4/2/2026
Les événements de l’année écoulée, y compris les tout derniers développements, provoquent la destruction accélérée de deux illusions qui structuraient l’ordre mondial.
La disparition de ces illusions aura des conséquences majeures pour la réorganisation du monde, dont les contours restent encore flous.
La première illusion est celle selon laquelle le monde serait composé d’États souverains, égaux sur la scène internationale, disposant de la même voix, ayant droit à l’autodétermination et dont les relations seraient régies par le droit international. Élaborée au début du XXᵉ siècle et « gravée dans le marbre » après 1945, cette vision, constamment remise en cause par les faits, constituait néanmoins une base conceptuelle que beaucoup considéraient – et considèrent encore – comme une réalité intangible.
Or, la puissance principale qui a contribué à édifier cette vision, et qui s’en est largement servie, provoque aujourd’hui sa désagrégation rapide, révélant la véritable nature des rapports internationaux.
Ceux-ci ressemblent davantage à ceux que les grands empires – romains, mongols, perses, chinois ou ottomans – entretenaient avec des États plus faibles, selon une logique patron-client ou suzerain-vassal.
Les royaumes-clients reconnaissaient la suprématie de l’empire, adoptaient sa diplomatie, le soutenaient militairement, versaient parfois un tribut et acceptaient un roi validé, voire imposé, par l’empire. En échange, celui-ci garantissait la protection militaire, laissait une certaine autonomie interne, maintenait le roi en place et lui conférait prestige et légitimité. Lorsque ces royaumes devenaient instables ou perdaient leur utilité stratégique, ils pouvaient être annexés par l'empire-patron.
Le deuxième mythe, extrêmement tenace, est celui de l’exemplarité de l’Occident, présenté comme le « monde libre », dont l’attraction morale sur le reste du monde était immense. Elle permettait de faire accepter sa domination comme juste, de coopter les élites des pays clients, d’attirer les meilleurs étudiants, travailleurs et capitaux du monde entier, etc.
Comme le relève un commentateur d’un des pays-clients actuels (utilisé par le patron comme instrument dans les luttes géopolitiques) à propos de l’affaire Epstein (mais de nombreux autres événements qui se sont produits dernièrement au cœur du "monde libre" pourraient être cités) :
"Dans la pratique, ce cas ne peut que contribuer à l’érosion de la légitimité occidentale fondée sur une autorité morale.
Cette autorité morale constituait l’un des piliers de la domination globale du bloc occidental, permettant notamment de justifier des sanctions contre des régimes "déviants", officiellement au nom des droits humains, du travail forcé ou de l’exploitation des enfants. En réalité, ces mesures poursuivaient des objectifs géopolitiques pragmatiques, tout en étant présentées comme l’expression d’un moralisme universel.
Aujourd’hui, ce fondement est fragilisé. L'équilibre ne repose donc plus que sur trois piliers : la supériorité technologique, la monnaie de réserve et l’influence militaire. Le quatrième pilier – l’autorité morale – a disparu. Si l’un des trois restants venait à s’effondrer, l’ensemble perdrait sa stabilité.
Ainsi, la Cité lumineuse sur la colline est sur le point de se transformer en une Babylone décadente et vacillante."
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