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16 juillet 2026

Gastel Etzwane
16/7/2025

Dialogue entre le Sieur de la Cour et Monseigneur le Prince

- Le Conseiller (d’un air ingénu, presque inquiet) : Monseigneur, permettez à votre très humble serviteur une pensée qui me trouble. Vous n’avez pas peur qu’à force de placer vos fidèles vassaux aux postes les plus importants du royaume, le peuple finisse par éventer la supercherie ? Vous parlez sans cesse de démocratie, de volonté populaire, et pourtant le système semble si bien verrouillé que l’on jurerait une forteresse. Et ces prébendes, ces sinécures accordées à ceux qui vous sont dévoués… cela commence à se voir, ne croyez-vous pas ?

- Monseigneur (sourire fin, en caressant distraitement le bras de son fauteuil) : Rassurez-vous, mon bon ami, j’y ai songé bien avant vous. D’abord, nous ne sommes plus au siècle de Voltaire. Le Français d’aujourd’hui est devenu mou, vieillissant, engraissé de mauvaise nourriture et surtout l’esprit occupé. Il craint la guerre, mon cher. La guerre !

- Le Conseiller (feignant la surprise) : La guerre, Monseigneur ? Mais nous ne sommes point en guerre, et objectivement aucune menace sérieuse ne pèse sur le royaume…

- Monseigneur (avec un petit rire sec) : Imbécile ! Auriez-vous déjà oublié tout le soin que j’ai mis à faire croire aux Français que le Russe est un ogre prêt à déferler demain sur Paris ? Que l’Ukraine est notre Terre Sainte, que son président est un saint martyr à qui il faut donner sans compter notre or, nos armes et notre sang ? C’est une fable magnifique, et elle marche encore.

- Le Conseiller : Vous pensez vraiment qu’ils y croient toujours ? Ne commencent-ils pas à s’irriter de voir leur argent partir par bateaux entiers pendant que nos routes sont des fondrières, que les trains s’arrêtent quand il fait trop chaud, et que nos hôpitaux… Dieu m’en garde d’y mettre jamais le pied !

- Monseigneur : Je sais, nous avons nos cliniques particulières, loin de cette populace. Mais ce n’est point le sujet. Grâce à mes amis, ces généreux milliardaires qui tiennent les grandes chaînes, j’ai fait entrer dans les têtes que la menace était à nos portes et qu’il fallait consentir à « l’effort de guerre ». Cela les occupe merveilleusement. Qui donc remarque alors que j’ai placé mes amis dans toutes les institutions du royaume ? Presque personne. Et ceux qui s’en aperçoivent… eh bien, ils ne comptent guère.

- Le Conseiller (baissant la voix) : Pourtant, Monseigneur, quelques voix s’élèvent…

- Monseigneur (haussant les épaules avec dédain) : Vous êtes bien naïf. Quelques voix ? Elles ne sont écoutées de personne et n’ont aucune importance. Ce qui compte, ce sont TF1, BFM, LCI, Radio France et toute la clique. Ceux-là sont dans ma poche, ils chantent la chanson que je leur donne. Le peuple entend ce que je veux qu’il entende.

- Le Conseiller (après un silence, avec un sourire entendu) : Vous avez décidément tout prévu, Monseigneur.

- Monseigneur (se levant, le regard froid) : C’est le métier, mon ami. Gouverner n’est plus qu’une affaire de théâtre : donner au peuple l’illusion de la liberté pendant qu’on lui serre la bride. Et tant qu’il tremble devant l’ogre russe et applaudit le saint ukrainien, il ne verra pas les chaînes dorées que nous lui avons passées. Allez, laissez-moi : l’heure de la prochaine allocution approche, et il faut encore leur parler de démocratie.