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12 avril 2026

Marc Amblard

IRAN VS USA : ÉCHEC DES NÉGOCIATIONS. C'EST REPARTI.


- 12/4/2026 - Hier, les discussions entre les USA et l’Iran ont échoué : Téhéran refuse de renoncer à son programme nucléaire et rejette par conséquent les conditions américaines.
Le vice-président J.D. Vance, peu favorable depuis le début à ce conflit, a quitté la table des négociations. Il est reparti hier soir sans accord de paix.
Les hostilités vont reprendre.
Cette guerre qui devait durer 3 à 4 semaines pourrait s’enliser durablement avec des conséquences économiques terribles, pour l’Europe notamment (coût de l’énergie, inflation…).
Elle pourrait également coûter les midterms au gouvernement qui perdrait alors le contrôle du Congrès au profit de la gauche en novembre prochain. Rien n'est sûr évidemment.
Toujours est-il que selon de récents sondages (Pew Research et AP-NORC), environ 56 % à 59 % des Américains estiment que l'action militaire a été "excessive" ou y sont opposés.

8 avril 2026

Georges Kuzmanovic (Fréquence Populaire Média)
8/4/2026

Cessez-le-feu Iran–États-Unis – victoire iranienne ou prélude à l'intensification de la guerre

Cessez-le-feu fragile, victoire revendiquée par tous. L’Iran crie succès, Washington parle de triomphe, mais rien n’est réglé. Désaccord sur le Liban, détroit d’Ormuz sous tension, négociations incertaines. Est-ce le début d'une paix ou une pause stratégique avant une possible reprise de la guerre ?


Un cessez-le-feu fragile qui ressemble à une victoire iranienne, mais peut masquer une pause stratégique

Après plus de cinq semaines d’affrontements, l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines entre l’Iran et les États-Unis, incluant Israël mais entouré d’ambiguïtés majeures, apparaît moins comme une sortie de crise que comme une suspension instable. Les déclarations contradictoires, l’incertitude sur le Liban, l’absence d’accord clair sur les termes politiques et les mouvements militaires en cours suggèrent une pause tactique davantage qu’un véritable tournant. À ce stade, la situation peut donner l’impression d’une victoire iranienne, mais cette lecture reste précaire tant les paramètres militaires et diplomatiques demeurent mouvants.

Des scènes de liesse ont été observées en Iran, où l’annonce du cessez-le-feu est perçue comme la preuve que le pays a tenu face à une campagne militaire destinée, selon Téhéran, à provoquer l’effondrement du régime. À Washington, à l’inverse, l’administration américaine affirme avoir remporté une « victoire décisive ». Ce double récit illustre, certes, le fait que chacun parle à sa population cible, mais surtout l’incertitude stratégique du moment. Car si victoire américaine il y a, elle paraît paradoxale. Le régime iranien est toujours en place, l’Iran conserve sa capacité de nuisance régionale et sa puissance militaire balistique, et le détroit d’Ormuz s’impose désormais comme un levier politique central contrôlé par l'Iran.

Une victoire aux conséquences stratégiques inversées

Dans cette configuration, la victoire revendiquée par Washington pourrait se traduire par un résultat inverse à l’objectif initial. L’Iran demeure intact politiquement malgré les frappes, le détroit d’Ormuz devient un instrument de pression durable, les monarchies pétrolières apparaissent plus vulnérables, et l’Iran se trouve renforcé comme puissance régionale incontournable. À terme, cela pourrait conduire à un repositionnement stratégique où certains États du Golfe chercheraient davantage à composer avec Téhéran, sous l’ombre portée de la Chine et de la Russie.

Le cessez-le-feu prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz pendant deux semaines, mais selon des modalités largement favorables à l’Iran. Les navires devront obtenir l’autorisation des forces iraniennes, et la possibilité d’un péage a été évoquée. Avec près de 3 000 navires en attente et moins de 200 passages quotidiens possibles, la reprise du trafic s’annonce lente et sous contrôle. Ce mécanisme transforme Ormuz en outil politique et économique. Même symbolique, un droit de passage représenterait des recettes quotidiennes importantes et surtout une reconnaissance de facto du rôle iranien dans la sécurisation du détroit.

Cette évolution est l’un des effets stratégiques majeurs du conflit. Avant la guerre, la fermeture d’Ormuz restait une menace théorique. Les combats ont démontré que quelques drones, mines et embarcations suffisaient à perturber durablement la navigation mondiale. Le détroit devient ainsi une arme stratégique permanente. Ce basculement constitue probablement l’un des échecs d’analyse les plus significatifs pour Washington et ses alliés.

Un accord encore flou et contesté

Les contours du cessez-le-feu restent néanmoins très incertains. Les autorités iraniennes évoquent un plan en dix points servant de base aux négociations, comprenant la levée des sanctions, des garanties de non-agression, la reconnaissance de l’enrichissement nucléaire et un rôle iranien dans la gestion d’Ormuz. La Maison Blanche affirme au contraire que ces conditions ne correspondent pas à l’accord conclu. Cette divergence traduit l’absence de texte commun et confirme le caractère fragile de la trêve.

La médiation aurait été rendue possible par l’intervention du Pakistan, avec un rôle décisif de la Chine, qui se serait proposée comme garant du processus. La Russie a également pesé en arrière-plan. Cette configuration diplomatique illustre l’émergence d’un cadre de négociation où les puissances occidentales ne sont plus seules maîtresses du jeu. L’ouverture de discussions à Islamabad confirme cette évolution vers une diplomatie multipolaire.

Mais la principale zone de friction concerne le Liban. L’Iran affirme que le cessez-le-feu inclut ce théâtre. Israël et les États-Unis soutiennent l’inverse. Le bureau du Premier ministre israélien a explicitement indiqué que les opérations contre le Hezbollah dans le sud du Liban se poursuivraient. Des frappes israéliennes ont d’ailleurs été signalées peu après l’annonce de la trêve. Cette divergence crée un risque immédiat de reprise des hostilités.

Téhéran a déjà averti que la poursuite des frappes au Liban pourrait remettre en cause la réouverture du détroit d’Ormuz. Ce lien entre Liban et navigation maritime transforme la trêve en équilibre extrêmement fragile. La guerre pourrait reprendre non pas directement entre l’Iran et les États-Unis, mais par escalade indirecte via le Hezbollah.

Une pause stratégique plutôt qu’une paix

Plusieurs hypothèses circulent sur les motivations réelles du cessez-le-feu. Les États-Unis pourraient chercher à gagner du temps pour repositionner leurs forces dans la région. L’observation des mouvements militaires (concentration ou dispersion) sera déterminante pour comprendre l’intention stratégique. Certains analystes évoquent la nécessité pour Israël de reconstituer ses stocks d’intercepteurs après des semaines d’engagement intensif. D’autres avancent l’hypothèse d’un arrêt temporaire après l’échec d’opérations offensives récentes.

Le Pentagone a d’ailleurs laissé entendre que la campagne militaire pourrait reprendre immédiatement si les négociations échouent. Cette position confirme que le cessez-le-feu n’est pas conçu comme une paix, mais comme une suspension conditionnelle. Dans ce contexte, chaque camp tente de transformer la pause en avantage stratégique.

Les divisions internes iraniennes jouent également un rôle. Les partisans d’une escalade militaire auraient été déçus par la trêve, tandis que les pragmatiques y voient une opportunité de consolider les gains politiques. Le régime sort affaibli matériellement, mais renforcé symboliquement. Le peuple iranien reste la principale victime, confronté à des destructions importantes et à un probable durcissement politique interne.

Un échec stratégique pour Washington et Tel-Aviv ?

Le conflit met en lumière une double erreur d’analyse majeure. La première concerne la résilience du système politique iranien. Malgré l’élimination de nombreux responsables, la structure de commandement a continué de fonctionner. Le pari d’un effondrement rapide ne s’est pas réalisé. La seconde erreur concerne le détroit d’Ormuz, devenu un levier stratégique majeur pour Téhéran.

À ces éléments s’ajoutent des conséquences géopolitiques plus larges, à savoir une crédibilité américaine fortement écornée, un accroissement de la puissance de la Chine et de la Russie, l'affirmation d’une diplomatie alternative menée par les pays du Sud Global. La tentative au Conseil de sécurité de l’ONU d’autoriser l’ouverture du détroit par la force a échoué face au veto russo-chinois. Ce blocage illustre l’impossibilité d’une solution coercitive internationale et renforce la centralité de la négociation.

Dans ce contexte, la trêve apparaît comme une sortie diplomatique après l’échec de la stratégie militaire. La force n’a pas permis d’obtenir les objectifs politiques initiaux. La diplomatie, soutenue par des puissances extérieures, impose désormais le tempo.

Une paix encore improbable

Malgré l’arrêt temporaire des combats, les chances d’une paix durable restent faibles. Les divergences sur le Liban, l’absence d’accord sur les conditions politiques et la possibilité d’une reprise rapide des opérations maintiennent un risque élevé d’escalade. Chaque cessez-le-feu dans ce conflit a jusqu’ici précédé une nouvelle phase de combats.

Si la situation se stabilisait, l’Iran pourrait apparaître comme le principal bénéficiaire stratégique : maintien du régime, reconnaissance implicite de son rôle régional, contrôle sur Ormuz, renforcement diplomatique, perception internationale très positive dans le Sud Global. Mais cette lecture dépend entièrement du respect de la trêve. La moindre violation pourrait relancer le cycle de confrontation.

Pour l’heure, le cessez-le-feu ressemble à une victoire iranienne sur le plan politique, mais à une victoire instable, suspendue à des équilibres militaires fragiles. La guerre n’est pas terminée ; elle est simplement entrée dans une phase d’incertitude où diplomatie et stratégie s’entremêlent. Les prochains jours, et notamment la question du Liban et les mouvements militaires américains, détermineront si cette pause marque le début d’un compromis durable ou seulement l’entracte d’une nouvelle escalade.

D'ailleurs, à l'heure où nous écrivons et selon l'agence iranienne officielle Fars, le détroit d'Ormuz semble à nouveau être bloqué par l'Iran, suite à l'attaque israélienne sur le Liban (à Beyrouth) qui selon les premiers bilans aurait fait plus de 90 morts et plus de 720 blessés selon le ministère de la santé libanais.

Tout est fragile et instable.

Natalia Routkevitch
7/4/2026

L’EXTENSION DU CHAMP DE BATAILLE

"Quelle que soit l’issue de leurs interventions, même les plus folles, ils n’ont ni réparations à verser, ni comptes à rendre, ni leçons à retenir."

Le sociologue allemand Wolfgang Streeck, l’un des analystes les plus intéressants du néolibéralisme et des mutations des démocraties occidentales, présente ici sa vision de la crise planétaire et de ses évolutions possibles, en mettant l’accent sur les constantes de la politique étrangère allemande et celle des États-Unis.
L’entretien est paru dans la Frankfurter Rundschau il y a quelques jours, avant la multiplication des menaces d’anéantissement de la civilisation persane. Cela constituerait une extension véritablement dramatique du champ de bataille...
On a toutefois de plus en plus l’impression d’assister à un prêche adressé à un cercle de fidèles – qui se rétrécit – ou à une conversation avec soi-même…
You don't need to believe in hereafter
Just believe in me
Because Jesus He knows me and He knows I'm right
I've been talkin' to Jesus all my life
Oh, yes He knows me and He knows I'm right
Well, He's been tellin' me everything's gonna be alright

La guerre israélo-américaine contre l’Iran a plongé les marchés financiers dans la tourmente et suscite une inquiétude croissante dans les économies nationales. Cela vous rappelle-t-il le choc pétrolier des années 1970 ?

Pas vraiment. À l’époque, la situation restait relativement maîtrisable : il ne s’agissait guère que d’un cartel de producteurs au Moyen-Orient. Aujourd’hui, grâce à la fracturation hydraulique, les États-Unis sont devenus autosuffisants sur le plan énergétique et peuvent se permettre toutes sortes de dérives, y compris la destruction systématique des infrastructures énergétiques, non seulement en Iran mais dans l’ensemble des États du Golfe – et, accessoirement, celle de la société iranienne. À l’inverse, dans les années 1970, Richard Nixon et Henry Kissinger engageaient le rapprochement avec la Chine, tandis qu’en Allemagne le gouvernement de Willy Brandt mettait en œuvre une politique de détente avec l’Est qui contribua, à plus long terme, à l’érosion puis à la dissolution du bloc soviétique.

La guerre contre l’Iran pourrait-elle s’avérer être la plus grande erreur de la présidence Trump ? Il semble avoir sous-estimé le potentiel d’escalade.

Les Américains le font toujours – nul besoin de Trump pour cela. Regardez Biden en Ukraine, et, dans son sillage, les Européens qui se sont laissés convaincre que la guerre serait terminée en quelques mois (les Russes, d’ailleurs, l’ont cru, eux aussi). L’Union européenne a désormais pris en charge la guerre en Ukraine et insiste pour qu’elle se poursuive, alors même que les Américains s’en désintéressent et que les Russes ont, dans l’ensemble, déjà remporté la bataille. Pourquoi ? Sans doute parce qu’ils ne veulent pas admettre qu’ils ont « sous-estimé le potentiel d’escalade », pour reprendre votre expression. Mais il est également possible qu’ils espèrent tirer de cette guerre livrée par d’autres des bénéfices technologiques et économiques, ainsi qu’une plus grande cohésion interne. Cela ne se produira évidemment pas, mais l’espoir meurt en dernier – après les Ukrainiens qui, selon von der Leyen, « meurent pour nos valeurs ».

Certains soupçonnent que Trump pourrait exploiter cette guerre pour peser, d’une manière ou d’une autre, sur les élections de mi-mandat en novembre. Des considérations de politique intérieure ont-elles pu jouer un rôle ?

C’est possible : les guerres servent souvent à souder son propre camp et à discréditer les opposants en les présentant comme des traîtres. Pourtant, cette guerre n’est pas soutenue à l’intérieur. Aux États-Unis, beaucoup pensent que Trump s’y est laissé entraîner par Israël et le lobby pro-israélien, séduits par la promesse d’une guerre-éclair. On ignore, bien sûr, quels éléments compromettants Netanyahu pourrait détenir sur lui. Il faut aussi rappeler – ce que l’on oublie souvent en Allemagne – que les États-Unis sont pratiquement invulnérables sur leur propre continent, protégés par deux océans et n’ayant que deux voisins, au nord et au sud, tous deux sous leur influence. Cela leur permet de s’en sortir sans frais dans toutes leurs aventures internationales, même les plus injustifiées et absurdes – guerre du Vietnam, invasion de l’Irak – car, en cas d’échec, ils peuvent simplement se replier sur leur territoire, hors de portée de leurs adversaires. Cela explique aussi pourquoi ils entretiennent, pendant des décennies, une rancœur persistante envers des États jugés récalcitrants – Cuba, Iran, Afghanistan. Quelle que soit l’issue de leurs interventions, ils n’ont ni réparations à verser, ni comptes à rendre, ni leçons à retenir.
En janvier, Trump a appelé à porter les dépenses de défense à 1 500 milliards de dollars, soit une augmentation de plus de 50 % par rapport au budget actuel (900 milliards), déjà de loin le plus élevé de l’histoire. On peut supposer qu’il souhaite éviter que les responsables militaires ne s’interrogent sur la pertinence de « bombarder l’Iran jusqu’à le ramener à l’âge de pierre », alors même que ce pays n’a rien fait aux États-Unis et n’aurait jamais pu le faire.

Beaucoup voient des motivations personnelles derrière la décision de Netanyahu d’attaquer l’Iran, estimant qu’il cherche à échapper à des poursuites pour corruption en s’inscrivant dans une logique de guerre permanente.

C’est possible. Ou bien il cherche à assurer sa réélection. Mais il ne faut pas surestimer la dimension personnelle. La destruction de l’Iran est un objectif ancien et largement partagé en Israël. L’Etat juif entend demeurer la seule puissance nucléaire en « Asie occidentale » (selon la terminologie iranienne). Si les États-Unis venaient à se retirer de l’alliance, Israël n’hésiterait pas, en cas de nécessité, à recourir à l’arme nucléaire. À quoi servirait sinon cet arsenal ? (Les sous-marins capables d’emporter des charges nucléaires ont d’ailleurs été fournis par l’Allemagne.) On ne peut exclure que Trump participe à cette guerre parce que ses services de renseignement – ou Netanyahu lui-même – l’ont averti qu’Israël pourrait recourir à ses capacités nucléaires en cas d’escalade.

Trump a rencontré peu de résistance de la part de l’Union européenne. Seul le Premier ministre espagnol s’est exprimé de manière claire et nette. Pourquoi l’UE est-elle si faible ?

L’Union européenne n’est pas un État et ne le sera jamais. Elle n’est guère écoutée et ne compte pas. Quant à ses États membres, leurs intérêts et leurs lignes divergent profondément. La France entretient des liens étroits avec le Liban et se perçoit comme son protecteur. L’Espagne dispose de relations anciennes, principalement culturelles, avec le monde musulman. L’Allemagne, pour sa part, entretient une relation particulière bien connue avec Israël et son « droit à l’existence », dont elle laisse la définition à Israël lui-même – tant sur le plan territorial que sur celui de l’ordre interne. Avant d’envisager l’usage de l’arme nucléaire, Israël ferait sans doute appel à l’Allemagne pour un soutien militaire, au nom de la « raison d’État » allemande. Aucun autre État membre, à l’exception peut-être des Pays-Bas, n’y serait favorable.

Le chancelier allemand Merz a d’abord soutenu l’attaque, puis affirmé qu’il ne s’agissait pas de « notre guerre ». S’inscrit-il dans la continuité de Gerhard Schröder ?

Tout dépend de ce qu’on entend sous la « continuité ». Schröder a certes refusé, avec Chirac, de participer à l’invasion de l’Irak par Bush fils. Mais l’Allemagne, sous sa direction et celle de Fischer, a soutenu Washington à de très nombreuses reprises, notamment dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme », lorsque Steinmeier, alors chef de la chancellerie, a autorisé l’utilisation de la base de Ramstein pour chaque vol – y compris ceux destinés à transférer des détenus vers Guantánamo.
Angela Merkel aussi, d’abord avec Sarkozy puis avec Hollande, a tenté de se distancier de certaines initiatives américaines – en Syrie ou en Ukraine (Minsk I et II). En 2011, son ministre des Affaires étrangères, Westerwelle, s’est abstenu lors du vote du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant l’intervention en Libye. Pourtant, 40 000 soldats américains sont stationnés en Allemagne dans le cadre de l’OTAN, ainsi que des bombardiers à capacité nucléaire et leurs armes associées. De plus, Wiesbaden abrite le centre de commandement des opérations américaines au Moyen-Orient, y compris les bombardements actuels contre l’Iran. Merz ne s’y est pas opposé. À cet égard, il s’inscrit bien dans la lignée de ses prédécesseurs ; il appartiendra aux historiens de lui donner une définition précise.

Ne serait-il pas dans l’intérêt de Merz de s’opposer plus fermement à Trump et Netanyahu ? Les experts redoutent la pire crise énergétique de l’histoire.

Il le devrait, absolument. D’autant plus qu’il ne s’agit pas seulement d’une crise énergétique. Nous parlons d’un embrasement mondial ; à côté de cela, on serait tenté de dire que ce n’est « que » du pétrole – et, en cas d’extrême nécessité, on pourra toujours s’en procurer auprès de la Russie. Nous ne pouvons que spéculer sur les décisions à venir de Trump et Netanyahu. Ce que l’on sait, en revanche, c’est qu’ils n’écouteront pas un chancelier allemand, sachant pertinemment qu’au final celui-ci s’alignera, quelle que soit la décision prise.

Peut-on qualifier cette guerre de guerre mondiale, même en l’absence de blocs structurés comme au XXe siècle ?

Toutes les guerres sont différentes. La Première Guerre mondiale a entraîné l’effondrement des empires européens ; la Seconde visait à vaincre deux puissances régionales, l’Allemagne et le Japon, qui cherchaient à dominer leurs « zones d’influence », selon l’expression de Carl Schmitt. Il en a résulté un monde bipolaire dominé par les États-Unis et l’URSS, chacun à la tête de son empire – l’un expansif, l’autre contenu, jusqu’à sa dissolution relativement pacifique à la fin du XXe siècle. S’ensuivirent plus de trente années d’un monde unipolaire, où la puissance dominante était en guerre quasi permanente quelque part – ce que l’on appelait alors « stabilité ». Aujourd’hui, nous assistons à la désagrégation de cette superpuissance, incapable de choisir entre le repli et la résistance à son déclassement, mais inclinant de plus en plus vers cette dernière.

Si cette logique devait conduire à une troisième guerre mondiale, à quoi pourrait-elle ressembler ?

Les États-Unis attaqueraient la Chine afin de tenter d’enrayer son ascension jusqu’alors irrésistible. Selon la doctrine actuelle de la sécurité nationale américaine, il ne doit exister aucune puissance au monde à égalité avec les États-Unis. À cette fin, ils exerceraient notamment des pressions sur la Russie depuis l’Europe occidentale – ou feraient agir l’OTAN en ce sens – afin de l’empêcher de soutenir la Chine, et contraindraient la Chine à détourner des ressources pour soutenir la Russie. Le Japon et l’Europe de l’OTAN, en particulier l’Allemagne, seraient amenés à se ranger du côté des États-Unis.
Israël, quant à lui, saisirait l’occasion pour détruire de manière irréversible les États et les peuples de son voisinage ; déjà, la guerre contre l’Iran ne peut durer assez longtemps aux yeux de Tel-Aviv, car, dans son ombre, l’annexion et le nettoyage ethnique de Gaza, de la Cisjordanie et du sud du Liban peuvent se poursuivre sans être remarqués. Tout le reste se trouve, comme le disait Clausewitz, dans le brouillard du champ de bataille en expansion.
Gastel Etzwane

Le paradoxe iranien : quand les bombardements ressoudent un régime chancelant


- 8/4/2026 - Au soir du 28 février, lorsque les premières frappes américano-israéliennes ont touché le cœur du pouvoir iranien et entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei, une partie de l’opinion, en Iran comme dans la diaspora, a cru entrevoir l’effondrement espéré du régime islamique. Des scènes de célébration sporadiques ont été filmées, certains opposants historiques ont laissé poindre un espoir de changement. Moins de six semaines plus tard, ce scénario semble s’être éloigné plus que jamais.
Les premiers jours ont en effet fait naître une brève euphorie chez une frange de la population lassée par des décennies d’autoritarisme, de répression et de crise économique. La disparition du Guide suprême, symbole ultime du système, a pu apparaître comme le début d’une transition. Mais très rapidement, la nature des opérations militaires a inversé cette dynamique.
Les frappes ont rapidement touché des infrastructures civiles : hôpitaux, écoles (dont l’attaque sur une école primaire à Minab qui a fait plus de 160 morts, majoritairement des enfants), universités et centres culturels. Selon le Croissant-Rouge iranien et plusieurs organisations internationales, des dizaines de sites médicaux et éducatifs ont été endommagés ou détruits. Ces bilans civils, conjugués aux déclarations jugées brutales et inhumaines de Donald Trump, évoquant notamment la possibilité de ramener l’Iran « à l’âge de pierre », « une civilisation entière va mourir ce soir », ont provoqué un revirement spectaculaire.
Classique en temps de guerre, l’effet « rally around the flag » (rassemblement autour du drapeau) a joué à plein. Face à une agression extérieure perçue comme indiscriminée, une large partie de la population iranienne s’est resserrée autour du pouvoir, ou du moins a suspendu son opposition ouverte. Le régime, bien que décapité à son sommet, a su nommer rapidement un successeur en la personne de Mojtaba Khamenei et maintenir une certaine cohésion institutionnelle grâce aux réseaux des Gardiens de la Révolution.
Plus surprenant encore : des voix traditionnellement critiques envers le régime ont changé de ton. Des artistes, intellectuels et figures culturelles iraniennes, souvent en exil ou ouvertement dissidentes, ont publiquement condamné les bombardements. Plus de 250 universitaires, chercheurs et créateurs ont signé une déclaration dénonçant les attaques sur des biens civils. Même des opposants historiques, qui dénonçaient hier encore l’autoritarisme théocratique, ont exprimé une forme de solidarité nationale face à ce qu’ils qualifient d’agression extérieure. Les « cartes ont été rebattues », comme le résument plusieurs observateurs : la priorité est devenue la défense du pays avant la lutte interne.
Les sondages réalisés auprès de la diaspora irano-américaine confirment ce basculement. Alors qu’une partie était initialement divisée ou même favorable à une intervention, une nette majorité (environ deux tiers selon un récent sondage NIAC/Zogby) souhaitait désormais la fin des opérations, inquiète du coût humain civil et du risque de déstabilisation durable. L’espoir d’un effondrement rapide du régime s’est mué en crainte d’un Iran plus fragile, plus nationaliste et potentiellement plus dur.
Au final, l’intervention américano-israélienne, loin d’accélérer la chute du système, semble l’avoir paradoxalement consolidé à court terme. En transformant une contestation interne en résistance nationale, les frappes ont offert au régime un sursis inattendu. Les experts s’accordent aujourd’hui à dire que les perspectives d’un changement de régime pacifique ou populaire sont plus éloignées qu’avant le 28 février.
On peut ainsi se demander si, en voulant hâter la fin du régime iranien, les États-Unis et Israël ont, sans le vouloir, retardé son possible dépassement.

5 avril 2026

Gastel Etzwane
4/4/2026

Pourquoi les Iraniens crient-ils « Mort à l’Amérique » ?


Si les Iraniens crient « Mort à l’Amérique ! », il est intéressant, et même nécessaire, de se demander pourquoi.
Ce slogan, répété depuis des décennies dans les rues d’Iran, n’est pas né du néant. Il ne s’explique pas uniquement par un fanatisme religieux ou une haine irrationnelle. Pour beaucoup d’Iraniens, il est le cri d’une mémoire collective blessée par des décennies d’ingérences étrangères qui ont sapé leur souveraineté, pillé leurs ressources et fait souffrir leur peuple.
Quand on regarde l’histoire du point de vue iranien, ces raisons deviennent compréhensibles. Voici une chronologie factuelle des principales interventions extérieures américaines (et occidentales) qui ont profondément marqué l’Iran :

1951
L’Iran élit démocratiquement Mohammad Mosaddegh comme Premier ministre. Sa grande promesse : nationaliser le pétrole iranien, alors largement contrôlé par les Britanniques. Il remporte une victoire écrasante. Pour la première fois, l’Iran semblait pouvoir reprendre le contrôle de ses richesses nationales.

1953
La CIA et le MI6 britannique orchestrent un coup d’État, baptisé Opération Ajax. Mosaddegh est renversé. À sa place, les Américains et les Britanniques réinstallent Mohammad Reza Pahlavi en tant que Shah, un dirigeant pro-occidental autoritaire. Ce jour-là, l’Iran perd non seulement son gouvernement élu, mais aussi une grande part de sa souveraineté. Les profits du pétrole recommencent à partir massivement vers l’Occident.

1954
Un accord de consortium est signé, accordant 50 % des profits pétroliers iraniens à des compagnies occidentales pour 25 ans. Le pétrole iranien, ressource vitale du pays, continue d’enrichir surtout des intérêts étrangers plutôt que le peuple iranien.

1957
Avec l’aide de la CIA et du Mossad, le régime du Shah crée la SAVAK, sa police secrète. Cette organisation devient tristement célèbre pour la surveillance massive, la torture et l’exécution d’opposants politiques iraniens. Des milliers de citoyens iraniens en seront victimes, souvent simplement pour avoir réclamé plus de justice sociale ou de liberté.

Années 1960-1978
À la demande des États-Unis, le Shah achète massivement des armes américaines. Entre 1970 et 1978, l’Iran dépense environ 20 milliards de dollars en armement. Cette somme colossale, prélevée sur les revenus pétroliers, prive le pays de moyens pour les services sociaux, l’éducation et le bien-être de la population. Le peuple voit ses richesses nationales transformées en achats d’armes qui servent surtout les intérêts stratégiques américains.

1979
Après des années d’autoritarisme, d’inflation galopante et de mécontentement populaire, les Iraniens se soulèvent et renversent le Shah. Les religieux radicaux prennent le pouvoir. Les États-Unis imposent immédiatement des sanctions économiques sévères à un Iran déjà fragilisé. Ces sanctions, qui perdureront pendant des décennies, pèseront lourdement sur l’économie et le quotidien des Iraniens ordinaires.

1980-1988
L’Irak de Saddam Hussein envahit l’Iran. La guerre dure huit ans et fait des centaines de milliers de morts iraniens. Les États-Unis apportent à l’Irak un soutien important : renseignements, armes, financements et tolérance face à l’utilisation d’armes chimiques contre les forces et les civils iraniens. Pour l’Iran, c’est une nouvelle trahison qui coûte la vie à une génération entière.

1988
Le croiseur américain USS Vincennes abat un avion de ligne civil iranien (vol Iran Air 655) dans les eaux territoriales iraniennes, tuant 290 personnes, dont 66 enfants. L’équipage américain reçoit des décorations. Cet événement, perçu comme un mépris total pour la vie iranienne, marque profondément la conscience collective.

1988 à aujourd’hui
Les services de renseignement américains et israéliens ont été accusés à plusieurs reprises de tenter de déstabiliser le régime iranien par des opérations d’influence. L’Iran a réprimé ces tentatives, souvent au prix de vies civiles.
Oui, l’Iran finance des groupes armés qui attaquent les intérêts américains et israéliens. Oui, des troupes américaines ont été visées dans la région. Oui, le slogan « Mort à l’Amérique » reste crié dans les rues.
Mais quand on regarde cette chronologie du point de vue iranien, on comprend que ce cri n’est pas seulement de la propagande. Il est aussi le produit d’une mémoire collective marquée par des décennies d’ingérences répétées : perte de souveraineté, ressources nationales détournées, répression facilitée de l’intérieur, guerres dévastatrices et sanctions qui ont touché en premier lieu le peuple ordinaire.
Comprendre n’est pas excuser les violences actuelles.
Mais ignorer ces faits, c’est refuser de voir pourquoi tant d’Iraniens portent encore aujourd’hui une rancœur profonde et regardent l’Amérique avec méfiance et amertume.

27 mars 2026

Gastel Etzwane
27/3/2026


L’Iran verrouille le détroit d’Ormuz. Ce matin trois porte-conteneurs ont été interceptés par les Gardiens de la révolution et contraints de faire demi-tour.
Dans un communiqué direct les Gardiens ont répondu aux déclarations du président américain en affirmant que le détroit reste fermé à tout trafic non autorisé. Lloyd’s List confirme qu’un système de péage de facto est désormais en place. Les navires doivent obtenir un code d’autorisation payer jusqu’à deux millions de dollars par passage souvent en yuans et accepter un corridor escorté en eaux iraniennes. Refuser expose à la destruction visible comme ces coques calcinées qui continuent de brûler pendant des semaines.
Cette opération constitue un coup stratégique majeur pour Téhéran. Elle permet un contrôle total du goulot d’étranglement par où transite près de vingt pour cent du pétrole mondial. Elle accélère la dédollarisation via les paiements en yuans renforce l’alliance avec la Chine et transforme le détroit en outil de financement et de dissuasion à faible coût militaire. L’Iran trie les navires amis qui passent moyennant finance et les autres qui sont refoulés ou coulés.
Ce verrouillage constitue un démenti cinglant à l’optimisme de Donald Trump. Malgré ses annonces répétées que le détroit serait bientôt ouvert et que des progrès étaient en cours les faits sur le terrain montrent le contraire. Téhéran impose ses règles et démontre que la pression ou les menaces américaines ne suffisent pas à rouvrir la voie maritime.
En quelques semaines l’Iran a imposé un nouveau statu quo qui renforce sa posture régionale tout en faisant monter les prix du pétrole et en perturbant le commerce mondial. Le message est clair : le détroit n’est plus une artère libre mais un chokepoint monétisé et militarisé sous contrôle iranien.

26 mars 2026

Gabriel Nerciat

KIR ROYAL, KETCHUP ET FIN DES HARICOTS


- 26/3/2026 - D'après le New-York Times, toutes les bases militaires américaines dans le Golfe ont été détruites par les tirs balistiques iraniens, et désertées par les soldats qui les occupaient.
Les deux plus grands navires de guerre américains déployés dans le Golfe, le USS Gerald Ford et le USS Abraham Lincoln, sont en train de prendre le large et de quitter la zone. Au-delà de l'incendie inexpliqué qui a frappé le premier navire, il semblerait surtout que son système de radar ne soit plus opérationnel, l'exposant ainsi avec des risques accrus au feu ennemi. Même Trump a dû convenir qu'il avait été surpris.
Bref, tout va bien. Le combat indispensable pour la civilisation universelle des droits de l'Homme, l'émancipation des femmes iraniennes, la marche des fiertés LGBT de Téhéran et la captation des ressources pétrolières de la Perse poursuit vaillamment son rythme de croisière (enfin, si l'on peut dire).
Presque un mois après l'entrée en guerre conjointe des États-Unis et d'Israël (qui n'arrive décidément pas à percer les lignes de défense du Hezbollah au Liban, c'est embêtant, et vient de mobiliser plusieurs dizaines de milliers de réservistes pour les envoyer au front), le régime iranien est toujours là (en Irak, Saddam Hussein à la même période était déjà déchu), tient à la fois l'unité territoriale du pays et l'accès au détroit d'Ormuz, et, comme je l'avais annoncé ici dès le troisième jour du conflit, s'apprête à administrer au cœur de la puissance impériale occidentale ce qui va rester dans les mémoires du monde comme la plus importante défaite de toute l'histoire des États-Unis d'Amérique (bien plus que le Vietnam ou l'Afghanistan, au regard des enjeux impliqués), sa défaite terminale en quelque sorte.
Finalement, Trump ne nous aura pas déçus. Après lui, l'isolationnisme aux États-Unis ne sera plus une option, mais la seule voie possible. God bless America, elle va en avoir besoin.
Au milieu de la débâcle, toutefois, on nous explique lyriquement sur LCI que le D-Day va commencer sur la fameuse île de Kharg qui obsède Donald, paraît-il, depuis quarante ans, et qui m'a tout l'air de ressembler à une sorte de parfaite cuvette de Diên Biên Phû insulaire.
Ah, ça va être du beau spectacle, mes amis. On pourra dire à la jeunesse de demain qu'on l'aura vu en direct, en buvant du kir royal aussi rouge que le teint du président américain dans notre salon. Effet garanti, c'est sûr, mieux que Goethe à la bataille de Valmy.
Sinon, dernier mot à l'intention de mes contacts sionistes ou atlantistes à la cervelle un peu ramassée et à l'inculture galopante : le New-York Times n'est pas un journal islamiste, antisémite ou mélenchoniste, mais à peu près l'équivalent du Monde aux Etats-Unis.
C'est vous dire à quel point les certitudes désormais se décomposent vite.

22 mars 2026

Paul Zeppenfeld
20/3/2026

Pourquoi tant de duplicités face à l’intervention militaire en Iran ?


Analyse de l’opposition systématique à l'intervention en Iran, en fonction des opinions et des clivages politiques. Ou comment l’art de l’indignation sélective et du confort moral atteint parfois des sommets.

Depuis 47 ans et hormis la guerre des Douze Jours de juin 2025, l’Iran n’avait subi aucune attaque armée d’Etats qu’il désignait comme ses ennemis, alors qu’on peut lui imputer une centaine d’attaques terroristes à travers le monde, dont les actions meurtrières contre la France au Liban en 1983 et sur le sol français en 1985-86, mais aussi contre des intérêts américains et israéliens, que ce soit directement ou par le biais de ses proxies.
Du point de vue israélien, l’Iran constitue une menace existentielle puisqu’il n’a jamais reconnu l’Etat hébreu, qu’il nomme « entité sioniste » tout en appelant à sa destruction. Passant d’une guerre de l’ombre à une guerre ouverte, la légitimité de l'opération militaire israélienne est donc incontestable. Pour les États-Unis, la menace est moins tangible même si les mollahs appellent aussi à la destruction du « grand Satan ». Néanmoins, les Américains gardent un souvenir douloureux de la prise d’otages de leur ambassade à Téhéran (novembre 1979 à janvier 1981) et de l’attaque d’un camion suicide commanditée par l’Iran qui tue 241 militaires américains à Beyrouth en 1983. En revanche, la volonté irréfutable de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire et les preuves d’enrichissement de l’uranium représentent une menace directe pour les Américains et leurs alliés qui pourrait justifier une attaque préventive.
L’Iran des mollahs est donc un Etat terroriste qui menace ses ennemis de destruction, tout en cherchant à se doter de l’arme nucléaire. De surcroît, ce régime tyrannique écrase dans le sang toute contestation populaire. Nonobstant, en France, les réactions à l’intervention armée sont le plus souvent timorées voire réprobatrices : les uns, plutôt à gauche, usent d’une myriade de prétextes dictés par l’idéologie ; les autres adoptent une posture plus souverainiste, teintée d’esprit munichois.
A gauche, on retrouve le refus de toute ingérence lorsqu’un régime arabo-musulman est sur la sellette. Par travestissement de l’anticolonialisme, par racialisme et avant tout par électoralisme, les représentants de cette gauche Terra Nova se font aussi discrets qu’ils sont tonitruants quand un de ces régimes subit les assauts d’une démocratie occidentale ou d’Israël. L’assassinat de plus de 30.000 jeunes iraniens innocents en deux jours n’a pas provoqué chez eux le moindre bougé, comme c’était déjà le cas à chaque fois qu’une répression ou un massacre fut perpétré par un Etat musulman. Il est vrai que la théocratie iranienne est la matrice de l’idéologie islamo-gauchiste à laquelle s’est soumise à des degrés divers la gauche occidentale. Ce soutien tacite au régime iranien n’a donc rien d’étonnant pour qui se souvient qu’elle se rangea avec ferveur du côté des régimes totalitaires tout au long du XXe siècle. Aujourd’hui l’aveuglement volontaire du camp du Bien le conduit à abandonner son étendard humaniste – un de ses mantras favoris – et son attitude est révoltante devant le massacre d’une jeunesse sans défense.
Par médias interposés, cette gauche s’efforce de monter en épingle le bombardement accidentel ayant entraîné la mort de 175 jeunes filles dans une école. Pourtant on ne les entendait pas lorsque des adolescentes iraniennes étaient battues à mort pour ne pas avoir correctement couvert leurs cheveux. On voit ces derniers jours des forces de sécurité prendre place dans des cours d’école et des drones tirés à partir de zones civiles densément peuplées. Les Gardiens de la révolution cherchent-t-il à gagner à leur cause les marchands de la cause palestinienne ?
Moins honteuse et plus véhémente est l’invocation du droit international par ceux qui, dans un double jeu, revendiquent son application en sachant parfaitement qu’aucune résolution du Conseil de sécurité de l’ONU ne serait votée à cause du veto chinois et russe, tout en clamant pour faire bonne figure leur opposition au régime des ayatollahs. Il s’agit pourtant du même droit international, si éloigné des standards de la politique étrangère iranienne depuis un demi-siècle. S’arc-bouter sur ces règles de droit au profit d’un Etat qui les viole avec autant de constance relève de la duplicité chez ceux qui avaient approuvé l’intervention militaire de l’OTAN en Serbie sans demander l’avis du Conseil de sécurité ainsi que le veto à la résolution du Conseil condamnant cette intervention ! Autres temps, autres mœurs, à la fin du siècle dernier la gauche avait popularisé le droit d’ingérence, d’abord humanitaire puis militaire avec le R2P (Responsabilité de protéger) lorsque des crimes étaient commis contre une population.
Plus rares sont ceux qui, en toute mauvaise foi, prétendent que l'Iran était sur le point d'accepter un accord lors des négociations d’Oman, alors qu'il avait exclu trois des quatre points clés imposés par Donald Trump : le programme de missiles balistiques, la question des proxies et la situation des droits de l’homme. Sur le dossier nucléaire, l’Iran usait comme à son habitude de procédés dilatoires visant à simuler une ouverture diplomatique et à diviser l’opinion publique américaine.
Sur l’autre bord de l’échiquier politique, c’est d’abord le principe de souveraineté des Etats qui est appelée à la rescousse. Protégée par le droit international, cette souveraineté exclut toute intervention extérieure, sauf agression et application d’un accord de défense ou vote d’une résolution de l'ONU. Dans le cas de l’Iran, ce mécanisme est donc inopérant et revient à accorder un totem d’immunité à un régime criminel qui massacre sa population sur son propre territoire.
Ces thuriféraires du statu quo s’inquiètent le plus souvent des conséquences imprévisibles d’une opération militaire. Friands de comparaisons hasardeuses, ils citent les interventions américaines qui se sont soldées par des échecs. Le Vietnam bien sûr, mais aussi l’Afghanistan et l’Irak, où le déploiement terrestre des GI’s n’a pas permis d’instaurer la démocratie, alors que le but poursuivi était avant tout la chute de l’empire soviétique et, avec les « faucons », la captation d’intérêts économiques.
Sur leur lancée, ils affirment que toute intervention extérieure provoque le chaos voire la guerre civile, deux situations qui seraient donc pires qu’une dictature sanguinaire ? L’Irak, la Syrie et la Libye sont régulièrement montrés comme exemples de renversement de régime aux conséquences désastreuses. Mais dans quel cas le régime renversé était-il préférable au nouveau ? Pour les populations, ces nouveaux régimes paraissent moins oppressifs, mais pour les Occidentaux s’ouvre une période d’instabilité et une nouvelle relation est à construire avec des dirigeants souvent hostiles. Pour ces raisons cyniques, on surprend les non-interventionnistes à regretter Saddam Hussein et Kadhafi, à préférer Bachar El Assad à El Joulani et à ne pas souhaiter d’intervention en Iran.
On entend donc que le nouveau régime pourrait être plus répressif et encore moins coopératif avec le monde libre. Dans le cas de l’Iran, on a pourtant du mal à concevoir un régime suscitant encore plus d’effroi et de défiance à l’égard de l’Occident. En outre, il n’y aurait pas d’homme providentiel, de successeur naturel plébiscité par le peuple. Reza Pahlavi, fils du dernier chah, serait l’élu de la diaspora iranienne sans expérience politique ni soutien partisan. Il possède pourtant un atout qui devrait faire taire ses détracteurs : il souhaite simplement accompagner la transition vers la démocratie et exclut de refonder une dynastie.
Les mêmes pointent aussi le risque d’embrasement régional alors qu’on ne pratique plus d’automaticité d’application des traités de défense mutuelle. Les mollahs ont-ils envisagé de globaliser le conflit en agressant les Etats voisins alliés des Etats-Unis ou mènent-ils déjà une politique de la terre brûlée en ciblant les sites énergétiques ? Seul Israël a décidé de riposter avec fermeté aux roquettes du Hezbollah lancées depuis le Liban. Les pétromonarchies font le dos rond en souhaitant ardemment que les frappes se poursuivent jusqu’à la chute de la mollarchie.
Chez les militaires, l’argument massue répété ad nauseam pour exprimer leur scepticisme est qu’on ne peut renverser un régime sans envoyer des troupes au sol. D’évidence cela semble préférable lorsque l’appareil répressif compte plusieurs centaines de milliers de gardiens de la révolution et de supplétifs bassidjis. Mais c’est oublier l’état de désespoir et la détermination inébranlable d’un peuple exsangue. C’est aussi ne pas tenir compte de l’infiltration à grande échelle des structures de l’Etat iranien par les services spéciaux israéliens et américains, ni d’une possible défection de l’armée, dont la fidélité au régime n’est pas acquise. C’est oublier encore qu’aucune intervention terrestre n’a eu lieu en Libye, ni en RDA puis dans l’ensemble des Etats du pacte de Varsovie pour faire chuter les régimes communistes. Ces régimes étaient à bout de souffle, lâchés par leurs soutiens, illégitimes et haïs de leur population, à l’instar de la république islamique. Pour sceller leur argumentation, ces officiers devenus commentateurs médiatiques se lancent parfois dans une surestimation manifeste des capacités militaires de l'Iran, quand ils ne juxtaposent pas la carte de l’Iran sur celle de L’Europe pour nous convaincre que même avec des troupes au sol, on ne prendra pas possession d’un territoire aussi vaste, peuplé de 90 millions d’habitants.
Dans le même esprit défaitiste, ils nous répètent que Donald Trump n’a pas défini de buts de guerre, empêchant ainsi par définition l’objectif d’être atteint. Mais peut-on faire mine d’ignorer que l’objectif n’a pas besoin d’être clamé à tue-tête pour exister, qu’il s’agit selon toute vraisemblance d’un changement de régime par des hommes inféodés à la politique et aux intérêts économiques américains et garantissant la sécurité d’Israël ; et dans une hypothèse basse, d’empêcher durablement l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Pete Hegseth, secrétaire américain à la Guerre, a été assez clair : « Nos ambitions sont réalistes… Détruire les missiles offensifs iraniens, détruire la production de missiles iraniens, détruire leur marine et leurs autres infrastructures de sécurité, et ils ne posséderont jamais d’armes nucléaires. »
Enfin, l’antiaméricanisme, vieille tradition du Quai d’Orsay traversant tout le spectre politique, est aussi un puissant moteur – souvent inavouable – de l’opposition à l’intervention américaine, par aversion de l’empire américain pour tout ce qu’il représente et par crainte d’une hégémonie qui rappelle en creux la grande nation que fut la France.
En France, Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères, soutenus par des personnalités qui se démarquent par leur antiaméricanisme et leur tropisme pro-arabe, s’efforcent de prôner une « troisième voie » gaullienne, visant à faire entendre l’originalité de la position française et retrouver son rang de puissance médiatrice. Mais cette manifestation apparaît bien tardivement alors que ces acteurs sont restés silencieux face aux crimes du régime des mollahs et que la France a été le dernier pays de l’UE à lever son opposition à l’inscription des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes.
Contrairement à l’invasion de l’Irak en 2003, le chef de l’Etat n’a pas été prévenu du déclenchement des opérations par le président américain, qu’il a dénoncées car étant selon lui « en dehors du droit international », mais tout en reconnaissant la responsabilité du régime iranien. La France n’aura donc qu’une mission défensive, visant à protéger ses intérêts et ceux de ses alliés régionaux. C’est une posture qui reflète finalement assez fidèlement l’hésitation des Français, qui souhaitent à 86% la chute du régime des mollahs, mais n’approuvent l’intervention militaire qu’à 51% (sondage CSA du 4 mars 2026).

21 mars 2026

Jean Mizrahi


- 21/3/2026 - Le régime iranien a récemment tiré deux missiles en direction de la base de Diego Garcia, située à environ 4 000 km de son territoire. Cela confirme que l’Iran maîtrise désormais des capacités de frappe balistique à longue distance.
Pour mémoire, la distance à vol d’oiseau entre la France et le point le plus proche du territoire iranien est inférieure à 3 000 kilomètres. Autrement dit, une partie significative du territoire européen se trouve à portée potentielle de ce type de vecteurs.
Les Européens ne semblent pas prendre pleinement la mesure de cette réalité, ou feignent de ne pas la voir. Pourtant, réduire les capacités d’un régime qui a régulièrement recours au terrorisme international relève directement de leur intérêt stratégique, en particulier si ce régime venait à consolider ou étendre sa maîtrise des technologies nucléaires.
On observe déjà que l’Iran est en mesure d’exercer une pression sur l’approvisionnement énergétique mondial, notamment via le détroit d’Ormuz, point de passage clé pour une part importante du pétrole mondial. La combinaison de cette capacité de nuisance économique avec des moyens militaires de plus en plus sophistiqués constitue un risque majeur pour l’Europe. Ce risque est nettement plus limité pour les États-Unis, en raison de leur éloignement géographique et de leur relative autosuffisance énergétique.
La prudence, voire la frilosité, affichée par les Européens traduit ainsi une difficulté à agir en tant que puissance stratégique soucieuse de la protection de ses intérêts et de son territoire. Elle peut être interprétée comme le signe d’un affaiblissement politique.
Au-delà des considérations morales liées à la situation du peuple iranien, la question centrale demeure celle de la défense de nos intérêts. Elle se pose avec d’autant plus d’acuité que l’Europe a rompu une partie de ses approvisionnements énergétiques avec la Russie, dont elle dépendait largement pour ses hydrocarbures. La pusillanimité européenne est suicidaire.

19 mars 2026

Régis de Castelnau
17/3/2026

« OK Benjamin en route, on va leur montrer qui c’est Raoul... »

Dernière nouvelle, le sommet américano-chinois prévu de longue date est reporté. Tu m’étonnes !

Face à la capitale accélération de l’Histoire, il est quand même nécessaire de se mettre à jour. Trump invente des coalitions imaginaires pour débloquer Ormuz. Les larbins de l’empire se défilent et passent en mode volée de moineaux lorsque le Donald leur demande de venir lui donner un coup de main pour se sortir de la merde. La France met soigneusement à l’abri le vieux rafiot qui lui sert de porte-avions, en lui faisant faire demi-tour. Après que notre kéké national jamais en retard d’une stupidité puérile, ait quand même montré ses muscles photoshopés. Et lancé un grand référendum national pour savoir comment s’appellera le prochain sabot dépassé qu’il tient absolument à faire construire avec des milliards d’euros que la France n’a pas. Pendant que l’intendance lui fait savoir qu’elle n’a plus de missiles, qu’ils ont tous été donnés à Zelensky, qui les a revendus avec une marge.

En mode : « vous êtes libre de sortir, mais j’ai fermé les portes à clé et mis des barreaux aux fenêtres », Hegseth le brillant « secrétaire d’État à la guerre » étatsunien assure que le détroit d’Ormuz est ouvert, mais que ce sont les Iraniens qui empêchent les pétroliers de passer. Lesquels Iraniens viennent d’en autoriser un, direction la Chine… Ils l’ont guidé sur une route tortueuse pour éviter les mines dont ils ont farci le détroit. On ne sait pas si d’autres vont essayer le passage sans autorisation, mais nul doute qu’ils auraient des problèmes. L’économie mondiale est en train de se gripper, et le pétrodollar, aliment de toutes les bulles spéculatives américaines, semble avoir pris un coup dans l’aile. Pendant que les GAFAM installées au Moyen-Orient, lassées de prendre des missiles sur la figure, commencent à plier bagages pour installer leurs datas sous des cieux plus cléments. Les Iraniens continuent à riposter sur les cibles américaines des pétromonarchies qui, c’est sûr « vont marcher beaucoup moins bien maintenant forcément ».

Israël se fait proprement défoncer toutes les nuits. Pluie de missiles, dôme de protection en fer blanc, économie à l’arrêt, infrastructures inutilisables, population obligée de vivre sous terre, hôpitaux pleins. Mais pas d’inquiétude, grâce à une censure féroce, les institutions de la seule démocratie du Proche-Orient, et les porte-paroles de l’armée la plus morale du monde vous rassurent : « même pas mal ! ». Et ceux qui en doutent sont des antisémites. Comme ceux qui oseraient se poser des questions sur l’état de santé de Benjamin Netanyahou. Aucun témoin crédible ne l’a vu depuis 10 jours, le monde entier se demande où il est passé, mais c’est pas grave. On publie des vidéos IA pourries où on le voit s’agiter avec des doigts plein les mains, ou en train de rigoler au bistro pendant que les bombes pleuvent sur sa capitale, ou encore de taper la discute avec des minettes en week-end à la campagne. C’est pas crédible, mais en attendant et en l’absence de confirmation, les bouteilles de champagne resteront pour l’instant dans les frigos.

27 février 2026, bureau ovale Washington : « OK Benjamin en route, on va leur montrer qui c’est Raoul, à ces éleveurs de chèvres. À ma pogne je veux les voir. Sûr, on va torcher l’affaire en 48 heures. »

Sûr…

17 mars 2026

Adina de Souzy
17/3/2026

L'Iran vient de faire passer un pétrolier dans le détroit d'Ormuz

La petite musique que Washington n'a pas entendue ? La cargaison a été payée en yuans chinois. Pas en dollars.
Le "Karachi", un navire parti d'Abu Dhabi avec du brut à bord, a traversé sans encombre. Premier pétrolier non iranien à passer aujourd'hui. Direction le Pakistan.
Pourquoi c'est important ? Parce que depuis les années 70, le pétrole se négocie en dollars. C'est ça, le "pétrodollar". Un des piliers de la puissance américaine. Et là, l'Iran dit : vous voulez passer ? Payez en yuans. Sinon, vous restez bloqués.
La Chine regarde ça avec un grand sourire. Pékin pousse depuis des années pour casser l'hégémonie du billet vert. Et Téhéran vient d'ouvrir une brèche. Petite, mais réelle.
Pendant que les médias parlent missiles et frappes, l'Iran joue une autre partition. Silencieuse. Efficace. Et ceux qui croyaient la plier par la guerre oublient que la guerre, ça se gagne aussi avec du commerce, des alliances et des devises.
L'Iran a un plan. Et pour l'instant, il ne passe pas par la table des négociations.

14 mars 2026

François Asselineau
14/3/2026

Révolution géopolitique en vue ?


Selon la chaîne américaine d’information en continu CNN, l'Iran pourrait rouvrir partiellement le Détroit d'Ormuz, sous condition expresse que le pétrole y transitant soit payé en yuan chinois.
Ce serait la fin de l'hégémonie du dollar et de l'hyperpuissance américaine !
https://edition.cnn.com/.../iran-war-us-israel-trump-03...

L'ascension du pétroyuan

On commence à comprendre le plan machiavélique en 6 étapes probablement conçu par l'Iran pour abattre la puissance américaine.
Non pas par les armes, mais par le pétrole et la finance, en contribuant à remplacer les "pétrodollars" par les "pétroyuans".

• 1. L’Iran bloque le détroit d'Ormuz.
FAIT

• 2. L’offre mondiale de pétrole s’effondre et le prix du pétrole s'envole. Le baril dépasse 100$ et peut-être bientôt 200$.
FAIT

• 3. En rétorsion, les États-Unis bombardent l’Iran (et notamment l'île de Kharg où sont situés 90% des stocks de pétrole iranien) pour forcer Téhéran à rouvrir le détroit.
FAIT

• 4. L’Iran propose de rouvrir le détroit, mais UNIQUEMENT en yuans.
Cette exigence satisfait grandement Pékin et n'est pas illogique puisque la Chine est de très loin le principal acheteur de brut iranien.
En outre, elle place Washington dans un embarrassant face-à-face avec Pékin.
EN COURS

• 5. Les pétromonarchies d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Qatar, du Bahreïn et du Koweït, qui ont amèrement constaté l'inexistence de la protection militaire que devaient leur fournir les États-Unis, se résignent à commencer à facturer leurs exportations en yuans pour éviter l'asphyxie économique et financière.

• 6. Le dollar perd son monopole sur la facturation du commerce mondial des hydrocarbures.
Le système des "pétrodollars" apparu avec la crise du pétrole de 1973 disparaît, et avec lui l'un des atouts essentiels de l'hyperpuissance américaine.
Et cela au profit des "pétroyuans" qui vont consacrer la Chine comme première puissance mondiale au 2e quart du XXIe siècle.

Conclusion

La guerre en Iran, lancée de façon présomptueuse et brouillonne par Trump, est en train de hâter la dédollarisation du monde et la fin de la primauté de l'empire américain, devenue de toute façon inéluctable.
Quant à l'Union européenne, structure bureaucratique tyrannique et inefficace au service de l'empire américain en chute libre, elle est complètement marginalisée dans cette évolution planétaire et condamnée à exploser sous le poids de ses innombrables contradictions.
Gastel Etzwane

Europe : spectatrice d’un conflit qu’elle subit mais qu’elle ne comprend même plus


Les informations rapportées par Axios à propos de l’échange entre Donald Trump et les dirigeants du G7 illustrent, une fois encore, l’effacement presque complet des dirigeants européens dans le jeu stratégique mondial. Officiellement, ils « demandent » au président américain de mettre fin rapidement à la guerre contre l’Iran et de rouvrir le détroit d’Ormuz ; dans les faits, ils apparaissent surtout comme de simples spectateurs d’une décision qui leur échappe entièrement. La situation est d’autant plus révélatrice que le président français lui-même a reconnu ne pas avoir été informé à l’avance d’une attaque majeure contre l’Iran, aveu extraordinaire qui mesure l’absence d’influence des capitales européennes sur les décisions américaines.
Ce contraste est d’autant plus frappant que, quelques mois plus tôt, certains de ces mêmes dirigeants prétendaient constituer une sorte de coalition morale face aux prétentions impériales de Donald Trump au Groenland. Cette posture paraît aujourd’hui bien lointaine : l’Europe ne pèse plus guère qu’en supplétif lorsque Washington le souhaite, et demeure ignorée lorsque les décisions essentielles sont prises.
Il faut ajouter que nombre de ces responsables européens ont été formés dans les réseaux internationaux de type Young Global Leaders, ce qui explique sans doute leur difficulté manifeste à penser une politique véritablement indépendante. Leur horizon stratégique demeure largement aligné sur celui des États-Unis, au point que la notion même d’intérêt national ou d’autonomie européenne semble avoir disparu de leur vocabulaire politique. Autrement dit, ils semblent incapables de se concevoir comme des dirigeants de puissances stratégiques souveraines.
Ce manque d’indépendance apparaît particulièrement absurde au moment même où la situation énergétique et géopolitique offrirait à l’Europe une occasion historique de redéfinir ses alliances. Au lieu d’explorer une normalisation stratégique avec la Russie, qui permettrait de sécuriser à nouveau l’approvisionnement énergétique du continent et d’affirmer une autonomie vis-à-vis de Washington, les dirigeants européens continuent de s’inscrire dans une logique de dépendance politique et stratégique.
L’incohérence apparaît de manière encore plus flagrante lorsque les dirigeants européens se plaignent auprès de Washington que la guerre permette à la Russie d’écouler à nouveau une partie de son pétrole. Ils reprochent au président américain d’accorder des dérogations permettant l’achat de certaines cargaisons russes, mais restent incapables d’en tirer la moindre conclusion stratégique pour eux-mêmes. Au lieu de venir se lamenter auprès de Washington comme des enfants à qui l’on refuserait quelque chose, ils pourraient tout simplement saisir l’occasion pour reprendre eux-mêmes, sans tarder, des approvisionnements énergétiques russes vers l’Europe et affirmer ainsi une véritable indépendance. Mais non : ils demeurent enfermés dans le schéma ukrainien, pourtant largement façonné par les États-Unis eux-mêmes, dont ils semblent incapables de sortir.
Dans le même temps, le discours américain apparaît lui-même de plus en plus incohérent. Un jour, Donald Trump affirme que l’Iran est « déjà vaincu » et proche de la capitulation ; le lendemain, l’administration américaine laisse entendre que la campagne pourrait durer. Les responsables américains multiplient les déclarations contradictoires, comme s’ils évoluaient dans un scénario de film ou de jeu vidéo, tandis que la réalité militaire contredit régulièrement leurs annonces : la guerre devait durer quelques jours, elle entre déjà dans sa deuxième semaine ; les défenses iraniennes continuent d’opérer ; et la situation dans le détroit d’Ormuz reste loin d’être stabilisée.
Dans ce contexte de plus en plus explosif, l’attitude des dirigeants européens apparaît non seulement impuissante, mais profondément dérisoire. Au lieu de profiter de la confusion stratégique américaine pour affirmer une véritable indépendance politique, énergétique et diplomatique, ils se contentent d’observer les événements et de formuler des requêtes sans portée réelle. L’histoire retiendra peut-être que, face à une Amérique de plus en plus imprévisible et à un monde en recomposition rapide, l’Europe aura manqué une occasion historique de redevenir un acteur souverain. Une occasion manquée de plus, et, à ce stade, une attitude qui confine désormais au pitoyable.

11 mars 2026

Natalia Routkevitch


- 10/3/2026 - Réagissant aux menaces proférées aujourd’hui par Hegseth, qui promet à Téhéran « le jour de frappes le plus intense », l’analyste militaire brésilienne Patricia Marins livre un bref diagnostic de la situation. Je la cite ici, car il est toujours intéressant de lire Marins et, plus largement, de s’abreuver à d’autres sources d’information que le débat franco-français.

"Les États-Unis et Israël semblent ne pas comprendre la nature de la guerre qu’ils mènent.
L’Iran conduit une guerre asymétrique remarquablement efficace : il encaisse les frappes, neutralise progressivement les bases militaires environnantes, détruit des radars et maintient le contrôle du détroit d’Ormuz, tout en conservant sa capacité de lancement de missiles.
Et cela alors même qu’il a perdu relativement peu de ses forces navales, de son aviation ou de son arsenal global – ce que l’on peut vérifier assez facilement à partir des preuves visuelles disponibles.
Les États-Unis et Israël se retrouvent dans une situation particulièrement délicate, car ils sont habitués à un seul mode de guerre : la destruction massive par la puissance de feu. Ils se trouvent désormais face à un Iran solidement positionné sur le plan stratégique et qui mène la guerre selon ses propres conditions et son propre calendrier.
Quelle est la stratégie iranienne ? Miser sur la résilience face aux bombardements et conserver l’essentiel de son arsenal dans de vastes installations souterraines, que les États-Unis et Israël tentent de percer au prix de quantités considérables de munitions.
Une chose mérite d’être soulignée : jusqu’à présent, l’Iran n’a montré qu’une fraction de ses capacités militaires. Il dispose notamment de plus de vingt modèles de drones navals qui n’ont même pas encore été déployés.
Washington et ses alliés ont manifestement sous-estimé l’Iran. Dans le domaine des missiles et des drones, le pays fait aujourd’hui partie des leaders mondiaux, aux côtés de la Russie et de la Chine.
Les décisions prises à Washington ont été d’une grande imprudence. En politique, il arrive que l’on puisse agir de manière inconsidérée sans en subir immédiatement les conséquences ; dans une guerre, cela ne fonctionne pas.
Tout cela s’inscrit dans une stratégie soigneusement construite qui vise, notamment à travers les mécanismes du marché mondial, à affaiblir les États-Unis plutôt que l’Iran.
Les chiffres diffusés par le CENTCOM et largement repris dans le débat public américain relèvent pour une large part de la communication de guerre. Ils ne changent en rien la réalité du terrain et ne contribuent pas davantage à affaiblir l’Iran.
L’expérience d’autres guerres asymétriques perdues par les États-Unis montre que l’on y a employé des volumes de bombes des dizaines de fois supérieurs à ceux utilisés contre l’Iran. Comme cela a déjà été souligné, ces conflits ont été peu étudiés - et il en va de même pour la guerre en Ukraine, où près de 200 000 tonnes de missiles, de bombes et de drones ont déjà été utilisées sans atteindre un résultat tangible. Le problème ne se résume donc pas à une question de bombardements.
L’Iran semble déterminé à poursuivre la guerre, ce qui crée une difficulté majeure pour Washington. Les États-Unis doivent désormais composer avec la réaction des marchés mondiaux, la pression des pays du Golfe, les tensions politiques internes, les risques inflationnistes, ainsi qu’avec la complexité croissante de leurs relations avec la Chine et la Russie.
En définitive, ce conflit oppose deux logiques très différentes : d’un côté la puissance de feu brute, de l’autre une stratégie patiemment élaborée."

10 mars 2026

Gastel Etzwane
10/3/2026

Golfe Persique : une chute de 6,7 millions de barils par jour ébranle le marché pétrolier mondial


Quatre grands producteurs du Golfe, l’Arabie saoudite, l’Irak, les Émirats arabes unis et le Koweït, ont réduit leur production pétrolière combinée d’environ 6,7 millions de barils par jour, selon plusieurs informations relayées notamment par Bloomberg et reprises par divers médias internationaux. Cette réduction représente près d’un tiers de leur production habituelle et environ 6 % de l’offre mondiale de pétrole, alors que la production mondiale se situe ordinairement autour de 100 à 105 millions de barils par jour. Une contraction d’une telle ampleur est extrêmement rare et souligne la gravité des perturbations actuelles sur le marché énergétique.
Ces coupes ne résultent pas seulement des frappes militaires dans la région. La cause principale est la paralysie logistique liée au détroit d’Ormuz, par lequel transite normalement près d’un cinquième du pétrole mondial. Les menaces et attaques dans cette zone stratégique ont entraîné l’évitement massif de la route maritime par les pétroliers, tandis que les capacités de stockage se remplissent rapidement dans les pays producteurs. Faute de pouvoir exporter leurs volumes habituels, les producteurs sont contraints de ralentir l’extraction pour éviter l’arrêt brutal des installations.
Dans ce contexte, les autorités iraniennes affirment se préparer à un conflit prolongé, estimant que les perturbations énergétiques finiront par exercer une pression économique majeure sur leurs adversaires. Les marchés pétroliers ont déjà réagi par de fortes fluctuations, avec des prix ayant brièvement dépassé les 100 dollars le baril. Si la situation devait se prolonger, plusieurs analystes redoutent désormais un choc énergétique susceptible d’affecter durablement l’inflation, les chaînes d’approvisionnement et la croissance mondiale.

7 mars 2026

Alon Mizrahi
Journaliste israélien


« Nous assistons à un moment historique. À la surprise générale, l'Iran détruit les bases américaines de manière si systématique, à une telle échelle et avec une telle détermination que le monde n'y est pas préparé. »
En quatre jours, l'Iran est parvenu à étendre sa sphère d'influence militaire dans la région. Il a détruit les bases militaires, les biens et les équipements les plus précieux et les plus coûteux au monde.
Les bases américaines au Bahreïn, au Koweït, au Qatar et en Arabie saoudite comptent parmi les plus grandes installations militaires au monde. Leur construction a coûté des milliers de milliards de dollars sur plusieurs décennies. Autrement dit, la majeure partie des dépenses militaires engagées depuis plus de 30 ans est partie en fumée.
Nous voyons des radars valant des centaines de millions de dollars chacun être détruits en un instant. Nous voyons des bases militaires entières abandonnées, incendiées, pillées et détruites. Et je vous le dis, à ma connaissance, les États-Unis n'ont jamais subi une telle destruction de toute leur histoire, exception faite peut-être de Pearl Harbor, mais il ne s'agissait que d'une seule attaque.
Jamais, dans une guerre conventionnelle, un ennemi n'a infligé un tel traitement aux forces armées américaines que celui que l'Iran leur inflige actuellement. C'est sidérant. La situation militaire est si grave que la censure bloque la quasi-totalité des nouvelles informations concernant ce conflit. Vous l'aurez sans doute remarqué, nous recevons chaque jour de moins en moins d'informations.
Il y a trente-cinq ans, pendant la première guerre d'Irak, on nous montrait sans cesse des images du conflit. À l'époque, les bombes intelligentes et les caméras étaient une nouveauté, mais chaque soir, on nous montrait des images nocturnes. Aujourd'hui, on ne voit presque plus aucune vidéo.
Comprenez bien ceci ! L’Amérique est censée être la première puissance militaire mondiale, dotée des plus importantes capacités aériennes. Or, au quatrième jour de l’offensive américaine, censée percer les défenses iraniennes, nous ne constatons aucun signe de domination américaine dans le ciel iranien. Où sont donc les enregistrements vidéo de nos avions survolant Téhéran ou toute autre partie de l’Iran ?
Les soldats américains ne peuvent même pas rêver de poser le pied sur le sol iranien. Et pour comprendre à quel point cette guerre est désespérée, il faut savoir qu'au quatrième jour, on entend déjà les propositions et les idées les plus insensées de la part de l'administration Trump. Ils proposent d'envoyer des escortes militaires pour les pétroliers quittant le golfe Persique. Mais de quoi parle-t-on ? Vous voulez envoyer des navires américains dans la zone de destruction de milliers de missiles iraniens ?
Désormais, plus personne ne peut franchir le détroit d'Ormuz.
Les Iraniens se préparent à cela depuis des décennies. Ils brandissent l'idée d'armer des milices kurdes pour envahir l'Iran. Mais de quoi parlez-vous ? Avez-vous déjà vu une carte de l'Iran ? Il semblerait que l'administration Trump n'en ait jamais vu une ! Vous rendez-vous compte de son immensité ? Qu'est-ce que cela signifie d'envahir l'Iran ? Croyez-vous qu'une milice de 10 000 hommes pourrait envahir l'Iran ? Ou même 50 000 ? Ou 100 000 ? L'Iran les engloutira.
Les États-Unis et Israël ont déjà perdu cette guerre. Ils peuvent tuer des millions de civils chez eux. Ils possèdent des bombes puissantes et peuvent détruire des bâtiments, mais ils ne gagneront pas cette guerre. L'infrastructure militaire et l'armement iraniens sont profondément enfouis sous terre dans tout le pays. Ni les Américains, ni surtout les Israéliens n'ont la moindre chance d'y accéder. Ils sont dans une situation désespérée.
Ils ont entrepris quelque chose qu'ils n'ont aucune chance de terminer. Quand tout cela sera fini, les États-Unis ne retourneront jamais au Moyen-Orient. Il n'y aura plus aucune présence américaine au Moyen-Orient. Je vous l'affirme avec certitude.

5 mars 2026

Régis de Castelnau
3/3/2026

Agression israélo-américaine : il ne sera pas possible de remettre le dentifrice dans le tube


Avantages de mon actuel décalage horaire qui me voit en avance de six heures sur celle de Paris. Je récupère donc à mon réveil les informations sur la guerre du Moyen-Orient et l’ouverture des réseaux sociaux m’envoie à la figure la stupidité du système français avec quand même ses évolutions et ses inflexions.

Concernant les affrontements, il est difficile d’échapper à deux constats : tout d’abord la violence de la réaction iranienne et les dégâts qu’elle occasionne tant sur le terrain que dans les têtes des dirigeants occidentaux. Grâce à une censure féroce, Israël arrive, comme en juin de l’année dernière, à masquer les dégâts occasionnés par les bombardements iraniens. Même si quelques vidéos passent au travers et démontrent que le tant vanté dôme de fer censé protéger Israël ne sert pas à grand-chose. En attendant, ainsi que le reconnaissent les témoins sur place, une partie significative de la population israélienne urbaine est enfermée sous terre. On saura plus tard les conséquences sur les infrastructures vitales au fonctionnement d’un État développé tel que l’est l’État hébreu. Qui avec les horreurs qu’il a fait subir à Gaza, et l’apartheid meurtrier qu’il inflige à la Cisjordanie avait déjà révélé sans fard sa terrible vérité politique. Mais va se dévoiler maintenant sa vulnérabilité stratégique, et par conséquent matérielle. Qui combinée avec le début d’exaspération d’une partie de la population américaine pour le soutien inconditionnel dont il bénéficie jusqu’à présent, va poser assez concrètement une question pourtant impensable en Occident depuis 80 ans, celle de la pérennité du projet sioniste.

Du côté des monarchies pétrolières, mises devant le fait accompli par les cinglés de Tel-Aviv et leur domestique américain, le chaos s’étend. Bases militaires, ambassades, et bases de la CIA attaquées, évacuées, voire détruites, navires bombardés et pour certains hors de combat, premiers cercueils recouverts de drapeaux américains qui rentrent, avions abattus, installations des supplétifs britanniques bombardées, détroit d’Ormuz fermé, augmentation du pétrole, diminution rapide et dramatique des munitions de défense aérienne américaines et israéliennes, populations chiites des pays arabes commençant à bouger, du point de vue des malades mentaux qui ont lancé cette opération, la situation semble vraiment leur échapper. Se déroulent pourtant tous les événements que les gens normaux avaient prévus. Que dire des premières réactions à cette agression qui constitue qu’on le veuille ou non, un « crime contre la paix » au regard du statut de Nuremberg ? Agression déclenchée (pour la deuxième fois) au moment même où les négociateurs américains et iraniens étaient en train de parvenir à un accord. Mesure-t-on le caractère ahurissant de cette duplicité criminelle du « camp du bien » ? Et aujourd’hui Marco Rubio secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique vient nous dire que ce sont les Israéliens qui les ont mis devant le fait accompli et qu’ils ont bien été obligés d’y aller ! Non mais pardon ? C’est donc le criminel Netanyahou et la bande de fanatiques qui l’entourent qui dirigent les USA ? Écoutons ce qu’en dit Douglas McGregor qui sait de quoi il parle. Ses prévisions ne sont pas brillantes.

Les premières réactions des élites occidentales à cette folie, ont été un nouveau révélateur de leur incompréhension radicale du monde tel qu’il est aujourd’hui. Comme les dirigeants européens, invoquant le droit international pour condamner les ripostes de l’État agressé sans dire un mot de l’agression elle-même ! Mais qui sont ces gens ?

On ne multipliera pas les exemples, en se contentant de cet extrait d’interview du ministre iranien des affaires étrangères par une grande chaîne US lui demandant comment son pays osait bombarder les bases militaires américaines. Les pauvres Français à qui l’on inflige un abruti halluciné comme ministre des affaires étrangères seront peut-être un peu envieux face à la qualité et à la maîtrise du ministre iranien (mais alors vous ne condamnez pas les mollahs ! Vous ne condamnez pas les mollahs ! Comme vous ne condamnez pas le Hamas !). Mais cette séquence raconte tout de l’incroyable force du sentiment de supériorité occidentale dans les têtes. « Nous vous bombardons, nous tuons vos écolières, nous assassinons votre chef religieux et vous osez riposter ? ». Mais en fait nous ne sommes pas très loin d’Emmanuel Macron devant le chaos créé par l’agression qu’il approuve, et disant tout d’un coup : « ah oui mais non, il y a une escalade, il faut qu’elle s’arrête ». Et que dire de la tête douloureusement surprise de Starmer apprenant le bombardement d’une base britannique utilisée par les Américains à Chypre.

Et pendant ce temps, le système médiatique français poursuit ses psalmodies ineptes et continue à jacasser sur la prochaine chute du « régime des mollahs ». Avec son lot de journalistes ignares et serviles à la manœuvre accompagnés de leur faux experts sortis de nulle part. Ceux-là il faudra attendre encore quelques temps avant qu’ils aient pris la mesure du bazar et de l’urgence qu’il y a pour les Occidentaux d’en sortir.

La présidence de Donald Trump est morte. Le reste de son mandat va être un long calvaire, à base de procédures d’impeachment que les démocrates ne lui épargneront sûrement pas, avant les procédures pénales qui arriveront après son départ de la Maison-Blanche. Si le New York Times s’inquiète du chaos, il veille soigneusement à pointer la responsabilité du Donald.

Et pendant ce temps, dans la coulisse, Chinois et Russes (surtout chinois, répartition des rôles oblige) poursuivent leur soutien intéressé et discret aux Iraniens. Sachant que pour les uns comme pour les autres ce pays est un des maillons essentiels du « Grand jeu » géostratégique qui s’est accéléré depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Dans l’accouchement du Nouveau Monde, les deux partenaires font preuve de prudence. Y compris quoi qu’on en pense ou en dise en ce qui concerne la Russie dans la conduite militaire de la guerre en Ukraine. Le chaos provoqué par la folie israélo-américaine peut avoir des conséquences financières et énergétiques considérables sur le plan mondial, que Chine et Russie veulent maîtriser. Par conséquent il ne devra pas durer. Le moment venu, les deux mastodontes joueront leur rôle pour trouver une solution et sortir de cette crise.

Mais de toute façon, cette sortie aura un coût considérable pour l’Occident en général et pour l’Hégémon en particulier. Celui d’une nouvelle défaite, mais directement humiliante cette fois, parce qu’accompagnée de l’évidence de son déclassement économique et militaire et par conséquent politique à l’échelle mondiale.

Autre évidence terriblement douloureuse pour cet Occident, celle de l’impasse dans laquelle est désormais enfermé le projet sioniste et dont il ne pourra pas, faute de marche arrière, se sortir.

En attendant…