Bertrand van Roey
16/6/2026
Chronique matinale et coup de gueule du jour...
Encore raté, Manu !
Oui, je sais, cela faisait un moment que je n’avais pas égratigné le « P’tit ». Entendez par là le locataire de l’Élysée, celui que ses admirateurs prennent pour Jupiter et que ses détracteurs surnomment plus volontiers le « Suffisant ».
Car enfin, même si chacun a compris que le macronisme est entré dans sa phase de liquidation avant fermeture définitive de la boutique, notre président nourrit encore l’espoir de sortir grandi du sommet du G7 ouvert lundi à Évian et qui s’achève demain. L’homme ne désespère jamais. Quand d’autres feraient leurs cartons, lui continue de rêver à son destin planétaire.
Alors il soigne la mise en scène. On invite Donald Trump non pas chez Mickey à Marne-la-Vallée mais à Versailles, dans la galerie des Glaces, avec dorures, lustres et souvenirs de monarchie absolue. Histoire de rappeler au président américain qu’en matière d’ego, la France sait aussi produire du lourd.
Depuis neuf ans, Emmanuel Macron court après le même rôle : celui du grand médiateur mondial. Le problème, c’est qu’à chaque représentation, le public quitte la salle avant la fin du spectacle. Il a voulu réconcilier Moscou et Kiev. Résultat : Vladimir Poutine l’a laissé parler tandis que les chars continuaient d’avancer. Il a voulu devenir le chef d’orchestre de la solidarité européenne avec l’Ukraine. Le contribuable français a découvert que son chéquier avait plus voyagé que lui.
Pendant ce temps-là, Volodymyr Zelensky récoltait les aides avec l’efficacité d’un moissonneur en pleine saison. Quant aux mises en garde concernant certains oligarques ukrainiens, elles ont été rangées dans le même tiroir que les promesses de réduction de la dette française : celui qu’on n’ouvre jamais.
Puis vint le Proche-Orient. Après l’horreur du 7 octobre 2023 et ses 1 200 victimes israéliennes — un bilan qu’il convient effectivement de rappeler — Emmanuel Macron a de nouveau endossé son costume préféré : celui de l’homme qui allait apporter la paix au monde. Las. Benjamin Netanyahou lui a fait comprendre, avec toute la diplomatie qu’on lui connaît, que les affaires de la région pouvaient très bien se traiter sans les conseils du président français. Rideau.
Aujourd’hui, alors que son influence internationale ressemble davantage à une peau de chagrin qu’à une force diplomatique, Emmanuel Macron espère profiter du G7 pour retrouver un peu de lustre. L’entreprise paraît ambitieuse. Car ses homologues européens ont fini par distinguer la différence entre ce qu’il prétend être et ce qu’il est réellement. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que les Suisses s’invitent dans la partie.
Les Helvètes, peuple discret qui compte ses francs quand nous comptons nos déficits, goûtent déjà assez peu la facture laissée par le sommet. Non conviée à la table des grands, la Confédération a pourtant dû mobiliser policiers, militaires et moyens logistiques pour sécuriser les déplacements des délégations transitant par Genève. Autrement dit : elle paie sans être invitée au repas. Un concept très français.
À Berne, l’irritation est telle qu’un courrier particulièrement critique aurait été adressé à Paris. Quant au journal Blick, jamais avare d’une formule qui claque, il est allé jusqu’à écrire que Macron avait « secrètement entubé la Suisse ». Pour un pays dont la spécialité est de surveiller ses comptes au centime près, l’addition passe forcément de travers.
Il faut dire que l’idée d’associer davantage les autorités helvétiques ou même d’accorder quelques égards diplomatiques à ce voisin indispensable n’a visiblement effleuré personne à l’Élysée. Sans doute parce que, dans l’imaginaire macronien, la Suisse demeure ce petit pays propre sur lui, poli, silencieux et vaguement provincial. Un petit pays qui, certes, ne fait pas beaucoup de bruit. Mais qui, contrairement à nous, sait encore équilibrer un budget.
Et c’est peut-être là le véritable problème. Car cette obsession de compter ses sous cadre assez mal avec la philosophie économique de notre Mozart de la finance, virtuose incontesté du déficit et chef d’orchestre de la dette publique. Résultat ? Une occasion supplémentaire de redorer son blason qui s’envole. Une de plus.
Décidément, même lorsqu’il organise un sommet mondial, Emmanuel Macron conserve un talent rare : celui de transformer les opérations de prestige en démonstrations d’impuissance.
Encore raté, Manu.

