Translate

Affichage des articles dont le libellé est • Dalmayer Paulina. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est • Dalmayer Paulina. Afficher tous les articles

24 juillet 2026

BAGATELLE POUR UN MASSACRE

Paulina Dalmayer
24/7/2026

Dans quelques semaines commencera le rabattage médiatique, incitant les Français à participer au Grand Concours de Beauté 2027 lors duquel tout citoyen majeur aura le droit de choisir entre le pire et le pire dans le but de maintenir, voire d’aggraver le désastre général. Il y aura des drapeaux, des micros, des fanfares et des miracles à tire larigot en perspective.
En attendant ce spectacle, il faut nous contenter, chers amis, de petites apocalypses quotidiennes, telle la loi de ravage agricole : grâce aux députés patriotes nous allons bénéficier de nouveaux cancers soignés gratuitement par la Sécurité sociale (en cas d’échec, les enterrements restent à notre charge). Surtout, n’oubliez pas de croquer deux pommes à l’acétamipride par jour et, de temps en temps, de déguster une petite salade de betteraves au flupyradifurone !
La ministre de l’agrocombine assure que la science approuve cette expérimentation. Pourquoi diable a-t-on alors financé avec les deniers publics les recherches de l’INRAE sur des systèmes de culture sans produits phytosanitaires, lesquelles ont de surcroît prouvé au bout de dix ans que ces systèmes peuvent fonctionner et être rentables ? Enfin, quand on pose trop de question, on risque de se retrouver avec les tracteurs sur les Champs-Élysées.
Nous ne serons certes pas les seuls à profiter de toutes les améliorations de la nouvelle loi, car elle promet de détruire en première ligne la vie de millions d’animaux de rente, et vous comprenez que j’utilise ici le mot « vie » par paresse. L’élevage intensif s’impose en grand gagnant de notre urgent besoin de ravager : facilités pour la construction de plus de 2000 méga poulaillers, allégement des contraintes administratives lors des travaux de construction ou de modernisation des bâtiments… D’ores et déjà la ministre de l’agrodésastre a calculé en tonnes, les animaux morts étouffés dans les usines à viande pendant la première canicule, même pas en têtes, ce qui aurait suggéré qu’il ne s’agit pas de choses mais d’êtres sensibles, selon la formule consacrée. Plus de neuf mille tonnes donc de ces choses bourrées de protéines ont été enfouies dans des fosses en Vendée.
Là, il me semble, commence la responsabilité individuelle de chacun d’entre nous pour le monde, celui d’aujourd’hui et celui de demain. Loi ou pas loi, tel ou tel autre gouvernement, qu’importe. Avant de contribuer avec votre fric à la pérennité de ce système dément, pensez à la petite phrase de Marguerite Yourcenar : « Tout comme Zénon, il me déplaît de digérer des agonies. »
Et vous, vous les digérez bien, les agonies ?
Photo : Louise Jorgensen, Les derniers jours d’une vache laitière en route vers l’abattoir, 2024