique de la société : « territoires perdus de la République », violences urbaines, attentats islamistes, délinquance, décomposition du modèle social et d’intégration, immigration incontrôlée, déclin économique, paralysie des institutions politiques. Le déficit budgétaire n’est que l’expression comptable de la contradiction entre la politique menée par l’administration d’État qui transpose les directives bruxelloises néolibérales et la réalité du pays qui s’y oppose. Il en résulte un empilement d’institutions, des dysfonctionnements, une inflation normative, des gaspillages et le paradoxe d’un État qui consacre des moyens importants à un modèle social qui n’en continue pas moins de se dégrader. Au total dans les sondages, deux tiers des Français sont favorables à la dissolution du Parlement ; une majorité souhaite une présidentielle anticipée. La société exige que le président, le gouvernement et le Parlement reflètent mieux la volonté du peuple, et que l’État se remette au service de la nation – sur la base de la souveraineté populaire, des valeurs républicaines, de la laïcité, de l’aspiration à l’ordre et à la justice sociale. Tant que cela n’advient pas, le pays demeure fracturé, défiant envers ses dirigeants et paralysé.

Le peuple français, par son imaginaire collectif, est naturellement porté vers l’extérieur pour tenir ensemble. Selon Malraux, « les Français doivent embrasser le monde », mais ils n’en ont plus aujourd’hui les ressorts internes. Tant que la crise politique interne ne sera pas résolue et que les dysfonctionnements européens ne seront pas corrigés, la France n’aura pas les moyens de sa propension à intervenir de façon projective au plan international à la hauteur de ses déclarations.

Les Français redoutent moins l’instabilité extérieure qu’ils ne sont empêchés par la situation intérieure.

Le président Macron s’est coupé de la nation

• En France, les appels à la démission d’Emmanuel Macron se multiplient – non seulement de la part des forces protestataires, mais aussi dans des médias mainstream comme Le Point, qui lui a récemment suggéré de « partir la tête haute ». L’ancien Premier ministre Édouard Philippe s’est exprimé dans le même sens. La popularité de M. Macron a chuté à un niveau record. Quelle part de responsabilité porte-t-il personnellement dans la crise actuelle ?

La question est délicate : il faut distinguer ce qui relève de la logique d’un cycle historique et ce qui résulte des actes de dirigeants concrets.

J’appartiens à l’école réaliste et j’analyse l’histoire selon une logique systémique. Comme disait Hobbes, « le souverain n’est que l’interprète du spectacle du peuple ».

L’imaginaire français par son caractère projectif et universaliste et le rôle central de l’État postulent que « le haut fait le bas » : chez nous, l’État précède la nation, d’où cette illusion bien française. C’est le bas qui fait le haut.

Dans ma carrière, j’ai travaillé avec seize candidats à la présidentielle et trois présidents, dont Emmanuel Macron avant sa première élection. Je puis affirmer que les présidents ne sont pas les auteurs mais les acteurs du processus historique – même s’ils peuvent, aux bifurcations, infléchir le cours des choses, pour le meilleur ou pour le pire. Il en fut ainsi pour le meilleur avec De Gaulle en 1940 et 1958, pour le pire avec Mitterrand lors du traité de Maastricht et Sarkozy en faisant adopter le traité de Lisbonne malgré le non au référendum de 2005. Ces deux traités ont conduit l’Europe – et d’abord la France – dans une impasse.

Macron, peu connu du public jusqu’à sa nomination à Bercy, a gagné l’élection parce que sa psychopolitique – son fameux « en même temps » – épousait parfaitement la fracture interne de la France entre sa conscience projective-universaliste et le néolibéralisme bruxellois, entre la nation et l’appareil d’État. Il paraissait capable de réconcilier « en même temps » ces deux mondes. En 2017, je l’ai qualifié de « néo-bonapartiste » – de bonapartiste non pas au service de la grandeur de la nation, mais plutôt de la « start-up nation » néolibérale. Il comprenait le rôle spirituel-symbolique au-dessus de sa dimension temporelle du président parlant directement au peuple, de façon verticale mais au service des marchés de façon horizontale.

L’hubris présidentielle a été de penser pouvoir concilier en sa personne la verticalité de la souveraineté politique avec l’horizontalité des forces du marché, la souveraineté nationale avec le pouvoir supranational de l’UE. Cette ambition – fruit d’une illusion ou d’un calcul – lui a permis de l’emporter en persuadant les Français que la source du mal résidait dans l’« ancien monde » des partis et des corps intermédiaires. Il a tu l’essentiel : la crise politico-institutionnelle ne vient pas de cet « ancien monde », mais du contournement de la souveraineté nationale, lorsque l’appareil d’État transmet non pas la volonté de la nation, mais les directives de Bruxelles. On a ainsi commis l’erreur fondamentale : tenter d’assembler l’inconciliable et employer des moyens contraires aux fins affichées. À cela s’ajoute une faute commune à tous nos présidents depuis Mitterrand : dès leur élection, ils se sont employés à vouloir « rassurer Berlin », s’y rendant comme avec des lettres de créance, promettant d’être des ordolibéraux exemplaires. Devenus gestionnaires plus que politiques, ils adoptent la logique de la bureaucratie technocratique et lui délèguent le pouvoir. Macron a répété cette erreur en 2018, espérant rallier Merkel à une politique européenne d’investissement. Devant son refus, il a repris la posture, au-delà de la politique de ses prédécesseurs, puis il s’est heurté à la volonté même de la nation française dont il est l’émanation.

• Cette rupture entre le président et le pays s’est manifestée très vite après 2017, puis n’a cessé de s’amplifier ?

Dès l’été 2018, l’affaire Alexandre Benalla a signifié la mise à distance et l’isolement du pouvoir : Macron a de fait placé cet aventurier entre lui et le peuple. La réponse ne s’est pas fait attendre. Elle est remontée des profondeurs de l’histoire avec le soulèvement des « gilets jaunes ». Le slogan « Macron, nourris ton peuple » rappelait que, lors des jacqueries derrière la fiscalité, se cachent les devoirs du souverain – féodal, monarchique ou républicain moderne – envers son peuple. Aujourd’hui, ces devoirs se dissolvent parallèlement au contournement de la souveraineté nationale, seule capable d’exprimer la volonté populaire.

D’où l’exigence d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC), l’un des mots d’ordre majeurs du mouvement.

La présidentielle de 2022 n’a pas été, de facto, une présidentielle. Il n’y a pas eu de véritable débat national sur l’avenir ni sur la figure capable de l’incarner. Le candidat Macron, usant de la position de sortant, a usé et abusé de la peur du covid-19 et de la guerre en Ukraine, se posant en seul sauveur crédible. Aussi, venu le temps des législatives, ne pouvait-il plus dire au pays : « Donnez-moi une majorité pour tenir notre contrat. » Il n’a presque pas fait campagne – et n’a donc pas obtenu de majorité.

Doté d’une faible légitimité politique, il a néanmoins recouru au 49.3 pour imposer la réforme des retraites, rejetée par toutes les centrales syndicales et par deux tiers des Français. Les électeurs ont exprimé leur mécontentement aux européennes suivantes, infligeant une lourde défaite au camp présidentiel. S’en est suivie une dissolution incompréhensible de l’Assemblée nationale. Il a de nouveau joué sur la peur, présentant le scrutin comme un choix entre lui-même et des « extrémistes », alors que la dissolution devrait être un moment de reconnexion au peuple. Puis il a appelé à un « front républicain » contre le seul Rassemblement national (RN) aux portes de Matignon. Au vu des résultats, il est apparu que le pays serait ingouvernable. L’Assemblée, divisée en trois blocs, était composée aux deux tiers de députés élus grâce à l’addition mécanique de voix hétérogènes, ce qui leur donnait toute latitude de manœuvre idéologique ensuite. À tout Premier ministre nommé par un président politiquement illégitime, il ne restait qu’à choisir : soit l’inaction pour durer, soit tenter d’agir pour être renversé aussitôt par une motion de censure. L’instabilité politique s’est accrue. La situation financière s’est dégradée : coût croissant du service de la dette, abaissement des notes par les agences de rating, élargissement du spread – l’écart de rendement entre obligations allemandes et françaises – au détriment de la France. Cet indicateur est devenu, ces dernières années, un élément clé de la « carte mentale » des élites dirigeantes. Une des fautes les plus déstabilisantes de Macron a été le fameux « en même temps » – cette « ambivalence stratégique » rendant ses actes et paroles inexplicables, illogiques, imprévisibles et souvent contradictoires… Il y a chez lui une constance frappante dans l’inconstance : alternance de rhétoriques républicaine et communautariste ; exaltation de la tradition historique française tout en refusant d’en reconnaître la spécificité culturelle ; des sempiternels discours mémoriels sur le passé, mais refus de construire politiquement l’avenir. Même chose dans les nominations : par exemple, après le républicain Jean-Michel Blanquer à l’Éducation, il a nommé le communautariste Pap Ndiaye, accusant comme ministre aux États-Unis publiquement la France de « discrimination structurelle » et de « racisme d’État ».

Cette chaîne de fautes politiques, visibles dès la première année de son quinquennat – où il a, à son issue, non seulement poursuivi la politique de ses prédécesseurs, mais l’a radicalisée –, a conduit à une dégradation accélérée de la situation du pays. Emmanuel Macron n’a pas arrêté un processus de déclin déjà ancien : il l’a brusquement accéléré, bien qu’il soit arrivé au pouvoir sous le mot d’ordre d’une « renaissance » nationale.

• Pour cette raison, beaucoup de ses partisans se sont-ils détournés de lui ?

Emmanuel Macron a beaucoup dérouté par ses décisions et son rapport aux Premiers ministres, comme au pays. Il apparaît de plus en plus enfermé dans son palais, tel un forcené politique, songeant déjà à une carrière internationale pendant que la France s’enlise dans les rets de l’Union européenne supranationale.

Le déclin moral, économique et social s’accentue, et les fondements de la République sont minés notamment par la pression des communautaristes, des islamistes, des Frères musulmans et des salafistes, soutenus par le Qatar et l’Arabie saoudite. E. Macron, qui mise beaucoup sur le charme personnel, ne construit pas de liens humains durables. Il ne tolère politiquement, sur la durée, que ceux qui lui sont redevables et il s’entoure de courtisans. Se plaçant en surplomb du pays, il escompte que l’Histoire finira par lui donner raison d’avoir voulu réformer des Gaulois rétifs qui jadis décapitèrent leur roi.

Pendant ce temps, la France continue de s’affaisser. Son seul repère est constitué des classes dirigeantes et des élites – mais elles aussi évoluent. Aujourd’hui, seules les pressions des élites, des marchés financiers et de Bruxelles pourraient l’inciter à partir avant 2027, d’autant qu’il lui faut penser à sa « reconversion » post-Élysée, et que le sort postprésidentiel de ses prédécesseurs n’a rien de séduisant. Même le conseiller influent Alain Minc, qui contribua jadis à son ascension, l’a récemment éreinté, le qualifiant de pire président de la Ve République. Minc, conseiller de grands patrons et de responsables politiques, s’est parfois trompé sur des choix décisifs, mais il capte avec justesse les humeurs des classes dirigeantes. Ses prises de position, comme celles de son ancien Premier ministre Édouard Philippe ou de David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, l’appelant à la démission sont un bon indicateur de la « France d’en haut et de la France d’en bas ». Tous comprennent que le pays ne peut s’enliser jusqu’en 2027.

La puissance résulte de la solidité du lien entre le dirigeant et le peuple

• Une éventuelle présidentielle anticipée pourrait-elle sortir la France de la crise ?

La solidité de toute communauté humaine dépend de la concordance entre son imaginaire et ses institutions, de l’accord entre l’État et la nation, et de la force du lien entre le peuple et son dirigeant. Deux choses seulement pourraient sortir la France de l’ornière, le reste est secondaire : réaligner le peuple, le Président et le Parlement et dans le même temps restaurer la souveraineté nationale, condition de la souveraineté populaire, en réorientant l’UE vers une « Europe des nations », conforme au génie européen et à la vision de Pierre Mendès France et du général de Gaulle. Il ne peut y avoir de renaissance française sans transformation profonde de l’UE : chaque nation doit pouvoir faire prospérer son propre modèle, permettant une mutualisation des forces européennes à l’intérieur de frontières définies et au travers de politiques européennes ambitieuses et volontaires. Alors seulement l’Europe pèsera réellement sur la mondialisation.

• Partout en Europe, des mouvements qualifiés de « populistes », réclamant un retour du pouvoir au niveau national, gagnent du terrain. Ce processus vous paraît-il irréversible ? L’arrivée probable du Rassemblement national au pouvoir en France conduirait-elle à plus de chaos, ou au contraire y mettrait-elle fin ?

Je rappellerai une loi politico-anthropologique fondamentale : progressent et triomphent les forces qui se rapprochent de l’axe de gravité idéologico-politique de l’imaginaire de leur peuple à un moment donné. Celles qui s’en éloignent s’affaiblissent ou disparaissent. Dans le chaos, généré par le néolibéralisme, nous observons partout le retour des nations et de la souveraineté. Les peuples en réaction face au néolibéralisme se replient – jusque dans son principal « laboratoire », l’Union européenne.

Cela enclenche un processus de décomposition et de recomposition idéologico-politique, surtout en Occident, mais selon des voies propres à chaque pays, en fonction de leur culture politique.

Toutes les sociétés, de façon grégaire, en reviennent à partir de leurs imaginaires archaïques à partir de questions de la maîtrise de leur destin, du retour de la nation et de sa souveraineté avec l’émergence de nouveaux acteurs et mutations de formations politiques anciennes.

Le retour de la question nationale a été capté le plus rapidement – consciemment ou intuitivement – non par les partis traditionnels, mais par des figures comme Trump et par des forces à la périphérie du système néolibéral, bâtissant leur stratégie sur les fractures sociales et économiques. Le terme « populisme », à cause de son flou, englobe aujourd’hui des projets très divers. Les mutations les plus rapides se sont produites dans des mouvements aux racines nationalistes, parfois même néofascistes, pour des raisons liées à la sociologie de leurs électorats et à leur moindre insertion dans les institutions accompagnant le néolibéralisme. Il en a été ainsi du RN en France. Comme Méloni en Italie, Marine Le Pen a fait évoluer le FN de nationaliste en RN bonapartiste. Le bonapartisme advient en France quand le lien entre la nation et l’État se rompt. Alors momentanément la question sociale qui structure le clivage gauche/droite laisse place à la prévalence de la question nationale et de sa symbolique politique : restauration du pouvoir politique ; adresse directe du chef au peuple en contournant les intermédiaires ; Union nationale, alliance capital-travail du travail et du capital ; dépassement du clivage gauche-droite par l’idée d’unité nationale ; abandon du Frexit au profit d’une « Europe des nations ».

L’Europe sort de l’Histoire car ses institutions l’UE sont contraires à son imaginaire

• Vous avez cosigné, avec plusieurs personnalités, une tribune dans Le Figaro dénonçant la « dérive supranationale et technocratique de l’UE, où le principe de “l’État de droit” sert de prétexte à l’extension du pouvoir de structures échappant au contrôle démocratique ». De quoi s’agit-il ?

Nous considérons que la fédéralisation supplémentaire de l’UE avec la fin du droit de véto et le vote à la majorité nous enfonceraient encore plus dans une crise de l’Europe. Que ce ne serait pas tirer les leçons des échecs actuels. Le contournement de la souveraineté nationale, condition de la souveraineté populaire et donc de la démocratie, s’est accompagné du détournement du nécessaire principe de l’État de droit. Il a perdu sa fonction originelle de garant des libertés individuelles et de la séparation des pouvoirs. Il est devenu un instrument de substitution du pouvoir politique par des organes judiciaires échappant au contrôle du peuple et se substituant à lui. Les défenseurs de la République et de la démocratie ne peuvent ignorer ni ne pas critiquer cette dénaturation de l’État de droit, qui retire aux peuples le droit de conduire leur destin. En retour surgissent des réactions dangereuses et imprévisibles. En politique, tout est lié : la loi et le droit dérivent toujours d’une volonté politique – qu’il s’agisse de régimes autoritaires, totalitaires ou, de préférence, de la démocratie libérale.

Le néolibéralisme est devenu l’antithèse du véritable libéralisme. Le fait que les premières réactions de masse contre lui aient émergé dans les berceaux du libéralisme politique en est la preuve : au Royaume-Uni – le Brexit –, aux États-Unis – le trumpisme du premier et du second mandat, différents par nature, est révélateur et peu mis en lumière.

• On a le sentiment que l’Union européenne cherche aujourd’hui son unité intérieure en se construisant un ennemi commun – la Russie –, comme si la cohésion du continent ne pouvait se faire que contre quelqu’un…

Au cœur du modèle néolibéral – à gauche comme à droite – se trouve un défaut conceptuel qui détermine la logique de gouvernance de l’UE : la croyance que la société est déterminée par l’économie, avec sous-estimation du rôle décisif de l’imaginaire collectif et de sa dimension politico-culturelle dans la formation des peuples et des civilisations.

On suppose que l’on peut unifier les nations européennes par des procédures, des régimes économiques et des normes juridiques. Or c’est précisément cette approche technocratique qui déstabilise les représentations collectives des peuples, provoquant leur fragmentation et leur repli. Faute de pouvoir rapprocher les membres de l’UE sur les grandes questions politiques, la direction de l’Union tente de plus en plus de les retenir ensemble par une peur commune – du covid-19, de la crise de la dette ou de la Russie, qui alimente elle-même cette peur depuis son invasion de l’Ukraine. Mais, minée de l’intérieur pour les raisons déjà décrites, l’Union est souvent incapable de traduire ses proclamations en actes réels, alors même qu’elle dispose objectivement de toutes les ressources pour ne pas trop redouter une attaque de la Russie ou pouvoir la contrer.

Imaginaire russe et imaginaire ukrainien

Dans cette guerre dramatique ; réalités et jeux de rôle s’entremêlent : les acteurs deviennent prisonniers de leurs propres illusions. La guerre en Ukraine a choqué les dirigeants européens. Merkel déclara un jour : « Poutine est irrationnel. ». Poutine n’est pas irrationnel ; il n’est pas allemand, il est russe. Il ne se sent lié ni par les relations économiques qui unissent les voisins d’Outre-Rhin via leur politique ordolibérale, ni par l’interdépendance énergétique et économique entre l’Allemagne, l’Europe et la Russie. Il pense et agit en russe à l’imaginaire impérial, hérité de l’époque tsariste et formé par la vie sur de vastes espaces sans frontières naturelles, ni reliefs pour se protéger, au climat rude et sous la menace séculaire des invasions : Huns, chevaliers Teutoniques, armées napoléonienne ou nazis. L’attention aux frontières et à leur protection y est portée à son comble. La conscience impériale russe produit des formes spécifiques – orthodoxes et « christiques » – de rapport au religieux et au politique, où le spirituel, le temporel et le national sont indissolublement liés, se matérialisant dans des régimes autocratiques ou totalitaires. Tsar, Staline, Poutine – autant d’incarnations d’un même archétype du protecteur du peuple – un peuple à la très forte « servitude volontaire ».

Dans ces cadres politico-religieux très rigides, et en dessous, le peuple russe a créé, pour ne pas étouffer, une culture d’une richesse extrême, qui cherche dans la vie spirituelle intérieure une libération de la contrainte extérieure : iconographie, architecture, poésie, théâtre, littérature, musique, ballet, cinéma… une âme, une émotion, un cri transfiguré, là où les Français du fait de leurs imaginaires créent comme ils pensent, par la raison, comme l’avait repéré Dostoïevski à propos de la comparaison de nos littératures.

La conscience nationale russe est l’antipode de l’approche positiviste-économiciste et technocratique des élites occidentales. Confiants dans leur puissance économique, technologique et militaire, Européens et Américains ont surestimé leur capacité à étendre indéfiniment leur influence – et se sont cognés à une limite, celle de l’imaginaire russe. Kissinger et Brzezinski – originaires d’Europe centrale, distinguant parfaitement le soviétique du russe – avertissaient les néoconservateurs américains et les ultranationalistes ukrainiens : « otaniser » l’Ukraine : jamais la Russie ne laisserait faire.

L’Empire russe a précédé la nation et Kiev en fut un centre historique.

Par ailleurs, les néoconservateurs américains et des dirigeants européens ont commis une erreur stratégique en percevant Poutine comme un dirigeant post-soviétique et comme un Russe, ou grand Russe. Ils étaient convaincus qu’en cas de conflit majeur le peuple russe se détournerait de lui.

La Russie, de son côté, a sous-estimé l’émergence d’une conscience nationale ukrainienne et la capacité de l’Ukraine à devenir sujet de sa propre histoire, sans se satisfaire d’un statut de peuple sous tutelle de l’Empire russe.

Poutine, ancien officier du KGB, a surestimé le rôle des élites et sous-estimé la singularité du peuple ukrainien déjà repérable depuis les effets de l’occupation de la Pologne catholique sur l’orthodoxie de Kiev, entrainant un rapport différent entre le spirituel et le temporel. En cela, une majorité d’Ukrainiens regardent l’Occident pour des raisons culturelles avant même politiques et économiques.

On aurait pu éviter la tragédie des immenses pertes humaines – tant chez les Ukrainiens que chez les soldats russes – si la nation ukrainienne s’était construite comme un État fédéral, neutre et non russophobe dans des frontières reconnues, dont la sécurité eût été garantie conjointement par la Fédération de Russie et l’OTAN.

Un temps, il a semblé que la France et l’Allemagne étaient prêtes à y contribuer, mais la logique de confrontation – conforme à l’esprit de l’époque – l’a emporté.

• À rebours de sa tradition historique, la France s’est aujourd’hui placée à l’avant-garde de la stratégie d’affrontement avec la Russie. Comment expliquez-vous ce virage de Paris et ce ton belliqueux ?

D’abord pour faire la paix, il faut être deux. Ensuite, voulant manifester son indépendance à l’égard des États-Unis et surtout de Donald Trump, Emmanuel Macron a voulu endosser le rôle de leader de l’Europe face à la menace russe, affichant un soutien inconditionnel au président Zelensky. Ces derniers mois, on a même eu le sentiment qu’il s’opposait à une conclusion rapide d’un accord sous l’égide du mercantile, réaliste pragmatique Trump. Aucune des parties, et surtout les belligérants directs, n’a intérêt à prolonger cette guerre sanglante et coûteuse. De toutes façons les choses se décident à Washington, Moscou, Kiev et Pékin.

Mais l’Europe peut être emportée dans la guerre. L’armée française et son haut commandement demeurent professionnels et solides, et la dissuasion nucléaire fonctionne efficacement. Toutefois, les déclarations et les ambitions du président ne correspondent pas toujours à l’état d’esprit du peuple français. Si les Français soutiennent majoritairement la résistance de la nation ukrainienne à l’invasion russe, ils refusent une participation directe aux combats : trois quarts y sont opposés. En revanche, 55 % sont favorables à une mission de maintien de la paix dans le cadre d’un accord international, ainsi qu’à une aide économique et matérielle à l’Ukraine.

Portée par un imaginaire projectif et universaliste, la France a toujours voulu être présente dans les régions clés du monde. Le gaullisme en fut la dernière expression forte, tournée vers l’autonomie stratégique et le rôle singulier de la France au sein d’une UE de plus en plus inspirée géopolitiquement par Washington.

Une Europe des nations pont entre l’Occident et le Sud global

• Comment évaluez-vous la possibilité d’une « autre Europe », fondée sur la recherche du bon voisinage, la prise en compte des intérêts de tous dans un nouveau système de sécurité, sur une diplomatie active et la reconnaissance des différences historiques et culturelles des peuples ?

Une « autre Europe », une Europe conforme à son imaginaire, une Europe des nations est possible, mais à certaines conditions. De son côté, la partie russe doit accomplir des gestes concrets prouvant que ses intentions ne sont pas hostiles.

Le peuple russe est grand, courageux, doté d’une culture remarquable ; il pourrait être un pont entre l’Europe et l’Asie. Cela passe déjà par une paix juste et durable en Ukraine.

De son côté, l’Occident – d’abord les États-Unis et la France – doit donner un contenu concret à ses valeurs universalistes : respecter les différences entre civilisations et peuples, leurs imaginaires collectifs et leur souveraineté.

Les scénarios d’avenir se dessinent aujourd’hui selon que les peuples parviendront, ou non, à recouvrer le droit de gouverner leur destin. Malgré la singularité de leurs visions du monde et de leurs expériences historiques, les peuples ne veulent pas revenir en arrière : ils veulent préserver leurs acquis sociaux et leurs spécificités historiques. Pour cela, ils doivent chercher un nouvel équilibre entre groupes sociaux, liberté individuelle et liberté collective. À mon sens, deux voies sont possibles. Soit nous allons vers une « re-civilisation » de la mondialisation – sous forme démocratique, non sans difficultés – en remettant les États au service des nations et en canalisant la globalisation néolibérale vers une mondialisation en mosaïque des civilisations et des peuples aux imaginaires différents ; soit ce processus est bloqué, et alors les sociétés ne se souderont plus qu’autour d’idées religieuses, ethniques ou nationalistes – par la recherche d’ennemis et de boucs émissaires.

En parallèle, nous assistons aujourd’hui, notamment en Occident, à la formation de systèmes de contrôle numérique de masse. Émerge un puissant triangle posthumaniste – idéologique, technologique et militaro-industriel : Hollywood, la Silicon Valley et le Pentagone. Les GAFAM/MAAMA apparaissent comme des « chevaliers » d’une Big Tech qui se répand à vive allure – en contournant responsables politiques et élites intellectuelles – jusque dans le temple du capitalisme néolibéral, Davos. Des démocraties libérales fatiguées s’inclinent de plus en plus vers des régimes « césaro-technologistes » ; populaires et autoritaires, agrégeant conservateurs chrétiens, bourgeoisie industrielle et de la Tech, transhumanistes. En Chine, de puissantes structures politiques et numériques, intégrées à l’État (BATX, donnant accès à des données individuelles détaillées), façonnent un système hybride de crédit social et de surveillance numérique, régulant les comportements individuels et collectifs sous le contrôle du Parti communiste chinois.

L’universel plutôt que l’universalisme

Ce qui rassemble les personnes, les civilisations et les peuples, c’est l’aspiration commune au respect de la dignité humaine, à la reconnaissance du droit souverain de décider par soi-même des questions qui les concernent.

L’universel concret – et non l’universalisme abstrait – relie les humains du monde : la conscience prométhéenne occidentale et les imaginaires du Sud global, qui aspirent à la modernisation sans occidentalisation et à la recherche d’harmonie. Si ses institutions correspondaient à son esprit historique, l’Europe pourrait retrouver sa place dans l’Histoire et équilibrer, au sein de l’Occident, le messianisme américain par l’idée d’une Europe des nations. Habituée depuis des siècles à l’affrontement avec la diversité – dedans comme dehors –, l’Europe peut encore aujourd’hui être un pont entre l’Occident et les civilisations du Sud global. La Russie, l’Eurasie, y aurait toute sa place.

Ce serait une chance d’édifier un ordre international plus juste et plus durable, à même de répondre aux défis de la justice sociale, de l’écologie et des migrations. Une course contre la montre est engagée : le choix est entre la renaissance des civilisations fondée sur les nations et une nouvelle barbarie, entre le retour démocratique des peuples à leur souveraineté et un chaos de guerres, ultime manière tragique, pour des peuples dépossédés de leur destin, de retrouver une unité autour de représentations archaïques et d’intérêts à court terme.

Propos recueillis par Natalia Routkevitch
Pierre Duriot

L’étude qui tombe à pic...


-10/12/2025- Une « étude » dit que non, les vaccins Covid n’ont pas provoqué plus de cancers. Étude valable uniquement en France, même si nous avons eu le même produit que les autres. Ça a autant de consistance que le nuage de Tchernobyl qui s’arrête à la frontière… On se souvient de Philippe, à la tribune de l’Assemblée, expliquant doctement que les masques ne servaient à rien et interdisant aux pharmaciens d’en vendre, pour finalement les imposer. De Pelloux, docte lui aussi, affirmant que six millions de non vaccinés allaient mourir dans l’année. Si on en est à commander une étude pour essayer d’avoir raison, malgré l’augmentation avérée du nombre de cancers, pour dédouaner les vaccins, il va falloir trouver une autre cause à l’augmentation du nombre de cancers pourtant bien chiffrée. On va avoir, au choix, le réchauffement climatique, les Russes, ou le carbone… qu’on se rassure, non seulement certains vont y croire, mais il le défendront à nouveau doctement…

L’agriculture française doit mourir en silence...

Gilles La Carbona


-10/12/2025- Encore un troupeau qui, dans l’Ariège, sera massacré avec la complicité de la préfecture et des FDO. Nous l’avons déjà écrit dans nos colonnes, la dermatose nodulaire n’est pas une maladie mortelle pour le cheptel. Le matraquage qui est fait par Bruxelles et nos médias subventionnés, donc labellisés, est une immonde propagande de soumission, destinée à nous faire croire que c'est la seule solution. Nous l’avons répété et le martelons encore, en 1992 l’île de la Réunion a été touchée et s’en est sortie sans détruire les troupeaux. L’épidémie a disparu en quelques mois, et causé la mort de seulement 4% des animaux. Ce serait une raison suffisante de ne pas suivre ce nouveau protocole. Bruxelles, qui en exigeant l’abattage systématique de toutes les bêtes si un cas est révélé, ne protège rien mais contribue à l’effacement du patrimoine génétique que nos éleveurs s’échinent à sélectionner depuis des années.
C’est évidemment une attaque frontale contre la France et ses petits paysans. Même quand les bêtes sont toutes vaccinées, elles peuvent tomber malades et il faut les tuer... mais à quoi sert alors ce vaccin ? L’isolement des vaches contaminées est largement suffisant pour enrayer l'épidémie. C'est ce qui avait été fait à l'époque avec l'aide d'un vaccin efficace. Oui mais voilà, en 1992, nous ne devions pas subir les injonctions technocratiques et délirantes de la commission européenne. C’est là qu’est le mal. La désobéissance des pouvoirs publics face aux données scientifiques sur cette maladie, appuyée par l’expérience de la France en la matière devrait être la règle. La volonté de préserver notre richesse agricole devrait passer avant l’obéissance stupide et scélérate aux lobbys étrangers et intérêts supra-nationaux. Mais il n’en est rien, et les autorités se retranchent frileusement derrière les oukases européens pour détruire nos exploitations, pensant que des dédommagements pourront remplacer des années de sélection.
C'est le mirage macronien : compenser un animal par une somme d'argent. On ne compense jamais la disparition d'années de travail, de patience, pour parvenir à l'excellence. Tout cela pour permettre l’arrivage de viandes étrangères via le Mercosur, ce que tout le monde a bien compris, il ne faut pas prendre les gens de la campagne pour des imbéciles. La méthode est insupportable et nous attendons que nos oppositions se mobilisent pour faire cesser ce massacre. Mais bougeront-elles ? Rien n’est moins certain, elles sont tellement mollassonnes et finalement corrompues, tellement frileuses dès qu’il s’agit de s’opposer à l’UE... Où sont les écolos, les défenseurs de la nature, eux si prompts à hurler à la mort contre un chasseur qui tire un sanglier déjà blessé dans un fossé ? Là, il ne manque pas une voix de ces indignés de salon, mais qu’on détruise demain 208 vaches vaccinées qui ne présentent aucune trace de maladie, et ils deviennent muets, absents, pas intéressés. Nos administrations ne savent plus qu’obéir aveuglément et en aucun cas faire preuve de distance critique dans l’application de directives souvent ineptes, pondues par des bureaucrates éloignés du terrain. Notre souveraineté alimentaire, dimension chère à De Gaulle, est donc en péril. Il y a 33 ans, la France était encore l’un des tout premiers exportateurs mondiaux de produits agricoles et le secteur faisait même partie de l’excellence et des secteurs exportateurs excédentaires. Aujourd’hui nous sommes importateurs et déficitaires : vive la PAC. Les exploitations familiales disparaissent et c’est bien là l’un des objectifs sous-jacents de Bruxelles. Une épidémie et voilà le prétexte idéal.
Nos parlementaires auront failli sur tous les sujets. Budgétairement ils savent que le budget est mauvais, mais ils s’abstiennent, au lieu de voter contre. Comme c’est pratique de fermer les yeux au lieu de regarder la réalité en face. Entre le Mercosur, les accords avec l’Inde, la mort des agriculteurs français et européens est au bout de la route, avec un continent à la merci des autres pour son alimentation. Pourtant Macron croit encore pouvoir impressionner. De retour de son calamiteux voyage en Chine n’a-t-il pas osé parler d’augmenter les droits de douane avec ce pays pour rééquilibrer une balance commerciale européenne qui se construit de plus en plus sans la France ? La réalité est que Bruxelles veut détruire ce qui nous reste de puissance, l’agriculture, et que le RN, et tous les autres ne font strictement rien. Bardella parlait de victoires à Bruxelles, d’influences majeures capables de faire plier la machine à broyer qu’est l’UE, eh bien où est-il sur ce sujet ? A-t-il demandé ne serait-ce qu’un moratoire ? Non… pour se défendre, les agriculteurs ne pourront compter que sur eux-mêmes et sur l’appui de citoyens. Dans cette confrontation, le paradigme du pouvoir a changé, il ne s’agit pas pour lui d’empêcher la mort de l’agriculture française, mais plutôt de veiller à ce que les agriculteurs meurent en silence.

USA : Bye Bye Bruxelles

H16

-10/12/2025- Décidément, les relations entre les États-Unis et l’Union européenne ne sont pas des meilleures et ces derniers jours ont vu de nouveaux développements poivrés : tout se déroule exactement comme si Bruxelles et les dirigeants européens faisaient absolument tout pour s’attirer les foudres de Washington et de l’administration Trump.

Ainsi, le 5 décembre dernier, la Maison-Blanche publiait sa nouvelle stratégie de sécurité nationale dans laquelle elle met en avant les grandes orientations de la politique internationale des États-Unis, en matière de sécurité et de défense.


Comme dans la plupart de ces documents, les États-Unis exposent ici différentes stratégies en fonction de la zone géographique mondiale. Dans ce document d’une trentaine de pages, l’Europe en occupe ainsi un triplet.

Sans surprise, la publication de cette nouvelle politique a été accueillie très fraîchement par la plupart des médias tant français en particulier qu’européens en général, notamment allemands. Pour ces derniers, pas de doute, c’est bien d’hostilité qu’il s’agit : la stratégie américaine de l’administration Trump pour l’Europe est effectivement tout le contraire de ce que les dirigeants européens désirent. Et si le document rappelle bien que le lien entre les États-Unis et l’Europe est très important, il porte cependant un regard très critique sur la situation actuelle de l’Europe.

Ainsi, les Américains veulent tout d’abord un rétablissement le plus rapide possible de relations stables et apaisées entre l’Europe et la Russie, et s’opposent aussi à une extension de l’OTAN. Compte-tenu des crispations européennes actuelles sur la question, on comprend l’agitation des dirigeants européens à l’évocation de ces points.

L’administration Trump exprime aussi clairement le souhait de promouvoir les mouvements politiques souverainistes, i.e. qui s’opposent à la tendance actuelle de l’Union européenne, décrite en préambule et sans fard comme une destruction civilisationnelle, le document mentionnant notamment la censure, la répression de l’opposition et la perte des identités nationales.

Détail intéressant : si l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Irlande sont bien cités, la France n’apparaît nulle part dans le document.


Les États-Unis souhaitent aussi consolider leur lien avec les pays du Centre, de l’Est et du Sud de l’Europe, ce qu’on peut probablement décoder comme étant l’Italie et essentiellement les pays rentrés récemment dans l’Union, comme la Pologne. Là encore, la France est complètement ignorée.

Cette politique n’est pas nouvelle. Les Américains continuent ici une politique générale de « soft power » (une influence diplomatique et culturelle) en Europe qu’ils tiennent depuis des décennies, tout en recentrant à présent leur attention sur l’Europe centrale. Cependant, là où il ne s’agissait que d’un sous-entendu compris mais pas officiel dans les chancelleries, et là où les valeurs étaient clairement progressistes, l’administration Trump l’explicite clairement tout en prônant des valeurs de droite conservatrice et identitaire.

C’est probablement ce qui entraîne le rejet le plus viscéral des dirigeants européens.

La publication de cette stratégie n’est cependant le seul élément de tension entre les deux côtés de l’Atlantique ; l’autre élément est sans doute l’absence du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, à la dernière réunion de l’OTAN, chose qui ne s’était plus produite depuis 1999.

Ceci s’ajoute à de récents rapports selon lesquels le Pentagone aurait coupé ses contacts avec l’armée allemande qui était pourtant l’un de ces principaux relais en Europe…

Bref, tout porte à croire que les différends entre Washington et les chancelleries européennes sur le dossier russo-ukrainien sont en train d’agacer l’administration Trump, qui accepte de moins en moins les rejets des plans de paix du président américain par les dirigeants européens. Cependant, le rapport de force est clairement en faveur des États-Unis, tant au niveau politique, financier que militaire, et on ne voit pas comment les Européens pourraient vraiment inverser la donne. Et alors que le plus gros de la logistique de l’OTAN est en effet assurée par les Américains, l’administration en cours cherche à s’en retirer – au moins en partie – si l’Europe ne prend pas en charge sa défense…


Paniqués, agacés et/ou inconscients de ce rapport de force et de la direction prise, l’Union européenne a essentiellement réagi en collant une amende mémorable à X, le réseau social dirigé par Elon Musk. Ceci n’a pas manqué de faire réagir un nombre conséquent d’internautes, de journalistes et, surtout, l’administration américaine dont Marco Rubio qui a ainsi déclaré que cette amende constituait « une attaque contre les plates-formes américaines et les citoyens américains ».

Des représailles américaines sont donc à prévoir.

Il apparaît probable que les États-Unis vont chercher à limiter leurs interactions avec des organisations internationales comme l’Union européenne ou l’OTAN pour se recentrer sur des relations bilatérales avec des pays clés, en l’espèce des pays comme la Pologne, la Hongrie, voire la République Tchèque dont l’opinion publique est favorable aux États-Unis et qui possèdent des mouvements nationalistes puissants. On peut aussi s’attendre à des accords commerciaux entre les États-Unis et les pays baltes qui ont justement beaucoup investi dans leur propre défense.

Dans ce cadre, l’Europe de l’Ouest pourrait être mise sur la touche : politiques de défense jugées trop faibles, hostilité marquée à la politique de Washington, autant de raisons qui expliquent par exemple que Trump a ainsi un temps considéré retirer des troupes américaines d’Allemagne pour les placer en Hongrie.

Ces éléments laissent entrevoir un accroissement des divisions au sein de l’Union, tant ils s’opposent à l’idée française (et de certains pays d’Europe de l’Ouest) d’une autonomie européenne. Cette division sera d’autant plus facilement utilisée par les États-Unis que la plupart des pays d’Europe de l’Ouest ont une dette importante et des budgets avec une marge de manœuvre réduite, rendant très difficile à atteindre les objectifs de financement d’une défense propre voulus par Washington.


L’OTAN y résistera-t-il ? Le doute s’installe, les États-Unis pouvant par exemple décider de plutôt conclure des ententes bilatérales de défense avec des pays précis plutôt que dans le cadre de l’ancienne alliance (cette dernière nécessitant d’avoir l’accord de l’ensemble des membres).

Ce qui se joue aujourd’hui entre Washington et Bruxelles n’est pas une simple querelle transatlantique, mais la fin d’un cycle stratégique ouvert à la fin de la Guerre froide. En réorientant explicitement sa doctrine vers l’Europe centrale et en assumant une lecture identitaire des rapports internationaux, l’administration américaine ne cherche plus seulement à « gérer » l’Union européenne mais à travailler à sa reconfigurer comme espace politique fragmenté, en privilégiant des États capables d’offrir un alignement immédiat plutôt qu’un partenariat global. Washington opère un basculement du multilatéralisme institutionnel (OTAN, UE) vers un bilatéralisme idéologique et transactionnel, entraînant l’Europe vers une balkanisation des politiques de défense, chaque État négociant bilatéralement sa sécurité.

Et c’est logique : pour les États-Unis, le coût de l’opérateur « Union européenne », lent, divisé, beaucoup trop normatif, dépasse à présent les bénéfices qu’il peut en tirer.

Ce n’est pas seulement la place de l’Europe dans le monde qui est en jeu, mais la nature même de l’Europe comme acteur stratégique. Et pour l’instant, ce sont les États-Unis et non l’Union qui déterminent les nouvelles lignes de fracture.

https://h16free.com/2025/12/10/82829-usa-bye-bye-bruxelles

9 décembre 2025

Yann Bizien

-9/12/2025- Avez vous lu le dernier communiqué de Raphaël Glucksmann ? La fabrique de l’opinion tourne à plein : sondages sur commandes, quasi déclaration de guerre de Glucksmann, il y a une course au bellicisme, à l’escalade à outrance, à celui qui tiendra le plus fermement une posture stratégique guerrière, à la mobilisation des forces morales, puisqu’il ne fait plus bon parler de patriotisme dans l’Europe progressiste en chemin vers le fédéralisme. D’ailleurs un sondage récent, commandé pour les besoins de la fabrique de l’opinion, prétend démontrer qu’une majorité de Français verrait désormais la Russie comme « une menace pour la souveraineté européenne » (la souveraineté française n’existant plus après avoir été bradée par Macron). Ce type de résultat ne tombe jamais du ciel : il obéit à une mécanique que l’on connaît depuis Bourdieu, celle de la fabrication de l’opinion. On interroge sur ce que l’on a décidé d’installer au préalable dans l’esprit du public : des reportages dramatisés, des experts choisis, un récit unique, une menace omniprésente, une logique de guerre, la peur de "l’ogre russe". Puis, l’institut de sondage n’a plus qu’à « mesurer » les effets qu’il a contribué à produire. En réalité, ce sondage ne révèle pas une inquiétude ; il valide sa construction. Nous ne sommes plus dans la mesure et dans l’intégration d’un état d’esprit, mais dans la validation politique et statistique d’une propagande d'État.
Monique Plaza

-9/12/2025- La Cour internationale de Justice accepte la plainte de la Russie contre l'Ukraine pour génocide après avoir rejeté les objections de Kiev.
La plus haute juridiction des Nations Unies a rejeté tous les arguments de procédure soulevés par l'Ukraine et va maintenant examiner le dossier volumineux déposé par la Russie : un document de plus de 10.000 pages détaillant des massacres, des actes de torture, des bombardements aveugles et des efforts systématiques pour réprimer l'identité russe dans le Donbass.
En photo : L'allée des Anges à Donetsk, mémorial pour les enfants du Donbass tués par le gouvernement de Kiev pendant la guerre du Donbass.

8 décembre 2025

Gilles La Carbona
Secrétaire national du RPF au suivi de la vie parlementaire

Les empêcheurs de faire la paix...


-8/12/2025- Il semblerait bien que l’UE, telle qu’elle est actuellement, irrite au plus haut point les USA et peut-être même d’autres grandes puissances. Les récentes déclarations de Trump lui-même ou de ses proches laissent penser qu’une guerre larvée est déclenchée contre notre entité supra nationale. Après avoir avancé la fin civilisationnelle du continent européen si rien n’est fait pour changer de cap, Trump vient d’annoncer qu’il n'autoriserait plus l'entrée dans son pays de ceux qui, de près ou de loin, seraient les acteurs d’une quelconque censure de la liberté d’expression. Visa refusé pour toute personne impliquée dans la répression d’opinions protégées par le premier amendement. Le message est clair et s’adresse principalement à l’Europe de Macron et d’Ursula von der Leyen. Les seuls représentants s’acharnant à bâillonner toute forme de pensée contraire à leur norme, et prétextant, dans une inversion devenue leur marque de fabrique, la défense de la démocratie, quand il ne s’agit que de préserver leur mainmise sur le pouvoir. L’ex-commissaire européen franco-sénégalais, Thierry Breton, ne devrait donc plus pouvoir mettre un pied aux US, compte tenu de ses dernières déclarations, notamment pour se féliciter de l’amende infligée par l’Europe à X, le réseau dirigé par Elon Musk. Breton ne manque pas d’air, lorsqu’il déclare « Nous sommes la démocratie qui respecte le plus la liberté de parole, peut-être beaucoup plus qu’aux États Unis. » Et de conclure par un hallucinant : « Pour nous la liberté d’expression est ce qu’il y a de plus important ». Eh oui, c’est pour cette raison qu’il la censure, logique.
Malgré cela, il faut rester calme et même courtois. Il est clair aussi que l’accent est mis sur la destruction de cette UE qui ne correspond plus aux standards de la nouvelle administration américaine, non pas que l’Oncle Sam veuille nous émanciper, il souhaite pouvoir nous contrôler plus facilement et ne pas être empêché par des trublions. Or Macron et von der Leyen sont des obstacles... leurs jours seraient-ils comptés ? Allez donc savoir, une chose est certaine, ils feront tout pour que des changements s’opèrent dans les capitales Berlin, Londres, Paris. Pour autant, s’ils ont pu commencer à faire alliance avec l’AFD en Allemagne, la prise de contrôle de Farrage en Grande-Bretagne a échoué. Ce dernier préférant rester libre et ne rien devoir aux US. Qui sera approché en France et qui succombera ? Faut-il se laisser tenter par cette offre ou décliner et profiter néanmoins du mouvement de bascule qui ne manquera pas de toucher notre pays ?
Il devient évident que les attaques portées à nos libertés et aux piliers de notre identité ne cesseront pas demain. Les sentinelles qui alertent sur les charges répétées contre les libertés ne peuvent plus se contenter de dénoncer, il va falloir, du moins pour certaines personnalités, s’engager frontalement, se découvrir et combattre. Macron rêve de labelliser l’information, même s’il s’échine à dire que c’est faux. Le projet n’est pas enterré, juste mis en sommeil. Il veut déjà savoir ce que vous faites de votre argent : à partir du 1er janvier il faudra déclarer tous les dons ou les ventes faites sur internet. Il est un des ardents défenseurs du chat-contrôle des messageries, plus rien ne doit être privé, plus rien ne doit échapper à l’œil de l’inquisition macronienne, toujours sous le couvert de la sécurité et de la lutte contre la pédopornographie. Cette fameuse sécurité, vertu insensée qui autorise tous les excès pour un pouvoir dictatorial. Une véritable surveillance étatique se met en place avec l’assentiment des députés et sénateurs, ce qui est révélateur de la valeur morale qu’ils portent à la liberté au sens le plus large. Ce qui est grave, comme le rappelait Philippe de Villiers, ce n’est pas de perdre une liberté, l’espoir ou la lutte pour la retrouver est possible. Non, ce qui est grave c’est de s’habituer à cette perte et de n’avoir plus la force, ou les ressources, pour s’en rendre compte. De se laisser mollement déposséder de toute souveraineté pour devenir des non-citoyens.
Trump est un homme d’affaires avant tout. S’il est pour lui essentiel que les USA restent la locomotive et garde sous sa coupe les États européens, il demeure un fervent défenseur de la liberté d’expression. Tout faire pour que la parole dissidente soit confisquée est pour lui insupportable. Ce qui l’est davantage, c’est de voir Macron saboter en permanence son travail de paix pour l’Ukraine. Il est encore à l’initiative pour torpiller les accords en convoquant dans l’urgence les principaux dirigeants de l’UE. Il avait déjà fait cela en début d’année, il se pourrait bien que ce soit là, l’acrobatie de trop. Poutine regarde cela de loin d’un air amusé. Sur le terrain il gagne et les semaines qui arrivent vont conforter les avancées, jusqu’à, si la tendance se poursuit, mettre en péril Odessa elle-même. Il sait que la victoire est de son côté et qu’elle dicte toujours les décisions. Macron n’a pas compris, ne veut pas comprendre. Il se réfugie dans le déni. Si Poutine s’en amuse, Trump s’en irrite. L’ami de loin pourrait bien devenir le pire ennemi et chercher la première occasion pour finir de fissurer un édifice qui ne tient plus que par l’illusion d’un pouvoir qui se veut fort, alors qu’il n’est que mensonge et violence. En attendant il est de plus en plus évident que les forces patriotes doivent s’allier et que l’homme capable de fédérer doit se lever ou du moins préparer activement le moment où il faudra dire : J’y vais.

Bac + 5, Orthographe – 10 : la terrible diplômosclérose française

H16
8/12/2025

Les études – PISA notamment – se suivent et indiquent toutes la même chose : le niveau des élèves français continue de sombrer.

Que ce soit 2007, 2010 ou plus récemment, 2023, ces colonnes ont été l’occasion de noter la contre-performance du système scolaire français sur les 20 dernières années : alors que les budgets du ministère chargé de nos chères têtes blondes n’ont cessé de croître, et que le montant consacré par élève aussi – alors même que le nombre total d’élèves, lui, diminue petit à petit dans le premier degré, les résultats des enfants (à l’arrivée en 6ème) et des adolescents (au sortir du collège) n’a pas cessé de dégringoler, et de le faire de plus en plus vite.

En 20 ans, le budget de l’Éducation est passé d’environ 100 milliards en 2000 à plus de 190 en 2025 : en somme, on a augmenté les moyens et surtout produit des médiocres, et ce malgré de nombreuses études (Rapport Coleman (1966), méta-analyses d’Eric Hanushek, étude du Mackinac Center ou de l’OCDE) montrant une corrélation faible entre les moyens financiers et l’efficacité d’un apprentissage.


La tendance était connue et les années passées, des articles récurrents s’inquiétaient de la présence d’étudiants à l’orthographe de plus en plus hésitante sur les bancs de facultés pour lesquelles l’écriture en français compréhensible n’est pourtant pas facultative (le Droit par exemple). Bien qu’inquiétante, cette tendance était pour le moment considérée comme marginale et ne concernant qu’une petite poignée d’individus presque analphabètes, manifestement bénéficiaires d’un baccalauréat un peu trop facile à obtenir.

Les choses sont cependant en train de tourner au vinaigre à mesure que cette proportion d’élèves illettrés croît de façon alarmante. À tel point que certains professeurs directement concernés s’en ouvrent directement dans quelques articles de presse, et pour eux, le constat est sans appel : on peut parler d’un « véritable effondrement ».

Et alors que la proportion de jeunes adultes diplômés du supérieur en France n’a cessé d’augmenter, même en prépa et avec une grosse majorité d’élèves avec une mention « très bien » ou « bien », des professeurs témoignent retrouver « des copies de six pages qui contiennent 60 à 70 fautes ». Pour ces derniers, on observe « une nette dégradation depuis trois ou quatre ans ».

Pour les professeurs concernés, la cause du mal est à chercher dans l’abandon de l’exigence de la grammaire et l’orthographe de la part des élèves : assez logiquement, comme les cycles primaires et secondaires ont renoncé à imposer une grammaire et une orthographe correctes aux élèves, ces derniers ne se donnent plus autant de mal qu’avant pour rester lisibles et compréhensibles. La disparition progressive des dictées, la réduction de la taille des devoirs écrits et l’amoindrissement de plus en plus marqué des exigences de syntaxe et de cohérence d’ensemble sont autant de facteurs qui ont favorisé un véritable laxisme orthographique et grammatical, qui s’est mué en habitude pour les élèves lorsqu’ils passent dans les études supérieures.

Le problème, c’est qu’une absence de rigueur au niveau de la forme entraîne bien souvent un amoindrissement de la rigueur au niveau du fond. Rapidement, alors que l’orthographe et la grammaire se délitaient, les raisonnements sont devenus de plus en plus simplistes, voire bateaux. Les poncifs s’enchaînent et la pensée de l’élève devient de plus en plus brouillonne. Petit à petit, par manque de vocabulaire, par manque d’exigence orthographique, par délitement grammatical, les élèves ne savent plus ni écrire, ni s’exprimer, ni même tenir un raisonnement décent.

Devant ce constat effarant, les autorités semblent vaguement comprendre qu’il va falloir se reprendre. Apparemment, cela passerait par un baccalauréat plus sévère : ainsi, pour la session 2026, les règles se durcissent en supprimant la possibilité d’un repêchage en dessous de 8 sur 20. Mieux encore, l’actuel ministre de l’éducation souhaite également que les professeurs aient des consignes d’exigence claires, avec, par exemple, la sanction de toute copie qui ne serait pas écrite de manière intelligible. Pour le ministre, une telle copie, avec « un niveau d’orthographe, de syntaxe et de grammaire absolument déplorable, ne peut pas avoir la moyenne ».

Compte tenu de la façon dont les élèves pleurnichent chaque année sur des examens trop difficiles ou trop sévères, on peut raisonnablement douter que ces nouvelles consignes seront effectivement appliquées pour la session 2026. Et donc, même si la prise de conscience est là, même si les autorités semblent vouloir aller dans la bonne direction, la distribution de diplômes en carton va probablement continuer…

Distribution d’autant moins pertinente que, dans le même temps, un nombre croissant d’entreprises renonce à utiliser les diplômes pour recruter leur personnel : pour ces dernières, il apparaît en effet qu’un poste dépend plus des compétences qu’une affaire de diplôme, et qu’un candidat, même avec des diplômes peu adaptés ou inexistants mais aux compétences démontrables est finalement plus intéressant qu’un diplômé aux compétences encore à acquérir…

Cette tendance est déjà clairement en cours outre-Atlantique, où s’accumulent les entreprises qui expliquent pivoter clairement d’un recrutement basé sur les diplômes à un recrutement basé sur les compétences : alors qu’un nombre croissant de candidats peut présenter un diplôme de l’enseignement supérieur, les entreprises comprennent que ces diplômes ne garantissent plus autant qu’avant certaines compétences minimales qu’elles recherchent et modifient leurs critères d’embauche en conséquence. Du reste, c’est maintenant une façon officielle de procéder chez certains grands noms de la tech comme Google ou Amazon qui ont leurs propres « examens » permettant d’évaluer au mieux les candidats, indépendamment de leurs diplômes.

En Europe, on note la même propension à se détacher, très progressivement, des papiers officiels produits par le système éducatif traditionnel. Un récent article de presse sur la DRH de SAP expliquait justement l’accent mis sur les compétences avant le diplôme. Sans surprise, on en voit les timides prémices en France où, là encore, certains comprennent l’importance des compétences avant tout.


la France s’apprête à vivre un douloureux paradoxe, celui d’un pays qui n’a jamais autant vénéré les diplômes – au point que les grandes écoles et les concours administratifs incarnent encore une forme de noblesse républicaine – tout en organisant avec autant de zèle leur dévaluation, et des millions de Français bardés de titres ronflants mais incapables de rédiger une note de service.

Fidèle à elle-même, elle tentera probablement encore un peu de restaurer la façade en rafistolant les examens et en multipliant les circulaires, sans pouvoir arrêter le mouvement de fond : dans un monde où l’on n’embauche plus des certificats mais des capacités, maintenir la fiction du diplôme magique revient à tenir debout une vitrine alors que l’arrière-boutique s’effondre.

Tôt ou tard, la France devra vivre une révolution culturelle et admettre que la compétence ne se distribue pas en fin d’année mais se construit, se vérifie, et parfois s’apprend en dehors même de l’école. Peut-être alors découvrira-t-elle qu’elle n’a jamais souffert d’un manque de talents, mais d’un excès de confiance dans ses titres et que, pour sortir de sa diplômosclérose, il lui faudra cesser de confondre diplôme et savoir-faire.

Ce sera le premier vrai test… dont la copie, cette fois, devra être lisible.


https://h16free.com/2025/12/08/82818-bac-5-orthographe-10-la-terrible-diplomosclerose-francaise

7 décembre 2025

L'ÉCLAIRANTE VICTOIRE DE JEAN-LUC MÉLENCHON

Gabriel Nerciat


-7/12/2025- Grâce au fourbe Laurent Wauquiez – tellement minable qu'il n'était pas présent à la commission d'enquête parlementaire qu'il a lui-même initiée – et aux pitoyables députés LR et Renaissance qui pensaient pouvoir facilement l'acculer devant les Français, Jean-Luc Mélenchon s'est offert hier à l'Assemblée nationale un triomphe à la fois éclatant et facile.
Que s'imaginaient donc ses détracteurs de droite et de l'extrême-centre ? Qu'il allait répondre à leurs questions mal foutues avec des "Allah Akbar !" tonitruants ?
Les commissions d'enquête parlementaires, normalement, ne sont pas faites pour perdre du temps et de l'argent avec ce genre de spectacles démagogiques et foireux. Même pendant la guerre froide, on ne convoquait pas Maurice Thorez ou Jacques Duclos devant leurs pairs pour leur demander s'ils servaient les intérêts de l'URSS avant ceux de la France.
Non seulement Mélenchon, pour ce que j'en ai vu, s'est tiré assez brillamment de l'opération fomentée contre lui, mais surtout la déconfiture de ses adversaires, souvent des droitards assez pavloviens ou des ânes bâtés de la gauche laïcarde tendance "Printemps républicain", devrait faire réfléchir tous ceux qui s'imaginent qu'il suffit de brandir des accusations rituelles de séparatisme communautaire ou d'antisémitisme culturel pour pulvériser un leader islamo-gauchiste aussi habile que lui.
Désolé pour eux, mais nous ne sommes pas en Angleterre, et Mélenchon ne connaîtra manifestement pas le destin de Jeremy Corbyn.
Ces gros malins s'imaginaient le confondre en lui rappelant les propos qu'il tenait il y a dix ou quinze ans contre le voile islamique ou pour défendre le droit au blasphème façon Charlie Hebdo.
Mais le camarade Santerre (son nom de code lambertiste dans les années 1970), suffisamment expert dans l'art des joutes de loges, les attendait évidemment au tournant et s'est joué d'eux en un tournemain.
Il ne lui a fallu que quelques minutes pour expliquer avec un grand sourire que son anticléricalisme d'antan était une erreur doctrinale désuète héritée de son passé SFIO, et que son opposition voltairienne au fondamentalisme religieux n'était pas entachée par son aggiornamento diversitaire et multiculturaliste de la présente décennie.
À cela, que pouvaient répondre des élus LR, souvent francs-maçons comme lui, qui pendant des années ont inauguré en grande pompe des mosquées sunnites, parfois fréristes, dans tous les coins de France et de Navarre, ou des édiles macroniens qui ont toujours soutenu, en bons admirateurs qu'ils sont du modèle anglo-saxon, que la laïcité ne prévalait que pour l'école ou les détenteurs de l'autorité de l'État, mais devenait inopérante dès lors qu'elle se projetait au sein de la société civile où la liberté confessionnelle et d'opinion prévaut sur toute autre considération de cohésion identitaire ou de maintien de l'ordre public ?
Rien, évidemment, ou pas grand chose.
D'ailleurs, quand est-ce que Mélenchon était censé mentir ? Quand il bouffait du curé pour plaire à ses frères de loge tout en sachant très bien, en bon trotskiste infiltré, que le coeur du combat révolutionnaire ne concerne pas ou plus la religion chrétienne (la "claque donnée à sa grand-mère"), ou bien aujourd'hui quand il feint de s'émouvoir du sort des Frères musulmans persécutés et met assez facilement ses accusateurs du CRIF en face de leurs propres contradictions ?
En réalité, cela n'a aucune importance.
Un homme politique de quelque talent sait très bien qu'il faut plier ses convictions aux changements qu'impose la réalité au lieu de délaisser la réalité par fidélité à des convictions idéologiques périmées. Autant continuer de reprocher à De Gaulle d'avoir défendu l'Algérie française avant de la rendre indépendante une fois revenu au pouvoir.
Car en politique, au-delà des élections, seul demeure l'objectif qu'on veut atteindre.
Celui de la gauche radicale est de renverser le régime actuel, et il n'y a pas besoin d'avoir lu minutieusement Marx ou Trotski pour savoir que le régime républicain ("bourgeois") n'est au mieux qu'une étape périssable à atteindre puis à dépasser dans la grande aventure de la révolution internationaliste.
C'est au nom des principes du libéralisme constitutionnel que l'État libéral ne peut pas s'immiscer dans la conscience religieuse de ses citoyens. Dès lors, quelle arme brandir quand un tribun plus résolu ou plus audacieux que les autres décide de miser sur l'islamisme culturel pour accomplir ses desseins ?
En réalité, il n'y en a pas. Pour répondre à ce genre de subversions, il faut d'autres armes (qui n'entrent pas dans le champ de l'état de droit laïcard hérité de 1875-1905, encore moins dans celui de l'Europe supranationale du traité de Maastricht qui ne jure que par l'extension illimitée des droits de l'individu).
C'est parce que Mélenchon, disciple avisé du jésuitique François Mitterrand, le sait très bien, qu'il est arrivé parfaitement décontracté dans l'enceinte du Palais Bourbon, sûr de la victoire qu'il allait y remporter.

6 décembre 2025

Yann Bizien

-6/12/2025- Je partage la plupart des positions de Viktor Orban sur les dangers de l’immigration massive et sans contrôle en Europe ainsi que sur la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
Le Premier ministre hongrois a déclaré que les dirigeants de l'Union européenne avaient décidé de se préparer à la guerre contre la Russie d'ici 2030.
« Dans la première étape, les relations diplomatiques sont rompues, dans la deuxième, des sanctions économiques sont imposées et la coopération est interrompue, dans la troisième, il est question des forces armées et du passage à une économie de guerre. Et la quatrième étape est celle de l'affrontement », a déclaré Orban lors d'une réunion des militants du parti « FIDES - Union civique hongroise ».
Pour Viktor Orban, l'UE est devenue un projet militaire visant à contrer la Russie : « Bruxelles affirme ouvertement qu'elle considère la défaite de la Russie sur le front oriental comme l'objectif de la prochaine décennie. Quand Bruxelles parle de paix en Europe, cela signifie en réalité la guerre ».
Le Premier ministre hongrois a également souligné que son gouvernement avait l'intention de faire tout son possible pour aider à mettre fin au conflit en Ukraine et s'opposerait aux tentatives des dirigeants de l'Union européenne d'entraîner l'Europe dans une confrontation militaire directe avec la Russie.
Enfin, Viktor Orbán critique l’UE secouée par une enquête liée à de la corruption, de la fraude et de l'abus de fonction. Il dénonce aussi les détournements révélés autour du pouvoir ukrainien et affirme que Bruxelles et Kiev préfèrent se protéger mutuellement.