Translate

16 avril 2026

Radu Portocala
16/4/2026

En décembre 1989, dès les premiers jours de l’émeute en Roumanie, Antenne 2 me proposa d’être son consultant « le temps que les choses se calment ». Mais « les choses » ont pris la tournure que nous connaissons.
J’ai donc été, jours après jour, devant un mur d’écrans qui reprenaient les images d’une multitude de télévisions, le spectateur privilégié des événements. Le 25 décembre au soir j’ai traduit cette mascarade judiciaire que la nouvelle direction roumaine a appelée « procès » – celui du couple Ceausescu.
Début janvier 1990, nous avons été, avec mon ami Kosta Christitch les premiers à écrire, dans les pages du « Point », que nous avons assisté à un coup d’État organisé par les services soviétiques et non à une « révolution spontanée » comme le voulait la version officielle.
Pendant des mois, j’ai continué à rassembler des informations et à publier des articles sur ce sujet. Enfin, l’idée d’écrire un livre s’est imposée. Avec tout le matériel que j’avais ramassé, je n’ai pas mis longtemps pour mener à bien mon projet. Fin juillet, le manuscrit était prêt.
À quel éditeur l’adresser ? Je n’avais aucune idée. Kosta Christitch me conseilla de l’envoyer à Georges Liebert, chez Robert Laffont. La réponse arriva très vite. Elle était négative, mais Liebert me conseillait de m’adresser à Olivier Nora, chez Calmann-Lévy. Ce qui fait, aujourd’hui, la raison d’être de ce texte.
Vers le 10 août, alors qu’une chaleur torride accablait Paris, je déposai mon manuscrit à l’accueil de la maison d’édition, qui occupait alors un étrange mais bel immeuble, rue Auber. Moins de deux semaines plus tard, Olivier Nora me téléphonait. Il me proposait d’aller le voir dès le lendemain.
Ma nuit, cela va de soi, fut encore plus mauvaise que d’habitude et le matin se traîna péniblement. L’heure du rendez-vous, vers le milieu de l’après-midi, arriva tout de même et je me retrouvai enfin dans le vaste bureau d’Olivier Nora. La discussion fut courte. Il me dit avoir pris la décision de publier mon livre, me communiqua les conditions et, comme je n’avais aucune objection, me demanda de revenir quelques jours plus tard pour signer le contrat.
Pendant les semaines qui ont suivi – impression, correction des épreuves, envoi à la presse, promotion – Olivier est devenu, je crois, un ami avec lequel la collaboration a été parfaite. Et pour cela je lui suis reconnaissant.
Des années plus tard, en 2006, alors que je venais d’être nommé à la tête de l’Institut culturel roumain de Paris, Bucarest me demanda d’organiser, lors du Salon du Livre, une rencontre entre éditeurs roumains et éditeurs français. À qui d’autre pouvais-je penser pour demander conseil ? À Olivier Nora, que je suis allé voir chez Grasset et qui m’a été d’un grand secours. Pour cela aussi je lui suis reconnaissant.