Gastel Etzwane
30/1/2026
Il y a des arguments qui reviennent quand le débat se fatigue.
La « folie » en est un.
Depuis quelques semaines, on entend de nouveau, exactement comme en 2016, que Donald Trump n’aurait plus toute sa tête, et qu’il serait donc inapte à exercer la fonction de président des États-Unis. L’air est connu, la musique aussi. Elle avait déjà beaucoup tourné lors de son premier mandat.
À l’époque, une chose avait frappé : la facilité avec laquelle certains psychiatres s’étaient prêtés à l’exercice. Diagnostiquer un homme qu’ils n’avaient jamais rencontré, sans examen clinique, sans entretien, sans la moindre prudence professionnelle. Peu importait la déontologie, l’essentiel était ailleurs : le passage télévisé, la citation dans la presse, ce bref moment de lumière. Un quart d’heure de gloire, parfois assorti d’avantages plus durables.
Ces prises de parole n’avaient rien de médical. Elles relevaient du militantisme pur, maquillé en science. Le verdict précédait l’analyse, et l’analyse se contentait de justifier le verdict. Trump devait être fou. Il l’était donc. Le reste n’avait aucune importance.
Nous sommes en 2026, et le mécanisme se remet en marche, parfaitement huilé.
Il faut dire que l’argument est confortable. Déclarer un adversaire fou dispense de l’écouter. Cela évite de discuter de ses choix, de ses décisions, de leur cohérence ou de leurs effets. La pathologie remplace l’argumentation, l’anathème tient lieu de pensée.
On peut pourtant critiquer Donald Trump de mille façons : son imprévisibilité, ses revirements, son rapport brutal au pouvoir, son goût du rapport de force. Tout cela relève du débat politique. Mais affirmer qu’il serait mentalement inapte est non seulement infondé, mais intellectuellement paresseux.
Et surtout, cette accusation sonne étrangement creux à la lumière de ce que nous avons collectivement accepté quelques années plus tôt.
Pendant quatre ans, les États-Unis ont été dirigés par Joe Biden, dont les signes d’affaiblissement cognitif étaient visibles dès la campagne présidentielle. Confusions récurrentes, propos décousus, gestes adressés à des interlocuteurs inexistants, incapacité manifeste à soutenir un discours continu. Ces scènes se sont multipliées, au point de devenir un matériau quasi quotidien de plaisanterie, partout sauf dans le discours officiel.
Car il était alors strictement interdit d’en tirer la moindre conclusion politique. Toute interrogation sur la capacité réelle du président à exercer ses fonctions était immédiatement disqualifiée, ridiculisée, assimilée à une attaque indigne.
En France, François Hollande alla jusqu’à expliquer que Joe Biden était en pleine possession de ses moyens, et même l’un des plus grands présidents américains de tous les temps, une déclaration qui en disait beaucoup plus sur François Hollande que sur Joe Biden.
Pendant quatre ans, un mensonge médiatique s’est installé, protégé, entretenu, sanctuarisé. Il n’est devenu impossible à soutenir qu’au premier grand débat face à Donald Trump, lorsque la réalité, brutale et visible, s’est imposée à l’écran. À mes yeux, cela restera comme l’un des plus grands scandales médiatiques de l’après-2020.
C’est pourquoi entendre aujourd’hui les mêmes voix expliquer que Trump serait fou relève moins de l’analyse que de l’amnésie volontaire. Vous avez exigé que l’on ferme les yeux hier. Vous avez nié l’évidence quand elle était pourtant flagrante. Et vous voudriez aujourd’hui que l’on vous prenne au sérieux ?
Critiquez Donald Trump. Combattez sa politique. Analysez ses décisions.
Mais épargnez-nous cette rhétorique commode.
À force de tordre le réel pour qu’il épouse le récit, on finit par ne plus convaincre personne. Et cette perte de crédibilité, elle, ne se diagnostique pas à distance : elle se constate.