H16
22/7/2026
Et voilà, la troisième saison de votre série préférée vient de débuter : youpi, le leasing social pour les voitures électriques est relancé ! Grâce à lui, l’État loue généreusement aux Français modestes, et avec leur argent, les voitures électriques qu’il leur a préalablement rendues inachetables. Et comme tout bon dealer, la première dose est à 94 euros par mois.
Depuis le 16 juillet dernier, 50 000 ménages peuvent ainsi réserver leur citadine électrique subventionnée, moyennant avis d’imposition, prise de sang attestation de l’employeur certifiant les kilomètres parcourus et carnet de famille dossier bancaire complet, parce que la liberté de se déplacer en 2026 se mérite à coups de documents administratifs. Au passage, signalons que l’enveloppe de 401 millions d’euros ne figure ni dans le budget de l’État, ni dans le déficit, ni dans la dette : elle est financée par les certificats d’économie d’énergie, c’est-à-dire par les fournisseurs d’énergie, c’est-à-dire par votre facture d’électricité. Eh oui, c’est de toute façon vous qui payez, mais heureusement, la dette n’augmente pas et le Parlement n’a pas eu à voter. Malin.
On notera que la saison précédente s’était achevée en eau de boudin : après trois semaines d’euphorie, la demande s’était essoufflée au point qu’il restait encore plusieurs centaines de dossiers sur les bras de l’État en janvier, enveloppe non consommée à l’appui. Le ministère avait aussitôt salué un « succès attendu ». Quand même les pauvres boudent la voiture électrique subventionnée, c’est en effet un succès attendu.
Mais au fait, pourquoi faut-il désormais louer des voitures aux Français ? Parce qu’on leur a soigneusement retiré les moyens d’en acheter.
Eh oui : depuis le 1er janvier, le malus écologique se déclenche dès 108 g/km de CO2 et culmine à 80 000 euros, malus au poids en sus dès 1500 kg. Grâce à ce tabassage taxatoire de moins en moins subtil, 72 % des voitures neuves vendues en France sont taxées, y compris la Renault Clio, citadine populaire par excellence, pincée à 114 g/km. La France s’offre au passage l’une des fiscalités automobiles les plus lourdes des 27 européens, et le seuil descendra à 103 g/km en 2027, embarquant avec lui plus de 80 % du marché.
À ce rythme, le malus ne sera bientôt plus une taxe sur les grosses cylindrées mais un droit d’entrée sur la notion même de voiture.
Rassurez-vous, l’État fait semblant de compenser : l’indemnité carburant de 100 euros pour les « grands rouleurs » modestes, lancée fin mai après la flambée des prix, vient de se faire épingler par un rapport parlementaire : 24 % de taux de recours seulement selon le rapporteur, environ 40 % selon le gouvernement, qui trouve donc glorieux que six éligibles sur dix soient passés à côté. La porte-parole « assume » qu’il faille une démarche volontaire, formulaire en ligne et date butoir au 30 juillet compris.
Sans être naïf, on comprend que le non-recours n’est pas un raté mais le vrai modèle économique.
Et pendant que votre argent circule ainsi en circuit fermé, votre habitacle, lui, se transforme gentiment en cellule roulante.
Depuis le 7 juillet, le règlement européen GSR2 impose sur toute voiture neuve une caméra braquée sur le conducteur, chargée d’analyser votre regard, la position de votre tête et le clignement de vos paupières, avec bip réglementaire au bout de six secondes d’inattention. Le système se réactive à chaque démarrage (impossible de le débrancher durablement) et il rejoint la boîte noire déjà obligatoire depuis 2024. L’infrastructure de surveillance est posée ; les usages (assureurs, forces de l’ordre, tarification au comportement) ne demandent plus qu’un décret et un peu de patience.
Quant aux ZFE, que le Parlement avait eu l’outrecuidance de supprimer au printemps, le Conseil constitutionnel les a ressuscitées d’un trait de plume en mai, cavalier législatif oblige. La représentation nationale vote, les Sages effacent, et vous voilà de nouveau priés de vérifier sur une carte si vous avez le droit d’entrer dans votre propre ville.
Ce petit théâtre aurait au moins pu sauver l’industrie qu’il prétend verdir.
Bon, là encore, c’est raté.
Volkswagen envisage désormais jusqu’à 100 000 suppressions de postes et la fermeture de quatre usines allemandes, Audi Bruxelles a déjà mis la clé sous la porte, et les équipementiers européens ont annoncé 104 000 suppressions d’emplois en deux ans. Le marché français, lui, reste 26,5 % sous son niveau de 2019, le diesel agonise à 2,6 % de part de marché, et les constructeurs chinois ramassent tranquillement la mise sur l’électrique que Bruxelles a rendu obligatoire.
Et le pompon est l’observation impossible à éviter, celle d’une véritable « cubanisation » du parc automobile : à force de taxer le neuf, on a asséché l’occasion, qui signe son pire semestre hors Covid, faute de voitures à vendre. Eh oui : les Français, coincés entre un thermique promis à la décote réglementaire et un électrique inabordable, gardent donc leurs vieilles autos plus longtemps, plus « polluantes », plus « dangereuses ».
Le bilan concret de plus de quinze ans d’écologie punitive délirante, c’est l’apparition de La Havane-sur-Seine, avec des Clio de 2012 en guise de Chevrolet de 1957.
Encore une fois, les gesticulations de l’État ont abouti à l’exact opposé du but recherché, et les imbéciles aux manettes ne se contentent pas de s’en satisfaire : dans leur ignorance crasse, ils s’en félicitent bruyamment, communiqués triomphants à l’appui. Il faut dire qu’ils ont accompli quelque chose de rare : dépenser des milliards, empiler des barèmes, des caméras et des zones interdites pour obtenir un résultat pire que s’ils n’avaient strictement rien fait. Nos hommes d’État ne sont plus inutiles. Ils sont à valeur ajoutée strictement négative.
Et certains naïfs continueront de croire que ce n’est pas exactement l’effet recherché…



