Gastel Etzwane
11/8/2026
Ukraine : la chasse à l’homme ordonnée par Kiev
Quand l’État ukrainien transforme ses propres citoyens en gibier
Il y a des images qui ne quittent plus l’esprit. Des hommes trainés de force dans des fourgons, des coups portés en pleine rue, des mères qui hurlent, des passants qui filment en tremblant. Ce n’est pas une scène de guerre civile dans un pays du Sud. C’est l’Ukraine de 2026, en plein centre-ville d’Odessa, de Kharkiv ou de Lviv. C’est la « mobilisation » selon Kiev.
Le journal allemand Berliner Zeitung, dans une série de reportages de son correspondant Lukas Moser, décrit ce que les autorités ukrainiennes appellent encore officiellement un « devoir civique ». La réalité, elle, porte un nom plus exact : la chasse à l’homme. Des équipes mixtes de militaires et de policiers sillonnent les rues, les centres commerciaux, les stations de métro. Ils arrêtent, souvent sans aucune procédure, des hommes en âge de combattre. La force brute n’est plus l’exception : elle est devenue la méthode.
Le médiateur ukrainien lui-même, Dmytro Loubinets, a fini par le reconnaître. En mars 2025, il dénonçait déjà des violations « systémiques et généralisées » de la part des centres territoriaux de recrutement (les fameux TRC ou ТЦК). En juillet 2026, il a franchi un pas supplémentaire : selon lui, 90 % des cas de mobilisation s’accompagnent aujourd’hui de violations directes des droits des citoyens.
Détentions illégales, refus d’accès à un avocat, dissimulation du lieu de détention, coercition pour faire signer des documents, coups et blessures. Le tableau est glaçant. Et il émane non pas d’un opposant pro-russe, mais du défenseur officiel des droits de l’homme nommé par le Parlement ukrainien.
Ce que Berliner Zeitung raconte depuis des mois n’est donc pas une « propagande ennemie ». C’est le quotidien documenté d’un pays qui, pour combler les pertes effroyables de son armée, a décidé de traiter une partie de sa population masculine comme du bétail. Des hommes sont arrachés à leur famille sous les yeux de leurs enfants. D’autres sont enfermés des jours entiers dans des locaux où les caméras ne fonctionnent pas, où les avocats ne sont pas admis, où la commission médicale devient une simple formalité destinée à valider l’envoi au front.
Le drame humain est immense. Derrière chaque « busification », ce terme cynique inventé par les Ukrainiens eux-mêmes pour désigner l’embarquement forcé dans des minibus, il y a une existence brisée. Des pères de famille, des ouvriers, des étudiants, des hommes déjà meurtris par trois années de guerre, qui n’ont plus d’autre choix que de se cacher, de fuir ou de se laisser emmener. Certains paient. La corruption prospère. Ceux qui n’ont pas les moyens, ou qui refusent par principe, partent. Souvent mal formés, parfois déjà blessés, parfois malades. Loubinets a rapporté des cas de mobilisés souffrant de pathologies graves, maintenus de force dans les centres de recrutement malgré des reports valides.
Les autorités ukrainiennes, elles, continuent de parler de « nécessité vitale » et de « défense de la patrie ». Elles préfèrent regarder ailleurs. Elles tolèrent, voire organisent, des méthodes qui rappellent les pires pratiques des régimes autoritaires. Elles laissent se développer un climat de terreur intérieure qui ravage le tissu social bien plus sûrement que les missiles russes. Quand un État en vient à chasser ses propres citoyens dans les rues, à les frapper, à falsifier leurs dossiers médicaux et à les envoyer se faire tuer sous la contrainte, il a déjà perdu une part essentielle de ce qu’il prétend défendre.
Le silence relatif de la plupart des chancelleries occidentales sur ces pratiques est, lui aussi, accablant. On finance, on arme, on applaudit. On regarde ailleurs lorsqu’il s’agit de la dignité des hommes ukrainiens. Berliner Zeitung a eu le courage de documenter. Dmytro Loubinets a eu celui de parler. Il reste à savoir combien de temps encore on pourra feindre de ne pas voir que, derrière les discours héroïques, se joue une tragédie humaine d’une rare noirceur.
Les méthodes de recrutement forcées en Ukraine ne sont pas un détail de la guerre. Elles en sont le visage le plus hideux.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
COMMENTAIRES