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28 novembre 2025

Gastel Etzwane

-28/11/2025- L’illusion belliciste : ceux qui prétendent que la Russie veut conquérir l’Europe ignorent que la Russie n’a plus aucun intérêt en Europe, tandis que l’Europe aurait, elle, bien besoin de la Russie
Les discours les plus véhéments en Europe occidentale prétendent que la Russie nourrirait un projet de conquête du continent. Cette affirmation, répétée mécaniquement, ne repose sur aucun fondement sérieux.
La Russie n’a aujourd’hui plus aucun intérêt stratégique, économique ou politique à se tourner vers l’Europe. Depuis 2022, elle a réorienté l’essentiel de ses exportations énergétiques vers l’Asie, consolidé ses débouchés commerciaux, restructuré ses chaînes d’approvisionnement et développé de nouveaux partenariats industriels.
Elle substitue progressivement à l’Europe des marchés plus vastes et plus dynamiques, sans que cela n’ait provoqué l’effondrement tant annoncé. Autrement dit, elle ne dépend plus de l’Europe, et n’a aucun motif rationnel de chercher à la dominer ou à l’occuper.
À cela s’ajoute une réalité stratégique élémentaire que les discours bellicistes feignent d’ignorer : l’Europe ne présente aucun attrait territorial, aucune ressource déterminante ni aucune position militaire susceptible de justifier, pour la Russie, une guerre continentale. Moscou est déjà confrontée à des défis considérables :
• un vieillissement démographique rapide,
• un besoin croissant de main-d’œuvre,
• un immense territoire sous-peuplé qu’il faut maintenir, développer et défendre,
• un coût militaire déjà élevé du fait du conflit ukrainien.
Dans ces conditions, imaginer que la Russie souhaiterait absorber 450 millions d’Européens hostiles, gérer des infrastructures gigantesques et assumer le prix politique, économique et sécuritaire d’une occupation est une pure absurdité. Cela ne correspond ni aux capacités russes, ni à ses besoins, ni à la logique même de son appareil d’État.
À l’inverse, c’est l’Europe qui s’est amputée de ce dont elle bénéficiait : une énergie abondante et bon marché qui soutenait son industrie ; des métaux stratégiques indispensables à l’aéronautique, au numérique et à l’automobile ; des engrais vitaux pour son agriculture ; et un marché russe de 145 millions d’habitants qui constituait un débouché majeur, notamment pour l’industrie allemande.
Tous ces éléments existent ailleurs, certes, mais toujours à un coût supérieur, avec une dépendance accrue envers des partenaires plus lointains, plus instables et généralement moins fiables.
L’Europe perd bien davantage dans la rupture que la Russie, car elle se prive des fondements mêmes de sa compétitivité industrielle.
Ce paradoxe est renforcé par le fait que la stabilité du continent reposait, en partie, sur un équilibre oriental auquel la Russie contribuait.
En rompant ce lien, l’Europe a remplacé une relation commerciale et stratégique prévisible par une situation de tension permanente, de dépenses militaires démesurées et d’instabilité durable.
En définitive, ceux qui affirment que la Russie rêve d’envahir l’Europe projetent leurs peurs, non la réalité. La vérité, elle, est plus simple : la Russie n’a plus besoin de l’Europe, mais l’Europe, elle, aurait bien besoin de la Russie.