27/4/2026
USA – TENTATIVE D’ASSASSINAT, FRACTURE MORALE ET SÉCESSSION
Avant-hier soir, pour la troisième fois, un individu a tenté d’assassiner Donald Trump. Cela s’est produit lors du diner annuel des correspondants de presse accrédités.
Les réactions sont diverses et désordonnées. D’un côté, on condamne cette violence politique, de l’autre on évoque à demi-mots un simulacre. Parfois même on entend que c’est la personnalité du président qui provoque de tels actes. Tiens donc.
Ce pays est tristement coupé en deux. Un fossé immense s'est creusé entre les démocrates et les républicains au point qu'il est devenu presque impossible de les mettre autour d'une même table. Tous les grands sujets les opposent de façon quasi binaire.
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi ce dialogue est devenu presque impossible aujourd'hui.
Les Américains vivent de plus en plus dans des "bulles". Les démocrates se concentrent dans les centres urbains et les républicains dans les zones rurales et périurbaines. Il est rare d'avoir un voisin, un collègue ou un ami proche qui pense différemment. La proximité et le sentiment d’appartenance à un groupe renforce les opinions. Il réduit dans le même temps notre capacité d’empathie.
- La mort de l'information partagée
Il y a quelques décennies, les Américains regardaient les mêmes journaux télévisés le soir. Ils partageaient ainsi un même socle d’information. Aujourd'hui, avec les réseaux sociaux et les chaînes d'opinion (Fox News, MSNBC…), les deux camps ne vivent plus dans la même réalité factuelle. Ce qui est une "vérité" pour l'un est une "fake news" pour l'autre.
- La politique comme identité
S'opposer sur l'économie ou la fiscalité est gérable par le compromis. Mais aujourd'hui, les sujets sont devenus identitaires : religion, genre, avortement, port d'armes, immigration... Ce sont des points sur lesquels il est moralement difficile de négocier, car ils touchent à l'essence même de ce que chaque camp considère comme le "bien" ou le "mal".
- Le système des primaires favorise les extrêmes
Il pousse les candidats à séduire la base la plus radicale de leur parti pour être élus. Un républicain qui cherche le compromis risque de se faire doubler par un candidat plus conservateur, et inversement chez les démocrates. Cela vide le centre politique de ses représentants.
Nous vivons ainsi la formation d'une immense fracture morale qui pourrait à terme déboucher sur un séparatisme engendrant des États de plus en plus rouges d'une part et de plus en plus bleus d'autre part. On évoque fréquemment le "National Divorce" et je ne vois malheureusement pas d'autre issue qu'une sécession à l'échelle du pays.
D’ailleurs, elle a déjà commencé.
Des États comme la Floride ou le Texas (rouges) et la Californie ou New York (bleus) adoptent des lois si diamétralement opposées sur l'éducation, les armes, l'avortement, le genre et même la monnaie (crypto vs monnaie numérique d'État) que le pays ressemble de plus en plus à une confédération de nations distinctes.
Quelle solution ?
Je n’en vois pas d’autre que celle consistant à renforcer le pouvoir de chaque État et donc un affaiblissement progressif de Washington, cœur de l’autorité fédérale.
C’est en redonnant leur souveraineté aux États qu’on permettra aux citoyens de voter avec leurs pieds en s'installant là où les lois correspondent le mieux à leurs valeurs morales et sociales. C’est d’ailleurs précisément dans cet esprit que les pères fondateurs ont donné naissance au premier gouvernement fédéral en 1789 sous la présidence de… George Washington.
