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12 décembre 2025

Pas de voitures volantes mais des trottinettes électriques : on nous a volé notre futur

H16
12/12/2025

Le progrès serait-il en panne ? Si l’on s’en tient à certaines observations, on peut le penser.

Rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps, on nous promettait les étoiles, non pas métaphoriquement, mais littéralement : des voitures volantes, des vacances sur la Lune ou presque. Malheureusement, un rapide coup d’œil à la fenêtre suffit à noter que la science-fiction d’hier n’est pas devenue réalité et qu’en lieu et place de voitures volantes, on a hérité d’hommes-soja montés sur des trottinettes électriques.


L’impression est corroborée par l’analyse de la consommation énergétique dans le monde. Si la consommation globale grossit de façon réjouissante comme le montre le graphique ci-dessous, il en va autrement pour le graphique « per capita ».


Ce dernier montre en effet un aplatissement : depuis les années 1980, la courbe s’aplatit. Le rêve d’une croissance solide s’est brisé contre un mur invisible. Aurions-nous atteint un plateau ? Certes, la consommation énergétique n’est qu’un proxy du progrès mais elle montre bien que même avec une forte augmentation de la population, elle s’est tassée. Peut-on tout mettre sur le dos d’une efficacité énergétique redoublée ?


Ce constat d’un progrès en berne ne sort pas complètement de nulle part.

Dans la culture populaire des années 80 ou 90, le futur – les années 2020 par exemple – ne devait pas ressembler à ça. Dans Retour vers le Futur II par exemple, Marty McFly débarque en 2015 dans un monde de voitures volantes, d’énergie de fusion domestique et d’infrastructures révolutionnaires. En 1989, ce film voyait un futur peuplé de skateboards à lévitation, de voitures volantes, des réhydrateurs de pizza et des vestes auto-ajustées. Nous avons… des smartphones, des écrans plats, des réseaux sociaux à moitié toxiques et des algorithmes qui nous vendent des chaussures. Le futur est arrivé, mais il est plat, gris (nos voitures ont perdu leurs couleurs), et se recharge par USB-C.


Comme le soulignent cruellement certains observateurs, nous avons même régressé dans certains domaines. Le retrait du Concorde est à ce titre un symbole dévastateur : c’est l’une des rares fois dans l’histoire humaine où nous avons volontairement renoncé à une capacité technologique (la vitesse supersonique civile) pour revenir à la lenteur.

Peter Thiel, figure emblématique de la Silicon Valley et penseur critique de cette « Grande Stagnation », résume cette désillusion par une phrase devenue célèbre : « Nous voulions des voitures volantes, nous avons eu 140 caractères. » Dans un article incisif, il argumente que l’innovation s’est réfugiée presque exclusivement dans le monde virtuel, le numérique en délaissant le monde réel, celui des « atomes », du transport, de l’énergie ou de la bio-ingénierie lourde.

Oui, l’iPhone est une merveille, mais il ne nous emmène pas sur Mars et ne guérit pas le cancer. L’illusion du progrès numérique masque une stagnation profonde de l’ingénierie physique. La Silicon Valley optimise, monétise, surveille mais ne créerait donc plus de mondes nouveaux.

Quelles pourraient être les raisons de ce plateau ?

Peut-être est-ce une pure impression, peut-être les effets de mode ont-ils poussé l’humanité vers certaines technologies plutôt que d’autres, favorisant un certain laisser-aller ou le choix du confort plutôt que celui du dépassement ?

Une autre hypothèse hardie, quasi taboue, serait celle d’une « féminisation » de la société, non au sens démographique, mais au sens culturel. C’est en tout cas celle avancée dans un récent article de Arctotherium qui suggère que les valeurs traditionnellement associées au féminin – sécurité, consensus, prudence, égalité des résultats – ont lentement remplacé les valeurs masculines de risque, de compétition, de conquête ou de disruption, et ce depuis les années 70 environ.

Le constat d’un basculement culturel voit des institutions scientifiques, autrefois des fraternités d’explorateurs, devenues des bureaucraties sensibles à la moindre micro-agression. Les projets ambitieux – fusion nucléaire, exploration spatiale, génie génétique – sont étouffés sous des montagnes de conformité éthique, de comités de déontologie, de peurs morales. Le progrès est désormais soumis à un veto émotionnel. Il doit être inclusif, durable, non oppressif. Il doit faire plaisir à tout le monde. Et s’il déplaît, il est abandonné.

La civilisation résultante choisit la sécurité à l’aventure, l’harmonie à la rupture, la régulation à l’invention. Compte-tenu du déluge de lois, de régulations et le délire normatif dont tout l’Occident souffre actuellement, peut-on lui donner tort ?


On pourrait même arguer que cette stagnation ne se cantonne pas à la technologie et touche aussi tout le culturel : Sebastian Jensen note ainsi dans un de ses articles que la culture populaire a cessé d’évoluer après les années 2000. Les talents créatifs, surtout les introvertis brillants, migrent vers la tech ou la finance, laissant un vide. Les prix littéraires illustrent d’ailleurs ce biais : on ne trouve ainsi aucun homme blanc de moins de 40 ans sur les listes notables du New York Times depuis 2021. Les franchises dominantes sont des reboots, des prequels, des suites. La musique est rétro, comme la mode ou l’architecture.

L’esthétique elle-même semble figée. Là où chaque décennie du XXe siècle avait une signature visuelle et sonore distincte, les vingt dernières années semblent former un tout homogène, lissé par les algorithmes : Internet, qui devait être un outil de créativité infinie, a paradoxalement créé un conformisme de masse.

Nous vivons dans un éternel 2010, recyclé sans cesse, dans lequel le futur est devenu un style et non une direction. Nous ne concevons plus le monde à venir, nous le consommons avec nostalgie.

Une autre question s’impose alors : et si cette stagnation n’était pas un accident ? Et si elle était le résultat d’un consensus tacite, d’un choix collectif, voire d’un projet politique conscient ?

C’est la question posée par les frères Weinstein (Bret et Eric), figures marginales mais lucides de la dissidence scientifique, qu’on retrouve souvent dans les médias « alternatifs », ceux qui, justement, ne se contentent pas du conformisme algorithmique ou de l’aplatissement sociétal constaté ailleurs.

Bret, de son côté, affirme que la science a été prise en otage par une faction idéologique qui a transformé la recherche en tribunal moral. Eric, lui, va plus loin : il explique que, pour lui, le progrès fondamental en physique théorique a été délibérément et mystérieusement stoppé au début des années 1970, et que nous vivons dans un état de stagnation intellectuelle depuis plus d’un demi-siècle.


Pourquoi ? Probablement parce qu’il est stratégiquement utile pour les États de bloquer un progrès trop important : car le progrès véritable, celui qui résout le cancer, la pauvreté, la mort, la rareté en somme, rend tout gouvernement inutile… En conséquence de quoi, dans un monde où le progrès menace les pouvoirs établis, la stagnation devient une arme : les élites maintiennent l’Humanité dans un état de quasi crise permanente, suffisamment confortable pour éviter la révolte, mais suffisamment précaire pour justifier le contrôle, et il suffit de lui faire croire que l’innovation réside dans une appli acidulée pour livrer des sushis plus vite…

Le progrès est ainsi devenu un luxe contrôlable. On finance la recherche, mais pas la révolution. On célèbre l’innovation, mais pas la rupture. On a remplacé les fusées par des likes, les laboratoires par des incubateurs de startups, et les génies par des influenceurs.

Cependant, ni le plateau énergétique, ni celui du progrès en général ne sont une fatalité.

Le progrès a été enfermé dans des comités, dans des idéologies et dans la peur. Pour le libérer, il faudra renoncer au confort et au consensus et retrouver la volonté d’un futur qui soit autre chose qu’un simple passé amélioré ou marginalement meilleur.

Alors sans doute, la courbe repartira. Per aspera ad astra ?


https://h16free.com/2025/12/12/80688-pas-de-voitures-volantes-mais-des-trottinettes-electriques-on-nous-a-vole-notre-futur
Stéphane Rozès
12/12/2025

Les néolibéraux post-nationaux, de gauche comme de droite, par inculture, pensent faux et ont un problème avec le réel.
- L’Europe est déjà affaiblie et divisée.
- Ce ne sont ni Trump ni Poutine qui sont pour la souveraineté nationale : ce sont les peuples, dont les dirigeants devraient être l’expression.
- La souveraineté nationale est la condition de la souveraineté populaire, de la démocratie.
- L’imaginaire européen, son génie, procède depuis Mare Nostrum de la capacité à faire de la diversité de ses peuples du commun, et non de la nier ni de la contourner.
- L’Union européenne détruit l’Europe, car ses institutions et ses gouvernances néolibérales sont contraires à l’imaginaire européen.
- La puissance résulte de la cohérence entre les imaginaires des peuples et leurs institutions, de la force du lien entre gouvernants et gouvernés.
- L’Europe des nations voulue par Mendès France et de Gaulle est la seule façon de sortir du chaos et de remettre l’Europe en mouvement, comme passerelle entre l’Occident et le Sud global.

ARIÈGE. CETTE NUIT, L’ÉTAT A FRANCHI UN POINT DE NON-RETOUR

Karine Durand
12/12/2025

Ce qui s’est passé en Ariège n’est ni un “incident”, ni un “maintien de l’ordre”, ni un banal “protocole sanitaire”. C’est un massacre administratif exécuté par la force, avec une froideur qui glace.
Pendant 48 heures, des agriculteurs, des citoyens, des familles entières ont tenu sans dormir pour protéger un troupeau de 200 vaches et leurs veaux. Des bêtes saines. Une seule vache malade, isolée. Toutes les autres pouvaient être sauvées. Des solutions existaient. Elles ont été proposées. Elles ont été ignorées.
En face, l’État d’Emmanuel Macron a répondu par une démonstration de force totale. 600 à 700 CRS. Deux hélicoptères. Des Centaures. Des blindés. Du matériel militaire pour dégager des voitures, soulevées et jetées dans les champs comme des objets sans valeur. Des grenades. Des gaz. Huit heures de confrontation.
Huit heures contre des agriculteurs. Pas contre des trafiquants. Pas contre des mafias. Pas contre des zones de non-droit. Contre ceux qui nourrissent ce pays.
L’étable entière a été saturée de gaz. Oui, saturée. Les images existent. Les témoignages aussi.
Ce n’est pas la Shoah. Ce n’est pas la guerre. Ce ne sont pas des chambres à gaz. Et personne de sérieux ne dit cela. Mais ce que beaucoup ressentent, ce choc viscéral, vient d’ailleurs. Il vient du fait de voir un pouvoir appliquer une logique froide, bureaucratique, désincarnée, sur du vivant. Traiter des êtres vivants comme des variables à neutraliser, sous protection armée, au nom d’un dossier.
C’est précisément ce que l’Histoire nous a appris à surveiller : non pas les horreurs finales, mais les mécanismes qui les rendent possibles. Les obéissances aveugles. La déshumanisation par le langage. La “raison d’État” qui écrase tout.
Et pendant ce temps-là, les responsables politiques parlent de “science”, de “proportion”, de “nécessité”. La réalité est simple : cette maladie a une mortalité estimée entre 1 et 5 %. Aucun éleveur n’acceptera jamais de perdre 100 % de son troupeau pour en “sauver” 95 % sur le papier. Aucun être humain sain d’esprit n’accepterait cela pour son travail, sa vie, sa famille.
La vérité, c’est que la souveraineté alimentaire française est en train d’être méthodiquement détruite. Et quand il n’y a plus d’élevage, il n’y a plus d’agriculture. Quand il n’y a plus d’agriculture, il n’y a plus de pays. Et quand il n’y a plus de pays, on importe. À n’importe quel prix. De n’importe où. Avec n’importe quoi dans l’assiette.
Cette nuit, quelque chose s’est cassé. La peur a changé de camp.
Les commentaires affluent par milliers. Des gens pleurent. D’autres n’ont pas dormi. Beaucoup parlent d’“heures sombres”, non par provocation, mais parce qu’ils ont reconnu une ligne rouge qui bouge. Les blocages s’étendent. L’A75 est bloquée. D’autres suivront. Les syndicats agricoles, pour une fois, étaient unis. Les citoyens sont venus sans étiquette.
La colère n’est plus locale. Elle est nationale.
Ce gouvernement peut continuer à mépriser, à gazer, à mentir via ses communiqués et ses plateaux télé. Mais il ne pourra plus faire comme si rien ne s’était passé. Parce que des millions de personnes ont vu. Parce que les images ont dépassé les médias officiels. Parce que la propagande a été battue par la réalité.
Après les vaches, ce n’est pas “le chaos” qui vient. C’est la rupture.
Une rupture entre un pouvoir hors-sol et un peuple qui refuse d’être administré comme un problème à éliminer. Une rupture entre Bruxelles, Paris, et la France réelle. Une rupture qui ne se réglera ni par des gaz, ni par des éléments de langage.
Cette nuit, l’État a peut-être gagné une bataille contre des éleveurs.
Mais il a perdu quelque chose de bien plus grave : la confiance.
Et quand elle est morte, plus aucun blindé ne la ramène.
Et maintenant, parlons chiffres. Parce qu’au-delà du choc moral, ce qui s’est passé en Ariège est aussi une aberration économique monumentale, payée par des gens qui n’ont jamais choisi cette décision. L’abattage du troupeau représente à lui seul entre 400 000 et 600 000 euros de valeur agricole détruite (vaches, veaux, années de sélection, de soins, de travail). À cela s’ajoutent les coûts d’équarrissage et de destruction des carcasses, entre 30 000 et 50 000 euros. Mais le plus indécent reste le dispositif déployé : 600 à 700 CRS et gendarmes, heures supplémentaires, logistique, blindés, Centaures, munitions lacrymogènes, grenades, carburant, deux hélicoptères consommant chacun des milliers d’euros de kérosène par heure. La seule opération de maintien de l’ordre est estimée entre 300 000 et 800 000 euros. Sans compter les dizaines de véhicules civils endommagés ou détruits, jetés dans les champs pour forcer le passage, pour une facture supplémentaire comprise entre 100 000 et 250 000 euros selon les indemnisations. Total de l’addition : entre 850 000 euros et 1,7 million d’euros pour détruire un élevage.
À titre de comparaison, la solution rejetée par l’État (isolement de la vache malade, quarantaine renforcée, surveillance vétérinaire et gestion locale du risque) aurait coûté entre 25 000 et 70 000 euros. Vingt à soixante fois moins. Et surtout, sans briser une famille, sans ruiner une exploitation, sans traumatiser une région, sans mettre le feu au pays. Qui va payer cette différence colossale ? Pas ceux qui ont signé les ordres. Pas ceux qui ont donné les interviews. Ce seront les contribuables, par l’impôt, les budgets publics, les indemnisations tardives, les assurances qui refusent ou traînent, les agriculteurs qui reconstruiront seuls. Une décision imposée d’en haut, refusée sur le terrain, et financée par ceux qui n’ont jamais été consultés. Voilà aussi ce que révèle l’Ariège : non seulement un abus de pouvoir, mais une arnaque économique d’État, froide, inefficace, et destructrice.


José Martin

11 décembre 2025

Anne-Sophie Chazaud
11/12/2025

URGENT

Mes amis,
Je ne suis plus là beaucoup mais je veux absolument ce soir vous adresser ce message en urgence et dans l'immense silence des principaux médias de propagande français : ce qui se passe ce soir en Ariège est une pure abomination.
Des centaines de gendarmes, des centaures, des moyens extravagants sont déployés par la Macronie pour attaquer la paysannerie française sur fond de Mercosur et de grande braderie des terrains agricoles, pour tuer des vaches par centaines dans une forme de sacrifice qui fait songer à un mélange de rituel satanique et d'atavisme nazi (y compris dans le zèle administratif déployé pour servir ces ordres absurdes et criminels).
Si vous êtes dans le Sud Ouest, allez défendre les paysans.
Ils représentent tout ce que la Macronie déteste et tout ce qu'elle veut détruire. Ils représentent la souveraineté des Français, leurs terres, leurs traditions et leurs cultures, aux sens propre et figuré.
Ce même jour, parmi des centaines d'autres entreprises, Brandt met la clé sous la porte.
La Macronie a TOUT détruit dans ce pays. Il ne reste PLUS RIEN.
L'agriculture, l'énergie, les industries, les entreprises, l'éducation, la justice, les médias, le patrimoine : TOUT a été mis en liquidation.
Je vous en conjure, continuez de vous battre si vous le pouvez et soutenez ce mouvement qui doit prendre de l'ampleur à proportion qu'il est quasiment nié dans les médias collaborationnistes.
Si les paysans sont écrasés par les milices macronistes, ce pays est mort.
Chacun désormais a une part du destin de la France dans ses propres mains.
PS : je ne sais pas si je dispose encore ici d'une quelconque audience mais si vous le pouvez, PARTAGEZ PARTAGEZ PARTAGEZ les infos, les témoignages, LEVEZ CE SILENCE DE MORT. ET LEVEZ-VOUS !
Gastel Etzwane


-10/12/2025- Cette caricature de Rodho est à la fois drôle et cruelle, parce qu’elle dit avec une brutalité comique ce que beaucoup de gens pensent tout bas depuis trente ans : l’Europe, et particulièrement la France, est en train de vivre une forme d’effacement culturel par capillarité américaine (et désormais globale), sans guerre, sans occupation militaire, juste par la force douce du marché, du divertissement et du mode de vie « cool ».
Le dessin est volontairement exagéré : un gamin blond en survêt’ Nike, Starbucks à la main, qui commande son Uber Eats devant un cinéma Marvel, un McDo, un KFC et un panneau Google.
C’est l’image d’une jeunesse européenne qui ne parle plus vraiment sa langue, ne mange plus vraiment sa cuisine, ne regarde plus vraiment ses films, n’habite plus vraiment son histoire. Et le pire, c’est que ce n’est pas totalement faux.
Quand Donald Trump évoque une influence extra-européenne qui ferait courir un risque civilisationnel à l’Europe, on comprend parfaitement ce qu’il désigne. Mais à mes yeux, la menace la plus visible est exactement celle que montre ce dessin : un effacement progressif de notre culture au profit d’une sous-culture mondialisée, essentiellement d’origine américaine.
Des intellectuels français le disent, toutes tendances confondues, depuis au moins les années 1950-60 :
- Georges Duhamel, déjà dans les années 1930, parlait de « Scènes de la vie future » et décrivait une Europe américanisée jusqu’à l’absurde.
- Après 1945, avec le plan Marshall, le Coca-Cola, le chewing-gum, Hollywood et le rock, une partie de la droite comme de la gauche (PCF compris !) s’est alarmée de « l’américanisation ».
- Dans les années 1980-90, Régis Debray, Alain Finkielkraut, Philippe Muray ou Jean Baudrillard ont décrit, chacun à sa manière, cette « disneylandisation » du monde et la victoire du soft power culturel américain.
- Même Jack Lang, ministre de la Culture socialiste, défendait farouchement « l’exception culturelle » française contre le rouleau compresseur hollywoodien à l’OMC en 1993.
Donc non, Trump n’a rien inventé. Il a juste remis un vieux constat sur la table, avec son style bulldozer.
Mais le fond du sujet est ailleurs : le danger principal est cette uniformisation culturelle mondiale qui écrase les particularismes européens.
Et le plus terrible, c’est que le phénomène qu’il pointe n’est même plus seulement américain.
Le jogging Nike + Starbucks + Marvel + rap américain en fond sonore, c’est devenu le kit de survie culturel des adolescents de Paris à Bucarest, de Lisbonne à Varsovie. L’uniformisation ne vient plus seulement des États-Unis : elle est relayée par les plateformes globales (Netflix, TikTok, Instagram, Uber Eats…) qui diffusent partout la même sous-culture jeune, déracinée, anglophone et consumériste.
Le drame français, c’est que nous avions pourtant les moyens de résister : une langue magnifique, une gastronomie exceptionnelle, un cinéma, un cinéma d’auteur, une mode, une littérature.
Mais nous avons laissé, décennie après décennie, les centres-villes se transformer en galeries marchandes identiques, les salles de cinéma indépendantes fermer, les librairies disparaître, les habits traditionnels ou simplement élégants être remplacés par le « streetwear mondialisé.
Alors oui, les cathédrales et les châteaux sont toujours là. Mais quand on voit un ado à Rouen, à Limoges ou à Avignon avec le même hoodie Supreme, les mêmes Air Force 1, le même vocabulaire de 300 mots mâtiné d’arabe de cité et d’anglais, en train de regarder le dernier Spider-Man en mangeant un tacos lyophilisé, on peut légitimement se poser la question :
Avons-nous déjà perdu l’essentiel de ce qui faisait une civilisation européenne distincte, et surtout française ? Pas totalement, non. Mais on est sacrément mal barrés si on continue à trouver ça « normal » ou inéluctable.

LA PREUVE PAR MUSK

Gabriel Nerciat
11/12/2025

Mais il parle exactement comme Douguine, Karaganov, Farage, Orban, Trump, Bannon, Dupont-Aignan et Philippe de Villiers !
Ce n'est pas la preuve qu'il y a un véritable complot fasciste, russe et transnational pour détruire l'Europe, ça ?
Qu'est-ce qu'il vous faut donc pour être convaincus, bande de couilles molles pacifistes et munichoises ?
Misérables pleutres ! On vous met les preuves sous les yeux, et vous, vous regardez ailleurs !
Vers les usines Brandt qui vont fermer, les cartels de drogue qui ont pignon sur rue dans les cours de justice, les menées islamo-gauchistes de la Grande Mosquée de Paris, la prolifération de l'illettrisme chez les jeunes et les milliers de migrants clandestins venus d'Afrique et du Maghreb qui s'apprêtent à partir à la chasse de vos filles pendant la soirée du réveillon.
Tous les prétextes les plus contingents et les plus nauséabonds sont bons pour vous dérober, bande de lâches.
Et c'est ainsi, ô ma brave dame, que meurent les démocraties libérales !
Ah mon Dieu, rendez-nous donc Albert Camus, Jean-François Revel, Claude Lefort, Emmanuel Levinas et André Glucksmann (le fils ne tient pas vraiment la route, hélas) !
Ils ne rédigeaient pas des tweets, eux, et ils savaient ce qui nous menace.
Rendez-les nous, rien qu'un soir, rien qu'une heure, devant les sapins de Noël, pendant que chante Céline Dion.
Les DS noires polluantes, on ne les regrette pas, et la beauté viriliste d'Alain Delon non plus ; on vous le jure.
Mais eux, si ! Eux, ils sauraient vous convaincre, pauvres loques.
Avec eux, dès le jour de l'An, au lieu d'écouter tranquillement les concerts fascistes de la Philharmonie de Vienne dans votre salon, vous seriez déjà sac au dos avec treillis en partance pour Kiev, où se joue le salut du monde...

10 décembre 2025

Stéphane Rozès
10/12/2025

Mon analyse de l’articulation entre la situation internationale, européenne, française, et la guerre en Ukraine.
Entretien avec Natalia Routkevitch pour La Nouvelle Revue Politique.

Dans cet entretien, Stéphane Rozès propose son analyse de la crise politique en France, de ses liens avec les processus européens et mondiaux, ainsi que des perspectives d’évolution des relations entre l’Europe et la Russie.

• Le titre de votre dernier livre, « Chaos. Essai sur les imaginaires des peuples », consacré aux processus politiques en cours en France et à leurs liens avec ce qui se passe dans le monde, sonne d’une actualité brûlante. Le « chaos » est-il, selon vous, le terme le plus approprié pour qualifier ce qui se passe en France comme dans le monde ces dernières années ? Quelles en sont, à votre avis, les causes principales ?

L’état de chaos dans lequel s’est trouvé le monde contemporain résulte du fait que la mondialisation, pour la première fois dans l’histoire, ne s’effectue pas sous la domination d’une communauté humaine – cité-État, empire ou nation impériale – mue par ses propres représentations et des intérêts clairement formulés autour desquels pouvaient se structurer des coopérations ou des affrontements religieux ou politiques. Aujourd’hui, la mondialisation est portée par des forces désincarnées – les marchés et les technologies – sous l’égide d’un régime néolibéral transnational. Dans mon essai, j’en retrace la généalogie intellectuelle et objective.

La globalisation économique, financière et numérique actuelle s’est autonomisée par rapport à la mondialisation des civilisations et des peuples, dotés de leurs imaginaires, façons pérennes de voir, d’être qui leur sont propres.

Chaque peuple possède un « imaginaire » pérenne et singulier qui encastre des représentations et des institutions religieuses et politiques, des rapports sociaux, techniques et géopolitiques variables pour s’adapter au réel.

Ainsi l’histoire ne résulte pas de la force des idées ou des forces matérielles, mais à travers la dialectique entre les imaginaires stables, ses formes et le réel changeant. Le chaos actuel est la conséquence directe du fait que la mondialisation néolibérale déstabilise les imaginaires établis des civilisations et des peuples.

Le capitalisme financier et les révolutions technologiques se sont diffusés à l’échelle de la planète, y compris en Chine et dans les pays de l’ancien bloc de l’Est. Cela s’est accompagné d’un transfert du pouvoir de décision des gouvernements nationaux vers des mécanismes et des institutions transnationaux et impersonnels, libérant les élites dirigeantes de la nécessité d’expliquer aux citoyens que demain peut être pire qu’aujourd’hui.

Les cercles dirigeants – les élites, « sommets » des États – se sont de fait déracinés de leurs nations, de leurs systèmes de représentations et de leurs intérêts. Nous en sommes arrivés à un point où les peuples ont le sentiment d’être privés de l’essentiel : la maîtrise de leur destin.

En réponse à cette perte de contrôle et à l’éloignement de l’État par rapport à la société, surviennent fragmentation, repli sur soi et recherche de boucs émissaires. Et pour recouvrer un sentiment de cohérence, les sociétés entrent en conflit avec leurs voisins – économiques, géostratégiques, et désormais militaires. L’approche multilatérale s’efface au profit d’une politique chaotique de la force. Le monde se brutalise – en temps de paix comme en temps de guerre –, la force l’emporte de plus en plus sur le droit. Le trumpisme version MAGA n’est pas la cause de cette régression, mais son symptôme.

L’Occident est plus vulnérable face au néolibéralisme

• Vous évoquez plus l’Occident ?

L’Occident est le plus vulnérable face au néolibéralisme. Son imaginaire prométhéen supporte mal que le cours des choses soit régi par la contingence et ne se conforme pas à l’horizon de la Raison ou du Progrès. Les autres civilisations, chacune différente, mues par la quête d’harmonie avec la nature ou l’observance d’une loi divine, sont bien moins déstabilisées par l’extrême incertitude : il leur suffit de s’adapter aux circonstances.

La mondialisation, initiée par l’Occident, se retourne aujourd’hui contre lui. Les États-Unis, portés par un imaginaire messianique et conservant encore l’hégémonie, cherchent à conserver leurs atouts monétaires, industriels, technologiques et militaires mais ne veulent plus assumer les coûts politiques et stratégiques du leadership sur le camp occidental et sur le monde.

Après la chute du mur de Berlin, l’affrontement idéologique Est-Ouest a été supplanté par une fracture culturelle entre l’Occident et le Sud global, qui réunit des civilisations et des peuples d’Asie, d’Eurasie, d’Afrique, du monde arabo-musulman et d’Amérique latine, aux visions du monde, intérêts économiques et priorités géostratégiques divers. Ce qui les unit, c’est la volonté de trouver une alternative ; ils veulent se moderniser sans s’occidentaliser, affirmer des principes universels concrets sans recourir à un universalisme abstrait et défendre leur souveraineté politique.

Le Sud global ne se vit plus comme dominé mais comme une alternative. Il s’affirme sur la scène diplomatique et pèse par ses votes à l’ONU qui, qu’il s’agisse de l’Ukraine ou de Gaza, manifestent le refus de suivre la ligne occidentale. Nous voyons se dessiner les contours d’un autre ordre multipolaire – l’annonce d’une nouvelle architecture des relations internationales, dont parlent explicitement Lula da Silva, Xi Jinping, Vladimir Poutine ou Narendra Modi. Le monde oscille aujourd’hui entre des confrontations croissantes – y compris la possibilité d’un choc américano-chinois en mer de Chine méridionale – et la chance d’un nouveau point d’équilibre, à condition que l’Europe parvienne à jouer un rôle de pont.

Les guerres hybrides s’étendent aux sociétés qui ne participent pas formellement aux conflits. La diffusion instantanée des émotions via les communications numériques de haute technologie internationalise « l’égalisation des conditions » et ses standards. La conquête des esprits devient le préalable à la conquête des territoires : l’opinion publique mondiale devient un champ de bataille. La frontière entre le front extérieur et l’espace intérieur des sociétés civiles s’estompe : les guerres de l’information pénètrent le quotidien sous forme de batailles culturelles et sémantiques, jusqu’au choix – conscient ou inconscient – et au remaniement des concepts qui deviennent des instruments de luttes : « islamophobie », « terrorisme », « génocide ». Les diasporas et migrants deviennent des enjeux et relais des parties prenantes aux conflits.

La force d’une nation – en temps de paix et plus encore en temps de guerre – naît de la cohérence entre l’imaginaire du peuple et ses institutions, de la solidité du lien entre le souverain et le peuple.

Le degré de mobilisation de la nation et sa résilience morale face à la guerre dépendent de la manière dont le conflit s’inscrit dans l’imaginaire du peuple ; de la légitimité ressentie des buts de guerre ; du sentiment d’être capable d’influer sur le cours du conflit ; de l’adéquation des moyens militaires aux finalités politiques ; et enfin – et c’est la grande nouveauté – du niveau de compréhension et d’acceptation par les opinions publiques mondiales.

• En ce qui concerne l’Europe, où sont les racines de ses difficultés actuelles ?

L’Europe s’est fortement affaiblie en trois décennies. Elle subit un déclin économique, industriel et technologique et perd en cohérence stratégique. Depuis Maastricht, la part de l’UE dans le PIB mondial diminue régulièrement – malgré l’élargissement. L’UE est fragmentée de l’intérieur et vulnérable aux influences et pressions extérieures de toutes sortes.

C’est que les institutions de l’Union européenne sont contraires à l’imaginaire européen, celui d’un universalisme concret, son génie visant à faire de la diversité du commun. Depuis l’époque de la Méditerranée – « mare nostrum » – intégrée à l’Empire romain, l’Europe tirait sa force de sa capacité à emprunter et à relier. Chaque peuple européen possède encore aujourd’hui son imaginaire collectif. Leur pluralité fait le génie européen : elle engendre d’innombrables variations dans les manières de créer, de travailler, de consommer, d’épargner, d’habiter l’espace numérique, de se positionner sur la scène mondiale et de faire la guerre. La dialectique entre le particulier et le commun, c’est la spécificité européenne, l’universalisme concret qui a servi de matrice à l’Occident, mais a aussi enfanté sa variante messianique américaine. Cette logique façonne l’ordre mondial depuis la Grèce et Rome antiques.

La sortie de l’Histoire de l’Europe s’explique par la tentative de contourner les nations et de rapprocher les peuples à travers des procédures uniformisées – économiques, monétaires, budgétaires et commerciales –, l’UE sapant ainsi ses propres piliers : les peuples constitués en nations par l’histoire. Le détachement des États européens – ayant adopté des modèles de gouvernance néolibéraux supranationaux – par rapport à leurs nations, à leurs imaginaires et à leurs intérêts a engendré la défiance envers les élites dirigeantes. D’où les poussées d’isolationnisme, de ressentiment et de formes diverses de populisme. En parallèle, cela a vidé les élites de leur substance et les a arrachées au tissu historique : les dirigeants sont devenus des gestionnaires, ayant perdu la vision politique, stratégique.

En retour, les sociétés oscillent entre la volonté de recouvrer la souveraineté nationale et la tentation du nationalisme. S’approfondissent des fractures internes – territoriales, sociales, culturelles – exacerbées par des tensions théologico-politiques, souvent d’expression islamique.

Dans toute leur diversité, les peuples d’Europe aspirent à la réhabilitation du politique, de l’État, de la nation, au rétablissement de la puissance souveraine, de la justice sociale et de la sécurité. C’est pourquoi la question migratoire est partout devenue le foyer de ces attentes : elle condense des dimensions culturelles de respect des modèles d’intégration et de normes républicaines, économiques, sociales : dans le rapport capita/travail, de délinquance et de souveraineté par le contrôle des frontières.

Face à des menaces communes – internes et externes –, l’UE se fracture dans la recherche de réponses. La contradiction s’accroît entre le projet d’« Europe fédérale », promu par le haut, Bruxelles et certains dirigeants nationaux, et l’exigence d’« Europe des nations », de plus en plus réclamée par le bas, les peuples. Si elle persiste, tout discours sur la « fédéralisation » des politiques européennes restera vain et l’Union risque la vassalisation et une sortie définitive de l’Histoire.

Le duo franco-allemand, longtemps moteur de l’Europe, a de facto quitté la scène : malgré la rhétorique et les défis communs – dette, pandémie, guerre en Ukraine –, les visions de la France et de l’Allemagne divergent, notamment sur l’autonomie stratégique, l’OTAN et l’attitude envers l’industrie de défense. La France n’a pas rempli son rôle politique – ne parvenant même pas à le définir pour elle-même, elle s’est laissée déporter vers une approche illusoire technicienne et économiciste.

Le déclin français a des raisons politico-culturelles

• Pensez-vous que, derrière le chaos politique actuel en France, se cachent des causes plus profondes, liées à son identité et à son rapport au monde, au-delà des seules circonstances du moment ?

La France subit plus que d’autres pays la globalisation néolibérale, tant sa logique et ses effets sont contraires à ce qu’elle est. Historiquement, en outre, elle se pense comme une puissance agissant dans le monde, mais ses ressources internes se sont affaiblies. Sa parole demeure brillante et volontariste, mais elle est moins soutenue par la nation pour intervenir à l’extérieur alors même que, potentiellement, le pays dispose de ressources importantes pour moins se prémunir des menaces extérieures.

Les Français sont le peuple le plus pessimiste de l’OCDE. En trente ans, la situation de la France s’est dégradée sur presque tous les plans. L’indice de développement humain de l’ONU parle de lui-même : du 2ᵉ rang en 1995, elle est tombée au 26ᵉ.

Les causes de ce déclin sont politico-culturelles plus qu’économiques et sociales. En France, la contradiction est particulièrement aiguë entre un imaginaire projectif et universaliste, tourné vers l’avenir et nourri par le débat politique sur le destin du pays, et une gestion néolibérale qui exige au contraire une adaptation permanente et immédiate à des contraintes économiques et juridiques externes.

La défiance politique a atteint un sommet. Elle s’exprime par un rejet record du Président, mais aussi par le sentiment d’une crise systémique de la société : « territoires perdus de la République », violences urbaines, attentats islamistes, délinquance, décomposition du modèle social et d’intégration, immigration incontrôlée, déclin économique, paralysie des institutions politiques. Le déficit budgétaire n’est que l’expression comptable de la contradiction entre la politique menée par l’administration d’État qui transpose les directives bruxelloises néolibérales et la réalité du pays qui s’y oppose. Il en résulte un empilement d’institutions, des dysfonctionnements, une inflation normative, des gaspillages et le paradoxe d’un État qui consacre des moyens importants à un modèle social qui n’en continue pas moins de se dégrader. Au total dans les sondages, deux tiers des Français sont favorables à la dissolution du Parlement ; une majorité souhaite une présidentielle anticipée. La société exige que le président, le gouvernement et le Parlement reflètent mieux la volonté du peuple, et que l’État se remette au service de la nation – sur la base de la souveraineté populaire, des valeurs républicaines, de la laïcité, de l’aspiration à l’ordre et à la justice sociale. Tant que cela n’advient pas, le pays demeure fracturé, défiant envers ses dirigeants et paralysé.

Le peuple français, par son imaginaire collectif, est naturellement porté vers l’extérieur pour tenir ensemble. Selon Malraux, « les Français doivent embrasser le monde », mais ils n’en ont plus aujourd’hui les ressorts internes. Tant que la crise politique interne ne sera pas résolue et que les dysfonctionnements européens ne seront pas corrigés, la France n’aura pas les moyens de sa propension à intervenir de façon projective au plan international à la hauteur de ses déclarations.

Les Français redoutent moins l’instabilité extérieure qu’ils ne sont empêchés par la situation intérieure.

Le président Macron s’est coupé de la nation

• En France, les appels à la démission d’Emmanuel Macron se multiplient – non seulement de la part des forces protestataires, mais aussi dans des médias mainstream comme Le Point, qui lui a récemment suggéré de « partir la tête haute ». L’ancien Premier ministre Édouard Philippe s’est exprimé dans le même sens. La popularité de M. Macron a chuté à un niveau record. Quelle part de responsabilité porte-t-il personnellement dans la crise actuelle ?

La question est délicate : il faut distinguer ce qui relève de la logique d’un cycle historique et ce qui résulte des actes de dirigeants concrets.

J’appartiens à l’école réaliste et j’analyse l’histoire selon une logique systémique. Comme disait Hobbes, « le souverain n’est que l’interprète du spectacle du peuple ».

L’imaginaire français par son caractère projectif et universaliste et le rôle central de l’État postulent que « le haut fait le bas » : chez nous, l’État précède la nation, d’où cette illusion bien française. C’est le bas qui fait le haut.

Dans ma carrière, j’ai travaillé avec seize candidats à la présidentielle et trois présidents, dont Emmanuel Macron avant sa première élection. Je puis affirmer que les présidents ne sont pas les auteurs mais les acteurs du processus historique – même s’ils peuvent, aux bifurcations, infléchir le cours des choses, pour le meilleur ou pour le pire. Il en fut ainsi pour le meilleur avec De Gaulle en 1940 et 1958, pour le pire avec Mitterrand lors du traité de Maastricht et Sarkozy en faisant adopter le traité de Lisbonne malgré le non au référendum de 2005. Ces deux traités ont conduit l’Europe – et d’abord la France – dans une impasse.

Macron, peu connu du public jusqu’à sa nomination à Bercy, a gagné l’élection parce que sa psychopolitique – son fameux « en même temps » – épousait parfaitement la fracture interne de la France entre sa conscience projective-universaliste et le néolibéralisme bruxellois, entre la nation et l’appareil d’État. Il paraissait capable de réconcilier « en même temps » ces deux mondes. En 2017, je l’ai qualifié de « néo-bonapartiste » – de bonapartiste non pas au service de la grandeur de la nation, mais plutôt de la « start-up nation » néolibérale. Il comprenait le rôle spirituel-symbolique au-dessus de sa dimension temporelle du président parlant directement au peuple, de façon verticale mais au service des marchés de façon horizontale.

L’hubris présidentielle a été de penser pouvoir concilier en sa personne la verticalité de la souveraineté politique avec l’horizontalité des forces du marché, la souveraineté nationale avec le pouvoir supranational de l’UE. Cette ambition – fruit d’une illusion ou d’un calcul – lui a permis de l’emporter en persuadant les Français que la source du mal résidait dans l’« ancien monde » des partis et des corps intermédiaires. Il a tu l’essentiel : la crise politico-institutionnelle ne vient pas de cet « ancien monde », mais du contournement de la souveraineté nationale, lorsque l’appareil d’État transmet non pas la volonté de la nation, mais les directives de Bruxelles. On a ainsi commis l’erreur fondamentale : tenter d’assembler l’inconciliable et employer des moyens contraires aux fins affichées. À cela s’ajoute une faute commune à tous nos présidents depuis Mitterrand : dès leur élection, ils se sont employés à vouloir « rassurer Berlin », s’y rendant comme avec des lettres de créance, promettant d’être des ordolibéraux exemplaires. Devenus gestionnaires plus que politiques, ils adoptent la logique de la bureaucratie technocratique et lui délèguent le pouvoir. Macron a répété cette erreur en 2018, espérant rallier Merkel à une politique européenne d’investissement. Devant son refus, il a repris la posture, au-delà de la politique de ses prédécesseurs, puis il s’est heurté à la volonté même de la nation française dont il est l’émanation.

• Cette rupture entre le président et le pays s’est manifestée très vite après 2017, puis n’a cessé de s’amplifier ?

Dès l’été 2018, l’affaire Alexandre Benalla a signifié la mise à distance et l’isolement du pouvoir : Macron a de fait placé cet aventurier entre lui et le peuple. La réponse ne s’est pas fait attendre. Elle est remontée des profondeurs de l’histoire avec le soulèvement des « gilets jaunes ». Le slogan « Macron, nourris ton peuple » rappelait que, lors des jacqueries derrière la fiscalité, se cachent les devoirs du souverain – féodal, monarchique ou républicain moderne – envers son peuple. Aujourd’hui, ces devoirs se dissolvent parallèlement au contournement de la souveraineté nationale, seule capable d’exprimer la volonté populaire.

D’où l’exigence d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC), l’un des mots d’ordre majeurs du mouvement.

La présidentielle de 2022 n’a pas été, de facto, une présidentielle. Il n’y a pas eu de véritable débat national sur l’avenir ni sur la figure capable de l’incarner. Le candidat Macron, usant de la position de sortant, a usé et abusé de la peur du covid-19 et de la guerre en Ukraine, se posant en seul sauveur crédible. Aussi, venu le temps des législatives, ne pouvait-il plus dire au pays : « Donnez-moi une majorité pour tenir notre contrat. » Il n’a presque pas fait campagne – et n’a donc pas obtenu de majorité.

Doté d’une faible légitimité politique, il a néanmoins recouru au 49.3 pour imposer la réforme des retraites, rejetée par toutes les centrales syndicales et par deux tiers des Français. Les électeurs ont exprimé leur mécontentement aux européennes suivantes, infligeant une lourde défaite au camp présidentiel. S’en est suivie une dissolution incompréhensible de l’Assemblée nationale. Il a de nouveau joué sur la peur, présentant le scrutin comme un choix entre lui-même et des « extrémistes », alors que la dissolution devrait être un moment de reconnexion au peuple. Puis il a appelé à un « front républicain » contre le seul Rassemblement national (RN) aux portes de Matignon. Au vu des résultats, il est apparu que le pays serait ingouvernable. L’Assemblée, divisée en trois blocs, était composée aux deux tiers de députés élus grâce à l’addition mécanique de voix hétérogènes, ce qui leur donnait toute latitude de manœuvre idéologique ensuite. À tout Premier ministre nommé par un président politiquement illégitime, il ne restait qu’à choisir : soit l’inaction pour durer, soit tenter d’agir pour être renversé aussitôt par une motion de censure. L’instabilité politique s’est accrue. La situation financière s’est dégradée : coût croissant du service de la dette, abaissement des notes par les agences de rating, élargissement du spread – l’écart de rendement entre obligations allemandes et françaises – au détriment de la France. Cet indicateur est devenu, ces dernières années, un élément clé de la « carte mentale » des élites dirigeantes. Une des fautes les plus déstabilisantes de Macron a été le fameux « en même temps » – cette « ambivalence stratégique » rendant ses actes et paroles inexplicables, illogiques, imprévisibles et souvent contradictoires… Il y a chez lui une constance frappante dans l’inconstance : alternance de rhétoriques républicaine et communautariste ; exaltation de la tradition historique française tout en refusant d’en reconnaître la spécificité culturelle ; des sempiternels discours mémoriels sur le passé, mais refus de construire politiquement l’avenir. Même chose dans les nominations : par exemple, après le républicain Jean-Michel Blanquer à l’Éducation, il a nommé le communautariste Pap Ndiaye, accusant comme ministre aux États-Unis publiquement la France de « discrimination structurelle » et de « racisme d’État ».

Cette chaîne de fautes politiques, visibles dès la première année de son quinquennat – où il a, à son issue, non seulement poursuivi la politique de ses prédécesseurs, mais l’a radicalisée –, a conduit à une dégradation accélérée de la situation du pays. Emmanuel Macron n’a pas arrêté un processus de déclin déjà ancien : il l’a brusquement accéléré, bien qu’il soit arrivé au pouvoir sous le mot d’ordre d’une « renaissance » nationale.

• Pour cette raison, beaucoup de ses partisans se sont-ils détournés de lui ?

Emmanuel Macron a beaucoup dérouté par ses décisions et son rapport aux Premiers ministres, comme au pays. Il apparaît de plus en plus enfermé dans son palais, tel un forcené politique, songeant déjà à une carrière internationale pendant que la France s’enlise dans les rets de l’Union européenne supranationale.

Le déclin moral, économique et social s’accentue, et les fondements de la République sont minés notamment par la pression des communautaristes, des islamistes, des Frères musulmans et des salafistes, soutenus par le Qatar et l’Arabie saoudite. E. Macron, qui mise beaucoup sur le charme personnel, ne construit pas de liens humains durables. Il ne tolère politiquement, sur la durée, que ceux qui lui sont redevables et il s’entoure de courtisans. Se plaçant en surplomb du pays, il escompte que l’Histoire finira par lui donner raison d’avoir voulu réformer des Gaulois rétifs qui jadis décapitèrent leur roi.

Pendant ce temps, la France continue de s’affaisser. Son seul repère est constitué des classes dirigeantes et des élites – mais elles aussi évoluent. Aujourd’hui, seules les pressions des élites, des marchés financiers et de Bruxelles pourraient l’inciter à partir avant 2027, d’autant qu’il lui faut penser à sa « reconversion » post-Élysée, et que le sort postprésidentiel de ses prédécesseurs n’a rien de séduisant. Même le conseiller influent Alain Minc, qui contribua jadis à son ascension, l’a récemment éreinté, le qualifiant de pire président de la Ve République. Minc, conseiller de grands patrons et de responsables politiques, s’est parfois trompé sur des choix décisifs, mais il capte avec justesse les humeurs des classes dirigeantes. Ses prises de position, comme celles de son ancien Premier ministre Édouard Philippe ou de David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, l’appelant à la démission sont un bon indicateur de la « France d’en haut et de la France d’en bas ». Tous comprennent que le pays ne peut s’enliser jusqu’en 2027.

La puissance résulte de la solidité du lien entre le dirigeant et le peuple

• Une éventuelle présidentielle anticipée pourrait-elle sortir la France de la crise ?

La solidité de toute communauté humaine dépend de la concordance entre son imaginaire et ses institutions, de l’accord entre l’État et la nation, et de la force du lien entre le peuple et son dirigeant. Deux choses seulement pourraient sortir la France de l’ornière, le reste est secondaire : réaligner le peuple, le Président et le Parlement et dans le même temps restaurer la souveraineté nationale, condition de la souveraineté populaire, en réorientant l’UE vers une « Europe des nations », conforme au génie européen et à la vision de Pierre Mendès France et du général de Gaulle. Il ne peut y avoir de renaissance française sans transformation profonde de l’UE : chaque nation doit pouvoir faire prospérer son propre modèle, permettant une mutualisation des forces européennes à l’intérieur de frontières définies et au travers de politiques européennes ambitieuses et volontaires. Alors seulement l’Europe pèsera réellement sur la mondialisation.

• Partout en Europe, des mouvements qualifiés de « populistes », réclamant un retour du pouvoir au niveau national, gagnent du terrain. Ce processus vous paraît-il irréversible ? L’arrivée probable du Rassemblement national au pouvoir en France conduirait-elle à plus de chaos, ou au contraire y mettrait-elle fin ?

Je rappellerai une loi politico-anthropologique fondamentale : progressent et triomphent les forces qui se rapprochent de l’axe de gravité idéologico-politique de l’imaginaire de leur peuple à un moment donné. Celles qui s’en éloignent s’affaiblissent ou disparaissent. Dans le chaos, généré par le néolibéralisme, nous observons partout le retour des nations et de la souveraineté. Les peuples en réaction face au néolibéralisme se replient – jusque dans son principal « laboratoire », l’Union européenne.

Cela enclenche un processus de décomposition et de recomposition idéologico-politique, surtout en Occident, mais selon des voies propres à chaque pays, en fonction de leur culture politique.

Toutes les sociétés, de façon grégaire, en reviennent à partir de leurs imaginaires archaïques à partir de questions de la maîtrise de leur destin, du retour de la nation et de sa souveraineté avec l’émergence de nouveaux acteurs et mutations de formations politiques anciennes.

Le retour de la question nationale a été capté le plus rapidement – consciemment ou intuitivement – non par les partis traditionnels, mais par des figures comme Trump et par des forces à la périphérie du système néolibéral, bâtissant leur stratégie sur les fractures sociales et économiques. Le terme « populisme », à cause de son flou, englobe aujourd’hui des projets très divers. Les mutations les plus rapides se sont produites dans des mouvements aux racines nationalistes, parfois même néofascistes, pour des raisons liées à la sociologie de leurs électorats et à leur moindre insertion dans les institutions accompagnant le néolibéralisme. Il en a été ainsi du RN en France. Comme Méloni en Italie, Marine Le Pen a fait évoluer le FN de nationaliste en RN bonapartiste. Le bonapartisme advient en France quand le lien entre la nation et l’État se rompt. Alors momentanément la question sociale qui structure le clivage gauche/droite laisse place à la prévalence de la question nationale et de sa symbolique politique : restauration du pouvoir politique ; adresse directe du chef au peuple en contournant les intermédiaires ; Union nationale, alliance capital-travail du travail et du capital ; dépassement du clivage gauche-droite par l’idée d’unité nationale ; abandon du Frexit au profit d’une « Europe des nations ».

L’Europe sort de l’Histoire car ses institutions l’UE sont contraires à son imaginaire

• Vous avez cosigné, avec plusieurs personnalités, une tribune dans Le Figaro dénonçant la « dérive supranationale et technocratique de l’UE, où le principe de “l’État de droit” sert de prétexte à l’extension du pouvoir de structures échappant au contrôle démocratique ». De quoi s’agit-il ?

Nous considérons que la fédéralisation supplémentaire de l’UE avec la fin du droit de véto et le vote à la majorité nous enfonceraient encore plus dans une crise de l’Europe. Que ce ne serait pas tirer les leçons des échecs actuels. Le contournement de la souveraineté nationale, condition de la souveraineté populaire et donc de la démocratie, s’est accompagné du détournement du nécessaire principe de l’État de droit. Il a perdu sa fonction originelle de garant des libertés individuelles et de la séparation des pouvoirs. Il est devenu un instrument de substitution du pouvoir politique par des organes judiciaires échappant au contrôle du peuple et se substituant à lui. Les défenseurs de la République et de la démocratie ne peuvent ignorer ni ne pas critiquer cette dénaturation de l’État de droit, qui retire aux peuples le droit de conduire leur destin. En retour surgissent des réactions dangereuses et imprévisibles. En politique, tout est lié : la loi et le droit dérivent toujours d’une volonté politique – qu’il s’agisse de régimes autoritaires, totalitaires ou, de préférence, de la démocratie libérale.

Le néolibéralisme est devenu l’antithèse du véritable libéralisme. Le fait que les premières réactions de masse contre lui aient émergé dans les berceaux du libéralisme politique en est la preuve : au Royaume-Uni – le Brexit –, aux États-Unis – le trumpisme du premier et du second mandat, différents par nature, est révélateur et peu mis en lumière.

• On a le sentiment que l’Union européenne cherche aujourd’hui son unité intérieure en se construisant un ennemi commun – la Russie –, comme si la cohésion du continent ne pouvait se faire que contre quelqu’un…

Au cœur du modèle néolibéral – à gauche comme à droite – se trouve un défaut conceptuel qui détermine la logique de gouvernance de l’UE : la croyance que la société est déterminée par l’économie, avec sous-estimation du rôle décisif de l’imaginaire collectif et de sa dimension politico-culturelle dans la formation des peuples et des civilisations.

On suppose que l’on peut unifier les nations européennes par des procédures, des régimes économiques et des normes juridiques. Or c’est précisément cette approche technocratique qui déstabilise les représentations collectives des peuples, provoquant leur fragmentation et leur repli. Faute de pouvoir rapprocher les membres de l’UE sur les grandes questions politiques, la direction de l’Union tente de plus en plus de les retenir ensemble par une peur commune – du covid-19, de la crise de la dette ou de la Russie, qui alimente elle-même cette peur depuis son invasion de l’Ukraine. Mais, minée de l’intérieur pour les raisons déjà décrites, l’Union est souvent incapable de traduire ses proclamations en actes réels, alors même qu’elle dispose objectivement de toutes les ressources pour ne pas trop redouter une attaque de la Russie ou pouvoir la contrer.

Imaginaire russe et imaginaire ukrainien

Dans cette guerre dramatique ; réalités et jeux de rôle s’entremêlent : les acteurs deviennent prisonniers de leurs propres illusions. La guerre en Ukraine a choqué les dirigeants européens. Merkel déclara un jour : « Poutine est irrationnel. ». Poutine n’est pas irrationnel ; il n’est pas allemand, il est russe. Il ne se sent lié ni par les relations économiques qui unissent les voisins d’Outre-Rhin via leur politique ordolibérale, ni par l’interdépendance énergétique et économique entre l’Allemagne, l’Europe et la Russie. Il pense et agit en russe à l’imaginaire impérial, hérité de l’époque tsariste et formé par la vie sur de vastes espaces sans frontières naturelles, ni reliefs pour se protéger, au climat rude et sous la menace séculaire des invasions : Huns, chevaliers Teutoniques, armées napoléonienne ou nazis. L’attention aux frontières et à leur protection y est portée à son comble. La conscience impériale russe produit des formes spécifiques – orthodoxes et « christiques » – de rapport au religieux et au politique, où le spirituel, le temporel et le national sont indissolublement liés, se matérialisant dans des régimes autocratiques ou totalitaires. Tsar, Staline, Poutine – autant d’incarnations d’un même archétype du protecteur du peuple – un peuple à la très forte « servitude volontaire ».

Dans ces cadres politico-religieux très rigides, et en dessous, le peuple russe a créé, pour ne pas étouffer, une culture d’une richesse extrême, qui cherche dans la vie spirituelle intérieure une libération de la contrainte extérieure : iconographie, architecture, poésie, théâtre, littérature, musique, ballet, cinéma… une âme, une émotion, un cri transfiguré, là où les Français du fait de leurs imaginaires créent comme ils pensent, par la raison, comme l’avait repéré Dostoïevski à propos de la comparaison de nos littératures.

La conscience nationale russe est l’antipode de l’approche positiviste-économiciste et technocratique des élites occidentales. Confiants dans leur puissance économique, technologique et militaire, Européens et Américains ont surestimé leur capacité à étendre indéfiniment leur influence – et se sont cognés à une limite, celle de l’imaginaire russe. Kissinger et Brzezinski – originaires d’Europe centrale, distinguant parfaitement le soviétique du russe – avertissaient les néoconservateurs américains et les ultranationalistes ukrainiens : « otaniser » l’Ukraine : jamais la Russie ne laisserait faire.

L’Empire russe a précédé la nation et Kiev en fut un centre historique.

Par ailleurs, les néoconservateurs américains et des dirigeants européens ont commis une erreur stratégique en percevant Poutine comme un dirigeant post-soviétique et comme un Russe, ou grand Russe. Ils étaient convaincus qu’en cas de conflit majeur le peuple russe se détournerait de lui.

La Russie, de son côté, a sous-estimé l’émergence d’une conscience nationale ukrainienne et la capacité de l’Ukraine à devenir sujet de sa propre histoire, sans se satisfaire d’un statut de peuple sous tutelle de l’Empire russe.

Poutine, ancien officier du KGB, a surestimé le rôle des élites et sous-estimé la singularité du peuple ukrainien déjà repérable depuis les effets de l’occupation de la Pologne catholique sur l’orthodoxie de Kiev, entrainant un rapport différent entre le spirituel et le temporel. En cela, une majorité d’Ukrainiens regardent l’Occident pour des raisons culturelles avant même politiques et économiques.

On aurait pu éviter la tragédie des immenses pertes humaines – tant chez les Ukrainiens que chez les soldats russes – si la nation ukrainienne s’était construite comme un État fédéral, neutre et non russophobe dans des frontières reconnues, dont la sécurité eût été garantie conjointement par la Fédération de Russie et l’OTAN.

Un temps, il a semblé que la France et l’Allemagne étaient prêtes à y contribuer, mais la logique de confrontation – conforme à l’esprit de l’époque – l’a emporté.

• À rebours de sa tradition historique, la France s’est aujourd’hui placée à l’avant-garde de la stratégie d’affrontement avec la Russie. Comment expliquez-vous ce virage de Paris et ce ton belliqueux ?

D’abord pour faire la paix, il faut être deux. Ensuite, voulant manifester son indépendance à l’égard des États-Unis et surtout de Donald Trump, Emmanuel Macron a voulu endosser le rôle de leader de l’Europe face à la menace russe, affichant un soutien inconditionnel au président Zelensky. Ces derniers mois, on a même eu le sentiment qu’il s’opposait à une conclusion rapide d’un accord sous l’égide du mercantile, réaliste pragmatique Trump. Aucune des parties, et surtout les belligérants directs, n’a intérêt à prolonger cette guerre sanglante et coûteuse. De toutes façons les choses se décident à Washington, Moscou, Kiev et Pékin.

Mais l’Europe peut être emportée dans la guerre. L’armée française et son haut commandement demeurent professionnels et solides, et la dissuasion nucléaire fonctionne efficacement. Toutefois, les déclarations et les ambitions du président ne correspondent pas toujours à l’état d’esprit du peuple français. Si les Français soutiennent majoritairement la résistance de la nation ukrainienne à l’invasion russe, ils refusent une participation directe aux combats : trois quarts y sont opposés. En revanche, 55 % sont favorables à une mission de maintien de la paix dans le cadre d’un accord international, ainsi qu’à une aide économique et matérielle à l’Ukraine.

Portée par un imaginaire projectif et universaliste, la France a toujours voulu être présente dans les régions clés du monde. Le gaullisme en fut la dernière expression forte, tournée vers l’autonomie stratégique et le rôle singulier de la France au sein d’une UE de plus en plus inspirée géopolitiquement par Washington.

Une Europe des nations pont entre l’Occident et le Sud global

• Comment évaluez-vous la possibilité d’une « autre Europe », fondée sur la recherche du bon voisinage, la prise en compte des intérêts de tous dans un nouveau système de sécurité, sur une diplomatie active et la reconnaissance des différences historiques et culturelles des peuples ?

Une « autre Europe », une Europe conforme à son imaginaire, une Europe des nations est possible, mais à certaines conditions. De son côté, la partie russe doit accomplir des gestes concrets prouvant que ses intentions ne sont pas hostiles.

Le peuple russe est grand, courageux, doté d’une culture remarquable ; il pourrait être un pont entre l’Europe et l’Asie. Cela passe déjà par une paix juste et durable en Ukraine.

De son côté, l’Occident – d’abord les États-Unis et la France – doit donner un contenu concret à ses valeurs universalistes : respecter les différences entre civilisations et peuples, leurs imaginaires collectifs et leur souveraineté.

Les scénarios d’avenir se dessinent aujourd’hui selon que les peuples parviendront, ou non, à recouvrer le droit de gouverner leur destin. Malgré la singularité de leurs visions du monde et de leurs expériences historiques, les peuples ne veulent pas revenir en arrière : ils veulent préserver leurs acquis sociaux et leurs spécificités historiques. Pour cela, ils doivent chercher un nouvel équilibre entre groupes sociaux, liberté individuelle et liberté collective. À mon sens, deux voies sont possibles. Soit nous allons vers une « re-civilisation » de la mondialisation – sous forme démocratique, non sans difficultés – en remettant les États au service des nations et en canalisant la globalisation néolibérale vers une mondialisation en mosaïque des civilisations et des peuples aux imaginaires différents ; soit ce processus est bloqué, et alors les sociétés ne se souderont plus qu’autour d’idées religieuses, ethniques ou nationalistes – par la recherche d’ennemis et de boucs émissaires.

En parallèle, nous assistons aujourd’hui, notamment en Occident, à la formation de systèmes de contrôle numérique de masse. Émerge un puissant triangle posthumaniste – idéologique, technologique et militaro-industriel : Hollywood, la Silicon Valley et le Pentagone. Les GAFAM/MAAMA apparaissent comme des « chevaliers » d’une Big Tech qui se répand à vive allure – en contournant responsables politiques et élites intellectuelles – jusque dans le temple du capitalisme néolibéral, Davos. Des démocraties libérales fatiguées s’inclinent de plus en plus vers des régimes « césaro-technologistes » ; populaires et autoritaires, agrégeant conservateurs chrétiens, bourgeoisie industrielle et de la Tech, transhumanistes. En Chine, de puissantes structures politiques et numériques, intégrées à l’État (BATX, donnant accès à des données individuelles détaillées), façonnent un système hybride de crédit social et de surveillance numérique, régulant les comportements individuels et collectifs sous le contrôle du Parti communiste chinois.

L’universel plutôt que l’universalisme

Ce qui rassemble les personnes, les civilisations et les peuples, c’est l’aspiration commune au respect de la dignité humaine, à la reconnaissance du droit souverain de décider par soi-même des questions qui les concernent.

L’universel concret – et non l’universalisme abstrait – relie les humains du monde : la conscience prométhéenne occidentale et les imaginaires du Sud global, qui aspirent à la modernisation sans occidentalisation et à la recherche d’harmonie. Si ses institutions correspondaient à son esprit historique, l’Europe pourrait retrouver sa place dans l’Histoire et équilibrer, au sein de l’Occident, le messianisme américain par l’idée d’une Europe des nations. Habituée depuis des siècles à l’affrontement avec la diversité – dedans comme dehors –, l’Europe peut encore aujourd’hui être un pont entre l’Occident et les civilisations du Sud global. La Russie, l’Eurasie, y aurait toute sa place.

Ce serait une chance d’édifier un ordre international plus juste et plus durable, à même de répondre aux défis de la justice sociale, de l’écologie et des migrations. Une course contre la montre est engagée : le choix est entre la renaissance des civilisations fondée sur les nations et une nouvelle barbarie, entre le retour démocratique des peuples à leur souveraineté et un chaos de guerres, ultime manière tragique, pour des peuples dépossédés de leur destin, de retrouver une unité autour de représentations archaïques et d’intérêts à court terme.

Propos recueillis par Natalia Routkevitch
Pierre Duriot

L’étude qui tombe à pic...


-10/12/2025- Une « étude » dit que non, les vaccins Covid n’ont pas provoqué plus de cancers. Étude valable uniquement en France, même si nous avons eu le même produit que les autres. Ça a autant de consistance que le nuage de Tchernobyl qui s’arrête à la frontière… On se souvient de Philippe, à la tribune de l’Assemblée, expliquant doctement que les masques ne servaient à rien et interdisant aux pharmaciens d’en vendre, pour finalement les imposer. De Pelloux, docte lui aussi, affirmant que six millions de non vaccinés allaient mourir dans l’année. Si on en est à commander une étude pour essayer d’avoir raison, malgré l’augmentation avérée du nombre de cancers, pour dédouaner les vaccins, il va falloir trouver une autre cause à l’augmentation du nombre de cancers pourtant bien chiffrée. On va avoir, au choix, le réchauffement climatique, les Russes, ou le carbone… qu’on se rassure, non seulement certains vont y croire, mais il le défendront à nouveau doctement…

L’agriculture française doit mourir en silence...

Gilles La Carbona


-10/12/2025- Encore un troupeau qui, dans l’Ariège, sera massacré avec la complicité de la préfecture et des FDO. Nous l’avons déjà écrit dans nos colonnes, la dermatose nodulaire n’est pas une maladie mortelle pour le cheptel. Le matraquage qui est fait par Bruxelles et nos médias subventionnés, donc labellisés, est une immonde propagande de soumission, destinée à nous faire croire que c'est la seule solution. Nous l’avons répété et le martelons encore, en 1992 l’île de la Réunion a été touchée et s’en est sortie sans détruire les troupeaux. L’épidémie a disparu en quelques mois, et causé la mort de seulement 4% des animaux. Ce serait une raison suffisante de ne pas suivre ce nouveau protocole. Bruxelles, qui en exigeant l’abattage systématique de toutes les bêtes si un cas est révélé, ne protège rien mais contribue à l’effacement du patrimoine génétique que nos éleveurs s’échinent à sélectionner depuis des années.
C’est évidemment une attaque frontale contre la France et ses petits paysans. Même quand les bêtes sont toutes vaccinées, elles peuvent tomber malades et il faut les tuer... mais à quoi sert alors ce vaccin ? L’isolement des vaches contaminées est largement suffisant pour enrayer l'épidémie. C'est ce qui avait été fait à l'époque avec l'aide d'un vaccin efficace. Oui mais voilà, en 1992, nous ne devions pas subir les injonctions technocratiques et délirantes de la commission européenne. C’est là qu’est le mal. La désobéissance des pouvoirs publics face aux données scientifiques sur cette maladie, appuyée par l’expérience de la France en la matière devrait être la règle. La volonté de préserver notre richesse agricole devrait passer avant l’obéissance stupide et scélérate aux lobbys étrangers et intérêts supra-nationaux. Mais il n’en est rien, et les autorités se retranchent frileusement derrière les oukases européens pour détruire nos exploitations, pensant que des dédommagements pourront remplacer des années de sélection.
C'est le mirage macronien : compenser un animal par une somme d'argent. On ne compense jamais la disparition d'années de travail, de patience, pour parvenir à l'excellence. Tout cela pour permettre l’arrivage de viandes étrangères via le Mercosur, ce que tout le monde a bien compris, il ne faut pas prendre les gens de la campagne pour des imbéciles. La méthode est insupportable et nous attendons que nos oppositions se mobilisent pour faire cesser ce massacre. Mais bougeront-elles ? Rien n’est moins certain, elles sont tellement mollassonnes et finalement corrompues, tellement frileuses dès qu’il s’agit de s’opposer à l’UE... Où sont les écolos, les défenseurs de la nature, eux si prompts à hurler à la mort contre un chasseur qui tire un sanglier déjà blessé dans un fossé ? Là, il ne manque pas une voix de ces indignés de salon, mais qu’on détruise demain 208 vaches vaccinées qui ne présentent aucune trace de maladie, et ils deviennent muets, absents, pas intéressés. Nos administrations ne savent plus qu’obéir aveuglément et en aucun cas faire preuve de distance critique dans l’application de directives souvent ineptes, pondues par des bureaucrates éloignés du terrain. Notre souveraineté alimentaire, dimension chère à De Gaulle, est donc en péril. Il y a 33 ans, la France était encore l’un des tout premiers exportateurs mondiaux de produits agricoles et le secteur faisait même partie de l’excellence et des secteurs exportateurs excédentaires. Aujourd’hui nous sommes importateurs et déficitaires : vive la PAC. Les exploitations familiales disparaissent et c’est bien là l’un des objectifs sous-jacents de Bruxelles. Une épidémie et voilà le prétexte idéal.
Nos parlementaires auront failli sur tous les sujets. Budgétairement ils savent que le budget est mauvais, mais ils s’abstiennent, au lieu de voter contre. Comme c’est pratique de fermer les yeux au lieu de regarder la réalité en face. Entre le Mercosur, les accords avec l’Inde, la mort des agriculteurs français et européens est au bout de la route, avec un continent à la merci des autres pour son alimentation. Pourtant Macron croit encore pouvoir impressionner. De retour de son calamiteux voyage en Chine n’a-t-il pas osé parler d’augmenter les droits de douane avec ce pays pour rééquilibrer une balance commerciale européenne qui se construit de plus en plus sans la France ? La réalité est que Bruxelles veut détruire ce qui nous reste de puissance, l’agriculture, et que le RN, et tous les autres ne font strictement rien. Bardella parlait de victoires à Bruxelles, d’influences majeures capables de faire plier la machine à broyer qu’est l’UE, eh bien où est-il sur ce sujet ? A-t-il demandé ne serait-ce qu’un moratoire ? Non… pour se défendre, les agriculteurs ne pourront compter que sur eux-mêmes et sur l’appui de citoyens. Dans cette confrontation, le paradigme du pouvoir a changé, il ne s’agit pas pour lui d’empêcher la mort de l’agriculture française, mais plutôt de veiller à ce que les agriculteurs meurent en silence.