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2 août 2026

Jean Mizrahi
2/8/2026

France : la mort par étouffement


Je précise d'entrée de jeu que je suis, à bientôt 68 ans, à quelques mois de prendre ma retraite, du moins sur le plan de mes droits. Donc je ne défends que l'intérêt général dans ce post.
81 % des Français, et même 77 % des actifs, estiment qu’il serait injuste de demander davantage d’efforts aux retraités qu’aux actifs pour réduire le déficit public. Ce résultat est stupéfiant. Non parce qu’il faudrait désigner les retraités comme responsables de tous nos malheurs, mais parce qu’il révèle que les Français ne comprennent pas le fonctionnement du système qu’ils financent.
La retraite par répartition n’a rien d’absurde en elle-même. Elle repose sur une règle simple : les cotisations versées aujourd’hui par les actifs financent les pensions versées aujourd’hui aux retraités. Elle ne peut donc fonctionner durablement que si l’on maintient un équilibre raisonnable entre le nombre de cotisants, le montant des cotisations, la durée du travail et les pensions distribuées.
Or cela fait plusieurs décennies que nous refusons de regarder cet équilibre en face. Comme toujours en France, lorsqu’une équation ne fonctionne plus, on ne la résout pas : on la camoufle. On invente des impôts affectés, des taxes nouvelles, des transferts entre caisses, des subventions de l’État et des tuyauteries budgétaires que plus personne ne comprend. Les déficits sont ainsi déplacés, masqués, puis finalement ajoutés à la dette publique.
Dans le même temps, les cotisations ont progressivement dévoré les salaires. Entre ce que coûte réellement un salarié à son employeur et ce qu’il reçoit sur son compte bancaire, l’écart est devenu vertigineux. Et le salaire net restant est encore soumis à l’impôt sur le revenu, à la TVA et à une multitude de taxes.
Tous les responsables politiques promettent pourtant « d’augmenter le pouvoir d’achat ». C'est une grande blague. Comment augmenter durablement le pouvoir d’achat lorsque les prélèvements destinés aux retraites, à la protection sociale et à la santé (principalement celle des seniors...) absorbent une part toujours plus importante de la richesse produite ? Ils promettent de rendre d’une main ce que le système prélève de l’autre.
Les premières victimes de cette mécanique sont les actifs, et particulièrement les jeunes. Ils travaillent, cotisent énormément, se logent de plus en plus difficilement et découvrent que même avec un emploi stable, fonder une famille devient une opération financière presque impossible.
C’est là le premier paradoxe : en prétendant protéger indéfiniment les générations déjà retraitées, notre société étouffe celles qui devraient assurer son avenir. Elle affaiblit la natalité, réduit le nombre des futurs cotisants et aggrave encore le déséquilibre qu’elle refuse aujourd’hui de corriger. Le problème que nous préparons fera bientôt paraître dérisoire celui que nous connaissons.
Le second paradoxe est plus saisissant encore : les actifs eux-mêmes refusent majoritairement que l’effort soit rééquilibré en leur faveur. Alors que leur niveau de vie relatif se dégrade, ils continuent de considérer comme moralement illégitime toute remise en cause du volume des transferts dont ils supportent pourtant l’essentiel du poids.
Ce n’est pas seulement une manifestation d’inculture économique. C’est surtout la conséquence de décennies de lâcheté politique. Aucun responsable n’a voulu expliquer clairement qu’un système par répartition ne distribue pas de l’argent magique, que les droits accordés doivent correspondre aux ressources disponibles et qu’une solidarité qui sacrifie durablement une génération au profit d’une autre cesse d’être juste.
Il ne s’agit pas d’opposer les jeunes aux retraités. Il s’agit précisément d’éviter que cette opposition devienne inévitable. Une société qui protège son passé en étouffant son avenir finit par perdre les deux.