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15 août 2026

Didier Maisto
9/8/2026

Contre nous de la tyrannie, le standard du gland s’est levé


Dans sa Lettre sur la tolérance et dans ses écrits politiques, John Locke fonde la liberté non sur la bienveillance d’un prince éclairé, mais sur un droit naturel antérieur à tout pouvoir : la liberté de conscience, de pensée et de parole. « L’État, écrit-il, n’a juridiction que sur les corps et les biens ; il n’a aucun titre sur les âmes. Toute tentative de dicter ce qu’il est permis de croire ou de dire est une usurpation. La tolérance n’est pas une faveur, c’est la condition même de la société civile. Et la liberté d’expression n’est pas un luxe démocratique : elle est le rempart contre la tyrannie, car « chaque homme a commission d’admonester, d’exhorter, de convaincre un autre d’erreur. »
Voilà le critère. Appliqué à « la France » d’Emmanuel Macron, il devient un réquisitoire. Macron a fait de la parole critique une ingérence. Toute opposition sérieuse a été successivement taxée de complotisme, de populisme, d’extrémisme, puis d’influence étrangère ou « de l’intérieur ». On a vu se construire, avec une constance méthodique et fascisante, dans le silence des porcs et des moutons, un dispositif où la contestation n’est plus traitée comme un droit citoyen mais comme une maladie à soigner et une menace à neutraliser. Les lois, les plateformes, les autorités de régulation, les campagnes de « lutte contre la désinformation » ont convergé vers un même résultat : restreindre le champ de ce qui peut être dit sans risque. Ce n’est plus la démocratie libérale de Locke, où le pouvoir redoute le jugement public, c’est un régime qui redoute le public et qui s’organise pour le mater.
La presse mainstream a joué son rôle avec une servilité qui consterne les rares journalistes encore libres. Des soumis qui, au lieu d’interroger le pouvoir, le flattent et le protègent. Des rédactions qui ont transformé le doute méthodique en allégeance, l’enquête en communication de crise et la contradiction en conspirationnisme. Ils n’ont pas seulement trahi leur public ; ils ont trahi la fonction même du journalisme, qui est de rendre visible ce que le pouvoir voudrait laisser dans l’ombre. En se faisant les gardiens officieux de la parole autorisée, ils ont contribué à détruire ce que Locke tenait pour essentiel : l’espace public où la raison peut combattre l’erreur sans que l’État tranche à sa place.
Quant aux « fact-checkers », dont la plupart sont des déchets de la pire espèce, ils ont poussé la logique jusqu’à la caricature. Sous couvert de « vérité », ils ont édifié une milice de la parole privée, essentiellement financée par des fonds publics et des intérêts mafieux. Le scandale du Fonds Marianne en offre l’illustration la plus crue. Créé au nom de la lutte contre les discours séparatistes, ce dispositif a été géré dans l’opacité, avec des attributions contestées, des interventions politiques documentées et des résultats dérisoires. L’enquête sénatoriale et celle de l’Inspection générale de l’administration ont parlé de fiasco, de désinvolture, de rôle personnel de Marlène Schiappa dans les choix. Une information judiciaire a été ouverte pour détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d’intérêts. Non, rien.
Locke n’exigeait pas la perfection des hommes. Il exigeait que le pouvoir restât dans ses bornes. Macron a franchi ces bornes. Il a fait de la censure un instrument de gouvernement, de la critique une suspicion d’ingérence, et de la démocratie une coquille vide. Les journalistes qui l’ont accompagné dans cette entreprise n’ont pas seulement failli ; ils ont collaboré à l’érosion de ce qui justifiait leur existence.
La liberté de conscience et de parole n’est pas un héritage qu’on peut diluer sans conséquence. Elle en est le fondement. Celui qui s’y attaque, fût-ce au nom de la protection, de la cohésion ou de la vérité officielle, cesse d’en être le garant pour en devenir l’ennemi. Macron a choisi son camp. Locke, lui, n’aurait eu aucun doute sur le sien.

14 août 2026

Didier Maisto
11/8/2026

2027 : l'élection de la dernière chance


Il est des moments dans l’histoire d’un peuple où le temps cesse d’être une simple succession de jours et devient une ligne de fracture. La France se trouve aujourd’hui sur cette ligne. Non pas au bord d’une simple alternance politique, mais face à une question existentielle : accepterons-nous de continuer à habiter un système qui se présente comme le dernier rempart de la raison et de la démocratie, alors qu’il construit, jour après jour, une prison dont les barreaux sont faits de règlements, d’interdits et de discours moralisateurs ?
Ce que l’on appelle l’extrême centre n’est pas une simple coalition de partis. C’est une forme de pouvoir qui a réussi le tour de force de se présenter comme neutre, technique, inévitable. Il parle le langage de la vertu, de la science, de l’urgence climatique, sanitaire ou géopolitique. Il se proclame le camp du bien. Et, par un retournement aussi vieux que le pouvoir lui-même, il désigne tous ceux qui refusent sa logique comme des ennemis de la démocratie, des dangereux, des irresponsables, des complices d’ingérences étrangères.
C’est ainsi que se construit un fascisme qui ne dit pas son nom : non pas par les bottes et les drapeaux, mais par l’extension infinie du domaine de la réglementation et de l’interdit. Regardez autour de vous. Tout est réglementé, puis interdit. La parole, d’abord. Sous prétexte de lutter contre la haine, on criminalise le désaccord. Sous prétexte de protéger la vérité, on confie à des autorités non élues le pouvoir de décider ce qui peut être dit et ce qui doit être effacé. Le numérique, le DSA, les lois à venir ne sont pas des outils techniques : ce sont les verrous d’une cage qui se referme.
Chaque nouvelle norme, chaque nouvel algorithme de contrôle, chaque obligation de transparence imposée aux citoyens mais refusée au pouvoir lui-même, resserre le filet. On ne brûle plus les livres ; on les rend invisibles. On n’enferme plus les dissidents dans des camps ; on les enferme dans le silence social, dans la perte d’emploi, dans la ruine réputationnelle. Ce monde-là est concentrationnaire au sens le plus profond du terme : non parce qu’il ressemble aux images d’hier, mais parce qu’il repose sur la même logique.
Une logique qui divise l’humanité entre ceux qui détiennent la vérité officielle et ceux qui doivent être corrigés, rééduqués ou exclus. Une logique qui a besoin d’ennemis permanents pour justifier son existence. Hier le virus, demain le climat, après-demain encore et encore l’ingérence russe, chinoise, indienne ou je ne sais quelle autre. L’ennemi change de nom, mais la structure reste : il faut toujours un dehors menaçant pour légitimer le contrôle de l’intérieur. Et ce contrôle, une fois installé, ne se retire jamais de lui-même.
Ce système nous emmène vers la guerre. Non pas seulement la guerre des armes, mais la guerre permanente contre une partie de sa propre population. Guerre culturelle, guerre morale, guerre administrative. Et, lorsque les tensions internes deviennent trop fortes, il n’est jamais loin de chercher la distraction ou la légitimité dans un conflit extérieur. Un peuple qui a accepté que l’on décide à sa place de ce qu’il peut manger, de ce qu’il peut dire, de ce qu’il peut penser, est un peuple déjà désarmé face à ceux qui, un jour, décideront de ce qu’il doit mourir. Ce processus est d'ailleurs lui aussi largement engagé.
L’élection qui vient n’est pas une opportunité comme les autres. Elle n’est pas un aboutissement. Elle est un point de départ possible, la dernière porte avant que le verrou ne se ferme définitivement. Ceux qui voteront encore pour les candidats de cet extrême centre -qu’ils portent le visage rassurant du libéralisme gestionnaire, du socialisme moralisateur ou de l’écologie punitive- ne font pas seulement un choix partisan. Ils ratifient le principe même de la cage. Ils acceptent que le camp du bien continue à parler au nom de tous, et que tous les autres soient traités comme des suspects.
Il faut casser cette logique. Il faut cesser de croire que la démocratie consiste à laisser gouverner ceux qui se proclament ses seuls défenseurs légitimes. La démocratie, si le mot a encore un sens, est le droit de contester, de refuser, de choisir une autre voie sans être immédiatement rangé dans la catégorie des ennemis de la République. Tant que ce droit sera présenté comme une menace, tant que le désaccord sera assimilé à de la collusion avec des puissances étrangères, tant que la réglementation se substituera à la liberté, nous ne serons plus dans une démocratie. Nous serons dans un régime qui a réussi à faire passer la contrainte pour de la protection et la censure pour de la responsabilité.
Français, le moment n’est plus aux demi-mesures ni aux espoirs naïfs ! L’extrême centre ne se réformera pas. Il ne deviendra pas plus tolérant avec le temps. Chaque année qui passe, chaque nouvelle loi, chaque nouveau dispositif numérique, rendra plus difficile, puis impossible, de le déloger. C’est pourquoi cette élection est celle de la dernière chance. Non pour installer un paradis, mais pour empêcher que l’enfer réglementaire ne devienne définitif. Pour ouvrir une brèche. Pour rappeler que la France n’appartient pas à ceux qui se croient investis d’une mission civilisatrice envers leur propre peuple.
Il est encore temps de dire non. Non à la prison douce. Non au monde où tout est d’abord réglementé, puis interdit. Non à la désignation permanente d’ennemis intérieurs et d’ingérences fantômes. Non à ce fascisme qui a appris à sourire, à parler de bienveillance, et à présenter ses chaînes comme des protections. Le choix n’est plus entre la droite et la gauche, entre le progressisme et le conservatisme. Le choix est entre la poursuite d’un système qui nous enferme et la décision, enfin, de le briser. Après, il sera trop tard. Après, il n’y aura plus d’élection digne de ce nom. Il n’y aura plus que la gestion d’une population surveillée, moralisée, et destinée à la guerre permanente contre elle-même et contre le monde.
C’est maintenant. Ou jamais.