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19 juin 2025

LA DÉRIVE ALLEMANDE

Jean-Claude Delhez

-20/6/2025- Le nouveau chancelier allemand, Friedrich Merz, multiplie les prises de position discutables en matière de politique étrangère. La dernière en date a eu lieu lors de la réunion du G7 au Canada. Il y a affirmé publiquement qu'Israël avait « le courage de faire le sale boulot pour nous tous ». Il parlait des bombardements israéliens sur l'Iran. Quoi qu'on puisse penser du régime iranien et de l'état d'avancement de son programme nucléaire, il est un fait indiscutable : l'attaque israélienne est une violation du droit international et de la souveraineté d'un État. Dès lors, M. Merz, au nom de l'Allemagne, cautionne publiquement ces violations et prend parti dans un conflit, en faveur de l'agresseur. Il laisse entendre que c'était à l'Allemagne (et ses alliés, j'imagine) de bombarder l'Iran et qu'il faut dès lors remercier Israël pour le courage de le faire à sa place. Suite à la prise de paroles de Merz, Téhéran vient de convoquer l'ambassadeur d'Allemagne en Iran.
On se rappellera qu'avant même d'être nommé chancelier, Merz avait consacré l'une de ses premières déclarations publiques à assurer que l'Allemagne n'appliquerait pas le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale contre Benjamin Netanyahou. La politique de Merz est donc l'alignement complet sur l'action du gouvernement Netanyahou, quoi qu'il fasse en Iran, à Gaza ou ailleurs, quel que soit le nombre de ses victimes et des pays qu'ils bombarde au Proche-Orient. Ce qui est aussi, par ailleurs, la politique des USA.
Merz, c'est également l'homme du durcissement face à la Russie. Alors que Scholz, son prédécesseur, avait toujours refusé de livrer des missiles Taurus à Kiev, Merz s'est prononcé en faveur du contraire. Réactions négatives à Moscou. Mais réactions négatives aussi à Washington (il y a de l'électronique américaine dans les missiles allemands). Et réactions négatives au sein du partenaire de coalition allemand, le SPD, le parti social-démocrate. Résultat des courses : au bout de plusieurs semaines de tergiversations, l'Allemagne ne livrera pas de missiles Taurus à Kiev.
On peut aussi rappeler que Merz a obtenu des parlementaires allemands le feu vert pour dépasser la limite d'endettement du pays afin d'investir une somme rondelette dans les infrastructures civiles et dans le réarmement de la Bundeswehr. Il entend faire de l'armée allemande la plus puissante d'Europe. Ce qui est une excellente nouvelle pour les marchands de canons américains.
L'Allemagne nous avait déjà gratifié récemment de ses politiciennes va-t-en-guerre, les Baerbock et von der Leyen, voilà maintenant un nouveau faucon décomplexé dans la galaxie belliciste germanique. Pour l'anecdote, on notera que ces adeptes de la pensée néo-conservatrice américaine sont issus des Young global leaders du forum économique de Davos (Annalena Baerbock), de McKinsey (Ursula von der Leyen) et de Blackrock (Friedrich Merz).

17 juin 2025

LA QUESTION ATOMIQUE

Jean-Claude Delhez

-17/6/2025- Le conflit actuel entre Israël et l'Iran a été provoqué par le gouvernement Netanyahou selon le motif officiel suivant : le programme nucléaire iranien était sur le point de doter le pays de l'arme atomique et de menacer ainsi son ennemi israélien.
Qu'en est-il de cette question nucléaire ? Le programme iranien, on en parle depuis de nombreuses années et Netanyahou n'a cessé de le qualifier de menace imminente. Bien malin qui pourrait dire exactement à quel stade il en était parvenu ces derniers temps. Surtout, la question de ce programme s'inscrit dans deux autres thématiques qui ne sont guère évoquées : la dissuasion et la prolifération.
Une dizaine de pays possèdent aujourd'hui la bombe atomique. Si l'on excepte Hiroshima et Nagasaki, elle n'a jamais été employée depuis trois quarts de siècle qu'elle existe. C'est d'ailleurs le principe même de cette arme : la dissuasion. C'est une arme défensive. Elle sert à dire à un ennemi : si vous tentez de me détruire, je peux vous atomiser en retour ; donc, évitez de vous en prendre à moi.
Parmi les acteurs de la dissuasion, il y a Israël. Israël possède la bombe depuis la fin des années 1960 (époque où Tel Aviv et Téhéran étaient les meilleurs amis du monde...). Dès lors, Israël peut atomiser l'Iran, ou tout autre pays à sa portée. Mieux, Israël dispose du nec plus ultra en matière nucléaire : le sous-marin lanceur d'engins. En effet, l'idéal, c'est de cacher sa bombe quelque part sous les mers. De la sorte, si le pays était rasé par une attaque surprise, les sous-marins pourraient toujours lancer leurs missiles contre l'adversaire, qui serait rasé en retour. Ces sous-marins israéliens (fournis par l'Allemagne) bénéficient d'une base sur la côte indienne. Pourquoi ? Pour aller patrouiller le long des côtes iraniennes et, de là, menacer n'importe quel province de l'Iran. Evidemment, les Iraniens le savent. C'est une des raisons pour lesquelles ils cherchent à leur tour à disposer de la bombe.
C'est ici qu'intervient une autre question, celle de la prolifération. Depuis 1970 existe un traité de non prolifération des armes nucléaires, promu par l'ONU. Il fige la situation telle qu'elle existait à l'époque en limitant la bombe aux cinq membres permanents du conseil de sécurité de l'ONU (USA, URSS, Chine, Royaume-Uni, France). Presque tous les pays de la planète ont signé ce traité, dont l'Iran. Parmi les rares qui ne l'ont pas signé, l'Inde et le Pakistan, qui se sont ensuite dotés de la bombe. La Corée du Nord, qui a la bombe depuis peu, s'en est retirée. Quant à Israël, non seulement le pays n'a pas signé le traité, mais il ne reconnaît même pas posséder la bombe.
Donc, la situation présente est la suivante. L'Iran, signataire du traité de non prolifération, est soupçonné de vouloir se doter de la bombe en violant ledit traité. Israël a déjà la bombe mais n'est pas signataire du traité de non prolifération. Tout le monde ment. L'Iran ment en faisant passer son programme pour une activité civile et en dissimulant son stade d'évolution. Israël ment en prétendant que l'Iran le menace alors que c'est la bombe israélienne qui menace l'Iran. De plus, Netanyahou n'a évidemment aucun droit d'attaquer l'Iran, ce qui est une violation du droit international, une de plus. Un pays qui refuse d'adhérer au traité de non prolifération est évidemment mal placé pour en accuser ou bombarder un autre sous prétexte qu'il pourrait avoir un jour la bombe. Notez en passant que les milieux politico-médiatiques occidentaux, qui aiment à moraliser sur le respect du droit et de la souveraineté des États, oublient tous leurs principes quand ça les arrange.
Ajoutons à ces différentes considérations que ce conflit Israël-Iran, auquel on aimerait nous faire adhérer, dans un camp ou dans l'autre, est une lutte entre deux pouvoirs composés d'extrémistes religieux, qui ont par ailleurs du sang sur les mains depuis longtemps, et pas un peu, et qui ne sont pas de grands amis de la démocratie, ni l'un ni l'autre.