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21 janvier 2026

Identité numérique obligatoire : l’État veut les clés de votre vie mais perd les siennes partout

H16
21/1/2026

Chaque jour en France nous offre une occasion de nous réjouir des performances de l’État républicain.


Prenez par exemple la plateforme Hubee : vous ne saviez même pas que cela existait il y a encore quelques jours, et pourtant, l’actualité nous l’a fait découvrir et, en apprenant qu’il s’agissait d’un bidule étatique, vous avez immédiatement senti tous vos sphincters se refermer par réflexe et habitude. Vous avez raison.

HubEE (ou Hub d’Échange de l’État) est une superbe plateforme interministérielle française, opérationnelle depuis 2021, développée par la Direction interministérielle du numérique (la DINUM) dont l’objet est de faciliter la transmission sécurisée des démarches administratives en ligne effectuées par les citoyens vers les administrations et les collectivités territoriales. Obligatoire pour certaines procédures, HubEE agit comme une « poste électronique de l’État » en permettant l’échange de notifications, de fichiers et de données.

On le comprend, cet outil gère donc un nombre important de documents potentiellement très sensibles échangés entre les administrations et les assujettis et malgré cette importance, il semble que sa sécurisation n’ait pas été aux standards requis pour éviter les soucis : l’État français vient en effet de confirmer une compromission de données d’une ampleur exceptionnelle avec une « exfiltration » de près de 844 Go de données, soit environ 160 000 documents.

La fuite semble ne pas provenir d’une faille directe de l’infrastructure étatique mais plutôt de la compromission d’un compte cloud appartenant à un prestataire technique, permettant à des acteurs malveillants d’accéder à des informations hautement stratégiques.

Saperlipopette, il semble que la chaîne des sous-traitants numériques de l’administration ne soit pas tout à fait aussi solide qu’on le voudrait.


De surcroît, la nature des documents ayant fuité est particulièrement préoccupante pour la sécurité nationale : parmi les fichiers en goguette, on retrouve des plans détaillés de sites sensibles, notamment des établissements pénitentiaires et une base militaire, ainsi que des dossiers techniques sur des infrastructures critiques.

Bien sûr, les autorités tentent actuellement de minimiser l’ampleur de la catastrophe en expliquant que les systèmes de production n’ont pas été directement infiltrés. Cependant, la diffusion de ces schémas structurels représente un risque sécuritaire majeur, obligeant les services spécialisés à mener des analyses d’impact approfondies pour prévenir toute exploitation physique ou numérique de ces données.

On leur souhaite bien du courage, alors que cette fuite vient s’ajouter aux autres, malheureusement déjà nombreuses, impliquant à chaque fois des données privées, personnelles et souvent sensibles, détenues par des administrations ou des services publics dont tout indique à présent que leur gestion de la sécurité est particulièrement approximative.

Et non, ce n’est pas une exagération outrancière de la situation (ce n’est pas le genre de la maison, voyons !) si l’on s’en tient à ce qui s’est passé sur les trois derniers mois par exemple.

Ainsi, en octobre dernier, un groupe de hackers faisait fuiter plus de 45 millions d’enregistrements de citoyens français, compilés à partir de multiples sources comme les registres électoraux ou démographiques (noms complets, adresses, dates de naissance), les registres de professionnels de santé, ainsi que des informations financières et d’assurance automobile.


Ainsi, dans le même mois, une brèche dans la base de données de la FFTir (fédération reconnue par le ministère des Sports) exposait les données personnelles de 250 000 tireurs sportifs actuels et 750 000 anciens licenciés, incluant numéros de licence, état civil, adresses postales, emails et numéros de téléphone. Bien que la FFTir ne soit pas une entité gouvernementale au sens strict, elle gère tout de même des licences sous tutelle publique et cette fuite a entraîné – comme on pouvait s’y attendre – des cambriolages et vols d’armes.

Ainsi, en novembre, c’est Synbird – un service de prise de rendez-vous en ligne pour l’état civil utilisé par les collectivités locales – qui subit une brèche impactant 1300 mairies françaises. Là encore, des données personnelles sont volées (ce qui sera confirmé par plusieurs villes comme Brest, Quimper, Ploërmel, Mauron et Josselin). D’autres mairies isolées (Saint-Aubin d’Aubigné, Chatou, Alfortville) ont rapporté des fuites similaires en novembre.

Ainsi, toujours en novembre, c’est Pajemploi et l’URSSAF qui se font piller : au travers de Pajemploi – un service dédié à la déclaration des employés de garde d’enfants – ce sont les données de 1,2 million de personnes qui se retrouvent dans la nature, avec leurs noms, adresses, lieux de naissance, numéros de sécurité sociale et noms d’institutions bancaires.


Ainsi, le mois de décembre s’est ouvert avec une (nouvelle) brèche sur le site de France Travail affectant 1,6 million de jeunes suivis par les missions locales. Les données exposées incluent noms, prénoms, dates de naissance, adresses, numéros de téléphone, numéros de sécurité sociale et identifiants France Travail, tout ce qu’il faut pour « phisher » efficacement. Au passage, c’est l’une des sept fuites rapportées pour cette agence en 2025, soulignant quelques petits soucis récurrents.

Ainsi, un peu plus tard en décembre, c’est le Ministère de l’Intérieur qui passe à la casserole : une intrusion dans les systèmes de messagerie de ce ministère a permis aux hackers d’accéder à des comptes professionnels et à des fichiers sensibles, exposant potentiellement des données de plus de 16 millions de citoyens français, incluant des dossiers judiciaires, des informations personnelles identifiables et des enregistrements policiers. L’enquête a permis de retrouver un pirate de 22 ans à Limoges qui aura essentiellement profité d’un laxisme assez incroyable des règles de sécurité en place (pas de second facteur d’authentification par exemple).

Bref, même lorsqu’on se contente de revenir sur un triplet de mois seulement, la conclusion qui s’impose est que l’État, ce gardien de coffre-fort qui « cache » sa clé sous le paillasson, est absolument infoutu de sécuriser les données personnelles de ses citoyens, ainsi que les données de ses administrations, y compris les données sensibles.

Comme de nombreux précédents l’ont montré, l’État est caricaturalement mauvais lorsqu’il s’agit d’informatique. La numérisation des administrations est devenue au mieux un sujet de blagues, au pire une série de catastrophes industrielles. « L’État stratège », en matière de cybersécurité, c’est un parachutiste manchot. Intention louable mais atterrissage prévisiblement douloureux.

Mais pire que tout, c’est ce même État, ces mêmes stratèges aux petits pieds et ces mêmes décideurs incompétents qui, actuellement, poussent tant qu’ils le peuvent l’implantation d’une identité numérique pour tous les citoyens, leur obligation de s’en servir pour un oui ou un non, y compris sur les réseaux sociaux par exemple, afin d’assouvir leurs désirs de contrôle, et bien sûr de censure dans le cas des plateformes sociales.

Ce même État absolument infoutu de sécuriser nos données privées ainsi que ses propres données sensibles est absolument déterminé à nous imposer une identité numérique qui va centraliser en concentrer encore davantage nos données personnelles dans ses pognes maladroites de balourd incompétent.

Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?


https://h16free.com/2026/01/21/83208-identite-numerique-obligatoire-letat-veut-les-cles-de-votre-vie-mais-perd-les-siennes-partout
Dessin de Yannick Lefrançois

20 janvier 2026

CRISE DANS LA CIVILISATION EUROPÉENNE, DOCTEUR, VOUS CROYEZ ?

Gabriel Nerciat


- 20/1/2026 - Le plus désespérant chez les élites libérales européennes, ce n'est pas tellement qu'elles se trompent tout le temps (tout le monde peut se tromper, même les gens les plus intelligents) ; c'est qu'elles ridiculisent malgré elles – et mieux que ne le ferait n'importe lequel de leurs ennemis communistes, islamistes ou nationaux-populistes – la prétention à incarner la rationalité et l'universalisme d'où elles tirent depuis deux siècles leur sentiment de plus en plus précaire de supériorité.
Passons pour ce qui concerne les éternels collabos atlantistes, de droite ou de gauche, qui applaudissent depuis toujours, sous Bush ou sous Clinton, à tous les forfaits impérialistes de Washington, quel qu'en soit le motif, ou bien lâchement se taisent pour ne pas rendre public leur assentiment (c'est le cas notamment de tous les vieux croutons UMP-LR : Retailleau, Wauquiez, Bellamy, Ciotti, Lisnard et Cie). Eux au moins sont cohérents, même si ce ne sont guère plus que des nains de foire.
Mais les autres ?
Tous les Macron, Barrot, Glucksmann, Guetta, BHL, Quatremer, Bourlanges, Malhuret, Enthoven, Barbier, Dray, Couturier, Bendern, Moïsi, Von Rotenberg et j'en passe (la liste serait trop longue).
Tous ceux qui nous expliquent qu'il ne faut pas hésiter à se mesurer à Trump pour conserver à Copenhague ses arpents de neige du Groenland (sans bien sûr nous dire exactement ni précisément quelle stratégie de confrontation voire de conflictualité ouverte il conviendrait alors de mettre en oeuvre à l'encontre du locataire de la Maison-Blanche, toute riposte d'ordre protectionniste étant bloquée à la fois par Bruxelles et par Berlin), tout en continuant à nous exhorter à soutenir Kiev afin que la Russie ne gagne pas la guerre avant encore plusieurs années de carnage (ce qui de toute évidence ne peut se faire sans l'aide logistique, militaire et satellitaire des États-Unis).
Notons que les mêmes, il y a encore moins d'une semaine, suppliaient Trump de fomenter une agression armée contre la souveraineté territoriale et politique de l'Iran, afin d'opérer un changement de régime à Téhéran et y ramener sur son trône brisé le débile héritier Pahlavi soudoyé par Tel-Aviv (ce qui suffit à montrer le degré de réalisme de ces zigues affolés).
Je sais bien qu'il est toujours très confortable de confondre des certitudes morales présomptueuses avec l'aptitude intellectuelle à comprendre le monde afin de s'y adapter, mais au-delà d'un certain âge – fixé jadis aux alentours de douze ans – ce mélange des genres devient plus ou moins d'ordre pathologique.
Il ne suffit pas de dire : Trump et Poutine sont de méchantes brutes, qui nous en veulent parce que nous sommes vraiment beaucoup trop civilisés pour elles.
Il faut savoir ce que l'on veut : si le plus important est de rompre avec les États-Unis (donc avec l'OTAN) pour défendre la colonie arctique du Danemark, nation européenne, alors il est urgent de normaliser nos relations avec Moscou, et ne plus chercher à entraver la réunification des terres russes entreprise par Vladimir Poutine depuis 2014.
Si au contraire le plus important est de continuer à soutenir l'entité bolchevique ukrainienne afin de consolider les prétentions impériales de la Commission de Bruxelles et les puériles rêveries du chancelier allemand, et/ou de soutenir les menées de déstabilisation de la République iranienne de concert avec les milices kurdes irakiennes armées et subventionnées par l'État profond israélien, alors il est indispensable – même si sans doute pas suffisant – d'abandonner les Inuits à leur future citoyenneté américaine.
Ou bien encore n'opter ni pour l'un ni pour l'autre, mais dans ce cas les élites libérales doivent accepter, après un long demi-siècle d'errements, de passer la main à leurs ennemis illibéraux ou souverainistes, parce que leur vision du monde et leur aptitude à la pérenniser sont vouées à une fin sans retour.
La simple description de cet état de fait suffit à dire l'essentiel : les élites du cercle de la Raison sont devenues totalement et ouvertement irrationnelles.
Ce qui est encore plus grave, je crois, que leur impuissance attestée.
La réalité du monde est en train de leur échapper intégralement, et elles se balancent désespérément comme un culbuto sans tête avec lequel plus aucun être parlant ne veut continuer à jouer (sauf, à la rigueur, à l'aide de logiciels IA).
Marc Amblard
20/1/2026

USA - GROENLAND : LE SAVIEZ-VOUS ?


En 1946, le président américain démocrate Harry S. Truman a proposé formellement au Danemark de lui acheter le Groenland (bien moins autonome à l’époque) pour la somme de $100 millions en or. L’offre n’a pas été acceptée, pas plus que les offres précédentes.
La volonté des USA de contrôler cet espace n’est donc pas récente.
Pourquoi ?

1) La raison militaire

En 1951, un accord de défense avec le Danemark a accordé à Washington un rôle majeur dans la défense du Groenland, incluant le droit de construire et de maintenir des bases militaires. L’explication est assez simple à comprendre selon le spécialiste Marc Jacobsen, professeur au Collège royal de défense danois (interview à la BBC en janvier dernier) :
"Si la Russie devait envoyer des missiles vers les USA, la route la plus courte pour les armes nucléaires passerait par le pôle Nord et le Groenland, c'est pourquoi la base spatiale de Pituffik est extrêmement importante pour la défense des États-Unis."

2) Les ressources naturelles

Le Groenland possède certaines des plus grandes ressources inexploitées de terres rares au monde. Or, celles-ci sont essentielles à de nombreuses technologies comme les composants électroniques, les batteries embarquées et plus récemment l’intelligence artificielle. Les sols américains sont malheureusement assez pauvres en terres rares, poussant le pays à s’approvisionner... en Chine (!).
On comprend mieux dans ce contexte pourquoi l’actuel président américain avait déjà manifesté son intérêt pour cet immense désert blanc dès son premier mandat en 2019.
Ceux qui pensent que ses propos (certes, parfois maladroits et agressifs) relèvent d’un caprice mégalo n’ont probablement pas bien saisi les enjeux stratégiques du sujet.

19 janvier 2026

Jak Umbdenstock
18/1/2026

L’Occident en mode « Empire romain devenu fou »

Régis de Castelnau
19/1/2026


En février 2022, quelques jours après l’intervention militaire russe en Ukraine, j’avais publié un article intitulé : « Le spectacle de la fin du monde ancien ». Qui comportait ces mots dans la conclusion : « Tout cela constitue autant de symptômes permettant de penser que l’ère de la domination occidentale mondiale est en train de s’achever. » En ajoutant que l’intervention russe était un événement qui a acté le déclin de la civilisation occidentale sous hégémonie américaine et que nous allions vers des temps difficiles. Relisant ma production au cours des mois suivants, si je n’ai pas à en rougir, j’avais sous-estimé deux choses. Nous avons d’abord assisté à l’accélération de l’Histoire qui a vu le monde se transformer sous nos yeux au travers de multiples bouleversements, qui dévoilent des rapports de force en évolution rapide. Multiplication des crises, émergence d’un puissant « reste du monde » multipolaire, affirmation de la puissance de l’axe Chine/Russie, défaites successives et spectaculaires d’un Occident empêtré. Mais aujourd’hui, nous sommes confrontés à une crise géante où l’Empire donne à voir la dimension pathologique de son déclin. Qui commence à ressembler à une dislocation, à base de comportements erratiques. Absurdes comme en témoigne l’acharnement économique et politique suicidaire de l’Union européenne, meurtriers comme le génocide israélien en Palestine soutenu, armé, voire organisé par cet Occident criminel, ou carrément loufoques avec les présidents successifs portés à la tête de l’hégémon américain. En 2020, une fraude électorale massive avait permis d’installer à la Maison-Blanche un vieillard complètement sénile, marionnette de la secte belliciste néocon. Remplacé en 2024 par un improbable et imprévisible bateleur, sur la santé mentale duquel commencent à surgir de lourdes interrogations aux États-Unis même.

L’Empire romain devenu fou

Dans une interview toute récente donnée à l’occasion du 200e anniversaires du Figaro, un Emmanuel Todd rigolard et jubilant confirme que la « Défaite de l’Occident » étant consommée, celui-ci est en train de perdre les pédales. Diagnostic aussi pertinent que ceux dont il a l’habitude, y compris certains qui lui ont permis de se livrer à quelques prédictions, par la suite réalisées.

De Commode à Caracalla, en passant évidemment par Néron et Caligula, l’Empire romain nous a fourni quelques jolis exemples d’empereurs cinglés, mais il faut être honnête, ils n’ont pas été les responsables de la « chute ». D’ailleurs, la réalité de cette chute qui n’a concerné que l’empire romain d’Occident, a été largement discutée parmi les historiens. Essentiellement par les historiens d’origine allemande, qui acceptaient mal que l’on puisse l’imputer aux invasions germaniques. La science historique a ce mérite de devoir être révisée en permanence, mais cependant la réalité de cette chute est difficilement contestable. Pour ma part je me réfère toujours à l’œuvre d’Edward Gibbon, « Le déclin et la chute de l’Empire romain » publié au 18e siècle et traduit pour la première fois en français à la demande de Louis XVI. Phénoménale érudition et plaisir de lecture garanti, pimenté en particulier, avec l’astuce pour décrire un empire dépravé. La rédaction en latin des passages relatifs à la vie privée des acteurs, et en grec lorsqu’il fallait aborder les parties sexuelles parfois débridées de leurs activités. On peut aussi se plonger dans le travail d’Aldo Sciavone historien et juriste marxisant italien et intitulé « l’Histoire brisée » qui impute la chute à l’impossibilité de la société romaine de dépasser le mode de production esclavagiste. Avant de renouer avec l’Histoire au moment de la Renaissance européenne.

Alors évidemment, il ne s’agit pas de comparer, d’une façon qui ne pourrait être qu’anachronique, des événements aussi éloignés que cet effondrement de « l’Empire greco-romain » et la dislocation d’une civilisation occidentale arrivée semble-t-il au bout de sa route. Mais plutôt d’essayer d’identifier les correspondances. Au-delà de la stupéfiante accélération de l’Histoire, force est de constater l’existence de ce trait commun, d’un système devenu chaotique, ployant sous des contradictions insurmontables, et plongeant ses dirigeants dans la folie. Au mois de novembre dernier, en forme de petit bilan de l’année 2025 nous avions publié un texte interloqué, devant le spectacle de la galopade vers le mur. Et depuis, il a fallu assister à la multiplication des initiatives, des foucades, et des tentatives d’un système aux abois qui va d’échecs en échecs. Tous les « efforts » pour essayer de régler le conflit ukrainien, autrement qu’en passant par les conditions russes, n’ont abouti à rien. Les rodomontades de Donald Trump, les niaiseries de la grotesque « coalition des volontaires » dont chacun sait bien qu’il ne s’agit que de chihuahuas suicidaires, économiquement à terre, politiquement rejetés par leurs peuples, qui ne comprennent rien à ce qui se passe. Incapables de se départir d’une soumission parfois abjecte vis-à-vis de leur maître américain, ils sont paniqués par ses comportements, et refusent mordicus d’affronter un réel, dont la signification leur échappe complètement.

Caramba, encore raté !

Le grand patron quant à lui, donne l’image d’un pays divisé, polarisé et violent dont on peut craindre qu’il puisse basculer dans une violence intérieure difficile à maîtriser. Avec cette particularité étrange, celle de veiller soigneusement à démontrer l’affaiblissement de sa puissance. C’est le raid mafieux sur le Venezuela, qui non seulement n’a rien réglé, au contraire, mais a démontré l’incapacité des États-Unis à réaliser des interventions qui dans le passé, ne leur posaient aucun problème. Bis repetita avec la tentative de renversement du régime iranien, et le recul devant la perspective d’une nouvelle agression contre lui, comme celle du mois de juin 2025. Le pire, c’est que ces deux pulsions américaines guerrières ont eu pour conséquence d’étaler la faiblesse américaine à la face du monde. Parce qu’il apparaît que les États-Unis ont été « forcés » de se livrer à ces deux tentatives, d’abord pour se débarrasser de l’aventure vénézuélienne dans laquelle Trump s’était imprudemment lancé avec ses rodomontades, et qui commençait à ressembler à un boulet. Alors on a monté une opération bidon, comme d’habitude déclaré la victoire, avant de passer à autre chose. C’est-à-dire tenter de faire un petit cadeau à Netanyahu, pour le débarrasser du principal obstacle à son projet génocidaire de « grand Israël ». Le « régime des mollahs » comme le qualifie stupidement la propagande occidentale a fait la démonstration qu’il était solide et que le primat nationaliste iranien l’emportait. Caramba, encore raté !

Ensuite, histoire de déchirer le voile qui pour certains continuait à masquer ce qu’il est difficile de qualifier autrement que de la faiblesse, Donald Trump d’abord, Marco Rubio ensuite, et enfin Stephen Miller, un de ses principaux conseillers, ont tranquillement « craché le morceau ». Ce que l’on peut traduire de cette façon : « ne venez pas vous embêter avec le droit international, ça n’existe pas de droit international ! On s’assoit dessus et on fait ce qu’on veut parce qu’on est les plus forts. Et croyez bien, que l’on va continuer » ! Incroyable revendication d’un gangstérisme international pur et simple. Pour ceux qui croyaient, ou faisaient semblant de croire aux « merveilleuses valeurs occidentales » qui légitimaient les massacres accomplis par l’Empire aux quatre coins de la planète, il va falloir changer d’arguments pour les justifier. En tout cas à court terme, les larbins européens vont avoir un peu de mal à les reprendre, et ce d’autant que les États-Unis viennent de leur adresser un invraisemblable bras d’honneur avec l’affaire du Groenland. Tout le monde sait que si Donald Trump veut conduire son projet jusqu’au bout, ils finiront par se coucher. D’ailleurs, les Allemands ont déjà commencé, soucieux qu’ils sont d’obtenir en contrepartie un leadership sur une Europe politiquement croupion. Cette affaire du Groenland apporte quand même quelques petits plaisirs avec un peu de Schadenfreude devant l’avanie faite au Danemark, laquais d’entre les laquais qui acceptent depuis longtemps d’effectuer toutes les sales besognes pour les agences américaines. Tellement bien fait pour eux et leur inepte première ministre, que cette humiliation.

Finalement, ce début d’année 2026 vient de faire une nouvelle démonstration non seulement du déclin de l’Empire, mais de son sévère affaiblissement. Avec cette particularité que désormais « tout est sur la table ». La crise financière qui vient, le dollar perdant progressivement son statut de monnaie de réserve, l’affaiblissement militaire commençant sérieusement à ressembler à de l’impuissance, l’abandon en rase campagne de tout magistère moral pour justifier sa brutalité et sa violence, l’Occident ne fait plus peur au reste du monde. Sauf peut-être se méfie-t-on des réactions erratiques d’animal blessé dont il est probablement capable. À quoi s’ajoutent l’énorme défaite morale du génocide de Gaza dont il s’est rendu complice, la réussite de ceux qui, Russie et Chine, lui contestent et combattent sa puissance. Et maintenant le spectacle de sa décrépitude mentale.

Pour le reste du monde, l’Empire est devenu un repoussoir. Dont on attend sans impatience l'effondrement.

Yann Bizien

- 19/1/2026 - Depuis presque trois ans, les macronistes perdent toutes les élections, confisquent le pouvoir sans avoir de majorité, s’accrochent à leurs postes et à leurs mandats, forment des gouvernements sans tenir compte du vote des Français, restreignent la liberté d’expression, poussent à la guerre comme au fédéralisme, dépensent notre argent sans compter et sans transparence, augmentent notre dette, paralysent tout le champ politique et démocratique, au détriment de la France et des Français.

Gastel Etzwane

- 17/1/2026 - À force d’avoir détruit sa base industrielle, l’Europe n’a plus que des mots. Et les mots ne suffisent pas.
Dans les années 1990, la France raffinait une part majeure des terres rares mondiales. Cette capacité stratégique a été abandonnée, au nom de choix politiques assumés, et laissée à la Chine. Depuis, l’Europe dépend de l’extérieur pour des ressources essentielles.
Dans ce contexte, passer son temps à taper sur la Chine, comme le fait la médiocre cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, relève plus de la posture que de la stratégie. Quand on n’a plus ni industrie, ni ressources, ni leviers de contrainte, la confrontation verbale est une impasse.
La réalité est simple : l’Europe devra passer par des accords et des négociations avec la Chine. Quand on n’a plus que les mots, plus aucun pouvoir réel, et plus aucune autonomie stratégique, on ne donne pas de leçons, on fait profil bas.

Gastel Etzwane

Groenland : le mystère du contingent disparu au bon moment


- 18/1/2026 - Par un hasard absolument prodigieux, à peine le président américain évoque des sanctions économiques que le contingent allemand quitte le Groenland. Aucun rapport, évidemment. Une simple coïncidence. Extraordinaire, mais une coïncidence quand même.
Berlin ne dit rien, n’explique rien. Les soldats montent dans l’avion, les communiqués disparaissent, et tout le monde regarde ses chaussures. La chronologie semble pourtant claire : menace américaine, départ allemand. Dans cet ordre précis. Mais surtout, ne faites pas le lien, ce serait déplacé.
Moralité : inutile de sanctionner, il suffit de menacer. En Europe, le message passe très bien.
https://www.bluewin.ch/.../bundeswehr-soldiers-withdraw...

France : Le Titanic fait escale au Groenland

H16

- 19/1/2026 - La situation est grave : un territoire qui n’intéressait personne il y a 6 mois pourrait être récupéré de façon cavalière par les États-Unis ! Vite, montons une opération européenne au Groenland, à Nuuk – mission EU-Nuuk, ça sonne presque comme un aveu ! – et envoyons une douzaine de soldats français grelotter sur place. Il en va de la grandeur de la France !


Et surtout, surtout, faisons un maximum de publicité et de foin médiatique autour de ces gesticulations militaires futiles : cela permettra d’occuper les esprits des citoyens français qui ne doivent surtout pas regarder directement autour d’eux.

Car après tout, rouspéter sur Trump et le Groenland permet de consacrer une part importante des journaux télévisés à ce sujet et ne laisser qu’une portion congrue à d’autres actualités nettement plus préoccupantes. Apparemment, gouverner, c’est distraire.

Ce serait en effet dommage que les Français se rendent compte que leurs institutions sont à présent complètement corrompues, vermoulues comme des planches infestées de termites, et prêtes à s’effriter pour peu qu’on les regarde de trop près. Ce n’est pas une exagération : il suffit pour s’en convaincre de se souvenir de la panique qui s’est emparée de toute la classe politique lorsqu’on s’est rendu compte de l’ampleur des gabegies et des détournements de fonds publics auxquels participe activement le service public d’audiovisuel, par exemple.


Et de façon encore plus inquiétante, ce sont maintenant des affaires crapuleuses de plus en plus sérieuses qui remontent doucement dans les pages « faits divers » de nos médias de révérence, surtout lorsqu’elles concernent rien moins que le fisc. On découvre ainsi qu’une une agente fiscale a été mise en examen pour complicité de violences et association de malfaiteurs après avoir utilisé le logiciel des impôts pour transmettre des informations confidentielles à un commanditaire anonyme : coordonnées de gardiens de prison, d’investisseurs en cryptomonnaies et même Vincent Bolloré, elle a directement utilisé ses accès privilégiés pour aider une bande de racailles.

Eh oui : le fisc ne se contente plus de vider vos poches, il fournit désormais un service après-vente pour les règlements de comptes. Voici une dématérialisation de la violence d’État particulièrement réussie…

Cette corruption au sein d’une des institutions les plus inquisitrices de la République – le fisc – est peut-être inquiétante, et mériterait sans doute beaucoup plus de gros titres, mais elle reste en réalité bien moins grave que l’état maintenant catastrophique de la Justice.

Que faudrait-il en effet pour qu’on parle sérieusement de la crise carcérale qui submerge le pays actuellement ? On se retrouve à présent à libérer des détenus criminels faute d’avoir pu les juger dans les délais légaux. Dans la juridiction d’Aix-en-Provence par exemple, ce sont 19 accusés (de faits graves) qui sont concernés. À Paris, la procureure estime que 925 dossiers criminels en attente (hausse de 36 % en un an, doublés en cinq ans) pourraient voir les prévenus être libérés. Pendant ce temps, à Rennes, le parquet oublie (?) de prolonger la détention provisoire d’un pédocriminel avant son procès en appel, et voilà notre multirécidiviste en liberté…


Les personnels concernés expliquent que « Nous coulons », qu’il s’agit d’une véritable « submersion » de cas, et que sans une réforme rapide et profonde, la société française va devoir supporter des libérations massives de criminels. Ces derniers iront probablement rejoindre les OQTF (obligations de quitter très facultatives) non appliquées, les migrants à moitié fous importés par bateaux pleins et les milliers de racailles aux antécédents longs comme un jour sans pain (dans la gueule).

Nul doute qu’avec ces libérations, la sécurité du territoire va encore s’améliorer et que le survivrensemble va s’adapter promptement.

En attendant, des médias et des journalistes qui feraient leur travail auraient déjà fait des douzaines de unes sur ces problèmes de justice en France, et la dérive véritablement suicidaire qu’on observe actuellement, l’effondrement de l’appareil judiciaire provoquant un risque existentiel sur le peuple français : la société de confiance sur laquelle est entièrement basée la réussite de l’Occident et sa capacité à produire de la richesse pour tous est en train de complètement disparaître, sabotée par l’effondrement de la justice qui n’a jamais été plus visible qu’en France.

Ce sabotage est d’ailleurs si avancé dans l’Hexagone qu’il explique pour une part croissante (et maintenant très préoccupante) les performances de plus en plus médiocres – voire négatives – de notre économie : lorsque la fraude augmente dans des proportions invraisemblables, lorsqu’une part de plus en plus conséquente du PIB part dans des dépenses contraintes pour conserver le calme dans le pays et éviter des manifestations voire des émeutes qui coûtent rapidement des milliards d’euros en dégâts et en pertes d’exploitation, lorsque la société répare ou bricole au lieu de créer et innover, à la fin, cela finit par se voir dans toute l’économie.


Et c’est d’ailleurs exactement ce qu’on constate, années après années, avec une accélération nette de la tendance ces derniers mois : les Français ne cessent de s’appauvrir par rapport au reste de l’Europe depuis plus d’une décennie avec un poids de la dette qui rend le pays encore plus sensible aux chocs extérieurs et qui fragilise sa position dans l’Union européenne.

Ainsi, depuis 2013, la France est passée d’un PIB par habitant légèrement supérieur à la moyenne européenne à un niveau inférieur de 7%, signe d’un déclassement continu des Français. Quant au commerce extérieur, il est en plein décrochage avec plus de 70 milliards d’euros de déficit sur un an.

Mais non : pour le moment, on se contente d’articles moyens, perdus dans la masse d’une actualité tournée vers l’écume des jours certes colorée mais terriblement transitoire. La classe politique, d’une indigence rare, semble tétanisée par une situation parlementaire bloquée : remplaçant leurs convictions par des sondages et leurs gonades par des éléments de langage biodégradables, les députés n’ont plus aucun courage pour déposer des projets de lois imposant enfin les vrais sujets (justice et sécurité, fiscalité) sur le devant de la scène médiatique.

C’est maintenant évident : la France ne s’effondre pas dans un fracas spectaculaire mais s’abîme dans l’indifférence générale.

Ce pays est foutu.


https://h16free.com/2026/01/19/83202-france-le-titanic-fait-escale-au-groenland

17 janvier 2026

Yann Bizien
16/1/2026


Quand Emmanuel Macron parle de la guerre, il pense avant tout à lui.
Il ne pense pas à la France, qui n’est plus qu’un tremplin utile pour lui.
Il pense à sa carrière, à son avenir, à ses ambitions personnelles, à son image, à son impopularité et à son emprise sur le pouvoir et les Français.
Hier, à Istres, devant nos armées, qu’il instrumentalise au service de ses ambitions, il nous a donné le sentiment de postuler pour le poste de président de la Commission européenne.
C’est une réalité : Emmanuel Macron ne voit son avenir personnel que par l’Europe et pour l’Europe. La France ? Il s’en moque. Il n’a pas de sentiment pour son peuple, ni d’amour pour elle.
Amusez-vous à compter le nombre de fois ou il a prononcé le mot Europe hier et vous en conviendrez.
Pas un seul paragraphe de son discours sans l’Europe. Il s’est livré à une démonstration de force verbale et sémantique qui n’a rien à voir avec la réalité de son impuissance de chef d'État sans majorité, sans budget voté, impopulaire et à la tête d’un pays qu’il a littéralement saboté, ensauvagé, surendetté et déclassé.
Pitoyable président qui occulte toujours nos réalités intérieures dramatiques et qui nous entraîne en même temps vers une guerre que nous ne voulons pas plutôt que vers la fraternité entre nations qui coopèrent librement pour la paix et la prospérité.
Emmanuel Macron n’a jamais eu la lecture stratégique du monde et de notre société qu’il faudrait avoir pour la France et les Français.
Il a une lecture idéaliste, déconnectée, progressiste et belliciste qui sert ses intérêts personnels, celle qui nous isole, qui nous fragilise toujours davantage, qui nous ridiculise et qui décrédibilise la France.
C’est un fait politique. Notre président ne prépare pas le dialogue et la paix, mais sa carrière et la guerre. Il ne sert pas nos intérêts. Il se sert de notre argent et de la guerre sans compter et sans limite. Il ne défend pas le destin français. Il défend son Europe. Il ne s’intéresse pas à notre sécurité intérieure. Il regarde ailleurs, là où sont précisément ses intérêts.
Emmanuel Macron ne nous rassure pas. Il n’est jamais parvenu à nous entraîner derrière lui. Il a l’obsession de nous maintenir dans un climat de peur. La peur, la peur, toujours la peur avec laquelle, désormais, il faut vivre. La peur au-dedans, la peur dehors, la peur partout, tout le temps. La peur dont le pervers narcissique a toujours besoin, pour lui.

Groenland : le message de Donald Trump qui fait trembler l’Europe

Gastel Etzwane
17/1/2026


Le 17 janvier 2026 à 11 h 19, Donald Trump a publié un long message détonnant.
En quelques paragraphes, le président américain y justifie des sanctions économiques contre plusieurs pays européens, affirme que la sécurité mondiale est en jeu au Groenland et rappelle le rapport de force qui lie l’Europe de l’Ouest aux États-Unis.
Ce texte, par sa longueur et sa clarté, permet de comprendre pourquoi Washington a choisi le levier économique pour répondre à une présence militaire européenne, même limitée, sur l’île arctique.
Donald Trump commence par affirmer que les États-Unis ont, pendant des décennies, « subventionné » le Danemark, les pays de l’Union européenne et d’autres États alliés en n’exigeant ni droits de douane ni compensation économique réelle.
Selon lui, ce déséquilibre n’est plus acceptable. Il écrit qu’« après des siècles », le moment est venu pour le Danemark de « rendre des comptes », car, affirme-t-il, « la paix dans le monde est en jeu ».
Il soutient que la Chine et la Russie convoitent le Groenland et que le Danemark serait incapable, seul, de faire face à cette menace. Il évoque l’existence de « chiens de garde » chargés de la protection de la zone, dont un aurait été ajouté récemment, mais estime que cette protection est insuffisante.
Le président américain affirme ensuite que seuls les États-Unis, sous sa direction, sont capables d’assurer efficacement la sécurité du Groenland. Il présente ce territoire comme une « terre sacrée » dont l’intégrité serait directement liée à la sécurité nationale américaine et, au-delà, à celle du monde entier. Le ton est sans ambiguïté : il ne s’agit pas d’un simple désaccord diplomatique, mais d’un enjeu stratégique global, tel que Washington le conçoit.
Donald Trump poursuit en dénonçant explicitement la présence au Groenland du Danemark, de la Norvège, de la Suède, de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de la Finlande.
Il affirme que ces pays s’y sont rendus pour des « objectifs inconnus » et décrit cette situation comme « extrêmement dangereuse » pour la sécurité, la stabilité et même la survie de la planète. Selon lui, ces États jouent un « jeu très dangereux » et prennent des risques qui ne sont ni tolérables ni durables.
C’est à partir de ce constat qu’il annonce des mesures économiques immédiates. À compter du 1er février 2026, tous les pays qu’il cite se verront appliquer une taxe de 10 % sur l’ensemble des biens exportés vers les États-Unis.
À partir du 1er juin 2026, cette taxe sera portée à 25 %. Donald Trump précise que ces droits de douane resteront en vigueur jusqu’à la conclusion d’un accord portant sur « l’achat complet et total du Groenland ».
Il rappelle ensuite que les États-Unis tentent d’acquérir ce territoire depuis plus de 150 ans et que de nombreux présidents s’y sont essayés, « pour de bonnes raisons », sans jamais obtenir l’accord du Danemark.
Selon lui, le contexte stratégique a désormais changé. Il invoque le développement du « Golden Dome » et de systèmes d’armes modernes, offensifs comme défensifs, qui rendraient nécessaire l’acquisition du Groenland. Il évoque des centaines de milliards de dollars investis dans des programmes de sécurité, y compris pour la protection potentielle du Canada, afin de justifier cette évolution.
Le message se conclut par une ouverture à la négociation. Donald Trump affirme que les États-Unis sont immédiatement disposés à discuter avec le Danemark et avec les pays concernés, tout en rappelant tout ce que Washington aurait fait pour eux pendant des décennies, notamment en leur offrant une protection maximale.
À la lecture attentive de ce message, un élément apparaît clairement : les sanctions économiques annoncées ne visent pas l’Europe en tant que telle, mais les pays occidentaux qui ont envoyé des militaires ou des observateurs au Groenland.
Dans l’esprit de Donald Trump, cette présence est perçue comme une ingérence dans une zone qu’il considère relever prioritairement de la sécurité américaine. Les droits de douane deviennent ainsi un instrument de pression politique, destiné à contraindre ces États à se retirer ou à s’aligner, sans passer par une confrontation diplomatique ou militaire directe.
Les réactions européennes n’ont pas tardé. Les gouvernements concernés ont dénoncé un chantage économique et une méthode jugée incompatible avec les relations entre alliés.
Tous ont rappelé que le Groenland « n’est pas à vendre » et que son avenir relève du peuple groenlandais. Mais derrière ces déclarations fermes, la prudence domine : aucune riposte économique d’ampleur comparable n’a été annoncée.
Cette retenue s’explique par une réalité plus profonde. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe de l’Ouest s’est construite sous protection américaine. La sécurité militaire, le renseignement stratégique, la dissuasion, mais aussi le système financier international centré sur le dollar ont façonné une dépendance durable.
Ce choix, rationnel dans le contexte de la guerre froide, a eu une conséquence majeure : l’Europe n’a jamais développé une autonomie stratégique complète.
Aujourd’hui, cette dépendance est multiple.
Elle est militaire, puisque la sécurité européenne repose largement sur les capacités américaines.
Elle est financière, à travers le rôle central du dollar et l’extraterritorialité du droit américain.
Elle est économique, par l’importance du marché américain pour de nombreux secteurs.
Elle est enfin technologique, l’Europe ayant largement confié ses infrastructures numériques et ses technologies clés à des acteurs américains.
Ces dépendances se renforcent mutuellement et réduisent considérablement la marge de manœuvre politique européenne.
L’asymétrie est désormais évidente.
Les États-Unis peuvent se passer de l’Europe occidentale sur les plans militaire, financier et technologique.
L’Europe, en revanche, ne peut pas se passer des États-Unis sans accepter des coûts économiques et sécuritaires très élevés. Pour Washington, l’Europe reste surtout un vaste marché de consommation ; pour l’Europe, les États-Unis demeurent un pilier stratégique.
Le message de Donald Trump sur le Groenland n’est donc pas un simple coup de communication. Il agit comme un révélateur brutal d’un rapport de force ancien et déséquilibré. Les sanctions annoncées ne sont pas seulement économiques : elles illustrent un monde dans lequel l’allié historique n’hésite plus à utiliser la contrainte.
Le Groenland apparaît ainsi moins comme l’enjeu réel que comme le symptôme d’une question plus large : la capacité, ou l’incapacité, de l’Europe de l’Ouest à exister politiquement face à Washington.

EUROPE-PUISSANCE, SAISON 1

Gabriel Nerciat
17/1/2026


"Attention à ta gueule, Donald, si tu touches au Groenland tu vas voir de quel bois on se chauffe ! Tu crois que tu nous fais peur, mais tu ne sais pas à qui tu as affaire, nom d'un rien ; on va poster trente-cinq hommes dont deux hermaphrodites scandinaves devant les igloos des Inuits avec des fusils à bouchon si tu veux tout savoir. Même s'il fait froid, ils n'hésiteront pas à tirer, sois-en sûr.
Qu'est-ce que tu dis ? Tu veux couper Starlink à Zelensky et ne plus transmettre aucun renseignement à Kiev ? Mais non, voyons, attends un peu, on doit pouvoir discuter, il ne faut pas tout de suite se montrer vindicatif comme ça...
Comment ? Tu veux mettre 60% de taxes sur toutes les importations américaines de Volkswagen et de Château Lafitte ? Mais tu es un salopard de prédateur, Donald ! Mais on t'emmerde, nous, et...
Quoi ? Tu as immobilisé au sol tous les avions F-35 du nord de l'Europe ? C'est pas bien de faire ça à des alliés, tu sais. C'est pas parce qu'on est plus écologiques que toi qu'il faut nous empêcher de voler...
Comment ça, on est des larbins à la ramasse, et pas des alliés ? Tu as conscience de ce que tu dis ? Mais on est le sel de la civilisation, Donald. Un margoulin du New-Jersey comme toi n'a même pas l'idée de ce qu'on pourrait faire si on voulait.
Fais attention à ce que tu jactes quand même, parce que tout à l'heure on va voir Lula pour signer les accords du Mercosur, et il est très remonté contre toi : on pourrait bien prendre parti publiquement pour les émeutiers de Minneapolis et là tu aurais l'air de quoi, Donald ? D'un vieux despote sénile et vraiment peu ragou...
Donald, Donald, attends, ne pars pas ! Où t'es, papa, où t'es ? Ne nous laisse pas seuls, il fait froid. On ne recommencera plus, c'est promis. Le peuple iranien a besoin de toi, ne l'abandonne pas ! Et puis le général Charlot, qui commande la compagnie en partance pour Nuuk, lui aussi il a besoin de toi.
Le général Grynkewich, de l'US Air Force, commandant suprême de l'OTAN, a interdit à tout navire en provenance de l'UE d'accoster au Groenland sous peine de représailles immédiates.
Comment on va faire, nous, si on ne peut plus naviguer dans l'Arctique pour défendre les Inuits, dis ?"

Groenland : la menace chinoise surgit pile au bon moment

Gastel Etzwane
17/1/2026

« L’OTAN n’autorisera pas la Russie et la Chine à utiliser l’Arctique à des fins militaires. »
Boris Pistorius, ministre allemand de la Défense
C’est donc officiel. Si quelques soldats européens ont été envoyés au Groenland, ce n’est évidemment pas à cause des déclarations répétées du président américain sur l’île. Non. C’est parce que la Russie et la Chine représenteraient soudain une menace imminente dans l’Arctique. Une menace apparue, comme par magie, exactement au moment où Washington s’est mis à parler du Groenland comme d’un actif stratégique à sécuriser.
La Russie, puissance arctique depuis des siècles, et la Chine, qui n’a ni bases ni troupes sur place, justifieraient donc l’envoi de quelques valeureux soldats européens. Une réponse ferme, symbolique et parfaitement dissuasive face à deux géants militaires.
De quoi faire trembler Moscou et Pékin… ou au moins les ours polaires, désormais officiellement sous protection OTAN.
Car personne n’est dupe. Ce micro-déploiement n’a aucun impact militaire réel. Il ne protège rien, ne dissuade personne et ne modifie aucun rapport de force. Il sert à produire un communiqué, une photo, une posture. Une manière élégante de dire « nous existons aussi » sans jamais prononcer le mot « États-Unis ». En diplomatie, on évite de nommer l’éléphant dans la pièce. On invoque la Chine, c’est plus commode.
La Chine, d’ailleurs, joue ici le rôle parfait : suffisamment lointaine pour ne pas répondre, suffisamment inquiétante pour justifier n’importe quoi, et suffisamment absente du Groenland pour ne pas compliquer le récit. Quant à la Russie, elle est devenue une variable automatique : on la mentionne par réflexe, comme une incantation.
La France n’est évidemment pas en reste. On imagine déjà les soldats français déployés pour défendre le patrimoine gastronomique arctique contre une invasion de sushis chinois et de bortsch russes. Des légionnaires en parka, préparant des rations de survie à base d’escargots polaires, afin de préserver la haute cuisine européenne. Zéro rapport avec Washington, bien entendu.
Les Britanniques, eux, seraient là pour protéger l’Earl Grey contre une infiltration de thé vert chinois et de samovars russes. Le SAS, en mission sur les icebergs, veillerait à ce que l’eau bouillante reste strictement conforme aux standards de l’après-midi londonien. La souveraineté commence toujours par la théière.
Quant aux pays nordiques, ils surveilleraient trolls, aurores boréales et saunas ancestraux, de peur que Moscou ou Pékin ne s’en emparent pour en faire des attractions géopolitiques. L’important n’est pas la crédibilité de la menace, mais la cohérence du discours.
Au final, tout le monde sait pourquoi ces soldats sont là.
Tout le monde sait que c’est purement symbolique.
Mais tout le monde fait semblant de croire à une autre histoire.
Une petite comédie arctique, parfaitement huilée, où l’on brandit la Russie et la Chine pour ne pas avoir à dire ce qui fâche vraiment. Une diplomatie du froid, réchauffée par l’hypocrisie.

16 janvier 2026

Bruxelles parle procédure, le monde parle force

H16

-16/1/2026- L’actualité internationale ne se contente plus de bousculer l’Union européenne : elle l’humilie. Elle expose, avec une cruauté croissante, le divorce idéologique entre Bruxelles et le reste de la planète. Là où le monde parle le langage de la force, l’Europe s’obstine à bégayer celui de la procédure.

L’opération américaine au Venezuela contre Maduro a clairement mis en valeur cette opposition : les États-Unis agissent et jouent la carte du fait accompli pendant que les principaux pays européens émettent des petits cris stridents en critiquant la violation du droit international.


L’Europe pense légalisme mais les États-Unis pensent puissance, celle des ressources technologiques, économiques et humaines.

Trop brutalement pour une Union européenne engluée dans sa bureaucratie, le monde a changé et les États-Unis protègent leurs intérêts sans plus y mettre les formes, purement rhétoriques, auxquelles ils avaient habitués leurs alliés. Pour l’administration Trump, l’ordre institutionnel reposant sur le droit international sert de moins en moins à tel point que les États-Unis se retirent de 66 organisations internationales dont ils n’ont plus besoin.

Ce changement est visible jusque dans les communiqués : l’administration américaine est passée du sermon à la transaction. De leur côté, les Européens vont davantage débattre de philosophie, d’idées et de droit, posture qui se traduit actuellement par une paralysie grandissante et la peur de toute décision brisant de fragiles statu quo.

Ce qui est vrai en matière de géopolitique militaire l’est aussi au niveau économique.

Le légalisme européen s’y retrouve désormais à grosses tranches grasses : si des entreprises, même non européennes, ne s’y conforment pas, voilà l’Union qui agite des menaces juridiques (comme on a pu le voir avec X, la plateforme de Musk).

De son côté, le système américain a compris deux choses : que le légalisme n’est rien sans puissance (d’où les démonstrations régulières de force) et qu’une bureaucratie sans contrôle étouffe les forces vives. Ils limitent donc leurs lois afin de favoriser la prise de risques et de décisions pendant qu’en Europe, les secteurs innovant se retrouvent progressivement noyés dans la recherche de conformité à toujours davantage de réglementations tentaculaires. D’ailleurs, lorsque la RGDP est rentrée en vigueur en Europe, les investissements dans la tech s’y sont progressivement effondrés, alors qu’ils ont augmenté aux États-Unis.


Cette maladie bureaucratique est profonde – il suffit d’écouter les discussions actuellement au Parlement français pour constater que toute question économique est traitée à travers des réglementations et des taxes – et fait croire à ceux qui en sont atteint que l’Union européenne serait une « puissance normative » dont la production légale serait un levier d’influence et de « soft power ».

Malheureusement, cette vision ne tient pas devant le retard abyssal accumulé face aux États-Unis ou à la Chine, tant en matière de croissance que de développement technologique, et plus récemment, devant la désindustrialisation galopante du continent.

Pire, ce légalisme débridé est même régulièrement utilisé contre certains membres de l’Union (la Pologne et la Hongrie en font régulièrement les frais) avec un succès politique faible pour ne pas dire contre-productif si l’on regarde la tendance politique européenne actuelle. En pratique, ce légalisme qui n’est plus protecteur pour les citoyens et se retourne même contre eux, est rapidement perçu par les peuples comme un outil politique utilisé afin de maintenir un système en place et empêcher toute réforme.

Enfin et pour couronner le tout, dans une cohérence d’ensemble de plus en plus douteuse, les mêmes qui insistent pour respecter ce légalisme envahissant s’assoient régulièrement sur ce dernier : les mêmes dirigeants qui vantent la protection des données n’hésitent pas à livrer les informations biométriques des Européens à Washington pour garantir une simple exemption de visa.

Dans ce contexte, les réactions ulcérées et paniquées des Européens à l’évocation par Trump d’un Groenland américain ne doivent surprendre personne.

Ces Européens ont trop longtemps mis tous leurs espoirs de défense dans l’OTAN et même le premier mandat de Trump ne les a pas fait réagir.

Pourtant, les critiques de Trump vis-à-vis de l’Alliance n’ont pas manqué et le voir envisager de remettre en cause les traités rend les Européens épouvantés, faussement persuadés qu’ils sont de l’inviolabilité des traités et des institutions. Las, ils s’imaginent être les gardiens de l’Ordre et de la Raison alors qu’ils ne sont en réalité que les passagers plus ou moins clandestins de la protection américaine. Certains en sont même à envisager sérieusement un affrontement direct entre États-Unis et Europe, alors même que nos politiciens caquetaient il y a quelques mois encore sur l’idée d’une défense décarbonée.


Ces Européens envisagent les idées de conquêtes et d’affrontements stratégiques comme un enfant parle du loup : ils sont convaincus que, de nos jours, tout ça n’existe plus, s’offusquent qu’on puisse l’évoquer et sont même profondément bouleversés lorsqu’on leur rappelle que les crocs existent encore. Pour ceux-là, le monde fonctionne selon des règles, un droit sacré, des institutions immuables et des traités gravés dans le marbre.

Ils ont oublié qu’ils vivent dans des institutions construites par la violence, défendues et garanties par l’usage d’une force qu’ils refusent de reconnaître. En pratique, ils ont même oublié que la civilisation n’est pas l’état par défaut de l’Humanité, mais que cette réalisation temporaire, fragile et coûteuse n’existe que là où la force à autrefois déblayé le terrain et continue de patrouiller discrètement le périmètre.

Le droit, les lois, les règles suivent le pouvoir et ne le précèdent pas ; la souveraineté ne se déclare pas, elle s’impose. L’Europe a externalisé cette dernière et a oublié que la facture existait. Quand les empires tombent, ce n’est pas à cause d’une invasion mais à cause d’une pourriture conceptuelle, celle où l’on a confondu une longue période de sécurité avec une condition permanente, en croyant que la létalité est immorale plutôt que fondamentale.

À l’évidence, la pression sur l’Union augmente. Or, quand la pression monte, ce sont toujours les abstractions qui craquent en premier.


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