19/6/2026
Pressions inédites de l’industrie pharmaceutique sur la Haute Autorité de Santé
Lionel Collet, président de la Haute Autorité de Santé (HAS), a lancé un avertissement rare et sévère. Dans une interview accordée au Monde le 12 juin 2026, il dénonce des pressions de l’industrie pharmaceutique d’une intensité jamais vue auparavant, avec une accélération très nette depuis la fin de l’année 2025.
Il décrit des pratiques inacceptables : contacts répétés avec les experts avant les commissions, tentatives d’influence sur les évaluations et les décisions de remboursement, et des procédés qui flirtent parfois avec les limites de la légalité. Lionel Collet insiste sur la nécessité de préserver l’indépendance de la HAS, institution chargée d’évaluer les médicaments et de protéger l’intérêt général. Il n’exclut pas de rendre publics les noms des laboratoires les plus insistants si ces comportements persistent.
Une logique plus large : nouvelles molécules coûteuses contre génériques efficaces
Si l’article du Monde se concentre sur les méthodes de lobbying, cette mise en garde ouvre une réflexion plus large sur le modèle économique du médicament en France.
De nombreux laboratoires exercent une pression forte pour obtenir le remboursement par la Sécurité sociale de nouvelles molécules brevetées, souvent proposées à des prix très élevés. Ces traitements, parfois aux effets secondaires encore mal maîtrisés à long terme, remplacent progressivement des molécules anciennes tombées dans le domaine public. Ces dernières, sous forme de génériques, ont fait la preuve de leur efficacité pendant des années, à un coût infiniment plus bas pour la collectivité.
Le résultat est doublement problématique : d’un côté, une augmentation mécanique et importante des dépenses de l’Assurance-maladie ; de l’autre, une moindre utilisation de traitements bon marché et bien connus au profit d’innovations dont le surcoût n’est pas toujours justifié par un bénéfice clinique supérieur.
Des bénéfices colossaux sur le dos de la Sécurité sociale
Cette dynamique profite également très largement aux grandes enseignes de pharmacie. Plusieurs analyses récentes ont mis en lumière les bénéfices colossaux réalisés par ces réseaux. En dispensant massivement les nouveaux traitements onéreux (souvent mieux margés que les génériques), elles augmentent significativement leurs profits, tandis que la Sécurité sociale supporte l’essentiel de la facture.
C’est donc bien sur le dos des cotisants et des contribuables que se construit ce modèle : pressions industrielles pour faire passer les molécules les plus chères, marges confortables des officines, et au final une facture toujours plus lourde pour un système de santé déjà sous tension.
La mise en garde de Lionel Collet rappelle que derrière les discours sur l’innovation à tout prix se cache souvent une logique industrielle et commerciale qui mériterait un contrôle très rigoureux.



















